LETTRE A M. DE LATOUR
Môtiers, le 14 octobre 176-i.
Oui, Monsieur, j'accepte encore mon second portrait. Vous savez que j'ai fait du premier un usage aussi bonorable à vous qu'à moi, et bien précieux à mon cirur. M. le maréclial de Luxembourg daigna l'accepter. Mad. la marécliale a daigné le recueillir. Ce monument de votre amitié, de votre générosité, de vos rares talents, occupe une place digne de la main dont il est sorti. J'en destine au second une plus humble, mais dont le même sentiment a fait choix. Il ne me quittera point. Monsieur, cet admirable portrait, qui me rend en quelque fa(;on l'original respectable. il sera sous mes yeux chaque jour de ma vie. Il parlera sans cesse à mon cœur. Il sera transmis après moi dans ma famille ; et ce qui me flatte le plus dans cette idée, est ([u'ou s'y souviendra toujours de notre amitié.
Je V(nis prie instamment de vouloir bien donner à M. Le A'ieps, vos directions pttur reud)allage. Je tremble que cet ouvrage, que je me réjouis de faire admiier en Suisse, ne soutire (|ni'l(pie allcinte dans le transport.
LETTRE A M. LALIALD
A Môtiers, le 14 octobre HG^.
Voici, Monsieur, celle des trois estampes que vous m'avez envoyées,
(liii,dans lo nombre dos gens ([iic j"ai consiiUr's, a en la iilnralitr des voix. Plusienrs cependant prél'èrenl eelle ([ui est en habit Iranrais ; et l'on peut balancer avec raison, puisque l'une et l'autre ont rté gravées sur le même portrait, peint par M. de Latinu'. Uuant à l'estampe où le visage est de profil, elle n'a pas la moindre ressemblance ; il parait que celui qui l'a faite, ne m'avait jamais vu, et il s'est même trompé sur mon âge.
Je voudrais, Monsieur, être digiu' de riionnenr ipie vous me faites. Mon portrait figure mal parmi ceux des grands philosophes dont vous me pai'iez ; mais j'ose croire qu'il n'est pas déplacé parnû ceux des amis de la justice et de la véi'ité. Je vous salue, Mimsienr, de tout mon cirur.
LETTRE A M. LALIAUL»
A Môtiers, le 0 décembre 176-i.
Je voudrais, Monsieur, pour contenter votre obligeante fantaisie, pouvoir vous envoyer le prolil que vous me demandez ; mais je ne suis pas en lieu cà trouver aisément quelqu'un qui le sache tracer. J'espérais me prévaloir pour cela, de la visite qu'un graveur hollandais qui va s'établir à Morat, avait dessein de me faire ; mais il vient de me marquer que des alVaires indispensables ne lui en laissaient pas le temps. Si M. Liotard fait un tour jusqu'ici, comme il paraît le désirer, c'est une antre occasion dont je profiterai pour vous complaire, pour peu que l'état cru(d où je suis, m'en laisse le pouvoir. Si cette seconde occasion me manque, je n'en vois pas de prochaine qui puisse y suppléer. Au reste, je prends peu d'intérêt à ma figure, j'en prends peu même à mes livres ; mais j'en prends beaucoup à l'estime des honnêtes gens, dont les cieurs ont lu dans le mien. C'est dans le vif amour du juste et du vrai, c'est dans des penchants bons et honnêtes, qui sans doute m'attacheraient à vous, que je voudrais vous faire aimer ce qui est véritablement moi, et vous laisser de mon effigie intérieure, un souvenir qui vous lut intéressant. Je vous salue. Monsieur, de tout mon cicur.
LETTRE A M. LALIAL D
A Môtiers, le 7 avril 1765.
Puisque vous le voulez absolument. Monsieur, voici deux mauvaises esquisses que j'ai fait faire, faute di' mieux, par une manière, de peintre qui a passé par Ncuchàtel. La grande est un prolil à la silhouette, où j'ai fait ajouter quel([ues traits en crayon, pour mieux déterminer la position
des traits; l'autre est un prolil tiré à la vue. On ne trouve pas beaucou]) de ressemblance à l'un ni à l'autre : j'en suis lâché, mais je n'ai pu faire mieux; je crois même que vous me sauriez quelque gré de cette petite attention, si vous connaissiez la situation où j'étais, quand je me suis ménagé le moment de vous complaire. Il y a un portrait de moi, très-ressemblant, dans l'appartement de Mad. la maréchale de Luxembourg. Si M. Le-Moine prenait la peine de s'y transporter et de demander de ma part M. de la Roche, je ne doute pas qu'il n'eût la complaisance de le lui montrer.
Je ne vous connais. Monsieur, que par vos lettres, mais elles respirent la droiture et l'honnêteté ; elles me donnent la plus grande opinion de votre âme ; l'estime que vous m'y témoignez me flatte, et je suis bien aise que vous sachiez qu'elle fait une des consolations de ma vie.