LETTRE A MADAME DE LUZE
A Métiers, le 17 mars I7()4.
Il est dit, Madame, que j'aurai toujours besoin de votre indulgence,
moi qui voudrais mériter toutes vos bontés. Si je pouvais changer une
réponse en visite, vous n'auriez pas à vous plaindre de mon inexactitude,
et vous me trouveriez peut-être aussi importun qu'à présent vous me
trouvez négligent. IJiiaïul vicmlra ce temps précieux, où je pourrai aller au Biez réparer mes fautes, ou du moins en implorer le pardon? Ce ne sera point. Madame, pour voir ma mince ligure que je ferai ce voyage ; j'aurai un motif d'empressement plus satisfaisant et plus raisonnable. Mais permetlez-moi de me plaindre de ce ([u'ayant bien voulu loger ma ressemblance, vous n'avez pas voulu nie faire la faveur tout entière, en permettant qu'elle vous vînt de moi. Vous savez que c'est une vanité qui n'est pas permise, d'oser ollrir son portrait ; mais vous avez craint peutêtre ((ue ce ne fût une trop grande faveur de le demander; votre but était d'avoir une image, et non d'enorgueillir l'original. Aussi, pour me croire cbez vous, il faut (pie j'y sois en personne; et il faut tout l'accueil ftbligeant que vous daignez m'y faire, pour ne pas me rendre jaloux de moi.
Permettez, Madame, que je remercie ici Mad. de Faugnes de l'bonneur de son souvenir, et que je l'assure de mon respect. Daignez agréer pour vous la m<'me assurance, et présenter mes salutations à M. de Luze.