‹ Iconographie et description de chenilles et lépidopteres inédits (volume 4)Chapitre 4 sur 70 · LIBRARY UNIVERSITY OF ILLINOIS · texte numérisé non relu

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Acidalia Romanaria, Mir.

(Species nova.)

(PL. 106, fig. 4 à 44.)

Une plante herbacée qui est fort abondante à Rome, appendue aux murailles de ses monuments en ruines, la Linaria cymbalaria, L. (1), m'a fourni, lors de mon voyage en Italie, plusieurs chenilles intéressantes; il me suffira, pour en donner la preuve, de citer entre autres, celle d’une Acidalie bien caractérisée et nouvelle pour la science. Ayant tout particulièrement étudié cet insecte sous ses divers états, Je puis fournir sur lui de complets détails. L'espèce a au moins trois générations, la dernière produit des chenilles qui passent l’hiver; pendant la mauvaise saison, ces larves grossissent à peine ; leur croissance n’est sensible qu’en mars, et ce n’est qu’à la mi-avril qu’elles ont atteint leur entier développement; mais avant de décrire cette espèce parvenue à toute sa grosseur, je dois dire ce qu elle est avant cette époque.

L'’œuf de la seconde génération, qui est pondu vers la fin de mai, est ovale, déprimé, jaunâtre, et, deux jours après, il devient d’un ton argileux strié de rouge. Cet œuf brunit 15 à 18 heures avant l'éclosion qui arrive environ quinze jours après qu'il a été pondu. La chenille paraît alors sensiblement effilée, d’un ton argileux en dessus, et d’une teinte carnée en dessous. Pendant les mois les plus chauds, ceux de juin et juillet, son développement est très-rapide ; trois semaines lui suffisent.

La chenille du milieu d'avril, celle qui a passé l’hiver et qui est

(4) Vulgairement appelée Ruine de Rome. :

Acidalia Romanaï ia. »3

parvenue à toute sa taille, ressemble assez à celle de l’Acidalia Promutata que je ferai bientôt connaître. Elle est allongée, cylindrique, sans nulle carène sur les flancs, à dix pattes dont les écailleuses sont très-rapprochées de la tête, et les anales se touchent presque. Le fond est d’un gris carné, quelquefois d’un gris argileux, mais toujours il est d’un blanchâtre livide en dessous. La tête est petite, globuleuse et concolore, le clapet mal formé et les pattes bien développées. Des trois lignes ordinaires, on ne voit que la vasculaire qui est double, fine, géminée, brune, et plus accusée sur les trois derniers anneaux que sur les précèdents. Le ventre ne présente pas de lignes. Sur chacun des segments du milieu, on voit souvent, à la place de la sousdorsale, un trait rectangulaire ardoisé ; entre ce trait et les points trapézoïdaux bien indiqués en brun, il existe une teinte plombée chez quelques sujets. Les stigmates sont assez gros, ovales, noirs, et rougeâtres au centre. | La chenille de l’Acid. Romanaria ronge la feuille de la Linaire, sans jamais toucher aux fleurs nombreuses dont bien souvent la plante est chargée. Non-seulement cette larve attaque les feuilles charnues de la cymbalaire, mais les nombreuses tiges déliées, molles et aqueuses de cette plante herbacée lui servent encore de nourriture. Elle ne mange que la nuit, et, pendant le repos, on ne la verra que bien rarement se fixer aux tiges. ou aux feuilles. Elle se tient de préférence aux parois de la vieille muraille dont elle semble souvent emprunter la couleur. La plante (4), qui est toujours suspendue par une faible racine, dont retombent les longues tiges filamenteuses, souvent agitées par le vent, ne permettrait que difficilement à la chenille d'y séjourner ; c’est sans doute pour éviter le dérangement qu’elle éprouverait, que, dans sa prévoyance, elle se place au repos

(4) Si la Cymbalaire qui est commune à Lyon, fixée aux vieux murs, ne m'a fourni aucune chenille, cela ne tiendrait-il pas à ce que cette linaire provenant sans doute des jardins du voisinage, n’est pas spontanée ici ? En effet, nulle part dans la campagne on ne la rencontre appendue aux rochers.

sur un corps solide. L'espèce varie : quelques sujets <e présentent avec des dessins dorsaux presque noirs (1). -

Ce n’est qu’à partir du dix au quinze avril que la chenille de la Romanaria tisse, près des racines de la plante, ou dans les gerçures de la muraille, une légère toile qui doit enfermer sa chrysalide [aquelle est médiocrement allongée, de couleur argilo-rougeàtre, avec les anneaux d’un jaune vif.

Les chenilles de la seconde génération, élevées ab ovo et nourries en captivité, ont donné leur insecte parfait du 45 au 95 juillet. L’éclosion a lieu pour la première génération, trente ou quarante jours après la transformation de la chenille. L'état léthargique, chez la seconde, dure à peine dix à douze jours.

INSECTE PARFAIT

Cette nouvelle Phalénite paraît emprunier sa forme et sa parure à plusieurs de ses voisines, notamment aux Acidalia Submutala, Hb , Confinaria, H.-S., Corrivularia (2). Ster. (?) et Falsaria, H.-<S. Elle diffère de la première et de la dernière, par la taille sensiblement plus petite, et des deux autres, par les lignes transverses moins nettes, bien que larges et continues, säns parler d'autres caractères importants que je ferai valoir.

