ANNO M - O -I -C -PONT- VIII
L'auteur des Recherches l'a copiée, t. I, p. 48 : on la chercherait en vain dans Forcella.
que c'est le corps de sainte Cécile, vierge et martyre, égorgée et inhumée à Rome, sous Alexandre Sévère, l'an 232. Cette date a été très controversée, Dom Guéranger et M. de R.assi la rejettent et le baron de Rivières en a proposé une autre d'après le martyrologe de la cathédrale d'Albi. Ceci soit dit en passant, uniquement pour mémoire.
La première invention est fixée à l'an 821, cinquième du pontificat de Pascal I, qui fit la translation et la déposition dans l'église de la sainte au Transtévère.
Une seconde invention eut lieu sous Clément VIII, huitième année de son pontificat,en 1 5QQ ou,épigraphiquement en 1600 moins un. Le corps est dit dans son intégrité et sans corruption. Les mots integrum (') et incorriiptum (2) doivent-ils être pris à la lettre ? Je ne le pense pas, car le cardinal Baronio (3), délégué par Clément VIII pour la constatation officielle, n'en parle point : il insiste surtout sur la conservation du cercueil de bois de cyprès, qui avait une bien moindre importance. Le cardinal Sfondrati, dans son inscription commémorative, emploie l'épithète integrum ; mais il ne dit rien de semblable sur le pitacium déposé à Pinte- * rieur de la nouvelle châsse. Il a pu exister une certaine intégrité des ossements, sans pour cela qu'elle atteignît aussi les chairs, qui, dans le tableau, sont encore comme
1. Le Martyrologe d'Évreux, de 1752, dit du corps de sainte Cécile : « Integrum s;cculo decimo sexto repertum. » {Recherches, t. III, p. 89.)
2. Heurier, dans son Panégyrique, prononcé en 1670, croyait à une intégrité miraculeuse du corps : « Dieu, son rémunérateur, qui a voulu conserver son corps virginal dans son intégrité, sans corruption, jusqu'à notre siècle. » (Recherches, t. III, p. 361.)
3. (( La supposition, le quantumvis exsiccatum que j'ai lu avec tant de peine dans Baronius, est d'autant pius hasardé, plus téméraire, plus ridicule que tout ce qu'il a été permis à ce cardinal et aux autres de voir et de découvrir, désignait une personne endormie. » (Recherches, t. III, p. 218.)
3)conograpl)te tie sainte Cécile.
vivantes. Il y a donc là certainement de l'exagération et la préoccupation du peintre est dès lors évidente : il a voulu faire une représentation capable d'émouvoir le spectateur et lui inspirer des sentiments de piété tendre et de dévotion expansive.
Situ, vestitu, habitu précisent l'attitude, le vêtement et le costume, quoique ces deux derniers mots paraissent de prime abord se confondre en tant que synonymes.
L'attitude nous était déjà connue par la statue de Maderno. Le tableau a avec elle quelques divergences qui s'expliquent naturellement. La statue est l'œuvre d'un artiste, qui, tout en respectant les grandes lignes, ne s'est pas gêné d'arranger les détails un peu trop à sa guise : la fidélité n'est donc pas absolue. Le peintre a plus de chance d'être resté dans le vrai. Je note le voile beaucoup plus long, la face visible de profil ou du côté gauche, l'épaule bien plus saillante, la tension des bras moins raide, l'absence de fibules à la robe qui est largement ouverte à l'encolure, le triple coup du glaive sur un cou plus allongé ('), l'anofulosité des genoux moins accusée et les pieds renversés. La sainte est bien étendue sur le côté droit, mais comme si elle ne pouvait s'y maintenir, étant prête à tomber en avant.
Le corps est de grande taille, un peu fort (2), ce qui contraste avec la figure, plutôt fine et moins étoffée.
Le visage, à cheveux noirs et courts, est rouge de sang, ainsi que la poitrine. Le voile,
1. Pompée de Launay affirme, avec André Palladio, qu'on « vit les marques du sang et les cicatrices de ses blessures », « ce qui est encore faux », exclame l'auteur des Recherches (t. III, p. 219).
