‹ Iconographie et description de chenilles et lépidopteres inédits (volume 2)Chapitre 31 sur 44 · ES · texte numérisé non relu

ES

(1) Je soupçonne que la chenille de cette Pyralite nouvelle doit vivre sur le Lotus decumbens ? très-abondant dans les lieux où j'ai rencontré l'insecte parfait.

Stenia Canuisalis. A

frange est précédée d’une série de taches sagittées nervurales. En dessous, le dessin des quatre ailes est à peu de chose près la répétition du dessus ; ces ailes sont en outre lavées de jaune et légèrement luisantes, et les nervures sont visiblement indiquées. Les antennes sont longues, effilées, moniliformes et brunes. Les palpes sont courts, droits, noirs en dessus et blancs en dessous. La tête est saillante, les yeux gros et noirs, le thorax est gris et concolore. L'abdomen est très-long, très-effilé et dépasse de beaucoup les secondes ailes ; ilest noir, annelé de blanchâtre et terminé par une pointe bifide. Pattes très-grêles, très-longues, grisâtres, avec deux paires d'éperons à chaque tibia des postérieures et une paire à chaque tibia des quatre autres pattes.

La © est sensiblement plus grande que le o”; si elle est tout aussi sombre que lui, ses ailes supérieures sont plus obtuses à l'apex, son abdomen est plus court, moins grêle, renflé au centre et aigu à l’extrémité. Les antennes sont plus fines, mais moins longues que chez le o”. La coudée n’a pas non plus, aux ailes supérieures, la pointe diagonale aussi aiguë. La tache cellulaire est plus large aux premières ailes que chez l’autre sexe, mais la tache des inférieures est

sensiblement plus petite. En dessous, les lignes et les taches sont moins accusées.

Cette Stenia inédite vole aux environs de Cannes, une première fois en mars et avril, et une seconde fois en septembre et octobre (4). Elle se tient pendant le jour dans les grandes herbes et parmi les plantes sous-ligneuses qui gærnissent les rochers des bords de la mer.

C’est entre Cannes et le golfe Juan que j'ai rencontré plusieurs fois les deux sexes de ce lépidoptère.

(1) Je l’ai reprise au crépuscule du soir, le {6 octobre dernier, mais alors l’espèce était fruste.

La Stenia Canuisalis (1) devra trouver place après la Bruguieralis, Dup., du Species général, et porter le n° 224 bis.

Nodaria (2) Hispanalis, G\.

VII, p. 64—Stgr., Cat. 937.

(PL. 95, fig. 8.)

Cette race obscure semble au premier abord différer sensiblement de l'Hispanalis type. Cependant, en comparant cette nouvelle venue que je rapporte à la Var. A. du Species, bien qu’elle s’en éloigne par les ailes inférieures, on ne tardera pas à s'assurer que c’est bien la même coupe d'ailes, et que ce sont les mêmes lignes transversales que chez l’Hispanalis ordinaire.

J'ai sous les yeux deux sujets, un cet une 9 ; ils mesurent:

Le o” 0",027.

La 9 0”,030.

Les ailes sont grandes, un peu arrondies ; les supérieures sont épaisses, étroites à la base, d’un brun très-foncé, avec les lignes ordinaires noires, à peine distinctes du fond, tant celui-ci est obscur. La première des deux médianes est irrégulièrement continue, dentée ; la seconde est arquée et plus régulièrement dentée que la précédente

(1) De Canuis, nom spécifique propre à rappeler la patrie de l'insecte. J'ai dit précédemment, lors de la description de la Psecadia, Var. Canuisella, p.294, pour quel motif Canuis, nom primitif de la ville de Cannes, ne doit prendre qu'un n.

(2) « M. H.-Schaeffer a confondu ce genre avec les Herminia, mais il m'a paru nécessaire de les en détacher. L'aspect général de ces espèces, qui rappelle bien plus les Helia que les Herminies, leurs antennes, la disposition des nervules, et surtout le mode d'insertion de l'indépendante, leurs ailes supérieures épaisses, à ligne subterminals toujours ponctiforme, les secondes, qui ne participent point aux dessins des premières, elc., ete., me semblent largement motiver cette séparation. » Gn. VIE, p.63.

