A COlfFt'RE
Dans ces derniers temps, les artistes n'ont suivi aucune règle fixe en ornant la tête de la Sainte Vierge. Les uns
Font représentée la tête nue et les chevt u\ flottants; les autres lui ont placé une banderole autour de la tête ^ d'autres, enfin, lui ont donné le voile.
De tous ces systèmes quel est le meilleur?
• Toutes les statues et images de la Sainte Vierge antérieures au xvi' siècle, que j'ai pu voir, ont le voile comme vêtement distinct. Le bord du voile dans tout son contour est sculpté sur les statues ; on peut le suivre de l'œil. Ce voile, d'une étoffe légère, quelquefois transparente, tombe par derrière jusqu'au-dessous des épaules. Les Vierges couronnées même ont le voile comme une coillure indispensable à la Mère de Dieu. Les exceptions sont rares.
L'usage profane ne suffit pas pour expliquer cette coutume d'attribuer le voile à la Sainte Vierge; car ce vêle»
ment n'a pas toujours été, parmi le peuple, un ornement habituel des personnes du sexe.
Je pense que le voile a été attribué à Marie comme le symbole de la virginité.
La Sainte Vierge s'appelle la Saitite Fierge par excellenee, et sa virginité perpétuelle est une de ses plus glorieuses prérogatives; les artistes chréliens ont dù lui donner dès lors le voile comme un aUi ibut essentiel.
Peul^lre ont-ils voulu que la Sainte Vierge , par le port du voile, fût aussi le modèle des femmes ehrétiennes à qui saint Paul ordonne de se voiler la tète, dans le buiiit temple, par respect pour tes anges (1). Cette raison toutefois ne peut être que secondaire.
Quoi qu'il en soit de ees motifs, je considère le voile eomme un attribut essentiel de la Sainte Vierge, consacré par l'usage et justifié par la raison.
Le voile eonlril)ue puissainnieiil à la modestie: il convient aux vierges ciiréliennes comme une sauvegarde de leur pureté. Tertuilien a soutenu cette vérité avec son éloquence ordinaire, dans un traité spécial (2). La Vierge des Vierges doit donc le porter en sa qualité de modèle
(i) I* Omnis... niulicr orans... non vclulo tiipUe dclurpat ea^juliiiiuiu... Dcbct mulier polesttik'in (id csl signiini poU'stalis viri, scu vclamcn) liabere supra Ciipul prupter angclos... Vos ipsi jiiilicate : dccut iiuilicrcni non velatam orare Dciim? » I Cor., XI, 5, 10, t3. — On voit par ce raisonnement de l'Apôtre que si le voile est le signe de r.uitoiité du mari stjr les femmes mai i» t s, il est le signe de rauturité de Jésus-Clirist sur ses éj)oiises spiriliiclles. De savants arciiéologucs pensent que le voile est le signe de la maternité. Pour moi. j'en doute.
^2) " Vria capul... indue armaluram pudorîs, circumduc \alliiiu xcrecuudiic ] liiuruni luo scxui slruc, qui ncc luos cmitlâl oculus, nec aduilltal
des "Vierges qui marchent sur les f)as de l'Agneau.
Jean de Ayala a eu raison de blâmer en termes assez vifs les peintres qui représentent la Sainte Vierge la tête nue, avee de longs cheveux flottants sur un cou divoîre ( 1 ) . Murillo a commis celte faute dans son célèbre tableau du Louvre. On aurait tort de le suivre dans cet écart.
L'image de l'Immaculée Conception de la Sainte Vierge, gravée par ordre de Sa Sainteté Pie IX, a le voile, et confirme ainsi Tantique tradition.
VOBBIB DES VftTBVSNTS.
Que les vêlements de la Vierge Immaculée soient dessinés de manière à jeter sur elle un air de grande modestie et de parfaite simplicité ; que l'artiste les pose et les drape de telle sorte qu'ils fixent à peine le regard du spectateur. L'attention doit se porter naturellement sur la tête et sur la fij^iirc de la Très-Sainte Vierge, qui respire une piété toute céleste et commande le respect et le recueillement les plus profonds.
J*ai vu une image ^ publiée depuis peu , où la Sainte Vierge apparaît sous Taspect d'une nourrice^ sortant à peu près du lit, portant une robe collante qui de^Nine toutes les formes du corps et ({ui en fait ressortir les parties que la modestie clirétienne ordonne de couvrir
alicnos... Adimple liabitum mulicris, ut statuai Virgînis serves. • Tertulliao. Devirgimbu9 velandigf cirea fineui, p. 18S, cd. Rigalt,
(!) Pietor ehnstioMu» eruditutf etc., t. IV, e. 1, p. 190. HadrUi, 1730k
et de cacher. Un manteau lonihaiil des é|>aule.s donne ua nouveau relief à ces nudités à peine voilées. Cette image viole toutes les régies de Ticonographie en violant celles de la modestie chrétienne. Aux personnes délicates elle inspirera du dégoût; aux hommes de 1 arl lik' ne rappellera jamais la Vierge des Vierges, la plus pure dés créatures!
