‹ Iconographie et description de chenilles et lépidopteres inédits (volume 2)Chapitre 20 sur 44 · P. MILLIÈRE DIX-HUITIEME LIVRAISON · texte numérisé non relu

P. MILLIÈRE DIX-HUITIEME LIVRAISON

(Présentées à la Société Linnéenne de Lyon, le 14 janvier 1867

Nemorin Aureliaria, Mii:.

( PI. 81, fig. 1à 5.)

J'ai publié dans la XII liv., pl. 55°, fig. 1 et 2, le o’ de cette remarquable phalénite, mais alors je n'avais pas la certitude de pouvoir, peu de temps après, découvrir et faire connaître non-seulement la ®, mais encore la chenille de ce charmant insecte, et observer ses mœurs depuis l’instant de sa naissance. Ainsi qu'il arrive très-souvent en histoire naturelle, le hasard m'a mieux servi dans mes recherches que lobstination que j'ai pu apporter à les poursuivre. Je soupconnais vaguement qu'Aureliaria, que je savais

appartenir à l'Italie, pouvait aussi 'se rencontrer dans les Alpes- Maritimes, qui touchent comme on sait à ce beau royaume, et dont la végétation est, à peu de chose près, la même. Quoi qu’il en soit, j'éprouve aujourd'hui l'extrême satisfaction de pouvoir, tout en racontant l’histoire complète de la Nemoria Aureliaria, constater sa présence en France, et augmenter ainsi notre faune lépidoptérique déjà si remarquablement riche.

L'œuf, après avoir été déposé et fixé, au moyen d’une matière visqueuse, à l’aisselle d’une petite branche de l’arbrisseau qui doit nourrir la chenille, éclôt dès le mois d'octobre, et la croissance de la petite larve est extrèmement lente: en effet, à la fin de janvier elle n'est point encore à moitié de sa taille. Au moment de sa naissance, elle est d’un blanc jaunâtre, possède dès alors la forme qu'elle aura plus tard ; c’est-à-dire qu'elle a déjà le premier anneau bifide, et qu'elle est carénée sur les côtés. À sa seconde mue, la couleur d’un rouge minium qui caractérise la double pointe du premier anneau, les dix pattes extérieurement et le clapet anal, se montre d’une manière plus ou moins vive. Ce n’est qu'après la troisième mue, qui arrive à la fin de février, que la couleur générale, qui est le vert très-tendre, se prononce et passe au vert pistache ; la ligne stigmatale est indiquée alors en jaune serin. Parvenue à son entier développement pendant le courant ou à la fin de mars, cette larve est médiocrement allongée, avec la tête petite, un peu rectangulaire et légèrement convexe, à fond vert, avec le sommet lavé de carminé vineux, les ocelles et les mandibules de la même couleur. Elle est au tiers cachée sous le premier segment, qui la dépasse de beau— coup en hauteur. Cette chenille est très-carénée latéralement, avec le clapet anal prononcé en pointe aiguë teintée de rouge minium, d’un vert pistache foncé, et, paraissant, vue à la loupe, aspergée sur tout

Nemoria Aureliaria. 283 le corps de nombreux atomes blancs. Des lignes longitudinales, il n'en existe qu’une seule: la stigmatale, qui se prolonge du premier anneau au onzième inclusivement. Cette ligne est large, continue et d’un jaune serin trés-franc. Le premier anneau est élevé, bifide et coloré en rouge de Saturne (minium). Les dix pattes sont robustes, longues et vertes; elles sont teintées de carminé vineux extérieurement. Les stigmates sont ovoides, d'un jaune rougeâtre et paraissent saillants. Cette chenille (4) qui est très-délicate, fort difficile à élever, se tient le plus souvent un peu courbée au repos, conserve pendant tout le jour une constante immobilité, et, si on la fait tomber de la branche qui la soutient, elie demeure longtemps sans mouvements. Elle vit à découvert depuis l'instant de sa naissance et se place à toutes les époques de sa vie dans la partie la plus fourrée du Phillyrea angustifolia, L., qui paraî la nourrir bien plus fréquemment que le Ph. media, L. (2). Elle n’attaque que rarement les feuilles et ronge le plus souvent les nombreuses petites fleurs de l’arbuste; mais avant que celles-là ne soient développées, elle dévore les bourgeons, auxquels le dégât qu'elle cause n’est pas appréciable en raison du peu de nourriture que cette larve prend à la fois.

Il n'est pas sans intérêt pour la science de faire connaitre un fait unique peut-être parmi les Lépidoptères; c'est que la chenille de cette espèce devient la victime d’une larve de Diptère dans des proportions qui doivent paraître énormes. En effet, près Ces 9/10 des larves d’Aureliaria, que j'élevais avec un grand soin, après les avoir recueillies à divers âges, m'ont donné ce même Diptère à la place de la précieuse phalénite que j'espérais voir éc'ore, C'est du

(4) Par sa forme relativement plus courte que celle de svs congénères, clle semblerait s'éloigner de la chenille, sa voisine, la Pulmentaria, Gn , qui est beaucoup plus allongée et que j'espère bientôt faire connaître; mais elle se rapproche de la chenille la Viridata, L., que j'ai également étudiée.

(2) Je l’ai rencontrée deux fois seulement sur ce dernier arbrisseau. Je ne pense pas que cette arpenteuse vive ailleurs que sur les Phillyrea.

moins ce que j'ai remarqué cette année (1). Ce parasite, suivant mon collègue de la Société entomologique, M. Bigot, de Paris, auquel je l'ai soumis, ce parasite, dis-je, serait l'£Exoritta OEmula, Nuig.

Un second parasite attaque encore cette chenille, mais bien moins fréquemment, c'est la larve d’un petit Hyménoptère ichneumcnien (2), alors qu'elle n’est qu'à sa troisième mue.

