‹ Iconographie chrétienne. Histoire de DieuChapitre 77 sur 126 · GROIX MYSTIQUE · texte numérisé non relu

GROIX MYSTIQUE

Pierre gravée, premiers siècles

La croix qui suit est une autre croix triomphante. Placée au milieu des étoiles du ciel, cette croix s'appuie sur la même inscription SALUS, que complète le mot muni et qu'entoure un cercle resplendissant de pierreries ; elle est toute constellée elle-même de pierres précieuses !. Trois autres inscriptions aboutissent à chaque extrémité des branches comme sazus MUNDI à l'extrémité du pied; en voici la disposition. Au-dessus

* C'est bien la croix gemmée, la croix constellée, la croix fleurie, crux gemmatu, crux stellata, crux florida , comme on la désigne lorsqu'elle est richement décorée. (Voyez dans la Rom. soit. p. 131, un bel exemple de croix gemmée et fleurie, avec l'A et l'O pendus par des chaïnettes aux croisillons.) Rhaban Maur dit, comme interprétation de sa seizième figure relative à la croix : « Descripsi ergo hic FLORIGERAM crucem quatuor «coloribus præcipuis, id est hyacinthino, purpureo, byssino et coccineo, ut floris illius «jucundissimi decorem demonstrarem, quem prophetica locutio narrat de stirpe regia «exortum, qui speciosus præ filiis hominum existens, omnium virtutum decorem in «semetipso ultra omnes mirabiliter ostendit. » — Rhaban, on le voit, se prononce formellement pour la beauté du Christ. Il termine par les mots suivants ce même passage : « Homo Christus Hiesus inter homines natus serenus resplendebat, quia totius de- «coris pulchritudine 1NTUS FORISQUE plenus erat. » (Voyez les œuvres de Rhab. Maur,

vol. [, p. 313, de Laud. Sanctæ Crucis.)

du sommet, dans le ciel, on lit I. M. D. V. CG. On interprète ces sigles d’une façon plus ou moins plausible par: « Immolatio «Domini Jesu Christi.» Mais de cette façon on ne rend pas compte du V ou de l'Y, si réellement c'est un V ou un Yet non pas un l'; d'ailleurs on donne deux lettres pour le premier mot et une seulement pour les trois autres. Cette inscripuon relative au dévouement d'un Dieu devait être placée dans le ciel plutôt que sur la terre. Sur terre, c'est-à-dire au pied de la croix, qui plonge vers notre globe, on lit : « Salus «mundi, » parce que la croix a sauvé le monde. Enfin le Christ, qui dans son immense charité a embrassé l'univers, le monde ancien et le monde futur, depuis la création jusqu'à la fin des siècles, le Christ, qui a racheté les patriarches et les apôtres, les prophètes et les saints, le premier homme comme le dernier, méritait bien que la croix, où se sont étendus ses bras, fût marquée de l'A et de Q, qui représentent le commencement et la fin de tout.

! C'est d’après une gravure, infidèle peut-être, commeil est fort craindre ,et non d'après le monument lui-même, que’ celle croix a été dessinée. Ciampini { Vet. mon. pars. 1°, tab. 24), qui la donne , explique les cinq lettres comme on vient de le dire et ne remarque pas que le V ou l’Y contrarie son explication. Gori {Thes. vet. dipty. t. IT, p. 22) a fait graver celle croix de Ravenne; il remplace les cinq lettres latines de Ciampini par les cinq lettres grecques IXOGYC, qui forment le mot célèbre sur lequel nous nous sommes longuement appesanti. Si Gori a bien lu, ce fait est de la plus haute importance. Je regrette vivement de n'avoir pas vu de mes yeux ce curieux monument. J'ai demandé des renseignements sur cette mosaïque à M. l'abbé Lacroix, clerc national à Rome, et correspordant historique. M. Lacroix, qui a fait une étude particulière de Saint-Apollinaire in classe, où est la mosaïque, a dessiné celte croix avec le plus grand soin; 1l m'a répondu qu'il y avait réellement IXOYC, ainsi que Gori le déclare. Ce fait avance beaucoup la question de savoir si le Christ a été figuré par le poisson. M. Lacroix vient encore de nrenvoyer le dessin d'un monument découvert récemment par lui sur la colline du Vatican , derrière Saint-Pierre; c'est un marbre funéraire des premiers siècles de notre ère. Au-dessus de deux poissons qui se regardent, on lil: IXOYC-ZUNTON, c'est-à-dire ipooÿs Xpiords Oeoÿ Yids Ewryp Züvrw», Jésus-Christ, fils de Dieu, sauveur des vivants. Il faut se rendre, après de pareils faits qui tranchent la question, et croire

