VINGT-UNIEME LIVRAISON
Présentées à la Société Linnéeane de Lyon, le 10 février 1868.
Satyrus Fidia. L.
Hb., pl. 447, fig. 8. — Esp., pl. 49, fig. 3. — God., IL, pl. 41, fig. 3 et 4. Stgr., Cat. 314.
(PI. 93, fig. 1 4.) Ù
Souvent la $ du S. Fidia, après avoir été piquée mortellement par l'épingle, pond plusieurs œufs. Ceux-ci sont sphériques, cannelés, rayés transversalement et d’un blanc mat. Cinq ou six jours après, vers le 10 ou le 45 juillet, la chenille éclot ; elle est alors très-atténuée postérieurement, d'un gris verdâtre, avec une tête relativement énorme. La première nourriture de la chenille est la coque vide de l'œuf qui
lui a servi de berceau. Les jeunes larves se placent ensuite le long
d’une tige d'herbe, à la suite les unes des autres, et demeurent ainsi jusqu’à ce que les premières pluies aient développé de jeunes tiges de graminées, c’est-à-dire jusqu’en octobre. Cependant elles prennent fort peu de nourriture en hiver; leur croissance est donc très-lente pendant cette saison, et cen’est guère qu’à partir de la mi-mars qu’elles grossissent d’une manière sensible. Enfin. à l’époque du 45 mai environ, ces larves sont parvenues à toute leur taille (1).
Adulte, la chenille est allongée, fusiforme, glabre, sauf la tête et les derniers anneaux, qui sont garnis de poils courts et fins, plissée transversalement, avec le fond d’un roussâtre carné, et marquée de nombreuses lignes continues, dont les principales sont très-distinctes. La tête est grosse et globuleuse; le dernier segment finit en deux pointes tellement serrées l’une contre l'autre qu’elles ont l’air de n’en former qu’une seule. Les lignes se présentent ainsi : la vasculaire est continue, très-fine sur les premiers et les derniers anneaux, mais elle s’élargit à partir du cinquième segment au dixième inclusivement, elle est de plus finement lisérée de clair à droite et à gauche. La sousdorsale est fine, noire, continue et s'élargit sensiblement sur les derniers anneaux ; elle est en outre accompagnée d'un liséré jaune de Naples. La ligne stigmatale est large, droite, continue, jaune nankin et lisérée de brun en dessous. En outre de ces trois lignes, on en voit distinctement deux autres qui sont doubles: la première placée entre la vasculaire etla sous-dorsale, et l’autre entre celle-là et la stigmatale. Le ventre est concolore et jaspé de taches d’un blanc nacré. La tête est roussâtre et marquée de chaque côté de quatre lignes noires longitudinales, indépeudamment de trois ocelles également noirs. Les stigmates sont circulaires, très-foncés, placés en dessus et en dehors de la ligne stigmatale. Les seize pattes sont carnées; la couronne des ventrales est brune.
(4) Ces détails de mœurs m'ont été fournis par M. Himmighoffen, de Barcelone, qui chaque année oblient en nombre l'insecte parfait ex larvi.
Satyrus Fidia. 413
Cette chenille, qui se cache soigneusement pendant le jour au pied des plantes ou sous les pierres, ne sort de sa retraite pour manger qu’en pleine nuit. Elle vit sur diverses graminées des terrains crétacés montagneux. On la rencontre le plus souvent sur le Piptaterum multiflorum. C’est une des chenilles de Satyres qui ne se suspendent pas pour se métamorphoser. Lors de cette importante opération, elle se cache au pied de la plante, ou mieux sous une grosse pierre voisine, sur la terre nue, et, sans former de coque, les pattes en l'air, elle se transforme bientôt.
Les chenilles des Satyrus Hermione et Phaedra , autant que je peux en juger par les bonnes figures de l'Iconographie de MM. Guenée et Duponchel, ont quelques rapports de forme et paraissent avoir des mœurs identiques à celles de la chenille du Fidia. Mais indépendamment de la couleur de cette dernière larve, qui est différente, sa forme est relativement plus allongée.
La chrysalide est médiocrement longue, obtuse, légèrement carénée sur le thorax. Les stigmates sont brun foncé et un peu saillants.