2. Le P. Senault, de l'Oratoire, en 1658, dans son Panégyrique, dit •: « Elle inventait de nouvelles austérités, afin que perdant son embonpoint. »L'auteurdes Recherches ajoute : « Que sait-il si sainte Cécile avait de l'embonpoint? On peut être belle et très belle, sans être une .beauté turque. » (T. III, p. 364.)
enroulé autour de la tête ('), est d'un rouge indécis, avec double liseré jaune à l'extrémité flottante. Serait-ce le flammeum, qui devait son nom à sa couleur de flamme, ici non vive mais éteinte ? Y a-t-il des rayures d'or sur ce tissu ? On le croirait par endroits (2).
La robe habille le corps de la tête aux pieds. Largement ouverte à l'encolure, elle fait un pli sur la poitrine ; les manches ne sont pas précisément étroites et on dirait un repli à leur extrémité. Les genoux, en la serrant, la relèvent légèrement pour la ramener en avant ; elle enveloppe alors toute la partie postérieure. Sa couleur est vert foncé, qui blanchit aux parties lumineuses. Le tissu est coupé régulièrement de distance en distance par des bandes jaunes à reflets rouges, où deux lignes parallèles sont rejointes par des fils très espacés.
L'accord avec une des étoffes de la cathédrale d'Albi se fait sur ces trois points : le fond vert, pour ainsi dire même nuance ; les rayures, disposées en bandes étroites à des distances symétriques et la couleur même de ces raies, où je distingue en effet deux couleurs. La seule différence consiste en ce que les rayures sur le tableau sont ajourées, tandis que dans la relique elles sont opaques et épaisses. Mais il est probable que nous n'avons qu'une de ces raies jumelles.
Sur le fond vert, j'observe, par endroits, des fils tordus comme dans une broderie
1. Pompée de Launay avance que le cardinal Sfondrati « trouva le corps de sainte Cécile entier et couvert d'une robe brochée de soie d'or, les pieds nus, avec un voile à l'entour de ses cheveux, la face contre terre. ^(Recherches, t. III, p. 218.)
2. « Le flamme 'ics ou voile des nouvelles mariées étoit luteus, c'est-à-dire de couleur d'orange ou de safran.... Ainsi sainte Cécile en avoit un semblable le jour qu'elle épousa saint Valérien.
Lutea demissos velarunt flammea vulhis, dit Lucain, Pharsale, livre 2 ; et on lit dans Catulle :
Flavaque co?ijugio vincula portet amor. » (Recherches, t. III, p. 224-225.)
EXTRAIT DE LA REVUE DE l.'ART CHRÉTIEN. tSSS. — Ire LIVRAISON.
iconographie ht sainte Cécile*
qui fait un léger dessin. Ils sont jaunes, maigres, très irrégulièrement disposés. Ceci n'infirme pas notre attribution. Dès lors que le tissu est très clair, à jour même, il n'était pas impossible de voir à travers. Cette robe riche était un vêtement d'apparat, mais il y en avait une autre dessous, qui cachait le corps et faisait ressortir les fils verts. Pourquoi cette seconde robe n'aurait-elle pas été brodée ou tissée d'or ? Je la soupçonne à l'encolure, où elle apparaît en blanc et exactement appliquée à la robe supérieure; puis, aux manches, où le retroussis donne également du blanc et en bordure un filet jaune.
Sous la robe verte et sa doublure blanche, on observe, au côté droit de l'encolure, une pièce d'étoffe jaunâtre, qui s'arrête droit au milieu de la poitrine et ne se reproduit pas au côté gauche. La position sur la peau, la couleur propre, l'ampleur, nous font penser de suite à la tunicula intima dont nous possédons un notable fragment. Le peintre n'en a peint qu'une partie, parce que l'autre avait été enlevée. Le pape, en effet, n'avait pu détacher que la partie qui recouvrait le côté gauche, le seul libre, puisque l'autre adhérait au cercueil et que le corps ne fut pas dérangé de l'attitude où on le trouva.
Les pieds sont nus, sans même une simple sandale (').
Le corps est étendu sur ce qui semble, à première vue, un sol rougeâtre, où l'on croit distinguer comme deux cailloux et quelques brins d'herbe ; mais, tout bien examiné, je constate une étoffe avec des plis. Remontant plus haut, je vois, sous la partie supérieure, à hauteur de la poitrine, un autre tissu rou-
i. L'auteur des Recherches établit que les chaussures des dames romaines étaient des brodequins ou bottines. « Si les peintres modernes avaient étudié les auteurs classiques,.... ils ne leur eussent pas donné en particulier de simples sandales, comme fait Mignard à sainte Cécile. )> T. III, p. i86.j
geâtre, bordé de franges d'un blanc-jaune ; nous avons à Albi des franges de même nature, mais détachées de l'étoffe qu'elles ornaient. Au-dessus, des ondulations jaunâtres paraissent dénoter une passementerie.
