Saint Urbain est décapité et enseveli dans un puits
M. Lury m'écrit au sujet de la copie des fresques de l'église de Saint-Urbain, qui est à la bibliothèque Barberini :
« Les premières feuilles du manuscrit in-folio donnent le plan détaillé de l'église de Saint-Urbain, située au lieu dit la Caffarella, non loin de Saint-Sébastien, sur la voie Appienne; après le plan, des peintures de la vie du Christ, de saint Urbain et de sainte Cécile. Je ne décris que celles concernant celle-ci.
« Angelo apparisce à S S. Urbano et Valériane Un ange, les ailes déployées, les mains étendues et tenant un phylactère déroulé, apparaît, entouré d'une nuée vaporeuse, à saint Urbain et à saint Valérien, agenouillés et ravis. Cet ange nimbé porte une barbe courte. C'est donc saint Paul, dont l'apparition est relatée dans les actes de sainte Cécile. Saint Urbain est vêtu d'une tunique blanche et d'un pluvial en drap d'or, bordé de rouge. Il désigne de ses deux mains le chrétien nouvellement baptisé. Celui-ci porte une tunique violette et un manteau rouge. Les mains jointes, il tient ses yeux élevés vers le ciel. Sa tête est entourée d'un nimbe comme saint Urbain. Au-dessous on lit : S. Valerianus, S. Urbanus. C'est la scène principale. Elle est au premier plan et occupe le milieu du tableau. A droite saint Urbain, revêtu des mêmes ornements, tenant dans sa main droite l'urne baptismale, verse l'eau régénératrice sur la tête de Valérien qui, un genou en terre, lève vers lui ses mains reconnaissantes. Valérien est presque nu, un vêtement blanc ceint ses reins, il n'a pas de nimbe. On lit au-dessus du pontife S. Urbanus, et £. Valerianus au-dessus du baptisé.
1. « Tune gravissime laniantur et post hoc ad sacrificandum ducuntur, qui in ipsum ydolum expuentes, frontes cruce munierunt et, invicem dato pacis osculo,
capitalem sententiam acceperunt Sed statim Carpa-
sius a deemone arripitur et deos suos blasphemans et christianos invitus magnificans a deemone suffocatur ; quod ejus uxor Armenia videns, cum filia sua Lucina et tota familia a sancto Fortunato presbitero baptisma suscepit et post hoc sanctorum corpora honorifice sepelivit. » (Ibid.)
Il est à remarquer que saint Pierre et saint Paul, lorsqu'on voulut cacher leurs corps, furent déposés aux catacombes de Saint-Sébastien, dans le puits de la Platonia.
3lconograpl)ie De mainte Cécile»
Derrière ce dernier se tient debout une femme voilée, portant un vêtement sombre. Elle lève sa main gauche vers le ciel, tandis que sa main droite est élevée au-dessus de la tête de Valérien et de l'urne d'où tombe l'eau baptismale. Est-ce une marraine ? Serait-ce une des pauvres mendiantes que secourait Cécile et qui aura conduit Valérien jusqu'au Pontife?
« A gauche se trouve l'entrée d'un portique un plein cintre reposant sur deux colonnes ioniques. Entre les deux colonnes une jeune sainte, vêtue d'une tunique rose : un collier de perles orne son cou, un nimbe entoure ses blonds cheveux. Les deux mains tournées vers son interlocuteur, elle semble l'inviter à partir. Ce dernier, caché à moitié derrière la colonne de droite, s'incline un peu, et la main levée vers le ciel, se retire. C'est évidemment sainte Cécile, envoyant Valérien à saint Urbain. Mais Valérien n'a pas tout à fait le même vêtement que lorsqu'il est agenouillé devant l'Ange. Ici sa funique est verte et son manteau violet; dans la scène de l'apparition, il est vêtu d'une tunique violette et d'un manteau rouge.
« A la suite se trouve la décollation de saint Urbain et à la page suivante (p. 8), le baptême de saint Tiburce.