La Romanaria pourrait se rapprocher par la taille de la Dentatohneata, Ramb. (Cat. syst. pl. XVL fig. 7); mais cette dernière n’est représentée que par une femelle; et puis, elle est demeurée sans description jusqu'à ce jour. D'ailleurs il est faeile de reconnaître, d’après la

LA

(4) Élevées séparément ces variétés de chenilles m'ont fourni des insectes parfaits qui n’ont nullement varié.

(2) Acidalia non figurée et peut-être point encore décrite. Elle ne me paraît être qu’une grande Confinaria, H.-S. J'ai sous les yeux les deux sexes de ces deux Phalénites. Les Corrivularia & et Q@ ne diffèrent des Confinaria que par la taille plus grande, et les bandes mieux marquées.

Acidatia Romanaria. 55

figure que M. Rambur donne de sa Dentatolineata, que celle-ci a les lignes trop accusées, le liseré clair des supérieures non-interrompu par les points noirs, la tache cellulaire absente aux quatre ailes. L’Acidalia de M. Rambur ne peut donc pas être la même espèce que la Romanaria où, au contraire, les lignes transverses sont plutôt nébuleuses que bien accusées, et où, sans parler de la coloration et de la coupe générale, le point cellulaire est très-visible aux quatre ailes.

Voici la description de l’Acidalia Romanaria que, cette année, j'ai élevée en certain nombre, et que j'ai pu étudier d'après de nombreux sujets des deux sexes.

Le o” a une envergure de 0",021 à 0",022, la © en a une de 0",024 à 0",095. Les ailes, qui ont un peu la forme et le développement de celles de la Submutata, sont d’un gris argileux légèrement lavé de roussâtre un peu carminé. Les lignes, au nombre de quatre aux supérieures, sont d’un argileux verdâtre, mais nulle part bien arrêtées sur les bords, quoique larges et non interrompues. Ces lignes transverses partent toutes de la côte pour aboutir au bord interne ; elles sont festonnées, mais nullement dentelées; les deux dernières sont très-rapprochées, mais à partir de la 2° nervure; la subterminale est éclairéeextérieurement dans toutesa longueur. Un liseré clair précède immédiatement la frange; ce liseré est interrompu sept fois par autant de points noirs en forme de losange, lesquels ne se touchent pas. Les aïles inférieures, qui ressemblent aux supérieures, n’ont que trois lignes transverses. Les franges sont précédées par le liseré clair interrompu, ainsi qu’il l’est aux premières ailes. Le point cellulaire existe assez large et bien indiqué aux quatre ailes. Aux supérieures, la ligne qui traverse l’espace médian touche intérieurement ce point cellulaire ; aux inférieures, c’est la ligne du milieu à laquelle cette tache est appuyée. Les franges sont concolores et d’une longueur normale. Il est en outre, chez cette Acidalie, un caractère que, je crois, n’existe chez aucune des espèces congénères, si nombreuses qu’elles soient: on voit distinctement un fin moiré des plus chatoyants

sur la surface entière des quatre ailes en dessus, lorsque celles-ci sont frappées par une vive lumière. ;

Les ailes en dessous sont blanchâtres et luisantes, sans lignes ni taches. st

Les antennes sont finement pectinées, avec les barbules allant en diminuant jusqu'à l'extrémité de la hampe dont le premier article est blanc. Les yeux sont gros et d’un noir profond ; le thorax est d’un gris argileux, l'abdomen grêle et ne dépassant pas les inférieures. Les pattes sont longues, grises, luisantes et munies d'une paire d’éperons aux inférieures.

La © ressemble au o” pour la disposition des lignes, mais elle est un peu plus grande, d’un argileux plus obscur que lui; elle a les antennes filiformes. En dessous elle se distingue du ©" par la présence, aux quatre ailes, de sept points noirs qui précèdent la frange. |

Cette espèce qui a, je l'ai dit, plusieurs générations, s’accouple fatilement en captivité. Mais je fais observer que les sujets qui proviennent de cette éducation sont bien souvent de petite taille.

L'Acidalia Romamaria varie assez peu pour la taille: elle varie encore moins pour la coloration et l'intensité des lignes (f). Au repos elle demeure appliquée contre les pierres des vieux monuments au ton argileux et chaud , et se confond si bien avec elles, qu'il faut toute l'habitude que possède l'entomologiste exercé à cette recherche, pour la distinguer. |

Dans le Spècies général, elle viendra se placer entre la Submutata, Tr. et la Confinaria, H.<., et portera le n° 84 bis. |

Mon cabinet : 15 oet 18 9.

(1) Cependant la seconde génération élevée en captivité m'a fourni des . d’un ton clair, avec les lignes mal indiquées.

Gnophos Varieguta. 57 Gnophos Variegata, Dur.

Dup., V, p. 216, pl. 184. fig. 5 (non. pl. 185, f. 8). — Her.-Sch. Sup., fig. 503 et 504. — Gn. IX, p.298. —Stgr., 305.—Bruand, Ann. Soc. ent. Fr. 1843, p.249. = Mucidaria, Frey, pl. 195, f. 3.

(Var. Cymbalariata , Mill.)

(PI. 106, fig. 12 à 15.)

Cette variété de la Gnophos Variegata paraît remplacer à Rome le type. Comme cette race, ou variété de l'espèce, est des plus constantes, je crois devoir lui imposer un nom, celui de la plante qui nourrit la chenille, la Cymbalaire, Linaria cymbalaria.

