LES ASTRES, LE 60LEIL, LA LUNE ET LE» ETOILES
L'Apocalypse parle d'une femme mystérieuse revêtue du soleil, ayant la lune sous les pieds et couronnée de douze éloUes,
Les saints Pères s'accordent à voir dans celle femme une image de l'Église militante (i).
Un ancien ailteur y voit ]a Sainte Yierge qui a été une figure de l'Eglise (2) ; et plusieurs interprètes modernes onl assuré , après lui , que TEsprit Saint nous a tracé ici l'image de Marie, la Mère du Sauveur (3).
André de Césarée qui a résumé, au siècle, la doctrine des interprètes grecs sur FApoealypse , prouve que le Saint-Esprit n'a pas voulu signifier id la bienheureuse Vierge (4).
Saint Bernard concilie les deux opinions en disant que si Ton entend ces paroles, dans le sens littéral, de la Sainte Église de Dieu, on doit les entendre, dans le sens mystique, de la Sainte Vierge qui, elle aussi, a revêtu le soleil, à savoir le soleil de justice (5).
(1) « Qoare te quoque bteri nfcesse est, Ecdesiam esse istam mutiercin qntt pirturit. > S. Mcthodiiu (circa an. S90) Inconvivio virgmum, p. 1 OS, ed, Possini. Paris, 1657. — te H «e aoteni millier antiqna ctt civitasDei, de quâ in Psalmo (LXXXVI, rliritar : Gloriosa dicta sunt de te, civitas Dei.» S. Âugust. In Psal. CXLII, n. 5, t IV op., col. 1589, etc., etc.
(S) c Hulierem illam Vii^nem Mariam significasse (liquet), que caput nostnim intégra integram pcpcrit; quic eliam ipsa figuram in se sanclse £cclcsiae demonstraviU » iM S^boio ai Ca^kum*, iuter op. S. August. t. VI, col. 575.
(3) Voy., entre autres, Lud.ab Âlcasar, VesUgaiUomtani9eiamiiiÂf»' talypsi, in cap. XH, not. 3», p. <tâ2. Anlv., I6U.
(4) AndrcœCœsar., In />. Jnan. Ap(K(Uffp»imeommenianui,Th*PcltABO interprète, p. i9, ed. Commelini, 1596.
(5] « Putas ne, ipsa (Maria) est sole amicta mulier? Eslo siquideru ul de prtesenli Ecdesia id intelligcnduni proplieticœ visioins séries ipsa detnoiistret; sed id plane non incouvenientcr Alariœ vidctur attribucndum.
Il est donc vrai de dire que i Eglise a adopté comme un type ecdésiastique propre à la Sainte Vierge « la figure qae TEsprit Saint noos a offerte de la cité de Dieu^
el que, par conséquent, ces trois attributs, le soleil, la lune et les étoiles, conviennent à Marie, en vertu de la tradition antique, qui y a tu des significations mystiques trés^expressives des prérogatives de la Sainte Vierge.
Et d*abord, ces astres conoourent ensemble à l'orner, pour montrer qu'elle a été douée de toutes les lumières célestes.
Ensuite Marie est revêtue du soleil, c'estrà-dire de son divin Fils, qui Ta entourée de grâces et de gloire. Comme Marie a entouré ce Fils de son humanité, ainsi ce divin Fils a environné sa Mère de sa divinité.
Considérant le soleil en lui-même, saint Bernard y voit le symbole de la divine sagesse^ qui est une lumière eé» leste dont Marie fut tout inondée; le symbole de la ferveur ou de l amour divin qui enflamma le cœur de Marie, à régal des séraphins: et le symbole de la clarté des vertus et de la sainteté qui ne laissa pas la moindre, obseurîté dans Tàme de la Très-Sainte Vierge. Ce soleil lumineux qui l'entoure, signifie donc la clarté dont la grâce a orné son âme et embelli ses facultés (1).
Nimirum ea est qam velut altemn aolen Induit «ibi. • S. SeraKrd. Smiu deXtIprœrogntivis, n. 3, p. 1007, t. III op., ed. Malnlloii. Pari», 4690.
(I) a In soie niminim ect fervor et splendor slibili»... jure ergo Varia aole perfalbetor «nieta, quse profnndissimain divin» aapieati», ultra quim crodi valeat, penetravit abyssum, ut quantum aine pcnonali untone creatura oondîtio patitur, lud iHi inacoesaibllî Tideatnr Innnersa. Ilto nimirum igne prophcUe labia purgantur (iaal VI, 7} pUo igné Serapbin
11 faut donc que le soleil entoure Marie . comme un vêtemenl, c'estrà-dire, projette sur elle sa lumière de toutes paris.
La lune a iei des signifiealions nombreuses.
Saint Augustin, la considérant sous les pieds de la cilé de Dieu personnifiée , y voit limage de la mortalité de la chair qui eroii el décroit successivement {i).
Primase, auteur du vi* siède, dit que TÉglise a la lune sous les pieds, parce qu'elle foule aux pfeds, par la force de sa charité envers Jésus-Christ, toutes les choses passagères (2).
Saint Bernard, appliquant ce type à la Sainte Vierge, dit que la lune signifie quelquefois la corruption des
choses terrestres et la folie de Tesprlt humain, et quelquefois TEglise de noire temps : la folie, à cause de ses variations; l'Ëglise, parce qu'elle a une lumière reçue d'ailleurs (3).
aecenduntur. Longe vcro aliter Maria mcruit, non velut summatîm tangi sed nppriri magU nttdique et cîrouinfiindi, cl tanquam ipso ignecondudi. Candidissimus sano sed et calidîssiraua hujus mulierb amictus, evjus oipnia tan ezcellentcr îrradiaU noseuntur, ut nibil îti ea, non dîeo tenebrasiiiD, scd ne subobscarum saltcm vcl minus lucidum, sed ne tepidnm quidem aliquid, aal non fervcntissiaiuni liceat saapieart. » S. Bernard. Sertno deXIl prmroff,, n. 3.
(1) « Horito et lunam sub pedibus habcbat quia mortalilatem crcscentis et decrescentis carnis virtute calcabat (Civitaa JDei). » S. Aug. £narr, in Ptalm. CXLil, n. 3, t. IV, col. 1890.
(2) c Mulicr amicta sole et luna sub pedibus ejus, id est Ecciesia, Christo indula. propter ejus dilcctionem mutabilia cuncta calcantem.» Priinasins, Comm, in Apocal., I. 11!. Patrotogie de JUigne, t. LXVUl, col. 872.
(3) " Solct autem luna non modo defeeluro corruptionia aed et stulti-
Dans le premier sens, la lune, sous les pieds de la Sainte Vierge, signifle que Marîe est au-dessus de tout défaut; qu*elle surpasse, par la sublimité de sa sainteté et
de la grâce dont elle est comblée, tout ce qu'il y a de défectueux et de corruptible en ce monde (1).
La folie aussi est sous ses pieds, parée que Marie est tout à fait étrangère à la société des vierges folles. Il y a plus, le seul insensé , le prince de la folie , celui qui changea vraiment comme la lune, et qui perdit sa sagesse au milieu de sa gloire, foulé et broyé sous les pieds de Marie, y parait dans Tétat de sa misérable servitude (2).
Si la lune est considérée comme le symbole de FÉglise qui reçoit sa lumière de Jésus-Christ, la lune est encore placée très-convenablement sous les pieds de Marie, qui a été constituée la médiatrice des hommes entre le soleil et la lune, entre Jésus-Christ et son Église (3).
tlam mentis, nonnunqoam vcn» et EcdesUmi hnjas temporis desîgnarej ilhm qaidem propter niiila1iiUtateBi,luine sane proptcr «Mceptuiialiinide spleodorem. n S. BerMrà,'Sermù ée Xfl prœrf>g.f n.5.
