‹ Iconographie de l'immaculée conception de la trèsSainte vierge Marie, ou de la meilleure manière de représenter ce mystèreChapitre 11 sur 13 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Des symboles de l'Immaculée Conception, et des légendes ou iiiseriptmiê qui conviennetU à la représentation de ce mystère.

Par attributs j'entends certains objets extérieurs qui caractérisent la représentation d'un mystère, qui en déterminent la signification, et qui forment un accessoire naturel ou obligé de cette représentation.

Par symboles j^entends certaines figures on images, qui, prises à part, rappellent, indiquent ou représentent nn mystère.

Ainsi la robe blanche et le manteau bleu sont un attribut de la Vierge îmmaeulée; et le lis entre les épines

ainsi que le miroir sans tache en sont des symboles.

DE L^SMPLOI DBS SYMBOLES DANS LA REFBÉSBNTATION DE

vwmmAcm^ ooNciFTioif .

Les principes que j'ai émis plus haut sur la nécessité d'exprimer les mystères avec justesse et préci-

sioii^ sans mélange d'attributs, sans coulusion dans les détails, foQt naître ici un doute qu'il importe d'éclaircir avant tout.

Est-il à propoâ d'entourer les images de rimmaculée Conception des symboles qui rappellent ce mystère? N'y a-t-ii point double emploi, lorsque aux attributs fort clairs dans leur'signiGcation oniyoute des symboles^? Ce pléonasme ne pèehe-t-il point contre les règles de l'art?

Pour ma part, je ne vois aucun înconvénient à ce qu'on entoure la Vierge Immaculée des symboles ou emblèmes de Tlmmaculée Conception, pour la raison fort simple que la sculpture et la peinture ressemblent à la poésie et à la musique qui aiment les répétitions. L'ieonographie se plait donc dans ces pléonasmes figurés, qui forment en quelque sorte le refrain des hymnes que Vimage chante en Thonneur de la V ierge sans tache.

Seulement il faut éviter l'emploi des symboles qui par leur nature ou par l'usage sont consacrés à rappeler d'autres prérogatives de Marie, et qui, par conséquent, ont une signification diûcicnte.

Je ne saurais approuver Tarlistequi, sur Timagc de rimmaculée Conception, placerait les symboles de la virginité perpétuelle de la Sainte Vierge, tels que le jardin fermé, la fmtmm scellée^ le buisson ardent, la porte qui ne s ouvre jamais, etc., ou bien ceux de la maternité divine, telle que la cité de Dieu^ le tabernacle du Très- Haut, la verge de Jessé; ou bien ceux qui marquent la puissante protection de Marie, tels que la Umr de David, la porte du cieL etc. Ces emibîèmes introduiraient une confusion manifeste, qu il faut éviter.

Je sais que le binsson ardent a éié employé connue symbole de rimmaculce (Conception, pour ce molif que le buisson reste intact au milieu du feu, comme Marie est restée innocente au milieu de la contagion du péché;

mais on a eu tort selon moi, parée que eette signification naturelle, qu'on aurait pu adopter si le buisson ardent n'avait pas un sens consacré, doit céder à la signification

antique, consacrée par rËgiise, qui nous fait voir dans cet emblème une image de Tintégrité parfaite et de la virginité perpétuelle de la mère de Dieu (1).

Le symbolisme est un langage de convention dans lequel il faut respecter les significations généralement admises et déjà consacrées par Tusage. Il y a certaines images ou représentations dont le sens est tellement fixé qu'on leur a donné le nom de types. '< Les formes fixées par la loi ou par 1 usage, dit M. l'abbé Bourassé, sans pouvoir éire changées suivant le bon plaisir des artistes^ ont reçu le nom de types (2). » Ces formes et ces symboles sont sacrées dans le domaine de Fart.

L'agglomération inconsidérée des symboles des divers attributs de la Sainte Vierge est le défaut le plus sensible lie la belle image qui orne le traité de Josse Cliehtone

(1) L*Égli8c 9 comaeré celte signification spéciale dans la Iroistènae antienne des Laudes dn dfmandie de l*Octave de la liativité de Notrci- Seigneur , que Toiei : « Rubum quem vîdcrat Hoyses incombuslum , eonacmlam agnoTimos tmai laudabilem vlrginitatem; Dei genitris intereede pro nobîs. »

(3) ihi ^mftof jime dans les cglim dm moyen âge, par MM. Naele et Webb... avec une introduction, etc., par M. i*abbé fionraasé. p. 5S. Tours, 1S47.

de Nieuport sur la parfaite pureté de Marie , c'est-àdire sur le privilège de son Immacttlée Goneeption (i). Cette image, gravée sur bois, flgure sur les édilions pa« risfennes publiées dans les vingt premières années du xw" siècle. Mais M. l'abbé Crosnier, qui la décrit, paraît en avoir vu des exemplaires beaucoup plus anciens. Toujours esMI que cette image, imprimée sur un traité de rimmaculée Goneeption, semble avoir été composée pour rappeler un grand nombre de grâces et de prérogatives de la Mère de Dieu, tout en représentant le mystère de sou Immaculée Conception.

Il convient aussi d'éviter avec soin remploi des symboles qui, de leur nature, sont vagues, compliqués, incertains ou trop artificiels. Un emblème n'est ]>oiiiL une énigme. La comparaison qu'il renferme doit être saisissante, et le sens qu'il exprime, naturel et intelligible.

On a frappé, par exemple, une médaille de llmmaculée Conception de Marie où une seule étoile est placée au-dessus de la téte de la Très-Sainte Vierge. C'est, on nous Ta dit, Fétoile de Jacob, symbole de Marie, que l'on a voulu représenter.

Mais l'étoile de Jacob n'est pas le symbole propre die la Sainte Vierge, quoiqu elle lui soil aftpropriée dans des cas très-rares et pour des motifs peu concluants. De plus, toute étoile quelconque ne rappelle ' point l'étoile de Jacob ; dès que les circonstances historiques ne suffisent pas pour la caractérber, une inscription ou

<l) Jadoci ClidaUiivei, Neoportoensis, De pwikUe ConeepHanis beato' MoHm Vu^if. Lib. II. 4*. Paris, 4813. U seconde édition est de 1517.

lé^jende devient nécessaire ' pour la ûiirè rècônnàitre.'

Les auteurs cpii oiit écrit sur l'art symbolique, considèrent l iuscription comme une partie essenlieile d'uu symbole parfait.

. On à plaeé aussi dans les mains de la Sainte Yi^ge, au risipie de les blesser^ un bouquet delisënlouFés d'épines.

C'est là cliangcr un symbole en attribut : c'est embarrasser les mains auxquelles on ne peut plus imprimer l'attitude de la prière. D'ailleors, nn bouqaet est à peu près ini'perceptible sur une médâille de petite dimension et ne produit, par conséquent, aucun effet. ^

L'art de composer des symboles est fort ancien. Le langage symboliqne est primitif. Il s'^st perpétué dans les paraboles de l'Évangile et dans les apologues des auteurs. ' profanes.

Depuis trois siècles surtout, des esprits sérieux se sont occupés à tirer, soit de la nature, soit des beaux-arts, dés comparaisons, des ressemblances et des allégories qui, à Taide d'une inseription laconique, rappellent le sujet auquel on fait allusion.

Les vertus et les vices ^ romour profane et l'amour divin ^ la passion de Notrc-Seigueur, les prérogatives de la Sainte Vierge, la vie humaine, ses vicissitudes et ses malheurs, les vérités de la foi, les préceptes de la religion, les travaux des saints et des ordres religieux, ont

fourni ridée d'iiae multîlude d^emblèmes qai ont été gravés, pnis'eolkmientés par une foule d'éerivains.

Un religieux de la Compagnie de Jésus, leR. P. Jacques Boschius, a recueilli à lui seul plus de deux mille symboles parmi les plus remarquables; les a divisés en quatre classes : les symboles sacrés^ les béroïques, les moraux et les satiriques (i).

Les symboles relatifs à l lmmaculée Conception occupent dans ce recueil les n*** 497 à 515, et sont brièvement expliqués à la page 3S de Fouvrage. Le premier représente la lune brillant dans une nuit obscure, où les étoiles paraissent à peine; il porte celte inscription : SpUndeo, cuncla tenetUibus umbrU, ou bien : Teneirœ eam non eompnhenderuni.

Un autre fait voir une fontaine d'eau douce jaillissant d'un rocher, avec ceUe inscription . Mari quis crederei ortam 9

Un troisième représenle la terre couverte de neige, avec cette inscription : BÊeu$ est ab ùrigme tandar.

(1) Symboliifintphia f sive de arle symbolica scrmo)}c<! spplem aucl. R. P. Jac. Bosclii ). e. S, J. quibus accessit, Syllotie celthnotum syniholorum in quatuor divisa clanaes, xacroruni j heroicorttvif ethicormi et sali" ricorum, bis mille iconismis crprpssa, fol. Aug. Vindel., 1702, — Le P. Ménestrier, dans s& Philosophta tinayiniou^ t. I, |vag, i. Anislclod. 1698, donne, sous ce titre : Judici^im de onmihm anthnribm qui de artc symltolica scripserunt, une lislc des auteurs qui ont tcril sur ks .syiiiljolcs, emblèmes, hiéroglyplies, etc. Cette liste a été considérablement augmentée ])ar J. M. Von dcr Ketten dans son Apellcs symbolicus exhibent geriem unipU^Mmam symbolorunij etc. Part. II. Anistel. 1699, à la suite de la préface. Elle pourrait être encore augmentée de nos jours.

— lOi —

On voit aussi la pleine lune, avec cette inscription : Surrexit luekUi.

Il en est d'autres moins expressifs que ceux que je viens de rapporter et qui donnent une idée du genre (1).

Ces symboles, composés de fantaisie^ n'ont de mérite qae lorsqu'ils sont trè»*justes et très^xpressifs. Il faut le dire, beaucoup d'auteurs se sont donné peu de peines pour réussir, se contentant de comparaisons imparfaites, de rapprochements imaginaires, plus propres à amuser des enfants qu'à satisfaire des hommes d'esprit (2) ; mais cet alras n'autorise point le mépris dont on a voulu couvrir cet art injïénieux. Aujourd luii eiu ore. la composition des symboles ou emblèmes peut avoir du mérite en rendant populaires les faits historiques les plus mémorables et les vérités les plus néeeseaires au bonheur de l'homme.

Les syiabolcs tirés de la uaLurc, pour èLrc compris,

(1) Le Père Zolicr, religieux bénédictin, a exerce son génie à composer des cnibicmes de ce genre dans l'ouvrage qu'il a écrit sous ce titre : Coneeptus cJironoloijicnx de concepla gacra Dripurn , mvibinalns per J, ZoUcr, 0. S. Bcned. îoï. Augusla*, 1712, C'est un livre peu nnpoi lant.

(2) Il y a r[iu li]iii ( Imst: de ridicule dans le mélange assez fi équent que ces ÎDgénîcux aul€Ui.-> uni fait, dans leurs cumpositions symboliques, du saerc et du profane. Le Père Ménestricr, par exemple, dans son Art des iviltlt-mex, page 70, Paris, tG8i, dit : « Pour le vœu de chasteté religieuse, les auteurs pcignin ul le vaisseau d'Ulysse, dans lequel les mate» lots se bouchaient les oieiUes pour ne pas entendre le chant des Sirènes, et leî passagers étaient liés au aiài avec ces mots : Caniti.< surdis, canititqiie ligcUis, n — Conçoit-on une idée plu.-, hi/.urvc ("cUe de représenter des religieuses par les compagnons d'Ulysse? Je pourrais ciler beaucoup d'exemples non moins étranges, qui donnent une triste idée de l'empire qu'exerçaient au xvii" siècle les idées païennes.

euipent ordinairemeiit d'asses grandes dimensioiis./Ils convienaent done mieux à la décoration des nies^ dès places publiques et des grands édifices^ qu'à rornement des images et des médailles de petite dimension.