« Une colonne divise cette fresque en deux parties et deux scènes. A gauche, sainte Cécile et saint Valérien engagent saint Tiburce à embrasser le christianisme. Les trois personnages sont debout ; sainte Cécile, vêtue d'une longue tunique rose et appuyant sa main droite sur le bras droit de Valérien. Celui-ci porte une tunique verte et un manteau rouge ; il lève la main gauche vers le ciel. Tiburce, dont une partie du corps est cachée par la colonne, fait de la main droite le même geste que Valérien; il est habillé d'une tunique blanche et d'un manteau gris. Seul il n'a pas de nimbe.
« Dans l'autre panneau il est agenouillé, demi nu, aux pieds de saint Urbain, les mains tendues vers lui. Le pontife, vêtu d'une tunique blanche et d'un pluvial rouge, tient des deux mains l'urne inclinée, d'où sort l'eau baptismale qui tombe sur la tête de Tiburce. Saint Urbain est seul nimbé. Deux jeunes clercs, la tête rasée, n'ayant qu'une couronne de cheveux blonds, les mains jointes et vêtus d'une tunique rose, se tiennent debout derrière le pontife.
« A la page 15 se trouve une autre fresque ayant trait à sainte Cécile. On lit au-dessous : Questo fragmenta e la prima historia del fianco sinistro. — ,S. Cecilia è condotta al présidente.
« Le juge est assis sur son siège, que recouvre un baldaquin rouge. A gauche du trône sainte Cécile, suivie de six ou sept chrétiens qui l'accompagnent. Le
juge, les bras ouverts et levés vers le ciel, fait un geste d'étonnement. Sainte Cécile, tête nue, avec un nimbe entourant ses cheveux blonds qui retombent sur ses épaules, tend ses bras vers lui. A droite du trône, la même sainte distribue sa fortune aux pauvres. Elle est vêtue d'une tunique rose et ses mains déposent des vêtements ou de l'argent dans la main de deux indigents que l'artiste a représentés, l'un vêtu d'une tunique verte, l'autre d'une tunique rouge très courte. Ils ont les pieds nus et l'un d'eux s'appuie sur un bâton.
« Au-dessous de cette scène, faisant partie de la même fresque, le peintre a représenté le martyre de sainte Cécile d'une façon tout à fait naïve. A gauche, la sainte, vêtue comme précédemment, est agenouillée dans une sorte de four regardant l'entrée ; un tuyau, quelque peu semblable à un tuyau de poêle, projette de la fumée au-dessus. La vierge est entourée de flammes. A droite, sainte Cécile, portée par saint Urbain et un clerc suivis de deux autres clercs, est remise à un fossoyeur dont la moitié du corps apparaît sous un arcosolium figurant les catacombes.
« Entre ces deux scènes une troisième est placée sur le même plan. Sainte Cécile, frappée parle bourreau, est agenouillée ; elle est vêtue d'une tunique sombre, retenue à la taille par une ceinture rouge. Ses mains projetées en avant indiquent qu'elle tombe au premier coup d'épée. Le bourreau, le bras levé, s'apprête à la frapper une seconde fois. »
Je n'ai pas hésité à revenir sur ces détails, parce que la copie du XVIIe siècle complète les fresques très détériorées de saint Urbain. On aura ainsi sous les yeux l'état ancien et l'état actuel.
JE dois encore à l'obligeance de M. Lury, chapelain de Saint- Louis des Français à Rome, la description, très détaillée et très exacte, des fresques que fit exécuter dans la chapelle du Caldarùim, à Sainte- Cécile au Transtévère,le cardinal Sfondrati, l'année même de l'invention.
« Le couloir, qui sert de vestibule à la sacristie et à la chapelle dite du caldarium, a été décoré de paysages par Paul Bril. Ces paysages représentent des scènes de la vie érémitique : à droite en entrant, sainte Marie l'Égyptienne dans le désert; sainte Marie Madeleine, agenouillée à l'entrée de la grotte delà Sainte-Baume,et
3)conograpl)te tie sainte Cécile.