Quand arrive, du 20 au 30 mars, l'époque de la transformation, la chenille forme, au milieu de l’arbuste et au centre de plusieurs feuilles réunies, une coque à très-claire-voie dans laquelle, après s'être placée perpendiculairement la tête en haut, ou horizontalement, la transformation à lieu.

La chrysalide est médiocrement longue, conico-cylindrique, sans aspérités, à anneaux mobiles, d’un vert d’eau mat qui blanchit quelques jours avant l'éclosion. La place des yeux est indiquée en brun et celle des nervures des ailes en vert plus foncé, ainsi que l’enveloppe des antennes et celle de la trompe. L’éclosion du lépidoptère arrive vingt-quatre ou vingt-six jours après la transformation , quelquefois au milieu de la nuit, mais le plus ordinairement entre sept et huit

heures du soir.

INSECTE PARFAIT ® (3)

Envergure : 0,028 à 0",029.

La © de la Nemoria Aureliaria n'était, je le répète, pas encore connue. Elle est sensiblement plus grande que le © ; mais sauf cette différence d'envergure, la forme des ailes est à peu de chose près la

(1) J'ai de la peine à croire, je dois l'avouer, que chaque année cette larve soil ainsi décimée par cet ennemi de sa race.

(2) Notre collègue, M. le docteur Sichel, de Paris, me mande que c’est le Microgaster recondilus, Nees.

(3) Le & a éte décrit à la page 37 de ce volume.

Nemoria Aureliarix. 285 mème, et sa couleur, le vert bleuâtre velouté (1), tout aussi vive que chez l’autre sexe. L’apex prolongé des supérieures existe presque aussi prononcé, ainsi que l’angle anal des inférieures. Cependant la ligne blanche transverse, très-étroite, est encore plus imparfaitement écrite que chez le o”; cette ligne est presque imperceptible aux inférieures. La côte est légérement teintée de fauve. Le dessous des ailes diffère du dessous du ©’; il est vert ainsi qu’en dessus, avec des reflets clairs. On ne voit pas de lignes, si ce n’est un imperceptible filet oblique d’un vert obscur. Les antennes sont ciliées, et à hampe légèrement foncée. Les palpes ne dépassent pas le front. La tête est verte, et le vertex est d’un blanc pur. L’abdomen est gros, conique, renflé au centre, vert en dessus, blanc satiné en dessous; la poitrine est d’un blanc pur et les pattes sont légèrement fauves. Les tibias ne portent aussi qu'une seule paire d’éperons fauves.

La N. Aureliaria a un vol timide et incertain. Bien qu’on la rencontre sur les coteaux les plus chaudement exposés des environs de Cannes, ce n’est guère qu'au centre des bois, dans le calme parfait des tièdes soirées, qu'on a l'espoir de voir voler cette phalénite, que ses habitudes mystérieuses ont bien pu jusqu'à ce jour soustraire aux recherches des entomologistes, car elle n’est pas absolument rare aux environs de Cannes, et sans doute sur tout le littoral de la Méditerranée, dans la région des Phillyrea, qui est celle des oliviers. L'espèce cependant se cantonne; elle n'existe pas toujours où croissent ces élégants arbrisseaux. Il convient de la chercher aux environs de la ville, dans le voisinage du château du Rocher, sur les hauteurs

(1) Je crois devoir citer un fait qui peut paraître anormal chez les espèces du genre Nemoria et chez celles des genres voisins. L'insecte parfait, au moment de l'éelosion, se montre, et cela tant qu'il n’est pas mort, d’un vert plus foncé et qui ressemble peu au vert bleuâtre qui, paraît-il, ne se prononce et ne devient plus clair que par suite de la dessication de l’insecte. Cette belle couleur, privée de l’action de la lumière, demeure inaltérable; fait dont on a la preuve à la vue de la première de mes Aureliaria, collectée depuis bientôt vingt ans.

de la villa Henriette et sur les collines très-boisées qui dominent la Bocca. C’est bien vainement que j'ai cherché, à diverses reprises, sur les Phillyrea qui abondent à l’île Sainte-Marguerite, soit la chenille, soit l’insecte parfait. Je crois le lieu relativement trop bas, bien qu'en . toute saison, d’une température plus élevée que sur les rivages Yoisins.

Selon toute vraisemblance, la N. Auwreliaria n’a qu’une génération.

Obs. Longtemps après que la dernière Aureliaria était éclose, près de trois mois, une chenille retardataire de cette espèce, parvenue à toute sa faille, vigoureuse et bien portante, élevée en plein air sur un Phillyrea du parc de Lyon, n'était point encore transformée. Rien n’annonçait que ce sujet, qu’une cause accidentelle a fait périr, füt attaqué par un parasite, cependant il ne paraissait pas disposé à changer d'état. À quelle cause attribuer ce retard anormal qui aurait pu se prolonger longtemps encore? Prouverait-il pour Awreliaria une éclosion automnale ?

Zelleria Phillyrella, Mi

{Species nova.)

(PL. 84, fig. 6 à 8.)

Il suflit souvent qu'un arbre, un arbrisseau, ou une plante herbacée qui eroissent spontanément dans les lieux qui leur sont propres, nourrissent peu de larves, ou même paraissent n’en nourrir aucune, pour que certains entomologistes s’obstinent à explorer ces végétaux. Les Phillyrea, par exemple, arbrisseaux aux feuilles persistantes de l'Europe méridionale, sont généralement considérés comme n'étant jamais atfaqués par des larves de lépidoptères. Le Plallyrea angustifolia, L.. nourrit cependant plusieurs espèces de

Zelleria Phillyrella. 287 chenilles, mais elles sont, je dois l'avouer, restreintes en individus. Il faut chercher avec une certaine perséverance pour réussir à ren— contrer, en outre de la chenille de la N. Aureliaria, celle d’une tinéide inédite, la Philyrella, que je réunis au petit genre Zelleria, créé par M. Stainton.

