ATTITUDE DU SUJET
Faufil représenter la Vierge Inunaculée assise ou debout?
Sans aucun doute, elle doit élre représentée d( lioui.
Lorsque TËglise fait allusion à soa Immaculée Conception, elle compare la Sainte-Vierge à Taurore qui s'élève à Thoriion et annonce Farrîvée du soleil.
Ce mystère nous rappelle avant tout la création de la Sainte-Vierge, sa première origine, sa venue en ce monde. Il faut quon la voie en quelque sorte avancer dans la création et dans les voies de la grâce.
Pourquoi la représenterait-on assise? On peint ainsi un roi sur son trône, un juge sur son tril)unal. un voyageur au repos. Aucune de ces idées ne s applique au mystère de rimmaeulée Conception.
Marie doit être représentée debout.
MME DIS PIRD8.
Des artistes oni dessiné la Vierge Immaculée connue suspendue sur un nuage. Ils voulaient signifier, sans doute, qu'elle a été élevée au-dessus de la terre par la grâce; qu'elle a été préservée de la tache originelle qui est commune à tous les houiinos venant en ce monde.
Quoiqu il en soit, je pense que les pieds de la Sainte- Vierge doivent toucher le globe terrestre^ pour signifier que le miracle de la grâce s'est opéré dans le monde et en faveur du monde,
11 convient que le lieu où se pose la pi ixinne objet du mystère, soil le lieu où le mystère s est opéré. Or, Marie n'a pas été conçue sans péché dans les nuages, mais dans
le sein de sa mère^ sur la lerre : c'est là aussi qu elle doii poser les pieds.
AfiB DU 804BT.
Il esl impossible de représenter la Sainte-Vierge au moment même de sa création. Le Père de Âlva et Astorga
qui a tâché de se l approeher de ce moment en figurant un petit enfant à peine formé, n'a produit^ nous 1 avons fait observer plus baut^ qu'une image ignoble. Afin d'atteindre une exactitude impossible, il a dépouillé l'image de charme et d édification.
D'autres sont tombés dans un excès contraire. Ils ont prétendu que l'âge ici importe peu; que la Sainte-Vierge ayant conservé toute sa vie les grâces qu'elle avait reçues dans son Immaculée Conception, on pouvait donner à la forme de sa figure et de ses membres le développeineiil de râge de trente ou de quarante ans, tout aussi bien que les traits et les proportions de l'enfance. Nous avons sous les yeux une image récente, bien dessinée, mais assez mal composée, où la Sainte-Vierge apparaît comme une femme robuste, qui porte sur sa figure les traits d un homme de quarante â cinquante ans : c'est fort peu gracieux.
L'opinion que cet artiste a suivie, ne nous parait point
iundée, et le raisonnement dont on l a élayé est peu concluant.
Parce que la Sainte-Vierge a conservé toute sa vie les grâces qu'elle a reçues lors de sa présentation au temple.
à l'âge de trois ans, peut-on raisonnablement la représenter dans rimage de ce mystère, avec les traits de la vieillesse ou de l'âge mûr? Évidemment non. On doit la représenter sous la forme d'un enfant de trois ans, quelles que soient les grâces qu'elle ait reçues alors, et qu'elle conserva depuis.
Or, puisqu'on ne peut représenter la Sainte-Vierge au moment même de sa création, ne faut-il point se rapprocher autant que possible de ce moment, en ayant égard à rensemble du mystère?
Pourqnti donc ne représenterait-on pas Marie dans sa première jeunesse, à l'âge de 14 ou IT) ans, par exemple, à l'époque qui précéda l'annonciatiou de la naissance du Sauveur? La jeunesse du corps devient ainsi le symbole de la jeunesse et de la beauté de l'âme; elle signifie la vigueur spirituelle et leclat de la sainteté que Dieu lui donna, lorsqu'il la tira du néant pour devenir la Mère de son divin Fils. Cette raison symbolique remplace ici trèsheureusement la raison historique qui fait défaut. Mais pour attribuer à la Sainte-Vierge, dans le mystère de rTmmai niée Conception, un âge avancé, on ne peut alléguer ni Tune ni l'autre : on tombe dans un anachronisme choquant pour un motif vague et inexact.