Nodaria Hispanalis. 429

ligne. La subterminale est presque droite; elle est composée de petits points nervuraux jaunâtres, accompagnés intérieurement de points noirs plus gros et un peu fondus. Le dernier des points clairs est plus gros que ceux qui le précèdent. La tache cellulaire est grande, noire, en forme de croissant dont les pointes se dirigent extérieurement. Les ailes inférieures sont enfumées, avec une ligne transversale arquée , fine, nébuleuse, ainsi que la tache cellulaire, qui est petite. En dessous, les supérieures sont très-sombres, avec la coudée bien écrite. Les inférieures ont la teinte du dessus, et on voit distinctement accusées les lignes transverses et la tache cellulaire. Les antennes sont noires, noduleuses au tiers, et très-grêles ensuite. Les palpes sont très-arqués, ascendants, noirs et dépassant la tête. Le thorax et l'abdomen sont très-sombres.

La © , qui est un peu plus grande que le ©”, a les ailes supérieures plus arrondies à l’apex et un peu moins sombres. Les inférieures ne sont plus que d’un gris fuligineux.

Il est fâcheux que je n’aie encore rien appris des mœurs de cette espèce, qui m'a été envoyée par M. Himmighoffen, de Barcelone.

Cette Nodaria, à peine connue, vole en juin dans les lieux montagneux et herbus des environs de Barcelone, et une seconde fois en automne.

C’est M. Lorquin qui a rapporté du midi de l'Espagne le o” de l'Hispanalis, qui a servi à la description de l'espèce et qu’on n'avait pas retrouvée jusqu’au jour où M. Himmighoffen l’a reprise au nord de l'Espagne.

Coll. Gn. : deux o”.

Coll. Mill. : un cet une &

Obs. Ces deux derniers sujets sont d’une conservation telle qu’on les croirait obtenus ex larvd.

Lohesina Sirticeama, MiLi

(Species nova.)

Elle est allongée, fusiforme, plissée transversalement, d’un jaune verdâtre très-clair, lavée de carné sur les trois ou quatre premiers anneaux et les deux derniers. Le premier segment est recouvert d’une plaque écailleuse, noirâtre, luisante, partagée par un fin sinus. Sur le dernier anneau on voit difficilement une plaque écailleuse concolore. Le tube intestinal est indiqué en verdätre foncé, mais il n’existe pas d'autre ligne en dessus et en dessous. On distingue cependant sur les côtés une légère carène plus claire que le fond. La tête est petite, cordiforme, noire et luisante ; les pattes écailleuses sont également noires; les huit pattes ventrales et les deux anales sont d’un vert clair.

Cette larve semble vivre uniquement sur le Sfatice cordata, L., petite plante sous-ligneuse qui croit sur les rochers du bord de la mer situés entre Cannes et le golfe Juan, et qui existe aussi sur les falaises calcaires des îles de Lérins.

La chenille commence à paraître en avril, en même temps que les fleurs du Statice, dont elle lie les rameaux pour former des petits paquets qu’elle agrandit à mesure qu'elle se développe. Sa croissance est lente ; elle a lieu du commencement d'avril à la fin de mai, ou les premiers jours de juin, époque à laquelle cette petite larve descend de la plante qui l’a nourrie pour se métamorphoser, après avoir formé une coque papyracée qui adhère solidement soit à la base de la plante, soit à un corps solide du voisinage.

La chrysalide ne présente rien de remarquable.

Lobesin Staticeana. 431

L'état léthargique est fort court; en effet, dix à douze jours après

la transformation de la chenille, la petite Lobesia éclot dans la matinée, parée de ses vives couleurs.

INSECTE PARFAIT

Envergure, 0,011 à 0",012.

Cette jolie Tortricide est assez voisine, pour la taille et la coupe d'ailes, de la Littoralis, Curt. (Venustana, Del. = Hibernana, Stgr.); mais cependant il n’est pas besoin d'un long examen pour reconnaitre en quoi elle différe de cette Lobesia.

