‹ Iconographie chrétienne. Histoire de DieuChapitre 86 sur 126 · LUS · texte numérisé non relu

LUS

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Les œuvres de saint Jérôme furent inspirées à ce grand saint par l'esprit de Dieu. Aïnsi l'on voit, dans une très-bellé miniature, une colombe soufllant dans l'oreille de saint Jérôme des

* Saint Grégoire de Grand ne fut pas le seul inspiré directement et visiblement par le Saint-Esprit sous forme de colombe; l’incomparable saint Grégoire VII eut le même honneur, et, dans son office, on voit en tête de la sixième leçon : « Dum missarum so- «lemnia perageret, visa est viris piis columba e cœlo delapsa humero ejus dextro insi- «dens, alis extensis caput ejus velare; quo significatum est Spiritus Sancti afflatu, non «humanæ prudentiæ rationibus ipsum duci in Ecclesiæ regimine. » Saint Éphrem de Syrie déclarait avoir vu une colombe éclatante se poser sur l'épaule de saint Basile le

rayons d'intelligence, et le saint écrit sous cette inspiration‘. Cette colombe, fait singulier, ne porte pas de nimbe; mais ce doit être par erreur, car elle figure le Saint-Esprit.

À la sainte qui a le plus aimé Dieu, mais qui a le mieux compris et raisonné son amour, le Saint-Esprit vient inspirer ses intelligentes tendresses, et lui dicter ces effusions brûlantes et pleines de sens qui feront éternellement sa gloire. Une gravure représente donc sainte Thérèse assise, tenant une plume avec laquelle elle va écrire ses immortelles pensées. La sainte, ayant la tête environnée d'un nimbe rayonnant, lève les veux au ciel, d'où partent des rayons enflammés. Sur l'un de ces rayons, le plus large, le plus long, est écrit : « Spiritus intel- «ligentiæ replevit illam”; » et le Saint-Esprit, qui descend du ciel derrière elle, dans une auréole flamboyante, explique ces paroles par sa présence visible.

Enfin, et cest là une admirable tâche, le Saint-Esprit éclaire les rois dans leurs actions. Au sacre des rois et reines d'Angleterre, un duc, encore aujourd'hui, porte un sceptre surmonté d'une colombe devant le souverain qui va recevoir l'investiture sacrée. Dans Montfaucon, on voit Charlemagne

Grand et dicter à ce père les beaux écrits que nous connaissons. Tout cela n’est qu'une imitation, comme on doit le sentir, de la descente du Saint-Esprit en forme de colombe sur les apôtres réunis dans le cénacle. Mahomet lui-même , qui sentait tout le crédit qu'un pareil phénomène pouvait donner à ses doctrines ;‘avait dressé un pigeon à venir se poser sur son épaule, et l'oiseau y restait des heures entières. Le prophète arabe faisait passer cette colombe familière pour un messager céleste chargé de lui révéler les ordres de Dieu. Chez les païens , la colombe était déja un instrument de doctrine, un organe de la volonté divine. Au sommet des chênes de Dodone les colombes prophétisaient l'avenir.

Ms. de la Bibl. roy. Biblia sacra, n° 6829, fin du x1v° siècle. Willemin a gravé ce sujet dans son ouvrage des Monuments inédits.

* Si le Saint-Esprit était le Dieu d'amour, c'eût été surtout à sainte Thérèse, cette amante de Dieu, qu'il eût inspiré toutes ses ardeurs. Cependant l'inscription porte que c'est de l'intelligence qu'il lui donne, et non de l'amour. Le Saint-Esprit éclaire et n'échauffe pas sainte Thérèse : « Accendit lumen sensibus. »

ICONOGRAPHIE CHRÉTIENNE. h61 portant également un sceptre surmonté d'une colombe qui doit représenter le Saint-Esprit”. Si le sceptre est un bâton qui sert à affermir la démarche, la colombe est l'esprit qui dirige les pas. Voici la colombe divine brodée sur un étendard religieux et militaire à la fois : religieux par la croix qui termine: la hampe, militaire par sa forme. La colombe descend du ciel, figuré: par les ondulations qui sont brodées au sommet de cette voile guerrière; elle descend sur la terretet plane audessus ‘des bataillons qui vont en venir aux prises.

115. — SAINT-ESPRIT EN COLOMBE SUR UN ÉTENDARD. Miniature française, xv° siècle, Bibl. roy. Heures du duc de Berri.

iris à 2

Cet étendard ést entre les mains de la Religion chrétienne personnifiée, de l'Église, qui s'apprête à vaincre la synagogue et le paganisme.

* Monum. de la monarch. frang. J'ignore si l’on doit se fier à la gravure; mais on trouva

dans le tombeau de Philippe le Bel, violé à Saint-Denis en 1793, un sceptre doré, long de cinq pieds, et terminé par une touffe de feuillage, sur laquelle était représenté un

Âu sacre de nos rois: de France, après l'onction, on lâchait dans l'église des colombes blanches; cela marquait, dit-on, que ces oiseaux captifs ayant récouvré la liberté, le-peuple, captif aussi, venait de regagner l'indépendance par /le sacre de son roi. Je trouve cette explication fort insuffisante. Le peuple en effet ne perdait pas sa liberté par la mort du souverain ; il ne la recouvrait pas non plus par le sacre de son successeur. J’aimerais mieux voir dans ce fait une idée analogue à celle du sceptre où se pose le Saint-Esprit. Le Saint-Esprit, la divine colombe, prenait possession de la cathédrale, de même que l'intelligence s'emparait.du roi après sa consécration. La multitude des colombes lâchées dans l’église signifiait peut-être que le roi venait d'être doué de tous les dons du Saint-Esprit, et que, si l’un ou l'autre périssait en lui, il lui en resterait toujours quelques-uns, tant le nombre en était considérable. Chaque don du Saint-Esprit est symbolisé par une colombe, comme nous en verrons plusieurs exemples; les nombreuses colombes du sacre royal pouvaient donc figurer les nombreuses vertus de la royauté ?,

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