IL. 4, lreudophia lunarts, 4b. (Aberr, A
Fig. Houirte, & r Mignon M Migneaux col
Larentia Thophaceata. 155
aspérités et d’un vert blanchâtre. À mesure qu'elles grossissent, les teintes se prononcent de plus en plus et, vers le dix juillet, ces larves étaient parvenues à toute leur taille. Elles avaient alors certains rapports de mœurs, de forme et de couleurs avec la chenille d’Ablutaria leur congénère. L'une et l’autre de ces espèces ont deux éclosions par an, et, bien qu'elles se ressemblent beaucoup, les dessins de chacune de ces géomètres, différent cependant. L'insecte parfait de la Tophaceata à d'ailleurs des caractères constants qui ne permettent pas de croire qu'elle soit une simple aberration locale de l'Ablutaria.
Adulte, la chenille est cylindrique, un peu aplatie et faiblement carénée latéralement, avec les anneaux distincts. Le fond de la plupart des sujets est le verdätre clair avec les taches et les lignes mal indiquées ; la vasculaire seule est très-visiblement écrite en vert glauque ou vert bleuàtre, et encore ne l’est-elle que sur les anneaux du milieu; ceux du quatrième au dixième. Cette ligne est, sur chaque segment, interrompue aux trois quarts de leur longueur, et suivie alors d'une éclaircie parallèle à la seconde paire de points trapézoidaux, mieux marquée que la première. La sous-dorsale est à peine indiquée, ou n'existe pas du tout chez certains sujets. La stigmatale est représentée par un léger renflement ondulé et blanchätre formant la carène précitée. Les stigmates, proportionnellement gros, sont noirs et nullement cerelés. La tête est petite, globuleuse, testacée et marquée de nombreux points bruns. Le ventre est d’un vert obscur ou bleuâtre ; une large ligne continue et blanchâtre règne dans toute son étendue. Sur les 4°, 5°, 6°, 7° et 8° anneaux on voit, au tiers caché par le bourrelet de la stigmatale qui le recouvre , un gros point noir de forme à peu près ronde. La moitié du premier anneau est marqué en dessus de nombreux points noirs donnant naissance à des poils bruns très-courts. Les pattes écailleuses sont brunes et les quatre autres sont concolores avec la couronne foncée. Enfin le clapet anal est à peine formé.
Cette chenille varie en plus foncé que le type. Je l'ai nourrie avec les fleurs de plusieurs Rubiacées ; les Asperula et les: Galium. L’insecte,
depuis l'instant de sa naissance jusqu'à sa chrysalidation, vit sans cesse à découvert; ce qui n’a pas lieu pour la chenille de sa congénère l'Ablutaria (1). Elle s'élève sans peine et arrive facilement à bonne fin.
Vers le dix juillet, époque où cette larve a disparu dans la mousse, elle tisse une coque à claire-voie, dans laquelle, au lieu de se transformer immédiatement, elle est demeurée sans mouvement, Contournée en demi-cercle, jusqu'au 25 août environ. Le temps de la transformation proprement dite n'a pas duré plus de dix à douze jours. La chrysalide est allongée, lisse, luisante, d’un jaune vif, lavée de rougeàtre et de verdâtre sur la tête et à l'extrémité anale. La place des yeux est indiquée en noir, celle des incisions abdominales en verdàtre, et les stigmates en brun.
L'éclosion du lépidoptère est arrivée vers les premiers jours de septembre.
INSECTE PARFAIT
Envergure : 0",024 à 0",030.
Cette Larentia varie beaucoup, soit pour la taille, soit pour l'intensité des couleurs. Parmi les sujets de la même familie que j'ai obtenus ab ovo, il se trouve de grands individus que je considère comme le type de l'espèce; j'ai remarqué également d'assez petits exemplaires que je rapporte à la variété constante, la Molliculata, Gn.
Ce qui distingue la Tophaceata de certaines aberrations de l’Ablutaria, avec lesquelles on pourrait la confondre, ce sont les antennes simples du mâle; sans parler de la taille du type toujours plus grande que celle d'aucune Ablutaria.
(4) Iconog. I, p. 79,
Larentia Multistrigaria. 157
L'espèce a, je l'ai dit, deux générations : la seconde passe l'hiver en chrysalide.
J'ai pris contre les roches de Thiers (Puy-de-Dôme) des sujets de la variété Molliculata, Gn., très-obseurs, moins toutefois que certains individus sombres que j'ai rencontrés près d’Ax-sur-Ariége, en mai et en juin, où l'espèce, type et variétés, sont fort répandus aux environs de la ville.
La Tophaceata, qui n’a jamais été prise dans la plaine, se fixe pendant le jour contre les rochers placés au nord. Elle est d’une grande vivacité, extrèmement farouche et, par conséquent , se laisse difficilement approcher par le chasseur. Elle n'est pas très-répandue en France.
Cette Larentia à été prise dès les premiers jours de juin à Saint- Sauveur (Haut.-Pyr.). Gn. Elle est assez commune dans les Alpes vers le 25 juillet (Lah.).
Enfin, je l’ai trouvée à la Grande-Chartreuse (Isère), où elle affect'onne dans les chemins creux, le dessous des rochers qui surplombent, qui sont couverts de végétation et où elle demeure appliquée pendant son sommeil.
Larentia Multistrigaria.
Haw. p. 306. — Steph. IE, p. 212. — Wood. 548. — Herr-Sch. p. 160, fig. 196, 197, 329. — Gn. 270. — Stgr. Cat. 506. (Aberr. Olbiaria (4) Micr.)
(PL. 68, fig. 5 à0.)
On pourrait tout d’abord considérer cette race comme tout à fait distincte du type, tant elle a l'air de s’en éloigner par la blancheur
(1) Du latin Olbia ; nom primitif de la ville d'Hyères.
plus ou moins gris bleuâtre du fond et par les lignes nébuleuses de ses quatre ailes. Pendant longtemps j'ai cru nouvelle cette variété constante : j'étais induit en erreur par la teinte argileuse des ailes, chez la Multistrigaria d'Angleterre, et par les lignes transversales toujours bien écrites; caractères qui n'existent jamais chez la variété que je vais décrire. Les premiers états de cette aberration sont demeurés ignorés jusqu'à ce jour ; je les raconterai aussi complets que possible.
Ce n’est que lorsqu'on connaitra la chenille de la Multistrigaria type, qu'on saura si j'ai eu tort ou raison de ne pas voir en cette race méridionale une espèce distincte.
La Var. Obliaria doit être celle que Duponchel à rapportée à la Nebulata, Tr. (Sup. IV, p. 384, fig. 2.)