107. — CROIX CONSTELLÉE, Mosaïque de Ravenne, à Saint-Apollinaire in classe, vre siècle !.

La croix est donc bien le symbole de Jésus; c’est le Christ sous les apparences du gibet où il est mort. Aussi nous la voyons qualifiée comme le Christ lui-même. Jésus, dans l'Evangile, a dit: «Je suis la lumière du monde ; je suis la voix, la vérité et la vie. Celui qui croit en moi ne mourra point. » De même, à Saint-Pierre du Dorat, on lit au-dessus d’une croix escortée

9 9 de JA et de TQ, ces quatre mots: Lvx. Pax. Lex. Rex?. La croix éclaire, comme Jésus-Christ qui a lui dans les ténèbres; la- croix apaise et règle les passions, elle gouverne et dirige dans la route du devoir; elle est le flambeau, la paix, la loi et le guide.

Ces quatre mots Lvx, Pax, Lex, Rex, sont écrits en croix comme dans le n° 1 du dessin suivant, mais avec une variante. que décidément le Christ a été figuré, sinon symbolisé par le poisson. M. Lacroix a compté quatre-vingt-dix-neuf étoiles dans le champ où brille la croix de Ravenne; il pense que ce nombre pourrait désigner les quatre-vingt-dix-neuf justes au sujet desquels il y a moins de joie dans le paradis que pour la conversion d'un seul pécheur. Nous adopterions difficilement celte interprétation. Au reste notre dessin ne donne que quarante et une étoiles; mais rien n’est plus inexact qu'un dessinateur.

! C'est à cette croix entourée d'étoiles qu'on peut appliquer cette exclamation de l'empereur Héraclius : «O crux splendidior cunctis astris!» qu'on chante encore dans les offices de l'Eglise (Voyez la Légende dorée, de Eæxalt. S. Crucis).

* Cette inscription, que me communique M. de Guilhermy, est du xrr° siècle. Elle est gravée sur le mur septentrional de l'église du Dorat. Elle surmonte , comme on a dit,

une croix grecque accompagnée de l'A et de l’'@; mais, sous cette croix, on lit une autre inscription où les fidèles se recommandent à la protection de Dieu et à la garde des anges.

Dans le champ de cette croix grecque on lit, disposés également en croix : Lvx. Dvx. Lex. Rex. Ainsi Dux est substitué à Pax. Enfin le tombeau de S. Angilbert, gendre et pair de Charlemagne, septième abbé de Saint-Riquier, portait gravés sur les quatre côtés de la dalle ces quatre vers, qui commencent et finissent par les quatre mots du Dorat, et qui en donnent l'explication.

Rex, requiem Angilberto da, Pater atque pius Rex; Lex legum, vitam æternam ïlli da, quia tu Lex.

Lux, lucem semper concede ïlli, bona qui es Lux; Pax, pacem ïlli perpetuam dona, es quoniam Pax!.

108. — DIVERSES CROIX À FORME GRECQUE ET LATINE. Monuments français, différents siècles ?.

Ainsi la croix, comme le Christ, comme Dieu lui-même, nous éclaire et nous guide, et nous pouvons en dire ce que saint

! Act. SS, ord. S. Bened. 1v° siècle bénédictin, 1° partie. Vie de saint Angilbert.