Elle éclôt à l'époque où commence à hourgeonner le Ph. angustifolia qui la nourrit (4), c’est-à-dire vers le 45 ou le 30 janvier. Elle grossit assez vite et atteint son entier développement dès la fin de février. A ce moment, elle est allongée, presque cylindrique, un peu aplatie en dessous, d’un vert clair, avec la région dorsale d’un vert foncé et les lignes sous-dorsales d’une teinte légèrement vineuse. La plaque du premier anneau est partagée par un sinus étroit et clair. La tête est cordiforme, d’un jaune testacé, avec les ocelles à peine indiqués. Les pattes écailleuses sont vertes; les huit ventrales et les deux anales sont concolores. Les stigmates sont à peine indiqués; les trapézoidaux ne sont visibles que lorsque la chenille à pris, sur la région dorsale, une teinte vineuse plus ou moins prononcée ; ce qui arrive ordinairement lorsque la chenille est sur le point de se métamorphoser ; ces trapezoïdaux se détachent alors en clair sur le fond.

Cette petite larve est d’une extrème vivacité et rappelle les habitudes de certaines Tortricides : elle vit isolément, lie plusieurs feuilles de la plante, se tient au centre pendant le jour ; mais elle en sort Ja nuit pour accomplir son œuvre de destruction en dévorant les bourgeons du Phillyrea angustifolia à l'exclusion des feuilles. Parvenue à toute sa grosseur, cette chenille descend de l’arbrisseau et forme

(1) Ce n’est que bien rarement que j'ai trouvé cette petite larve sur les Phillyrea media. L., et latifolia, Lam.

à sa base, entre deux feuilles desséchées, une double coque fusiforme, en soie opaque d'un blanc mat, mince et forte cependant, et s’y trarsforme bientôt. Très-souvent aussi, la chenille place sa coque sur une feuille du Phillyrea, dans le sens de la longueur de cette feuille. La chrysalide est médiocrement longue, d’un jaunâtre argileux, avec la place des yeux bien indiquée en brun. Le petit lépidoptère éelôt cinq à six semaines après la formation de sa chrysalide, plutôt dans la soirée qu’à tout autre instant.

Ephyra Pubpillaria, Hs.

Var. Gyraria, Dup. V, p. 31, pl. 127, fig. 3. — Bdv. 1827. — Gn. 662. — Stgr. Cat. 148. — Sparsaria, Hb. 327.

Elle est cylindrique, très-faiblemeut carénée, à tête aussi large que le cou, aplatie en avant, faiblement bifide au sommet, entièrement d’un vert pomme un peu clair en dessus, excepté le sommet de la tête, les dix pattes et le clapet anal, qui sont d’un carminé plus ou moins obscur ; le reste de la tête est toujours teinté de jaunâtre. Des trois lignes ordinaires, on ne distingue que la sous-dorsale, qui est étroite, interrompue et d’un vert jaunâtre; les incisions sont aussi de cette couleur claire. On voit en outre quelques poils courts, fins et bruns ; les stigmates sont ovales et rougeûtres. Le dessous n’a pas de lignes. Vue à la loupe, cette chenille paraît comme aspergée de nombreux points blanchâtres. Elle varie en jaune citron, en jaune cannelle, en vert obscur, en brun et en rougeàtre plus ou moins clair. Ces variétés, relativement rares, indiquent le plus souvent des chepilles malades et qui sont devenues la proie d’un parasite. L'habitude

Ephra Pupillaria. 289 de cette arpenteuse au repos est de tenir la partie antérieure de son corps, courbée en demi-S, et de demeurer immobile pendant tout le jour, fixée seulement par les pattes anales.

La chenille de la Gyraria, Dup., vit dans tout le midi de la France sur plusieurs espèces d'arbres et arbrisseaux ; ceux qui la fournissent le plus ordinairement sont les Cistus monspeliensis et salviæfolius, le Myrtus communis, le Phillyrea angustifolia, VArbutus unedo et divers Quercus. Elle demeure toujours à découvert, ne mange que la nuit, et n’attaque jamais que les feuilles, contrairement à certaines chenilles arboricoles qui ne se nourrissent que de la fleur. On la trouve toute l’année, aussi bien pendant la belle saison que pendant l'hiver ; cependant, en décembre et janvier, sa croissance est beaucoup plus lente qu’à toute autre époque.

Le mode de transformation de cette chenille, qui est celui de tous les Ephyra, est des plus singuliers: tout le monde le sait.

La forme de la chrysalide est tronquée carrément par en haut, entièrement d’un vert foncé un peu bleuâtre, avec des lignes claires et déliées sur la carène et le bord de l'enveloppe des ailes. Vue à la loupe, on la dirait aspergée de blanc et de noir sur un fond vert clair. Les deux pointes supérieures et la pointe anale sont légèrement car— minées ou vineuses. La chrysalide d'une chenille qui a presenté une couleur anormale se ressent de cette couleur. L'état de la nymphe dure, au printemps, de quatre à six semaines; en hiver, cet état se prolonge beaucoup plus.

INSECTE PARFAIT

Cette Gyraria de Duponchel ne doit être en réalité qu'une des nombreuses variétés de la Pupillaria, Hb. fig. 69; et je crois même que les Gyrata, Hb. fig. 434 et 543, ne sont que des variétés de la Pupillaria, qui, ainsi que j'ai pu m'en convaincre, en élevant de nombreuses chenilles de cette Ephyra, varie énormement, depuis le

type de cette variété constante qui est, non la fig. 3 de la pl. 172 de Duponchel, mais plutôt la mienne, pl. 81, fig. 44 (1), jusqu'aux sujets qui sont d'un rouge ochreux foncé (Hb. fig. 543, et Iconog. Mill. pl. 81, fig. 12) en passant par toutes les nuances intermédiaires.