Les mœurs de la chenille de la Gn. Variegata bien que décrites. par feu Bruand dans les Annales de la Société Entomologique de France, en 4843, ne l'ont pas élé peut-être d'une manière très-exacle. Ce naturaliste nous a dit, p. 254, que cette larve passe l'hiver; fait qui ne S’est pas confirmé, au moins à l'égard des chenilles que j'ai rencontrées en Italie.

Je crois que cette larve a les mœurs de celle de la Gn. Mucidaria avec laquelle la Variegata a été longtemps confondue. Seulement l'insecte parfait de la Variegata éclot une première fois en février et les chenilles de cette génération paraissent en mars , époque où je les ai rencontrées, très-petites encore, su la Cymbalaire abondamment répandue, ainsi que j'ai eu occasion de le dire à l’article qui précède, sur les vieilles murailles de l'intérieur de Rome.

La chenille que je fais connaître diffère de celle qu'a publiée Bruand par les caroncules des cinquième , sixième, septième et hui-

tième anneaux, lesquelles sont, non pas anguleuses, mais se termi-

nent par une pointe obtuse; vue à la loupe, cette phinte laisse voir une touffe de poils courts, raides et très-blancs.

Cette larve grossit assez vite, c’est-à-dire que, depuis léclosion de l’œuf qui arrive en mars (du 15 au 20) jusqu’à la métamorphose , il se passe à peine-cinq ou six semaines. Elle vit dans les mêmes lieux, sur la même plante, à la même époque et dans les mêmes conditions que la chenille de l’Acidalia Romanaria précédemment décrite. C’est donc dans le Colysée même, dans l’enceinte des thermes de Caracalla, contre les murs situés dans le voisinage de l’Arc de Drusus, ainsi que sur la paroi Est du tombeau de Cécilia Métella situé sur la voie Apienne, qu’on est certain de la rencontrer, car c'est là qu’abonde la Cymbalaire, plante au pied de laquelle se transforme la chenille, sous une toile serrée et blanchâtre, en une chrysalide allongée, vive, qui n’a de brun que l’enveloppe des ailes ; es anneaux sont d’un vert jaunâtre obscur, avec les stigmates bien indiqués en brun; elle diffère en cela de la chrysalide de Bruand qui l’a figurée entièrement brune.

L’insecte parfait éclot pour la seconde fois du 10 au 45 mai. Je lui suppose au moins trois générations.

INSECTE PARFAIT

C’est la même coupe d'ailes, et aussi la même disposition de taches que chez la Variegata ordinaire , mais l’espace médian est plus resserré, la ligne subterminale moins nébuleuse, les dentelures du bord plus arrondies aux inférieures, etc. Cependant ce qui distingue cette variété constante du type (1), c’est la teinte gris-bleuâtre, à peine marquée de fauve, sur le côté interne de la ligne coudée des supérieures et au bord externe des quatre ailes. Le dessous se distingue

(1) Pour moi le type est généralement d’un ton fauve où le gris bleuâtre n'existe guère qu'à la base de Paile et au bord externe.

Gnophos Variegata. 59

aussi par les lignes transversales vivement accusées en brun sur un fond gris bleuâtre. -

La figure de la Mucidaria de Duponchel; VIE, pl. 486, f. 5, rapportée à la Variegata par M. Staudinger dans son Catalogue p. 72, doit représenter effectivement cétte Gnophos (1).

- La Variegaria de M. Herrich-Schaeffer f. 504 se rapprocherait assez de la Var. Cymbalariata, mais la fig. 503 de la même planche est bien une & de la Variegata ordinaire.

Il y a cinq ans, j'ai rencontré à Amélie-les- Bains (Basses-Alpes) une race de la même Gnophos dont la chenille ressemblait à celles de Rome, mais dont l’insecte parfait est d’une coloration des plus obscures. Cette race pourrait à la rigueur se rapporter à la Mucidaria de M. Herr.-Schæffer présentée sous le n° 502; seulement la Phalénite de l’iconographe allemand à une envergure qui me parait exagérée pour une Mucidaria laquelle est toujours plus petite que la Variegata.

Je saisis cette occasion pour dire que la Gn. Variegata, type où variété, n’a point encore été rencontrée dans le Lyonnais où abonde la Mucidaria. Je ne l'ai pas vue davantage dans les Alpes-Maritimes où de loin en loin on rencontre la Mucidaria.

La G.Variegata type m'a paru commune, en mai, dans tout le haut Bugey.

Obs. Sur ce même Antirrhinum cymbalaria si abondant à Rome, j'ai retrouvé la chenille d’une Gelechia que j'ai précédemment décrite sous le nom de Antirrhinella (XVI, pl, 80, f. 6 et 8) et qui vit à Ax (Arriège) sur l’Antirrhinum asarina. Cependant je dois ajouter que la chenille trouvée en Italie a la tête et le premier anneau plus noirs, et que l’insecte parfait est plus petit, plus clair, avec les points noirs subterminaux des premières ailes à peine indiqués. Serait-ce une

(1) Mais la Variegata de Duponchel, pl. 184, fig. 8, n’est qu'une variété de la Gnophos Obscurarie.

espèce distincte ? Au surplus, mêmes mœurs chez”les chenilles et mêmes habitudes chez les insectes parfaits.

J’ai fait cette autre remarque : c'est que les nombreuses touffes de Linaire cymbalaire qui ornent quelques vieilles murailles de l’intérieur de Lyon, celles de la montée de la Boucle, et celles de la montée des Anges, ne m'ont en aucun temps fourni ni l’une ni l’autre des trois chenilles dont il vient d’être question. Mais j'ai dit précédemment, p. 53, pour quel motif supposable cette plante ne nourrit aucune chenille à Lyon.

