‹ Iconographie de sainte CécileChapitre 8 sur 37 · Elle est frappée à la tête de trois · texte numérisé non relu

Elle est frappée à la tête de trois

1. Dans son interrogatoire, Cécile avait répondu à Almachius qu'elle était chrétienne. «Almachius prtefectus sanctam Caeciliam sibi praesentari jubet, quam interrogans ait : Quod tibi nomen est, puella ? Respondit : Caecilia, sed apud homines ; quod autem illustrius est, christiana sum » (Bartolini, p. 72).

2. Pinturicchio, au XVe siècle, a peint un tableau qui est maintenant au musée de Berlin et qu'a fait graver dom Guéranger, p. 375. Sainte Cécile est condamnée par un juge, assis à un tribunal; — elle est emmenée en prison par des soldats, — nue, moins aux reins, la tête découverte, les mains jointes, elle prie, plongée dans une chaudière, sous laquelle on attise le feu.

3. Pinturicchio et Raphaël, par une fausse interprétation du texte, ont été amenés à imaginer le supplice de la chaudière d'eau bouillante,traduisant trop littéralement le mot caldarhim (opposé ici au frigidarium, « in frigido loco »), qui signifie une salle chauffée à la vapeur. La Légende d'or autorise presque cette méprise pour qui n'est pas familier avec les usages de la Rome ancienne: «Tune iratus Almachius jussit eam ad domum suam reduci ibique tota nocte et die jussit eam in bulliente balneo concremari » (p. 776). M. Rohault de Fleury me communique deux planches de la vie de sainte Cécile qu'il a gravées, d'après les miniatures d'un manuscrit de la bibliothèque de Wallenstein (XIIe siècle). A ce passage : « Tune Almachius vehementer iratus jussit Caeciliam ad domum suam reduci et ibidem flammis balnearibus concremari », on voit sainte Cécile, nue, les cheveux- épars, le buste sortant d'une chaudière suspendue par une anse audessus des flammes. Le P. Cahier, dans les Caractéristiques des saints, omet donc à tort sainte Cécile au mot chaudière.

coups de glaive ('). « Hoc cum audisset Almachius, misit qui eam in ipso balneo decollaret; quam cum spiculator tertio ictu percussisset, caput ejus amputare non potuit » (p. 81).

15. De pieuses femmes étanchent son sang. Mourante, elle recommande au pape saint Urbain le soin des pauvres et la transformation de sa maison en église (2). « Sic autem seminecem eam cruentus carnifex

dereliquit Cujus sanguinem omnes bibu-

lis linteaminibus populi, qui per eam crediderant, extergebant. Per triduum autem quod supervixit, non cessavit omnes quos nutrierat et quos docuerat in fide Domini confortare; quibus et divisit universa quae habuitet sancto Urbanopapae tradidit commendatos, cui et dixit: Adhuc triduanas mihi poposci inducias ut et istos tuae Beatitudini traderem quos nutrivi et hanc domum meam in œternum ecclesise nomini consecrares » (p. 83-84).

16. Saint Urbain lui donne la sépulture (3). « Tune sanctus Urbanus papa, corpus ejus auferens cum diaconibus, nocte sepelivit eam inter collegas suos episcopos et martyres, ubi sancti confessores sunt collocati » (p. 84).

1. Dom Guéranger, p. 394, a donné une très belle planche du tableau de Jules Romain qui orne l'église de Sainte-Cécile. A genoux dans une salle de sa maison, les mains levées à la façon des orantes, les yeux dirigés vers le ciel, la jeune et belle martyre, les cheveux tombants sur les épaules, le cou paré d'un collier de perles et vêtue d'une double tunique, attend avec calme le triple coup de glaive que va lui asséner un bourreau vigoureux. Un angelot lui montre le ciel lumineux où elle entrera bientôt, tandis qu'un autre lui présente une palme et une couronne de fleurs, en signe de victoire.

2. Voir dans dom Guéranger, p. 402, la magnifique fresque du Dominiquin.

3. Fresque à Saint-Urbain alla Caffarella. — Francia a peint l'ensevelissement, à Saint-Jacques de Bologne (dom Guéranger, p. 404). Etendue sur un linceul, les pieds nus, couronnée de roses, habillée d'une robe qui laisse les bras nus, les mains croisées sur la poitrine, Cécile est déposée dans un sarcophage par deux fossores : le pape Urbain lui donne une dernière bénédiction.

iconographie tie mainte Céctle.

i y. Elle est assise en majesté (') et exaltée au ciel par les anges (2).

18. Elle apparaît au pape saint Pascal I pour lui révéler l'endroit précis de sa déposition (!).

APRES ce coup d'oeil d'ensemble sur une vie si bien remplie, venons aux détails.