Au commencement de janvier de cette année, mon collègue et ami, M. Emmanuel Martin m'adressait d'Hyères une quinzaine d'œufs de la Multistrigaria, pour me mettre à même d'essayer l'éducation de la chenille. Ma tentative, ainsi que je vais le dire, a été couronnée de succès. Les œufs de cette intéressante variété sont ovalaires, granuleux et d’un jaune blanchâtre ; quarante-huit heures après ils sont devenus d'un rouge obscur, et entièrement bruns la veille de l’éclosion des larves, qui est arrivée le vingt du même mois de janvier. Après de nombreux et infructueux essais, je m'assurai que les feuilles récemment développées des Galium (1) convenaient à cette délicate chenille, et je soupçonnai que ces plantes devaient être sa nourriture à l’état libre.
Au moment de son éclosion elle est médiocrement allongée, trèsvive, jaunâtre, avec une large vasculaire d’un vert indécis.
(1) A cette époque de l’année, j'habilais Cannes, où les plantes basses ne gèlent jamais.
Larentia Multistrigaria. 159
Au commencement de mars, cette larve avait atteint sa troisième mue; cependant elle avait grossi lentement et son éducation avait été difficile (1). Elle est alors, pour la couleur du fond et la disposition des lignes, ce qu’elle sera plus tard. Ce n’est que vers les premiers jours d'avril qu'elle a atteint toute sa grosseur.
Adulte, la chenille de cette variété Olbiaria est cylindrique, rase et sans aucune aspérité, peu allongée, avec les anneaux distincts. Sa couleur est le carné rougeûtre largement lavé de blanchâtre ardoisé dans la partie antérieure, et surtout à la hauteur de la stigmate. Elle présente, en outre, de nombreuses lignes longitudinales et continues assez mal indiquées, dont deux principales occupent de chaque côté, l'espace qui sépare la vasculaire de la stigmatale ; celle-ci, la seule qui soit bien marquée, est très-large, ondulée, continue et d’un blanc rosacé. La vasculaire est fine et brune. Ces diverses lignes aboutissent au clapet anal qui est mal formé. Les stigmates sont gros, ronds et noirs ; ils sont suivis, à la même hauteur, d'un gros point brun rougeûtre; la peau, vue à une forte loupe, à un peu l'aspect d’un granit gris-bleu. Le dessous est d’un blanc bleuâtre ; il présente aussi plusieurs lignes indécises : celle du centre, qui règne du quatrième au neuvième segment, est fine, brune et liserée de chaque côté d’un filet clair. La tôte est aussi haute que le premier anneau et, au repos, à moitié cachée ; elle est concolore et maculée de nombreux points noirs, avec les mandibules et ocelles noirs. Les incisions sont d’un carné prononcé et les points pilifères sont indiqués en brun. Les dix pattes sont de la couleur du fond; les écailleuses ont le premier article foncé et les autres sont maculées extérieurement de plusieurs points brunûtres.
L'espèce n'appartient pas seulement aux environs d'Hyères; j'ai en effet trouvé cette année près de Cannes plusieurs cheniles de cette aberration constante, jeunes et adultes, sous des touffes de Galium
(1) J'avais perdu plus du tiers de mes chenilles,
cruciatum, Lap. Ainsi que celles que j'ai élevées ab ovo, elles ont été lentes à grossir.
A la mi-avril environ, la chenille voulant se chrysalider, rassemble quelque tiges d'herbe sèche qu'elle lie au moyen de fils de soie et, dans cette coque légère, se transforme en moins de huit jours.
La chrysalide est médiocrement allongée, d'un rougeñtre foncé et mat, presque brun, avec la gaine des antennes et celle des ailes proéminentes. La pointe abdominale est longue et très-aiguë ; elle est précédée d’un gros bourrelet noir relativement plus pro— noncé que chez les autres chrysalides de Larentia. L'éclosion de l'insecte parfait n'arrive habituelle nent qu'à la fin du mois de novembre; elle se prolonge pendant les mois de décembre et de janvier. L’insecte a, de cette façon, passé le printemps, l'été et une partie de l’automne en chrysalide.
INSECTE PARFAIT
Envergure : 0,030 à 0",032.
Cette Phalénite a les ailes plus aiguës à l’apex que chez ses con— génères l'Austriacaria, H.-S., et la Nebulata, Tr. Elle est un peu plus grande que la première et elle est de la taille de la seconde. Les supérieures sont grises ou gris bleuâtre, n'ayant d'un peu visible que les deux lignes basilaires et coudées qui sont presque droites; cette dernière n’est pas denticulée. Ces lignes sont assez larges, d'un gris bleuâtre et ne sont bien indiquées que par le présence de la ponctuation nervurale noirâtre. Deux autres bandes , l'extrabasilaire et la subterminale, passeraient presque inaperçues si elles n'étaient limitées par la même ponctuation noiràtre. La frange est étroite et concolore; elle est précédée d'un double point noir bien marqué qui accompagne chacune des huit nervures. Les secon-
Larentia Multistrigaria. 161
des ailes sont de la couleur des premières et, de plus, très-faiblement teintées de gris bleuâtre au bord; le plas souvent elles n’ont pas la ligne transversale, mais lorsque cette ligne existe, elle e:t nébuleuse, continue, arrondie au milieu, et jamais coudée. Le contraire arrive chez l'Austriacaria et chez la Nebulata où la ligne coudée, aux inférieures, est toujours anguleuse et bien écrite. Les quatre ailes présentent le point cellulaire, mais on a de la peine à le distinguer tant il est petit. Le dessous est aussi d'un gris bleuàtre, mais il est un peu plus foncé que le dessus. Les supérieures sont traversées par la coudée, qui est plus prononcée qu’au revers; elle est continue et précédée du point cellulaire bien indiqué aux quatre ailes, alors que ce point l’est à peine en dessus. Les inférieures sont de la couleur des supérieures et laissent voir deux lignes transversales fines, mais bien marquées. Les antennes sont fortement ciliées, à lamelles fines couchées le long de la côte ; les palpes dépassent à peine le front qui est blanc; les yeux sont noirs. Le thorax est grèle, unicolore et un peu crèté; l'abdomen est long, mince, gris, blanchätre ; les pattes sont assez longues, grises, avec des tarses aux postérieures médiocrement longs.
La femelle est semblable au mâle par la couleur et la disposition des lignes; mais elle est un peu plus petite; les antennes sont sensiblement crénelées; l'abdomen est renflé et finit en pointe.