à ses pieds, le port de Marseille et l'immensité de la mer, enfin saint Benoît; à gauche, sainte Thaïs, sainte Pélagie et saint François ; à la voûte, saint Hilarion, saint Paul l'ermite, saint Onuphre, saint Jérôme, saint Antoine, saint Spiridion, priant dans leurs solitudes. A droite, au-dessous de sainte Madeleine, l'artiste a représenté, dans un petit médaillon qui fait partie de la peinture simulant un lambris, le baptême de Valérien par saint Urbain. Le pontife a la tiare en tête et est revêtu de l'étole et du pluvial; de la main droite il tient à demi renversée l'urne baptismale, et de la main gauche il soulève le bord du pluvial. L'eau sainte coule sur la tête de Valérien, agenouillé auprès d'un vase antique, qui forme les fonts et costumé en chevalier romain. Une douzaine de personnages, des clercs à la tête rasée, des femmes le front voilé, des hommes debout ou assis, prennent part à cette scène. Derrière Valérien un clerc tient un goupillon dans la main droite et dans la gauche l'anse d'un vase ou bénitier.
« En face, à gauche, au-dessus de sainte Pélagie, dans une sorte de médaillon, sainte Cécile, les mains jointes, est debout derrière une chaudière d'eau bouillante, d'où, sans doute, elle vient de sortir. Elle est presque complètement nue, son bras et son épaule gauche sont encore recouverts d'un manteau qui semble glisser à terre. La tête de la sainte est nimbée. Audessus d'elle, sur un trône, à gauche, le juge assis fait signe au bourreau d'avancer. Celui-ci, debout entre le juge et Cécile, tient sa main gauche appuyée sur l'épaule gauche de la sainte, tandis que de la main droite il s'apprête à la frapper de son épée déjà levée au-dessus de sa tête. Un légionnaire romain, le casque en tête, est représenté à droite; de la main gauche il semble montrer le juge, en haranguant la foule. Plusieurs personnes l'entourent ; au-dessous de lui, un esclave porte du bois pour entretenir le foyer sous la chaudière.
« En face de l'entrée du couloir, sur le mur qui le termine, un saint, à demi nu, les mains liées derrière le dos, apparaît entre deux bourreaux, qui le frappent de verges. A gauche, le juge, assis sur son trône, assiste au supplice, ainsi que plusieurs soldats romains. Ce médaillon doit exprimer la première phase du martyre de saint Valérien, lorsque, par ordre d'Almachius, il fut battu de verges.
« Ces peintures en camaïeu ne sont certainement pas de la main de Bril, mais d'un contemporain. Le dessin paraît être du XVIIe siècle.
« La partie du couloir qui fait face à l'autel est ornée d'une magnifique toile du Dominiquin, découpée en rond et encastrée dans le mur. La scène est celle de l'apparition de l'ange à sainte Cécile et à saint Valérien. Il plane au-dessus d'eux, les ailes étendues ;
sa main droite tient une couronne de roses blanches et rouges sur la tête de Cécile, et sa main gauche une couronne semblable sur celle de Valérien. Son fin visage d'adolescent, encadré de boucles blondes, est majestueux et beau; il regarde les deux époux. Valérien, contemplant le messager de Dieu, est dans le ravissement, ce qui donne une beauté surhumaine et une noble expression à son visage. Sainte Cécile, les yeux levés vers le ciel, les bras étendus, remercie Dieu avec une joie sereine ; ses traits sont ceux du tableau de Raphaël, tant admiré à Bologne. A côté de la sainte, le Dominiquin a placé un petit orgue, dont la partie inférieure est recouverte d'un voile de velours noir avec franges d'or.
« Au-dessous, trois anges ont été peints à fresque par Zucchari. Celui de gauche soutient de la droite un cartel sur lequel on lit : Balneum sanclissimœ vtrginis Cœciliœ ; celui du milieu désigne d'un geste plein de noblesse le cartel porté par le troisième ange et où est écrit : In quo sangttinem suum pro Cliristi amore fudit. Le même artiste a peint, sur la partie de la voûte qui correspond à l'entrée de la chapelle, les quatre évangélistes.