Des peintures du portique de Sainte- Cécile, il ne reste plus que les deux dernières scènes, la sépulture et l'apparition. Comme j'en ai fait l'objet d'un mémoire spécial (4), je n'y reviendrai pas. Je dois seulement ajouter que nous savions par Dom Guéranger qu'une copie de toute la vie avait été prise, et qu'elle est actuellement conservée à la bibliothèque du palais Barberini (s). Mon regret est double, que l'illustre écrivain n'en ait pas dit davantage et qu'il me soit impossible de profiter par moi-même de ce renseignement, vu mon éloignement de

i. Tableau de Cimabué.

2. Fresque du Dominiquin. — Ce mode de représentation se Justine par les actes, lorsqu'ils racontent la mort des saints Valérien et Tiburce : « Récusantes (de sacrifier), ponunt genua, feriuntur gladio, projiciunt corpus mortale et gaudium suscipiunt sempiternum. Tune Maximus jurando asserebat, dicens : Vidi angelos Dei fulgentes sicut sol, in hora qua verberati sunt gladio et egredientes animas eorum de corporibus, quasi virgines de thalamo, quas in gremio suo suscipientes angeli remigio alarum suarum ferebant ad ccelos » (Bartolini, p. 60-62).

3. Fresque, à Sainte-Cécile, reproduite par Dom Guéranger. — Voir aussi Bartolini, p. 112; dans cette planche en couleur, la sépulture précède l'apparition.

4. L'apparition de sainte Cécile au pape saint Pascal I, en 821, et ses conséquences pratiques, dans la Revue de F Art chrétien, 1887, p. 285-307. Il en a été fait un tirage à part.

5. « Nous rapportons au XIIIe siècle et non au IXe, comme on l'a fait trop légèrement, les intéressantes peintures à compartiments qui ornaient autrefois le portique de la basilique de Sainte- Cécile et dont une seule a été sauvée. Les autres ne sont plus connues que par les dessins qu'on eut soin d'en prendre, avant qu'elles eussent totalement péri et qui se conservent dans la bibliothèque Barberini. Les gravures qu'en publia Bosio dans une édition des Actes de sainte Cécile sont très imparfaites.» (Dom Guéranger, p. 486.)

Rome. Cependant, pour y remédier, j'ai prié M. Lury, chapelain de Saint- Louis des Français, de vouloir bien étudier cette copie, à notre intention. Je suis heureux de reproduire ici textuellement sa description, en le félicitant de son zèle intelligent (').

« Après la reproduction des fresques de l'église de Saint-Urbain, se trouve la copie de celles de l'église de Sainte-Cécile. On lit en tête: Pitture aniiche nel Portico délia Chiesa di Santa Cecilia in Trastevere, sotto Pasquale primo (2). Copiate nel 1630.

« Le premier feuillet a pour rubrique: Imaghii di Santi incogniti. Il représente un reste de fresque, avec la partie supérieure du corps de deux saints et de deux saintes. — Sur un autre fragment, une sainte porte un livre dans sa main gauche.

« 2me feuille. Santo sopra fragmenti de vasi rotti. Santo legato ad un albero, in preda a fiere.

« 3me feuille. San Lorer.zo e San Stephatw.

« 4me feuille. Nozzedi Santa Cecilia. Dans une salle, ornée de peintures murales très curieuses et dans le genre des peintures usitées chez les Romains des premiers siècles (3), une longue table est dressée (*). A l'extrémité, à gauche, sainte Cécile, vêtue d'une tunique verte et d'une chlamyde d'or, est assise sur un siège élevé (5). Sa tête blonde est nimbée. Sur la table on remarque deux grands plats et des pains (6). Trois jeunes hommes et une jeune fille sont assis à cette table, dans des attitudes très variées. Trois jeunes gens

1. Pendant que je corrige ces épreuves, je reçois de M. Rohault de Fleury le premier tirage des gravures qu'il destine à son grand ouvrage de la Messe et qui reproduisent intégralement les dessins de la bibliothèque Barberini. Je ne saurais trop le remercier de sa bienveillante attention. De la sorte il me sera facile de contrôler la description de M. Lury, que je corrigerai en quelques endroits et que, sur d'autres points, j'accompagnerai de notes explicatives.

Les planches de mon docte ami sont au nombre de quatre, gravées par lui-même à l'eau forte. La date, inscrite en tête, est « XI Ie siècle » ; malgré cette autorité, j'incline encore pour le XIIIe, vu surtout les édifices élancés qui forment les fonds.

2. Ces peintures sont attribuées au IXe iècle, date dont j'ai contesté l'exactitude.

3. Trois grands corps de logis, à toiture cintrée, séparés par deux portes, aussi en plein cintre, avec voile pendant à une tringle et relevé sur le côté.

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