(I) • DeiMlnt Monli wb ea, et quidqaid fragîlitatU aen «lomiplionia est, cxocllentiisinia quadam subliniitate pra cnt^ iminiln» eieedit et supcrgrcditur ereaturis, ut merito sob pedibus ejns lana esse dieatur. » S, Bernard, Im. eit»
(S) < InsipieiitiaTer04inllls longe sub pedibus cjus est, ut penitns abait hmc ab inslpientioin mnlieram numéro elcollegio vii^mun fatuarum. Iroo vero et uaieus ille stultus, et totius stulUtîce prineeps qui vere mutator ulluna, sapienUam perdidit-in décore suo, sub Marift pedibus eoneulca* tua et eontribiat miseram paUtur serrituteni, » S. Beruard, iec» eit,,
(S) « Jam ai Ecdesia lunas ma^ iQtdligenda Tidetar Toeabniof quod Tiddieel non ex se ^lendeat, aed ab eo qui dieit : Sinê nu nikU potetti»
Ainsi, de quelque manière que Ton entende le symbolisme de la lune , il convient au type de la femme merveilleuse en qui le peuple fidèle a toujours reconnu la Mère de Dieu.
On acoulume de placer la lune sous les pieds de Marie, avec les cornes en liant.
Cependant des auteurs oui prétendu quH fallait la représenler avec les cornes en bas (1), parce que la lune, étant toujours bombée du cèté où elle reçoit la lumière^ el la recevant ici du soleil qui entoure la Sainte Vierge, celle-ci doit nécessairement placer le pied sur la partie convexe de la lune, et non point sur la partie concave.
Cette raison tout astronomique est très-peu concluante ici, où nous cherchons avant tout la valeur symbolique de ces attributs el 1 autorité de la tradition. L'usage de peindre la lune avec les cornes en haut est très-ancien ; il contribue à la correction du dessin et à réléganee de l'image. L'usage contraire est disgracieux: une raison astronomique ne suffît point pour le faire prévaloir.
Je citerai ici un exemple frappant de l'oubli légitime où la science symbolique fait tomber parfois les raisons astronomiques.
Nous avons parlé plus haut des mystères que les anciens rattachaient à la moirt de Notre-Seigneur Jésus*
faccti (Joun., XV, î>): habcs mcdiatrircm, quam lihi pauio antc commcndavimus, cvtdcnler cxpressam... N'empo n llus incdium inlcr rorera et arcam, mulicr inler solcm et luuani, Maria iulcr Chrislum el Ecclesiain constitula... - S. Bernard, loc. cil,, n. 5.
(I) Voy. Âlcasar, loe. cit., p. 623.
Christ sur le Calvaire. Parmi les symboles qui figuraient
dans cette image, le soleil et la lune ont toujours occupé une place imporlanlc, niais contraire à toutes les lois de rastronomie.
Notre-Seigneur fut crucifié ayant la figure tournée vers
rOccident, la main droite au Nord, la main gauche au Midi, et le dos à Jérusalem.
Une vieille tradition assure que ce fut lonibre de Noire- Seigneur, qui^ en se reflétant sur le bon larron, entre midi et trois heures, devint la cause de sa conversion. Le bon larron avait été crucifié à la droite du Sauveur.
II s'ensuit de là que le soleil élail à la gauche de Notre- Seigneur, lorsqu'il mourut sur le Calvaire.
CqiendanI le moyen âge, qui {n'ignorait pas ces circonstances, a toujours placé la lune au-dessus de la main gauche du Sauveur, c'est-à-dire au Midi, et le soleil audessus de sa main droite, c'est-à-dire vers le Nord, où il ne se trouve jamais.
Pourquoi ce mépris des lois astronomiques ?
Parce que les artistes chrétiens ont voulu signifier que par la mort de Nolre-Scigneur et la prédication de l'Évangile, le soleil de la vérité a passé aux régions couvertes autrefois des ombres de la mort, tandis que les ténèbres, représentées par la lune, se sont étendues sur les enfants des patriarches, pour qui l'enseignement divin avait lui pendant des siècles.
 la mort du Sauveur, les païens, les lils de TAquilon, ont obtenu la lumière en partage , et les enfants du Midi ont été plongés dans robscurité.
Et parce que cette substitution eut lieu au pied de lu
croix, longue le» gentils 'S'écrièreat : Celui4à éiaii vraitmmf le Pik de Dmt! la contume s'établît de placer à la droite du crucifix, du côté du bon larron, tmif ce qui rappelle les <'>lus, et à la fauche, tout ce qui ludique le» réprouvés ; afin que les uns et les autres eussent, sur le Calvaire, la place qu'ilsauront, par rapport à Jésus^hrist, au jugement dernier (1).
Une raison astronomique ne suiiit donc pas pour faire abandonner i'anden usage de peindre la lune avee les cornes en Tair, et la Sainte Yieige debout sur Ift partie concave de cet astre.
La couronne des douze étoiles, d'après les saints Pères qui reconnaissent une image de l'Église dans la femme merveilleuse de TApocalypse, signifie le collège aposto* tique dont l'Église a été ornée.
Sbint Bernard reconnaît dans ces douze étoiles douze prérogatives de la Sainte Vierge, représentées, selon lui, par ces astres. Il divise ces prérogatives en trois catégories : les prérogatives du ciel, celles de la chair, et celles du conir.
Il coiiiple parmi les prérogatives du ciel : 1<» la famille ou descendance de Marie qui est née de David, a été promise, annoncée, etc.; 2<> la salutation angélique dont Marie a été honorée; 3» la descente du Saint-Esprit, qui l'ombragea au Jour de rannoneiation; 4fi la cou-
(I) Noitt aroDS emprunté ees Jadicieoscs nmanpies au R. P. Cahier, qui est Irèa-riehe en études de ee aenre sur l*art au mojoi âge et sur le lymbolisme chrétien. Voy. aee Mika^fm orekM^ipm, 1. 1, p. SSMSSk. Parts, 18»0.
ccption ineffable du Snijvein- doiil elle devint la Mère.
Les prérogatives de la ehair sont, d'après saîm Bernard : i*" Ja virginité parfaite; ^ la fécondité sans oor* mption; ^ h gftmem sans jncomniodité; 4^ Tenfonte* ment sans douleur «
Enfin le^ prérogatives du cœur sont : 1° la mansuétude de la pudeur^ 2» la dévotion de i'humililé; 3» la magnanimité de la foi; if* le martyre du cœur.
Cette énumération des prérogatives de la Sainte Vierge pourrait tHre considérablement augmentée sans que l'on atteigne les limites de la munificence diviue envers Marie; et si on en ^joutait une seule, à cellçs que présente suint Bernard, l'ensemble de ces prérogatives ne répondrait plus au nombre mystique de la couronne d étoiles que l'Église attribue à la Sainte Vierge. Cette explication est donc arbitraire, et n'a d'autre but au fond que d'édifier le lecteur.
Molanus prétend que la couronne de douze étoiles con-
vient à Marie, eomnie Heine du Ciel où son divin Fils la couronna, et que ces douze étoiles signifient les neuf cbœurs des anges et les trois chœurs des martyrs, des confesseurs et des vierges, dont Marie a été établie la souveraine au plus haut des cîeux (i).
Cette opinion oiïre une diliiculté. Comme Reine du Ciel, Marie a coutume de porter une couronne royale; c'est ainsi qu'on k représenta au moyen ège; c'est ainsi que l'a peinte le frère Angelico da Fiesole, dans les magnifiques tableaux du Couronnement de la Sainte Fierge,
(1) ttiit, magm,, I. Ul, c. 33, p. 333.
conservés aujourd'hui dans Téglise des Dominieaiiis^ Santa Maria Novella, à Florence, et dans le Musée du
Louvre à Paris.
Je pense donc que la couronne d étoiles équivaut réellement à l'auréole, ou emblème de la sainteté; auréole propre à la Sainte Vierge, d'après le type adopté par l'Église. Ces douze étoiles signifient alors toutes les grâces et toutes les vertus dont Tàme de la Sainte Vierge a été ornée. Le nombre douze est déterminé, pour rappeler un nombre indéterminé de faveurs, par le type appli<iué à la bienheureuse Vierge et emprunté au livre de Fapocalypse. Ce nombre est donc sacramentel ; partant on ne pourrait représenter, ni neuf étoiles, ni plus ni moins
de douce, mais on doit s'en tenir au ehiffre oonsa<9ré par
le type (1).