« Trois marches conduisent dans la salle où la glorieuse sainte reçut le martyre. Les fresques sont dans un grand état de délabrement et les gardiens de l'église, en apprenant que je voulais en faire la description, ont eu soin de me recommander d'en signaler la triste situation afin d'inciter quelque âme généreuse à faire un don à la basilique pour la restauration et la conservation de ces admirables peintures. Il faut avouer que nulle offrande ne saurait être plus utile et de plus sainte destination, car le caldarium, qui fut témoin du martyre de sainte Cécile, est bien l'une des plus vénérables stations de la Rome des martyrs et en même temps l'une des plus visitées. Puisse cet appel être entendu pour l'honneur de la sainte et la consolation des pèlerins !
« La salle du caldarium affecte la forme d'une croix, à laquelle manquerait l'extrémité inférieure. En face, l'autel, adossé au mur. Sa table de marbre est celle sur laquelle le corps de sainte Cécile fut déposé et retrouvé aux catacombes ('). Au-dessus de l'autel, le beau tableau du Guide, représentant sainte Cécile, agenouillée, les bras étendus et, derrière elle, le bourreau levant l'épée pour la frapper.
« A la voûte, le sujet principal est placé entre deux
i. En 1741, Paul Hippolyte de Bovilliers, duc de Saint-Aignan, ambassadeur de France, obtint de Benoît XIV une des quatre tables de marbre qui fermaient le sépulcre de sainte Cécile dans la calacombe.
iconographie tie sainte Cécile.
médaillons. Au médaillon de gauche, un ange, portant un cartel devenu illisible. L'autre médaillon est complètement détruit, et il ne reste plus que le stuc éraillé. La scène elle-même est en majeure partie endommagée et ne tardera pas à disparaître, si l'on n'y porte pas remède. Je distingue, grâce à mes bons yeux, un pontife debout, la tiare en tête, revêtu d'un pluvial d'or et suivi de quelques ecclésiastiques; l'un d'eux porte la croix à deux bras d'inégale longueur. Ce doit être le pape saint Urbain, visitant la mourante, comme dans la fresque de Saint-Louis des Français. Des anges assez bien conservés ornent les murs, à droite et à gauche.
« Au bras droit, dans un encadrement fait avec beaucoup d'art, sur le mur en face, au-dessus de la chaudière, sainte Cécile prêche l'Évangile aux païens. Elle est vêtue d'une longue tunique blanche, sur laquelle est passée une sorte de chlamyde jaune, ouverte sur les côtés. Une pierre précieuse brille au sommet de l'échancrure, une autre au-dessus du collier de perles qu'elle porte à son cou. Sa tête est nue, sans nimbeetde longs cheveux blonds couvrent ses épaules. Elle est montée sur un degré, et sans doute, dans sa prédication, elle réprouve le culte des idoles ou les maximes du paganisme, car sa tête se tourne avec dédain vers la droite et ses mains étendues à gauche font un geste de mépris. C'est évidemment la scène décrite dans les Actes, sainte Cécile haranguant les séides d'Almachius : « Et his dictis, ascendit super lapidem quae erat juxta pedes ejus, et dixit omnibus : Creditis ? »
« Sur la place publique, que bornent une colonne, un portique et plusieurs maisons, se presse une foule nombreuse. A droite et à gauche, des philosophes, vêtus de leur manteau, font des gestes qui témoignent leurs impressions variées ; d'autres échangent leurs sentiments; des femmes assises écoutent d'un air convaincu, de jeunes enfants jouent à leurs pieds.
« Au-dessus, entre la voûte et l'encadrement de la fresque, la jeune martyre gît sur le sol ; sa tête, aux cheveux blonds, est séparée du cou, mais encore très rapprochée de lui. Le sang s'échappe abondamment du cou et de la tête. La sainte est étendue sur le côté gauche. Ses bras sont croisés sur sa poitrine ; à demi nus, ils sortent d'un justaucorps bleu qui lui enserre la taille. Les pieds nus, ramenés sur le corps infléchi, s'échappent des plis d'une robe jaune très ample.
