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Iconographie et description de chenilles et lépidopt̀eres inédits

Ann. Soc. ent. Fr. (1850), séance du 26 décembre 1849, pl. 8. — Ramb. Cal. Syst., p. 378. — Maurice Girard, les Métamorphoses des Insectes, p. 263, fig. 211 et 212.

(Pl. 104.)

La plus belle de toutes les conquêtes que l’entomologie a pu faire en Europe depuis cent ans, et plus peut-être, c’est assurément celle de la magnifique Saturnia Isabellae, découverte en Espagne par le docteur Mariano de la Paz Graëlls, il y a vingt ans.

Espérant donner plus d’intérêt au sujet dont il va être question, je

crois devoir rapporter liltéraiement un passage du mémoire de M. Graëlls, «Ce magnifique lépidoptère, dit-il, a été l’objet de mesdésirs et de mes recherches pendant onze années consécutives. Récemment établi à Madrid, j’eus le plaisir de connaître M. Jean Mieg, célèbre professeur de physique de S. M., et naturaliste distingué qui, dans nos conversations entomologiques, m’assura plusieurs fois que la Saturnia Lnna existait dans notre faune. Cette affirmation surprenante stimula ma curiosité de telle sorte, qu’après avoir pris tous les renseignements nécessaires , je résolus de faire les plus grands efforts pour retrouver ce beau lépidoptère américain. Mes recherches furent vaines jusqu’au printemps de 1848, époque à laquelle je rencontrai une chenille qui, par ses caractères génériques, me fit soupçonner de suite qu’elle appartenait au papillon que je cherchais ; car je n’avais aucun doute sur le genre dont elle faisait partie, et j’étais sûr que ce n’était pas la chenille des quatre espèces de Saturnia connues en Europe. Au printemps de cette année (1849), je retournai au même endroit, et après trois jours de recherches continuelles et minutieuses, j’eus le bonheur de rencontrer, non le lépidoptère que le professeur Mieg croyait avoir vu et que je cherchais avec ardeur, mais bien l’espèce que je viens de décrire, et qui avait donné lieu à l’erreur de mon savant ami. En effet, la S. Isabellae a une certaine ressemblance avec la S. Luna, mais elle s’en distingue d’une manière très-précise par les caractères que j’ai indiqués dans ma description. Comme toutes les espèces du même genre qui vivent dans notre pays, l’insecte parfait naît au printemps, sa chenille vit deux mois, après lesquels elle se transforme en une chrysalide, état où elle passe les dix autres mois. » « Quand j’aurai complété l’étude des mœurs de cet insecte, je me propose d’en faire part à mes savants collègues, comme je l’ai déjà fait pour des découvertes moins importantes. »

M. Graëlls n’a fait connaître que la î de ce remarquable lépidoptère, et, comme il n’a pas dit plus tard, ainsi qu’on s’y attendait, sur quel arbre ou arbrisseau vivait la chenille de la Sat. Isabellae, la recherche de ce papillon n'avait guère été possible, et, par le mystère

Saturnia Isabellae. 3

qui semblait renluurei’. cerlains iépidoptérisles ont douté et doutent encore de son existence en Europe. Cependant M. Staudinger qui déjà a tant fait pour la science, entreprit de se rendre lui-même en Espagne, et alla à la recherche de ce bel insecte. Ce n’est qu’à la fin de son secondvoyage en cette terre promise des entomologistes, qif il réussit à obtenir des renseignements sur Vlsabellae, lesquels l’amenèrent peu à peu à découvir lui-même la chenille qu’il éléve depuis. Chaque année cette larve lui est envoyée d’Espagne ; mais ce n'est pas sans beaucoup de peine, paraît-il, qu’il amène l’insecte à bonne lin, car la chenille est fort délicate. Espérons qu’avant peu les collections importantes posséderont toutes cette Saturnia qui conserve toujours un prix trèsélevé.