Les quatre ailes de la Siaticeana sont relativement allongées; les supérieures coupées presque carrément à l'extrémité, avec le fond d’un gris de perle luisant, up peu jaspé, sur lequel tranchent trois larges bandes transversales d’un brun clair rougeûtre, ainsi disposées : la première occupe le quart de l'aile et le recouvre complètement ; la seconde prend la place de la ligne coudée ; elle est également appuyée à la côte et à la base de l'aile; elle est étroite au sommet, salie d’atomes foncés, et présente à son milieu un angle externe des plus saillants, taché de noirâtre. L'espace subterminal laisse voir un dessin très-tourmenté, entouré d'un filet clair qui ne descend pas jusqu’à l'angle interne. La frange participe de cette couleur brun clair rougeàtre. Quelques taches également brun clair se voient encore à la nervure costale. Les ailes inférieures sont grises, luisantes, sans dessins, avec la frange soyeuse. En dessous, les supérieures sont légèrement enfumées ; on ne voit aucun des dessins du dessus, si ce ne sont quelques points blanchâtres à la côte; les inférieures sont semblables au dessus. Les antennes sont courtes, épaisses, moniliformes. Les palpes sont longs, décumbents, hblanchâtres. La tête et le thorax sont brun rougetre. L’abdomen, qui dépasse les ailes inférieures, est gris de perle et annelé de brun; la poitrine et les pattessont blanehâtres.

La © ressemble au ©”, bien qu'un peu plus petite.

La Lobesia Staticeana, dont l'existence est très-éphémère, ne

s'éloigne guère de la plante qui a nourri sa chenille. Les œufs que la 2 dépose à l’aisselle de ses petits rameaux ne doivent éclore qu’au printemps de l’année suivante. Cela doit étre ainsi, car les jolies fleurs bleuâtres du Statice cordata se flétrissent rapidement à leur exposition au soleil de la Provence, sans nul abri contre ses rayons. Dès le mois de juillet, la dernière des fleurettes du Statice est desséchée, et toutes ses feuilles sont devenues coriaces.

La Lob. Staticeana, dans le Catalogue Sigr., portera le n° 883 bis.

RKelanippe Permixtaria, HErr.-Scu., Fig. 515—Led.— Gn., X, 4550, —Stgr., 562.

(PI. 95, 15.et 16.)

Voici deux Melanippe européennes dont l’une, la Permixtaria, était à peine connue. Elle avait été considérée comme étrangère à l’Europe jusqu’au jour où, ainsi que je vais le dire, elle fat retrouvée en France. L'autre espèce, qui se rapproche beaucoup delapremière, est inédite.

C'est M. Fallou père qui a découvert la Melanippe Permixtaria, H.-S., dans les gorges de Tarn (Lozère), lors de l’excursion annuelle de la Société entomologique de France, en juin 4863, voyage scientifique dont a rendu compte notre collègue M. Ch. Oberthur (séance du 9 mars 4864). Avant l’époque précitée, cette phalénite n'avait été rencontrée qu’aux environs de Beyrouth (Syrie); elle appartient donc aujourd'hui à notre faune française.

Pour la description de la Permixtaria, je renvoie au Species gènéral; X, p. 404, où il est très-judicieusement dit qu’elle fait le passage au genre Anticlea.

Les deux sujets o"et 9 que j'ai devant moi appartiennent au cabinet de M. Lederer. Cet obligeant collègue me mande qu'il en a pris au filet, près de Beyrouth, quarante exemplaires qui ne varient pas.

Melanippe Bulgariata 433

Obs. Au dernier moment, j'ai fait une visite à la collection Donzel, car j'avais un vague souvenir d’y avoir vu la Permixtaria; en effet, je pus reconnaître qu'il existe dans cette collection deux individus © et $ de la Melanippe Permixtaria, H.-.S., parfaitement conservés, avec une étiquette de la main de Donzel lui-même, portant, à tort: Larentia Molluginata ? et, au dessous : Greouls. Juin 1830.

Ainsi qu’on le voit, la Permixtaria, qu’on pensait, il y a peu d’années, étrangère à la France, y a été rencontrée pour la première fois il y a près de quarante ans.

Melanippe Buligariate, Mi.

(PI. 95, fig. 17 et 18.)

Elle est très-voisine de sa congénère, la Permixtaria, dont elle a le port; cependant, en comparant lesdeux espèces en nature, on peut reconnaitre facilement en quoi elles différent l’une de l’autre. Ce qui, au reste, doit faire accepter mon opinion à cet égard, c’est l'avis de M. Lederer lui-même qui, dans sa lettre du 27 novembre 1867, me dit que précédemment cette espèce avait été considérée et annoncée par lui comme étant une variété de la Permixtaria. (W. Ent. Meuh., VII, p. 41); mais à tort, ajoute ce savant.

M. Lederer a bien voulu me communiquer les deux sexes de la Bulgariata pour faire représenter comparativement cette espèce nouvelle avec sa voisine la Permixtaria.

