BRUXELLES
(Mi>UIMElUE-LIHKAIRIE L»E H. (iOEMAERE,
ItK I.* MOMTAGNe,
PttJii'ACE.
La dcfînitiûu du dogme de rimmaculée Coueeption de la Sainte Viei^ Marie a fait naitre chez les fidèles le désir de posséder des statues, des médailles et des images qui leur rappellent ce beau mystère.
A défaut d^un type reçu, les artistes ont composé ce sujet de leur mieux; mais, il faut le dire, comme ils connaissaient peu les principes de Ficonographie chrétienne et peut-être moins encore les ressources que le mystère offre è un iconographe habile, ils ont rarement réussi.
Dans rincertitude où ils Ûottaient, plusieurs sont venus me consulter ; et comme je m^occupais déjà de l'exposé dogmatique du privilège de la Sainte Vierge,
que je publierai dans le courant de cette année,
je leur ai doiiné les conseils que je croyais utiles. Afin d'éviter des répétitions fastidieuses^ et de garder le sourenir des observations que j'avais faites^ je les ai mises par écrite et lorsque je vis qu'elles avaient pris un certain développement^ je me décidai à les publier.
Le manuscrit était achevé au mois d'août 1855, et en partie imprimé au mois dWobre suivant.
Différenles circonstances m'en ont fait différer la publication, ce qui m*a permis d'étendre et de compléter la seconde moitié de louviage.
Si l'antiquité nous avait fourni un type du mystère, c'est-à-dire, si les âges précédents nous avaient transmis une manière de représenter l'Immaculée Conception, invariablement reiuc, ces recherches eussent été inutiles. L'art chrétien ne se fait point à priori ; il vit d'observation, et se retrempe dans l'imitation des chefs-d'œuvre anciens. Mais malheureusement aucun type traditionnel n'existe ; je tiens à le constater Ici.
D'abord je trouve plusieurs images ou statues de Marie Immaculée, tout à fait différentes, approuvéies les unes et les autres par les souverains pontifes. Paul V, dans les preinières années du xvu*" siècle, fit ériger devant l'église de Sainte->Marie-Majeure, à
Home, une statue de Marie Immaculée dont les attributs différent essentielleniem de l'image de llmmaculée Conception qu'Alexandre VII lit graver sur jiiie^ médaille ou monnaie frappée Tannée 1655, en rhonnëur de l'Immaculée Conception, médaille dont le Père Nierenherg a conservé le dessin et expliqué la peDS^ 4àn3 un opuscule spécial imprimé à Valence en 1656. S. S. Pie IX, heureusement régnant, n'a $ttiTi ni Tun ni l'autre de ces types approuvés par ses prédécesseurs; il en a créé un nouveau, que tout le monde connaît.
Un autre fait mérite d'être remarqué.
Les Pères de FOratoire de Naples avaient demandé à la Congrégation des rites la permission de placer sur le maître-autel de leur église un tableau de l'Immaculée Conception, peint d'après le type de la médaille miraculeuse très>-répandue en France. Le 7 août 1837, la Congrégation des rites reiusa 1 autorisation demandée, et son secrétaire, le savant abbé Gardellini, dans les notes qu'il ajouta à ce décret lorsqu'il le publia, déclara que la permission de reproduire le type de la médaille miraculeuse avait été refusée parce qu'il s'écarte de la manière dont on a coiUume de peindre t Immaculée dmeeption de la Sainte Vierge, depuis les temps les plus anciens.
« L'auteur de cette remarque, dit S. Ë. le car-
dioal Sterckx, dans sa disserlatioa sur la manière de peindre l'immaculée Conception^ n'indique point quelle est cette image que Ton a coutume de peindre depuis les temps les plus anciens, et nous n'avons pu la découvrir. Nous pensons que dans différents pays on emploie depuis longtemps diiléretites manières dé peindre ces images, selon le gôàl différent des peintres, et même des fidèles. »
C'est aussi mon avis. La seule image qui aurait pu revêtir un certain caractère traditionnel parce qu'elle est composée d'après l'Evangile de la nalmié.de Marie^ et le ProtthSvanffile de saint Jecgues, deux livres apocryphes, et parce qu'elle se trouve peinte dans les bréviaires et les missels du moyen âge, et sculptée sur quelques monuments, est celle qui représente la rencontre de saint Joachim et de sainte Anne,^ à la porte dorée de Jérusalem; or, cette image n'est plus reproduite depuis trois siècles; et vraiment elle ue mérite pas de l'être.
Depuis longtemps l'image symbolique est préférée; mais elle a revêtu diverses formes et pris des attributs divers dont je parlerai plus loin.
Ici il suffit de faire remarquer que l'iconographie des mystères s'est toujours fixée à l'époque où ces mystères ont été définis. Le type de la Mère de Dieu n'a été arrêté qu après le concile d'Éphése, où avait
été condamnée l^hérésie de Nestorius qui niait la maternité diviue de Marie. Lorsqu'une croyance a été attachée à une formule sacramentelle et inviolable. Fart s'est efforcé d'en attacher l'expression a certaines fonnes qui sont devenues sacrées, et qui ont consti-^ ttté des types généralement reçus. En cherehanI à déterminer aujourd hui le type de Tlmmaculée Conception, j'imite donc les anciens, je marche sur les traces de nos pères.
