‹ Iconographie de J.-J. RousseauChapitre 48 sur 51 · LETTRE A M. DE LATOUR · texte numérisé non relu

LETTRE A M. DE LATOUR

Môtiers, le 14 octobre 1764.

Oui, Monsieur, j'accepte encore mon second portrait. Vous savez que j'ai fait du premier un usage aussi honorable à vous qu'à moi, et bien précieux à mon cœur. M. le maréchal de Luxembourg daigna l'accepter. Mad. la maréchale a daigné le recueillir. Ce monument de votre amitié, de votre générosité, de vos rares talents, occupe une place digne de la main dont il est sorti. J'en destine au second une plus humble, mais dont le même sentiment a fait choix. Il ne me quittera point, Monsieur, cet admirable portrait, qui me rend en quelque façon l'original respectable. Il sera sous mes yeux chaque jour de ma vie. Il parlera sans cesse à mon cœur. Il sera transmis après moi dans ma famille ; et ce qui me flatte le plus dans cette idée, est qu'on s'y souviendra toujours de notre amitié.

Je vous prie instamment de vouloir bien donner à M. Le Nieps, vos directions pour l'emballage. Je tremble que cet ouvrage, que je me réjouis de faire admirer en Suisse, ne souffre quelque atteinte dans le transport.

LETTRE A M. LALIAUD

A Môtiers, le 14 octobre 1764.

Voici, Monsieur, celle des trois estampes que vous m'avez envoyées,

qui, dans le nombre des gens que j*ai consultés, a eu la pluralité des voix. Plusieurs cependant préfèrent celle qui est en habit français ; et Ton peut balancer avec raison, puisque lune et l'autre ont été gravées sur le même portrait, peint par M. de Latour. Quant à l'estampe où le visage est de profil, elle n'a pas la moindre ressemblance ; il parait que celui qui l'a faite, ne m'avait jamais vu, et il s'est même trompé sur mon âge.

Je voudrais. Monsieur, être digne de l'honneur que vous me faites. Mon portrait figure mal parmi ceux des grands philosophes dont vous me parlez ; mais j'ose croire qu'il n'est pas déplacé parmi ceux des amis de la justice et de la vérité. Je vous salue, Monsieur, de tout mon cœur,

LETTRE A M. LALIAUD

A Môtiers, le 9 décembre 1764.

Je voudrais. Monsieur, pour contenter votre obligeante fantaisie, pouvoir vous envoyer le profil que vous me demandez ; mais je ne suis pas en lieu à trouver aisément quelqu'un qui le sache tracer. J'espérais me prévaloir pour cela, de la visite qu'un graveur hollandais qui va s'établir à Morat, avait dessein de me faire ; mais il vient de me marquer que des affaires indispensables ne lui en laissaient pas le temps. Si M. Liotard fait un tour jusqu'ici, comme il paraît le désirer, c'est une autre occasion dont je profiterai pour vous complaire, pour peu que l'état cruel où je suis, m'en laisse le pouvoir. Si cette seconde occasion me manque, je n'en vois pas de prochaine qui puisse y suppléer. Au reste, je prends peu d'intérêt à ma figure, j'en prends peu même à mes livres ; mais j'en prends beaucoup à l'estime des honnêtes gens, dont les cœurs ont lu dans le mien. C'est dans le vif amour du juste et du vrai, c'est dans des penchants bons et honnêtes, qui sans doute m'attacheraient à vous, que je voudrais vous faire aimer ce qui est véritablement moi, et vous laisser de mon effigie intérieure, un souvenir qui vous fût intéressant. Je vous salue. Monsieur, de tout mon cœur.

LETTRE A M. LALIAUD

A Môtiers, le 7 avril 1 765.

Puisque vous le voulez absolument, Monsieur, voici deux mauvaises esquisses que j'ai fait faire, faute de mieux, par une manière de peintre qui a passé par Neuchâtel. La grande est un profil à la silhouette, où j'ai fait ajouter quelques traits en crayon, pour mieux déterminer la position

— Telles traits; l'autre est un profil tiré à la vue. On ne trouve pas beaucoup de ressemblance à l'un ni à l'autre : j'en suis fâché, mais je n'ai pu faire mieux; je crois môme que vous me sauriez quelque gré de cette petite attention, si vous connaissiez la situation où j'étais, quand je me suis ménagé le moment de vous complaire. Il y a un portrait de moi, trés-ressemblant, dans l'appartement de Mad. la maréchale de Luxembourg. Si M. Le-Moine prenait la peine de s'y transporter et de demander de ma part M. de la Roche, je ne doute pas qu'il n'eût la complaisance de le lui montrer.

Je ne vous connais. Monsieur, que par vos lettres, mais elles respirent la droiture et l'honnêteté ; elles me donnent la plus grande opinion de votre âme ; l'estime que vous m'y témoignez me flatte, et je suis bien aise que vous sachiez qu'elle fait une des consolations de ma vie.

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