Registre de l'église d'Acquigny, au diocèse d'Evreux
désignées, j'ai dû me contenter de faire la vérification pour celle de Carpentras, seule indiquée. M. le bibliothécaire Barrés m'a répondu en ces termes avec autant d'empressement que d'obligeance, le 15 février:
« Le registre XVI des manuscrits de Peiresc contient, au fol. 50, une gravure représentant sainte Cécile dans son tombeau. Elle est entourée de petits médaillons, reproduisant les principaux événements de la vie de la sainte, d'après la légende. Comme on a été obligé de plier la feuille pour la faire entrer dans le volume, un des coins de la partie à droite, usé par le frottement, a disparu et avec lui deux des vignettes de la légende.
« Sous le tombeau, surmonté d'une couronne soutenue par deux anges, on lit l'inscription suivante:
La ver a forma ciel corpo de santa Cecilia corne fu trovato dentro una cassa di legno sotto Paltare viaggiore d'ail lii'"" et R""f Sig'e card. di S'" Cecilia ncl szw titolo chiesa di delta santa a gliXX diottobre IS99 con altri cor pi santil^).
« Au-dessous, un écu portant les armes du cardinal Paul Emile Sfondrati (2), créé cardinal par Grégoire XIV en 1590 (voir Ciaconius, tome IV, col. 224-225), avec la dédicace: Ail. Ill'"° R'"° (3) S' et pron mio car"111 II Sgr Card. (4) di Sia Cecilia, Dionisio de Carrare c. anwrc et gratia dicavit. Superior. permiss. — Fran. Vanni. Delinia. — Cor. Gall. scolp.
1. Cette inscription prête à l'équivoque, car, non seulement la gravure ne donne pas la vera forma del corpo, mais elle n'a pas été, comme j'en suis convaincu, faite directement sur l'original et de visu.
2. Ecartelé : aux i et 4, d'azur, à la bande brétessée et conti ebrétessée d'argent, vidée d'or, accompagnée de six étoiles de même posées en bande, 3 et 3 ; aux 2 et 3, d'argent, à l'arbre de sitiople.
3. Les cardinaux n'avaient pas encore le titre â'Etninentissime qui ne leur fut octroyé que par Urbain VIII.
4. All'Illustrissimo e Revercndissimo signor et padron mio caris simo il signor cardinale.
iconographie ne sainte Cécile.
« Cette gravure étant en partie en assez mauvais état, il ne serait pas facile de la faire reproduire par la photographie.
« La gravure n'est accompagnée d'aucune note de Peiresc. Elle se trouve mêlée avec d'autres dessins du temps que ce savant collectionneur avait réunis, mais il n'y a ajouté aucun commentaire, ou du moins, le volume que nous possédons n'en contient aucun.
« Une autre gravure précède celle-là dans le même recueil de Peiresc, fol. 46. Elle est d'un plus petit format. Le monument qui occupe le milieu de l'estampe représentant sainte Cécile au tombeau, est le même. La légende reproduite dans les médaillons est pareille. Seulement les armes de celui à qui la gravure est dédiée ne sont plus celles du cardinal de Sainte-Cécile. Le graveur n'est plus le même. Celle-ci est signée: Adrian. Collaert. excudit., avec la date de 1603. Le caractère est flamand.
« Je crois que c'est la reproduction du monument fait par le Maderno. »
J'étais décidé à faire photographier la première gravure, quand M. le capitaine Prompt, en garnison à Avignon, s'est offert spont .renient d'aller à Carpentras en prendre un croquis. Son dessin me permet d'affirmer que le soupçon de M. Barrés est réellement fondé : en effet, la gravure, exécutée à Rome, n'a d'autre prétention que de reproduire, un peu librement toutefois, la statue de Maderno avec son encadrement. Les différences portent surtout sur ces détails : l'oreille et les cheveux ne paraissent pas sous le voile, la plaie se voit à lajonction du cou avec l'épaule, la robe estdécolletée en cœur avec un rebord ourlé, la ceinture est ronde et non plate, les plis sont moins nombreux et moins accusés, le pied apparent est plus relevé, la saillie des genoux n'étant pas si accentuée, les bras sont
moins rigides ; les manches retroussées sont plus serrées aux poignets. Si l'attitude est identique, la tête est un peu moins retournée, l'épaule gauche plus haute et la partie postérieure surtout plus gonflée.