La Melan. Bulgariata est plus petite que sa congénère d’un quart environ, son aspect est généralement plus clair et plus chaud; les lignes brunes et grises sont moins accusées ; les dessins, celui surtout qui limite intérieurement l'espace médian, sont d’une forme différente, mais le caractère distinctif le plus saillant est, aux ailes supérieures, la ligne transversale brune qui touche le point cellulaire, laquelle

est simplemeut arquée chez cette nouvelle espèce, « tandis que cette ligne fait un profond sinus à son dernier tiers dans la Permixtaria » (Led.) (1): de plus, cette ligne transverse est toujours moins oblique que chez celle-ci.

Les ailes supérieures dela Bulgariata sont blanchâtres et marquées des lignes ordinaires propres à ce groupe de Melanippe. L'espace compris entre la base de l'aile et le point cellulaire qui est grand et brun, est occupé par cinq à six lignes serrées, tremblées , brunes et rougeâtres. Ce faisceau de lignes transversales s’arrondit en are, comme je l'ai dit, et ne forme pas d’angles sensibles. Le bord subterminal, au lieu d’être d’un brun foncé presque noir, est d'un gris lavé de rougeàtre. Sur les secondes ailes, les lignes fines, brunes, géminées, sont à peine marquées.

Le dessous laisse voir en partie les lignes et taches du dessus, excepté pourtant celles de la base des supérieures. On voit, mais à peine, le point cellulaire aux quatre ailes ; sur celles-ci on peut distinguer les petites lunules marginales noires. Les antennes sont filiformes ; le thorax est assez robuste et participe de la couleur des premières ailes. L’abdomen est d’un blanc jaunitre.

La © est un peu plus petite que le o”; cependant les lignes transversales paraissent plus larges; c’est ce qui leur donne un aspect plus foncé que chez l'autre sexe. L’extrémité des quatre ailes est lavé d’ochreux clair.

Cette Melanippe nouvelle provient des environs de Slisseno, en Bulgarie.

Ilest fâcheux qu'on ne sache encore rien des premiers états de la Bulgariata, laquelle portera dans le Species général le n°1550 bis.

(1) Ce caractère, qui est immuable, doit {rancher la question.

Année 1868, PI, 96

Annales de la Socièté Lümetnne de Lyon.

Debras ve.

Joques pl. p £

P Miliere et Poujade p L. 1, Geometra Volgarra-Prastnartæ, £verr.

Il. 2 à 6, Nemoria Fauvlinata, Mi .

Il. g &12, id. Llulmentarra, En.

N13 d18, id. Voidata, L.

M Mignon vol,

Pimp Toute 8 r Mignon

Geometlra Volgaria. L35

Geometra Volgarin — Prasinarin, Evers.

—Gn., IX, p. 344 = Prasinaria, Evers. Bull. Mosc., 1837, p. 52. — Faun. Ural. p. 369. — Sigr., Cat. 8.

(PI. 96, fig. 1.)

M. Staudinger, qui vient de me procurer cette espèce, la considère comme une simple variété de la Smaragdaria (4).

Etant à même de comparer les insectes en nature de ces deux Geometra, mon opinion est que la Prasinaria Evers est distincte de la Smaragdaria, par les raisons suivantes. Elle est d'un tiers plus petite que sa congénère, et la coupe d'ailes présente des différences appréciables, et que voici : l'apex des supérieures est plus aigu, l’angle interne plus arrondi et les ailes inférieures moins longues que chez la Smaragdaria. Non-seulement les lignes blanches des supérieures sont beaucoup plus larges, mais leur direction n’est plus la même; ces lignes sont, en effet, plus obliques et moins rapprochées au bord interne. Le point cellulaire blanc est aussi remarquablement plus gros aux quatre ailes. Enfin, les inférieures, presque entièrement blanches, ne sont lavées de vert d’eau qu'à l’angle abdominal. On voit sur ce fond une ligne subterminale fine, déliée, continue, nettement indiquée en blanc. La teinte générale des ailes supérieures est le vert pomme très-clair. Les antennes et l'abdomen sont entièrement blancs.

Il est probable que la ©, que je ne connais pas, s'éloigne autant de

‘la Smaragdaria que le © en diffère.

Cette Phalénite provient de la Russie méridionale. Mon cabinet : un à ex larvä.

(4) « Bien que je ne l’aie pas vue, nous dit l'auteur du Species, el que M. Eversmann ait changé d'opinion à son sujet, je pe puis croire qu'elle ne soit qu'une simple variété de la Smaragdaria.» (Gn. IX, p. 344.)