(i) La couronne des douze étoiles a donne iicu à une forme de prière, aotrefeis «sitcecn Espagne, que Ton appelait Stellarium. Cette prière se Romposait do douze salutations angeliques qui répondait^nl aux douze étoiles de la couronne de la Sainle Vierge, et de trois oraisons dominicales par lesquelles on entrecoupait les salutations angéliques. Après avoir récité quatre Ave Maria, on récitait un Pater, et on finissait par une collecte ou oraison particulière. Cornélius a Lapide, dans ses comincntaîrcs sur l'Apocalypse (XIÏ, I), explique fort au long la composition i l l'espj il du Stellarium. Cette pieuse invention alarma Tordre de Saint- Dominique qui propageait avec zèle la dévotion du rosaire. Urbain VIII, par décret du 19 janvier 1640, supprima toutes les confréries du Stellarium f et le 23 novembre I64B, loaoceDt X confirma ce décret. Il allégua pour motifs qii*oii avaft instittié eette monvelle forme de prière publique MOf autorité ; que i*on faisait ealeadre que le mystère de Tlmmaculée Conception de la Sainte Vierge a été i-évéli à saint Jean, dans PApocal^pie; enfin, que tes confréries avaient tnmpé la itérée Congr^ation teltilcs,ea lui dissInHilantle ééeret d*Urbain vni, et a?aient obtenu ainsi
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Il y a plusieurs manières de placer la couronne de douze étoiles sur la lête de la Sainte Vierge. Les uns en forment, un cercle aux trois quarts parlait, qui part d'une épiaule et aboutil à l'autre épaule, en passant par-dessus la téle. Les autres réunissent les douze étoiles en eerele^ en forme de véiiLable couronne autour de la tète. Il en est enfin qui attachent les douze étoiles aux pointes d une couronne royale. Cette dernière disposition n'est pas heureuse : elle a Finconvénlent de laisser inapt^ues qudques étoiles qui occupent les pointes placées derrière la tète, et de faire des étoiles une espèce d'accessoire.
On pourrait, ce me semble, composer des douze étoiles une eouronne dont .trois ou cinq étoiles formeraient un fronton élevé, et les autres le contour. Cette eouronne, en contact avec la téle ou un peu élevée en forme d'auréole, ajouterait de la grâce à la composition.
Il appartient, du reste, à l'artiste de choisir la meilleure combinaison; ear rËeriture dit que la femme mystérieuse
des îndulgcnces d'une manière subrepfii i' Antoine CatriniMi , savant Ihéolor^icii ( spagiK»!, qui racnnto ces faits, pense q\iv \r Stellarimn n'est point proscrit comme prière [>ri\éc, mais comme prière publique. Voy. Pro iiluUi Immaculalœ (Jonceptiams B. V, M. liber unus, auct. Antonio Caldcron. etc. !n-i". Madriti, t6K0, p. 252 et seii. Nous avons rencontré un ouvrage inlitult- : l.rF douze ts/oiV/i s qui composent la couronne de la Sainte Vurryt, mcre de Uieu, ou douze pnnéfft/riqttes faits en son honnmr, par le R. P. Félix Cucillens; in-8». Paris, 11)7(3. C*est un reeueil de discours sur douze mystères de la Viorgf^, IMmmaculce Conception, la .Nativité, la Présentation au temple, l'Annonciation, Ja Visitation, l'Expeclation de raccouctiement, la PuriCcalion, les Douleurs du Calvaire, l'Assomption, le Scapulaîre. Notre-Dame des aiiges et le Rosaire. Il n'y est point parlé de la signiiicalioii mystique de ia couronne des douze éloile».
portait une couroime de douce étoiles, sans délerminer la
forme de cette couronne^ ni sa position relativement à la léle: elle a donc laissé à 1 artiste une grande liberté.
Nous ferons une dernière remarque sur les aslred sym** bolîques.
* Le soleil, la lune et les douxe étoiles, appartiennenl à
la représentation symbolique de l'Immacléc Conception. uon«>seulement parce qu'ils font partie du type de lu fenune mystérieuse, o^esHMlire, de la Sainte Vierge, mais encore pour des raisons spéciales.
Ces astres sont là pour rappeler, comme créatures lumineuses, que Marie a été comblée des lumières de la sainteté parfaite ; ils sont là, comme créatures célestes, pour attester que Marie, par soii origine privilégiée, appartient au eiet ; ils sont là, comme repr^entant tous les astres du cieL |)our rendre honuuagc à la plus pure et la plus sainte des créatures.
Le soleil indique que Marie a été revêtue du soleil de justice, c'est-à-dire de Jésus-Christ, beaucoup plus merveilleusement que nous ne pourrons jamais nous en revêtir, nous à qui saint Paul a dit : Revêtez-vous de ^otre-Seigneur Jésus-Christ (Rom. XIH, 14).
Les étoiles, foyers de lumière, brillent sur la téte de Marie, comme la sagesse et la sainteté brillent dans son âme.
Ces astres, dans leur signification générale et particulière, appartiennent donc, comme attributs syniboiiques, à une représentation fidèle du mystère de Tlmmaculée Conception.
LA oomuHnn «oyalb, un fcmu bt u tromb.
On péal distinguer deux genres de oowonnes ; œlles qui marquent une {ti ééminence dans Tordre civil el politique, et celles qui indiquent des prérogatives dans l'ordre moral et religieux.
A la première catégorie appartiennent la couronne Ittipénale, la couronne royale, la couronne ducale, etc., la couronne militaire, la couronne civique . etc. A la seconde catégorie appartiennent la couronne sacerdotale^ la ODttnmne virginale^ et toutes les couronnes symboliques des irertos. Dans son beau recueil d'anciens monuments chrétiens, Jean Ciani|)ini reproduit une antique image où le buste de la Safnte Vierge est représenté avec une couronne murale, crénelée, pour signifier en elle la vertu de courage ou de constance (i). Cet exemple, qui n'est pas unique, autorise d'autres compositions du même genre. 11 a, du reste, été suivi : (Notre-Dame de Miséricorde, vénérée à Marchiemte-au-Pont , en Uainaut, porte aussi la couronne murale crénelée (2).
Dans une image de l'Immaculée Conception le doute est possible, sui tout à l'égard de la couronne royale et de ia couronne virginale.
Cette dernière neparalt pas nécessaire puisque le voile, comme Je l'ai feit voir dans le troisième cbapitre, marque
<1) Joan. Ciamptoi Vetmt mmimmta, t. I, p. !i6, Ub* XXV, lloiiw,
{à) Voy. Im ViergeB mmutOeum de to Btigîqmt pur A. Di Rbdiib, pige 115, Bruielles, 1886» ,
le don de la virginité. Cependant je n'oserais l'eiLelure absolument, parce que la Sainte Vierge est la vierge par
excellence , et que celte prérogative est essentielle à la Mère de Dieu. Il est d'autant plus permis d iusister sur cette qualité que les saints Pères ont vu^ dans la vir» ginité corporelle de Marie, une 6gQre de sa virginité spirituelle, c'est-à-^dire de sa sainteté parfaite, qui comprend le privilège de son Immaculée Conception.
Les artistes qui ont attribué ù la Sainte Vierge, dans le mystère de son Immaculée Conception, une couronne virginale, ont imaginé parfois une couronne de fantaisie qui ressemble plus à une parure mondaine qu'à un symbole religieux. Des images de Marie immaculée composées et publiées à Paris par des fabricants d'images ont ce défaut. Je ne trouve aucune descMption de la couronne virginale dans les auteurs qui ont écrit sur les c oaronaes el sur le symbolisme en {ïénéral : mais je pense que la couronne virginale ne peut se composer que de roses et de lis.