Les emblèmes qui empruntent leur signification aux eoulenrs .et à la lumière doivent être peints pour être «ompris.

PAR LTSAOE.

Les symboles tirés des figurer et des événements de rhistoire sainte et de nos Livres sacrés, sont infiniment

supérieurs et de beaucoup préférables aux symboles composés de fantaisie et aux comparaisons empruntées à la nature.

Non-seulement leur origne est plus , noble et plus respectable, mais encore leur signiûcation esi en général plus claire et plus précise.

Dès les premiers siècles de l'£glisc, les SS. Pères ont été conduits, par une étude approfondie des Livres saints, à y recueillir des figures et des eoi^paraisons, et à fixer quelques règles pour les entendre. Le plus ancien re» ciicil de ce gem-e est la Clef de Méliton, évêque de bardes, qui lleurit vers le milieu du second siècle, et que vient de publier, avec beaucoup d'érudition, le savant Dom Pitra dans le deuxième et le troisième vo-

lume du Spmlége de Sokme (i). On a dans le même

genre Les Formules de IHntelliqence spirituelle laissées par saint Eucher, évéque de Lyou au siècle, et 17»trodw^km, en grec, d'Adrien, auleor inconnu, reproduite dans le huitième volume des CrUtd saeri, de Tédi* lion d'Amsterdam. Au cûnimencenient du xi« siècle le Père Garnier, chanoine de Saint-Victor à Paris, dans un livre qu'il intitula Gregorianum parce qa'il Tavait tiré des écrits de saint Grégoire le Grand, recueillit la signification morale et mystique des choses naturelles dont la Sainte Bible fait mention (2). Enfin au xvi^ siècle, sous le titre à^IntroducUon mystique à la Sainte Ecriture, Sanctès Pagninus amassa dans un grand volume inrfoljo une multitude de ces figures et de ces significations emblématiques dont les unes sont plus acceptables que les autres (3). '

(1) Ces volumes, publics à Paris à la fin de Taniiéc 1855, renferment une édition critique de la Clef de Méliton, d*a[irr^ les anciennes Teruoiu latines qui nous en restent, avec les commentaires inédits des auteurs du moyen âge qui ont écrit sur rinterprétation symbolique de PÉcriturc Sainte. Ce remarquable recueil est complété par le texte oriental du PhtfsiologveanUquef et d*extraits des bestiaires, volucraireset autres livres symboliques les plus anciens, et de deux dissertations sur le Poisson symbolique^yy remarque, t. U, page 68, une application de huit propriétés de rétoile à Marie, par Pierre de Capoue (an. 4200) j t. 111, |Mige 118, un résumé des symboles de la Sainte Vierge, par le même auteur; page 430, des observations judicieuses sur la maternité naturelle et spirituelle de Marie; page 489, un traité de Pierre de Mora sur la Rose mystique.

(2) Voyez la patrologie latine de M. Aligne, tome CXCUl, p. 4 et seq. où ce rare ouvrage est reproduit. Mais voyez surtout le travail de Dora Pitra, où toute la famille des commentateurs symboliques est réunie.

(3) Santis Pagnini Luccnsis Jsagogœ ad sacras literas lîbec un us ; ejus*

Quoique les prérogatives de la Sainte Vierge oeeupeni

peu de place dans ces recueils, on ne peut point douter que Tespiit invcnlif des artistes du moyen âge n'en nif tiré parti pour les exprimer sur les monuments de cette époque.

D'ailleurs le fait a été observé. c< Au xiii* et au xiv* siècle, dit M. l'abbé Bouiassé, le culte de la Sainle Vierge est parvenu à sa plus haute expression , et nos églises brillent du plus radieux 83rmbolisme en l'honneur de la Mère de Dieu (i). »

Puisque je me propose moins, en écrivant ces lignes, d*étudier la symbolicjue dans ses développements que de tracer aux artistes ciiréliens de nos jours des règles qu'ils puissent suivre en toute sécurité, je me bornerai à indiquer les prindpaux symboles que TÉeriture-Sainte nous fournit et que les bons iconographes ont employés dans ces derniers temps, sans ^oaloi^ proscrire néanmoins les symboles naturels et convenables que je ne rappellerai pas.

Je erois devoir prévenir les artistes que, dans lemploi

des symboles, il vaut toujours mieux faire bien que faire

dcm isagogœ ad vujslicos S. Scriptiirœ senms lîbri XVIII, fol. Colon, i^i'i. — L'ouvrage de Pierre iJongi, intitulé : Mi/s(icœ numerormn siqnificationes, fol. Borgomi, 157îi, appartient plutôt à la symbolique naturelle et profane, qu'à la symljulique sacrée. Je regrette de n'avoir pu consulter Jud. Clichtovei, Nl u|>. De myxlica nnnierorum sigui/icidu ru opuscuhim ; eorutn prœscrthn ijui tn sacris lilteris usilati hahentur. -4". Paris, 4515.

(1) Iht symbolisme dans les cf/tisos du iiinijcn-àgef par Masou Ncàlc et Benj. Webb. trad. de l'ang., avec introd., par Tabbé Bourassé, p. 24, Tours. 4847.

beaucoup. Un choix intelligent et une grande sobiiélé sont plus nécessaires que le nombre des symboles; la complication de sujets n'en fait pas le mérite.

Llmmactdée Conception de la Sainte Vierge est le mystère de sa sainteté parfaite et perpétuelle, la prérogative de su préservation du pce lié originel dont tous les enfants d'Adam sont souillés dès le moment de leui* création. Tous les symboles qui indiquent clairement cette double idée sont propres à figurer le mystère. Ainsi

. Le lu entre les épines (1)

est un symbole simple et clair de la prérogative de rim-

maculée Conception, parce que, dans le langage de la sainte Ecriture, les épines sont l'image du péché et des pécheurs , tandis que le lis est Fimage de iinnocence et de la pureté.

Lorsque notre premier père fut tombée Dieu maudit

la terre et (lr( lara qu ca punition du péché d'Adam elle produirait des ronces et des épines. Les épiues sont donc nne espèce de monument de la chute du premier homme.

Lorsque Ton compare la Sainte Vierge au lis qui croit entre les épines, on rappelle la parfaite sainteté qu'elle a conservée au milieu des peclicurs. On dit virtnellement que tous les houmies sont des plantes maudites, à l'exception de Marie, qui seule a conservé sur cette terre de péché la blancheur de Tinnocence et le parfum des vertus.

{t) Sieut liliuiD inter spitias. Caut. ti, S.

SedoHos et d^autres poètes ehrétiens oui employé eelte belle allégorie.

Le miroir sans tache {[)

est un symbole naturel de la parfaite sainteté de la Sainte Vierge donî l âme reflélait, comme un miroir très-pur, les perfecttons célestes que Dieu y avait répandues. Cependant ce symbole, pour être complet, doit porter la légende tirée de l'Écriture qui indique rinteulion d'ex- [uinier une prérogative spirituelle, et se trouver auprès d'une image de la Sainte Vierge, pour montrer que cette prérogative est attribuée à la Mère de Dieu.

La même observation s'applique au symbole de

La hine et le 9oieU (2),

qui exige l'inscription tirée de rËcrilure : Elle est belle comme la lune et édaUmte comme le soleil; cé symbole n'est elair qu'autant qu'il se rattache à une image de la Très-Sainte Vierge.

Ces deux astres, représentés dans ces circonstances indiquent l'Immaculée Conception sous la notion géné^ raie d'une beauté spirituelle et d'une sainteté parfaite.

Mm cité de Dieu, dont les fondements sont posés sur

les muntaynes saintes (5).

Marie est appelée trëS"Souvent la cité sainte, parce que

{{) Spccuiuni sine macula. Sap. vu, 26.

{"2] Pulclira ut luna, clecta ut sol. C\yr. vi, î>.

(3) Fuadaïueiila cjus in moaiibus saacib* Ps lx»&vi, 4 .

Dieu ^ babilé en elle. Lorsqu'on assure que les fondements de cetle cité sont saints, que son origine et sa base sont saintes, on fait une allusion directe à la création de Marie dans rinnoeeiiee et dans la sainteté, elTon rai>pelle que Mariie, à son origine, n'a point participé è la corruption de la terre. •

Le tabernacle du Trè&^Haut sanctifié {i),

avec cette inscription : Le Très-Haut a sanctifié son tàbernaele, indique très<eiairemenl la personne que Dieu a eboisie pour sa Mère, eelle qui à ce titre a été eomblée,

dès son origine, de Taliondancc de ses giâcos.

Uart-iiu-àel brillant au milieu des nuages (2) .

nous montre la clarté de la grâce dont la Sainte Vierge est ornée, au milieu de robscurité du péché qui couvre le resté des hommes.

Les décorations qui ont servi à orner Téglise de Saim- Jean de Lalran, à Rome, lorsque le cliapitre de cette basilique a célébré, le 8 décembre 1S55, l unnivcrsaire de la définition de rlmmaeulée Coneeption, donnent une idée de la manière dont on peut employer ces emblèmes.

J'en retracerai ici une courte description que je dois à l'obligeance d'un vénérable prélat, chargé de l'organisalion de cette féle.

La partie la plus saillante de ces décorations consistait

(i) Sanclificavit tabcrnaculum .suum Altissimus. Ps. xLv, {>. {$) Quasi arctts rcfulgcns ioter ncbulas. ëccli. l, 8.

en tableaux emblématiques suspendus aux murs, ou sons les arcades de la grande nef. On y voyait Jahel, Judith,

Esther et David, dans l'acte qui les lit ii iompher des ennemis du peuple de Dieu. David avait Goliath à ses pieds.

Sous les arcades, on voyait, d'un côté Adam et Éve, chassés du paradis terrestre, arrivant dans le désert au milieu des ronces et des épines; de Fautre côte en face, la Sainte Vierge, venant du désert, appuyée sur son bienaimé, avec cet exergue : Qtiœ esi ista quœ ascendU de deserio deUciid affluens, inmaca 9uper dUeetum smmf Puis apparaissait Téehelle mystique de Jaeob , la nuée d'Elie, qui se dissout en pluie salutaire^ le buisson ardent et rArehe d alliance au passage miraculeux du Jourdain. Ces dix tableaux ornaient les dix arcades de la grande nef.

Au-dessus de la confession se trouvait le tableau principal, représentant la Vierge ('ci asanl le serpent infernal, et ayant à ses côtés Adam et Eve dans iattitude de la reconnaissance.

Au-dessus des portes d*entrée de la Basilique, sous le

porche, on voyait deux tableaux représentant, 1 un Tarche de Noé flottant sur les eaux exterminatrices du genre humain; l'autre, les emblèmes réunis de la cité posée sur la montagne, de la fontaine scellée , du platane élevé le long des eaux, et la plantation de rosiers.