Zygæna Stœchadis, Borcx.

Rhein., Mag. I, p. 628 (1793). —Och., IL, p.83.— Frey., tab. 368, f. 4 à 4. — Her.—$., tab. 35, f. 9. — Stgr. Cat. p. 21. = Lavandulæ, Hb.,f. 24.= Medicaginis, Var. Dup. Il, pl. 6, f. 6.— Var. (?) Boisduvalii, Ach. Costa, fauna napolit.(1832—6).= Xantographa, Germ., faun. Ins. eur. Fasc. 16, n° 22. — Herr.-Sch., fig. 40.= Stæchadis, Var. Her.-Sch. 90.

(PI. 407, fig. 41 à 6.)

Les Zygènes sont de charmants papillons auxquels tous les lépidoptéristes s'intéressent. Elles ont été recherchées, collectionnées et étudiées, et toutes, ou presque toutes, sont connues sous leurs premiers états. Les quelques chenilles de Zygènes qui restent à découvrir sont celles des plus rares, des plus lointaines parmi les espèces d'Europe.

La Zigæna Stæchadis de Borkhausen , très-anciennement découverte, est, jusqu’à ce jour, restée inconnue sous son état de larve. L'’insecte parfait a été bien souvent confondu avec la Lavandulæ, la Medicaginis, et d’autres encore, dont on la croyait une simple variété; mais la connaissance de la chenille vient victorieusement démontrer

Zygæna Stœchadis. 61 que la Stæchadis est très-distincte de ses voisines et que désormais le doute à son égard ne peut plus être possible.

A la fin de mai, il m'était adressé à Lyon, de la part de M. Himmighoffen, de Barcelone, plusieurs larves d’une Zygæna, que ce naturaliste me disait élever chaque année avec succès, et qui lui donnait invariablement la Stæchadis. Sachant que l'incertitude existait toujours sur la validité de cette espèce , que, de plus, on ne savait rien de ses premiers états , j'élevai avec le plus grand soin les quelques sujets que je venais de recevoir. Je n’eus pas de peine à le faire, car la plante fraîche dont cette larve se nourrit dans la nature, le Dorycnium, m'était fournie en suffisante quantité par notre jardin botanique lyonnais. Ces larves avaient atteint leur entier développement dès la mi-juin ; en voici la description.

Elle est de la taille de celles de Loniceræ, Occitanica, Rhadamanthus et Lavandulæ ; cependant la livrée de la chenille de la Stæchadis est tout autre que celle des espèces congénères auxquelles je la compare. Parvenue à toute sa taille, cette chenille est assez longue, cylindrique, à fond jaune verdâtre sur lequel les points noirs qui forment des bandes longitudinales sont ainsi disposés : chaque anneau, à la hauteur de la sous-dorsale, présente deux points rectangulaires dont le plus gros est placé en avant. En dessous du second de ces points noirs, on voit une tache ovale d’un jaune citron propre au plus grand nombre des chenilles de Zigæna. Puis, à la place de la stigmatale , on voit, toujours sur chacun des anneaux , deux points noirs arrondis, moins gros que les précédents, au-dessous desquels existe le stigmate qui est également noir. Enfin, on distingue au-dessous de ce même stygmate, mais seulement à partir du quatrième anneau, un trait noir, fin, horizontal. La tête est petite et noire, ainsi que les pattes écailleuses; les membraneuses sont d’un vert jaunâtre,

avec la couronne brune. Les poils dont cette chenillesest recouverte sont courts, fins et blanchätres. La chenille de la Z': Stæchadis newarie pas; celles des Zygæna avec lesquelles on à pu la confondre, étant toutes décrites et représentées, il sera facile, en comparant les figures que je donne de la larve de Stæchadis (pl. 407, n° 4 et 2), de s'assurer à quel point elle s'éloigne, par sa livrée, des chenilles ses congénères. Pour se chrysalider , elle se fixe le long d’une branche de Dorycnium suffruticosum , plante dont elle se nourrit exclusivement , se construit une coque en forme de nacelle, de consistance parcheminée, d’un jaune vif, et se transforme à la manière de la Filipendulæ, de la Lavandule , etc.

INSECTE PARFAIT

La Z. Stœchadis de Duponchel (pl. VIE, f. 2) n’est pas cette espèce, c'est plutôt la variété de Medicaginis de cet auteur (VI, f. 6). M. Boisduval, ayant voulu rectifier cette erreur, donna, dans son Iconographie (pl. 55, f. 4), le nom de Siæchadis à une Zigène qui n’est pas davantage la vraie Stæchadis.

M. Herrich-Schæffer figura, de son côté, dans ses Zygénides d'Eu- rope (tab. 12, f. 90), une variété de la vraie Stæchadis, variété que je fais représenter moi-même (pl. 407, f. 6).

M. Freyer, à la Tab. 363 de son Iconographie, donne quatre Satis de la Sfæchadis vraie.

Après avoir obtenu autant de sujets à fond d'un bleu foncé LS que d'individus d’un vert obscur à reflets bronzés, je ne pourrais dire quel est bien le type de la Stæchadis ; tout ce que je puis croire, c’est que cette Zygène n’a que cinq taches rouges de médiocre grandeur aux ailes supérieures, dont deux à la base de l’aile, deux au milieu, et une vers l'extrémité; de plus, ces taches ne sont jamais cerclées de noir, et l’abdomen unicolore n’est jamais marqué d’un :anneau rouge. Les ailes inférieures varient pour la grandeur et la forme

Zygæna Fausta. 63

des taches rouges; on ne peut sur elles en rien conclure pour la validité de l'espèce.