Quant à la couronne royale, elle est nécessaire à l'image de la Sainte Vierge chaque fois qu'on représente la Mère de Dîen comme reine du ciel ou de la terre; comme pairone ou protectrice de l É^lise, des royaumes, des provinces, des villes ou des familles. Alors elle doit porter aussi le sceptre et Tenfant Jésus. Chaque fois qu'elle figure comme exerçant sa puissance, elle doit porter les insignes de la souveraineté : à cet égai'd aucune contestation ne me parait possible.
Mais faut-il donner une couronne royale à la Sainte Vierge dans le mystère de son Immaculée Conception?
Voilà une question qu'ii importe de poser et de résoudre.
Dans les images byzantines de la Sainte Vierge, la couronne royale est inconnue. Lés images des catacombes n'en portent point non plus. Le nimbe même et ranréole
y manquent. Dans les premiers temps^ la Sainte Vierge n'avait aucun symbole autour de la téte. C'est au moyen âge que la coatnme de couronner la Sainte Vierge d'une couronne royale el de lui donner un sceptre, parait s'être
introduite; depuis sept ou huit siècles, ces attributs ont acquis droit de cité. Je doute que l'on ait couronné, avant celte époque, les statues et les images de la bienheureuse Vierge.
La couronne et le sceptre ne sont donc pas un des
attributs essentiels des images de Marie; il faut user de discernement dans remploi qu'on en fait.
On peut alléguer beaucoup dé raisons pour attribuer bi couronne et le sceptre à la Vierge immaculée ; mais je n'en aperçois aucune qui soit dédsive; et je pense qu'il vaut mieux représenter Marie, dans ce mystère, sans couronne et sans sceptre.
Écoulons les partisans de ces symboles et examinons leurs raisonnements.
Certains iconographes attribuent à Marie la couronne royale, parce que l'Eglise, disent-ils, la \ énère comme Reine conçue sans péché, et puis, parce que i Ecriture nous présente la couronne comme un signe de sainteté et de gloire (Eccli. XLY, U).
Je ue partajje point celte opinion, et je ne puis admettre ces motifs.
L'Église honore Marie comme Reine conçue sans
pccIiLî, 11011 puiiit parce que sa royauté céleste est une suite ou une conséquence de son Immaculée Conception, mais pour témoigner que la royauté de Marie est encore relevée par la préro|Mive de sa sainteté parfaite et perpétuelle. Dans te titre : Reine emçue êtms péché ! rimma* culée Conception est considérée coimne un attribut de sa royauté, et non pas la royauté conmie un attribut de son Imaiaeolée Goneeptton.eeqa'il faudrait évidemment pour attribuer la couronne royale à Marie dans le mystère de son Immaculée Conception.
La citation de l'Écriture n'est guère plus heureuse. Ces paroles de la Vulgate : Corona aurea mper mUram ejug, BXFaBSSA siGNO sAVcriTAns KT GLOBU Honoais, apmmriuHs, ef detidêria mÊhmm, nè signifient point, dans le texte, que la couronne placée sur la mitre d'Aaron était le sip^ de la sainteté et de la gloire; mais que eette eouronne^ portée par le souverain pontife, oontriboait à la migesté de sa personne et au respect qu'on lui portait.
Or, de ce qu'une couronne ajoute à la majesté de la personne qui la porte, et au respect qu'on lui rend, il ne s'ensuit pas qu'elle appartienne de droit à la Yi^ge Immaculée.
Pour moi. Je pense que la Sainte Vierge ne doit porter la couronne royale que lorsqu'on la représente dans les mystères qui sont postérieurs à son assomption glorieuse; car ce n'est qu'après son entrée dans le ciel que son divin't'ils l'a couronnée reine des anges et des hommes.
La couronne royale doit donc être exclue des images
qoî représentent les mystères antérieurs à l'Assomption, tels que rAnnonciaUon,rAdoration des Mages, 1 Ascension de Notre^gneur, la Pentecôte el rAssomplion ellemême. Par une eooséquenoe nécessaire, elle esl excltte de rimage de l'Immaculée Conception qui, dans Tordre des temps, est le premier de tous les mystères de la très- Sainte Vierge.
A eette règle on peut opposer la eoutome générale du moyen Age de représenter la Sainte Vierge avec une couronne royale sur la tèle el le petit enfant Jésus sur le bras. Lorsque Jésus était petit enfant, Marie n'était pas encore couronnée dans le ciel, et lorsqu'elle eût été couronnée dans le ciel, Jésus n*étail plus pelit énfant. Ne semble-t-il pas que la raison chronologique que nous avons alléguée n'est pas d un bien grand poids?
La conséqiieni'i de ce raisonnement n'est pas logiquement fondée. De ce que l'ordre chronologique fasse loi, lorsqu'on n'a aucun rooUf de l'intervertir, et plusieurs motifs pour le suivre, il ne résulte point, à la rigueur, que jamais 1 artiste n'en puisse faire abstraction.
Ainsi, par exemple, si l'on veut rappeler Tune ou l'autre prérogative de la Sainte Vierge, sans égard à la succession des mystères et à la suite des temps, pourquoi ne pourrait-on pas unir certains attributs qui, dans Tordre chronologique, paraissent s'exclure?
Je suppose qu'un artiste ait à sculpter une statue de la Sainte Vierge, qui, abstraction fiiite de ses autres privilèges, rappelle seulement sa maternité divine, sa virginité perpétuelle el sa puissante protection : que fcra-l-il pour circonscrire .son sujet dans ses limites naturelles? Pré-
dsémaiii ce que les artistes du moyen âge ont fiîl. Il placera Tenfant Jésus sur le bras de la Sainte Vierge,
pour indiquer la maternité divine et célébrer le litre de Ddpara que l'Église grecque et l'Église latine attribuent à Marie, eomme son nom par exoellenee.
Ensuite il placera sur sa téle la couronne royale, symbole naturel de la souveraineté spirituelle dont elle est revêtue, et que nous proclamons sans cesse, en l'appelant Notre-Dame, Notre^uveraine, Domina noêtra^ pour reconnidtre sa puissante intercession, et nous ob» tenir ses faveurs.
Enfln sur la tête, et sous la couronne, rartiste placera le voile traditionnel, qui rappelle la. virginité perpétuelle de la Mère de Dieu.
Que les artistes Imitent donc les sculpteura du moyen âge, dont les Vierges nombreuses ornent nos am^ens mo* numents, quand on leur demandera des statues de Marie, Mère de Dieu, de Marie protectrice, avocate, défense du peuple fidèle ou d'une portion quelconque .de rËglise: ils ne sauraient mieux faire. Mais quand ils auront à représenter le mystère de l'Immaculée Conception, qu'ils se gardent bien de placer la couronne royale sur la tète de Marie !
Au moment où ce mystère a été opéré, la Sainte Vierge n'avait point été couronnée; de plus^ Tldée fondamentale
du mystère est complètement étrangère à la no Lion de souveraineté, de puissance et de protection : l'ordre des temps et la nature du siiyet repoussent donc la couronne royale.
Mais la couronne n'est-elle point nécessaire afin de si-
fpiifier rhonneur et la gloire qui résultent pour Marie du grand privilège dé Tlmmaculée Coneeption?
Je ne le pense pas : car, comme tous les mystères onl contribué à sa gloire, si cette raison était bonne, on devrait lui donner la couronne royale, toujours et partout, même à l'époque où elle n'était pas élevée à la dignité dé Reine de deux; même dans les cireonstanees où la couronne royale constituerait un contre-sens, par exemple dans Fétable de Bethléem.
La couronne royale, qu'on le remarque bien, ne signifie • point un honneur quelconque, mais l%onneur qui résulte de la dignité royale.
Mais au moins la couronne royale n'est-elle pas nécessaire, comme signe de la victoire que Marie a remportée sur Tenfer, dans son Immaculée Conception?
Je ne le crois pas : l'Immaculée Conception n'est pour Marie qu'une victoire improprement dite, victoire qui n a été précédée d'aucun combat. D'ailleurs, ce n'est pas la couronne royale qui est le signe de la victoire, mais la couronne civique, la couronne de lauriers^ ou la couronne murale, on la couronne navale, que personne n'a songé à donner à la Sainte Vierge, connue un attribut du mystère de l immaculée Conception.