L'Olbiaria n’a, comme on l'a vu, qu'une seule génération. Elle appartient à l'extrême midi de la France, et Hyères parait être sa véritable patrie. Dans les mois de décembre et de janvier elle est fort répandue aux environs de cette ville. M, Martin me mande qu'il l'a prise fréquemment en hiver, pendant le jour, appliquée contre les roche:s qui dominent la ville. Avant cette communication, nous l'avions prise assez souvent, feu Bruand-d'Uzelle et moi, en chassant à la lanterne, à la fin de décembre et jusqu’au milieu de janvier. Elle était alors posée sur les p'antes, les ailes relevées à la manière de certaines Phalènes diurnes; notamment la Psodos Alpinata et la Stenia Clathrata.
Enfin, je dois ajouter, pour compléter les détails de mœurs de cette intéressante Larentia, qu'un mâle, éclos chez moi, en même temps que deux femelles, m'a procuré un double accouplement, et que ces deux femelles ont pondu cent cinquante-trois œufs fécondés.
Cette espèce déposeses œufs çà et là, et neles azglomère jamais ; en est-il de même dans la nature ? Le mâle a vécu huit jours, et les deux femelles, l’une douze, et l'autre quinze jours. L’éclosion de l’insecte parfait arrive toujours entre neuf et dix heures du matin.
Cette variété constante a été en outre prise aux environs de Marseille (Dard.), dans la campagne de Nice (Risso). En décembre 1864, je lai prise moi-même une fois aux portes de Cannes, pas trèsloin de la mer, appliquée contre les rochers.
Elle a été souvent envoyée aux lépidoptéristes sous le nom de Nebulata; c'est une erreur qu'il convient de rectifier.
Pseudopliia Kliumaris, Hs.
(Aberr. A, MILL.)
(PL. 68, fig. 9.)
Cette espèce méridionale varie pour la couleur, plus peut-être qu'aucun autre lépidoptère.
Une des plus remarquables aberrations de l’Ilunaris est sans contredit celle que je fais figurer, voici sa description sommaire :
Sur les ailes supirieures, le gris de poussière aspergé de nombreux atomes bruns, est remplacé par une couleur argileuse où mieux une teinte ocro-argileuse très-caractéristique. Les lignes médianes manquent, et la troisième est à peine indiquée au sommet. Cepen— dant les ailes inférieures rappelleraient le type par leur bord terminal foncé,
Annales dela Soucté Linnéenne de Lyon 15€ Lior Annee 1865. PL 6
IL. £ - Anéorrar f Il ep sat FPropurquell r IV a rtyna Aanthenes 7
Enp Houvrte, 5 r Manon He Migneaux, Col
Gelechia Acuminatella. 163
Cette curieuse variété accidentelle que je désignerai par la lettre A. provient des environs de Montpeilier; elle fait partie de mon cabinet.
Je possède une autre aberration de l’Illunaris, qui est aussi fort intéressante. Chez celle-ci le fond est d’un blanc mat très-faiblement argileux sur lequel se détachent en brun les trois lignes ordinaires, assez mal écrites d’ailleurs. Les inférieures sont de la couleur des premières ailes, et à peine tachées de gris au bord terminal.
La chenille de cette Pseudophia vit non-seulement en septembre et en octobre sur les divers Tamarix de la Provence, mais on la rencontre en été tout aussi abondamment. J'ai élevé plusieurs fois la chenille en juin ; celles de cette époque éclosent en août et en septembre, et la seconde génération passe l'hiver en chrysalide.
J'ai fait la remarque qu'on rencontre cette larve plutôt sur les Tamarix qui bordent la mer ou les lacs salés, que sur ceux qui sont éloignés du rivage.
Gelechia Acuminatella.
Sircom. Zoologist. 4850, App. 72. — Douglas, Trans. ent. Soc. London. vol. i, N. S., p. 242. — Staint. Inst. Brit. Lep. Tin., p. 113. — Herr.-Sch. Cat., p. 49. — Stgr. Cat. 1576. — Staint. vol. IX, p. 4, pl. IV, fig. 2. = Gelechia Cirsiella, Sta. Sup. Catal. Brit. Tin., p. 4.
Une plante commune un peu partout en France, le grand chardon, (Cirsium lanceolatum, L.), nourrit, à ma connaissance, cinq espèces de chenilles qui, toutes sont de genres bien différents (1). L'une de
(1) Sans parler de deux ou trois larves de Diptères ou Hémiptères, dont j'ai remarqué le passage sur le Cirsium, et qui ont dû se nourrir de la feuille.
ces chenilles vit de la racine de la plante, l’autre vit dans l'intérieur de la tige, deux autres se nourrissent aux dépens du parenchyme des feuilles, mais d’une manière différente, ainsi que je le dirai. Et enfin, la cinquième établit son domicile au sommet, dans le cœur même de la fleur. L'une de ces chenilles, celle de la Myelois Cribrella, Tr., vit, on le sat, dans les grosses tiges du Cir. lanceolatum ; elle s'y creuse de longues galeries tout en dévorant la moelle abondante, sa seule nourriture, et passe l'hiver pour ne se transformer en chrysalide qu'au printemps de l’année suivante. Cette larve, dis-je, est depuis longtemps connue, je n’en parlerai donc pas davantage. Je ne dirai aussi que peu de mots de celle de la Phycis Nebulella, W.-\. (Homocosoma N'ebulella, S. V. — Hb. 157? — Stgr. 516) qui vit au sommet de la plante, dans la tête du chardon dont elle ronge la base des fleurons placés sur le réceptacle (1). C’est des trois autres espèces, dont les mœurs sont lout-à-fait ignorées, que je veux entretenir mes lecteurs. Je commencerai par la Gelechia Acuminatella , Sircom.
Elle serait cylindrique si elle n’était faiblement aplatie en dessous; vue à une forte loupe, elle parait plissée et rugueuse. Sa couleur est le verdâtre glauque livide. On ne voit pas de lignes, si ce n’est le tube intestinal qui se montre sous forme d’une bande large, continue, d’un vert foncé, à la place de la vasculaire absente. La tête est lenticulaire, d'un jaune rougeûtre, avec les ocelles et mandibules indiqués en brun. Le premier et le dernier anneaux sont recouverts d’une plaque écailleuse brune; celle du premier anneau est partagée en deux par
(2) Cette chenille a été observée pour la premiére fois par M. Tischer sur l'Aster chinensis, qui, comme Duponchel l'a judicieusement fait observer, ne doit pas être la seule plante dont elle se nourrit (X, p. 198).
Gelechia Acuminatella. 165
un sinus, et séparée de la tête par un collier blanchâtre. La plaque du dernier segment est relativement petite et allongée. Les pattes antérieures sont d’un noir de jais, les ventrales et anales sont concolores. Les trapézoïdaux, qu'on ne distingue pas sans loupe, sont blancs. Le ventre est d’un vert livide et n’a pas de lignes. Les poils sont elair-semés et blanchâtres.