La Z. Stæchadis appartient non-seulement à la Russie, mais elle habite également la Catalogne, la Toscane, l’Andalousie et l'Illirie.

Je ne l’ai pas encore rencontrée aux environs de Cannes, mais, selon toute probabilité, elle doit faire partie de sa faune, car la Var. Medicaginis de Duponchel (VI, f. 6), et sa Medicaginis, même planche, n° 5, que je rapporte l’une et l’autre à la vraie Stæchadis, ont été trouvées par lui + dans une prairie à l'entrée de Nice », p. 74. L'espèce appartiendrait alors à notre faune française.

Mon cabinet : 3 oet 4 © ex larvä.

Collection Donzel : 2 d'et2 9.

Zygæna Fausta, S.V.

Esp., pl. 18, f. 1 à 6. — Hb., pl. 27, fig. 122. — Frey., pl. 9, f. 1. — Frey., pl. 578. — Bdv., Monog., pl. 6, f. 6. — Stgr. Cat., P. 21. — Var. Lugdunensis, Mill., Icon. IF, pl, 4, f, 4.

(PL. 107, fig. 7 et 8.)

La Z. Fausta est peut-être parmi les Zygènes celle qui varie le moins. À part la variété constante que j'ai figurée, je n’ai jamais remarqué que l’espèce présentât la moindre aberration dans la couleur et dans la forme. Mais, si l’insecte parfait varie peu, il n’en est pas de même de la chenille, surtout si je compare celle que je figure aujourd'hui aux deux sujets représentés par M. Freyer, pl. 578, ainsi qu’à celles que nous rencontrons au Mont-Cindre, près de Lyon.

Les figures de l’iconographe allemand sont d’un vert d’eau vif; leschenilles qui appartiennent au département du Rhône sont d'un vert pomme foncé, tandis que les larves que j'ai recueillies en grande abondance, en avril, aux environs d’Hyères (Var), tout près de la

villa de feu Bruand d’Uzelle, sur le Genista juncea, sont d'une toute autre couleur. À cause de cette coloration qui n’a jamais varié, j'ai longtemps cru à une espèce distincte du type; mais comme l’insecte parfait ne présentait pas une différence appréciable d’avec la Fausta, j'ai dû, jusqu’à nouvelle information, ne voir, en cette race méridionale, qu'une Z. Fausta ne variant que par sa chenille. Pourtant, s'il arrivait qu’on reconnût plus tard une espèce séparée, car je dois l’avouer, j’ai de la peine à ne voir en elle qu’une simple aber ration, je propose pour cette Zygæna le nom spécifique que je lui avais provisoirement imposé; celui de Junceæ. Voici la description de cette larve, (pl. 107, fig. 7).

Elle est médiocrement allongée, globuleuse, aplatie en dessous, atténuée en arrière, faiblement pubescente, à tête petite, d’un brun jaunâtre. Le fond n’est pas, comme chez le type, d’un vert plus ou moins clair; il est invariablement d’un gris ardoisé sur lequel tranche, à droite et à gauche, une large ligne blanchâtre continue, marquée Sur chaque anneau d’un point ovale jaunâtre qui touche à l’incision postérieure. Celte ligne est accompagnée en dessus, à partir du deuxième segment, d’un gros point noir placé sur l’incision même. Le premier anneau est lavé en dessus de rougeàtre. La ligne stygmatale est large, continue, d’un gris plus clair que le fond; elle est surmontée des stigmates qui sont gros et noirs. Les pattes écailleuses sont petites et brunes, les membraneuses sont concolores.

La chenille, qui ne descend pas du Genista juncea, même pour se chrysalider , se fixe, lorsque le moment est venu, le long d’un rameau de la plante et forme une coque ovoïde, parcheminée, d’un gris blanchâtre et luisante (fig. 8).

L’éclosion de l’insecte parfait a lieu quinze à dix-huit jours après , c'est-à-dire dans la seconde quinzaine de juin.

Zygæna Erythrus. 65

Zygæna Erythrus, Hs.

Hb., 87. — Och., II, p. 21 (1808). — Herr.-Sch., f. 44. — Dup., IL, pl. 4, fig. 1. — Stg., Cat. 20. = Saportæ, Bdy. Icon., pl. 52, fig. 2 et 3.—Dup., I, pl. 4, fig. 2. — Hb., 169.— Minos ? Bdv., Mon. pl. 4, fig. 7.

(PL. 107, fig. 9 à 11.)

Je ne sais en vérité s’il n’y à pas eu confusion à l'égard de deux chenilles de Zygœæna ; celle de l'Erythrus, Hb. ct celle de la Minos, Hb. La première, la plus grande des deux espèces, vit communément, à la fin de mai, à Ax (Ariège) uniquement sur le Thymus serpyllum, où je l’ai élevée en certain nombre. Cette larve ne vit donc pas, comme on le dit généralement, sur l’Eryngium campestre. L’autre, la chenille de la Z. Minos, la plus petite des deux, vit sur ce même Eryngium. Ayant fait l’éducation des deux espèces, je crois être certain de ce que sont les larves de chacune d'elles, et de ce qu'est leur véritable nourriture. |

Elle est, vers la fin de mai, ou les premiers jours de juin, parvenue à tout son développement ; cette époque nous la montre pleine, assez longue, atténuée aux deux extrémités, pubescente, d’un jaune citron. sur les flancs et le ventre, et d’un jaune verdâtre sur le dos. La tête est noire ainsi que les pattes écailleuses , les membraneuses sont con-: colores. La ligne vasculaire n’existe.pas; à la place de la sous-dorsale, il règne sur chaque anneau un point noir petit, placé sur l’incision , du deuxième au onzième, et du troisième au dixième inclusivement au-dessous du point, plus au centre de l'anneau , une perle d’un

jaune vif. La ligne stigmatale est ondulée, un peu plus claire que le fond, au-dessous de laquelle sont placés les stigmates gros, ovales et noirs. On voit en outre, au centre de chaque segment, une ligne transversale de très-petits points noirs.

