‹ Iconographie chrétienne. Histoire de DieuChapitre 85 sur 126 · NON ENG LT G VUE QE · texte numérisé non relu

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Lorsque Dieu reçoit son fils et lui dit dè s'asseoir à sa droite,

* « Venile, descendamus et confundamus linguam ipsorum. » ( Genesis, x1, 7.)

* «Spiritus Dei ferebatur super aquas. » (Ibid. 1, 2.) * Le miniaturiste, amoureux du paysage, a été fort infidèle au texte; la terre, au lieu

on voit souvent, dans les manuscrits à miniatures, en tête du psaume @x”, le Saint-Esprit planant au-dessus des autres personnes ou les unissant par l'extrémité de ses ailes, ou se plaçant à côté du Père et à sa gauche. Isaïe+le nomme plu- -sieurs fois et analyse même les propriétés qui le constituent; les sept esprits qu'il possède, qui rayonnent autour du Messie, se reposent sur lui et le remplissent ?. L’archange Gabriel dit à Marie : «Le Saint-Esprit surviendra en vous et la vertu du Très-Haut vous couvrira de son ombre*.» Plus tard, au baptême de Jésus-Christ, le texte est plus formel encore, car le Saint-Esprit apparaît visiblement sous la forme d'une colombe‘; il se montre à Jésus, s'arrête sur lui, le remplit de sa vertu et le conduit au désert pour y être tenté par le démon. Avant de quitter la terre, Jésus promet à ses apôtres de leur envoyer le Saint-Esprit, le Paraclet, l'esprit de vérité”. En effet, « Les jours de la Pentecôte étant accomplis, et tous étant assemblés dans

d'être informe , nue et ténébreuse, comme dit la Genèse, est charmante d'aspect, habillée de verdure, éclatante de lumière. Les petites vagues sur lesquelles glisse le Saint-Esprit, et que la gravure a pu rendre seulement par des lignes sèches et noires, sont rehaussées de lumière dans le dessin original. L'eau de ce beau fleuve est glacée d'argent et brille comme du cristal. Le manuscrit d’ou est tiré ce dessin est à la bibliothèque de l’Arsenal: c'est un livre d'Heures du xv° siècle. (Théol..fr. 8, f° 3 verso.)

1 « Dixit Dominus Domino meo : sede a dextris meis.» Voyez principalement p. 307, pl. 78. Le Saint-Esprit que nous donnons est là, tenant un livre, comme celui qui précède, à la pl. 111.

? « Effundam spiritum meum super semen tuum.» (Isaias, cap. xz1v, v. 3.) C'est au chapitre x1, v. 1, 2 et 3, que sont énumérés les sept attributs du Saint-Esprit.

* S. Luc, cap. 1, v. 35. |

S. Matth. chap. x, v. 16, dit : « Ecce aperti sunt ei (Jesu baptisato et oranti) cœæli, «et vidit spiritum Dei descendentem sicut columbam » { corporali specie, ajoute S. Luc, chap. m1, v. 22). En parcourant les gravures qui précèdent et d’autres qui vont suivre, on trouvera plusieurs baptêmes dans lesquels le Saint-Esprit se manifeste. (Voyez surtout page 210, pl. 53.)

* «Et ego rogabo Patrem et alium Paracletum dabit vobis, ut maneat vobiscum in «æternum, spiritum veritatis. » (S. Jean, chap. xiv, v. 16 et 17.)

un même lieu, il se fit tout à coup un bruit qui venait du ciel, semblable à celui- d'un vent impétueux, et qui remplit la maison où ils étaient assis. Et ils virent apparaître comme des langues de feu qui se dispersèrent et vinrent se poser sur chacun d'eux. Et tous furent remplis du Sainr-Esprir, et ils commencèrent à parler diverses langues, selon que l'Esprit saint les faisait s'exprimer *. » On est ici à la plus importante, à la plus complète de toutes les manifestations du Saint-Esprit: cest comme l'Épiphanie de la troisième personne divine.

Outre ces apparitions historiques, il y en a d'autres qui tiennent de l’histoire et de la légende tout à la fois, et que l'art s'est empressé d'adopter. |

Jésus-Christ, après avoir accompli sa mission sur la terre et terminé son douloureux pèlerinage, remonta au ciel pour venir rendre compte à son père de tout ce qu'il avait fait; ordinairement, sur les monuments qui représentent cette belle scène, on figure le Saint-Esprit accompagnant le Père éternel dans la réception quil fait à son fils.

Dans l’histoire de Dieu le fils, nous avons donné un dessin où le Saint-Esprit est assis à côté du Père, qui bénit son fils revenant de son pèlerinage terrestre. Le Saint-Esprit, qui tient un livre, attribut de l'intelligence, bénit également Jésus”.