Je pourrais remplir un volume des symboles doul les SS. pp. se «ont servis pour exprimer la sainteté de Marie, £n parcourant les homélies que j'ai réunies dans le volume intitulé : SS. Patrum.,. Pietas Maritma, et publiées à Louvain, en 1847, on en trouvera une trcs-

longue série, surtout dans celles que saint Gfermainf patriarche de Constantinople, saint Jean Damascène et Léon

îe Sage ont écrites. Hippolyle Maracci en fournit une multilude dans sa Polyanthea Mariana, ainsi que le R. P. PassagUa, dans le premier volume de son grand ouvrage sur l'Immaculée Conception de la Sainte Vierge, public à Rome Tannée dernière (1854). Celles que je viens de signaler suiUsenl pour diriger le choix du clergé et des artistes.

BB I.*lMPIiOt DBS MJtSMKWm OU INSCBIiTlOin.

L'art chrétien a pour principe de faire parler non-seu* lement les flgurcs peintes ou seulptées, mais encore les

murailles des édifiées sacrés.

Les anciennes cathédrales qui ont conservé les débris de leurs peintures et de leurs sculptures primitives, sont couvertes de banderoles et de cartouches remplis d'inscriptions historiques et mystiques, qui complètent et achèvent Tœuvre du peintre ou du sculpteur.

Dans certains cas, nous venons de le voir, l inscription est tellement nécessaire que sans elle le symbole n'est pas intelligible et, par conséquent, n'existe pas.

Les pendes suivent la nature des symboles. Si les symboles sont tirés de la nature et composés d'une manière arbitraire^ une inscription créée par Tinventeur du symbole suffit. Les symboles tirés de l'Écriture exigent que la légende en soit également tirée.

: La plus bdle et la i^as nàlareile de toutes les légendes' bibliques ipae Fou paisse appliquer à Ilmmàciilée Gon*

ceplioD, est celle du Cantique des Caiiliqucb : > ' *

^ 0U8 éies loule belle, à nwn amie, et il ny a point de tache en vous (i) ! * . >

Entendues de la beaulé spirituelle de Fàme, et de la

tache du péché, qui souille tous les enfants des hommes, ces paroles expriment avec la plus grande clarté la sainteté parfaite de la Très-Sainte Vierge et la prérogative de la préservation.

Outre les légendes qui àceouipagnent les symboles enposés plus haut^ je signalerai les suivantes, qui sont trèsbien adaptées au sujet : *

QuMe est ceUe qui s'avance comme l^aurore à sm

lever (2) ?

Marie a été comparée à l'awrore^ parce qu'elle est la mère du soleil de justice, qui éclaire tout homme venant en ee monde. Sous ee rapport, cette légende a trait à la maternité divine. Cependant elle s'adapte très-bien à Tlm-

maculée Conception, parce qu'elle contient surtout la notion d'une origine lumineuse, éclatante. Elle est employée dans l'office de rimmaeulée Conception approuvé par Sa Sainteté Pie IX, et dans les écrits des andens.

<l> Tota pulèhra es, tinica mco, el macula non est iii te. Cant. v, 7. (9) Qute «t ista qiue progeditur quasi aarora coosurgens ? Cant. ti, 9.

QuMe e^ ceUe çtiî ment du désert, toute remplie de déUees, appuyée sur sm hienroimé (i ) ?

£n d*autr€$ termes: Quelle est celle qui s'élève audessus <de la terre aride du péché, remplie de grâces

célestes, et qui, dès son origine, a pour appui, pour soutien de son existence, l'auteur même de son être, celui qui Ta aimée eu la créant? L'idée d'origioe est jointe encore ici à celle de la sainteté, dans le sens mystique de l'ÉgUse.

// m'a arrachée des mains de mes ennemis les plus puissants (â).

C'est-à-dire, il m'a mise à l abri de l'atteinte de Satan, il m'a préservée de la captivité de l'enfer^ lorsque par mes forces je ne pouvais y échapper.

On applique aussi d*une manière très-henreme à

Marie ces paroles qu'Assuêrus adressa à Ësther :

f^ous ne mourrez points car cette loi na pOrS été faite pour vous, mais pour tous les autres (3).

Vous ne mourrez point de la mort de l'âme, qui atteint tous les enfants d'Adam ; car la loi de mort, suite du péché originel, n'est point faite pour vous, quoiqu'elle ait été portée contre tous les autres hommes.

' (i) Qam est isift, qa» nçendit de deserto,deliciis affloens, ioaij» •upiei' dHeetum smm ? Caot. viii, tf .

(3) Eriftuitinedeiniiiiieis meis fortissiiiiis. Psal. xvti, 18.

(3) Non morieris^ non cniai pro te, aed pn> ontiibiis bœe lex eonslituta est. EsTum, XT, 13.

Comme Assuérus avait prononcé une sentence de mari contre tous ceux qui approcheraîenl de son trône sans son consentement, de même le Seigneur a porté la sentence de mort contre tous ceux qui naîtront d'une souche viciée dans sa racine. Et comme le roi d'Assyrie suspendit sa loi en faveur de son épouse Ësther^ ainsi le roi du Ciel suspendit la sienne en faveur de Marie, sa mère. Ces paroles sont employées en ce sens mystique dans le nouvel office de l'Immaculée Conceplion.

Je m'arrêt« ici ; les exemples que je viens de donner suffisent pour guider un artiste habile dans son art.

j'ajoute un mot sur Tart grec.

Quoique les artistes grecs soient Irès-féçonds en inscriptions et en légendes, pour les autres mystères de la foi, ils paraissent très-pauvres en fait d'inscriptions relatives à rimmaculée Conception de la Sainte Vierge. Je n'en trouve 4j[u*une seule : Coneepiim de sainte /^nne^ c*est> à-dire conception qui rendit sainte Anne mère de la bienheureuse Vierge Marie.

Le Guide de la peinture du Mont Atkoè a un chapitre intitulé : Lee épithètes que l'on écrit surk» images de la mère de Dieu (i). Voici ce qu'il renferme :

u Mère de Dieu. — La Miséricordieuse. — La Conductrice. — La Vierge de Gorgopiko (2). — La Reine des anges. — La Reine de tout ce qui existe. — La Maitresse sans tache. — La plus élevée des cieux. — La Fontaine de vie. — La douce Amie. — Celle qui nourrit

(1) Mamet ^ieanogr, eftnsY. grtcqtte H laHne, p. 460. <S] Église d*AUièno8.

de son lait. — La Prolcclricc redoutable. — Le Salut des pécheors. — La Gonsolatnee des affligés. — La joie de touSi — La Ciardieiine de la porte d'Iviron (1). — * La Vierge de la ^laiulc grotte. — La. Viei jje aux trois mains de saint Jean Damascènc (2)* »

Cette nomenclature, on le voit, ne renferme aueune inseription relative à rimmaeulée Conception. Elle n'est pas complète, sans doute. Néanmoins, la manière dont les iconographes grecs avaient rouiunie de représenter ce mystère, nie porte à croire qu ils ne se sont jamais servis des inscriptions mystiques et symboliques, usitées dans l'Êfçlise latine (5). Celle-ci est donc plus riche et plus éloquente que I E}^lise greeque dans l expression du mystère de i lnunaeuiéc Conception de la Sainte Vierge.

Cette abondance même impose aux artistes latins beaucoup de sobriété et un grand discernement. La réserve qu(; ,j ai prescrite dans le choix des symboles est nécessaire aussi dans le choix des légendes ou inscriptions. Toutes celles qui sont obscures, équivoques, incertaines, embrouillées, propres à d'autres mystères, ne sauraient être employées dans une image de llmmaculée Conception, sans la dcligurer ou tout au moins sans la ternir.

(f) Moniutèrcisélèbre du Mont Athm.

(2) D'après une l^nde grecque, h Sainte Vierge a reslitiié h saint Jean DamaMène, ce zëlé défenieur du culte'dcs images, la main droite, que les icoooelaates lui aTaienteoupée.

(3) Au moycn-ftge, on sMotéressait^ en Occident, I riconograpliie de relise grecque, qnoique .Pon ne fût pas lrÂs*avanoé dans Tclnde de h langue employée par cette Église. Voici une remarque de Pierre Cornestor sur rinserîpiioti de 1*ima|p» de la Sainte Vierge adoptée en Orient, qui

CHAPITRË VIL

Résumé, — Deseriptim étune image fmtiive* — Descrijjlîon d'une image exacte, correcte.

Je n'ai point distingué, dans les chvipîlres quiprécèdcnl, les règles qui concerneiàt en particulier le sculpteur, le peintre et le graveur: je me suis borné à expliquer en général les principes que doit suivre un artiste chrétien

dans la < oniposiiion d une image de i lniniaculce Conception, il appartient aux homoies de l'art de faire un usage

prouve rcxactitude de ces deux reni.tKjiios' : .. In nicmoriam liorurn triuni (quod Beata Virgo sit virgo, et virgo Jccunda et virgo intacta), s?}pi>ntia Grapcorwm iiisliluil ni in ic nihus, quas ad iinaginem B. Maria dcpingunt, supprscriptioncm trîum noniinum ponerent in Inmc modum: Virrfn Dei mnicr. Tamen ajiud cos una est dictio ôïotoxoî; sed apud nos du*. " Pctrus Comestor, scrmo XXVIII, De Asmmptiontf inter opéra Pelri BIcsensis ed. Busœi, pag. 395. Mogunt, 1600.

judicieux dos remarques générales que j'ai développées. Gela n'offrira, je pense, aucime diffieulté.

Ainsi, par exemple, un senlptenr comprendra sans peine qu'il doit être sobre en fait d emblèmes, lorsqu'il compose une statue de la Vierge Immaculée, destinée à demeurer isolée, et que s*i\ en employait un trop grand nombre, Taccessoire écraserait le principal, et èterait toute souplesse et toute grâce au sujet. Cependant rien n'empêche qu il n adopte l'un ou l'autre emblème, comme signe caractéristique de sa composition. Beaucoup de grands maîtres ont tiré d'un pareil emblème le nom dîstînctif de leur œuvre. Qui ne se rappelle la Vierge à la chaise, la Vierge au donataire, la Vierge aux poissons, etc;'f Pourquoi n'aiirait-on pas la Vierge Immaculée au miroir sans tache, ou au lis entre les épines, ou à rarc-en-ciel? L'important ici est de disposer ces emblèmes d'une ma* nîère gracieuse et avec goût.

Si un sculpteur, au lieu de composer une statue destinée à rester isolée, était charge de faire un autel, un trône, ou un monument de grande dimension . les emblèmes employés en plus grand nombre lui offriraient d*immenses ressources. A l'aide de ceux-ci il pourrait faire en sorte que toutes les parties du monument rendent hommage au mystère de^ l'Immaculée Conception et le proclament.

Le graveur lui-même doit user de discernement dans l'emploi des emblèmes: s'il les entassait sans jugement, il

s'exposerait à tomber dans la confusion.

Pour les peintres, j ai indiqué les couleurs symboliques partout où leur emploi convenait ou était nécessaire.

J'ai marqué la couleur des cheveux de la Sainte Vierge, de ses babils, du serpent, du globe terrestre. C'est aux

artistes à compléter ces données.

Je suppose, dans les pcrsojincs qui consulteront ces règles, un certain talent de composition cl de dessin, joint à une eonnaissanee au moins ordinaire de Ficonographîe sacrée, sans laquelle il leur serait impossible de réussir. Un peu d inspiralion est nécessaire aussi pour donner à la couij)osili()u de riiannonie el de la vie. La théorie est bonne , et doit toujours précéder; mais Tesprit pratique, le génie, doit suivre et en tirer parti.