* L’éclosion arrive vingt ou vingt-cinq jours après la transformation de la chenille.
Ce Satyre, ainsi que ses congénères de grande taille, vole avec une extrème rapidité sur les pentes rocheuses et boisées; on peut le chasser et l'obtenir en bon état du 15 au 30 juin environ; cependant on l'apercoit pendant plus d’un mois après cette époque.
Ce beau diurne appartient à plusieurs parties montagneuses de la Provence; notamment aux environs de Niceet de Grasse, où il n'est pas très-rare, Il vole communément en Portugal, en Espagne, en ltalie, etc.
Obs. Le S. Fidia se trouve aussi aux euvirons de Grenoble (Isère). — Note laissée par feu Donzel,
Leucania Hispanica, Bei.
Annal. Soc. ent. Fr. (1863), p. 421, pl. 9, fig. 8. (PI. 93, fig. 5 à 7.)
Elle s'éloigne un peu pour la forme des larves ses congénères qui ont été observées ; cependant elle n’en diffère pas assez pour qu’elle puisse paraître déplacée parmi elles.
La chenille de l’Hispanica est allongée, cylindrique et un peu relevée à partir des derniers segments. Ses couleurs sont moins uniformes que celles des espèces du genre Leucania qui sont connues. Le fond est d’un jaune clair mat lavé de vineux obscur sur les premiers et derniers anneaux, avec les lignes ordinaires non interrompues, ondulées, très-apparentes (1), la sous-dorsale et la stigmatale principalement. On voit en outre plusieurs lignes intermédiaires fines, brunes et continues. La vasculaire est étroite. géminée, brune, continue. La sous-dorsale est large, blanchâtre, finement lisérée de brun en dessus et de noir en dessous. La stigmatale est très-large, blanchâtre, lisérée de chaque côté d’un trait fin, délié, entièrement blanc. La tête est grosse, concolore et porte le prolongement des lignes sous-dorsale et stigmatale. Les stigmates sont relativement gros et noirs. Les pattes sont concolores; les ventrales ont la couronne brune et sont marquées extérieurement de trois points bruns superposés. Les trapézoïdaux et autres points sont petits et à peine visibles.
Cette chenille varie: on remarque en assez notable proportion des sujets dont le fond est d'un rougeâtre plus ou moins obscur
(1) Devenue adulte, la chenille perd en partie la couleur vive des lignes qu’elle avait primitivement.
Leucania Hispanica. ME
et où les ligres d’un blanc jaunâtre se détachent plus visiblement que chez le type.
L'espèce qui se nourrit de graminées, et peut-être exclusivement sur les Piptaterum, notamment le multiflorum, n’habite que les terrains secs, pierreux, bien exposés ef à une élévation de cinq à six cents mètres, aux environs de Barcelone (Espagne), d’où M. Himmighoffen m'en à fait parvehir plusieurs sujets vivants et que j'ai élevés ; mais cette chenille est fort délicate et craint le froid (4). Elle demande des soins extrèmes, car bien qu’élevée à Cannes, à l’air libre, sur un Piptaterum en pleine terre, elle n’a réussi qu’en de très-faibles proportions. Serait-ce parce qu’elle n'avait pas la véritable graminée qui la nourrit dans la nature? serait-ce plutôt parce que l'air de la montagne lui manquait? Quoi qu’il en soit, ces chenilles qui, provenant de la seconde génération, avaient passé Phiver , étaient parvenues à toute leur taille vers la fin de mars. Elles se sont enfoncées dans la terre , et ont formé une coque légère dans laquelle a bientôt eu lieu la transformation.
La chrysalide n’a rien de remarquable et ne saurait être distinguée de celles des espèces congénères qui ont jusqu'à ce jour été observées.
Cette Leucania éclot une première fois vers la fin de mai. La seconde génération donne son lépidoptère depuis la fin d'août jusqu’en décembre. M. Himmighoffen, qui me transmet ces détails, me mande en outre qu'il prend l’insecte parfait de la L. Hispanica pendant automne, pendant l'hiver et jusqu'en avril, et que même, à cette dernière époque, on rencontre des chenilles de cette espèce à tous les âges.