La transformation a lieu dans une coque fusiforme, parcheminée, jaunâtre et luisante qu’elle fixe à une tige de la plante qui l’a nourrie (pl. 107, f. 10).

La Zigène éclot à la mi-juin.

INSECTE PARFAIT

Il vole communément dans le département de l'Ariège, sur les coteaux qui avoisinent Ax-sur-Ariège, seul lieu où j'ai rencontré l'espèce.

C’est pour moi la plus grande des Zygènes d'Europe; j'en possède en collection qui mesurent jusqu’à 0",040 d'envergure.

La Z. Erythrus ne varie pas d’une manière appréciable.

Mon cabinet : 20 exempl. o’ et9.

Collection Donzel : 3 d'et 3 $.

Zygæma Ninos, Hs.

Hb., fig. 8. — Frey., pl. 86, fig. 4. — Bdv.-Icon., pl. 52, fig. 5. — Herr.-Sch., pl. 43, fig. 6. — Stgr. Cat. p. 20. — Dup., pl. 4, fig. 3? — Pilosellæ Esp., pl. 24, fig. 2, a. b. = Polygalæ, Esp. pl. 34, fig. 3. — Pluto? Bdv. pl. 52, fig. 4. =Pythia, Hb. fig. 88. = Var, Heringi ? Zel. e. Z., 1844, p. 42.

(PI. 407, f. 12.)

La chenille que l’on rencontre au printemps sur le Chardon-roland (Eryngium campestre), et que l’on dit être celle de la Z. Erythrus est, je crois, celle de la Minos.

Lycæna Telicanus. 67

Cette chenille à éié trouvée en assez grande quantité par notre collègue M. Fallou père, aux environs d'Hyères , sur l’Eryngium campestre, d’où il a bien voulu m'en envoyer plusieurs exemplaires.

La chenille de la Minos a été fidèlement représentée, dans l’Iconographie de MM. Boisduval, Rambur et Grsalin, parvenue à toute sa taille. Si je donne à mon tour un dessin de cette chenille (PI. 407, f. 12), c’est que celle-ci n’a pas été figurée à sa troisième mue laquelle est bien différente de la quatrième.

A cette troisième mue, la chenille de la Zygæna Minos serait entièrement d’un vert sombre mat, presque noir, si le premier anneau n'était d’un gris verdâtre, et si les anneaux, à partir du troisième au neuvième, ne portaient la perle ovale d’un jaune citron surmontée d’un point très-noir. La tête et les pattes écailleuses sont d’un noir profond ; les poils, dont tout le corps est revêtu, sont assez longs et blanchâtres.

Pour se métamorphoser, la chenille est descendue au fond de la boîte, sous la mousse, s’est placée sur le dos, a filé sa coque qui est parcheminée et fusiforme, et l’insecte parfait est éclos vers la fin de juin.

Lycæna Telicanus, Hpsr.

Hbst., tab. 305, fig. 6 à9. — Hb. — God. — Bdv. — Stg. Cat. p. 4. — De Vill. et Gn., p. 38. — Berce, I, p. 132.

(PL. 108, fig. 10 à 13.)

Trois charmantes Lycènides, les L. Telicanus, Melanops et Argiolus, sont mal connues sous leur état de larve, ou, pour mieux dire, le sont à peine; l’une d'elles ne l’est pas du tout.

Les deux premiers de ces lépidoptères diurnes n’appartiennent qu’à la faune provençale; le troisième, qui en fait aussi partie, vole partout en France dès qu’apparaissent les premiers beaux jours du printemps. Je commencerai par le plus joli de ces trois papillons, par le Telicanus.

Elle a bien tous les caractères du genre; elle est médiocrement longue, ovale, convexe en dessus, veloutée, très-carénée sur les côtés, atténuée postérieurement , à tête petite, à seize pattes normales, avec les anneaux distincts, et présentant, sur chacun des quatrième, cinquième, sixième et septième , un renflement dorsal. Le type des chenilles de cette espèce m'a paru , aux environs de Cannes, d’un blanc carné, sur laquelle teinte se détache nettement une large ligne vasculaire, de couleur vineuse sur les troisième, quatrième, neuvième, dixième et onzième anneaux. À la hauteur de la ligne sousdorsale absente, il existe des chevrons à peine indiqués; mais ces chevrons sont, chez la variété à teinte vèneuse , très-bien marqués en carminé obscur. La tête est globuleuse et noire, les pattes écail-

Lycæna Melanops. 69 leuses petites et brunes; les ventrales et anales sont très-courtes et concolores.

Cette larve varie en jaune paille, en brun rougeûtre, et en rouge vineux ; en sorte qu'il serait difficile de dire si le type est représenté par l’une plutôt que par l’autre de ces nuances.