Enfin, sous la tête, on remarque comme deux coussins rouges superposés, celui du dessus plus étroit (').
Quelques mots de critique ne seront pas déplacés ici comme conclusion de cet examen détaillé. A côté de renseignements très sûrs, comme X attitude générale, le costume, la nature même de Xétoffe, le tableau me paraît suspect, au point de vue de l'exactitude, sur plusieurs points.
Une preuve certaine qu'il a été arrangé, c'est que le peintre n'a pas pu voir le corps tel qu'il le représente. Il l'a peint de face, comme si la planche antérieure du cercueil n'existait pas, tandis qu'en réalité, il ne pouvait voir qu'en dessus, de haut en bas. La face alors ne devait pas être très apparente.
Puis la triple incision au cou, en trois endroits différents, ne paraît guère probable, même originairement. Elle est peu large et profonde ; un coup de glaive, bien asséné, devait produire une autre entaille, plus, développée dans tous les sens.
Le sang qui la colore semble aussi trop réaliste pour être vrai. D'ailleurs, comment ni Bosio, ni Baronio n'ont-ils constaté cette coupure (2) ?
J'irai plus loin. Le Liber pontificalis mentionne les lintcamina, qui se retrouvent
1. M. Monna a vu, comme moi, les cailloux et les coussins et il les a reproduits en conséquence sur le socle de sa statue.
2. Au siècle dernier, le corps de saint Piat, évêque de Tournai, fut transféré à Chartres, dans une châsse d'argent. « Les médecins et autres praticiens, tous les témoins en foule, ont trouvé son corps aussi entier que s'il était mort le jour même, quoique Rictiovare l'eût lait mourir sous Dioclétien. La couleur brune de sa peau se distinguait aisément, ainsi que la cicatrice du coup d'épée qui lui avait donné la mort. » {Recherches, t. III, p. 17.)
iconographie ht sainte Cécile.
à la seconde invention. Pourquoi le peintre les a-t-il omis aux pieds du cadavre ? Est-ce un oubli ou bien le tableau, si sombre, à cet endroit, ne laisse-t-il pas distinguer ce qui y aurait été au moins sommairement indiqué ? Cette lacune est regrettable, au point de vue de la confirmation de l'historique de la question.
Le tableau a été pris, le suaire enlevé. C'est pourquoi il n'y a pas trace d'un tissu léger et transparent, rayé de bandes d'or. En effet, pour bien voir le corps, il fallait nécessairement ôter ce qui le couvrait, comme ce voile jeté sur lui par respect pour la dépouille mortelle d'une illustre martyre.
Le cardinal Baronio a employé une expression, qui donne à réfléchir. Il dit que les vêtements déprimés, depressa, tracent les contours des membres qu'ils recouvrent.
Dans le tableau, les tissus sont, au contraire, comme gonflés et distendus par les chairs ; ce qui prouve, une fois encore, que l'exactitude photographique comme on dirait de nos jours, n'a pas été scrupuleusement observée. En effet, il est tout naturel que les vêtements se soient affaissés, le corps lui-même se modifiant par l'action du temps. L'aspect général devait être plutôt plat.
Enfin, l'anneau nuptial manque dans le tableau ('), comme dans, les récits contemporains. Le Génovéfain, auteur du manuscrit d'Albi, insiste sur ce détail de Yhabitus: « Dans les premiers temps, l'époux envoyait à sa future un anneau de fer et, dans la suite sous les empereurs, un anneau d'or. Ainsi on peut être assuré que sainte Cécile en portait un semblable, qu'elle a sans doute encore au doigt. » [Recherches, t. III, p. 190.)
1. Sainte Marcelle, qui vécut au IVe siècle, était une veuve romaine. Saint Jérôme la loue de 'n'avoir même pas conservé son anneau, parce qu'il était en or: « Nostra
vidua aurum usque ad annuli signaculum repudians. »
Ce fait est signalé comme exceptionnel et méritoire, mais rien ne prouve que sainte Cécile, après la mort de Valé- ■rien, ait enlevé son anneau nuptial.