Bans ce travail, voici le plan que j'ai suivi : J^ai anal3r8é d^abord les principes généraux de l'iconographie des mystères; et après avoir indiqué la. notion dogmatique de Tlmmaculée Conception, j*y ai appliqué ces principes.
Lorsque ces principes ne fournissaient point de solution décisive an doute qui s'élevait sur certaines parties de Fimage^ j'ai suivi Tordre naturel que semblait réclamer la chronologie, Thistoire ou Tanaiogie.
On peut considérer ces remarques comme un commentaire du décret du concile de Trente (Sess. xxv), qui ordonne aux évéques de veiller à ce que, dans les églises, les fidèles n'aperçoivent que des images convenables, pieuses, édifiantes; et qui défend en outre de placer dans les églises ou ailleurs, même dans des lieux exenipls, des images nouvelles et inso-
lites^ à moins qu^eiles n'aient été approuvées par
révéque du diocèse.
Ce décret n'est point inutile aujourd'hui; il a déjà pu être appliqué à des images de Tlmmaculée Coilception.
Cependant je n'ai pas l'intention d'attribuer aux
observations qui suivent la force d'un décret obligatoire pour mon diocèse ; je ne leur attribue, que Pautorité d'un conseil. J'ai voulu indiquer à mon clergé bien-aimé quelles sont les ima^fes de Tlminaculée Conception que j'approuverai volontiers» et prévenir les erreurs des artistes qui auraient pu faire naître dans l'esprit des fidèles une notion fausse ou confuse du mystère.
Le sujet que je traite ici a été traité plusieurs fois dans les temps passés. Le célèbre Jean Molanus y a consacré un chapitre dans son Histoire des mages (1); le Père de Ayala a marché sur ses traces dans son Peintre chrétien instruit (2) ; à l'occasion
(1) Dehisioria SS. imaginum et picturarum^ auct. J. Molano, in-4° cum notis Paquot. Lovanii, 1771. On a trois autres éditions de cet ouvrage, in-5S, Lovanii, 1570; in-12, Lovanu, 1594, et Huad, 4617.
(2) PktorchriOimtsenÊiitus, sivedeerrm^ qui pamm aimUUmtair eirca pingendM atqite effinifeiidas taera» innoffiiHes*,* aotb. Joan. Interian De A]^a, etc., in-fol. Matriti, 1750. Voy. I. iv, c. 3, p. 193, Imagine» et pietene eaiieepHeiiat B, Vîrginis, ^sueque ntOhUaH». — Cet ouvrage est diflis et moins solide que celui de Molanns.
de la définition de Flmmaculée Conception de la
Sainte Vierge, S. E, le cardinal Sterciix, archevêque de Malines, a eu Texcellente idée de soulever de nouveau la (juestion, dam une petite dissertation latine, publiée à Rome au mois de novembre 18ôi, et reproduite un an plus tard à Malines, sans modifications (1). M. Tabbé Crosnier, vicaire général du diocèse de Nevers, déjà connu par des publications areiiéologiques remarquables, a mis au jour une petite brochure intitulée : L immaculée Conception de Marie, proclamée par les iconographes du moyen âge (â). C^est lui qui m'a fait connaître un article de M. Hucher, archéologue français, intitulé : L'Immaculée Conception figurée sur les monuments du moyen âge et de larenmsmnce (3). Après avoir
(1) De modo pingetidi SS. Dei genUricm Mariant^ sine lobe originali conceptamy brevU DisquinHo, 13 pages Rome, 1854. Cet opuscule a été reproduit sans changements avec une courte préface et un article du Jmtmal de Bruxelles qui l'analyse, sous ce titre : Courte dissertation sur la maniè^re de représenter par la peinture le mystère de llmmaiulée Conception de la très-Sainte Vierge Marie, par S. £. le cardinal SterckXf archevêque de Malines, in-8^ Malines, 1855.
(2) Cet opuscule de 20 pages est extrait du Bulleiin de In Société Nivemaise, et a été imprimé k Nevers en 1855. Plus de la moitié de l'opuscule est consacré k rtiistoire du culte de U Sainte Vierge, dans le diocèse de Nevers.
(3) Inséré dans le Bulletin monumental tic Cauiiioiit, tome XXI, n"2, p. 145. M. l'abbé Crosnler s'étonne et se plaint de la manière dont M. Huchei- a traité son si^et.
lu ces traités dont j^ai lâché de profiter, j'ai cru quMI reslait encore beaucoup de choses à dire sur cet intéressant snjet. Content d^y avoir apporté une petite part de lumière, je n'ai point, Dieu merci,' la prétention de l'avoir épuisé. Si d'autres, après moi, sWorcent de compléter, d'étendre, et au besoin de reciiiier ces rectierches, j'applaudis d'avance à leurs efforts et à- leurs succès. Le seul but que je me suis proposé eu écrivant ces pages, a été de fournir des renseignements utiles au clergé de mon diocèse, et une direction aux artistes chrétiens qui sont appelés à représenter le mystère de rimmaculée Conception, afin de contribuer ainsi à Tédification des fidèles^ et à la gloire de la bienheureuse Vierge Marie.
Bruges, le ^3 février i856.