J’ai dit que le cd à" Isabellae n’était pas connu (1). Les entomologistes verront avec intérêt, j’ose l’espérer , la figure du que je fais représenter, celle de la chenille (2), celle de la chrysalide qui n’est point encore connue, et, enfin, la véritable plante qui nourrit cette larve laquelle n’est pas moins remarquable que son brillant insecte parfait.

Elle est cylindrique, avec le fond d’un beau vert pomme ; la région du dos est marquée d’une large bande continue d’un brun rougeâtre, etlisérée de blanchcâtre de chaque côté, du 4" au 10" anneau inclusivement. De plus, ces mêmes segments sont cerclés de pourpre obscur ; chacun des cercles est, de chaque côté, partagé régulièrement par

(1) Cependant il vient d’être que.stiondu dans la deuxième édition du Yolunie de M. Maurice Girard , p. 263. Ce cJ a été représenté par la gravure sur Lois, fig. 212, mais d’une manière qui laisse à désirer pour l’exactitude de la forme. D’ailleurs, M. Girard ignorait quel est l’arbre qui nourrit la chenille, ainsi qu’i] nous le dit lui-même.

(2) Cette chenille, figurée dans les Annales de la Société entomologique de France, laisse beaucoup à désirer pour laforme et la couleur; j’ai l’espérance d’avoir réussi à la rendre plus exactement.

deux taches diagonales d’un blanc jaunâtre. La région du ventre est d’un ferrugineux pâle ; enfin tout le corps est aspergé de nombreux points d’un blanc jaunâtre, lesquels sont plus apparents sur tes parties du corps teintées de brun rougeâtre que sur le fond de la chenille d’un vert pomme. Le premier anneau présente en dessus une plaque écailleuse (1) dont le fond est d’un noir luisant aspergé de points blanchâtres. Cette plaque est partagée en deux par un large sinus : elle est en outre entourée de tonte part d’un filet jaunâtre. Le cercle des deux premiers anneaux est uniformément jaunâtre. La tête est globuleuse, noire, luisante, présentant de nombreuses stries jaunâtres, ou mieux plusieurs séries de points qui se touchent et qui forment des stries claires. Les stigmates, placés assez haut et au centre de la partie foncée de chacun des cercles, sont ovales, d’un fauve obscur, entourés de noir et partagés au centre par un trait foncé, délié et perpendiculaire. Les pattes écailleuses sont robustes et d’un pourpre obscur ; les membraneuses sont alternativement jaunes et rougeâtres ; ces dernières sont terminées par une sorte de ventouse ayant le bord divisé en deux partieset garni d’un rang d’épines courtes, brunes, dont les pointes du bord supérieur sont projetées en haut, et celles du bord opposé sont dirigées en bas; de plus, une membrane charnue, garnie de poils très-courts, dépasse les pattes et semble protéger extérieurement leurs épines. Ce ne sont plus les pattes du Saturnia Pyri dont la couronne est garnie d’un cercle de petites épines. Ces pattes membraneuses ainsi conformées paraissent évidemment indiquer que la chenille de Vïsibellcie vit fixée aux feuilles longues et déliées d’un pin, feuilles qu’au repos elle n’abandonne pas pour se cramponner aux branches (2). C’est effectivement aux dépens des feuilles d’un conifère, du Pims maritima, Lam. que vit la chenille

(1) M. le Dr Graëlls a omis dans sa description de parler de ce caractère important.

(2) Il en est de même pour la chenille du Lasiocampa Pini, que j’ai souvent observée dans la nature, et dont les pattes membraneuses ont, à peu de chose près,”la même conformation que celle des pattes de la larve à'Isabellae.

Saturnia Isabcllae. 5

de la Sa?. Isabellae-, l’arbre, suivant M. Staudinger, est fort abondant sur les hauteurs qui avoisinent Madrid, véritable patrie de la heV.e Saturnia qui nous ofccupe. Les deux pattes anales présentent, à l)eu de chose près, la même forme que les ventrales. Le corps de la chenille est en outre garni de points tuberculeux surmontés de poils d’un brun fauve sensiblement plus longs sur les 2" et i r segments que sur les autres.