? On a réuni dans cette planche quelques variétés de croix ; mais il y en a une foule d’autres qu'il était impossible de donner. On doit faire attention , dans un pareil sujet, aux plus petites différences dans la forme, parce que ces diflérences sont caractéristiques d’une époque d’un pays, d’une idée. Le n° 1 donne la croix du Dorat. Le 2 sert

ICONOGRAPHIE CHRÉTIENNE. 109 Paul a dit de Dieu: « Nous sommes, nous vivons et'nous agissons en elle ». C’est ainsi que Dante l'a compris; il nous a montré dans son Paradis les âmes des justes agenouillées et priant dans une croix de feu où elles respirent, où elles demeurent et qui fait leur monde. Voici le dessin de cette croix

d’antéfixe ou de couronnement de pignon au chevet de l'église romane d'Olizy, près de Reims. Le n° 3 est une croix pattée, à croisillons recroisés et à sommet en tau. Le n° 4 est une baïe ouverte dans le mur oriental de l’abside, à l'église de Beine, arrondissement de Reims. Le chevet de cette église de Beine est carré, comme celui de la cathédrale de Laon; mais la rose, ouverte en plein cercle dans la cathédrale de Laon, prend à Beine la forme d’une croix, Le n° 5 reproduit à peu près le dessin d’une pierre sépulcrale incrustée dans le mur méridional de Saint-Maurice de Reims. Une inscription funéraire, d’une certaine valeur archéologïque, est gravée sur les quatre branches de cette croix; on liten haut: HiG JACET ARMA; à gauche: MATER; à droite: MATERTERA ; en bas : Nepris. Le n° 6 donne la croix de Malte. La croix du n° 7 est gravée sur le linteau d’une chapelle de Pontfaverger, près de Reims. Le n° 8 reproduit la forme d’une croix pectorale sculptée sur la poitrine d'une statue de femme , en bois, de l'époque romane, peut-être du x’ siècle, qui existait dans le clocher de l’église rurale de Binson , où M. Hippolyte Durand et moi l'avons trouvée en 1837. Cette statue de bois, haute de deux mètres, est la plus ancienne qui existe en France. Le propriétaire de l'église pourrait conserver avec plus de soin cette curieuse figure. Le n° 9, qui n'est pas ici à sa place, donne un exemple de ces feuilles en cœur si fréquentes sur les sarcophages et qui accompagnent les inscriptions funéraires ; il appartient au paragraphe où nous avons parlé des diverses représentations figurées sur les tombeaux, et auxquelles il faut attribuer avec sobriété une intention allégorique. Les huit variétés de croix données par notre planche sont, bien qu'exceptionnelles, assez fréquentes en France. Les n° 2, 3, 4, 5 et 7 appartiennent tous à l'arrondissement de Reims. Il y aurait un certain intérêt à recueillir ainsi dans tous les départements et arrondissements de la France les variétés de croix qu'on pourrait trouver. Rien n'est à omettre ni mépriser, surtout à l'égard d’une figure aussi importante en iconographie que la croix de Jésus-Christ. La forme, la couleur, les ornements qui décorent ou accompagnent le gibet divin doivent être étudiés avec un soin minutieux. M. Tournal vient de m'envoyer le dessin d’un très-ancien bas-relief trouvé récemment à Narbonne et où sont figurés deux personnages, lun assis et l’autre debout, tenant une croix pattée et gemmée. À la cime, deux colombes se désaltèrent dans un vase; aux croisillons, pendent l'A et l'Q: deux rosaces épanouies ou deux étoiles rayonnent entre le sommet et la traverse; un dragon semble expirer aux pieds du personnage assis ; une rosace à huit pétales, deux cercles et un carré sont semés à la gauche de la croix. On peut donner pour tout cela des explications symboliques fort probables, même pour ceux qui, comme nous, restreignent beaucoup le symbolisme.

INSTRUSTIONS, — II. ba

habitée, tel quil se trouve dans da Divine comédie imprimée à Florence” en 1491:

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