‹ Iconographie et description de chenilles et lépidopt̀eres inédits (volume 3)Chapitre 21 sur 68 · PI · texte numérisé non relu

PI

Envergure du^^, 105 millim., delà 9 llSmillim.

Cette Saturnie, par sa taille, est l’intermédiaire des S. Pi/ri et Spini ; par ses couleurs, elle se rapproche davantage de la première ; voici en quoi elle diffère :

Le mâle a les barbules des antennes manifestement plus longues; le brun du corselet et de l’abdomen tourne bien plus au violâtre, tandis que le blanc sâle des intersections abdominales

est plus gris. La partie claire de la bande marginale des quatre ailes est d’un blanc pur ; la double raie, fulgurée et festonnée, qui prend naissance vers l’angle apical et descend un peu au delà du milieu du bord inférieur, olfredes angles bien plus prononcés chez Ailanüca ; aux ailes supérieures, l’espèce de fer à cheval, de couleur rose-tendre argentée, qui entoure le premier angle supérieur de la raie fulgurée, est bien tranché, puis l’extrémité inférieure de ce fer à cheval s’appuie contre une seconde tache noire, un peu plus petite que celle que l’on voit à son sommet, près de la côte ; les second et troisième angles se prolongent en deux taches vineuses jusqu’au milieu de la bande terminale, tandis que chez Pyri, il n’existe qu’un petit filet de cette couleur, légèrement arrondi , et entièrement séparé de l’extrémité des deux angles précités, qui s’approchent beaucoup moins du bord terminal ; l’œil des dites ailes est plus arrondi dans l’espèce qui nous occupe; le cercle qui suit immédiatement la tache noire centrale est d’un jaune bien plus vif, et le demicercle, qui est blanc chez Pyri, est légèrement argenté chez Atlantica ; la portion teintée de gris-clair qui occupe le centre de l’aile est ici d’un blanc-rosé un peu sale, ainsique l’espace compris entre la grande tache basilaire et la raie noire et rougeâtre qui SS trouve tout près de celle-ci ; enfin, la bande d’un brun-noiràtre qui, chez Pyri, borde intérieurement la raie fulguiée, à partir du dessous delà tache ocellée, n’existe pas dans Atlantica.

Aux secondes ailes, la raie brune qui surmonte l’œil médian est seulement arquée chez Atlantica, tandis qu’elle offre un mouvement anguleux chez Pyri,

En dessous, on remarque les mêmes différences qi^en dessus, par rapport à la bande marginale, aux raies fulgurées et aux diverses taches apicales: mais une chose singulière et digne de remarque,c’est que la raie fulgurée n’est pas à la même place qu’en dessus ; elle est bien plus rapprochée du bord, et s’éloigne des

Sa turnia Atlan tica

yeux; tandis qu’elle vient s’appuyer contre eux, en dessus (l). L’espace brun compris entre cette raie fulgurée et la bande marginale est bien moins foncé (|ue chez Pyi'i> ; et, au lieu de la bande d’un gris-noiràtre qui, chez cette dernière, part do la côte pour abouür au-dessus de l’oeil, on distingue une raie anguleuse, peu arrêtée, qui semble répéter la double ligne fnîgurée, dont elle est très voisine aux ailes inférieures, cette raie anguleuse s’oblitère en avant et vers le milieu deTceil.

Les cuisses sont d’un pourpre-vineux, ainsi que le sommet des pattes dont la portion inlérieure est d’un jaune d’ocre vif. L’abdomen est plus foncé chez le mâle que chez la femelle, et son extrémité est recouverte de poils de couleur vineuse.

Du reste, comme chez Pytâ, la femelle est généralement un peu plus claire et plus terne que le mâle.

Cette belle espèce a été recueillie à Philippeville, par mon ami Henri Vieille, capitaine d’artillerie : il avait trouvé le lUcàle et la femelle accouplés contre une fenêtre , au-dessus do son jardin ; la femelle pondit ses œufs le lendemain, et, peu de jours après, le capitaine Vieille pût profiter de riicureuse occasion d’un ami commun qui rentrait en France et venait précisément à Besançon, pour m’envoyer ces deux lépidoptères , avec plus de 200 œufs fécondés.

Malheureusement celui qui s’était chargé de me rapporter la précieuse trouvaille fut un peu souffrant pendant la quinzaine qui suivit son arrivée à Besançon, et négligea dès lors de me remettre la petite boite qui contenait l’envoi : quand il put s’acquitter de la commission, les petites chenilles étaient écloses, et

mortes de faim i

(1) Cette particularité n'a pas été iii(li(iuée par M. Lucas, qui a signalé Atlantica dans l’ouvrage sur l’Algérie. Il est évident, du reste, à voir la ligure du mâle, qu’il a publiée, que notre collègue u’a eu sous les yeux qu'un individu déjà un peu passé.

C’est ainsi que m’a échappé une bien belle occasion d’élever cette nouvelle et importante espèce presqu’immédiateinent après sa découverte. La facilité avec laquelle on amène à bien les autres espèces du même genre me fait penser que je serais parvenu à faire réussir le plus grand nombre do ces intéressantes petites bêtes, et probablement à les acclimater, sinon à Besançon, du moins Lyon, avec l’aide de mou ami hl. Milliôre. — Quand cette occasion perdue se retrou\ era-t-elle ? !

J’avais d’abord désigné cette espèce! 1 ) sous le nom de Vieillei, la crojmnt inédite, et désireux de lui donner le nom de celui qui me l’avait procurée et que j’alfectionnais beaucoup. Mais, l’an dernier, ayant eu occasion de faire voir à M. Lucas le dessin que j’en avais fait, cet entomologiste distingué reconnut de suite l’espèce qu’il avait signalée sous le nom Ailantica, nom que je dûs adopter. M. Lucas ne connaissait pas la femelle; le seul mâle qu’il a rencontré était posé contre le tronc d’un chêne-vert: ce renseignement, comme on le sait, n’a pas grande valeur, surtout puisqu’il s’agit d’un exemplaire fatigué et qui avait déjà beaucoup volé ; d’autant mieux que les mâles du genre Saturnia sont au nombre de ceux qui ont la propriété de sentir les femelles à grande distance et d’accourir vers elles de fort loin.

Mon ami Vieille ayant recueilli un couple fraîchement éclos, contre une fenêtre qui dominait son jardin, j’ai tout lieu de croire que l’im des deux au moins (la femelle probablement) provenait d’une chenille qui avait vécu dans le jardin même; je pense donc que cette chenille se nourrit de quelqu’arbre ou arbuste des genres Pyrus ou Prunus comme ses congénères européennes.

Je comptais obtenir du capitaine Vieille quelques éclaircissements à ce sujet : malheureusement, il y a quelques mois, et

(1) Provisoirement et dans ma collection.

Salurnia Atlantica.

peu (le jours après son arrivée en Crimée^ il a été enlevé, par une mort aussi glorieuse que prématurée, à ses parents et à ses amis qui le chérissaient, et pour qui cette perte a été une source de regrets profonds et qui saigneront longtemps encore !

Besançon, mars 1856.

Th. Bruand-d’Uzelle.

iiatiÉllaliUitel

EXPLICATION DES FIGURES

Fig. 1. Nota (?) Dardoinula, Mii.l.

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