Marie est la mère d'un Roi dont le royaume est éternel et n*a point de fin. Â ce titre, ne doîl^elle point porter la couronne ?
Non, Marie ne doit pas porter la couronne, comme mère d'un roi : d'abord, parce que Marie, au moment de son immaculée Coneeption, n'est pas censée avoir acquis cette dignité; ensuite parce que les mères des souverains
ne portent la couronne royale qne lorsqu'elles régnent. Or, au moment de son immaculée Coheeplion, Marie ne régnait point.
Enfin, Marie est de la famille et de la maison de David, de domo et familia David, Une inerge de la touche de David a éii ehoim, dit saint Léon, f^irgn sHrpiê Damdicœ eUgUur.., La couronne ne lui appartient-elle point par le droit de sa naissance?
Non, elle ne lui appartient pas à ce titre ; car la couronne n'est pas le signe de la famille ou de la race royale^ mais celui du pouvoir somrerain. Ainsi, de tous les princes d'une femille royale, celni-lâ seul porte la couronne qui après avoir succédé à son père, tient le rênes du gouvernement; or Marie n'exerçait pas de pouvoir au moment de sa Conception, puisque le royaume de son Fils n'était pas même fondé alors.
Je ne vois donc aucun motif de représenter la Vierge Immaculée avec une couronne royale sur la iéte.
Le sceptre et le trône correspondent à la couronne royale. Celle-ci étant exclue, le sceptre et le trône disparaissent pour les mêmes raisons.
rSous avons fait remarquer plus haut qu'il faut représenter dans ce mystère la Sainte Vierge debout plutôt qu'assise. A ce titre encore le trône doit être écarté.
LB smmiT tnrauiAtr.
Le serpent infernal, comme symbole du démon qui a
triomphé de nos premiers parents dans le paradis ter-
reslre, et qui a été vaincu par le Sauveur du monde, ne peut figurer dans la représentation des mystères du nouveau Testament qu'à l'état d'ennemi vaincu et terrassé.
Ce serpent a été vaincu et écrasé par Notre-Seigneur Jrsiis-Christ sur le Calvaire. La mort du Sauveur a détruit rempirc de la mort, et mis fin au règne de l'enfer. La croix a été la lance dont Jésus-Christ a percé le flanc de Satan, et qui lui a porté un coup mortel.
Cette vérité était vulj^aire au iiioyen âge. Alors les peintres, les graveurs et les sculpteurs représentaient le serpent infernal expirant an pied de la croix, ou la croix plantée dans le flanc du serpent (1).
Le dragon infernal a été vaincu aussi par la Sainte Vierge, au jour où elle a mis au monde le Sauveur.
La tradition catholique n'a qu'une voix pour nous apprendre que Marie a triomphé de Tenfer, brisé nos chaînes, fermé l'abime, ouvert le paradis, en nous donnant le Messie. Sa malernité divine, la naissance de son Fils, voilà sa grande victoire, voilà son triomphe par excellence.
Le serpent infernal, sous les pieds de Marie, est donc un atbribut essentiel des images et des statues de la Sainte YiergCv lorsqu'on la représente comme Mère de Dieu et comme co- rédemptrice du genre humain.
(4) Yoyes Méhrngi» wehM<tgique8 des RH. PP. Martin et Cahier, 1. 1, p. 917 et suhr. Crndfix de Lotiiaire. — Cet savinls éoriviiiie deoneiil (p. 311) le eraeifix représenté dans le Hmumi de priim de Charles l« Chavve, eenservé atij<nird*hui dans le trésor du ni de Bavière, où le serpent expire au pied delà erelx. Le R* P. Cahier reinan|iie qne, dans certaines images, le serpent perte des eomes ; d*où 11 haière que Ton a venin signifier aussi les victoires futures de IVotre-Seignenr snrl*Anteehrisl.
La Sainte Vierije triomphe encore tous les jours du serpent 'infernal) en prélégeanl l'Eglise el en écrasant toutes les hérésies qui Taffligent. L'Église catholique
chante sans cesse en Thonneur de Marie cette louange que saint Augustin lui adressait déjà au iv*' siècle : Seule vonsavezétoofié toutes les hérésies nées dans le nionde(i ).
(1 ) L*hérésie a attaqué les prérogatives de la Sainte Viergii avec plus de foreur peut-être que celles de son divin Fils. Les docètts et les fantasiastes enseignaient que Notre Seigneur n*avait pris qu*un corps fantastique apparent ; ils niaient donc la œalemilé divine; les ncstoricns niaient aussi qnc Marie fùl mère de Dieu. Les Aib^eois cl l«i Vaodois biasphénafent la Sainte Vlei^e d*«iie manière affreuse. Les protestants se sont signalés, dès Torigine, par une lialne implacable contre la Mère daiésaa^dttist; et aty<Hird*lHii encore, k» sectes nto de la réferme nous reprodient le culte que nous lai rendons. Il n*y a pus jusqu'à la seeCe janséniste qui, «i mettant dans la bouche de la Sainte Vierge des A^ÙÊnlMBAm à set déWU inditeretê, n*ait fait injure à eette Mère du belàmonr.
Le célèbre Sylvins disente, dans' un discours, cette question brtféressanle : - Co«MMnl to SSnlals Vierge a4-dXe éenué seuls lou/es Ist hMti» f Qimuida V. Deipmm ctmeta» hœrt§e$ inkremerit î (Orat. Xlil, tora. V oper., page Hl.) Il repond qa*eUe les a écrasées, sans les détruire, de trois manières : 4* en triomphant du démon, qui est TautOur de toutes Ira hérésies \ S* en mettant au monde le Sauveur, Tauleur et le eoosommateur do notre foi ; 8^ en professant el]e>méme toutes les vér ités contraires aux hérésies qui se sont produites dans le cours des siècles. Les deux premières raisons sont indirectes, et isolées elles ne satisfont pas pleinement Te^lMrîL La troisième, sur laquelle Sylvius 8*étend le plus, est moins heureuse encore. Si on éeraso toutes tes bCTésîca en professant toutes les vérités révélées, il nV a pas un bon catboUqne qui ne les écrase. Les SS. Pères, qui ont réfuté toutes les hérésies connues de leur temps, ont fait davantago : ib les ont confondues et anéanties aux yeux des tdèics. Ils ne croyaient pas les avoir écrasées, en se bornant è professer les véritÂt contraires. A mon avis la Sainte Vierfe éerase toutes les hérésies par le
11 faut donc que Ir serpent infernal apparaisse sous le pied de Marie, lorsquon représente la Sainte Vierge comme protectrice de TÉglise et ennemie de toute errear*
Cela me parait hors de contestation.
Mais on peut demander si le serpenl infernal convient comme attril)ui à l image de i Immaculée Conception ?
Je n'en doute pas.
D'abord le privilège de l'Inmiaculée Conception a été annoncé et déerit, an troisième chapitre de la Genèse,
je l'ai prouvé (1). sous l'expression d'une inimitié mortelle et perpétuelle, que Dieu a fait naîlre enlre la femme promise alors, et le serpent qui venait de vaincre notre premier père. Cette inimitié devient en quelque sorte sensible, lorsque celle femme prodigieuse écrase la léle du serpent sous ses pieds.
Ensuite l'Immaculée Conception est prédite, au même endroit, au milieu d'un ensemble de circonstances où la téle du serpent éerasée fait Image, et apparaît comme un trait dominant du tableau.
£niin Ummaculée Conception équivaut au commence^
pnitstnl fecoura qu*dl« accorde à TÉi^ise pour les éteiodre, ettemoitaiit de savants et de saints docteurs qui les réfutent, en fortUaoi les fidèles pour leur résister; en toaclianl le coeur des hérétiques pour les convertir, eopréporant les occasions de faire triompher la vérité. Cette victoire n'est |ias instantanée mais successive, lente, infailiibie. Personne nV prend plus de part que Marie, le secours des chrétiens : et dans un sons on peut dire qa^elle seule remporte ce triomphe. D'autres indiqueront d*au(res motifs encore pour lui adresser cet éloge. Je me- borne à ceux que je viens d'indiquer.