Nemoria Faustinata, MILL.

(Species nova.) (PI. 96, fig. 2 à 8.)

Voici une nouvelle espèce qui vient augmenter le genre déjà nombreux de ces intéressantes Géomèêtres du genre Nemoria presque toutes rares, très-localisées et d’une recherche difficile. Si, jusqu'à ce jour, certaines espèces de ce genre ont été confondues, c’est sans nul doute parce que leurs chenilles n’avaient point encore été observées. On peut même dire que parmi les Nemoria européennes de M. Guenée, aucune de leurs larves n’est encore authentiquement connue et publiée. Cependant, les généralités exposées dans le Species, d’après la chenille d’une seule espèce exotique de ce genre, s'accordent assez bien avec les observations que j'ai recueillies moi-même.

Les œufs de la N. Faustinata sont sphériques, déprimés et d’un bleu d'azur, mais ils brunissent peu de jours après.

La chenille provenant de la seconde ou de la troisième génération doit éclore vers la fin de l'été ; elle indique dès alors ce qu’elle sera lorsqu'elle aura atteint toute sa croissance. En octobre elle est encore fort petite. Elle ne mange rien ou presque rien pendant les mois de novembre, décembre et janvier, et ce n’est guère qu’en février qu'elle recommence à se nourrir. Elle n’est parvenue à son entier développement que vers la fin de mars ou les premiers jours d'avril, époque où elle se transforme dans la mousse ou parmi les feuilles sèches (4).

(1) Ce n’est que rarement que la métamorphose a lieu dans les feuilles de l’arbuste qui a nourri la chenille.

Nemoria Faustinata. 437

Arrivée à son entier développement, la chenille de Faustinata est mince, effilée, cylindrique, bien que sensiblement atténuée antérieurement. Sa peau, vue à la loupe, paraît rugreuse et grossièrement chagrinée. Elle est d'un veri mat un peu blanchâtre, avec la tête petite, bifide et le premier anneau releré en pointe. La ligne vasculaire, qui est bien indiquée, aux incisions surtout, est plus ou moins vineuse et interrompue sur les 7°, 8° et 9° segments, continue sur les 3°, 4° et 5°, ainsi que sur les trois derniers. Cette ligne vineuse est, sur les anneaux du centre, cerelée de blanc par en haut et sur les cotés, ce qui la fait paraître d’autant plus. On ne voit nulle trace des sous-dorsale et stigmatale ; à la place de la première de ces lignes, il existe, de chaque côté, des chevrons plus foncés, mais qui ne sont pas toujours bien visibles. Le ventre est concolore et sans lignes. Le clapet anal est formé, mais petit et teinté de vineux sur les bords. Je n'ai pu distinguer les stigmates. La tête et le premier anneau sont d'un vineux plus ou moins obscur. Les pattes écailleuses sont longues, robustes et vineuses; les autres vertes, avec la couronne vineuse etrayée de blanchâ‘re perpendiculairement.

Quelques chenilles sont entièrement d’un vineux plus ou moins foncé, mais comme enfarinées par places.

L'espèce qui se tient presque toujours à découvert sur la plante qui la nourrit conserve, au repos, soit une rigidité absolue, soit une courbure antérieure du corps.

Contre l'ordinaire de plusieurs larves congénères, celles des Veridata, L., et Pulmentaria, Gn., dont je parlerai dans un instant. ja chenille de Faustinata passe l'hiver, mais alors elle descend près du sol, ou se cache parmi les feuilles sèches. Elle ne mange rien ou presque rien pendant les mois de novembre, décembre et janvier ; et ce n’est qu’en février qu’elle recommence à se nourrir. Elle n’a atteint son entier développement que vers les premiers jours d'avril, époque où elle se transforme dans la mousse ou parmi les détritus végétaux qu'elle réunit au moyen de quelques fils de soie.

Cette larve, qui m'a été procurée par M. Himmighoffen, vit uni-

quement, m écrit ce naturaliste, sur le romarin officinal des environs de Barcelone, grand arbuste qui fleurit pendant tout l'hiver et le printemps. Elle n'en attaque que les fleurs, parmi lesquelles elle se tient tout-à-fait dissimulée ; cependant, lorsque ces fleurs lui manquent, elle s'accommode des feuilles récemment développées du romarin.

Les chenilles de la Nemoria Faustinata sont attaquées fort souvent par un petit Ichneumon, dont les larves en détruisent un bon nombre.