Cette petite larve peut être considérée comme mineuse; on la rencontre Lon-seulement sur le Cirsium lanceolatum; mais plus fréquemment peut-être sur le Carduus nutans qui nourrit quelques fois lui-même la chenille de la Depressaria Propinquella, dont je parlerai bientôt.
Ce n’est que vers le 45 mai qu'il faut chercher la chenille de la G. Acuminatella; elle à cela de particulier qu’au lieu de se loger entre la pellicule inférieure d’une feuille et le parenchyme, ainsi que le fait celle de la Propinquella, c'est toujours sous la pellicule supérieure. Elle ne vit que de la matière colorante de la feuille, sans attaquer jamais l’'épiderme protecteur qui la recouvre; paresseuse et nullement frétillante, elle ne se déplace que difficilement. Son éducation est facile et réussit presque toujours. La métamorphose arrive vers la fin de mai; deux jours avant cette importante opération, la petite larve, de verte qu’elle était, passe au jaune ocreux, et les anneaux sont teintés, dans la partie dorsale, de carminé obscur; le ventre cependant reste d’un vert jaunâtre. Le plus souvent la transformation a lieu dans les plis d’une feuille, au centre d’une petite coque en soie d’un blanc jaunâtre. L’éclosion de la Tinéide a lieu vers le 15 ou 20 juin.
INSECTE PARFAIT
Il a un faux air de la Gelechia Terrella, S. V. Les ailes supérieureures sont allongées, étroites et très-aiguës à l’apex, d’un brun
ocracé uniforme et sans taches ou dessins appréciables ; ces ailes sont seulement saupoudrées d'atomes brunâtres, irrégulièrement placés. Les postérieures sont étroites et allongées, à angle anal presque nul, gris foncé, luisantes et garnies de longues franges soyeuses et concolores. Le dessous est sans dessins, mais la teinte est plus chaude et plus luisante qu'en dessus. La tête, le thorax et l’abdomen sont de la couleur des ailes.
Ce petit lépidoptère qui ne varie pas, est très-vif; il se cache soigneusement pendant le jour.
J'ai pu m'assurer que cette Gelechia n'a qu'une seule génération par an, au moins dans nos environs; ef, bien que commune, elle est restée, à cause de l’uniformité de sa parure, inconnue pendant longtemps ; ce n’est que depuis peu d'années qu'elle a été décrite pour la première fois.
Obs. En commençant cet article, je ne pensais pas que cette Tinéide fut connue sous ses premiers états, lorsque, peu de jours après, M. Stainton, de Londres, m'a mandé qu'il venait de publier les mœurs de cette Gelechia dans son IX° volume (1865), en restituant à l'espèce, à l'exemple de M. Douglas, le nom d'Acuminatella, Sircom, primitivement imposé dans le Zoologist (1850).
Cette Gelechia, paraitrait-il, fut, la même année, baptisée Cirsiella par M. Stainton qui la croyait inédite, dans son catalogue supplémentaire des Brist. Tineidae.
En 1852, M. Douglas rectifia la synonymie de ce petit lépidoptère et lui rendit, dans les transactions de la Société entomologique de Londres, son nom primitif de Gelechia Acuminatella, qui fut définitivement adopté.
Conchylis Andorrana. 167
Conchylis Andorrama (1), Mixx.
(Pi. 69, fig. & et 5.)
Envergure : 0",019 à 0",020.
Cette Conchylis est de la taille des grands exemplaires de l’Hilarana, Herr.-Sch., fig. 92, dont elle a assez la coupe d'ailes, mais elle n’a nullement sa couleur.
Les supérieures sont étroites, allongées, presque rectangulaires , aiguës à l’apex, d’un jaune paille très-clair, luisantes, avec deux bandes obliques, parallèles, ocreuses, placées sur le milieu de l'aile, ne touchant pas à la côte et venant aboutir au bord interne où elles se réunissent. Vues à une forte loupe, ces bandes paraissent tachées d'atomes bruns placés çà et là, mais principalement au sommet et à la base. Enfin, à la hauteur de la l'gne basilaire on voit une tache d’un ocreux très-chaud, de forme indécise et qui touche à la naissance de l'aile. La frange est médiocrement longue, concolore, et n’est nullement précédée de liséré ou de points nervuraux, les ailes inférieures sont larges et arrondies, aiguës à l’angle supérieur, d'un gris fuligineux, luisantes, et sans lignes transversales; la frange est plus longue qu'aux supérieures ; elle est d’un jaune très-clair. En dessous, les premières ailes sont d’un gris foncé presque noir avec des traces d'éclaircie au centre et au bord subterminal; les franges sont d’un jaune-paille. Si les supérieures ont perdu, en dessous, leur couleur paille du dessus, les inférieures, au contraire, de fuligineuses qu'elles sont, paraissent, au revers, d'un jaune très-clair presque blanc. Les antennes sont
(4) Qui rappelle la patrie de cette Platyomide nouvelle. Je l'ai en effet prise pour la première fois, à la frontière nord de la vallée d'Andorre.
courtes, à peine pubescentes, jaunes en dessus et brunes en dessous. Les palpes sont longs, aigus, horizontaux, d’autres fois incombants ; ils sont recouverts d’abondantes plumulles jaunâtres. La tête est surmontée de larges écailles concolores; les yeux sont gros, ronds et noirs; le thorax participe de la coulear des premières ales ; l'abdomen est effilé, conique, garni à l'extrémité d’une touffe de plumulles jaunàtres. Les pattes sont longues, jaunes, munies de deux paires de tarses aux inférieures.
J'ai pris un certain nombre de mâles de cette nouvelle Conchylis, mais pas une femelle; je ne puis donc rien dire de cette dernière que je ne connais pas.
L'Andorrana varie d’une manière assez sensible ; j’ai capturé dans les mêmes lieux que le type, un sujet en bon état de conservation que je rapporte à cette espèce.
Il est de la grandeur du type; il s’en distingue par l'absence de toutes bandes ou taches aux premières ailes. Les inférieures, le dessous des quatre ailes, le thorax et l'abdomen sont entièrement sem-— blables à l'espèce ordinaire.
Il est une seconde aberration qui se présente avec les mêmes caractères que le type ; elle est seulement d’un bon tiers plus grande.
J'ai pris la C. Andorrana dans les montagnes de l'Ariège, à la frontière de la république d'Andorre ; j'ajouterai que je l'ai reprise sur les coteaux bien exposés des environs de la petite ville d'Ax-sur- Ariège. On la fait voler à la fin de mai, en battant pendant le jour les genêts et les fougères.