Après l'Ascension, vient l’Assomption ; après le triomphe du Christ, celui de Marie. La Vierge étant morte, «les apôtres portèrent son corps dans un sépulcre et s'assirent auprès, selon qu'il leur avait été ordonné par le Seigneur. Le troisième jour, Jésus vint avec une multitude d’anges et salua ses apôtres de ce salut qu'ils connaissaient si bien : « Paix à vous. » Les apôtres

* Act. Apostol. cap.‘ 11, v. 1-4.

* Voyez page 307, planche 78. Ce sujet est extrait du manuscrit de la bibliothèque Sainte-Geneviève, Romant des trois pèlerinages.

répondirent : « À vous, Seigneur, qui faites seul de grandes mer- «veilles, à vous la gloire. » « Quelle faveur et quelle dignité, leur demanda Jésus, dois-je accorder en ce moment à ma mére?» Et ceux-ci : «Il paraît Juste à vos serviteurs que vous, qui avez «vaincu la mort et qui régnez sur l'éternité, vous ressuscitiez «aussi le corps de votre mère et le placiez pour toujours à «votre droite. » Jésus consentit, et aussitôt l'archange Michel apparut et lui présenta l'âme de Marie. Alors le Sauveur dit ces paroles : « Levez-vous, ma mère, ma colombe, tabernacle de «gloire, vase de vie, temple céleste, afin que votre corps, qui «n'a reçu aucune tache à l'approche d'un homme, ne se dé- «truise pas dans le tombeau. » Aussitôt l’âme de Marie revint dans son corps, qui sortit glorieux du‘ tombeau. Ainsi la Vierge, accompagnée d'une foule d'anges, fut enlevée au séjour azuré!.» Arrivée au ciel, Marie y fut accueillie par les j | P

trois personnes de la Trinité; elle s'agenouilla à leurs pieds et fut couronnée d'une couronne de reine ou d'impératrice. C'est à ce triomphe que le Saint-Esprit assiste, surtout dans les monuments figurés des xv° et xvi' siècles ?.

* Legenda aurea, De assumptione beatæ virgmis Mariæ.

* Ces monuments sont très-communs ; l'un des plus curieux est celui que nous reproduisons sur la planche suivante et où la Trinité, aussi égale que possible, assiste au couronnement de Marie. Est-ce le Père, comme c'est probable, qui couronne Marie, sa fille céleste ? Le Fils paraît bien être la‘ personne qui est à la droite du Père et le Saint- Esprit celle qui est à sa gauche. Du reste c’est par comparaison avec d’autres monuments semblables de la même époque, et où des attributs divers caractérisent les trois personnes divines, qu'il est possible de dire que le Père tient la couronne sur la tête de Marie. Page 508, planche 126, nous donnerons un couronnement de Marie, où le Père, le Fils et l'Esprit sont parfaitement distincts. Si l'on ne possédait aucun monument de ce genre, on ne pourrait rien affirmer relativement à la distinction des personnes ; car, au xn° et même encore au xiv° siècle, c'est le Fils qui couronne sa mère, et ni le Père ni l'Esprit ne lui rendent cet honneur. Il y a des raisons tirées de l'Ancien Testament pour cela; on assimile Jésus et Marie à Salomon et Bethsabée , et l'on sait que

Bethsabée fut couronnée par son fils. (Voy. à la Bibl. roy. suppl. L, 638. Au tiers de ce manuscrit, le Fils bénit sa mère, que deux anges vont couronner.)

113. — LE SAINT-ESPRIT EN HOMME ASSISTANT AU COURONNEMENT DE MARIF. Sculpture française en bois, xv1° siècle, stalles de la cathédrale d'Amiens.

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F.DVRAND

À ces apparitions, moitié historiques et moitié légendaires, il faut en joindre d’autres empruntées uniquement à la légende, qui sont plus ou moins douteuses et que l'art a trèssouvent figurées.

Il faut citer d'abord celle qui est relative à saint Joseph. On lit, dans l’histoire apocryphe de la nativité de Marie, que Île grand-prêtre consulta Dieu pour savoir à qui il destinait en mariage la jeune vierge Marie. Dieu lui dit d'enfermer dans le saint des saints des baguettes appartenant à tous ceux de la | tribu de Juda qui seraient sans épouse, et que celui dont le

ICONOGRAPHIE CHRÉTIENNE. * 45% bâton laisserait partir une colombe qui s'éléverait vers le ciel, celui-là était l'époux désigné. Comme Joseph tendait la main pour recevoir sa baguette, une colombe s'en échappa, plus blanche et plus resplendissante que la neige; puis, après avoir voltigé quelque temps sur le temple, elle s'élança vers les cieux !. Dans plusieurs peintures à fresque, dans diverses miniatures de manuscrits, surtout chez les Italiens, on voit ainsi une colombe blanche, le Saint-Esprit, qui s'échappe du bâton fleuri que porte saint Joseph au moment de son mariage avec la Vierge.