La chrysalide est ordinairement placée la tête en bas; elle est d'abord d’un vert sombre, passe ensuite au jaune verdâtre, etsur l'enveloppe des ailes on distingne, ainsi que chez la chrysalide de l'Aspilates Citraria (pl. 74, fig. 4), les nervures indiquées en brun foncé. On voit, en outre, sur les anneaux de l'abdomen une grosse tache latérale brune qui se prolonge jusqu'à la pointe.

L'éclosion de la phalénite a lieu du 40 au 20 mi, et toujours à partir de neuf à onze heures du soir. Elle est beaucoup plus vive et vole bien davantage que ses congénères Viridata, Pulmentaria et Aureliaria, et, comme les écailles de $es ailes tiennent à peine, il est difficile d'obteuir ce lépidoptère en bon état, bien qu'élevé de chenille.

INSECTE PARFAIT

Envergure : le o* 0°,23 à 0°,24 :

— la 9 07,926 à 0,27.

Cette Nemoria est un peu plus grande que ses voisines la Viridata et la Pulmentaria, et sa coupe d'ailes est relativement plus large. Par ce dernier caractère la Faustinata se rapprocherait de l’Aureliaria, Mill. par l’envergure seulement. Mais ce qui distinguera {oujours cette nouvelle espèce de ses congénères, ce sont les lignes transverses des quatre ailes qui, au lieu de se détacher en blanc ou blanchâtre, sont au contraire invariablement indiquées en vert plus accusé que le fond. La couleur des ailes, qui rappelle assez le vert des espèces du

Nemoria Faustinala. 139 mème genre, teinte qui, de même que chez les Viridata et Pulmentaria, s’est légèrement obscurcie par la dessication de l’insecte, la couleur, dis-je, est d’un vert myrte clair présentant de très-fines stries blanchâtres assez mal indiquées, avec deux lignes médianes et transverses aux ailes supérieures d’un vert foncé, presque droites,

bien que formant des petits angles à droite et à gauche. La coudée surtout en présente deux plus saillants que les autres ; le premier dont la pointe externe est placée à la hauteur de la seconde nervure ; le second angle dont la pointe interne est à la hauteur de l’avantdernière nervure. Le point cellulaire est grand ; il touche à la ligne basilaire. La côte aux supérieures est légèrement teintée de jaunâtre. Les ailes inférieures sont larges et sans aucune trace de l'angle extérieur; elles présentent deux lignes transversales également d’un vert foncé. La première de ces lignes est à peine indiquée au bord supérieur de l'aile ; la seconde ligne forme un renflement extérieur sen— sible aux deux tiers de sa longueur. Les franges aux quatre ailes sont longues et concolores, Le dessous des ailes est d’un vert d’eau trèsclair et sans aucune ligne ni point. Les antennes sont très-légèrement ciliées, médiocrement longues, blanchâtres à la base et rougeitres à l'extrémité. Les palpes et le front sont rougeâtres ; les yeux noirs ; le vertex est blanc ; le thorax concolore, ainsi que le dessus de l’abdomen; celui-ci est en dessous d’un blanc satiné avec l’extrémite fauve. La poitrine et les pattes sont blanches; les postérieures, chez les deux sexes, sont garnies, aux tibias, d’une paire d’énerons.

La 9 est un peu plus grande que le ©”, d’un vert tout aussi foncé que lui, avec de légères stries blanchâtres. Les lignes transverses se distinguent aussi nettement que chez leo. Le dessous des quatre ailes est également très-clair et n’a pas deligne.

J'ai dit que Ja N. Faustinata était originaire des environs de Barcelone (Espagne), où chaque année M. Himmighoffen l'élève de chenille.

Je n'ai point encore remarqué cette jolie phalénite dans le département des Alpes-Maritimes; cependant je conserve l'espoir de l'y

rencontrer, car le romarin, qui croit en abondance et spontanément sur quelques points de son territoire, doit y nourrir sa chenille (4).

Nemoria Palmentaria, G\.

IX, p. 349. — Stgr. Cat., 20.=— Cloraria Dup., V, p. 549, pl. 210, fig. 4. — Tr. Sup., p. 177. — Zell. Isis, 1847, p. 486 et Ent. Zeit, 1849, p. 203. — Bdv., 1424. — Herr.-Sch., p. 10 et Sup. p. 62 et 63, fig. 362. (non Hb.)