(i) Voy. mon ouvrage intitulé: Plmmaeulde t^neeption de la bîadieureuse Vierge Mmrie considérée comme dogme de foi, Bruxelles* IStfS.
ment d'une victoire rcinporti'c par la Sainte Vierge sur le démon. Dans sa création, Marie échappe à la puissance da démon, qui voulait étendre son sceptre sur elle; elle est soustraite à son empire, en recevant une bénédiction céleste , au lieu de la malédiclion qui frappe tous les enfants d'Âdam. II y a lu un triomphe implicite, une espèce de victoire commencée.
Pour ces trois motifs, je pense que le serpent infernal fait essentiellement partie de la représentation de Tlmmaculée Conception.
On dira peut-être que cet attribut, qui est propre à rimage de la Mère de Dieu et de la protectrice de FÉglise, eomme nous Tenons de le dire, produirait ici de la confusion.
II n'en est rien.
Si certains attributs ne conviennent qu'à un seul mystère qulls distinguent de tous les autres, il en est aussi qui appartiennent à plusieurs mystères à la fois. Ainsi
par exemple, les trois personnes de la Très-Sainte Trinité conviennent comme attribut, et au baptême de Notre- Seigneur, et à son cruciilement sur le Calvaire. Pour prévenir la confusion, il suffit qu'il y ait une raison spéciale d'appliquer cet attribut au mystère, et que les autres attributs du même sujet en déterminent le sens. Or, nous avons indiqué trois molils spéciaux pour faire li^urer le serpent infernal dans iïmage de l'Immaculée Conception, et les autres attributs du même mystère ne laissent planer aucun doute sur la signification de son emploi. Le serpent infernal doit donc figurer ici comme attribut naturel et nécessaire. '
La seule objection que Ton puisse faire encore, c'est
que, d après l'Ecriture, c'est le Messie, Nolre-Scigiieur Jésu^hrist, et non pas sa Mère qui doit écraser la téte du serpent.
I^ous avons montré ailleurs que la Mère du Messie écrase la téte du serpent, de concert avec son divin Fils; et que
cette vérité a été reconnu» dans tous les temps (1). La leçon ecclésiastique de la \ uigale ialioe, qui attribue à la Mère du Sauveur la mission d'écraser la téte du serpent, ex^ prime une vérité qui est contenue virtuellement dans le texte, et qui d'ailleurs est incontestable.
Les artistes du moyen âge ont souvent représenté le serpent infernal sous la forme d'un dragon, ayant pâlies, ailes, cornes et queue. ,
Cette coutume est née sans doute des paroles de TApocalypse qui ap()clle un (jrand drcifion le serpent qui a séduit le monde. El il a été précipité^ dit l'Apôtre saint Jean, ce grand dragon qui s'appelle le Diable et Satan, fit qui a séduit tout l'univers L'Interprétation que Ton a donnée de ce passage était favorisée par le récit que Flave Josèplie, dans ses Antiquités judaïques, nous fait de la tentation et de la chute de nuire première mère. Il affirme qu'avant cette chute le serpent était un quadrupède magnifique, qui par sa beauté et sa douceur séduisit Éve, et Tentraina à la désobéissance à l'aide d'une voix
(1) L' Immaculée Conception de la bienluureuse Vierge Marie considérée cummc doffme de fui. Loc. ch.
i'i) ' l'A projcctus est draco iiic niagiius scrpens aiiliquus, qui vocatur diubulu et sutaiias, qui seducil utiivei -suin urhcm. » Apocal. XII, 9.
liumaine que Dieu lui avait rendue naturelle. Il ajoute qu'en disant au serpent : Désormais tu ramperas sur la terre. Dieu priva le serpent de ses pieds et ie rédaisit à l'état ignoble et repoussant où nous le voyons am'ourd'hui.
Ce récit est considéré par tous les auteurs graves eomme une légende allégorique et populaire , qui n'est point conforme aux faits. Il n'est point vraisemblable que Dieu ait cbangé la nature de ranimai qui a servi dlnstrument au démon pour tromper nos premiers parents. Mais cette légende allégorique a été adoptée par les peintres et les ciseleurs du moyen âge, qui, pour donner plus d'ampleur à leurs dessins, ont remplacé le serpent vulgaire par un affreux dragon. Ce dragon se trouve percé par Tarbre de la croix dans les images do Calvaire; il se trouve écrasé sous les pieds d<> Marie, nonseulement dans les sculptures et les vitraux antiques où la Sainte Vierge est représentée^ mais nous l'avons remarqué encore dans plusieurs dessins et peintures des derniers temps.
Je pense donc que l'on peut placer sous le pied de la Sainte Vierge immaculée la téte d'un dragon, qui rappelle parfaitement, d'après l'Apocalypse, et l'interprétation de Flave Josèphe, et les légendes du moyen âge, le tentateur du paradis terrestre , vaincu par la femme qui, selon la promesse de Dieu, devait écraser sa téte.
Ceux qui préfèrent un serpent ordinaire ne pèchent ni contre l'histoire , ni contre l'art. Les exemples anciens que nous avons cités, les raisons symboliques que nous avons alléguées, laissent une certaine iati-
lude à l'artiste (1). 11 y a donc ici liberté de choix. Quelque soit du reste le système que Ton adopte, le ser-
\ieni foulé aux pieds de la Sainte Vierge doit revêtir une forme hideuî>e ; ce qui ne signifie point qu il doit être mal dessioé. Le comble de l'art serait de faire voir en lui un horrible mélange des belles qualités que Flave Josèphe lui attribue avant la chute d'Eve, et des qualités affreuses que son crime lui a méritées.
Dans ces derniers temps, des artistes belges se sont ingéniés à orner de tous les charmes de la nature le démon, ou le génie du mal, qu'ils voulaient représenter, et à ne le caractériser que par des cornes doiil ils chargeaient sa téte, ou par des ailes de chauve-souris quïls appliquaient à ses épaules. On voit figurer encore aujour-
(I) Eusèbe, dans la Vie df tunsianlin (lib. III, c. 3, p. 577, ed. Cantabr. 1720), rucoiite que cci empereur lit peindre dans le vestibule de son palais une image de la Croix au-dessous de laquelle se trouvait rennemi du ;;enre humain, qui avait inspiré autrefois les persécuteurs de PÉglisc, tombant sous la forme d'un dragon.., sub draconis forma rtwntem. Quippe divina orcxufa... draconem illumet tintwnum terpentem aiipi-llant . Ideirco ftnperator draconem Mi» per medinm vcntrem coti/ixaiu... mh sum .sKonific (fue lîhrrorum pedibus... depingi voltiil. On voit que l'usage d'adoplcr le Dragon comme imago du démon, remonte fort liaul. Pour mieux connaître cet animal symbolique, on peut consulter entre autres ouviagcs : Le Batiaire dnnn de (inUlnnme deir IVorinandic, fmuvùrc du xiii'' siècle, avec une introduLlion t>ur les Bestiaiî'cs, Volucraires et Lapidaires du moym-dge, cmisiiUTés dans Imrs rapports awec/a symbolique chrétienne, par M. C. Hippeau, prof, à la faculté de Cacn, etc., page 148 et 260. Caen , I8S3. M. Hippcau renvoie le lecteur au traité qu'Ulysse Androvaldus a composé sur le dragon naturel cl symbolique, à la lin du x.vi* siècle. Ce naturaliste a donné l'image des dragons tels quMls sont décrits par les aociens.
d'iaui près de la nouvelle chaire de vérité de la cathédrale de Liège un démon d'une beauté corporelle remarquable.
C'esl un \ rai contre-sens. Dans ce genre d'images Ton n'a que la difformité corporelle, sensible, pour exprimer la difformité intérieure de l'àme, ou de la personne : on pèche done contre les règles élémentaires du symbolisme , on viole les premiers principes de Fart, lorsqu'on peint ou sculpte des esprits infernaux, avec tous les charmes de la nature.