Dans le Systema Lepidopterorum Europæ de M. Herrich Schæffer, la Conchylis Andorrana sera placée après l'Hilarana de cet auteur, et, dans le Catalogue de M. Staudinger, elle portera le n° 730 bis.
Depressaria Propinquella. 169
Depressaria Propinquella,
Treits. — F. R. p. 33, fig. 3. — Ev. Zitte. — Stgr. Cat. 1453. = Var. Gilvosa, Haw. — Yeatiella, Hb. 418.
(PI. 69, fig. 6 à 9.)
L'œuf a dû être déposé à l’aisselle d’une feuille radicale; il éclôt vers le milieu d'avril de l’année suivante, alors que la nouvelle plante commence à se développer. Aussitôt éclose, la petite chenille perce la feuille, s’introduit sous l’épiderme et ronge lentement le parenchyme. Elle est d’abord d’un blanc d'os, sauf la tête qui est noire ; elle grossit assez vite et, vers le quinze mai, arrivée à sa troisième mue, elle passe au vert d’eau. Jusqu’alors cette larve vit à la manière des mineuses, c’est-à-dire que, placée entre les deux pellicules, elle se nourrit de la matière colorante de la feuille, sans jamais abandonner sa retraite qu’elle agrandit à mesure qu’elle prend du dévelopement. Au vingt ou vingt-cinq du même mois, elle à atteint toute sa taille. Elle est cylindrique, rase, à peine atténuée aux extrémités et faiblement aplatie en dessous. Des lignes ordinaires, on ne voit que la vasculaire qui est indiquée en vert plus prononcé que le fond ; et encore ne voit-on bien cette ligne que sur les premiers et les derniers anneaux. Le dessous est d’un vert très-clair et uniforme. La tête est cordiforme, un peu aplatie, d’un noir de jais et luisante ; le premier segment est surmonté d’une plaque écailleuse large, noire, luisante et appuyée à l’incision. Je n’ai pu distinguer les stigmates, les trapézoïdaux, ni azcun des points pilifères. Les seize pattes sont bien développées et concolores; les écailleuses ont le dernier
article rougeûtre. C’est une chenille très-frétillante, qui s'échappe avec une grande facilité lorsqu'on croit la saisir, et cela par l’une des deux ouvertures qu'elle s’est ménagée aux extrémités de la lon gue galerie contiguë à la côte principale, qu'elle a formée dans l'épaisseur de la feuille même. Parvenue à l’âge adulte, elle ne se contente plus du parenchyme; le plus souvent elle ronge la feuille dans toute son épaisseur et la troue de part en part.
Cette larve, bien que de genre différent de celui de la G. Acuminatella, à des mœurs à peu pres identiques aux siennes; pourtant j'ai presque toujours vu celle de la Gelechia logée dans les feuilles supérieures de la plante, tandis que la chenille de la D. Propinquella s'établit de préférence dans les feuilles placées près du sol. Du reste, ces deux larves paraissent assez peu s’accommoder du voisinage l’une de l’autre, car ce n’est que très-rarement qu'on les voit habiter le même pied de Cirsium.
Au moment de la chrysalidation, la chenille de Propinquella passe au jaune isabele, et la ligne dorsale qu'on avait eu de la peine à distinguer avant, devient, ainsi que la sous-dorsale, d’un rougeàtre vineux. Pour se transformer elle se fixe quelquefois dans les feuilles, mais le plus souvent elle descend de la plante, cherche dans le voisinage un lieu propice, file une soie blanche dont elle forme une coque serrée et solide et se métamorphose trois jours après. La chrysalide est allongée, rougeàtre avec l'enveloppe des ailes brune ainsi que l'extrémité abdominale, qui est garnie de crins courts, raides, bruns et recourbés en hameçon. L’enveloppe des ailes est proéminente et plus claire que le fond; celle de la tête est plus ou moins brunâtre.
Cette Depressaria éclôt depuis le dix jusqu'au vingt-cinq juin ; son développement n’a jamais lieu que le soir à la tombée de la nuit.
Depressaria Propinquella. 171
INSECTE FARFAIT.
Envergure : 0,016 à 0,017.
Les ailes supérieures sont allongées, rectangulaires avec la côte un peu arrondie et l’apex obtus ; elles sont d’un gris roussâtre , recouvertes d'un sablé noir de grosseur inégale. Le centre de l’aile est occupé par un très-gros point noir précédé de deux points de même couleur, mais qui sont comparativement très-petits. La frange est précédée elle-même d’une ligne de points noirs qui ne sont pas toujours bien marqués. Les ailes inférieures sont arrondies, d'un gris luisant et sans lignes ; les franges sont longues et soyeuses. Les antennes, les palpes, la trompe et l'abdomen ont, tous, les caractères des espèces congénères; la tête et Le thorax participent de la couleur des ailes supérieures.
La femelle ressemble au mâle.
Ainsi que les e pèces du même genre, la D. Propinquella se cache dans les lieux très-sombres; en sorte qu'il serait fort difficile de la trouver si on ne la faisait déloger de sa retraite en frappant sur les plantes ou les troncs d'arbres dans les gerçures desquels l’insecte disparait complètement.
On pense généralement que cette Depressaria à deux éclosions par an; je ne crois qu'à une seule génération. Lorsque le Cirsium qui nourrit la chenille à passé fleur, on ne rencontre plus la chenille ; cependant si la plante a été retardée dans son développement par la hauteur du lieu où elle croît, ou par toute autre cause, on trouve des chenilles alors que depuis longtemps l’insecte parfait a disparu. Ce retard exceptionnel chez certains sujets, ne doit pas faire croire pour l'espèce à deux éclosions.
Partout où croit le grand chardon, vit la Propinquella. Je l'ai trouvée dans le Bugey; dans la Haute-Saône, près de Gray ; aux environs d'Autun (Saône-et-Loire). Elle est fort commune ici, le long des chemins où abonde le Cirsium.
Duponchel, qui n'avait jamais trouvé la D. Propinquella en France, la considérait comme de Bohème. (Cat. mêth., p. 335.)
Gortyna Xanthenes.
Germ. Faun. XXIE, pl. 22. — Gn. VII, p. 121. — Herr.-Sch. 119. — Gn. V. p.121. — Stgr. Cat. 425.
(PI. 69, fig. 10 et 41.)
La connaissance de la chenille de cette rare Apamide, vient confirmer, à peu de chose près, ce que l’auteur du Species a dit des larves du genre Gortyna.
La chenille de la G. Xanthenes vit, ainsi que celle de sa congénère la Flavago, non dans l’intérieur des tiges de certaines plantes, mais plutôt dans leurs racines, ou mieux encore, mêlée aux racines ellesmêmes.