Pour terminer, je résumerai en quelques lignes les délaïUs que Tarlisle doit éviter lorsqu'il compose une image de l'Immaculée Conception de la Très* Sainte Vierge, et les règles qu'il doit suivre pour ne pas s'égarer. Je tracerai ainsi en peu de mots deux images, l'une fautive, l'autre correcte, cette dernière comme le terme auquel nos réflexions précédentes abouiissent.

IMAOB VAOVtVE DE LIMMACOLte OONCE^TION.

Figure de Marie : — dans Tombre; — assise ou marchant; — élevée sur les nuages, — au-dessus du monde,

ou petit enfant nu et velu dans le ealiee d'une Heur, ou forte femme à ]'âge mur; — traits de la ligure dun homme; — aspect triste ou sévère; — les yeux grande^ ment ouverts et fixes ; — chevelure forle et front bas; — les bras étendus; — la main droite portant un bouquet

de lis el d'épines; — les pieds nus et découverts; — un seul vêtement^ — ou bien trois ou quatre vêtements qui dessinent les formes du corps, — de^ couleur rouge, verte ou jaune; — la léte nue et les cheveux flottants sur le cou découvert; — sans nimbe ni auréole; — les trois personnes de la Sainte Trinité au-dessus de sa tète;

— Tenfant Jésus dans ses bras; — un ange présentant à Marie le lis de rinnocenee; — qualic, cinq, huit ou onze anges autour d elle et au-dessus d'elle, — encensant Marie; — les huit béatitudes, représentées par huit anges;

sous les pieds de Marie, la lune avee les cornes en bas;

— une étoile sans inseription sur sa téte; ^ un soleil sans inseription, décote; — une couronne de cinq ou de sept étoiles, — ou une couronne royale, ou point d ornement autour de la téte; — un sceptre royal à la main;

— point de serpent sous ses pieds, — ou un serpent rouge, jaune, ou blanc, — le pied de Marie "sur le corps ou sur la queue du serpent ; — le serpent la gueule fermée, sans la ponnne fatale, l'œil vif et menaçant, — ou mort et tombé sur le monde au-dessous des pieds de la Sainte Vierge; — le serpent élégant et brillant; — autour de lïniage, un giaud nombre de symboles relatifs à toutes les prérogatives de Marie : le jardin fermé ; — la fontaine scellée; — la tour de David, la racine de Jessé, ete. — des inscriptions prises sans discernement dans les anciens auteurs ou dans les offices de Tlmmaculée Couception.

IHAOB COWIBCIB DK t.*niHAC1fLtB oaiicBrrMMf.

La ligure de Marie debout, vélue du soleil ; — position calme et modeste ; — dans la clarté : — ses pieds touchant la lune et le globe terrestre^ et le serpent infernal qa! a la téle éerasée; — Marie parait dans sa première adolescence, avec les traits de la modestie, de l'innocence, de la candeur et de la Ix aiilé ; — figure douce et aimable; — la taille ordinaire^ — les yeux modestement baissés^ ou^ ce qui vaut mieux, les regards doucement élevés vers le ciel ; — les mains dans l'attitude delà prière, ou croisées sur la jioilriuc, ou plutôt jointes ensemble, ou modestement élevées vers le ciel; — rien dans les mains, pas même l'Enfant Jésus ; — le pied droit chaussé à\mt sandale, posé sur la téte du serpent pour l'écraser; — le pied gauche eaché sous les vêtements ; — une robe blanche un peu îar^e et un manteau bleu hyacinthe assez vaste, qui lui couvrent tout le corps et en dissimulent les formes ; — modestit? et simplicité dans les habits comme dans la personne; — rien qui attire les regards d'une manière spéciale sur les babils; — la téte couverte d'un voile léger et, si l'on veut, transparent, ornée de l'auréole et du nimbe, couronnée de douze étoiles ; — audessus de la téle Dieu le Père seul, comme Créateur qui Ta créée en état de grâce, élevant la main pour bénir sa créature; — trois anges, ou neuf anges, dans l'attitude de Tadmiration et de la joie, placés autour de ses pieds, et, en tout cas, plus bas que ses mains; — une espèce de soleil

en forme d'auréole autour de son corps, comme un vêlement ajouté^ ou rayons pnrtant de son corps pour Tenlourer de lumière; — la demi-lune sous ses pieds qui reposent dans la concavité; — une couronne de douze étoiles qui ceignent son front en forine de nimbe; — le serpent infernal, noir ou vert, enlaçant le monde de ses plis au niouient où Marie lui écrase la téle, — la pomme fatale dans sa gueule écumante, — les regards du serpent hideux et désespérés; — Marie placée dans la lumière, le monde et l'espace dans les ténèbres ; — autour de la Sainte Vierge, avec ordre et symétrie, les principaux symboles de Tlmmaculéc Conception, et les inscriptions les plus précises et les plus naturelles qui la rappellent*

CllAPlTllK VllL

De Fantiquité des images de la Conception de la

Sainte Vierge, — Peut-on en tirer un ar g urne al en faveur de la vérité du mystère 9 — Valeur ico7wgrap/fif/uc des images récentes de l'Imma-^ aUée Conception.

Je ne trouve aucun vestige d'une image symbolique de la Conception de la Très-Sainte Vierge dans le eoors des dix premiers siècles deTère chrétienne.

Les plus anciens eiteinplaircs de Timaj^e historique, figurée d'après VRvauijîle de la nativité de Marie et le ProtO'Evangile de saint Jacqties^ que je connaisse, datentdu milieu et de la fin du xy" siècle. Mai$ comme le récit sur lequel elles sont calquées est à peu près aussi ancien (luc rEjjlise, je pense (|ue ce type remonte à la plus haute antiquité. C'est sans coutreditie premier^ et comme on n'en trouve point d'autre avant l'introduction d*un type symbolique, je ne doute point qu'il n*aît été

u(loi>(c dès le principe dans les anciens diptyques lirecs, où clait dcpeiiile la série des suiuls dont la fcie .esl > oélébrée dans le cours de l'année.

11 est vrai que les deux diptyques gréco-slaves dont nous avons parlé dans le deuxième cliapitre (i ) ne sont pas très-anciens. D'après M. Snéguireli, membre de l'Académie de Saint-Pétersbourg, dans ses lettres à M. le comte Ouvaroff, sur i'ieonograpliie sacrée en Russie, ie diptyque Bollandien a été peint h Moscou en 1628, et acbeté dans celte ville par le P. Papebroch qui le publia avec un commentaire très-érudîl dans le {)remier volume des Acta Sanctorum du moi de Mai. Les tables gréco-slaves, appelées Cappaniennes,àu nom de lafamile Gàpponi, qui les possédait, et publiées par Joseph Simon Assemani, dans le tiiiquième volume de ses Kalendaria ecclesiœ universoBj portent le nom de deux zoographes, ou peintres défigures vivantes, qui vivaient à Moscou en 1666(2).

On aurait tort de croire que ces diptyques ont, été composés, en tout ou en partie, à Moscou au commencement du xvn® siècle. La composition en est sans doute beaucoup plus ancienne. 11 est permis d'abord de douter que l'école de peinture sacrée en Russie (ùtde force, à cette époque, à concevoir et à exécuter une composition aussi compliquée et d'aussi longue haleine : il est plus douteux encore que cette composition ait clé nécessaire. Les peuples slaves, après leur conversion à la foi chrétienne, que

(I) Voy. p. 18, nutc i.

(â) Xotice sur l'Iconographie murée m Rutm, par S«J»alicf , Saint- Pétersbourg, lS4i)) p. 45.

le clerj^é de Conslaiitiiiople avait procurée, empruntèrent à B\ zance son iconographie en même temps que ses rites. M. Saéguireff lui-même Ta lait remarquer : « L'Élise roiae) dii*il,. ne doit |nis seulement à Téglise Byzanline les règles de l'Iconographie; elle lui a emprunté aussi un grand nombre d images originales qui ont servi de modèles aux artistes russes, et qui sont devenus l objet de la vénératiott générale des chrétiens orthodo&es. Telles sont, parexemple, les images de la Sainte Vierge de Jérusalem, et de Vladimir, dans Téglise de l'Assomption à Moscou, celle de la Sainte Vierge dite Korsounîenne, de Kherson, d'après riuscription grecque et la date de 993 (i). »

Je n'hésite pas à ranger parmi ces images empruntées à l'Eglise byzantine les diptyques qui renferment le cycle des fêtes de Tannée; le caraclèrc du dessin, les inscriptions, le sujet même, tout indique une origine grecque ^t byzantine. Limage de la Conception de la Sainte Vierge, qui en fait partie, remonte donc à une époque antérieure à la conversion des Slaves, c'est-à-dire au delà du i\« siècle; et dès lors elle peut remonter aux premiers temps de r£glise.

En Occident, la même Image fut fréquemment reproduite, mais les exemplaires qui nous en restent ne remontent point au delà du xv*» siècle. L'abbé Crosnier a observé celte composition dans les bas-reliefs qui ornent un des cinq portails de la cathédrale de Bourges^ sous la tour qui (ut bâtie à la fin du xv* siècle (2).

(1) JVotiee wi^ l'ieonoffr, $aerée «n Buiuief pag. âS. (3) L'ImMoeniée Coiieqf/ton de Marie pmetamée par tes fcoiutgrap/tes du tnojfen âge, p. 1 3.

Dans i église de Dixmudc^ paroisse de mou diocèse, il existe un lableau de la nativité de la Sainte Vierge, composé d'après les livres apocryphes que fai cités. Le valet qui se trouve à droite du spectalcui rappelle ces paroles du récit antique : Et stabal Anna in porta, viditqtte Jaaehim vementetn cum gregibus sui», et aecurrms appema e$t a eoUo ejuB, Sar le second plan on aperçoit saint Joachim agenouillé et contemplant dans les deux un ange qui tient une banderole dans ses mains: Tan iereplan est très-riche de composition : on y voit des montagnes, des maisons, des arbres el des jardins, qui répondent parfaitement au récit des Évangiles apocryphes et aux préceptes du Guide de laimiUure du mmt Àthos,

Le haut de ce triptyque, qui servit probablement de retable à un autel de la Sainte Vierge, est trilobé. Le tableau appartient à l'école de Memling, au temps où die tombait en décadence. Le style en est plus ancien que celui d'Antoine Claeyssens. Les plis des vêlemenls sont moin^ recherchés et moins brisés qu ils ne le sont dans les tableaux de récole de Van Ëyck et de Memling ; les ornements archîteetoniques de la porte d*or et de la chambre à coucher de sainte Anne appartiennent à l'aurore de la renaissance. M. le chanoine Van de Pulte, curé de Boesinghe, qui m'a communiqué ces détails, fixe la composition de ce tableau entre Tannée H9b et Tannée iM%

J*ai sous les yeux un n|ligiii(î({ue missel manuscrit sur parchemin et enlumiiic. à l ina^e de l'ordre de Cîteaux, et qui "a servi à 1 abbaye des Dunes, à Bruges; je trouve, dans la lettre initiale de la féte de Tlnunaculée Conception, au huit décembre, la rencontre des parents de la

Sainte Vierj^e, peinte à la manière anti(}uc: hi porte de Jérusalem est toute enor^ saint Joachim porte une tunique noire et un manteau rougeàtre, il a les cheveux et la barbe grise. Derrière lui sont couchées ses brebis; un ange, aux ailes d*or, revêtu d'Une aube blanche, vole dans le lointain. Sainte Anne porte une tunique nuire ( t un manteau bleu de ciel parsemé dctoiles d'or, el uu voile de gaze surmonté de l'auréole* Celte peinture date, je pense, du milieu ou du commencement du xy siècle : mais le type est sans doute beaucoup plus ancien. Cette image fait partie d'une série de lettres initiales et de petits tableaux d'enluminure, que 1 on trouve dans les livres des siècles précédents. Il est probable que cette image a passé, par voie de tradition, des premiers siècles jusqu il nos jours. Cette eonjecture m(; parait d autant plus londée que la médaille de saint Séverin publiée par M. Ilucher, et dtée par M. Tabbé Crosnier, apparaît aujourd'hui comme un chaînon remarquable de cette antique tradition.