Molanus a done raison de soutenir que le serpent placé sous les pieds de hi Sainte Vierge doit être de couleur noire, d'une forme hideuse, eomme il convient au père de la turpilude et au prince des ténèbres (1).
Prudence, poëte chrétien du ,iv« siècle, décrit le serpent infernal vomissant son venin impuissant sous les pieds de la Sainte Vierge, sur Vherhe verte, dont il porte la couleur (2).
Dans des vitraux du xia^ siècle j ai vu une image de la Sainte Vierge écrasant du pied un dragon rouge à ailes vertes.
Ainsi la couleur noire, comme symbole des ténèbres et du mal, convient au serpent infernal, sans être de rigueur; la couleur verte est autorisée par un ancien et
(1) « Pingitiir auteiil (serpens) nigro rolnrc, tiirpis, tenffirdsus, siciit tlecel amatorcm turpitudinis, cl priucipum tcnebrarum iigurari. • Hitt, imag., 1. Itl, c. 33, p. 333. là) «I Tractibus angnis inexplicilis Virus încrmc piger cvomuit Graininc cuucolor in viridi. »
Catlicmer», bym. III, v. 153, p. 269, ed. Arevali. vu. i7b6
respectable auteur, et la couleur rouge a été préférée par
des verriers du moyen âge. L artiste peutchoisir. Qu'il consulte la nuance qui s'harmonise le mieux, avec rensembie de rimage. Lorsque le globe terrestre est noir ou brun, le serpent Yert fera meilleur effet; mais si le globe lerrestre est bleu, le serpent noir obtiendra sans doute la préférence.
La Sainte Vierge met le pied droit sur la tète du serpent qu'elle écrase. Des statues où la tète du serpent se trouve pressée sous le pied gauche sont peu gracieuses. D'ailleurs pourquoi préférer sans motif le membre gauche au membre droit?
Les artistes qui élèvent la Sainte Vierge Immaculée sur un nuage, et qui jettent le serpent mort sur le globe terrestre, au-dessous des pieds de la Sainte Vierge n'expriment pas d'une manière sensible l'acte par lequel la femme promise écrase la téte du serpent. Leur image est imparfaite, et selon moi incorrecte.
Enfin, il faut bien remarquer que la Sainte Vierge écrase la téte du serpent qui a séduit Ëve, et précipité le genre humain dans le dernier des malheurs. La pomme fatale, qui fut l'instrument de la séduction, doit donc figurer dans la gueule du serpent écrasé.
A ces 'Conditions l'image du serpent infernal comme attribut du mystère de l'Immaculée Conception ne laissera rien à désirer.
hA ROSB.
Beaucoup de statues et d'images de la Sainte Vierge,
composées an moyen âge, dous font voir une bdle rose
dans la main de la mère de Dieu, même lorsqu'elle porle son Fils sur son bras.
Gel allribut n'est point expliqué par les nombreux archéolog;oe8 que consultés : je dirai done ee que j'en pense moi-même.
La rose occupe une place remarquable dans les rites les plus solennels de l'Église et dans la symbolique cbrétienne.
Dans les temps anciens le souverain Pontife avait coutume de se rendre à Notre-Dame des Martyrs, la rotonde
de rancien Panthéon, a Home, le dimanche qui suit la fête de TAscension, et il annonçait lui-même au peuple la fête prochaine de la Penteeète. Pendant son discours on jetait avee profusion des roses sur le peuple, du haut de rédifice, pour figurer la descente du Saint-Esprit sur les Apôlres, eonuiie si ces roses eussent représenté les langues de feu. A cette époque, lu dimanche de roclave de la léle de TAseension s'appelait le i>tiiiOfici^e des Rown. Mais ee rit cessa lorsque les souverains Pontifes transfé^ rèrenl leur siéj^e en France (1).
Le nom de JJinmnche des Roses fut donné ensuite au quatrième dimanche du Garéme où le souverain Pontife bénissait, dans Téglise de Saini-Jean de Lateran, une rose d'or ou plutôt un rameau de roses d'or, qu'il oignait de baume et saupoudrait de musc (2). Innocent ili, dans
(I) Voy L(t llosa d'oro chc si hencdicf ttef!a rptnrfn dotncnica di (juarc situa, dal sommo Pimtrfcc : opcra UaU il) lucc dal P. AiiU Baldaasari, Iî2", Venez. 1700, cjipo III, ]);ige 50.
(â) La Hota d'oro iwntijiciaf rticonUi {iYoriVo^ etc., da C. Curlari, Or-
une homélie qu'il prononça ce jour dit que TÉgUse a in-
sliluc ce rit pour réjouir cl soulager les fidèles au milieu des rigueurs du Carême. Ce jour-là les cardinaux por* taient des babils couleur de rose (1). La rose elle-même étail envoyée à l'un ou l'autre prince ou princesse catholiques ou bien à une église célèbre. Ce rit est antérieur à l'année 1050 où S. Léon 1\ fonda eii Lorraine une rente annuelle pour fabriquer la rose d'or.
Que signifiait cette rose ?
Guillaume Durand de Mendes, dans son Habite/ des
divins offices emprunte à Innocent III rexplication suivante :
u Dans le sens spirituel cette rose signifie la (leur qui dit d'elle-même dans le cantique : Je suis la fletnr des champs ei le lys des vallées; et dont le prophète a dit : Lue verge sortira de la racine de Jesse, et une fleur germera de cet le racine. Celui-là est vruiuieut la (leur des fleurs, c'est-à-dire le saint des saints, qui plus que les autres fleurs, c'est-à-dire que les autres saints, charme la vue par sa couleur... Vodorat par son parfum... et le goût par sa t>aveur, car le pain qu'il donne est sa ckair, livrée pour la vie du monde, ayant en lui toutes les délices et ia plus suave des saveurs (S). »
victano, etc. Rome, 1681. Cel ouvrage est complet sur la question. — Le Père Théophile Reynau«l a traité ce sujet avant lui avec boaiicotip d'érudition. — On trouve le dessin du buisson de roses , à !a lèto du irailé de Rom nnrca, d'Ange iiocca , au tome page 'i07 de SC5 œuvres, puhliées à liume en 1719.
(1) Macri, Xnliiid de' wcahofi ccclcsiastiri , \).iç:^c ^20 { .
(2) « Spiritualilcr autem flos» iste florcm ilium sigoifical qui de se dicit
La rose, pour ces auteurs, sigaifie Motre-Seigneur Jésus- Chrisi. Leur opioioa est partagée par une foule d'écrivains qui ont vu dan» ce rit une allusion à la prophétie d'Isaïe (xi, 7), où le Sauveur est représenté comme une fleur sortant miraculeusement de la racine de Jessé. Un savant interprète, à la suite de saint Arabroise, dit que Notre^gneur s'épanouit comme une rose sous la couronne d'épines, et devint tout rouge des flols de son sang
Il est donc possiitle que les Iconograpiies du moyen ftge aient placé la rose dans la main de la mère de Dieu comme un symbole de son divin Fils. Biais il est possible
aussi qu ils y aient vu l'emblème de la mère de Dieu ellemême.
L'Eglise, de temps immémorial, invoque la Sainte Vierge en sa qualité de Rmb mystiques lui applique
in caDtieis : Sgo flot tampi el HUum eonv/OHtmf et de qao prophcla : Bgrtâkhgr virga à» radie» Jmt, «f /fot dv radke v'ttf awMid!»! • Qui vere est Ilot florum, id eit sancUM Mncloruni, qui pne eaeleris lloribas, id «st seoelis, colofe ddeelat io vira» nam tpmoam ferma prm /fint Aornimim; in çiwm denieraniangdi protpketti qui odore recréât in oliaetu, qnie sieat Ic^tor in canlids : MOhm «vnl ybera tua mno^ fragranUa ungumlU cpU" mi». Qui Mpore confortât in gustn quia pam» ftimt ip§e dut, coro sua tâi prû mundi vita, omiM deteUamenhm hàben» et omni» saperia suavitatcoi. • Gnillelnii Durand. BattamUdi», <#c., l. VI, eap. 89; ex Innocent. III, fere ad verbunoi, HamU, in iJom, lY Qwdrag,
(1) Hic Am cet Ghristtts, Nasarenns Noster, tolus Horldus, qui .quo?is flore qtedeebr, in vere paliens, <i fusi craoris colore vernavit. <• S. Ambrée. De SyMht et», lib. II, cep. tt, t. il, col. Sil. — «In corona ilia spinea Beat ad erucen inttar Romb ckpandens , ac sue se croore perfundena mire splenduitae rutilavil. « Conid. è Lap. in EteU* L, S, pag. 1010.