Quant à la présence du Saint-Esprit au moment où la Vierge met au monde l'enfant dieu, on la remarque au portail septentrional de la cathédrale de Paris, sur le tympan de la porte; mais elle n'est pas authentique. Il est probable que ce Saint-Esprit, qui ressemble plus à un petit oiseau, à un humble passereau, qu'à une colombe, a été ajouté dans une restauration récente et qui date de l'empire.

Mais le Saint-Esprit, comme la muse de la vérité, la muse du christianisme, a inspiré la poésie, l'amour et la vérité, les idées et les sentiments. On le voit, comme dans le manuscrit - grec”, planer sur la tête de David, qu'il semble protéger de ses deux ailes étendues; David, la tête 1lluminée d'un large nimbe, attentif au souffle de l'Esprit, recueille de nouveaux chants pendant qu'il tient son psautier ouvert et chargé d'un verset. Le Saint-Esprit ne se contente pas d'inspirer David, il fait assister le prophète-roi, à gauche par la Prophétie, à

! Codex apocryphus Novi Testamenti, par Fabricius. Ce sujet a été représenté sur des fonts baptismaux romans qu'on voit dans une église paroissiale des environs de Saintes; des antiquaires , ignorant la légende, ont pris ce bâton de saint Joseph pour un sceptre et cette colombe pour un aigle. (Voy. le Bulletin monumental, VIET, p. 319.)

? Plus haut, page 443, planche 110.

Hga INSTRUCTIONS.

droite par la Sagesse, deux génies, deux jeunes femmes, ornées du nimbe qui symbolise la puissance autant que la sainteté ’, et dont l’une tient un rouleau et l'autre un gros livre fermé. À elles deux, ces femmes possèdent l'intelligence entière sous ses deux formes principales, le rouleau ou volume, et le livre carré. ;

Saint Étienne, nous l'avons déjà dit, recevait ses inspirations du Saint-Esprit, qui prononçait par la bouche du jeune diacre le discours recueilli dans les Actes des apôtres. Le Saint- Esprit, comme un oiseau familier, vient se poser sur l'épaule droite du pape Grégoire le Grand; la colombe cause avec le pape et lui inspire ses divers ouvrages, qui l'ont mis à la tête des quatre pères de l'Eglise romaine *.

* À ce caractère, füt-il unique, on reconnaîtrait que la miniature est byzantine d'origine ou lout au moins de tradition. Qu'on se reporte à ce que nous avons dit à ce sujet, surtout pages 85 et 90-93.

* Paul Diacre, Vie de saint Grégoire (Sancti Gregor opera, in-f, Paris, 1705, t. IV, p: 14, 15), raconte ainsi cette curieuse légende qui est souvent figurée en détail dans nos églises, et qui est sculptée notamment à la cathédrale de Chartres, sur le pilier des confesseurs, arcade droite du porche méridional : « À fideli et religioso viro...» (il s’agit de Pierre, diacre de saint Grégoire) « fideliter post obitum ejus (sancti Gregorii) nobis «narratum didicimus, quod çum idem vas electionis et habitaculum Sancti-Spiritus vi- «sionem ultimam prophetæ Ezechielis interpretaretur, obpansum velum inter ipsum et «eumdem exceptorem tractatus sui, illo per intervalla prolixius reticente, idem minister «ejus stilo perforaverit et, eventu per foramen conspiciens, vidit columbam nive candi- « diorem super ejus caput sedentem, rostrumque ipsius. ori diu tenere appositum. Quæ «cum se ab ore ejusdem amoveret, incipiebat sanctus pontifex loqui, et a notario gra- «phium ceris imprimi. Cum vero reticebat Sancti-Spiritus organum, minister ejus ocu- «lum foramini iterum applicabat, eumque, ac si in oratione levatis ad cœlum manibus «simul et oculis, columbæ rostrum more solito conspicabatur ore suscipere. — Dans les représentations figurées la colombe est sur l'épaule de saint Grégoire; dans le texte du biographe elle se pose sur la têle du pontife. La difficulté de représenter sur la tête du pape la colombe -qui vient lui déposer l’éloquence sur les lèvres a dù faire prendre l'autre parti. Du reste l'Esprit saint serait mieux placé sur la tête, siége de l'intelligence, ainsi qu'on le voit sur la pl. 110. On se rappelle le texte « fides ex auditu » lorsqu'on voit cette colombe parler à l'oreille du grand saint Grégoire.

11/4. — LE PAPE SAINT GRÉGOIRE LE GRAND INSPIRÉ PAR LE SAINT-ESPRIT. Statue française du xru° siècle, dans Notre-Dame de Chartres !.

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