(4) M. Himmighoffen m'écrit qu’il ne la rencontre que sur les versants de la montagne les plus chaudement exposés, cachée pendant le jour au centre d’une touffe du Piplaterum qui la nourrit presque toujours isolément. Elle se tient étroitement appliquée contre une tige d’où elle se laisse tomber ay plus léger froissement de la plante en se roulant sur elle-même.
JNSECTE PARFAIT.
Il est, en effet, de la taille de la Leucania Impura, cependant sa coupe générale est moins allongée; elle rappellerait plutôt la coupe d'ailes, relativement plus courtes, de la Pallens, L.
Je renvoie, pour la description de la L. Hispanica, à celle qu'en a donnée M. Bellier de la Chavignerie, qui a publié l’insecte dans les Annales de la Société entomologique de France (1863), p. 42. Cependant notre collègue ne nous parle pas de la® , qu'il n'avait peutêtre point encore vue. Cette Hispanica est un peu plus grande que le o. Sauf cette différence et celle de l'abdomen, qui est renflé au centre, conique et pointu à l'extrémité, elle lui ressemble tout-à-fait.
La L. Hispanica ne parait pas varier.
Bien qu'’élevée de chenille chaque année, cette noctuelle conserve son prix élevé et ne se répand que lentement dans les collections.
Mon cabinet: deux © et trois ©.
Agrotis ASlawomtiaii, DBLD.
Zool. 1855, p. 47-49.—Stgr., Cat. 1921. = Vallesiaca Stt. Ann. 1855, p. 41. fig. 2.
(PI. 93, fig. 8 à 11)
Cette belle noctuelle, qui n’était point encore découverte lors de l'impression du Species général, n’a pas été comprise dans ce savant ouvrage. Elle est spéciale à l'Angleterre, et aujourd'hui je puis raconter les mœurs de la chenille que je fais figurer en même temps que l’insecte parfait. Ni celui-ci ni sa larve ne sont encore représentés en France. Le papillon seul a été figuré en Angleterre.
Agrotis Ashworthii. WA7
Elle est allongée, pleine, cylindrique, plissée, faiblement atténuéc aux extrémités, d’un vert sombre et parfois presque noir. On ne distingue qu'imparfaitement les lignes vasculaire et sous-dorsale, qui sont fineset plus sombres que le fond. Au-dessus de la sous-dorsale existe de chaquecôté et sur chaque anneau, du 4° au 44°,un trait noir un peu oblique où s'aperçoit en dessous, près de l'incision, un gros point d’un jaune verdâtre, rond, mat et des mieux indiqués. Le ventre est d’un vertlivide et sans lignes. Les stigmates sont elliptiques, d'un rouge obscur et cerclés de noir. La tête est globuleuse, noire, luisante, claire sur les bords. Le premier anneau est recouvert d’un large écusson concolore. Les pattesécailleuses sont noires et luisantes ; les membraneuses et autres sont d’un vert livide.
Cette chenille varie pour la couleur du fond. Quelques sujets sont d’un vert un peu moins sombre que le type. Chez ceux-là l'écusson est d’un noir profond, la tête est jaunâtre, les traits noirs dorsaux partent du deuxième segment, au onzième, et les gros points jaunätres qui les accompagnent ont disparu. (PI. 93, fig. 8.)
Cette larve, qui passe l'hiver cachée au pied des plantes basses, n'est parvenue à sa taille qu'à la fin de mars ou les premiers jours d'avril. Elle se nourrit de plusieurs plantes, notamment d'un Sedum ; mais ce sont les graminées que cette chenille m'a semblé préférer. Pour se métamorphoser, elle forme dans la mousse une coque composée de soie, de grains de terre et de brindilles végétales.
La chrysalide, d’un brun rougeûtre, luisante, et relativement grosse, n'a rien qui la distingue de celle des autres Agrotis.
Six semaines à peine après que la chenille s'est transformée, c'est-à-dire à l’époque du 20 ou 25 juin, de deux à quatre heures du soir, apparait l'insecte adulte.
INSECTE PARFAIT
Envergure : 0",040, à 0",042.