J’ai rencontré très-abondamment les variétés de la Pupillaria aux environs de Hyères, de Cannes et d’Amélie-les-Bains. Je ne l'ai jamais vue à Celles, dans l'Ardèche, si riche cependant en lépidoptères du Midi.

Letype (2) et toutes les variétés de cette Ephyra volent, en Provence, dans les mêmes lieux.

M. Guenée à pris abondamment la variété B. à Biarritz, en juin, et M. Ledérer a rapporté quatre individus de Beyrouth, qui ne different en rien des nôtres (Gn.).

Je crois que la Nolaria, Hb. (Sparsaria, Hb. 327) est une variété de la Gyraria, car j'ai obtenu des sujets presque identiques dont les chenilles avaient vécu sur le Cistus monspeliensis.

Obs. En terminant, je me demande si cette Eph. Pupillaria et ses nombreuses variétés ne seraient pas, en réalité, des variétés et sous— variétés locales de la plus anciennement connue des Ephyra, la Punctaria d’Albin, fig. 82, dont la chenille commune partout dans les bois de chêne, excepté en Provence, ressemble tellement à la chenille de la Pupillaria, qu'on ne pourrait peut-être pas distinguer ces deux larves en comparant celles-ci en nature.

(1) Cette figure représente bien certainement les individus les plus nombreux de la Gyraria Dup. qui, je le répète, n’est qu'une sous-variété de la Pupillaria des auteurs.

(2) La Pupillaria type est assez rare dans le Midi; mais c’est la seule qui existe dans le Lyonnais.

Psecadia Funerella. 291

Psecadia Funerella, Far.

Hub. fig. 85. — Tr. — Dup. pl. 285, fig. 5. = Funerea, Haw. — Sigr. Cat. 1374. (Var. Canuisella MizL.) (1).

(PL. 81, fig. 13.)

Voici une variété qui est des plus constantes, aussi lui ai-je imposé un nom, celui d’une ville aux environs de laquelle je l'ai prise en certain nombre, à la fin de mars 4866.

Cette Psecadia, qui au vol ressemblait assez à un Diptère ou à un Hyménoptère, ne quittait pas un emplacement restreint couvert d’Arundo donax et de nombreux pieds de l’Aristolochia rotunda, L., la même plante, on le sait, qui nourrit la chenille de la Jolie Thais Hypsipile. Cependant je n’ai pu remarquer un seul pied du Symphy tum officinale,L. ou autres Borraginées qui, on le sait encore, nour— rissent la larve de la Pse. Funerella type. Jusqu'à ce que la chenille de la variété dont j'ai recueilli plus de cinquante exemplaires ait été trouvée et reconnue pour appartenir à la Funerella propre, jusqu'alors, dis-je, il ne me sera pas absolument prouvé que cette variété n’est point une espèce distincte. En attendant, toutefois, je ne la considère que comme variété constante.

La Psecadia Var. Canuisella a, il est vrai, la taille et la coupe d'ailes de la Funerella type, bien que me paraissant d’un envergure un peu moins grande ; mais ce qui frappe tout d’abord chez cette race

(1) De Canuis, indiqué dans diverses chartres du Moyen-Age ; non primitif de Cannes, d'après l'abbé Alliez qui, dans son beau livre Cannes et les rivages enviromnants, p.213, n’admet pas que le nom moderne de la ville soit dérivé de Cannis.

provençale, ce sont les ailes inférieures, qui sont toujours ou presque toujours entièrement d’un noir mat profond, tandis que chez l'espèce ordinaire, le sommet de l'aile seul est enfumé et le reste est d'un blanc pur et satiné.

D'autre part, la tache blanche de la côte, à l'aile supérieure, disparait le plus souvent, en sorte que cette aile, dont le côté interne est seul marqué de blanc, a un tout autre aspect que chez les Funerella ordinaires. Quelques exemplaires cependant se montrent avec les ailes supérieures semblables à celles du type, tout en conservant les inférieures invariablement noires. Le reste du corps n'a rien d'anormal.

J'ignore si cette intéressante variété a plusieurs générations.

Micra Hismmighofleni, Mir.

(Species nova. )

(PI. 89, fig. 4 et 2.)

Ce joli lépidoptère inédit, un des plus élégants qui se puissent voir parmi les espèces européennes, nous à semblé, à M. Guenée et à moi, constituer un petit genre très-voisin des Micra. Je pourrais et devrais peut-être former pour cette noctuélite un genre séparé : mais comme la chose ne me paraît pas rigoureusement indispen— sable, je laisserai provisoirement ce lépidoptère parmi les Micra propres.

Cette espèce, ainsi que la plupart de ses congénères et plusieurs Anthophilides, a la forme d'une Pyrale: elle ne ressemble par sa livrée à aucune autre et ne saurait prêter à la confusion; cependant sa coupe d'ailes rappelle assez celle des Micra Viridula, Gn. Elychryst. Ramb. Dalmatina, Merr.--Sch. et Parva, Hb. Voici sa description.

Envergure : 0,018 à 0",019.