Jai rencontré abondamment cette chenille à Cannes, à la mioctobre, sur des collines garnies de Calluna vulgaris fleurie alors, et dont elle ne rongeait que les pétales. Elle m’a semblé plus commune sur les hauteurs de Saint-François que partout ailleurs. Cependant cette larve ne doit pas vivre uniquement sur la Calluna, car j'ai remarqué assez fréquemment l’insecte parfait dans le lit desséché d’un torrent, sur la route du Cannet, où ne croit, pas plus qu'aux alentours, aucune bruyère.

Suivant MM. De Villiers et Guénée , p. 38, elle vit encore sur le Lythrum salicaria.

Cette chenille grossit très-vite ; quinze ou vingt jours lui suffisent en automne pour atteindre l’époque de sa transformation qui à lieu, soit sur la plante, soit dans le voisinage parmi les débris de végétaux, ou fixée à un corps solide , la tête en haut. En effet, c’est toujours dans ces conditions qu’on peut remarquer la petite chrysalide qui est globuleuse, à segments courts et immobiles, de couleur argileuse , finement tachée de brun, et recouverte de poils fins et très-courts.

Dès le 45 ou le 20 janvier j’ai obtenu, à Cannes, l’insecte parfait de la dernière génération. La première éclosion du Telicanus a lieu en juin, et les générations doivent se succéder sans interruption à partir de cette époque jusqu’à la fin de la saison qui, en Provence, est très-tardive. C’est donc par erreur qu’on ne fait voler cette espèce qu’en juillet et août.

Cette Lycène est des plus abondantes aux environs de Cannes. Je lai prise maintes fois en automne, butinant sur les fleurs de mon jardin.

Obs. Je n’ai pas vu la Lycæna Telicanus au muséum de Naples, mais il serait bien étonnant qu’elle ne fit pas partie de la faune de ses

environs. Cependant le 26 février dernier j'ai captüré sa congénère, la Bætica, fraîchement éclose, en gravissant les pentes du Vésuve, peu avant d'atteindre la couche de lave refroidie de l’éruption de 1865. Cependant je me souviens avoir remarqué le Telicanus au musée zoologique de Rome, dont le conservateur, M. le professeur Vin cenzo Diorio, m'a fait les honneurs avec une très-grande obligeance. Je le prie de recevoir aujourd’hui l’expression de ma reconnaissance.

Lycæma Melanops. Bpv.

Ind.,.p. 43 (4829). — Frey., pl. 97, fig. 4, 2, — Dup. I, pl. 8, fig. 4, 5. — Gn. et De Vill., p. 30. — Stgr. Cat. p. 6. — Berce, I, p.148. Saportæ, Hb., 922, fig. 5. — Var. Marchand , B. Rev. ent., Silb. I, p. 124, pl. 27. k

(PI. 108, fig. 1à 4.)

Jusqu'à ce jour, on ne savait absolument rien des premiers états de cette Lycène. Ce n’est pas sans peine et sans une extrême persévérance que j’ai réussi à les connaître. Voici ce que j'ai appris.

Les œufs du Melanops éclosent dix ou quinze jours après qu'ils ont été pondus , c’est-à-dire du 40 au 15 mai. La chenille grossit vite, car les fleurs de la plante dont elle se nourrit passent rapidement. Dès la fin de mai ou les premiers jours de juin, on la trouve parvenue à toute sa grosseur. Elle est d’un ovale allongé, convexe en dessus, aplatie en dessous , atténuée postérieurement, carénée sur

Lycæna Melanops. 71

les côtés, veloutée et recouverte de poils courts, serrés et grisâtres. Les anneaux du milieu sont à peine renflés au sommet. Chez le type, le fond est d’un gris bleuâtre ; il est d’un vert pomme chez la variété. Les lignes vasculaire et sous-dorsale, qui sont assez larges et continues, du second au pénultième segment , Sont d’un vert glauque qui tranche à peine sur le fond. Ces lignes sont finement interrompues aux incisions. On voit en dessous de la sous-dorsale, du troisième au neuvième anneau, un petit trait d’un gris bleuâtre placé diagonalement sur chaque segment et qui forme en se réunissant à un autre trait placé en dessous, une sorte de V couché. La ligne stigmatale est large, ondulée, continue, blanchâtre et finissant en pointe pour se réunir à un clapet anal à peine formé. Le ventre est unicolore et d’un vert bleuâtre pâle. La tête est petite, rétractile et d’un pourpre foncé. Les pattes sont très-petites ; les écailleuses sont testacées, les autres blanchâtres.

Cette chenille, qui se transforme dans la première quinzaine de juin, viten Provence exclusivement sur les Dorycnium. Je ne l'ai rencontrée abondamment qu’en un seul lieu des environs de Cannes, au centre d’un bois de pins d’Alep qui touche la propriété de M. Garnier-Pagès. Elle se chrysalide parmi les débris de végétaux , fixée à un corps dur.

L'état léthargique a une durée de plus de dix mois; l’insecte parfait n’a donc qu'une seule génération. Pendant ce long espace de temps on perd un assez grand nombre de chenilles élevées en captivité, lesquelles se dessèchent avant l’éclosion du lépidoptère.

La chrysalide ressemble à celle de la Lycæna Telicanus bien que rase et moins foncée. Mais la chenille, avant de former sa nymphe, file une légère toile pour l’abriter pendant son long sommeil, et, c’est au centre de cette toile, qu’elle se place la tête en haut.

