VI
LA CHBVKLimB.
Les peintres grecs allribuent constamment à la Suinte- Vierge, comme à Notre-Seigneur, une chevehire hlonde, flava, qu'ils considèrent comme très-distinguée. C'est peut éire le motif qui a déterminé quelques peintres anciens et modernes à dorer la chevelure de la Saînle-Vîerge, chose peu iialurellc cl de mauvais cfTcl. Ceux qui donnent à la Sainte-Vierge une chevelure très-épaisse trèslongue, descendant d*ua front bas, se trompent aussi et violent les règles du bon goût et de Testhétique.
Rien n'empêche d'adopter la couleur noire ou brune pour les cheveux de la Sainte-Vierge.
La chevelure elle-même doit être simple, modeste, gracieuse, sans affectation, sans recherche, et cachée en grande partie par son voile.
LES Mains.
Les mains de la Sainte- Vierge doivent se présenter dans Faititude de la prière, c'est-à-dire, ou croisées sur la
poitrine, ou jointes dcvaui la poitrine, ou modestement élevées vers le ciel avec les regards.
Je préfère ces poses à celles que les premiers chrétiens avaient choisies pour Timage de la Sainte-Vierge. Les
fresques des catacombes nous la représentent ouvrant les deu-v liras, à la hauteur du coude, el les élevant vers
le eiel à peu prés eommi; le prêtre les ouvre el les élève
en prutionçanl, peiulatil le saiiil sacrifice, ie Dominm vohiscmn.
Je les préfère aussi à la pose adoptée dans l'image de la médaille miraculeuse, où la Sainte Vierge abaisse et
étend les deux mains, pour en laisser échapper clos rayons. Celte attitude ne convient guère aujourdiiui, que dans le cas où 1 on veut rappeler Tapparition que la médaille représente.
Hors ce cas, il vaut mieux que les mains soient jointes
ou modesteuieiu croist^es sur la poitrine pour signifier le recueillement et la prière.
LBS PISM.
La plupart de nos images modernes représentent la Sainte Vierge les pieds découverts et nus.
Clément d'Alexandrie blâmait de son temps la nudité
(tes pieds chez les femmes, comme contraire à la modestie (1).
L'abbé Crosnier accuse la renaissance d'avoir introduit cet abus dans les images de la Sainte Vierge. « Le sentiment des convenances, dit^il, n'avait jamais permis de
découvrir les pieds de Marie, quand, aux approches de la renaissance, on entreprit de rompre^ complètement avec
(1) Ciem. Alex. Paedag. 1. H, c. 11, citt! par de Ayala, Pic/or c/imtiamuj 1 91 .
toutes les anciennes traditions et de montrer la Très- Sainte Vierge les pieds nus (1). »
t< Daiis les premiers siècles de 1 Kglise, dit le mémo écrivain, on trouve bien sur les sarcophages chrétiens Jésus-Christ et les apôtres avec des sandales, mais depuis cette époque, les trois perscmnes divines, les anges, les évangélisles, les apôtres et saint Jean-Baptiste sont toujours déchaussés. Cest le contraire pour les autres saints personnages et pour Marie elle-même. Les excep- .lions à cette règle sont extrêmement rares (2). » . Ainsi représenter la Sainte Vierge avec les pieds nus, c'est manquer au\ convenances et aux règles de Ticonographie, principes qu'ici il faut suivre avant tout.
D après nos usages et nos mœurs, la nudité des pieds indique le dénûment et la pauvreté. Une chaussure estaujourd'hui une partie obligée de nos vêtements. Pui^ (|u on doiHie à la Sainfe Vierge, dans l iiiiage de son Immaculée Conceplion, une robe, un manteau, une coiffure, pourquoi lui refuserait-on une chaussure convenable? L'analogie la réclame évidemment.
Du reste, celte chaussure peut consister en des sandales, ctiaussurc antique, (jui répond aux vêlcmenls do forme ancienne, dont on orne la Sainte Vierge dans l'iniage de ce mystère.
On aurait tort de cacher les deux pieds de la Sainte Vierge sous les plis de sa robe. Le pied droit, chaussé cl
(1) Iconugr. chrct.^ p. 144.
(2) leomgr* ehrét., p. 71. A ce sujet on peut voir Molanus, Ski. imag., I. iV, c. 27, p. S41» ed. Lov., «771.
en partie couvert, doit sortir des vêtements et se poser
sur la UHp du serpent pour l'écraser.
11 est inutile que le pied pueiie paraisse. Cependant je n'oserais blâmer l'artiste qui le ferait voir chaussé, afin de mieux dessiner la pose de son sujet.
Celui qui représenterait la Sainte Vierge avec les deux pieds nus^ sans qu'ils touchent au serpent, commettrait trois fautes à la fois.
Telles sont les remarques que j'avais à faire sur la personne de la Sainte Vierge dans Timage de son Immaculée Conception.