Les ailes supérieures sont bien développées, aiguës à lapex, à

Annales de la Socete Linneerne de Lyon

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A né =

Micra Himmighoffeni. 293 lignes peu distinctes, sauf la double bande précédant la frange, qui est très-large et vivement indiquée. Le fond de ces premières ailes est d’un jaune luisant clair qui se prononce d’autant plus qu'il se rapproche davantage de la bande subterminale; celle-ci se présente ainsi: elle est large, épaisse au centre, aiguë aux extrémités, part de l’apex, cotoie la frange et aboutit au bord interne; cette teinte foncée est due à une agglomération de petits points noirs placés sur la limite extérieure. Cette bande est en outre lavée au bord d'une teinte ochreuse très-chaude. Sur le fond de l'aile se détache une large bande centrale oblique d’un blanc satiné, partant de la seconde nervure pour aboutir au bord interne. La côte est d’un blane satiné pur et luisant. La frange très-large est d’un gris foncé. Les ailes inférieures sont entières, assez larges, médiocrement longues, et sans lignes ni points; elles seraient d’un blanc pur si elles n'étaient légèrement teintées de gris au bord subterminal et de jaune clair à la frange ; celle-ci est également très-large. En dessous les premières ailes sont d’un gris clair, luisantes, n’ayant nulle trace des lignes du dessus, mais cependan( avec les nervures distinctes. Les inférieures sont d’un blanc moins pur qu’en dessus. Les antennes sont courtes, finement pubescentes et d’un jaune rougeätre. Les palpes sont assez longs, horizontaux, plumeux et d’un blanc pur. Les yeux sont gros, saillants, d’un gris foncé, avec le centre rougeñtre. Le front est blanc, le thorax convexe, globuleux et bien fourni de plumules blanches. Les pattes sont d’une longueur normale, blanches et luisantes. L'abdomen est mince, allongé, d'un blanc pur et luisant.

La © estun peu plus grande que le o*; elle lui ressemblerait tout à fait si elle n'avait les antennes un peu plus courtes, et filiformes, l’abdomen renflé au centre et aigu à l'extrémité.

C'est aux soins d’un chasseur infatigable, M. Himmighoffen, de Barcelone, à qui la science est redevable de la connaissance de plusieurs lépidoptères inédits, et de celle d’un grand nombre d'’espèces rares qu'il a répandues dans les collections françaises et étran—

gères, que nous devons de posséder cette Micra nouvelle. Je la lui dédie en souvenir de son dévoûment à l'Entomologie.

La Micra Himmighoffeni a pour patrie les environs de Barcelone (Espagne). C'est, m'écrit M. Himmighoffen, sur le versant méridional du Montjuich, rocher calcaire situé aux portes de la ville, qu'ont été pris en juillet, au milieu d’une végétation herbacée, plusieurs exemplaires de cette jolie Micra. L'année suivante, M. Himmighoffen retrouva en mai, deux individus de cette noctuide en un autre lieu, sur une petite montagne élevée de 150 mètres, d’où il les fit partir d’un buisson de Quercus coccifera. Cependant il suppose que la chenille de cette Micra, qui a deux générations, doit vivre sur quelques plantes basses, telles que Plantago, Helichrysum ou Scabiosa, qui sont assez abondants dans les lieux très-secs d’ailleurs où a été trouvé l'insecte parfait, lequel, ainsi que ses congénères, a le vol très-vif et court, et qui, après s'être posé contre une tige, se retourne rapidement et demeure immobile, la tête en bas.

Je placerai la Micra Himmighoffeni après la Parva du Species général, et, en attendant que sa véritable place lui soit assignée, elle portera dans cet ouvrage le n° 1037 bis, et, dans le Catalogue Stgr., le n° 830 bis.

Mon cabinet ; deux exemplaires o” et ©.

Hypotin Corticalis, W.-V.

B.22. — Hb. 137. — 155. — Tr. p. 452. — Dup. p. 447, pl. 233, fig. 8. — Zell. p. 593. — Herr. — Sch. p. 120. — Gn. p. 132. — Slgr. Cat. 4.

(oi)

(PI. 82, fig. 3 et 4.)

Voici une Pyralide d'autant plus intéressante à connaître sous ses premiers états qu'on ne savait à peu près rien de ses mœurs, si ce

Hypotia Gorticahs. 295 n'est que l’insecte parfait vole dans les lieux très-secs du midi de l’Europe. Je viens de découvrir la chenille près de Cannes (Alpes- Maritimes) ; l'espèce appartient désormais à la faune française.

Après être demeurée fort longtemps à grossir, elle n’est parvenue à son entier développement que pendant le courant de mai. Elle reste plusieurs semaines dans cet état avant d’en changer. Elle ressemble assez alors à la chenille de la Pempelia Albiricella, Fis. (Euphorbiella, Z.) que j'ai figurée et décrite (1 vol. p. 159). Aïnsi que cette larve, celle de la Corticatis est assez longue, cylindrique, à peine carénée, généralement d’une teinte obseure, n'ayant pour toute ligne qu'une très-large vasculaire continue du premier au onzième segment. La tête est cordiforme et foncée, ainsi que les pattes écailleuses; les membranes sont de la couleur du ventre, qui est d’un terreux obscur et uniforme. Les stigmates sont blanchâtres et cerclés de brun. Les trapézoïdaux et autres points pilifères don nent naissance à des poils médiocrement longs assez apparents.

Cette chenille vit à l’île Sainte-Marguerite, sur l'Euphorbia spinosa, L., plante sous-ligneuse fort abondante sur les rochers calcaires de la partie méridionale de l’île. Elle lie les feuilles et les petites branches de la plante, au centre desquelles cette larve demeure immobile tout le jour, et d’où elle sort pendant la nuit pour manger. Sa croissance est fort lente et son genre de vie rappelle un peu les habitudes de la chenille d’Albiricella ; cependant j'ignore si, dans leur jeunesse, alors qu'elles n’ont pas subi leur troisième mue, les larves de la Corticalis vivent en famille sous une toile commune, ainsi qu'il arrive pour celles de la Pempelia Albiricella. La transformation a lieu en terre. L’éclosion de l’Hypotia Corticalis arrive en été pour la première génération, en admettant qu'elle en ait deux.