INSECTE PARFAIT

Le ©”, on le sait, est d’un beau bleu un peu violâtre, avec une bordure noire suivie de la frange blanche, et la © est d’un brun noir, avec la base des ailes bleu violâtre, et une lunule noire aux ailes supérieures.

Après que M. de Saporta à eu découvert cette Lycène, on s’est généralement plu à répéter d’après lui que le Melanops vole sur les pelouses sèches et arides de la Provence, et qu'il aime à se re poser sur les fleurs du thym, tandis qu’en réalité, c’est plutôt au centre des forêts de pins où abondent les dorycnium (1), plantes qui nourrissent sa chenille et sur lesquelles je l’ai toujours vu se poser. Ce ne doit être qu’accidentellement qu’il butine sur les fleurs de thym. F

Le Melanops varie pour la taille : certains exemplaires femelles, prises au vol, sont de près de moitié plus petites que d’autres.

La Lycæna Melanops succède à la L. Hylas (var. Panoptes, Hb.).

Ces deux espèces volent presque toujours dans les mêmes lieux, mais l’une, comme je viens de le dire, disparaît quand l’autre arrive.

0 oo (1) Lesquels pour se développer ne demandent jamais une grande exposition au

soleil, mais plutôt des lieux abrités de ses rayons, et toujours sur des terrains à base calcaire.

Lycæna Argiolus. 73

Lycæna Cyllarus, RoTT.

(1775). — Esp. —God.— De Vill. et Gn. — Frey. — Stgr.-Berce. — Damaætas, S. V. (4776). — Hb., pl. 266, fig. 8.

Je fais représenter une variété du Cyllarus o volant à Cannes en compagnie du Melanops.

Les trois sujets que j’ai recueillis ne varient pas; ils se ressemblent aussi bien par l’envergure, la disposition des taches ocellées des ailes en dessous, que par la couleur.

Par sa petite taille, ce Cyllarus © se rapproche tellement du Melanops, qu’on le prendrait volontiers pour un hybride de Cyllarus et de Melanops. J'avoue même que je ne suis pas absolument certain qu’il n'en soit pas un. :

Je n’ai pu encore rencontrer la ©, dont la vue trancherait sans doute la question. Quoiqu'il en soit, cette race méridionale paraît constante par son exiguité relative.

Lycæña Argiolus , L.

S. V. — God. — Frey. — De Vill. et Gn. — Stgr.-Berce. — Acis, Fab. — Hb. = L’Argus bleu à bandes brunes , Engr.

(PL. 408, fig. 7 à 9.)

La chenille de cette Lycène, très-voisine pour la forme de celle du

Melanops, à été rencontrée par moi aux environs de Cannes , vivant Annales de la Société linnéenne. 6

à la même époque, et sur la même plante que la larve de sa congénère, Elle a aussi les mêmes mœurs, car elle n’a produit son insecte parfait que l’année suivante.

La chenille de l’Argiolus vit, à n’en pas douter, sur d’autres plantes que les Dorycnium (1), puisque ceux-ci, qui la nourrissent en Provence, n'existent pas au centre et au nord de la France où cependant on trouve fréquemment l’insecte parfait.

Est-il bien certain que cette chenille vive sur le Rhamnus frangula, L., ainsi que l’a dit Ochsenheimer qui en a parlé le premier ? Quoi qu'il en soit, je n’ai pas vu cet arbrisseau dans la région du littoral.

Cette larve d’Argiolus qui n’a été, je crois, figurée nulle part, . à, comme celle de la précédente Lycène, tous les caractères du genre; elle est ovoïde, un peu allongée, plate en dessous, convexe en dessus, carénée latéralement, avec les anneaux du milieu relevés en pointe obtuse, et recouverte de poils courts et serrés. Le fond est d’un beau vert pomme sur lequel se détachent les lignes qui sont d’un blanc vif, lesquelles ne partent que du second anneau pour aboutir au pénultième. La ligne vasculaire est très-fine; la sous-dorsale, du troisième au dixième, présente un dessin festonné et liseré. de vert obscur en dessous.

La ligne stigmatale est large, ondulée, continue, et également liserée de vert foncé en dessous. La tête est petite, jaunâtre, avec les mandibules vineuses. Les pattes écailleuses sont testacées, les dix autres concolores.

La chenille, qui a bientôt atteint tout son développement, se transforme vers la fin de mai, ou pendant les premiers jours de juin.

L'état léthargique qui a duré plus de dix mois, n’a cessé qu'à la fin de mars de l’année suivante, époque où a paru l’insecte parfait.

(4) Elle vit encore sur le lierre (Hedera helir) De Vill. et Gn., p. 30.

LycϾna Argiolus. 75

Cependant la Lycæna Argiolus a, dans nos pays du centre et du nord de la France, deux et trois générations ; comment alors expliquer que les sujets de cette Lycène élevés par moi en Provence, soient demeurés plus de dix mois en chrysalide, et que pas un seul n es paru pendant l’automne qui a suivi la transformation ?

Ce charmant insecte diurne nous arrive avec le premier printemps; sa présence réjouit la vue du jeune chasseur qui ne réussit pas toujours à le saisir, car il est farouche et a le vol rapide.

L’Argiolus © ne varie pas. Quant à la $ , on rencontre parfois des individus chez lesquels la bordure noire de l’aile supérieure en dessus, envahit une bonne partie de sa surface.

M. Freyer nous montre dans son Iconographie, (Tab. 445, fig. 2), une © d’Argiolus dont les ailes supérieures en dessus sont, sauf la frange et la côte, complètement d’un noir fuligineux.

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