‹ Iconographie de l'immaculée conception de la trèsSainte vierge Marie, ou de la meilleure manière de représenter ce mystèreChapitre 8 sur 13 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Des aitrUnUn de FImmaadée Conception.

J'appelle attributs les choses que Ton applique au sujet principal^ et les personnages que l'on place au-tlessus et autour de lui,^ pour en déterminer la signifîcalion.

Dans la représentation de rimmaculée Conception de la Très-Sainte Vierge^ il y a six attributs principaux à envisager : 1" les trois personnes divines; 2° l'enfant Jésus; 3° les anges; 4° le soleil, la lune et les etoiies;

le sceptre et la couronne; 6*> le serpent infernal.

LES fKOlS PERSONNES DE LA SAINTE-TRINITÉ.

Certains iconographes ont eru qu'il fallait représenter les trois personnes de la Sainte Trinité au-dessus de la téte de ta Vierge Immaculée, parce que Marie a été

choisie par le Père pour sa fille, par le Fils pour sa Mère, par TEsprit-Saiot pour son épouse.

Cette raison ne parait pas concluante. Â vrai dire, je pense qu'il vaut mieux ne pas représenter les trois per^

sonnes de la Sainte Trinilé au-dessus de Marie Immaculée, mais seulement la personne du Père.

La Sainte Trinilé tout entière n'est pas interv^ne plus directement dans la création de ia Sainte Vierge que dans tout autre mystère de la rédemption. Dès lors, si on la représente dans l imnjïe de 1 Iininaculée (^onee]>lii)n, où elle n'est intervenue qu'implicitement et indirectement (la création appartenant proprement au Père), il faudra la représenter tout entière dans les images de tous les mys^ tères: et dès lors aussi l imace de la i res-Sainte Triiiité devient un attribut commun, général, sans âigniGcation spéciale.

La Sainte Trinité a une signification propre et spéciale dans les mystères où elle est intervenue tout entière. Ainsi,

dans rimage du liaptènie de Notrc-Seigneur. il faut représenter les trois personnes divines, sous peine de laisser le sujet incomplet. Le Père y a fait entendre sa voix; le Saint-Esprit y a apparu sous la forme d'une colombe ; le Fils y descendit dans le Jourdain, pour recevoir le baptême. Les trois personnes divines ont ici leur part d'action qu'il faut constater et représenter.

Âu moyen âge, on considérait la Sainte Trinité comme un attribut de Timage du Calvaire. Pourquoi? Parce qu'à riicure où iNoIre-Sei^neur allail. expirer, le Père élail, là pour cuteudrc les dernières prières de son Fils : 3Ion père, pardonneZ'leur, car ils ne savent ce qu'ils font!, , .

Mon père, je remets mon éme entre vos mahisf,,. Le Saint-Esprit iHail là pour recueillir, en quelque sorte, le trésor de mérites et de satisfactions que Notre-Seigneur nous méritait par son sang. Cette image de la Sainte Trinité attachée au Calvaire et à la croix est donc fondée sur les vérités de la foi , et rien n'empêche de la reproduire encore aujourd liui.

Mais hors des circonstances où les trois personnes divines sont directement intervenues, il ne faut point les représenter. Si Dieu le Père, par exemple, figurait dans Fimage de la descente du Saint-Esprit sur les Apôtres, au jour de la Pentecôte, ou hien le Saint-Espril à \a résurrection de Lazare, ou à la multiplication des pains, le mystère serait obscurci : il y aurait confusion dans 1 image.

La seule personne divine que l'on puisse raisonnablement représenter dans riminaculée Conception, comme je viens de le dire, c est le Père, parce que la création lui est attribuée, et que eest au moment de sa création que la Sainte Vierge a reçu la grâce de son Immaculée Conception, avec les dons qui en découlent. Cette circonstance que Marie a été créée dans l'état de^ràre originelle, comme Adam et comme Eve, est non-seulement dominante dans le mystère, mais elle en est le fond et la substance. 11 faut donc que TAncien des jours apparaisse ici répandant sur sa créature de prédilection la grâce sanctifiante et Tabondance de ses faveurs.

Je ne voudrais pas néanmoins que Dieu le Père apparût étendant la main avec préoccupation et sollicitude, comme s'il voulait préserver la Sainte Vierge d'un malheur ou de Tatteinle du démon.

Il est vrai qu'en théologie on considère la prérogative

dt; rimmaculée Conception comme la pi'éservation de la

tache originelle, comme la délivrance de la malédiction Commune. Mais ici il faut exprimer le don positif, Tinfosion de la grâce qui a rendu Marie sainte dès le moment

de sa création, en laissant à l'écart l'cfTel négatif de ce don, la protection divine, la préservation de la lâche ori-^ ginelte.

Quoique le privilège de Hmmaculée Conception ne soit

au fond que la sandi/îcation originelle de Marie, le Saint- Esprit ne doit pas Ggurer ici, parce que cette sanctification est attachée à la création dans celte circonstance exceptionnelle. La sanctification qui est ordinairement attribuée au Saint-Esprit, devient ici propre au Père, et dès lors la troisième personne de la Sainte-Trinité ne doit point figurer dans cette image.

On a prétendu que jamais la Sainte Vierge ne peut être représentée sans son divin Fils ; on a voulu qu'elle portât toujours TEnfent Jésus dans ses bras, parce que

toutes les grâces qu'elle a obtenues, toutes les gloires dont elle a été comblée, ont leur source dans sa maternité divine.

Au dire d*un auteur estimable, les pères Théatins, et les chevaliers de TOrdre de l'Immaculée Conception, re-

présentent la Sainte Vierge Immaeuiéeavec r£nfant Jésus sur le bras (i).

Cette imajp^e a été approuvé par le Sainl-Siége. Grégoire XIÏI permit aux chevaliers de Tlmmaculée Conception de faire usage d'un cachet, où Marie Immaculée est représentéeainsi. Paul Y, qui a érigé la magnifique statue de rimmaculée Conception que Ton admire à Rome devant l'église de Sainte-Marie Majeure, y a fait placer r£nfant Jésus. Alexandre VU, ce grand promoteur de la croyance à rimmaculée Cmiception , a permis aux religieuses de PaUna de peindre la Sainte Vierge Immaculée avec TEnfont Jésus dans les bras.

Jean Caraniuel, théologien célèbre, qui illustra l'abbaye des Dunes, à Bruges, a posé la question qui nous occupe dans un livre intitulé : HercuU laborea très* Il se demande 8*11 vaut mieux représenter TËnlant Jésus dans les bras de Marie Immaculée ou non? et il répond : Je veux que l'on peigne la Sainte k ierge avec l'Enfant Jésus, et j'ordonne aux peintres de ne jamais séparer la mère de sm fUs (S). Il i^oute ce reproche qa*un poète

(I) NmMma da neg9th taetdonm, koe tri, qmt parUUadeiÊm, de S8, mif$$erh /mm. ConeepUoniê B, M» V, in fut» j^rmc^pue agUvtt de eMu ef «enmtftoiM, ete. Aoet. Magnoaldo Ziegdibaner, io-fol. Vienne, 1787, p. 70 et 71.

(9) « Utmm âd exprimcndnni pneservationU privilegimn apCiiu in coneqi»Uone sua Imroaculata, Beala Vii^o «olltarie pingatur quani cnm înbnte Jeiii? — Virglnem cum Jean pingi jabeo, et pietorilnu ne ittee unquam teparare audcant piwdpio, « Garamnel dans 2Segdlwuer, ioe, «iLf p. 70.

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