Les chenilles dont j'ai fait l'éducation sont écloses dans l’appartement, du 15 au 20 juillet. Si, comme c’est bien supposable, l'espèce a deux éclosions , la seconde génération doit subir toutes ses phases dans l’espace de quelques semaines.

Les ailes sont passablement allongées; les supérieures étroites , presque rectangulaires, faiblement aiguës à l’apex, à lignes larges, brunâtres, liserées de blanc pur extérieurement, très-distinctes, mais non parallèles, et reposant sur un fond de couleur testacée. La ligne coudée, qui est très-tortueuse, commence non loin de l’apex, forme un large sinus arrondi, et vient aboutir au bord interne, au tiers de son étendue. Six traits noirs terminaux précèdent la frange. Le point cellulaire existe, mais il est fort petit. Les ailes inférieures sont bien développées, griseset n’ont pour tout dessin qu'une trace de ligne subterminale. Le dessous est uniformément gris. La coudée seule se soupçonne aux quatre ailes; cependant le point de départ de cette ligne est à la côte largement indiqué en clair. Les antennes sont courtes et garnies de cils égaux. Chez la ®, les antennes sont filiformes et l'abdomen est crêté latéralement.

Cette rare Pyralide n'avait, jusqu'à ce jour, été rencontrée qu'en Corse, en Sicile, en Hongrie, en Espagne et à l’île de Crète.

il est bien supposable que l’île Sainte-Marguerite n'est pas le seul point des environs de Cannes, où peut se rencontrer l’Hypotia

Corticalis.

Acidalir Mediaria. 29

nt

Acidalia Mediarin, He.

Fig. 502. — Evers. p. 374. — Bdv. 1914. — Herr.-Sch. p. 24. — Gn. 856. — Stgr. Cat, 43.

(PI. 82, fig. 5 à 7)

Par la forme générale, elle se rattache au groupe des larves des Acidalia Incanata, Straminata (4) et Dorycniata, Bell.; cependant celle de la Wediaria est relativement plus courte, avec une livrée plus obscure. C’est encore une de ces petites chenilles qui sont des plus sobres, et dont la croissance est fort longue. En effet, éclose en juillet, elle passe à l’état de larve la fin de l'été, l'automne, l'hiver et la plus grande partie du printemps. On ne savait absolument rien de ses mœurs. Parvenue à toute sa grosseur vers les premiers jours de juin, cette chenille est alors médiocrement longue, atténuée antérieurement, à peine carénée sur les côtés, très-plissée, d'un gris obscur. Une large vasculaire brune et continue règne à partir du premier segment. La ligne stigmatale, placée sur la carène, est continue et à peine plus claire que le fond. Les stigmates petits et noirs ne sont pas visibles à l'œil nu. La tête est petite, carrée, aplatie en avant, et marquée de brun perpendiculairement. Sur les 2° et 3° anneaux, On voit, de chaque côté, un point brun bien marqué. Les pattes antérieures ont le dernier article noir, les quatre autres sont très-rapprochés et concolores.

Cette chenille vit, aux environs de Cannes (2), sur l’Euphorbia

(1) Dont je viens de découvrir la chenille, que je ferai bientôt connaître. (2) Je l'ai trouvée à l'ile Sainte-Marguerite, où elle ne paraït pas abondante.

spinosa, dont elle ronge les feuilles préférablement aux fleurs. Elle mange très-peu à la fois et pourrait se passer de nourriture pendant plusieurs semaines sans paraître souffrir de ce jeûne prolongé. C’est au pied de la plante que cette (petite larve, qui est assez difficile à élever, tisse parmi les débris de végétaux une petite coque à clairevoie où la chrysalide promptement fermée, est retenue horizontalement par la pointe abdominale. Cette chrysalide, brune antérieurement, avec les anneaux abdominaux rougeâtres, n'a rien pour la forme qui la distingue de celle de ses congénères.

L'éclosion de la petite phalénite a lieu au commencement de juillet. C'est peu de temps après que sont pondus les œufs, qui éclosent au bout de huit ou dix-jours. Par là, il est facile de juger du long espace de temps que l’insecte passe sous son état de larve.

INSECTE PARFAIT

Il varie beaucoup pour la taille, mais constamment le mâle m'a paru plus petit que la femelle.

Par la coupe d'ailes qui lui est propre, et par ses lignes diagonales et droites, il est toujours facile de distinguer la Mediaria de ses congés nères. [1 n'existe pas de synonymie pour cette délicate espèce demeurée rare et que beaucoup de collections ne possèdent pas encore. Je ne pense pas qu’elle ait été trouvée, en France, au-delà du littoral de la Méditerranée. Elle a été signalée en Espagne, en Italie et dans la Russie méridionale.

Obs. Je ne serais pas éloigné de penser que la chenille de l’Acidalia Mediaria vit exclusivement sur l'Euphorbia spinosa, plante sousligneuse du littoral de l'Europe méridionale, et qui d'ailleurs n'est signalée qu'en Provence par les auteurs de la Flore française.

Eucrostis Indigenaria. 299

Eucrostis Endigenaria, VILL.

P. 383, pl. VI, fig. 49. — Bork. 238. — Tr. I, p. 269. — Dup. 466, pl. 168, fig. 5. — Frey. I, p. 78, fig. 4. — Bdv. 1430. — Herr. — Sch. p. 9. — Gn. IX. — Stgr. Cat. 15. — Fimbriolaria. Hb. 468.

(PI. 82, fig. 8 à 11.)