«7 ES médailles qui furent frappées en 1 v 1599, à l'occasion de l'invention de sainte Cécile, ne représentaient pas plus les traits de son visage que le tableau de Carie Maratte, qui est dans son église, et la représente mourante. » (T. II, p. 542.) L'auteur anonyme des Recherches avait dû voir ces médailles de dévotion. Que n'en a-t-il parlé plus explicitement ? Des investigations à cet égard sont indispensables dans les collections publiques et privées. Jusqu'à présentée n'ai abouti à aucun résultat de ce côté, malgré les questions posées à divers amateurs.
LES attributs ont été imaginés pour laire reconnaître les saints à certains signes spéciaux et les différencier les uns des autres. L'iconographie cherche, classe et explique ces attributs, qui sont de deux sortes -.généraux, convenant aux saints de la même catégorie, et propres, c'est-à-dire réservés à un seul en particulier.
Le P. Cahier n'admet que six attributs pour sainte Cécile : « Ange, cou, familles saintes, groupe, harpe, musique ou orgues. (Caractér. des saints, p. 810.)» Il y en a bien davantage. Pour mettre un peu de méthode dans leur exposé, je crois utile d'introduire une quintuple division, suivant que sainte Cécile est considérée comme vierge, épouse, musicienne, martyre et glorifiée.
1. Le Bréviaire romain a adopté cette antienne dans l'office des vierges : « Haec est virgo sapiens et una de numéro prudentum ('). » Le XIIIe siècle, en sculptant
1. A la cathédrale d'Albi, un peintre italien a représenté, à la voûte de la nef, vers 1510, la parabole des vierges sages et des vierges folles.
A la cathédrale de Parme, les statuts capitulaires de l'an 1417 prescrivent les ornements blancs pour la fête de sainte Cécile : « In festo sanctse Caecilias virginis, paramenta alba », évidemment parce que la virginité dans le mariage semblait un fait plus considérable que le martyre. (Statuta Ecclesiœ Parmensù,p. 197.)
iconographie tie sainte Cécile*
le beau ciborium qui surmonte le maîtreautel de sainte Cécile, à Rome ('), lui mit en main, suivant la parabole de l'Évangile, une lampe allumée (2). Il y ajouta le voile, symbole de la modestie et de la pudeur; enfin, il la représenta agenouillée, dans l'attitude de la prière. A la même époque, Cimabué n'omettait pas sur la tête le voile, qui, dans la suite.a été constamment négligé, et à tort. Elle est aussi à genoux dans le haut-relief du plafond de Sainte-Françoise romaine (XVIIe siècle).
2. L'épouse se distingue d'une triple façon. Elle porte au front, dans la mosaïque du pape Pascal I, à l'abside de son église, au IXe siècle (3) et.sur le ciborium du XI I Ie, une couronne d'orfèvrerie, qui, sur la fresque du IXe siècle, au cimetière de saint Calixte, se change en un chapelet de perles. Valérien lui met au doigt Vanneau, gage de sa foi, dans la belle fresque de l'église du Divino A more, qui est du XVe siècle. Enfin, elle est habillée de riches vêtements : cyclade,
1. Ce ciborium est l'œuvre d'Arnolfo di Lapo, qui l'exécuta à la demande du cardinal Jean Cholet, évêque de Beauvais. {Revue de l'Art chré/., t. XX, p. 231.)
Il a été gravé dans les Annales archéologiques, t. XVIII, p. 265 et la Messe de Rohault de Fleury, Ciboria, pi. cxv. La sculpture représente deux prophètes avec des phylactères, les quatre évangélistes, la sainte Vierge, sainte Cécile, sainte Agathe, saint Valérien, saint Tiburce et saint Urbain. Élevé sur quatre colonnes, il offre, à chaque face, une ogive trèflée, surmontée d'un pignon à crochets, percé d'une rosace que soutiennent deux anges agenouillés. Quatre statuettes, abritées par des clochetons, se dressent aux angles : les sujets des écoinçons se détachent sur un fond de mosaïque. Un clocheton central fait pyramider le ciborium.
2. Parmi les Alcuini carmina est une inscription classée sous le n° 51, qui attribue les lis, les roses et la lampe aux quatre vierges Cécile, Agathe, Agnès et Lucie :
« C;ecilia, Agathes, Agnes et Lucia virgo : Hase istis pariter ara sacrata micat, Lilia cum rosis fulgent in vertice quarum Et lampas rutilât luce perenne simul ». A la porte de l'église de Sainte-Pudentienne, le XIIe siècle a sculpté sainte Praxède, une lampe en main : ►Ji OCCVRRIT SPONSO PRAXEDIS LVMINE CLARO.