Les ailes supérieures sont allongées, rectangulaires, d'un gris de souris, traversées par quatre lignes distinctes, brunes , festonnées ; outre une large bande d'un brun clair traversant l’espace médian, et traversée elle-même dans le sens opposé par un trait fin parallèle aux nervures. La tache orbiculaire qui est de la couleur du fond s'en détache toujours cependant. La frange est courte, brune et précédée par une ligne régulièrement dentée, obscure et continue. Les ailes inférieures sont grandes, arrondies, uniformément grises , avec la frange plus claire. Les antennes sont simples et brunes, Le thorax est robuste, fourni de poils nombreux qui sont de la cou-— leur des premières ailes. L'abdomen est long, gris et dépassant les inférieures.
La 9 est généralement plus sombre que le ©.
Cette Agrotis varie : quelques sujets $ sont d’un gris obscur; chez ces variétés qui paraissent constantes, les lignes des ailes supérieures se détachent à peine.
M. Henry Doubleday, d'Epping, qui a découvert cette remarquable noctuelle, l'élève chaque année de la chenille.
Obs. M. Doubleday qui, avec son obligeance accoutumée, m'a procuré la chenille de l’Ashavorthii, m'écrit qu'il la trouve sur les rochers des côtes de Galles qui dominent la mer, seul lieu, ajoute-t-il, où, jusqu'à ce jour, cette espèce ait été rencontrée
Nouvelle variété de la hais Polyxena, S.-V.
Hb., — Led., —Stgr., — Berce. = Hypsypile, Hub., Bdy.
(PI. 94, fig. 1 et 2.)
La T. Polyxena {ype n'appartient pas à la France. Gette belle espèce qui varie beaucoup, a deux variétés principales ; la Cassandra,
Thais Polyxena. 419
Hb., qui est commune dans nos provinces méridionales, notamment aux environs d'Hyères, de Cannes, de Nice, etc., et la Var. Ochracea, Bdv., propre au nord de l’Algérie.
La remarquable aberration que je fais représenter n’a, je crois, jamais été figurée. Elle se distingue du type par sa taille plus petite, par les dessins des quatre ailes, qui sont différents en dessus et en dessous, mais principalement par une ligne subterminale étroite, continue, d’un jaune vif, et, aux inférieures, par un liséré fin qui la précède, lequel est d’un rose carminé vif. Le dessous rappelle le dessus ; cependant la ligne subterminale à passé du jaune au carminé un peu orangé.
J'ai sous les yeux deux sujets identiques de cette variété, qui pourrait bien être constante. M. Lederer me mande qu'il lui est éclos, à Vienne, quatre individus de cette Thais absolument semblables, rapportés en chrysalide de la Dalmatie.
Obs. La chenille de la Var. Cassandra est assez répandue aux environs de Cannes, dans les lieux bas plantés d’Arundo donax, au bord des cours d’eau où croit abondamment l’Aristolochia pistolochia, plante sous-ligneuse jui nourrit cette larve. Celle-ci éclot dans les premiers jours de mai, mais ce n'est qu'en juillet qu'il convient de la recueillir ; elle est assez délicate à élever. Pour être sûr de la rencontrer, on doit la chercher dans les bois de la Croisette, dans le voisinage de Notre-Dame-des-Pins. Mais c’est surtout à l’autre extrémité de la ville, à droite de la Verrerie, tout le long du ruisseau qui coule au pied de la colline, qu’on est certain de la trouver abondamment, fixée pendant le jour aux tiges de la plante.
L'insecte, on le sait, passe l'hiver enchrysalide et éclot dès la seconde quinzaine de mars; mais les chrysalides qu'on transporte dans les zones centrale et boréale de la France ne donnent leur papillon qu’à la fin d'avril.
Le vol de ce lépidoptère est assez lourd et on le saisit facilement au filet. Les femelles déposent leurs œufs au revers des feuilles de l’Aristoloche, où on les distingue facilement à l’œil nu en soulevant ces feuil-
les. L’œuf est oblong, cannelé, jaunâtre, il brunit deux jours avant l’éclosion, et la petite chenille, pendant la première période de sa vie, est d’un brun presque noir. Sa croissance s'opère lentement ; c’est en juillet seulement qu'elle est parvenue à toute sa grosseur. Elle se transforme Ja tête en haut en se fixant près du sol par la pointe anale à une tige où elle est retenue par un fil de soie transversal. La chrysalide est tellement dissimulée qu'il est presque impossible de Ja découvrir dans les lieux où cependant abonde l'insecte parfait.