Cette petite et charmante phalénite est demeurée jusqu'à ce jour tout à fait ignorée sous ses premiers états. Les deux autres espèces qui complètent le genre, sont dans le même cas. Ces trois insectes, dont deux exotiques, ont été fort bien observés sous leur état parfait : ils se recommandent par des caractères tels qu'il n’est pas possible de les séparer et de les faire entrer dans d’autres genres (1). Voici quelques-uns de ces caractères : « Les antennes du o” courtes, gar nies de lames robustes, spatulées, avec le sommet crénelé; celle de la © garnies de lames courtes et dentiformes..…...… trompe nulle. » (Gn. IX, p. 366). Je suis surpris cependant que l’auteur du Species n'ait pas indiqué le lieu où de Villers, notre compatriote, qui a découvert et nommé l’Indigenaria, à rencontré celle-ci. Cette Eucrostis a été trouvée pour la première fois près de Lyon, dans l’ancien lit du Rhône, vulgairement appelé le Content (de Villers). Depuis, cette phalénite, qui est fort rare dans notre département, à été reprise par plusieurs lépidoptéristes de notre ville. Je l’ai rencontrée moi-même une fois sur les hauteurs de Crépieux, le2 septembre 1855, en chassant à la lanterne; mais c'est en vain qu’en ce lieu j'ai, à diverses reprises, cherché la chenille. Le hasard vient enfin de me

(4) La connaissance de la chenille de l’Indigenaria vient justifier la creation du genre : pour cette phalénite, toutefois

procurer cette larve à l’île Sainte-Marguerite (Alpes-Maritimes), sur l’Euphorbia spinosa, L. Depuis cette époque, des œufs de l’Indigenaria m’ayant été envoyés d'Espagne pendant le mois d'octobre, j'ai pu observer la chenille dès sa sortie de l’œuf, lequel éclôt huit à dix jours après qu'il a été pondu. Cet œuf est déprimé, d’un jaune serin, ef, la veille de l’éclosion, acquiert à l’une des extrémités, une couleur plombée métallique qui parait éclatante vue à la loupe.

De l'époque de son éclosion à sa seconde mue, elle est d’un jaune citron uniforme, avec la tête entièrement d’un noir mat: mais dès le cinquième jour, la double caroncule dorsale de chaque anneau, commence à paraître. Ce n’est qu'à la troisième mue que la tête, perdant sa couleur noire, devient concolore. La chenille de la seconde génération, celle qui passe l'hiver, croit avec une extrême lenteur : éclose vers la mi-octobre, elle n’est parvenue à tout son développement que dans la seconde quinzaine d'avril. Elle est, à cette époque. médiocrement longue, un peu atténuée en avant, avec les anneaux très-distincts s’'emboîtant en partie les uns dans les autres. Les deux premiers segments sont très-carénés; les suivants présentent deux proéminences placées à la suite l’une de l’autre, dont la première un peu plus élevée que la seconde. Tout le corps, sauf la tête et les pattes antérieures, est d’un vert clair tendre, jaunâtre en dessous, avec les incisions d’un jaune elair. Les trois premiers anneaux et lesdeux derniers sont très-légèrement lavés de rougeàtre. Aucune trace de lignes en dessus et en dessous. La tête est relativement petite, nullement bifide, un peu aplatie en avant, sans aucune proéminence, d’un jaunâtre vineux, avec les mandibules et ocelles bruns. Les stigmates sont petits, ronds et bruns; les pattes écailleuses sont de la couleur de la tête, et les ventrales sont vertes.

J'ai trouvé cette chenille, comme je l'ai dit, à l'ile Sainte-Marguerite, sur l'Eup. spinosa, dont elle ronge d’abord les feuilles les plus

Eucrostis Indigenaria. 301 tendres; mais elle doit vivre sur d’autres espèces d'Euphorbia, puisque dans le Lyonnais, où n'existe pas la spinosa, cette Eucrostis se montre de loin en loin.

La chenille vit à découvert, et c’est au centre de plusieurs fils de soie fixés aux ramuscules de la plante, qu'elle se tient pendant le jour. Son habitude au repos est de ne jamais avoir les pattes écailleuses appuyées, et celle d’être à moitié recourbée en demi. Sr elle est inquiétée, elle cherche à dissimuler sa tête en retournant en dessous la partie antérieure du corps. C’est encore parmi les rameaux qu'elle demeure, la tête en haut, pour opérer sa transformation, qui arrive à la fin d'avril pour la première génération et en octobre pour la se— conde.

La chrysalide, retenue par quelques fils de soie sur la plante, est un peu obtuse, lisse, d’un vert tendre rappelant assez bien la couleur de la chenille. Peu de jours après, cette teinte délicate se prononce sur l'enveloppe des ailes et celle de la tête. Enfin, la pointe abdominale se colore légèrement en vineux. L'état de chrysalide ne dure pas plus de vingt à vingi-cinq jours, mais cinq à six avant l’éclosion du lépidoptère, la nymphe change de couleur : de verte elle devient d’un jaune blanchâtre et la poitrine prend une couleur vineuse, teinte due à la coloration de la frange des quatre ailes, qui sont alors rabattues sur la poitrine.

L'éclosion du printemps a lieu dans la matinée; c’est le contraire pour la génération de l'automne. Dans ce dernier cas, en effet, c’est entre sept et huit heures du soir que se développe la phalénite.

Envergure : le o’ 07,015.

la $ O",O1S.

Les ailes sont unies, veloutées, bien fonrnies d’écailles, d’un beau vert pistache, n'ayant qu'un seul petit point cellulaire d’un rouge obscur aux quatre ailes. La frange est large, d’un rouge pourpré

obscur et précédée d’un feston éclairé antérieurement d'un jaune vif. La nervure costale est brun-rougeâtre. Le thorax et le dessus de l'abdomen sont du même vert que les ailes. Le front est rougeûtre et le vertex est jaune.