La forme et l'aspect de cette chenille sont assez semblables à ceux de l'unique espèce précédemment observée. Voici la description de cette larve inédite.
Elle est allongée, cylindrique, d’un jaunâtre livide, lavée de rou— geâtre dans la première moitié de chaque segment ; les trapézoidaux et autres points pilifères sont vivement indiqués en brun. Elle présente en outre, sur le premier anneau, une large plaque ou écusson écailleux, noir, en forme de croissant partagé par un sinus étroit et concolore. Le dernier segment est aussi recouvert d'une plaque écailleuse noire, mais moins large que celle du premier anneau.
Gortyna Xanthenes. 173
La base des pattes anales présente également une tache d’un noir luisant, qu’on pourrait croire écailleuse.
Des lignes ordinaires, on ne distingue qu'imparfaitement la stigmatale, qui est étroite, rougeûtre, à peine ondulée, et au milieu de laquelle reposent les stigmates qui sont petits, elliptiques, grisàtres et entourés de trois gros points foncés. Le ventre, qui est plus clair, n’a pas de lignes. Les poils sont fins, brunâtres et fort courts. La tête est petite, globuleuse, d’un fauve rougeûtre et luisante, avec les mandibules et les ocelles noirs. Les pattes écailleuses sont unicclores, avec le dernier article noir et luisant. Les ventrales, également concolores, ont la base brune, ainsi que la couronne.
M. Staudinger, qui a découvert cette chenille, m'écrit qu'il l’a recueillie en Andalousie, où elle vit au printemps et en été dans les racines d’un grand chardon (1), de même que dans celles de plusieurs artichauts, les Cynara scolymus, L, et carduncellus, L. qui, en Espagne, ainsi que dans le midi de la France, sont cultivés en pleine campagne.
La chenille se change en chrysalide en août, et éclôt en octobre ou en novembre de la même année.
INSECTE PARFAIT
Envergure : 0,046 à 0",048.
Cette Gortyna est, on le voit, presque aussi grande que sa voisine la Lunata, Frey. Est-ce une espèce distincte de cette dernière ? Ne serait-ce que la simple Var. Borelü, Pierr. ? On ne pourra rien affirmer tant que la chenille de là G. Lunata ne sera pas connue. Dès aujourd’hui on peut cependant reconnaitre chez la Xanthenes plusieurs caractères qui doivent la séparer de la Lunata ; ne serait-ce que les
(1) Que je suppose le Cirsium lanceolatum ou le C. fuberosum, Risso.
antennes du ©”, moins fortement crénelées que chez cette dernière espèce, et les ailes inférieures sans trace de ligne transversale ; celle-ci, chez la Lunata, est des mieux indiquées.
La G. Xanthenes a les ailes supérieures allongées, presque rectangulaires, aiguës à l’apex. Le fond est d’un argileux foncé sur lequel se détachent en jaune ocracé, la ligne coudée, l’espace médian, les lignes basilaire et subterminale, et enfin les trois taches ordinaires qui ne se distinguent du fond que par un trait brun et délié. Les ailes inférieures sont proportionnellement très-grandes; elles sont d'un gris terreux tirant sur le vio'âtre, avec une bande terminale et la frange plus claire. On ne voit nulle trace de la ligne transverse et du point cellulaire qui cependant sont indiqués en dessous, mais d’une manière vague. Les supérieures sont, en dessous, d’un gris foncé et sans dessins. Le thorax est robuste, bien fourni d’écailles et participe de la couleur des premières ailes. L'abdomen est très-gros, allongé et dépassant de beaucoup les ailes inférieures.
Je décris cette belle et rare Apamide d’après un superbe individu mäle obtenu de chenille, et qui a été rapporté d'Andalousie. Je ne connais pas la femelle en nature; il parait qu’elle est plus grande que le mâle. Germer qui, le premier, a décrit l’espèce, l'a trouvée en Sicile. Espérons, maintenant qu’on a des données certaines sur les habitudes de la chenille, que le papillon se répandra dans les collections. En effet, fort peu de celles-ci possèdent la Xanthenes.
Je ne désespère pas de rencontrer cette remarquable Noctuide dans le midi de la France, mais jusqu’à ce jour elle ne fait point partie de notre faune.
Les Gortyna habitent surtout l'Europe et l'Amérique du Nord. On en connait neuf espèces dont quatre européennes (Gn. V, p. 121).
La G. Xanthenes mâle fait partie de mon cabinet.
xs de la Societé bumeéenne de Lyon
Annale
Plusia Beckeri. 175
Plusia Beckeri.
Stgr. Stett. ent. Zeit. 1861. — Stgr. Cat. 717.
(PI. 70, fig. 1.)
On n’avait encore rien appris des premiers états de deux Plusies appartenant au groupe V. du Species, et dont les chenilles possèdent bien les caractères généraux des Plusia proprement dites. Ce sont les P. Accentifera et Daubei.
Avant de faire l'histoire de ces deux Noctuelles, je décrirai et figurerai une autre espèce appartenant au même genre ; la P. Beckeri, Stgr., récemment découverte et qui, bien que publiée déjà dans les Annales entomologiques de Stettin, est à peine connue.
Cette charmante Plusie, qui n'avait point encore été figurée et qui appartient au groupe [. du Species, a la coupe d'ailes de la Consona, sa congénère, et dont, au premier abord, elle pourrait passer pour une variété à tons chauds. En comparant les deux espèces, on reconnait bientôt en quoi elles diffèrent l’une de l'autre.
La P. Beckeri a une envergure de 0°,029 à 0°",031. Les ailes su— périeures me paraissent plus étroites, moins falquées et plus aiguës à l’apex que chez la Consona. Le fond est d’un jaunûtre ocro-ferrugineux sur lequel se détachent en clair les mêmes dessins et les mêmes lignes que chez la Consona, seulement l'anneau qui entoure l'orbiculaire est d'un blanc mat, et non argenté; il touche presque la ligne coudée; ce qui n'arrive jamais chez l'espèce congénère. De plus, la coudée chez Beckeri est plus flexueuse ; elle est surtout visible dans toute son étendue. Les ailes inférieures sont d’un jaunâtre luisant, couleur qui se prononce à mesure qu'elle approche de la frange qui, elle-même, est plus claire que le fond.
Le dessous est d’un fauve ocreux et luisant ; il n’a ni lignes ni taches, si ce n’est un point brun, carré, placé sur la frange des ailes supérieures. D'ailleurs, mêmes palpes ascendants que chez la Consona, même thorax hérissé, mêmes ptérygodes saillantes, même abdomen crêté sur les premiers anneaux.