Quoique Murillo se fût efforcé de répandre toutes le» grâces iniaginahles sur la belle composition de 17mmaculée Conception (jue nous ;i\()ih deja cilée. il n'a blessé en rien cette loi fondamentale. Dans son tableau, le corps entier de la Sainte Vierge disparaît en quelque sorte et s'efface sous les draperies qui Fenvironnent, et la pose des membres ne sert qu'à cacher les formes du corps et à élever les regards du spectateur jusquaux nmdesles e1 pieux regards de hi Vierge sans tache. Ici la simplieilé et la modestie s'élèvent jusqu'à la majesté : pourquoi ne pas imiter cet exemple?
Dès que les lois de la modestie et du bon goût sont sauves, Tarliste peut donner aux vêlements de la Sainte Vierge Faropleur et la forme qui s'harmonisent le mieux avec Tensemble de sa composition.
Wm hA GOULBIIR DBS VtTBMBlITS.
En prescrivant aux religieuses Conceplionistes d'Espagne un costume qui fût en liarinonie avec leur nom et le but de leur ordre, le Saint-Siège a pour ainsi dire
consacré les couleurs symboliques de rimmaculée CoocepUon.
Il y a plus de trois siècles que Jules II s'exprima en
ces termes :
a Que les habits et le scapulaire des religieuses del immaculée Conception soient de couleur blanche pour attester la pureté virginale de Tàme et du corps de la Sainte Vierge Marie ; et que leur manteau soit de couleur hyacinthe on bleu de cicL à cause de sa signification uiystique^ c'esl-à-dire, pour attester que l'àme de la glorieuse Vierge a été toute céleste dès le premier instant de sa création , et comme le lit de repos du Roi des siècles.... Que ces relij^ieuses portent sur leur manteau et sur leiu scapulaire l image de iSotre-Dame, entourée de rayons solaires, et la lète couronnée d'étoiles {i)-»
Ces prescriptions ne sont pas arbitraires: elles sont fondées sur la nature des choses et sur les anciens usages de l Église.
De tout temps la couleur bianclic a été considérée comme le symbole de l'innocence et de la pureté.
(I) « Habitug haruni monialium cum scapulari sint ooloris aibi, iii teatimoniUBD Tirginc» purîtatîa moitis et cor|>oris ; palliam autem aîl hyadnthini ooloris, propter mysticani aignificalionem, videlicct quod gloriosiB Virginia anima a ereatione sua Iota ««destis ait et singularis Régis asternî thalamus... Porleni in |»altio et scapulari imaginem Dominao ffoslr» solaribus radfis eircumdatam, et slellis in capile eoronalam. » HeguUt momaL Ord, de Concepf. B, JU, V., cap. 5, ciléc par monseigneur révéqae de Malaga, dans sa réponse à rCncycliquc du S février 1849. Voy. Pareri nUta ékfittig. dogmatm dell* /mmae, Cmeaz. éetla B. V, J/., l. III, p. 12. Roma, iH5l.
Sous la loi ancienne, le grand prélrc était revêtu d'unes tunique blanche de fin lin et d'une tiare de même couleur (1).
L'Eglise de la loi m un elle revêt aussi ses ministres d'ornements blancs, symboles de leui* sainlclé personnelle et de la sainteté de leurs fonctions. Ëlle donne une robe blanche à ses néophytes pour leur rappeler les effèts du baptême, c'est-à-dire la lumière de la foi qui éclaire leur esprit, et l'éclat de la sainteté qui enibellil leur ame. Parlant de ces néophytes, aux fidèles, saint Augustin leur disait : « Ces enfants [%) que vous voyez couverts d'habfis blancs au dehors, et purifiés au dedans (par le saint baptême), signifîenl, par la blancheur de leurs vêtements*, la splendeur de leurs ànies (5). »
Un grand nombre d'ordres religieux ont adopté la couleur blanche dans leur costume ou pour attester la profession de pureté parfaite, qu'ils faisaient, ou pour se placer sous lu jn oUMMion de la Sainte Vierjçe, la blancheur étant sa couleur symbolique. L'ordre de Prémontré prétend que saint I>iorbert le consacra à Marie, dès son origine, et que ce fut pour ce motif qu'il adopta riiabit blanc, avec le nom d'ordre c/e Prémontré ; candidus ordo prœiiionstratemis (4). Cette pratique eut de
(î ! î rvit. XVI.
Ci) L'Église uiiprluit enfants tons les néophytes, même .idnlles.