« A côté de la martyre est une jeune personne, agenouillée, tête nue ; en face, deux statues de divinités païennes, placées à droite et à gauche d'une muraille crénelée dans laquelle s'ouvre une porte. Dans le fond du tableau, un obélisque et un temple. A côté de la personne agenouillée, un peu en arrière, un bourreau à
demi nu brandit une épée de la main droite, tandis que de la main gauche il désigne les statues des divinités païennes, enjoignant ainsi à la vierge de choisir entre le sacrifice aux dieux ou la mort. Celle-ci, courbant la tête comme pour recevoir le coup d'épée, fait de la droite un geste énergique de refus. Autour de cette scène se pressent des légionnaires, la lance à la main, le casque en tête, et d'autres spectateurs. La vierge, à genoux, est vêtue d'une tunique verte, qui paraît sous une chlamyde rouge. Les bras sont demi nus et les cheveux blonds flottent sur les épaules.
« Sur le mur, à droite, sainte Cécile, en chlamyde et costume identique à celui qu'elle porte dans sa prédication, est assise auprès d'une table, recouverte d'un tapis de velours vert. Sur cette table est un pupitre avec un livre ouvert ; la main gauche est appuyée sur ce livre et la main droite pendante. Sainte Cécile lit et médite l'Évangile.
« Au-dessus, deux petits anges penchés la contemplent avec joie ; à leurs pieds, des rayons lumineux partent du ciel, se projetant sur sainte Cécile.
« Je ne puis distinguer les autres détails, car cette fresque et surtout la suivante sont dans un grand état de délabrement.
« Dans un encadrement de stuc, sainte Cécile, portant toujours le même vêtement, parle à Valérien agenouillé. La jeune vierge est debout, sa main gauche touche l'épaule de son époux ; sa main droite, à peine visible, est levée vers le ciel. A l'angle supérieur, je crois apercevoir un ange planant au-dessus de la tête de sainte Cécile.
« N'est-ce point le soir des noces, dans la chambre nuptiale et le drame touchant de la conversion de Valérien? En promenant une éponge imbibée d'eau sur la fresque, on distingue à merveille l'architecture du palais, le visage expressif de Valérien, qui commence à croire et qui regarde son épouse, lui parlant un langage inspiré de Dieu. Il n'est pas agenouillé, mais assis, ses mains jointes sont appuyées sur ses genoux. Il porte une tunique jaune, d'où s'échappent ses bras demi nus, et un manteau rouge.
« Entre deux médaillons, décorés d'anges avec des inscriptions, se trouve, à la voûte, une fresque fort endommagée. De la vierge on saisit à peine la tête voilée, elle est escortée de deux personnages : à gauche, un pape agenouillé, avec la tiare et le pluvial; à droite, une femme, agenouillée aussi, avec un voile sur la tête. Serait-ce la Vierge Marie, avec saint Urbain et sainte Cécile, ou l'apparition au pape saint Pascal, sous les auspices de la Mère de Dieu?
« Bras gauche. Sur le mur en face, au-dessous d'une fenêtre, sainte Cécile, toujours vêtue de la même
3iconograpl)te ht sainte Cécile.
manière, distribue des vêtements aux pauvres. Trois suivantes l'accompagnent, portant du linge dans des corbeilles. Aux pieds de la sainte se pressent un petit enfant, demi-nu, les bras croisés sur la poitrine et une pauvre femme assise, la tête couverte d'un voile blanc et portant un bâton à la main. De la main droite sainte Cécile prend un vêtement dans une corbeille ; de la gauche, elle donne à un mendiant, qui tend la main avec une attitude suppliante, une pièce de monnaie. A côté de ce mendiant en est un autre, vêtu en pèlerin du moyen âge, qui tend aussi la main. Près d'eux un homme jeune encore, mais paralytique, est étendu à terre ; il est entièrement nu ; sa tête expressive, portant l'empreinte de la douleur, est entourée de linges. Il tourne son visage du côté opposé à sainte Cécile, vers un autre mendiant aveugle, qui semble faire beaucoup de bruit avec sa sébille.