La femelle est de la taille du mâle, mais elle est un peu plus som— bre ; c’est-à-dire que l’espace médian et l’espace subterminal des premières ailes, sont plus foncés. Les secondes ailes sont aussi plus rembrunies ; sur celles-ci on voit la trace d'une ligne transverse. En dessous ces ailes sont semblables à celles du mâle.
Ces deux Plusies, la Beckeri et la Consona, étant aussi voisines qu'elles le sont, je m'étonne que M. Staudinger n'ait pas, dans son Catalogue, placé l’une immédiatement avant ou après l’autre.
M. Staudinger m'apprend que cette nouvelle Plusia, originaire de la Russie, a été obtenue ex larva, mais qu'il ne sait rien de la chenille, ni sur quelle plante elle vit.
M. le docteur Eversmann, dans ses Noctuélites de la Russie, récemment publiées, ne mentionne pas la P. Beckeri. Ne serait-elle pas une simple variété de la PI. Siderifera, Nordm.? Autant qu'on peut en juger par la description que donne de cette dernière espèce M. Eversmann (1).
La Plusia Beckeri, Star. devra dans le Species général des Lépidoptères, porter le n° 1144 bis.
Mon cabinet : deux exemplaires o” et ©.
(1) Noctuélites dé la Russie, p. 436.
Plusia Accentifera. 177
Plusia Accentifera.
Lefebvre, Ann. Soc. Linn. Paris, VI, p. 94, pl. 5, fig. 2. — Dup. V, p. 49, pl. 437, fig. 3. — Treit. Sup. p. 134. — Gn. VL p. 351. — Stgr. Cat. 735. = Aureum, Frey. L, pl. 23 = Hieroglyphica, Frey. p. 176 — L. Album. Hb. — Gey. 856. — Circumscripta, Heeger. Btr. [. 3, p. 5.
(PI. 70, fig. 2 à 4.)
A sa sortie de l’œuf, qui arrive cinq ou six jours après que celui-ci a été pondu, elle est d’un fauve clair transparent. Elle passe ensuite au blanchâtre, puis au jaune verdâtre ; enfin, parvenue à sa taille, cette larve ressemble assez à la chenille de la PI. Gamma, ou mieux à celle de la PI. Chalcites.
Elle est allongée, atténuée antérieurement, sans carène latérale, un peu renflée sur le onzième anneau, à tête petite, et n’a que deux paires de pattes ventrales bien développées et fortes. Elle est d’un vert clair avec les incisions jaunâtres, sur lesquelles teintes se détachent à peine, d’une stigmatale à l’autre, de nombreuses stries blanchâtres. La ligne vasculaire est fine, continue et d’un vert un peu plus prononcé que le fond. La stigmatale est large, continue, claire et néanmoins se détache difficilement du fond. Les stigmates sont oval2s et noirs, Le ventre est sans lignes, d’un vert bleuàtre sur lequel o: listingue de nombreux petits points d’un blanc mat. La tête est 4 0buleuse, concolore et tachée à la partie frontale de plusieurs points bruns très-petits. Les pattes écailleuses sont vertes avec le dernier article teinté de rougeûtre ; les ventrales et anales, également
vertes, sont carnées à l'extrémité et ont la couronne rougeûtre. Les points pilifères, qu’on ne distingue qu’à l’aide d’une forte loupe, sont noirs et donnent naissance à des poils fins, courts et bruns.
Cette chenille ne varie pas. Elle se tient à découvert, et sa couleur se confond tellement avec les feuilles de la plante dont elles se nour-— rit, qu'il faut une grande attention pour la distinguer. Elle vit sur les diverses menthes qui croissent aux bords des eaux.
Je tiens de l’obligeance de M. Jacob Himmighoffen, entomologiste infatigable qui, depuis seize ans, habite les environs de Barcelone, plusieurs chenilles de cette Plusie. En me les adressant, ce naturaliste a bien voulu me transmettre sur elles les détails de mœurs que voici :
On trouve la chenille de la P. Accentifera assez ordinairement dans la plaine de Barcelone et autres lieux de la Catalogne, depuis les bords de la mer, jusqu'à une certaine hauteur sur les montagnes, mais toujours dans le voisinage des lieux humides, où croissent diverses espèces de menthes. Il n'est pas rare de rencontrer cette larve dans les jardins de la ville même. On peut la chercher depuis janvier et février, jusqu’à la fin de l’année, car les générations se succèdent sans interruption. La mère dépose ses œufs à l’aisselle des feuilles, par un ou deux, par trois et quelquefois par groupes de cinq à sept. Alors qu'elle est encore jeune, la chenille d’Accentifera indique sa présence sur la plante par de nombreux petits trous au milieu des feuilles; parvenue à sa taille, elle se tient appliquée le long d'une grosse tige.
De février à mai, cette larve est rare; en juillet et en août, elle l’est bien moins ; mais de septembre à novembre, elle devient fort abondante ; cependant de nombreux ennemis s'opposent à la multiplication de cette espèce : ce sont surtout de petits Hyménoptères parasites et certains oiseaux insectivores qui en détruisent un grand nombre.
La chenille descend de la plante pour se métamorphoser ; elle file dans les détritus de feuilles sèches une coque molle et blanchâtre. La chrysalide est médiocrement allongée, jaunâtre, luisante, avec la partie antérieure et les incisions brunes. L’extrémité abdominale est obtuse et la pointe qui la termine est double, courte et noirâtre. Moins de vingt jours après la transformation, arrive l'éclosion du lépidoptère.
Plusia Accentifera. 179
INSECTE PARFAIT
Les supérieures sont étroites, aiguës à l’apex, lisses, luisantes, à peine dentées, d’un gris violâtre, et à dent anale bien marquée. Le centre est occupé par une {tache brune rehaussée de reflets mordorés; celte tache est limitée extérieurement par un petit trait argenté, en forme de V couché, et intérieurement, par un second trait fin, oblique, également argenté. On voit en outre plusieurs autres taches mordorées, répandues çà et là sur l'aile, Enfin, on peut distinguer une petite tache noire placée sur le bord, à la base interne de l'aile. Le thorax, qui est concolore, possède bien les aigrettes propres à la plupart des Plusia, ainsi que celles plus petites qui surmontent les premiers anneaux de l'abdomen.
Pour terminer ses communications, M. Himmighoffen me dit que ce lépidoptère parait très-délicat et débile, qu'il vole peu et que c’est toujours dans le voisinage de sa chrysalide vide qu'on le trouve accroché à une tige, la tète en bas. Enfin, que les sujets élevés à l'ombre sont dépourvus d'éclat et sont près de moitié plus petits que ceux dont l'éducation a été faite au soleil.