Dans un article intitulé : L'Immaculée Conception figurée sur les monumenls du moyen dye et de la re~ nai$8ance, inséré dans le Btdletin mùnumenkU de Caumont (1), M. Hucher a décrit et publié une médaille de la confrérie de l'Immaculée Conception, qui porte d'un côté la date de 4565, avec cette inscription : t Pour. la. CONCEPTION. IiÎRs. Dame. paEN|à]iE. , iuscripUon qui cou-

(1) Vol. XXI, II" iJ, p. i4î>, cité par M. Crosiiicr, p. 41 et iî). Lti Conception de mira iMmr ftrcmiàn sigmûdi d'«i|>rc;> M. Crosnkr ; La première conccptiou de uolrc Daiuc.

tinue sur l'autre faoe : f fonb^'a Paius Biri,*B6U8B Sr-Sé-

vERisr. Celle seconde partie de l'inscription encadie la rencontre de saint Joachim et de sainte Anne à la porte dorée.

U y a ici un rapprochement assez enrieux à faire. Dès le XIII* siècle, l'église de SainlpSéverin à Paris avait été

choisie par les étudiants normands de runivcrsilé de Paris, pour y célébrer la fête de l lmniaculée (Conception, qui était leur féte nationale. Le célèbre Ëudes Ripud, archevêque de Rouen et ami de saint Louis, roi de France, annote dans le journal de ses visites pastorales que le 8 décembre 1266, il a célébré dans 1 église de Sl-Severin à Paris la féfede la nation normande, qui était la féte de Tlmmaculée €!oncq»tion (1). Si dès cette époque Téglise de Saint- Séverin célébrait le privilège de Marie avec beaucoup de soîeniiilé, el si en 156?) on trouve encore la eonfrérie de l immaculée Conception établie dans cette église, n'cst-il point vraisemblable que les insignes de cette confrérie sont fort anciens, et que par conséquent rimage de la Conception de Marie que ces insignes renferment remonte à une hante antiquité, et a exprimé dès les temps reculés le privilège de la Sainte Vierge tel que l'Église le conçoit aujourd'hui ?

Au XIV* siècle et même au xiii*, tous ceux qui solennisaient la Conception de Marie entendaient célébrer sa •

(!) < MCCLXVl. VI. Id. dccembris. In ConceptloDC ficate Marie, cele-

Lravimus luissam in ccclcsia SanctiScTcrini, in îcsio nationisnormanics. » Registrum vintalionum archiep, Rolhom. ab an. 1248 ud an. 426!) la A% nolUuin., 1842, p. 502.

sainleléorigineHevoii rexeniptiondu péché originel dont

tous les enfants d'Adam sont souillés en naissant. L'image de la rencontre des parents de la Sainte Vierge exprimait donc à leurs yeux ee mystère.

On a demandé si cè monument de Fancienne croyance fournit un argument en faveur de riminaculée Conception de Marie?

M. l'abbé Crosnier le suppose. Dans le titre de sa bnn cbure il affirme que les iconographes du moyen âge proclament ee privilège, et il conclut en disant que sa notice

constate un fait qui n'avait pas encore été sigalé, l'Jm-' maculée Conception prouvée par l'iconographie.

Cette assertion me parait peu justifiée. La plus ancienne image de la Conception de la Sainte Viei^e dont M. Crosnier fasse mention est celle qu'il a remarquée sous un des cinq poriaiis de la caihédrale de Bourges, et qui date de la lin du xV" siècle. Après ce monument , qui n'est pas ancien, il cite une image imprimée en i518 et une médaille de l'année Ces deux dernières pièces n'appartiennent pas au moyen âge. Reste donc le basrelief de Bourges où est représentée la rencontre des parents de la Sainte V i e r î^e .

Or, cette image, à vrai dire, ne fournit pas une preuve bien solide en faveur du mystère.

Les adversaires de Tlmmaculée Conception ont crupouvoiry puiser un argument pour leur thèse, lisent soutenr. que cette image ne représente au fond que les circonstanees merveUleuses et sensibles qui ont accompagné la conception de Marie, et que par conséquent l'Eglise en solennisant la Conception, représentée pai celte image,

n'entendail célébrer que rapparitlon miraculeuse de l'ange ,

la fécondité d'une mère stérile, la Conception de la mère de Dieu, et d'autres circonstances miraculeuses ou mémorables, mais point du tout la sainteté originelle de Marie.

Ces écrivains se sont trompés ; lamanikedontSaînt-Bernard a posé la question en Ooddent prouve que tous ceux qui y ont fait la féte de la Conception de la Sainte Vierge, ont voulu en célébrer la sainteté; et les livres liturgiques de l'Église grecque attestent qu'en Orient aussi la féte de la Conception de la Sainte Vierge avait pour objet la sainteté originelle de la mère de Dieu ; le P. Passaglia a mis ce point hors (le contestation en rassr aiblant un grand nombre de passages des liturgies orientales, où cette vérité est clairement exprimée (1). £t au fait, l'image de la rencontre des parents de Marie, en retraçant les circonstances sensibles, extérieures de la Conception de la Sainte Vierge, rappellent naturellement les vérités que la croyance catholique y attache. On ne peut donc, à bon droit» tirer de cette image aucune conséquence contraire au privilège de Marie.

Mais, d'autre part, lorsque l'on considère limage en elle-même, abstraction faite de la sii^niiit aiion que l'Eglise y attache, on n'en peut rieu conclure en faveur de ce privilège : d'abord parce que les exemplaires que l'on cite sont récents ; ensuite, parce que toute la valeur de l'image dépend de la pensée de l Éj^lise et du sens quy attache la tradition catholique dont on trouve des monuments écrits de mille ans plus anciens que les exemplaires

H) De imniae. Deipanv Conceptu. Secl. VII, n» 1666, pag. 48îi8 et seq.

de cette image dont. on se prévaut aujourd'hui. Ainsi la tradition, aiiliev de recevoir quelque lomière deces re-

présenlatioiis iconographiques, dél^rniine elle-même leur signiGcation; d'où il suil que la valeur ihéologique et polémique de ce$ images est nulle ou à peu près.

Si Ton possédait des inugea symboliques de Flmmaculée Conception, antérieures à la controverse, ou du moins conk iiipt n aines des premiers débats, on en pourrait tirer un puissant argument. Mais M. Tabbé Crosnier n'a trouvé aucune image smbiable; et celle c[ue je rencontre daha la collection du père fiallèrinî ne m'inspire point une parfaite confiance. Il faut cependant en parler ici.

Le recueil de monuments relatifs à Tlmmaculéc Conception de Marie, qui forme le dixième volume des /^at'm dé' véseom, publiés par ordre de Sa Sainteté, eommence par un acte de donaltion signé le jour de la fête de 11mmaculée Conception en l'an ^017, par Ugo de Summo, chanoine de Crémone, acte dans lequel ce pieux donateur s'exprime en ces termes :

<c Je veux en outre que mes vénérables frères de l'ordre cardinal de celte église de Sainle-Marie, à Crémone, fassent faire, dans l espace de deux années, une noble et belle statue de bois incorruptible ou de marbre, qui représente l'image de Sainte Marie, notre mère, couronnée de douze étoiles, avec l'habit fort ample sur lequel apparaissent le soleil et la lune; ayaiU sous ses pieds le serpeni aniique à qui Dieu a dit dans le paradis terrestre : J établirai des inimitiés entre toi ei une femme,,* y elie éerasera ta tête, ei tu dresseras de» emhùehes à sm takn. Je veux que ce serpent soit sculpte de manière qu'il paraisse

vomir en vain son poison impuissant, et que sa téte paraisse écrasée sous le pied triomphant de la Sainte Vierge, comme il convient à celle qui , par la grâce de son Fils et en vertu d'une rédemption anticipée, a été préservée de la tache du péché originel, et resta toujours intacte et immaculée d'âme et de corps (1). »

Voilà certes line image symbolique de 1 Immaculée Conception hien caractérisée : elle est peinte de main de maître, trente ou quarante ans avant Tapparition miraculeuse attrihuée à labbé Elsin, et avant la controverse soulevée^ à ce que Ton croit, par saint Anselme. 1. image est décrile le jour de la féte de Tlmmaculée Conception, et quoique les scolastiques, pendant plus de deux siècles, à dater de répoquc de saint Bernard, un siècle après la signature de ce fameux testament, aient éprouvé une grande répugnance à admettre rimmaculée Conception de la Sainte

(I) « Volo insuper ut vencrabiîes fralres mei de ordine cardînali hujus Sanciflc Mari» Mntris, de haecivitate Cranon», ordinent fieri intrn «ipatium duorum annoram unam nobileni et pulchram slatuam de ligiio incorruptibili, sivedemarmore quiBrcpnc5entettma^tnffmojusdeni.*^QlM!f« Marift niairis nostrR> rnmnntiv duodecim sfelHs, in cujasampla anpervesle »ni $ol et luna, et suh pedibus ejus fiabente antiquiun serpetitem, cui in paradîso terrcstri a Deo dictum est : fnîmicUias ponam inter te et mulierem; ipm cnntcret caput tuum, et tu insidiahcrt.s mlcaneo cjus. Volo aulCiD Ut aerpens ita sit scolptus, ut frustra virus inermis videalur vomcrc, et neqniaainnim ejas caput sic Bcata Virgo forti pcde conterai, uli dccct illani quœ gratia Filii ab originalt labe antkipaia redêmptùme prœscrvata scmper fuit, lam anima quameorpore întic^a et immaculata. » Chartn donation i s

IJgonis de Swnmo Cremonens. presbyteri, fada in festo I mm . Cnncrp.nn . 1 047 (ut ferlur), ap. Ballorinî Sylloge Monument, ad mjftt. Ctmcep. immar»

Virginia Deip. illmtratidumj p. 16 et s. Itoroo! 4854.

Vierge, précisément parce qu'ils ne pouvaient s expliquer comiiiciit, dans I hypothèse de ee privilège, Marie aurait été rachetée, Ugo de Suinmo, empruntant à la croyance de son époque un langage aussi net et aussi clair qiie celui d'Alexandre YII, par exemple, déclare que Marie a été pyîservée du péché originel par une rédemption anticipée.

La preuve est trop belle et trop isolée pour être acceptée sans garanties. Il serait à souhaiter que le P. Bal-

lerini, qui le premier amis ce document remarquable au jour, en prouvât l'authenticité d une manière satisfaisante. Dès lors on pourrait dire que l'iconographie du moyen âge proclame le dogme de rinunaeulée Conception.