Lorsque cette larve est inquiétée , elle fait entendre un petit bruit particulier qui a été souvent remarqué.

Au moment de la transformation qui arrive à la fin de juin, la chenille qui a vécu deux mois environ, construit une coque pyriforme, d’un brun rougeâtre, qu’elle place dans les feuilles ou dans les gerçures de l’écorce du pin, et bientôt a lieu la transformation. Selon que la chenille a été plus ou moins abondamment nourrie, la coque diffère de couleur, depuis le brun rougeâtre (c’est la coque que j’ai figurée, pl. 101), jusqu’au blond presque blanc. La crysalide esta^sez courte, d’un brun foncé mat, avec le dernier anneau garni de plusieurs pointes courtes et noires. L’état léthargique, ainsi que ce qm se passe chez nos Saturnia européennes, dure près de dix mois.

Ces mœurs de VIsabellae me remettent en mémoire celles de la Cœcropia, belle saturnide dont, pendant trois ans, j’ai fait à Lyon l’éducation en plein air (1). Contrairemeut à cette grande espèce de l’Amérique du Nord, et, ainsi que je l’ai fait observer plus récemment à l’égard du Lasiocampa Fini des environs de Cannes (2), la S, Isabcllae n’a pas deux générations.

INSECTE PAUFAIT.

L’envergure de la 9 qui a été figurée par M. Graëlls, me parait

il) Ann. Soc. eut. Fr. Année !8S3, p.

(2) Bullelin des Ann. soc. eut. Fr., année 1858, XCI.

fi

exagérée. La 9 que j’ai sous les yeux, en nature, ne mesure que 0'“ 074(1); le a" en mesure 80. Ce dernier, contre l’ordinaire chez les Saturnides, serait donc plus grand que la $ ?

Cette Samrma qui doit former, sinon un genre séparé, au moins un groupe à part (2), est, en effet, l’unique représentant européen connu de la section des Caudatœ, de Cramer, dont fait partie la S. Lmia.

Les ailes du de l’Isabellae sont grandes, bien développées, d’un beau vert clair qui se fonce un peu par la dissécation de l’insecte, <à moitié diaphane, avec les bords et les nervures d’un rouge ferrugineux. Les secondes ailes sont ornées d’une longue queue dont la pointe se dirige extérieurement et qui est des plus caractéristiques ; elle donne à l’insecte un faciès vraiment exotique. Au centre de chacune des quatre ailes, on voit une grande tache ocellée formée des plus riches couleurs ; la pupille est diaphane, et la partie qui lui est opposée est d’une belle couleur pourpre. L’anneau qui suit est partagé en deux couleurs, la partie externe est d’un jaune de chrome ; et la partie interne d’un blanc bleuâtre vif; le tout enfin, est entouré d’un anneau noir, un peu plus large intérieurement qu’extérieu rement. La base des ailes supérieures est d’un jaune vif; une large bande d’un vert jaunâtre précède le limbe, qui est d’un rouge ferrugineux ; cette bande est elle-même précédée par une ligne noire qui la borde de chaque côté et qui est doublée intérieurement. Aux ailes inférieures cette bande noire interne est simple. Ces larges bandes d’un noir lavé de jaunâtre, sont coupées aux quatre ailes par les nervures ferrugino-vineuses qui viennent aboutir à la frange. Les der-

(1) J’ai vu dans la collection de M. Dardoin, une $ de la S. Isabellae qui était de même grandeur que celle que je possède.

(2) «Cette espèce, si dillorcntc des précédentes (1), pourrait peut-être former an genre» Ramb. Cat. Sy.sl.dcs Lépid. de V Andalousie^ p. 378. « Au reste, ajoute M. Rambur, elle diffère moins de nos espèces que le Cœci(/ena , quoiqu’elle fasse un groupe à paid. »

(I) AUacus Pavonius L. et, PavonieUuSj Scop. (Pavonia minor).

Annee. j.âOi). PL 102.

Aniuik^' Je. b Société Luméervie ib Lyon .

PKUPère' etPoiÿtidù' Joyue^)' pLpt

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