La P. Accentifera fut découverte en Sicile, par notre compatriote A. Lefèvre, et décrite par lui-même dans les Annales de la Société Linnéenne de Paris, en 1827. L'espèce appartient en outre à la faune de la Corse et à celle du Portugal. Depuis que M. Himmighoften l’a répandue dans les collections, elle n’est plus une rareté.
Flusia Dauhei.
Rdv. Ind. met. 1281. — Gn. Ind. p. 247. — Dup. Sup. LE p. 486, pl. 42. fig. 4. — Herr.-Sch. 206. — Gn. VE p. 351. — Stgr. Cat. 744, Syst, And. pl. VL fig. 6.
(PL. 70, fig. 5 à 7.)
L'œuf, qui est sphérique, granuleux et d’un jaune pâle, après avoir été déposé sur une des feuilles qui sont les plus rapprochées de l’eau, au bord de laquelle croit le Sonchus qui doit nourrir la chenille, l'œuf, dis-je, éclot six à sept jours après qu'il a été pondu. La jeune larve est alors d’un jaune clair transparent, mais peu d'heures apres, elle devient grisätre ; dès le second jour, elle a passé au brun, et enfin elle se colore en noirâtre à sa seconde mue. La chenille étant parvenue à toute sa taille, cette teinte sombre se soutient chez le plus grand nombre des sujets, mais comme l'espèce varie beaucoup, il n’est pas rare de voir, me mande M. Himmighoffen, en outre de ces sujets d’un brun foncé, des chenilles rougeâtres, d’autres carnées et d’autres verdâtres. Voici la description du type; c’est cette larve que j'ai peinte. Elle est allongée, très-atténuée antérieurement, avec le pénultième segment relevé en pointe obtuse, et les anneaux distincts. Le fond est généralement enfumé et les anneaux du milieu sont marqués d’un chevron noir partant de la région dorsale pour aboutir à la stigmatale ; les deux chevrons réunissant leur pointe par en haut, forment ainsi un V couché. Ces chevrons sont accompagnés en dessus de taches blanches, mélées de teintes rougeàtres, de formes indécises, lesquelles ne sont bien visibles qu’à partir du
Plusia Daubei. 181
cinquième au onzième anneau. Sur les troisième et quatrième segments, ce sont seulement deux points blancs, accompagnant la seconde paire de trapézoïdaux. La ligne vasculaire est fine, noire, interrompue, et ne se distingue guère qu’au milieu de chaque anneau. La stigmatale est très-large, grisàtre, marbrée et traversée par un liséré brun interrompu sur chaque segment. Aux incisions, cette même ligne est lavée de rougeûtre. Les stigmates sont petits, pourprés et cerclés de noir. Le tête est globuleuse, d’un noir de jais et caractérisée par deux traits fins et blancs qui descendent du sommet et s'arrêtent à la hauteur des palpes. Les écailleuses sont noires et luisantes ; les six autres pattes sont d’un noir mat, avec l'extrémité carnée. Les points trapézoïdaux sont saillants, sur le onzième anneau surtout ; ils sont noirs et donnent naissance à un poil assez long et raide. Le ventre est d’un noir velouté, uniforme et n’a pas de lignes.
La chenille de la Daubei a les mœurs de celle de sa congénère Accentifera ; cependant celle-là parait vivre dans la nature uniquement sur le Sonchus maritimus, L.; mais élevée en captivité, on la nourrit très-bien avec les chicoracées, dont elle ronge les feuilles sans toucher aux fleurs.
Elle est également attaquée par un petit ichneumon, qui est éclos en captivité dix jours après sa transformation. M. Himmighoffen, qui a bien voulu me procurer quelques chenilles de cette Plusie, me mande qu'ayant été induit en erreur sur leur véritable nourriture, qu'on lui avait affirmé être une plante crucifère, il avait, pendant plusieurs années, vainement cherché sur toutes les crucifères des environs de Barcelone; ces plantes n'ont, ajoute-t-il, jamais dû nourrir la chenille de la Daubei.
Ce n’est que depuis peu de temps que M. Himmighoffen a trouvé cette chenille fort abondamment dans les lieux arrosés par l’eau courante, dont elle aime à fréquenter les bords, et cela jamais ailleurs que sur le Sonchus maritimus.
Cette chenille qui, à tous ses âges, vit à découvert, trahit sa présence sur les feuilles, alors qu'elle est jeune, par les morsures qu'elle.
y pratique, et qui produisent autant de petites taches brunes. Elle vole presque toute l’année, mais ses générations doivent être moins nombreuses que celles de l’Accentifera, car la durée de la chrysalidation est relativement plus grande. Pour se transformer, elle descend de la plante, et tisse dans son voisinage une coque en soie très-blanche, où, avant de se métamorphoser, elle se place la tête en haut.
La chrysalide est allongée, d’un brun rougeûtre foncé, presque noir, finement chagrinée, avec la gaine des ailes saillante et comme détachée à l'extrémité ; rappelant ainsi les chrysalides de certaines Cucullia. La pointe est allongée, noire, forte, et précédée d’un bourrelet granuleux.
INSECTE PARFAIT
Envergure : 0",028 à 0",030.
Cette espèce rappelle assez la Plusia Ni, avec laquelle on à pu la confondre dans le principe ; cependant ses ailes sont un peu moins élancées et plus obtuses à l’apex; même aspect d’ailleurs, mêmes teintes, mêmes taches, mêmes habitudes chez les insectes parfaits de ces deux espèces (1).
Cette Plusie est connue depuis longtemps déjà. Elle a été découverte par M. Daube aux environs de Montpellier, et M. Boisduval la lui a dédiée. Non-seulement elle appartient aux faunes française et espagnole, mais encore à celle du Sénégal et à celle des Indes-Orientales, où les individus sont tout à fait identiques aux nôtres. (Gn. VI, p. 352.)
Obs. M. Himmighoffen signale une épidémie survenue cette année chez diverses chenilles de Plusia, notamment celles de Chalcites,
(1) Prochainement je ferai connaître la chenille de la Ni, demeurée inédite jusqu'à ce jour.
Plusita Daubei. 183 Gamma, Ni, Accentifera et Daubei; ce qui a rendu celles-ci fort rares cette année. Ces chenilles ne sont malades qu'à l’état adulte ; elles maigrissent alors, deviennent noires , meurent, se dessèchent et restent suspendues aux petites branches, retenues seulement par les pattes anales. J'ai été t‘moin moi-même de ce fait anormal : des sept chenilles de la Daubei qui m'ont été envoyées, quatre sont mortes de cette épidémie.
EXPLICATION DES PLANCHES De la 15e Livraison (1865).
1% Fig. 1. Eupithecia Massiliata, Dar. et Mie.