Du milieu duxi* siècle, où Ugo de Summo écrivit son testament, jusqu'à la fin du xv« siècle, où les images symboliques modernes apparaissent, c'est-à-dire dans l'espace de quatre siècles et demi, malgré l'ardeur d'une controverse qui passionna des millions d'esprits, on ne rencontre aucune trace ni de l image décrite par Ugo de Sunmio, ni d une image symbolique quelconque de l'Immaculée Conception. Ce n'est que dans les premières années du XVI* siède que ces images bien caractérisées apparaissent. J'en signalerai quelques-unes qui m'ont paru dignes d'attention.

La collection de tableaux de M. Davenport, en Angleterre (1), possède une composition fort belle de Jérôme

(I) Bromley \yooton Hall. Je dois cet extrait à l'obligeance de M. Uio, qui a ou la bonté de nie le Iran^meltrc.

da Cottignola, peinte en i5i5, cl décrite en ces termes dans un catalofi^e descriptif de cette galerie :

<c GiROLAMo BA CoTTifiNOLA. Uo grand tableau d'autel. En haut, Dieu le père, représenté comme un vieillard, avec une inscription conçue en ces ternies: Non enim pro le, sed pro omnibus haec lex constitiUa est. Tout autour de lui un grand nombre de chérubins, et de chaque côté deux anges jouant sur des instruments. En bas. la Vierj^e gloriflée, debout sur des nuages, el les yeux levés vers le ciel. Sa figure exprime un sentiment pur et élevé. Dans la partie inférieure, d'un côté sainte Catherine à genoux; elle a les mêmes traits que la Vierge, mais plus d*ardeur dans Texpression. Debout auprès d'elle est un saint évéque, tenant une inscription ainsi conçue : Non puto verum esse amatorem Firginis qui respuit ceMrare festum suae eoûeeptimis» De lautre côté, une autre sainte à genoux, avec un enfant à genoux; au centre, évidemment un portrait, dont elle dirige l'attention sur la Vierge. Debout, derrière elle, est saint Jérôme, avec la croix et la pierre. Le fond du tableau est un paysage abrupt, plein de rochers. Sur une des roues de sainte Catherine sont inscrits ces mots : Jermimus Coitignol. Et on lit en dessous du tableau : Junipera Sfortia patria a marito i tcepla ex voto, p. MCCCCC. XII!. »

L intention du peintre est manifeste. 11 a voulu représenter rimmaculée Conception. Les paroles d'Assucrus à Esther placées dans la bouche du Père éternel ; et l'inscription relative à la fêle de la Conception, empruntée au livre allribué à saint Anselme, ne laissent aucun doute à cet égard. Les saints personnages qui complètent le ta-

bleau n'en changent point la nature. J'ai déjà fait observer, qu'avant la définition du dogme il était naturel de ne point représenter le mystère de Tlmmaculée Conception seul et isolé. Il est probable que la pieuse Junipera Sfortia a voulu associer à la Vierge immaculée les patrons de sa personne ou de sa famille, ou les Saints pour lesquels elle éprouvait une dévotion spéciale. Ce tableau appartient à l'école de Ferrare, où Vincent BandelH combattit k outrance la croyance à rinuiiaculée Conception, dans les dernières années du xv'' siècle. 11 atteste donc que cette pieuse croyance, loin de souffrir de ces discussions, y prît de nouveaux aceroîssements.

L'année même où Jér6me de Cottîgnola peignait le tableau de M. Davenport, Henri Etienne imprimait à Paris, en tète du traité de Josse Clichtoue, sur la parfaite pureté de Marie, une image de Tlmmaculée Conception, qui fait plus ou moins époque (i). Du traité, de Josse Clichtoue elle passa dans d'autres livres (2), et fut reproduite sur une nouvelle planche, pour la seconde édition.de ce traité qui parut en i517. Eu voici la description.

(1) De pmite^ toneepUoniê B, M, V. liftri duo» Paris, ISIS.

(3) On trouve la même image à la téle des poésies latines composées par P. Bnrrus» en riionneur de la Sainte Vierge, et imprimées sous ce titre : Pemua fUm^ue fntonm dbsœ Viirginii Mariœ, et quidam tOii efutdem J^uinif a PciroBurrOt Ambîanensieaiionieo et viro doctiss. cditi... Impressum est hoe epas sanelîssimum Parrhisiis in ndibus Ascensianis, IKi5. Uimage est tout à fait semblable à celle de la pi>emière édition du trailéde diehtoue; die a été tirée avee la même planche. Le fond en est noir et piqueté de blane. L*iaiage de la seconde édition du traité de Cliditope a le fond blanCf et est moins bien soignée* P. Barras est natif de Bruges.

On y voit d*abord la Sainte Vierge habillée d'une robe

à grands [ilis , portant l'auréole lumineuse et l'auréole Irilubée; les mains jointes devant la poitrine, les cheveux longs et épars sur les épaules, les pieds nos, placés dans Fespace, sans globe, sans lune et sans serpent, mais dontminée par le Père éternel, revêtu de la couronne impériale (init'c dt; la fleur de trèfle, symbole de la Trinité, portant une chape, bénissant de la main droite ^ tenant dans la main gauche le globe terrestre surmonté d'une croix, symbole de la création et de la rédemption. Dieu le Père, dont le buste seul parait, est placé dans la gloire, environné d étoiles, et la gloire apparait eile-mèine au milieu des nuages. Dieu, en bénissant Marie, prononce ces paroles, contenues dans une banderole qui coupe Timage au-dessous du Père éternel : Tota pukhra es, arnica mea, et macula non est in te. Fous êtes toute belle^ômon amie, et il ny a pas de tache en vous. Quelques rayons de lumière s'échappent de la gloire du Père, au-dessous de la banderole , et descendent vers la tète de Marie. Les symboles de la bienheureuse Vierge l'entourent de toutes parts. Ceux qui sont empruntes aux. astres dominent et se trouvent au-dessus de sa téte, à droite de la figure, le soleil avec cette inscription : Eketa ut sot, Choisie comme te sdeit; la lune avec linseription : Pulchra ut luna. Belle comme la lune ■ la porte du ciel, avec son inscription : Porta cœli. Porte du ciel. A gauche de la figure, on voit une étoile avec rinscription : Stdia marU, Étoile de la mer; le lis avec rinscription : Sicut lilium inter spinas. Comme le Hh entre les épines; 1 olivier avec rinscription : Oliva speciosa, Olivier ma-

gtnfique. Gonire le bras gauche, une forteresse et Fin scripllon Turris David cutn propiignaculis. Tour de Uavid avec ses défemes. Contre le bras droit, un parc de n»ses et l'iiiscriptioii : PlatUatio rasœ, Pkmtathn de rases ; et au bord de rinuige, un cèdre avec rinscription : Cednts extdkUa, (Mrs Ueeé. Au-dessous du cèdre<, le puits , avec rinscription : Puteus aquarum viventium. Puits des eaux vivantes ; et à côté du puits . près de lajainbe droite un rameau fleuri^ avec rinscription : f^irga Jesse foruU, La Ferqe de Jessé a fleuri. Du côté opposé, on aperçoit un miroir rond, bombé et enradré , avec l'inscription : Specnhm sine nKKula^ Miroir sans tache j et contre le bord de rinia|;e^ une fontaine avec rinscription : Fms hortorum, Faniaine des jardins. Au-dessous des pieds, à droite, on voit une haie carrée fermant un jardin, avec rinscription : Jlortus conclusuSj Jardin fermé; et à gauche une ville avec portes^ tours, édifices, et iinscrîption : Civiias Dei, Cité de Dieu^

J'ai décrit cette image, dont l'origine m*est inconnue,

parce que Tinv ciilion en est assez riche, et parce qu'elle a servi de type à une foule d images de la Sainte Vierge qui ont été gravées plus tard.

Comn^e le serpent et le globe terrestre manquent, on pourrait douter que cette image ait été faîte pour représenter le mystère de llnimaculce Conception; d'autant plus que la ligure de la Sainte Vierge est entourée de syoïboles étrangers à ce mystère. Cependant je crois que lartiste a voulu figurer la prérogative de rimmaeulée Conception . sans exclure les autres prérogatives de

Marie. On aurait tort de supposer que ce mystère a toujours été représenté d'une manière complète et parfaite ; rétude, robservalion et le temj^, ont beaucoup fait. Il suffit que rimage renferme les attributs prineipaux du mystère pour qu'on le reconnaisse. Or, on a iei Dieu le Père bénissant Marie en la créaiu, cl lui adressant ces paroles du cantique qui ont toujours été alléguées comme une des preuves les plus solides du privilège : Fùuê Uea icuiê bdU, 6 mon amie, et il n'y a point de taeke en vmis! Marie apparaît avec la double auréole de la sainteté, les mains jointes, dans i altitude de la prière, sans 1 £nfant Jésus, ou d'autres attributs qui pourraient indiquer d'autres mystères. Je pense que cette image est une représentation de l'Immaculée Conception de la Sainte Vierge, très-bien caractérisée, mais surchargée de symboles relatifs à ses autres prérogatives.

Ce qui me confirme dans cette opinion, c'estque l'image de rimmaculée Conception que M. Tabbé Crosnier reproduit d'après les Heures de Simm Foetre^ publiées la dernière fois en -1518, plus expirssîvc, il est vrai, mais moins noble et moins gracieuse, est exécutée tout à fait sur le même plan et accompagnée des mêmes sjrmboles placés à peii près tous dans le môme ordre. L'auteur de cette image a donc cru que ces symboles convenaient dans une inia^c du mystère de rimmaculée (om ( {iiion, et rien n'empêche dès lors que l'auteur de 1 imâge adoptée par Henri Étienne ne les ait considérés comme le complément naturel de sa représentation symbolique.

Cette observation a d'autant plus de poids que le R. P, Passagiia a proposé et développé plusieurs de ces

figures comme autanl de prophéties du privilège deMarie. A cet cfîcl, il a eu recours, il est vrai, à des argumentations plus ou moins laborieuses, plus ou moins convaincantes; mais enfin il a cru entrevoir dans ces syndioles une preuve solide de Flmmaenlée Conception ; ce qui sufBl pour nous persuader que les iconographes du xv* et du xv!** siècle ont pu y recourir, comme y recourent de twns esprits de nos jours.

Limage que M. Tabbé Crosnier a tirée des Heures de Simon Fontre ne diffère de la précédente que par la figure principale. Au lieu de la llj^ure de la sainte Vierge seule, on voit dans le milieu de cette représentation symbolique l'image de sainte Anne dHine taille plus que commune, portant Tauréole et le voile, des deux mains ouvrant son manteau pour laisser voir au milieu de son corps, en quelque sorte ouvert, l'image de sa Sainte fille Marie, habillée du soleil, et couronnée de l'auréole, dans l'attitude d'une personne assise, et portant son divin Fils sur ses genoux. Le Père céleste élève la main pour bénir et porte la tiare; au bas de limage on lit, en caractères du XV* siècle, l inscription suivante: iS'ecdum erant abyssi et egojam coiwepia eram, Lesabimes n étaient pas encore créés, lorsque je fus &>nçue, pour signifier sans doute que la Conception de la Sainte Vierge était bénie de toute éternité, comme intimement liée à la Conception du divin Sauveur, qui était virtuellemcnl en elle, lorsque Dieu créa son àmc et son corps dans le sein de sainte Annc(l).