Enfin, je dirai qu’une espèce congénère qui, à ma connaissance , n'avait point encore été remarquée dans les Alpes-Maritimes, la Thais Rumina, vient d'ètre rencontrée en certain nombre aux environs de Grasse, par M. de Mimont, notre collègue de la Société entomologique de France.
Nouvelle variété de la Vanessa Antiopa, L.
S. V., Esp., God., Devil et Gn.
(PI. 94, fig. 3.)
La variété accidentelle d’Antiopa que je fais connaître aujourd'hui est de grandeur ordinaire, le fond des ailes rappelle exactement le type, mais ce qui distingue ce sujet, c’est la bordure jaune des ailes supérieures qui est beaucoup plus large que chez le type; elle a recouvert la série de points bleus subterminaux qui ont complètement disparu sous cet envahissement de la bordure. De plus, les deux grosses taches jaunâtres, appuyes à la nervure costale, ne se voient pas d'avantage. Les ailes inférieures ne varient pas. Le dessous des supérieures ne présente absolument rien d’anormal.
Cette aberration de l'Antiopa, bien que voisine de la Hygiæa, Heydenr ; Hb., fig. 993, et de la variét? accidentelle de M. Frayer, Tab. 445, diffère de l’une et de l’autre cependant d’une manière assez sensible, pour mériter l'honneur de la publication.
Hepialus Humilr. 4921
Cette intéressante variété, qui est d’une grande fraicheur, m'a été communiquée par M. Lederer, de Vienne (Autriche), qui m'écrit que ce lépidoptère a été élevé de chenille en Moravie.
J'ai reçu en outre de cet obligeant collègue, une seconde aberration de l’Antiopa, élevée, ainsi que la précédente, en Dalmatie. Cette derniere variété accidentelle, qui est de petite taille, n’a de remarquable que l'extrémité de la bordure jaune des quatre ailes, lavée d’une couleur rouge de sang vif. Les pointes et l'angle interne ‘les inférieures sont entièrement marqués de cette couleur anormale.
En dessous, on voit la même particularité qu’en dessus.
Cette curieuse variété appartient aussi au cabinet de M. Lederer.
Variétés de l'epialus Humili, L.
S. V., Esp., God., Bdv., Doubl., Led. Sigr.
(PI. 94, fig, 4 à 6.)
Jusqu'à ce jour on n'avait pas remarqué en France que cette grande Hépiale présentât des variétés, et il n’en à été figuré en aucun pays. Cependant je viens de recevoir d'Angleterre, par les soins de M. Henry Doubleday, six variétés accidentelles de l’Hepialus Humihi, dont trois mâles et trois femelles, toutes plus ou moins remarquables par les taches anormales des ailes supérieures. Chez l'une d'elles, qui est une © de petite taille (n° 4), les ailes supérieures sont d’un jaune ochreux vif, rehaussées de taches centrales rougeûtres et d'une bande subterminale de même couleur. Les ailes inférieures sont d’un brun enfumé, avec les nervures bien marquées, ainsi qu'aux ailes supérieures. Le thorax, tout aussi fourni d'écailles que chez le type, est d'un ochreux très-chaud.
Je désignerai cette première aberration : Var. A.
Une seconde variété accidentelle o” (n° 6) se préseate avec le fond
des quatre ailes d’un blanc mat rappelant la teinte des ailes du type. Sur le fond blanc des supérieures, on distingue imparfaitement deux ou trois taches centrales rectangulaires et la bande subterminale à peine indiquée en ochreux clair. Les ailes inférieures sont entièrement blanches. Le thorax très-velu serait également blane, n’était le haut qui est teinté d'ochreux ainsi que la tête.
Je désignerai cette variété par la lettre B.