— Biles passages de ^Écriture où l'Esprit saint parle de la rose comme d'une image sacrée. Marie est comparée à la plantation de la me de Jérieho (I); à la fleur des rosiers auœ Jours du priniemps (2) ; à la rose ptantée au bord des ruisseaux (5). La dévolion du Rosaire indique moins peut-être par son nom le bouquet que Ton offre à Marie, que le symbole sous lequel i'Ëglise entend Thonorer. La rose exprime d'ailleurs les prérogatives émihentes de la mère de Dieu. D'après saint Eucher elle est le symbole du martyre (4), et d'après une foule d auteurs elle est le
(i) « Quasi ptantatio ros» in Jeriebo. » Eocli. XXIV, 18. Gornelias « Lapide fait remarquer qne la rose de «féricho n'est paa une rose proprement dite, mais une flenr que les Grecs appellent BvpMhe^mot parce qu'elle ressemble à un obII de boBof. Les Arabes rappellent Vûrbn de Ma^ m. Pfine en parle dans son HUtaift natweUe, liv. XXV, c. 8. M. Émile Nève, bibliothécaire de rUniyersité catholique de Louvaîn, a recueilli les dbservalions que les voyageurs et les naturalistes modernes ont faites sar «elle fleur, Voyes rinléressante notice qu'il a donnée sur la rose de Jérieho dans la Revue eaiholiqi», Ut. de septembre 18B4. — Quelle que soit Topinion que l'on se forme sur la nature et les propriétés de celte .fleur, il but eouTenir qne les auteurs mystiques en ont parlé comme d'une rose ordinaire ; ce qui suffit, sur le terrain symbolique, pour vofar dans le passage rite une- allusion aux grâces de la sainte Vierge.
(S) • Quasi flos rosarum in didnis Ternis. » Eocli. L. 8*
(3) < Quasi rose plantata super rivos aqnarum... » Ecclî, XXXIX, 17.
(i) • Ro8« (sîgnificant) martyres a rubore sangninis. In Salomone : Skut ma gemUnat «Mper huanida fktuUa, * S. Eudier. Lugd. Dtt fotmàiM «piptltMlis âifflUijrsnliie, page 10, ed. Basil, 1S30. Avant lui, MÎnt Cyprioi avait dit : «i O beatam Eoclesiam nostraro ! Quam sic honor dt» vina» dignatlonis illuminât, quam temporibus nostris gloriosus martyrum sanguis illustrât! Erat aulem in operibus fratrum eandida ; nunc faeta est in martyrum cruorc purpurea : florUms ejus née lilia née rose desunt. > Saint Cypricn, Epkt. Vfl, page 18, ed. 1736.
symbole de la virginité (1). Or, Marie esl la reiûe des marlyrs^ comme des Vierge^
« Tous les éloges que Ton petii faire de la rose, dit un savant interprète, eonviennent, dans le sens spirituel, à Marie. Celte Vierge surpasse par sa beauté éblouissante et sa dignité incomparable toutes les splendeurs créées. C'est elle qui, après le long hiver du pécbé tout plein de tristesse et de désolation, annonça au monde, en naissant, le printemps de la grâce, de la lumière et de la consolation (2). » Comme la rose est la reine des fleurs, Marie est la reine des saints. A l'exemple de celte Heur, la Sainte Vierge brille par sa beauté spirituelle, par l'éclat des grâces dont elle a été comblée. Elle répand partout la bonne odeur de Jésus-Christ par Texemple de ses vertus. La pureté de sa vie, l'ardeur de sa eliarilé. le parfum de ses mœurs nous montrent en elle la rose mystique aussi belle par ses couleurs, qu'agréable par ses formes.
Il est donc possible que les iconographes aient, en pla* çant une rose dans la main de la Sainte Vierge, voulu orner son image du symbole de la vir{?inité ou bien de celui de la Vierge des Vierges, et de la reine des Saints.
Mais convient*il d'adopter cet attribut dans le mystère de rimmaculée Conception?
A mon avis on ne peiil point remployer dans le sens des auteurs qui y aperçoivent le symbole du Fils de Dieu; ce serait anticiper dans Tordre des mystères, et représenter Marie comme Mère de Dieu, à un moment où elle n*était pas née.
(f ) Gmrnd. a Ltp. in Aclor. XII, 13.
(3) Mcm in Eccli. XXIV, tS, page 534.
Mais si l'on considère la rose comme le symbole de lu virginité , ou de Marie eUe-mêine qui fut ornée dès sa coDception des grâces que la rose représente et rappelle, il me parait qu'on peut remployer. Cependant comme ce symbole n'est pas nécessaire et qu'il empêcherait Tartisle d'imprimer aux mains de la Sainte Vierge Tattitude de la prière, je crois qu'en générai, il vaut mieux l'omettre dans la représentation du mystère de Tlmmaculée Conception.
uk hjmûaa bt us TtnkiBBS.
En expliquant Fattribut du soleil, de la lune et des
étoiles, dans l'image de l'Immaculée Conception de la Sainte Vierge, nous avons fait voir que la lumière, comme symbole de la pureté, de Tinnocenoe et de la sainteté, convenait parfaitement au sujet*
Mais faut-il aussi que les ténèbres y figurent?
Si rartisle peut ménager dans une partie de son tableau le contraste de la lumière qui environne la bienlieureuse Vierge, avec les ténèbres qui couvrent les autres hommes, à llieure de leur création, il ajoutera un nouveau relief à son image.
Les Manichéens considéraient la lumière comme le symbole du bon Principe, et les ténèbres comme le symbole du mauvais Principe. Us insistaient sur le passage de TEvangilc où Notre-Seigneur appelle le démon et ses
siij)[)ôts le pouvoir des ténèbres, polestas tcnebrarum. (Luc. XX II, 53). L'Écriture Sainte emploie souvent la
figure tirée de la lumière pour indiquer l élat de grâce, et celle des ténèbres pour indiquer l'état de péché. Sous ce rapport, les paroles suivantes deFAp^tre sont remarquables : Ne VÙU8 aUaekez pas à un mêmejottg avec les infidèles^ car quelle union peut-il y avoir entre lajmtice et l'iniquité? Quel commerce entre les lumières et LES TÉNÈBRBS? Qticl occ&rd entre Jésus^hrisi et BéUal? QueUe société entre le fidèle et Vvnfidkle (II. Cor. YI, 14, IS)? Les lumières représentent ici la justice, l'état des fidèles et Jésus-Christ ; les ténèbres représentent l'iniquité^riufidélité et Bclial... L'Eglise nomme le divin Sauveur tin so/eiï dejusUee, et saint Pierre dit que le Christ nous a appelés à la lumière admirable de son Évangile (I. Pelr. II, 9). Dans le lanjiaj^e ordinaire de l E^lise on dit que les nations infidèles sont assises dans les ténèbres, dans les ombres de la mort. Cette expression est empruntée au prophète royal (Psal. GVI, iO).
Il est donc vrai qu'entre la bienheureuse Vierge Marie^, préservée du péché originel, et les autres lioiiinies qui en sont tous iuteclés à leur origine, il y a l'opposition que Fon aperçoit entre la lumière et les ténèbres.
MuriUo, dans son célèbre tableau du Louvre, a ménagé ce contraste, et M. Seitz a adopté et heureusement appliqué la même idée à 1 image de riunnaculéc Conception de la Sainte Vierge qu'il composa à Rome , un 1854<, et qui reçut alors Tapprobation de Son Éminenoe le cardinal archevêque de Malines.