(3) Il Qui jussit de tcncbris lumen cliircsrcrc. ilhimiiiavit oos. Iiir;iiitts isli quos cernilis exterius dcalbatos, interiu^que aiuiidulos, qui cundorc vestinin xplcitdon m mentiam lirœjigurant.., • S. Aug. Serm, CCXXlIlf t. V op., col. 9(U>.
(4) Voy. Georgius, Spiritiu iiUartwim Norbertinug vindicatWf etc., p.4iSot 417. la'4*.Âug. Vindclic, 1771.
nombreux imitateurs qu il est inutile d éuuinérer ici (1).
Qu'il nous suffise d'avoir conslaté que la couleur blanche est la couleur propre de l'innocence et la couleur propre de la Sainte Vierge (2).
La couleur hyacinthe ou l)leu de ciel a la double propriété d'appartenir aussi, d'une manière spéciale, à la Sainte Vierge, et de servir de symbole au SaintrËsprit.
Dans beaucoup d'églises, m% fêtes de la Sainte Vierge, on se sert de cliasubles bleues. Cel usage, quoique peu conforme aux rubriques du Missel, est généralement toléré en Belgique.
Beaucoup de mères chrétiennes ont la coutume d'habiller leurs enfants, dès leur plus jeune Âge, de vêtements bleus, qu'ils considèrent comme la livrée de la Sainte Vierge. En langage familier, dans certaines provinces, elles disent avoir voué leurs enfants au bleu.
Le souverain Pontife Jules II ajoute une raison em-
(1) Voy. C. B. PiMsa, L'iridù iagra, spicgatanei eohri éegli tAUi tceU' Hatlieif cap. 9, eohr BianeOf tuo woe misterneeeltêioêtiM, p. 431-186. Roma,, 168S, — Hipp. Haracct, Fundatares Marianif $eu de âoerarim rdigionum eongngaiwnumqM fundatwibut, Marke DeipanB Vifyim «m~ gu/ariter addiOiê etdileelit, liter luiwr. Romie, 1043.
(S) Voici encore une preuve de ce lail. Aniédée de Lausanne, après avoir appliqué à la Sainte Vierge ces paroles du cantique : Quœ e§t i»la guœ oicaidU dealbata f poursuit : « Sciendùin quod hœ vestes albas sunt odoriferai, pretiosm et varîn. AWœ propter innoemîtam et puritatem et hœit fBîtrnat ctmdorem,.. ri eandmrem (vestis B. Vijnginis) quofrimus, ctmdet perpétua vmfinitate H perfeekt puritate, • Amedens Lausao. Ifom. //, m lourf. B. M. V; apud P. Ptissaglîa, He imm* C. B, M, V, concep/v, t. Il, p. 55S et 683. — Des auteurs profanes ont oonstâlé ce fait. Voy. De* cou* iewn ^fnUn^^q^Êes dans PantiquHéf le moyen âge et le» temps mbderms, pur Fréd. Portai, p. 45. Paris, 1837.
prantée à la nature des choses. La couleur hyacinthe ,
dit-il, est toute céleste, et rappelle que l'àme do la bienheureuse Vierge a été^ dès le moment de sa création, digue du ciel, et réservée comme nn iit de repos au Roi immortel des siècles.
Cette observation nous conduit au symbole du Saint- Esprit.
L'Ësprit-Saint, à la ercation du monde, apparut sur les eaux comme un souffle fécondant; il avait pris, en quelque sorte, la forme de Pair. Au jour de la Pentecôte, il descendit sur les Apôtres en foruxe de vent véhément, pour féconder par la grâce la nouvelle création de Dieu, sa création surnaturelle. Au commencement du monde matériel et du monde surnaturel, il prit la même forme, celle de Pair dont la couleur est hyacinthe. Ce symbole est donc parfaitement adapté au mystère de la sainteté parfaite de Marie qui fut le principal inslrunieut de la régénération du monde spirituel , et qui dut toutes ses grâces à 1 opération du Saint-Esprit. Il convient donc tout à fait de donner à la bienheureuse Vierge un manteau hyacinthe outre la robe blanche.
On aurait tort cependant de conclure de cette raison que Ton peut, dans la représentation du mystère, faire intervenir directement la personne du Saint-Esprit. Nous ne voyons aucun inconvénient à y admettre sa couleur symbolique; mais nous en excluons sa personne, parce que toutes les grâces ayant été jointes en quelque sorte, et unies à Tacte de sa création , on ne peut faire intervenir directement ici, comme nous lexplittuerons plus loin, (|ue la seule personne du Père.
En parsemant la robe blanche et le manteau bleu de fleurs d*or, pour rappeler l'abondance des dons célestes dont la bienheureuse Vierge a été comblée , on n^altère
sous aucun rapport la signification des couieurs symboliques, mais on la complète.
Il résulte des observations qui précèdent que les habits rouges, jaunes, verts, ete.^ dépareraient une représentation de l'Immaculée Conception de la Sainte Vierge, et, par conséquent, ne doivent jamais y figurer.