(P1. 96, fig. 9 à 12.) CHENILLE.

L'œuf est ovolaire, sensiblement déprimé en dessus et en dessous, d’un vert glauque pâle, passant au vert jaunâtre six ou sept jours après avoir été pondu. La chenille grossit rapidement ; en été, vingt à vingt-cinq jours lui suffisent pour arriver à son entier développement. Elle est longue, atténuée antérieurement, sans carène latérale, très-plissée transversalement, avec la tête et le premier anneau hifides. Ce dernier, vu de très-près, présente plutôt deux pointes se divisant elles-mêmes en deux plus petites, mais ce caractère n’est pas constant. La vasculaire, la seule des lignes existantes, est très-large, continue, vineuse ou mieux d’un carminé obscur. Les pointes de la tête, celle du premier anneau et les pattes écailleuses sont de cette même teinte carminée obscure. Vue à la loupe, cette larve paraît pointillée de blanchâtre sur tout le corps, lequel est d’un vert clair an peu bleuâtre. Le ventre n’est marqué d’aucune ligne. Les pattes anales, très-rapprochées les unes des autres, sont verdâtres et tein—

(1) La plupart des Nemoria sont, comme je crois l'avoir déjà dit, étroitemeny circonscriles ; le tout est de découvrir le lieu de leur retraite.

Nemoria Pulmentari. #41 tées de vineux à la couronne ; les stigmates sont d’un rougeâtre pourpré; les côtés des pointes du premier segment et les incisions sont jaunâtres.

L’espèce est parfois d’un jaune serin vif, ou entièrement blanche si les fleurs dont elle se nourrit sont de cette couleur.

Cette chenille, qui est le plus souvent rigide dans sa pose, et qui se tient toujours à découvert, vit en automne sur plusieurs espèces d'ombellifères. Ce sont les Buplerum, Seseli, Anthriscus, Fæniculum, etc., sur lesquelles plantes herbacées M. Staudinger, M. Poulin, de Genève, et moi l'avons trouvée assez abondamment, dans la première quinzaine d'octobre (1), à Celles-les-Bains (Ardèche). Elle m'a paru trèslocalisée ; je l’ai encore trouvée aux environs d'Hyères, et au Grand- Pin, près de Cannes, sur le Lotus hispidus.

A la fin de juin, j'ai reçu de Bastia, par les soins obligeants de M. Mabille, six chenilles de la Pulmentaria rencontrées sur le Buplerum fruticosum, L. qui croit spontanément en Corse. Ces chenilles diffèrent légèrement du type; presque toutes n’ont plus la vasculaire de couleur vineuse et tranchante ; cette teinte a passé au vert foncé ; la couleur de la tête et des pattes est assez celle de l'espèce ordinaire. Ces six chenilles se sont métamorphosées et sont écloses du 40 au 45 juillet.

Enfin, je n’ai jamais remarqué la Pulmentaria dans le Lyonnais, où je fais de l’entomologie depuis près de vingt-cinq ans.

Cette larve construit une coque légère en réunissant quelques brins de mousse ou des feuilles sèches, se transforme bientôt, et, sous cet abri, passe l'hiver à l’état de nymphe.

La chrysalide est allongée, à fond gris verdâtre, avec l'enveloppe des ailes marquée de quelques lignes longitudinales foncées.

(1) Ce devait être la chenille de la 4e ou la 5° génération, comme aussi la dernière de l’année.

= La

INSECTE PARFAIT

Envergure : 0,024 à 0",095.

La N. Pulmentaria est assurément une espèce distincte, mais lorsque M. Guenée lui donne, dans son Species, IX, p. 349, pour couleur le vert jaunâtre, je crois que ce savant n’a vu que des sujets qui ont volé ou qui étaient anciens en collection.

Cette phalénite est, au moment de l’éclosion, d’un vert glauque, un peu bleuâtre, et ce qui la distingue de ses congénères, avec lesquelles on pourrait encore la confondre, ce sont, indépendamment des lignes médianes blanchâtres et bien marquées qui traversent les ailes, de nombreuses stries claires qui recouvrent toute leur surface ; caractère invariable (1) qui sufrait pour en faire une espèce séparée, alors que la connaissance de sa chenille ne viendrait pas nous le prouver.

La N. Pulmentaria, qui a quatre ou cinq générations, est comœmune dans l'Ardèche; elle ne paraît pas rare en Corse.