Mais la plus remarquable de ces aberrations est celle d’une ® (n° 6) qui est de grande faille et chez laquelle, sur le fond des supérieures, qui est d’un blanc mat, on distingue plusieurs grandes lignes nervurales brunes, une tache centrale et deux gros points interrompant la ligne subterminale, lesquels sont de même couleur. Les ailes inférieures n’ontrien d’anormal. La base des secondes ailes, ainsi que chez les précédentes variétés, est garnie d’une grosse touffe de poils d’un ochreux très-vif.
Je désignerai cette remarquable variété © par la lettre C.
Plusieurs autres variétés moins importantes, mais qui n'en sont pas moins très-curieuses, sont là, et me prouvent à quel point ce lépidoptère varie chez nos voisins d'outre-mer. L'une de ces dernières variétés m'a été soumise par M. Lederer ; elle provient aussi d’Angleterre. Elle diffère peu du n° 5; si ce n’est quelle présente une envergure moins grande.
M. Doubleday, me mande que ces intéressants lépidoptères, élevés de chenille, proviennent de Schetiand, l’une des nombreuses îles de la mer d'Ecosse.
Collection Doubleday, d'Epping, et collection Lederer, de Vienne.
rs ro ET
Bombyx Rubi.
M. Lederer vient de me communiquer, pour les faire connaitre, deux remarquables sujets de Bombycites présentant chacun un cas d’albinisme à peu près complet; ce sont un Bombyx Rubi ® et une Lasiocampa Potatoria ©, fous deux élevés de chenille à Vienne (Autriche), m’écrit M. Lederer.
Variété du Bombyx Rubi.
—S$S. V.,— Esp., pl. 9, fig, 4 à 6, — Hb., — God. IV, pl. 43, fig. 4 et 2. — Led.,— Bdv., — Stor. Cat. 239. L
(PI. 96, fig. 7.)
Aucun auteur, à Ma Connaissance, n'avait encore signalé de variété de ce Bombyx ; celle que je publie est un sujet tout aussi grand que l'espèce ordinaire. L’insecte a perdu la couleur d’un brun plus ou moins clair qui existe chez le type, et ce qui remplace cette teinte obseure c’est le blanc mat, couleur qui est un peu carnée à la côte, aux antennes, au thorax et à l’abdomen. Cette teinte carnée est plus prononcée en dessous. Jei le bord supérieur des secondes ailes est lavé de jaune, et l'abdomen, ainsi que les pattes, empruntent cette couleur qui rappelle, bien que vaguement, celle du type.
Cette curieuse aberration, qui sera désignée par la RUES fait partie du cabinet de M. Lederer.
Variété du Lasiocampa Potatoria d, L L.,—S. V.,—Fab.,— Esp., pl. 2, fig. À à 5.— Hb., pl. 182, fig. 3. — God., IV, pl. 8, fig. 3 et 4. — Led., — Stgr. Cat. 243. (PI. 94, fig. 8.)
Cette aberration, qui est de grande taille, est des mieux développées. Lesécailles des quatre ailes, ainsi que les poils du thorax et de l’ab-
n24 CHENILLES ET LÉPIDOPTÈRES INÉDITS.
domen, sont longs et nombreux. Cette variété accidentelle se distingue dutype par une décoloration presque complète. Les quatre ailes, en effet, seraient entièrement d'un blane mat un peu carné en dessus, si a côte des supérieures, le bord extérieur de ces mêmes ailes et la igne qui les traverse diagonalement, n'étaient lavées de fauve vineux. Les antennes et le thorax participent de cette dernière teinte. Les deux taches qui occupent le centre des supérieures sont d'un blanc pur et cerclées d’un filet vineux. Les inférieures sont sans aucune ligne. En dessous, les ailes sont également blanches, mais elles sont lavées d’une teinte chaude au bord supérieur, à la frange des premières ailes, et, de plus, la ligne diagonale est assez vivement écrite et teintée de fauve. La poitrine et les pattes rappellent assez l'espèce ordinaire par leur teinte très-chaude.
Cette intéressante aberration sera désignée par la lettre A.
Stenia Adelalis.
Gn. VIIL., p. 245, — Stgr., Cat. 68.
(PI. 95, fig. 1 et 2.)