La © ressemble au ©”, mais elle est toujours plus grande.

L'espèce, que je sache, ne varie pas pour la couleur; mais il n’en est pas de même de la taille : j'ai vu des sujets mâles obtenus ex larva qui sont d'une extrême petitesse.

L’Indigenaria s'éloigne rarement du lieu da sa naissance. Aux iles Lérins, c’est au midi, sur les rochers calcaires, tapissés d’abondantes touffes d'Emph. spinosa, qu'il faut la chercher. Le vol du © est assez rapide, mais celui de la © est lourd, incertain et court.

Cette intéressante phalénite appartient non-seulement à la faune du Lyonnais, pays que peut-être elle ne dépasse pas, mais encore à toute la Provence. Elle a été signalée en Espagne, en Dalmatie, en Italie.

Obs. Sur le chemin qui conduit de Nice à Villafranca, notre collègue, M. Fallou, en mai 1865, a fait partir d’un buisson bas deux /ndigenaria. Quelques pieds d'Euphorbes devaient être mêlés à ces buissons, ou croitre dans leur voisinage.

Agdistis Heydenii, ZELL.

VI, p. 322. — Herr.-Sch., 45. — Stgr. Cat. 2584. (PI. 82, fig. 12 à 44.) CHENILLE.

Cette larve fort bizarre par sa forme rappelle assez celle de sa congenère la Tamaricis, Z. (A).

SRE LEE RQ ee

(4) Qui n'est pas encore figurée et que j'espère bientôt faire connaitre.

Agdistis Heydenii. 303

Jeune. la chenille de l’Heydenii, dont on ne connaissait point les mœurs, est, sauf la taille, ce qu'elle sera parvenue à toute sa grosseur, qui n'arrive que dans le courant d'avril pour la première géné ration. Elle est atténuée postérieurement, un peu carénée latéralement, d'une couleur d'argile plus ou moins prononcée en dessus et sur les flancs, et d’un verdâtre livide en dessous. Les trois premiers anneaux, le dixième et le onzième, présentent chacun deux pointes bifides en forme de caroncules relativement élevées. Les pointes des 10° et 11° segments sont un peu moins hautes que les précédentes. La tête est petite, globuleuse et brune. Le doset les flancs sont recouverts de poils gris et raides légèrement inelinés en arrière, implantés sur des points proéminents. Ces poils, vus à la loupe, ne finissent pas en pointe, mais présentent au contraire une sorte de petit renflemen spatuliforme. La tête, les pattes et les caroncules bifides sont aussi garnies de ces poils de forme anormale. La tête, vue de face, présente un triangle noir. Les pattes antérieures sont robustes, longues et concolores: les dix autres sont de couleur argileuse. Les stig mates, à peu près perdus dans les rugosités de la peau, m'ont paru bruns.

Lors de la seconde génération, cette curieuse chenille passe l'hiver ; je l'ai trouvée près de Cannes, contre les rochers, sur d’autres plantes que sur l'Euphorbia spinosa, qui me l’a fournie à l’île Sainte-Marguerite. Elle m'a paru vivre sur plusieurs espèces de sous-arbrisseaux et plantes sous-ligneuses. C’est peut-être le Lotus angustissimus., L., qui la nourrit le plus ordinairement. L'espèce vit et se chrysalideà découvert. À la fin d’avril, elle se fixe la tête en haut à un petit rameau de la plante qui l’a nourrie et se transforme à la manière de la plu part des diurnes. Cette chrysalide, fixée par la pointe abdominale et retenue perpendiculairement par un fil de soie qui entoure le milieu du corps, est allongée, très-atténuée postérieurement, avec la pointe des ailes déliée et non adhérente au corps. La forme du masque est caractérisée. La partie antérieure et l’enveloppe des ailes est d’un brun rougeâtre, les anneaux abdominaux sont carnés et maculés d’atomes

foncés. Les premiers exemplaires de l'Heydeni sont éclos du 10 au 15 mai.

INSECTE PARFAIT

Envergure 0,017 à 0",018.

On sait que ce qui caractérise les insectes de ce genre, c’est d’avoir les ailes entières et non divisées. L’Agd. Heydenii à les antérieures relativement larges à l'extrémité, d’un brun de bois variant d’intensité, largement éclairées à la côte, au centre et au bord interne. La tache claire centrole est marquée de trois gros points bruns placés sur la même ligne ; la côte en porte quatre ou cinq ; enfin, l’apex et l’angle opposé sont l’un et l’autre marqués d'un gros point brun plus développé que les précédents. Les ailes inférieures, coupées triangu— lairement, sont brunes et sans dessins. La tête, le thorax et les pattes sont d’un gris blanchâtre; ces dernières, annelées de brun. La spiritrompe est longue, déliée et jaunâtre,

Cette jolie Agdistis, dont la découverte n’est pas ancienne, est encore une grande rareté, et très-peu de collections la possèdent. Bien qu'elle paraisse abondante près de Cannes, au golfe Jouan et aux îles Lérins, je crois qu’elle n'avait point encore été signalée en France.

Crambus Stanudingeri, ZELL.

Ann. Soc. entom. de Stettin (1864).

(PI. 83, fig. 1.)

Ce Crambus qui pour la taille rappelle les petits exemplaires du Falsellus, S-V, auquel il ressemble au premier abord, vient d’être publié par M. Zeller, d'après un seulexemplaire rapporté dela Vieille- Castille, en 4862, par M. Staudinger. Ce Crambus n'ayant point en core été figuré, je crois, en le faisant représenter, être agréable à mes collègues.

Annales de la Socété Linnéenn

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