Étant donnée l'idée de la statue, le dessinateur Francesco Vanni l'a interprétée, car alors on ne savait guère copier scrupuleusement.
M. Prompt ajoute ce détail, à propos de la seconde gravure : « Elle mesure om,24 sur om,30 et porte les armes de Guillaume Lemire, de Bruxelles, qui en a agréé la dédicace. »
LOUIS de Pérouse, en 1637, peu d'an- 1 nées après l'invention, attestait qu'il circulait des images de sainte Cécile couchée faites au pinceau : « Innumerse virginis veluti in latus dormientis imagines... penicillo expressae» et qu'elles étaient dans le commerce : «Vénales hodieque habentur. » Je devais donc rechercher ces tableaux.
M. Paul Allard me fit connaître celui de Rome:
« Un des membres de la commission d'archéologie sacrée, le P.François Tongiorgi, a trouvé dans la célèbre collection du collège romain connue sous le nom de musée Kircher, une plaque d'albâtre sur laquelle est peinte sainte Cécile dans la pose que lui donna le ciseau de Maderno. Cette peinture semble contemporaine de la découverte des reliques. La robe de la martyre est ornée de bandes vertes qui, probablement, ne sont pas un pur caprice de l'artiste. » (Rome souterraine, 2e édit., p. 231-232.)
Ce tableau m'intéressant à un haut degré, j'ai demandé des renseignements à son sujet à mon très obligeant correspondant de Rome, M. Lury, qui m'a répondu en ces termes :
iconographie îie mainte Cécile.
« J'aurais voulu vous envoyer aujourd'hui les détails minutieux que vous désirez sur la reproduction de sainte Cécile qui se trouve au musée Kircher. Hier, j'ai parcouru le musée dans tous les sens et je n'ai pu rencontrer le marbre en question. Les employés m'ont engagé à voir le commandeur Pecorini. Je lui ai fait visite hier soir : il déclare n'avoir jamais vu au musée ce que je cherche. On me dit que peut-être le tableau a été transporté au musée du moyen âge. Quoi qu'il en soit, pour plus de sûreté, je vais consulter M. de Rossi. » Dans une autre lettre, M. Lury ajoute : « J'ai vu M. de Rossi. Je lui ai demandé où se trouvait le marbre du musée Kircher. Il venait, la veille, de faire des démarches pour répondre à la demande semblable de Mgr d'Alby. Il n'a pas été plus heureux que moi dans ses recherches. Il a même constaté que ce marbre n'était point dans les salles non ouvertes au public, où gisent pêle-mêle une foule d'objets. Toutefois le P. Tongiorgi déclare que lorsque l'État s'est emparé du musée, le marbre y était encore. — M. de Rossi m'a engagé à aller voir au Museo médiévale. J 'irai dimanche. En attendant, il m'a montré le calque qu'il fit luimême autrefois sur le marbre dont vous désirez les dimensions et la description ('). Ce marbre n'est nullement de la grandeur de sainte Cécile, car le corps n'y a que vingt-six centimètres de longueur. De plus, ce n'est pas tout à fait comme sur le tableau de Solesmes, dont vous m'avez envoyé la photographie, que j'ai montrée à M. de Rossi. Au lieu et place de l'inscrip-
I. M. Prompt, qui a vu ce calque, m'écrit à son sujet : « Le tableau de Rome est deux fois plus grand que celui de Solesmes. Le dessin en est mauvais, rhais il donne une idée exacte de la pose du corps et des rayures de la robe. Les mains sont affreuses et n'ont pas tout à fait la même position, elles sont à plat et ont les cinq doigts écartés. »
tion se trouvent deux petits anges soulevant des draperies. Sainte Cécile n'a point les mains disposées de la même manière. C'est cependant la même attitude des bras et du corps. La tête et le cou n'ont pas la position verticale si frappante dans la photographie. La ligne du cou est presque horizontale (I). »
PAR Dom Guéranger, nous avons su l'existence du second tableau. Ainsi mis sur la voie, nous avions le plus grand désir de connaître, comme terme de comparaison, la précieuse peinture que Solesmes possédait. Mgr l'archevêque d'Albi voulut bien, à ma sollicitation, écrire au R. Père Prieur Dom Paul Piolin, pour en obtenir une photographie. Le savant bénédictin fit mieux ; avec une complaisance dont nous lui sommes très reconnaissants, il vint nous l'apporter lui-même à Albi, où M. Prompt l'a photographié (2).