Cette petite espèce, décrite d'après un o unique, n'avait point encore été figurée. C’est cet unique sujet de la collection de M. Guénée qui me sert à la faire représenter et, pour la description de laquelle, je ne saurais mieux faire que de copier celle du savant auteur du Species général :
« Très-voisine du Bruguieralis, dont elle diffère par les caractères suivants : elle est plus petite (46 mill.). Les ailes supérieures sont un peu plus prolongées à l’apex, beaucoup moins jaunâtres, plus cendrées. Les points terminaux, si marqués chez Bruguieralis, sont remplacés par un liséré gris pâle, continu. Toute l'extrémité de l'aile est occupée par une plaque ou tachetriangulaire grise, qui ne laisse pas de ton clair entre elle et le bord. Les lignes sont de la même
Metasit Olbienalis. 125 forme, mais la coudée est plus nettement éclairée de couleur pâle, qui s'étend en une tache claire entre les nervules de la médiane, et qui, à la côle seulement, prend un ton jaunâtre. Les ailes inférieures sont d'un cendré très-clair, à bord un peu assombri, mais sans points ; on n’y distingue aucun dessin, et le dessous des quatre est dans le même cas. Antennes comme chez Bruguieralis. »
« Découverte aux iles d'Hyères par M. Donzel. »
J’ajouterai que l’espèce appartient encore aux environs de Cannes où, en octobre 14867, j'ai pris au vol deux mâles passés, il est vrai, mais cependant reconnaissables.
La © de la Ste. Adelalis est encore inconnue.
Metasia Olbienalis, G\.
VIII, p. 251. — Stgr., Cat. 61.
(PI. 95, fig. 3 et 4.)
Tout en figurant cette Pyralite qui ne l’a pas encore été, je ferai connaitre le ©”, que n’a pas vu M. Guénée. Ce mâle de l’Olbienalis se rapporte à la description de la femelle du Species général, auquel je renvoie mes lecteurs. Cependant l’envergure du d est sensiblement plus petite que celle de la ©; elle n’est que de 12 mill., alors que celle de la femelle est de 48.
Les deux sexes de cette rare Metasia faisaient partie d’un envoi de lépidoptères que m'a soumis M. Himmighoffen; ils ont été pris en juin, aux environs de Barcelone (Espagne). L'espèce a probablement deux générations. J’ai capturé, vers les premiers jours d’octobre 1867, près de Cannes, dans les hautes herbes, plusieurs exemplaires d’une Metasia passée que je rapporte vaguement à l'Olbienalis, Gn. Il n°y aurait rien d'étonnant qu’elle habitât ces lieux, puisque les deux femelles qui ont servi à la description de l’espèce proviennent des environs d'Hyères. (Gn., Species, p. 251.)
Mon cabinet: Un o” et une ©? en très-bon état de conservation, et plusieurs exemplaires frustes.
Stenia Canuisalis, Mir.
(Species nova.)
Les Stenia, Gn., représentent un genre nombreux, riche surtout en espèces exotiques ; celles de l'Europe, au nombre de neuf, appartiennent toutes à ses contrées les plus méridionales. La Stenia nouvelle que je publie a pour patrie l’extrème midi de la France. Je n'ai encore pu, et je le regrette vivement, observer les premiers états (1) de cette espèce, qui est des mieux caractérisées.
Envergure : le o 0", O1S à 0", 019
la 9 0", 021 à 0,022
Cette Stenia a un peu la coupe d’ailes de la Bruguieralis. Les supérieures sont lancéolées, obtuses à l’apex, de couleur sombre et opaques. Sur un fond brun de bois, les deux lignes principales, l'extra-basilaire et la coudée, se détachent assez nettement en clair; la première est presque droite, fine et lisérée de brun foncé de chaque côté; la seconde, également fine et lisérée de brun foncé à droite et à gauche, présente un coude des plus caractéristiques. Ce coude forme un angle aigu externe placé diagonalement. Le centre de l’espace médian est occupé par un gros point discoïdal brun. Les franges, d’une longueur normale et entrecoupées de clair, sont précédées par une série de taches sagittées dont la pointe se projette intérieurement. Les ailes inférieures sont longues, brunes et traversées par unè ligne arquée, étroite et claire. La tache cellulaire est également grande et bien indiquée en brun, et, ainsi qu'aux ailes supérieures , la