« Au-dessus, entre la croisée et la voûte, un juge sur son tribunal. Il tient le bras droit appuyé sur l'accoudoir, tandis que de la main gauche il fait un geste de commandement. Plusieurs personnes sont debout à côté de lui. Au bas des degrés, un groupe nombreux de soldats romains, armés de la lance et portant le casque; derrière eux, des spectateurs. La fresque est extrêmement détériorée, aussi ne puis-je distinguer l'accusé ou les accusés. Je vois une tète au premier plan, qui me paraît être celle d'un homme ; ce serait alors l'interrogatoire de Valérien et de Tiburce.
« Sur le mur de droite, dans un encadrement de stuc, la fresque représente un martyr, lié nu à un poteau. Deux bourreaux le frappent de verges. Il courbe la tête avec résignation sous les coups et la douleur. Une foule nombreuse assiste au supplice. On ne distingue guère les attitudes variées des spectateurs ; mais, audessus de cette scène, on remarque Yardiitedure d'un palais et une loggia, sur laquelle se trouvent quelques personnes.
« En face, sur le mur de gauche, la fresque, pareillement encadrée, nous montre un martyr ramené du prétoire par les bourreaux. C'est encore Valérien ou Tiburce. Deux soldats le menacent de leur épée et semblent prêts à lui trancher la tête. Le saint, dépouillé de ses vêtements, marche inébranlable. Un chrétien se prosterne à genoux devant lui. Deux spectateurs sont à côté, l'un semble le charger de malédictions, l'autre fait un geste de mépris et branle la tête avec dédain. Au-dessus, mais à l'arrière plan, on distingue un temple et une construction sur laquelle s'élève un trône. Le juge est assis, entouré de quelques personnes. Us suivent du regard le martyr qui s'éloigne et semblent échanger leurs sentiments.
« A la voûte, on voit un pontife, portant la tiare et
revêtu d'une dalmatique verte sous un pluvial jaune. Il est debout et tient dans sa main droite un vase qui ressemble à une patène. Derrière lui des clercs, la tête rasée, vêtus d'une tunique blanche. A genoux devant lui un jeune homme, en tunique et manteau, les bras croisés sur la poitrine, qui courbe la tête sous la main du pontife. Immédiatement derrière lui, un autre jeune homme se tient dans une attitude recueillie, un genou en terre. D'autres spectateurs, hommes et femmes, se groupent autour d'eux. C'est le baptême donné à Valérien par saint Urbain, en attendant que Tiburce et les autres soient faits chrétiens.
« Une gracieuse coupole recouvre la chapelle du calda7-ium. Des anges et des docteurs ornent la partie inférieure, mais le sujet principal, admirablement traité par l'artiste, représente le triomphe de sainte Cécile. Elle est au-dessus de l'autel, dans la noble attitude que lui a donnée Raphaël, dans son chef-d'œuvre de Bologne. La tête levée vers le ciel, elle écoute, prie, chante; ravie, elle renverse ce même instrument de musique que Raphaël a placé dans ses mains. Les anges, ses frères, qui l'entourent, sont de deux sortes : les uns, beaux adolescents, vêtus de riches tuniques, chantent en s'accompagnant de la harpe, du luth, de la guitare et de la lyre. A leur tête on remarque David avec la harpe, un orgue même fait partie de cet orchestre. Les autres anges sont de jeunes enfants, à demi voilés par des nuages. Cette fresque est assurément le sujet le mieux traité ; hélas ! c'est la plus endommagée. Le visage de sainte Cécile a disparu à moitié, et la partie opposée à l'autel est tellement détériorée qu'on a peine à en distinguer les personnages.