Obs. Cette espèce s’accouple facilement en captivité ; de plus, elle est douée d’une remarquable fécondité pour une phalénite; en effet, lune de ces Pulmentaria, placée séparément après l'acte copulatif, a pondu jusqu’à 138 œufs qui sont éclos huit jours après.

(1) Ce caractère est partagé, bien que faiblement, par ma nouvelle Nemoria, la Fauslinata; cependant, en outre de ce que cette dernière possède des lignes transverses indiquées en vert foncé, la coupe d'ailes est, ainsi que je l’ai fait observer, bien différente de celle de la Pulmentaria. Je dirai encore que les chenilles de ces deux espèces différent entre elles par la forme, la couleur et par les mœurs. Enfin, il me suflira de rappeler quesi la chenille de la Faustinata passe l'hiver, celle de la Pulmentaria et celle de la Viridaria demeurent toujours pen: dant cette saison sous leur état léthargique.

Nemorit Vüidita. ! 3

Nemorina Viridata,!L.,

230. — Scop, 530. — W.-V.—B., 7.— Fab., 147.— Bork., 18. — Hb., 414. —Tr., 1, p. 407. — Dup., IV, p. 246, pl. 151, fig. 4 — Step., IE, p. 316. — Wood., 734. — Bdv., 1493. — Herr. — Sch., p.10, et sup., p. 63, fig. 567.— Lah., 5.— Gn., IX, p. 346. — Styr., Cat., 16. = Vernaria, Haw., p. 300.

Elle est verte, assez longue, mais relativement moins que les larves des deux précédentes Nemoria. Elle est atténuée antérieurement, carénée sur les côtés, rugueuse vue de très-près, à tête bifide, à premier anneau bifide. Les pointes de la tête, celles du premier segment, ainsi que le troisième article des pattes écailleuses, sont d’un vineux clair. La ligne vasculaire est indiquée en un trait carminé vineux sur les quatre premiers et les trois derniers anneaux. Les segments intermédiaires sont, sur chacun d'eux, marqués au centre d’un losange d’un carminé plus ou moins obscur. Les pattes anales sont du même vert que le fond. Les stigmates sont très-petites et rougeàtres : on ne peut les distinguer qu’à l’aide d’une bonne loupe.

La chenille de la Viridata, de même que celles des espèces congénères que j'ai observées, est lente dans ses mouvements, vit assez communément dans les lieux bas des environs de notre ville, sur l'Ononide épineuse (Ononis spinosa, L.) dont elle dévore les fleurs préférablement aux feuilles.

Cette larve vit toujours à découvert, grossit très-vite, ne mange que la nuit, et, pendant le jour, se place au centre d’un groupe de fleurs, parmi lesquelles il est fort difficile de la distinguer. C’est au pied de la plante, dans les feuilles sèches, qu’elle forme une coque légère où la transformation à bientôt lieu.

La chrysalide est allongée, rougeâtre et marquée sur l’enveloppe de la poitrine et de l'abdomen d’un petit trait brun sur chaque segment. ;

L'état léthargique est court si l'insecte appartient à la première génération; sa durée n'est alors que de trois ou quatre semaines ; si au contraire la chenille a vécu en automne, elle passe l'hiver en chrysalide.

INSECTE PARFAIT

Envergure : 0,022 à 0*,024.

La N. Viridata paraît à deux époques, en juin et en septembre. Elle L'est pas rare dans nos environs, sur les bords du Rhône où croît en abondance Ja plante qui nourrit sa chenille. Elle vole au crépuscule, et quelquefois pendant le jour. Je l'ai prise dans une prairie humide du Haut-Bugey, où croissait l'Ononis spinosa, volant avant le coucher du soleil. Depuis, en 1864, j'ai repris très-abondamment la Viridata à la fin de mai, aux environs d’Ax-sur-Arriège, où le type m'a paru grand et d’un vert plus vif que celui du Lyonnais.

Nota Thymula. 445

Avant de clore cette livraison, je fais observer que, dans la précédente, lors de la reproduction de la chenille de la Nola Thymula (PI. 85. fig. {1.), mon dessin n’a pas été exactement copié. En effet, cette chenille doit être moins atténuée postérieurement, et, chose plus importante, elle ne doit avoir que trois paires de pattes mem braneuses au lieu de quatre qui sont indiquées par la gravure.

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De la 946 Livraison (1865).

Fig.

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. Chenille du Satyrus Fidia,

. Insecie parfait.

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