(I) Celte image est aeoomjH^iHîe de la prière suivante : « Celici cives, rcges terre eoluot ;

Quoique cette image, gravée sur bois comme la précédente, ne se ^oie que dans les livres imprimés au commencement du XVI' siècle, je ne serais pas étonnée qu elle fût plus ancioine. La ressemblance que cette dernière image a avec Timage adoptée par Henri Ëtienue meporte à croire que l*ûne et Tautre dérivent d'une source commune antérieure. Cependant je ne puis rien aliirmer d^ttne manière absolue, faute de monuments.

Les deux compositions que je viens d'analyser ont été utilisées par des artistes du xvii* siècle, je le ferai remarquer plus loin.

Pour suivre Tordre des temps, je citerai ici 1 image décrite par le savant cardinal Borromée, parent et successeur de saint Charles, qui, dans le livre très-rare qull a publié sur hi Peinhtre sacrée, propose, pour Tlmmaculée Conception de Marie, la représentation suivante :

« ^ous croyons, dit-il, que I on peut représenter une jeune personne, à l'âge de Tadolescenoe, couverte de son voile, assise au milieu d'une grande clarté ; les anges, grands et petits, volent autour d'elle dans cette lumière. Nous voudrions que la personne et les anges fussent légèrement ombragés, afln qu'ils paraissent éclairés d'une lu-

Slcrilis paritj miratur naturaj Slupct infernus, videns sine labe Virgincm nasci. »

Daus mon diocèse il existe un assez grand iionibrc de stalues de sainte Anne portant sur le hras. ou couvrant de son manteau la Sainte Vîerjîe. sa fille, qui porte elle-même FEnfant Jésus sur le bras ou sur les gciu iix. Ces groupes ne représentent pas l*lmmaculce Conccptioa de Marie, luais la famille de saiutc Aune.

inière qui desc«Mi(l du ciel, et qu'au sein des mêmes célestes splendeurs apparaissent les trois Personnes di-> vines, elles aussi légèrement ombragées (!).>»

Le savant cardinal a raison de vouloir que Marie apparaisse fort jeune et entourée de lumière; mais il se trompe, à notre avis, lorsqu'il veut que Marie soit assise, que les anges volent, en nombre indéterminé, autour d'elle et au-dessus de sa tête, que ces anges Tombragent de leur eorps, que les trois personnes divines apparaissent, et qu'elles apparaissent dans le ciel tandis que le mystère qu'elles opèrent a lieu sur la terre ; enfin que les personnes divines et la Sainte Vierge soient ombragées.

Comme cette image semble s'écarter des principes de l'iconographie qu'il convient de suivre dans ce sujet, et que d'ailleurs les traits qu'elle fournit sont peu nombreux et incomplets, un artiste pour réussir ne peut guère s'y arrêter comme à un modèle. Le savant auteur ne la propose d'ailleurs qu'avec une certaine hésitation.

L'ordre de Saint-François, si zélé pour le culte de la Vierge Immaculée, parait avoir adopté un type particulier pour représenter le mystère de la Conception de la

(1) « Nos oeDsemus ficri posse adolescenlulam «nam, teelam amîclu suo, in roagno aliquo splendore Mdenteni ; eîque splendori circunoivolilaiites

angclos majores et minores, figuraniquc ipsatn et angetos Icviter (anlumtnodo adambratos faccrcnius, ita ni supcrvnnientc oœlitiu fuigora illuminaroitur, atque ioler coslcstcs eosdem spleiidorcs appnrcrcnt tries parsonas divinsB, ipsac quoquc adumbratœ Icvitcr. » Card. Fred. fiorromons. De sacra pictura, 1. II, c. 5, cite par Paquot dans ses noies sur Molaiius, page 594. — Je n'ai point sous ia main le rare ouvra^ du cardinal Borromce.

Di^itized by Googlc

Sainte Vierge dans ses églises. Un père de l'ordre en a donaé récemment la descriplion soivante : « La statue dé l'Immaculée Conception dans notre ordre est faite ainsi : Notre-Dame porte sur son bras son divin Fils: l Enfant Jésus porte dans sa main une Irès longue croix qui est terminée, en bas, en forme de lance : il pose la pointe de la croix sur ia téte du serpent que Marie presse aussi du pied(i). » .

Pour justifier cette image. l auNuir fait observer que iMarie a été préservée de la tache originelle commune à tous, parce que la seconde personne de la Sainte Trinité devait s'incarner dans son sein; elle doit donc porter son Fils de qui clic a reçu cette faveur. Elle a échappé au pouvoir du serpcul infernal, et lui a écrasé la téte de mille manières; elle doit donc écraser la tête du serpent. Marie doit tout à son Fils qui lui a mérité toutes ses grâces par la mort sur la croix ; c'est surtout par la croix que la force du démon a été brisée, et c*est par Jésus que Marie a remporté ce triomphe : il faut donc quclu croix perce la téte du serpent infernal (2).

(t) De Kalliolykc Zondag. — Bruggc, den 34 nov. 185tt, p. 58.

(2) Ayala, après avoir dit qu'il n'ose pas condamner ceux qui placent TEnfant Jésus dans les bras de la Viei^e Immaculée, ajoute : « Tamen conaultius fuerii eamdcm juoctis antc pcctus rcvcrcntcr roanibus in hoc purissim» eoneeptionis suse mysterio depingerc, lum quia ilu magis rc> oeptum usa est, tum etiam quia per boc oopimodiiis exprimitur illud instans in quo tam exubérante gralia pcrornata concipicbatur. ut postinodum ipsa qua par erat sanctitale aUjue puriUtte Vcrbum ipsum Dei assumpta faumauitate couciperet. » — N'oublions pas qa'Ayaia écrivait en Espagne où la pieuse croyance était populaire et générale et on ic&

Cette image est respectable sans doute par son antiquité et par Tapprolmlion que lui a donnée Tordre si saint et si célèbre de Saint-François. Mais les raisons que Ton vient d'alléguer à I appui ne me semblent pas balancer ea thioi ie celles que j ai exposées plus haut pour un système contraire.

Gomme ce type semble avoir été suivi par plusieurs artistes au xvii* siècle, je Tattribue à cette époque, qui a été une de celles où la dévotion des fidèles envers llmmaculée Conception de Marie a été des plus ardentes, et qui a été très-féconde en images de ce mystère. Malheureusement je n*ai pu les voir toutes; je dois, pour plusieurs, me contenter de la description imparfsiite que les auteurs en ont laissée.

Au commencement du xvu*' siècle, c'est-à-dire en 1618, la ville de Grenade, en Espagne, érigea un véritable monument en rhonneur de l'Immaculée Conception. Voici comment le décrit Mgr. l'arcbevêque de Grenade, dans sa réponse à S. S. Pie IX (i) : » Lorsqu'on arrive à la ville de Grenade on aperçoit, devant la porte dlllibérie, un vaste champ au milieu duquel s'élève une colonne de marbre, élevée, supérieurement sculptée, ornée «d'un j;raud nombre de ligures qui rappellent les glorieuses préimages 4e la Vieirge Immaculée ^ient communes. Il vonlaii aussi que la Sainte Vîerge fût représentée fort jeune, h Tège qui précéda sa mater* nité : « Inprimis, ditpfl, depiogenda est sacra VIrgo «elate, ut milii videtnr, admodum tenera, potins quam ea qaœ aspius pietoribns perplacuit, deeennis, inquara, aut duodennis : In bac enim purior in VIrgine atque cmaculatior pulehritudo resplendet. » Voy. Pi^tr ehrist, erud,; p. 140. (!) Parer* de* «e«eovi, UÏ, i 90.

rogatives de la Mère de Dieuv et surmontée d'une slatue

magnifique de la Vierge Mère, entourée des attributs de l'Immaculée Couceplion, ayant sous ses pieds des nuages, la lune et des anges, et portant sur la tète une couronne composée de rayons d*or et ornée de douze étoiles. »

Cette statue est calquée, je pense, sur celle que Paul V avait fait élever devant le portail de Sainte-Marie-Majeure.

Les traités de Luc Wadding, sur rinunaculée Goncep» tîon de Marie, imprimés à Rome en 165?) et 1656 (1 ), sont ornés d'une image dé l'Immaculée ( oik cjii ion où la Sainte Vierge paraît assise sur un nuage , uu plutôt sur une demi-lune de grande dimension, convexe, avec des vêtements très-amples, les pieds nus^ les bras croisés sur la poitrine, les rej^ards élevés vers le ciel, dans l'attitude de la contemplation, la tête nue mais entourée de rayons et de lumière, et surmontée des douze étoiles en forme de cercle ; enfin Timage est terminée par une banderole qui contient Tinscriptlon : Tola puliAra es, Maria.

Celle image un jkmi théâtrale laisse beaucoup à désirer sous le rapport iconographique. Elle sort tout à fail du genre reçu à cette époque.

En la même année 1656 on a publié à Valence, en Espagne, la gravure d'une nouvelle monnaie frappée par ordre d'Alexandre VII en l'honneur de l'Immaculée Con-

(i) fmm. Cmceptioni B. M. V. non adversm'i mortem cjus rarpnrfilnn , opusc. aulh. Luc. Wadding. 0. M. Romœ 1655. — De rctkinpitotu' B. M. V. opiisc. secundum aulh. Luc. W adding. O. M. Romœ IG.'it).

ceptioii de Marie (i). La Sainte Vierge y parait debout^ la têle nue, les cheveux flottants, mais entourés de rayons lumineux, les yeux baissés, les mains jointes devant la poitrine, les pieds chaussés, reposant sur la demi-lune ooneave, sans serpent, la robe large et à grands plis. Audessous des pieds rinscription : Roma, et dans le tour de la mouuaie : f^irgo concipiet. Au revers on voit les armes d'Alexandre VII avec Tinscription : Alexan. Fil. P. M. A, I, c'est-à-dire, l'an premier d'Alexandre FU, Sotwerain P&nHfe.

En 1660, rinfatigable Hippolyte MaraccipubliaàRome la réfutation des témoignages que Bandelii prétendait avoir tirés des SS. Pères, pour renverser la prérogative de Marie; et il orna ce traité d'une image nouvelle de rimmaeulée Conception (S). On y voit, à droite de l'image, saint Joachim, et à gauche sainte Anne debout dans un vaste jardin. Deux rameaux sortent de leur cœur, Tun de celui de saint Joachim, l'autre de celui de sainte Anne, et ces deux rameaux se croisent et s'entrelacent; de ce ncend sortent à droite et à gauche deux magnillques rosiers chargés de Heurs. Le serpent, avec la

(1) De nooa monefo S» S D*N,Alêxandn Vil, pro ghtia Iwm, Cmeep- Htmis perpema, atict., «t fertiir, Joao. Ensék. Nteenberg. tn-S4, Valeo' tic, 16S6.

(S) TnUmaMarùma, qua MidorUaUB SS» i^Unm ae BB» inVomm confra immaeulatam Coneeptionau B. V. jV. ab adoenariit aâdiidat,pebB et «omniatœ imenivnîm* Roma, 1660. Cet opuscule fut réimprimé à Bruxelles en I66S ci à Vienne, en Aniriebe, en 1663. Je n*ai que cette dernière édition, ei je suppose que IMmagc de eette édition se Ironve aufsl dans la première.

pomme fatale dans la gueule, entoure de ses plis le nœud des rosiers, maïs Marie de son pied droit In! écrase la tête

et de son pied gauche presse son corps. La Sainte Vierjre. entourée de ces rosiers jusqu'à la hauteur du coude, reste debout, plaçant la main droite sur la poitrine, et tenant de la main gauche une branche de lis. Elle regarde à regards perdus ; ses cheveux flottent sur ses épaules et sur son dos; sa léte est uue, sans auréole ni couronne; mais au haut de l'image apparaît le Saint-Esprit en forme de colombe qui jette des rayons lumineux sur la téte de la bienheureuse Vierge, et de chaque côté de la téte, trois têtes d'anges attachées à des nuages coulcmplent la Mère de Dieu.