« Encore quelques années et cette œuvre artistique aura disparu, si l'on n'entreprend pas bientôt de la restaurer. On assure que le cardinal Ferrieri, dernier titulaire, rêvait la restauration de la basilique de Sainte- Cécile. Il est mort sans l'avoir accomplie. Espérons que le titulaire actuel, nouveau Sfondrate, rendra à la vieille basilique son antique splendeur et sauvera de la ruine les belles fresques du caldarium. »
VOICI ce que j'écrivais, en 1855, dans une Notice sur F état de l'église nationale de Saint-Louis des Français, à Rome, au X VIP siècle (Poitiers, Dupré,in-8°), pag. 61-62 : « La chapelle de Sainte-Cécile fut ornementée tout entière aux frais de Pierre
3Jconograpl)te &e sainte Cécile.
Pollet (I), originaire de Noyon et écuyer apostolique. Il y fit peindre à fresque par Domenico Zampieri, dit le Dominiquin, la vie de sainte Cécile et placer au retable une copie, faite par Guido Reni (le Guide), du tableau de Raphaël (2), où sainte Cécile chante avec deux autres saintes. Ces fresques, qui jouissent auprès des artistes d'une réputation bien méritée, occupent, à la voûte et aux murs, cinq compartiments encadrés de stuc doré (3). Elles représentent :
« 1. Sainte Cécile faisant l'aumône aux pauvres ;
« 2. Recevant, ainsi que son époux Valérien, une couronne de la main d'un ange ;
« 3. Amenée devant le préfet de Rome et refusant de sacrifier,
« 4. Mourant entre les bras de saint Urbain (4),
1. Les registres de Saint-Louis écrivent indifféremment Pollet et même Polet, qui se rapproche plus du nom latinisé Poletus et Poulet, qui doit être la forme vraie.
2. C'est le célèbre tableau de Bologne, dont il existe « une reproduction fort exacte dans la collection céramique de la manufacture de Sèvres. Cette peinture sur porcelaine, de la dimension exacte de l'original, a fait vingtsept fois le voyage de Paris à Rome et de Rome à Paris, à une époque où les communications étaient loin d'être aussi faciles et aussi promptes qu'aujourd'hui. Il n'est pas une seule retouche qui n'ait été de nouveau passée au feu par la main de nos ouvriers. » {Bulletin catholique, 1873.)
3. Leur restauration fut menée à bien par Ingres, lorsqu'il était directeur de l'Académie de France à Rome.
4. J'insiste sur cette scène parce qu'elle a été gravée avec beaucoup de soin, au siècle dernier, de format in-folio. La planche porte les quatre noms du peintre, du dessinateur, du graveur et de l'éditeur : Dominic. Zampier. pinx. Romœ. in Eccles. SU Ludovici Nation. Gallic. — N. de Poilly De lin. — Joan. Bapt. de Poilly Seul p. Romœ. — A Paris chez Jean, rue Jean de Beauvais, n° 10.
Dans une salle ornée de statues, sainte Cécile gît sur le pavé de marbre, demi couchée et accoudée sur un siège ; sa tête est enveloppée d'une espèce de turban. Son costume consiste en une robe longue et une tunique brodée, serrée à la taille par une ceinture. Ses yeux levés regardent le ciel, où elle voit un ange qui lui apporte une palme et une couronne de laurier. Sa main gauche, appuyée sur sa poitrine, semble faire un acte de foi. Le sang coule de sa triple blessure et a jailli jusque sur le sol, où de pieuses femmes le recueillent avec des linges et des éponges, puis l'expriment dans des vases. Le pape Urbain, coiffé du camauro, chape et assisté d'un
« 5. Exaltée au ciel par les anges.
« Pierre Pollet ne vit pas terminer l'œuvre qu'il avait commandée avec tant de générosité à un des premiers peintres de son temps. Il fut enterré dans cette même chapelle ('), avec cette épitaphe ;
SANCT^E CECILLE DOMVS
AC FAMILI^E PATRONS
PETRVS POLETVS
SCVTIFER APOST. (3)
GALLVS NOVIOMENSIS
HOC SACELLVM SVO
CVM CVLTV (4) VIVENS
DICAVIT ANNO DOMINI
MDCXI
(écusson aux armes)
DANIEL POLETVS FRATRIS
FILIVS ET ILERES HOC
SACELLVM EX TESTAMENTO
PERFICIENDVM