A ces observations spéciales nous ajouterons, comme un nouveau motif de notre opinion, les tendances générales de l'iconopçraphie chréiienne. M. l'abbé Crosnier qui a étudié les monuments du moyen âge avec beaucoup de sagacité, remarque qu'à cette époque on représentait la Sainte-Vierge plus jeune qu'on ne la représentait aux premiers temps. Nous avons dit du Sauveur, écrit ce
savant archéologue, que jeune et imberbe (dans les anciennes images)^ il vieillit en quelque sorte avec le temps. C'est le contraire pour Mark, Agée dans les eataeambes, de siècle en siède die se rajewni, et finit, au mùment de la renaissance, par prendre souvent une figure P7i fantine (1). »
Convient-il dès lors de considérer l'âge que Ton donne à Marie, dans une injage de llmmaculée Conception, comme une chose indifierente?
Les artistes ont deux motifs dimpriroer aux traite de
la Sainte-Vierge une noble et niodcslc beaulé ; d abord la beauté dont elle fut ornée de la main de Dieu; ensuite la nécessité de figurer la beauté de l'âme par celle du corps.
Les Albigeois, sous prétexte que JNotre-Seigneur avait cherché rhumilîté jusque dans le choix de sa Mère, peignaientlaSainle-Vicrge, laide, hideuse et borj^ne; aufond, ils voulaient détourner le peuple du culte de Marie (â). Ce stratagème des hérétiques, qui fera toujours horreur aux vrais enfants de TÉglise, est contraire à Fandenne tradition .
Les vers attribués aux Sibylles, mais qui ont été faits par des poètes chrétiens des premiers siècles de notre ère,
(1) ieoftogr, eht^,, chap. 13^ p. 143.
(2) Lueas TudcDsis in Albigetue* hœrel,, I. U, c. 9, «pud Molanuiu, l>. Idtf, ed. cit.
|nédistiil (jue la Mère de Dieu incarné surpasbciu en beauté toutes les femmes de la terre. Ou y Ut :
a Ih cunctiê humil 'ts, castam pro Matre puctlam Deliget : hoc aliw forma prwevtmcril omnen (i). •>
C'est l'histoire écrite en forme de prophétie. Quoique les SS. Pères aient décrit avec beaucoup plus de soin les vertus de la Très-Sainte-VIerge, que les traits
de sa figure et les grâces de sa personne, ils rendent de temps en temps hommage à sa beauté.
Dans le magnifique portrait moral que saint Ambroise trace de la Sainte-Vierge, au second livre des Vierges, il parle de ses qualités extérieures en ces termes: «La vit-on jamais attrister ses parents... par les traits de sa figure... ou regarder avec dédain les personnes de basse condition?. . . Ses regards étaient pleins de douceur , ses discours, pleins de décence, ses actions pleines de modestie ; ses jresies étaieul eoiiiposês, sa iiiarehe simple, sa voix modérée, de sorte que la forme même de son corps était une image de son âme, une preuve de sa vertu... Par sa marche, par son- abord, elle se rendait vénérable à tous, et chaque vesligc de ses pieds puiaissait une trace de ses vertus (2). »
(1) Voy. le R. P. Su&ius. S. J. Opwe, liHer.., tJepHkhritudfneB.M, V., p. IIH). Anlv., 1620. — Holanus, Hi»U imag-fCd* cit., p. 16^ et seq. — F. Zidron de Azchcdo, De pnfchri/udhie Virghtia et Matrùf ad ealc. Cnmm. in Matth. In-4". I^ugd., 1670. Je n*ai pas vu ce dernier ouvrage. Celui du P. Susius n*cst pas remnrquahlr.
(2) S. Amlmia., lie Virgmilnu, 1. li, c. ±, i. Il op., col . 464 ol ed. Maurto.
Ainsi parlait saint Ambroise aa iv« siècle ; saint Jean
DaiiiHscènr ne |i;niait point autrement au vni^.