Cette image, comme type symbolique nouveau, malgré quelques défauts de détail, a du mérite dans son ensemble.

En 1 660. le père François van ïlondegheni, religieux de Saint-François, natif d'Hasebroek en Flandre, publia à Bruxelles un traité sur llmmaeulée Conception, précédé d^une image symbolique calquée sur celle que Henri Etienne avait adoptée en 1515 pour l'œuvre de J, CUchtoue (1). Elle est gravée par Conraet Lauwers. A l'exception de deux ou trois, les symboles sont les mêmes. Dieu le Père porte la couronne impériale, et an lieu de la légende Tola pulekra es, on y lit : Crcnerosttatetn ejus glorificat contubernium habens DeL Sap. viii.

(1) Lux nurUiana fttHun et inoMiBulMi cmM^tm Sttariœ Augmtœ, etc., aath. Fr. ab Hondegbem, Hasdirouekano, Flandro, etc. Iii»8*, Brux.,

La Sainte Vierge y a la tête nue el les clieveiix flollanls. l'auréole trilol»ée ; et entre sa téte el le Père étemel est suspeDduë dans un flot de lumière une eouronne royale de très-grande dimension entourée des douase étoiles.

Marie est entourée du soleil et a les mains jointes devant la poitrine.

Cette image, faible copie d'un type assez correct, parait vide et disloquée. La couronne monstrueuse <iui est suspendue en Pair, on ne sait pourquoi, ne fait pas bon effet.

Le savant Paquol, dans ses notes à 1 ouvrage de Molanus sur Ticonographie sacrée (i), décrit en ces termes la composition de Goypel que je n'ai pu Yoir jusqu ici : « De toutes les images de l lmmaculce Conception de Marie, il n'en est aucune qui nie plaise autant que celle qu'inventa et peignit Antoine Coypel; elle a été très* souvent gravée par d'autres artistes. A la partie inférieure on volt un affreux dragon reposant sur le monde . mais écrase sous les jiieds de Marie qu'il s"(;fîorce en vain, en ouvant la gueule, de mordre el de dévorer. Au haut de l'image on voit Dieu le Père porté sur un nuage lumineux, étendant la main droite sur Marie, qui croise ses bras sur sa poitrine el incline la téte, comme pour revoir et accepter l'influence de la grâce divine. »

Le fameux tableau de l'Immaculée Conception , peint par Munllo, qui est une des toiles les plus estimées du Musée du Louvre, a, comme composition symbolique, de grandes qualités el de grands défauts. La pose du sujet

(1) Hitimia imoffinum , pag. 394.

est sublime; la convenance et la simplicité des vélemenis admirablles; la figure céleste; la conlenr des habits par*

faite; l'opposilion de la hiniièrc cl des ténèbres cxcellenie : Vadmiralion el la joie de quelques anges très-bien adaptées au mystère. Mais la téte est nue et les cheveux flottants ; les pieds ne paraissent pas ; le serpent manque ; *on n'y voit point le Pére éternel, comme créateur; Marie repose sur les nuages eoiiiaie dans son assoniptîon, el non pas sur la terre; les petits auges sont en nombre indéterminé et trop nus. Cependant Murillo connaissait si bien son art, que Ton doit supposer qu'*à Tépoque où il a peint ce tableau, les attributs qu'il a adoplés suffisaient pour faire reconnaîlre son sujet de loul le monde.

Limage de l'Immaculée Conception composée par M. Frédéric Overbeck, quoique postérieure à celle de Murillo, laisse beaucoup plus à désirer sous le rapport symbolique (1).

La Sainte Vierge y apparaît dans un soleil de lumière, la téte inclinée, les yeux baissés, ce qui est irréprochable ; mais habillée de manière à faire remarquer les formes du corps, les cheveux flottants sur les épaules et sur le dos, le pied gauche nu, les mains baissées, étendues, répandant des rayons. Deux anges volent au-dessus de sa tète et tiennent d^ime main au-dessus d'elle, et audessus de la couronne des douze étoiles,' une couronne royale ; de Tautre inaiu i un des anges porte un sceptre

{i) Elle a élé publiée à Paris par RI. Doptrr, qui a tdilc aussi uuc réduclion en trèi»-pclit format de la conipo^iUoii de Mui illo. A déraiil de bonne coiuposi lion, moderne on ne peut mieux faire que de reproduire les compositions des grands maîtres d'autrefois.

: ei Tautre un lis. Marie est placée dans l'espace, enfoarée de nudfies lominenx , au-dessnè du monde qui est couvert de ténèbres: la lune, les pointes en bas. apparaît, non pas immédiatenient au-dessous des pieds de Marie, mais au-dessous, du nuage où elle pose les pieds. Le ser^ peut et la ponune fatale, le Père éternel et sa bénédiction manquent ; aucune inscription ne détermine le sujet.

Je ne vois point pour quel motif fa Sainte Vierge doil être courojuiée par des anges, dans le mystère de son Immaculée Conception, et je ne pense pas qu*il convienne d'introduire, dans une image de ce mystère, des réminiscences de la médaille miraculeuse.

Cette image, malgré la réputation bien méritée de Ad. Overbeck, ne me parait point assez bien conçue pour servir de modèle. 11 faut dire qu'dle a été faite plusieurs années avant la définition du dogme, à une époque où la question iconograpl tique n'avait pas été traitée.

M. Seitz , disciple de ce grand maître, si je ne me trompe, et 'son digne élève, a* composé à Rome, à la fin de '18914, une image de Tlmmaculée Conception de Marie dans laquelle il a fait preuve de connaissances iconogra* pliiques remarquables. Son dessin, approuvé par S. E. le cardinal-arehevéque de Malines, a été reproduit avec succès en Belgique , où des milliers d'exemplaires eh ont été répandus. €etté image est digne d*éloges sous bien des rapports.

Le dessin de la Sainte Trinité y est parfait; le soleil dont Marie est revêtue ne laisse rieu à désirer; son auréole est irréprochable : le dessin de toute la composition est correct, élégant; la disposition des figures est

ffiûie avec guut; le cadre est bien rempli. Mais la présence 4e la Sainle Trinité .au lieu du Père seul , la couronne royale v les eheveux flottants, la robe collante et ouverte , les mains baissées et étendues , les pieds nus reposant sur un nuage et non pas sur la terre . le serpent étendu mort sur le .f;lobe , au lieu de se trouver sous le pied de jUarie^ le nombre de huii anges au lieu de neuf, les attributs que portai les anges ; la pose de Tun de ces anges, Tun des plus saillants, qui montre le dos à ceux qui le regardent, sont autant de points sur lesquels je ne me trouve point d'aoeord avec l'excellent artiste. .

Le goût de l'iconographie ehrétienne à'est réveOlé én Allemagne où l'éeole de Dusseldorf se distingue par une suite dt producliuiis de grand mérite.

Cependant Jusquïci cette école n'a point publié d'image de l'Immaculée Conception que Ton paisse reeommandi»'.

Il en est trois qui ont paru sous son patronage, si je ne me trompe, et qui. malgré la correction du dessin, laissent beaucoup à désirer sous le rapport symbolique.

La premièie, dessinée par M. Steinle et gravée par M. Rittinghaus, présente la Sainte Vierge debout dans le soleil, avec la demi4une sous les pieds; les bras croisés sur la poitrine, les yeux baissés; les vêtements très-amples, rauréole autour de la léte; la téle nue et les cheveux flottants sur les deux tiers de la personne; les deux pieds nus et découverts ; point de serpent, point d'étoiles, point de voile. Dans les exemplaires peints, la Sainte Vierge porte une robe rouge et un manteau bleu. D après les règles que nous avons établies, cetle image a plusieurs défauts .que nos lecteurs ont déjà, saisis.

La seconde image de Dusseidorf a éié composée par M. Ittenbaeli et gravée par M. Stang.

On y voit la Sainte Vierge debout sur un nuage,

dans l'espace, les deux mains étendues, projelaiil des rayons sur le monde; la léte et les pieds nus, les cheveux flottants ; les yeux, à regards perdus; les vêtements larges, mais découvrant la poitrine, où flgure une croix brodée sur la rol)i' : lu couronne des douze cloiles autour de la tète; poinl d auréole, point de serpent, poinl de voile. La lune, pleine, est placée, comme dans Firnage de M. Overbeck , sous le nuage où la Sainte Vierge pose les pieds. Le soleil est représenté par un cercle lumineux qui n'enlourc pas la Sainte Vierge, mais qui paraît derrière elle , dans la partie de l'espace qui va des épaules aux genoux. Les attributs en général sont manqués; et ridée de la médaille miraculeuse intervient pour une trop grande part.

La troisième image de Dusseldorf, gravée par M. F. Keller, d'après la broderie d'une chasuble belge de la fin du XV' siècle, ou des premières années du xvi% représente Marie au milieu de Tespace portée par quatre anges. C'est une image de l'Assomption qui a été prise à tort pour une image de l'Immaculée Conception. Dans beaucoup de vieux manuscrits ce type a été reproduit à la messe on à l'office de rÂssomption de la Sainte Vierge.

Les autres images modernes de l'imniaculée Conception que j'ai réunies en assez grand nombre pèchent non-seulement contre les règles de l'iconograpliie chrétienne, mais même contre celles du bon goût. L'embarrasdes artistes est sensible; leurs tâtonnements sont malheureux. Par cxem-

pie, il en esl qui, pour exprimer llnnocenee el la pureté (le Marie, ont réuni une troupe de petits enfants presque

nus sous les plis de son nianteau; il en est qui ont lait mouler de petites colombes le long de ses bras, en guise d'animaux parasites. 11 en esl un qui a écrit les mots : Sine iahe caneepta, dans un cercle placé autour de la lêlc de Marie, à peu près comme on écrit lo chilîre du régimeiil sur ic casque d'uu cuirassier. Les robes vertes, jaunes et rouges ne sont pas rares. On peut dire que rignorance et la puérilité en fait diconographie atteignent leurs dernières limites, dans ces essais malheureux. Du reste, ces images sont dentelées, festonnées, pailletées, papillonnées , guimpées et colorées, comme des marchandises à débiter; évidemment ce ne sont pas des objets de piété dont l'art chrétien a inspiré et déterminé les formes.

Si yen lais mention, ce n'est (loiai jtoui incriminer des artistes qui certainement ont lait de leur mieux, mais c'est pour montrer par les faits combien il était nécessaire de jeter un peu de lumière sur un sujet aussi peu compris.

J'aurai atteint le but que je me suis }h i )[)0sé en écrivant ces lignes, si lesariisles chrétiens y rericuu li ent quelques règles sûres, quelques conseils utiles, qui les encouragent à composer des images, des tableaux et des statues de la Sainte Vierge Immaculée, irréprochables au point de vue de 1 art, et jjropres à édilier les fidèles en représentant le mystère de i immaculée Conception d une manière tout à la fois simple, naturelle et frappante.

Page 1