Trois choses méritent un examen attentif dans ce tableau, la peinture elle-même, les renseignements qu'elle fournit et son inscription. Il mesure vingt-trois centimètres
i. Dès lors qu'il existe des divergences entre les deux tableaux de Rome et de Solesmes, on peut tenir pour certain que la reproduction n'a pas été faite d'une façon strictement exacte et que le peintre a cru pouvoir se permettre quelques licences.
2. Le mauvais état du tableau ne permettant pas d'obtenir un cliché satisfaisant, M. Alliaud a préféré faire une reproduction à l'huile, qu'il a ensuite photographiée. M. Prompt, dont le zèle pour la gloire de sainte Cécile est des plus louables, a aussi fait une restitution du tableau de Solesmes, qu'il a reproduit en photographies de trois formats, grand, moyen et petit. On lui doit aussi les photographies-cartes de la statue coloriée, de la châsse nouvelle et de la chapelle où elles ont été toutes deux exposées.
L'événement principal est la statue exécutée d'après le même tableau par M. Monna, statuaire à Toulouse, qui l'a rehaussée de couleurs. Son interprétation, qui est autant artistique qu'archéologique, fait le plus grand honneur à son talent. La statue de la cathédrale d'Albi est de grandeur naturelle : il en a été fait des réductions pour le commerce.
3îconograpï)ic De sainte Cécile.
de largeur sur seize de hauteur et est peint à l'huile sur une, mince planchette de bois de sapin, légèrement bombée.
Ce n'est pas une œuvre d'art, tant s'en faut ; le peintre avait même assez, peu d'habileté, mais il est contemporain de l'invention et il a dû retracer, aussi fidèlement que possible, le spectacle émouvant qu'il avait sous les yeux. Sans doute, il n'a pas agi en archéologue et une reproduction de cette sorte se ferait actuellement tout autrement et avec une précision bien plus rigoureuse. Tous les dessins et gravures en sont là, on ne peut leur demander que l'a peu près et une interprétation scientifique devient dès lors nécessaire. C'était, je crois, un objet de pure dévotion : il a dû s'en mettre ainsi en circulation à l'occasion du jubilé de l'an 1600, qui suivit de près la découverte.
Le fond du tableau est noir. L'inscription, écrite sur sept lignes, se détache en blanc à la partie supérieure. Quelques lettres manquent, mais il est facile de les suppléer. Le style, la ponctuation surtout, dénotent une main et des habitudes romaines. Je reproduis intégralement ce texte précieux en tenant compte de l'inégalité des caractères.
CORPVS. S. C/KCILI.K. V. ET M. KOM.K TRVCIDATVM I1YMA TVMQVE, ANNO CCXXXI1 : SVB ALEXANDRO IMPBRATORE
AT
A. PASCHALI. r. PONT: MAX: [NVENTVM I k'ANM.A TVM. RECONPI-
[TVM. A NO I ) CCCXXI : PONT. V ITERVM A. CLEMENTE 8 PONT: MAX: [NTEGRVM. [NCORVPTVMQVE. ID