a L'amour m'attire vers toi, disait-il, ô douce tiile de sainte Anne!... Comment décrirai-je la gravité de ton maintien? Gomment, la beauté de ta flgore? Gomment, la prudence de la vieillesse, dans un corps brillant de jeunesse? Tes vêtements éUiient modestes, excluant la mollesse et le loxe. Ta marche était posée, sans précipitation, ni légèreté. Ton caractère sévère, mais tempéré par la douceur n'attirait point les hommes en ta présence : témoin la crainte que tu éprouMi^ au discours inusilé de l'ange! Ton langage était agréable, parce qu'il découlait de ta belle âme... En nn mot, tu étais la digne demeure d*un Dieu ! Tu étais celle que toutes les générations devaient proclamer heureuse et appeler la gloire du genre humain (1). »
Piicéphorc Calliste traçait, au xiv« siècle, le portrait suivant de la Très- Sainte-Vierge :
« Marie, d'après saint Epiphane, était en toutes choses modeste et grave : parlant peu et ne disant que les choses nécessaires; elle écoutait voioutiers, était très-alTable, et montrait un grand respect pour tout le monde. Sa taille était médiocre, quoique plusieurs prétendent qu'elle dépassât la hauteur moyenne. Elle parlait aux hommes avec une liberté pleine de décence, sans ris, sans trouble, et surtout sans colère : son tein tirait sur la couleur du froment ; ses cheveux étaient blonds, ses yeux perçants, ses
I >) s. Joan. Damasc. Seram in SS, i), N, Deigen, NtUe^ilimu dientf t. Il op., p. 849, ed. Lequicn.
paupières pâles; ses sourcis noirs étaieat élé^mment arrondis, son nez était assez lonj^, ses lèvres roses. Toutes ses paroles respiraient la douceur; sa ligure nétail pas ronde mais allongée ; ses mains et ses doigts étaient longs aussi. Aucune fierté n'apparaissait dans ses traits, mais la simplicité et la candeur. Elle n'avait rien qui sentit Ja iiioUessc, mais un air de grande liumilité. Ses liahils étaient d'une couleur native, comme 1 indique son voile que l'on conserve encore. Et pour tout dire en un mot, une grâce toute divine brillait dans toute sa personne (1). »
Enfin lè Guide de la peinture du monl Âthos, témoin de la tradition de l'Eglise grecque, décrit ainsi la physionomie de la 'l>ès-Sainte-Viergc {^) :
« Sur le caractère (ou la physionomie) de la Mère de Dieu. La Trè$-Sainte<Vierge était dans un âge oioyea. Plusieurs assurent (iu\'lh^ avait trois coudées [di: liant), le teint couleur de blé, les cheveux bruns, ainsi que les yeux; de beaux yeux et de grands sourcils; un nez moyen et de longs doigts. De beaux vêtements; humble, belle^ sans défauts ; aimant les vêtements aux couleurs naturelles, ce que lémoi?;ne son homophore conservé dans le temple qui lui est dédié. »
Voilà quatre portraits de la Sainte- Vierge qui s'accordent à lui attribuer une grande beauté. En faut-ll davantage pour iîxer l'iconographie sur ce sujet?
A la tradition s'unissent les raisons mystiques.
Il s'agit ici d exprimer sur la figure de la Sainte-Vierge
(i) iNiceph. Callisti, /list. eales., I. Il, c. 23, p. 471, ed. Paris, 1630, (3) Manuel d'konogr, chtxt.f p. 4U3.
un reflet de la sainteté qui orne son âme ; or, la sainteté est la beauté de Tàme, et la ligure est le miroir de Tàme.
La parfaite pureté du cœur de Marie doit donc briller sur ses traits, par une grande beauté^ une simplicité, une eandeur et une modestie angéliques.
C'est ainsi que la figure sera limage de Fàme, èt inspirera le respect et l'amour à tous ceux qui la contempleront.
SM nux.
On peut représenter les yeux de la Saînte-Vi< ou modestement baissés vers la terre, eoiiiuie ils le souf dum l image de llmmaculée Conception que Sa Sainteté iUc iX a fait composer et a offerte aux évéques réunis à Rome, après le consistoire du 9 décembre 18!^; ou bien élevés vers le eiel, comme les a peints Miirillo dans le célèbre tableau de l Jinmaculée. Cûnceptmiy qui orne aujourd'hui le Musée du Louvre.
Comme toutes les pensées et toutes les affections d'une âme sainte s'élèvent vers le Heu où est son trésor, il est bien naturel que les regards de la Vierge Immaculée soient tournés vers le ciel,
Si ses yeux sont modestement baissés, Ks signifient le recueillement, la méditation et la prière ; s*ils sont fixés vers le ciel, ils indiquent la contemplation et Tamour. Ces deux situations s adaptent parfailenicut à la pensée fondamentale du mystère.