‹ Iconographie et description de chenilles et lépidopteres inédits (volume 4)Chapitre 46 sur 70 · TRENTE-CINQUIÈME LIVRAISON · texte numérisé non relu

TRENTE-CINQUIÈME LIVRAISON

Tephronia Fingalaria, Mill.

Mill., Catal. des Lép. des Alpes- Marit., p. 159.

(Species nova)

(PL. 149, fig. 1)

Le genre Tephronia de Hubner, composé de trois espèces européennes, vient d’être augmenté d’une quatrième espèce découverte récemment dans les montagnes des Alpes-Maritimes.

En figurant cette Phalénite nouvelle, je fais représenter sur la même planche la Tephronia Oppositaria, Mn. de la Macédoine, publiée depuis peu, non encore figurée, et que l’auteur du Species n’a pu comprendre dans sa Monographie.

Les trois Tephronia du Catalogue Staud. et Wocke ont entre elles de grands rapports de forme et de couleur. La Fingalaria est très-voisine de ses congénères, cependant elle s’en distingue par les caractères suivants : Envergure plus grande, ailes supérieures très-aiguës à l’apex chez les deux sexes, disposition autre des lignes transverses, et surtout absence complète d’éperons aux tibias des postérieures. Voici la description de cette nouvelle Tephronia.

Enverg. 24 millimètres. — Les quatre ailes son! allongées; les supérieures sont très-aiguës à l’apex, d’un fuligineux prononcé, mais moins cependant que chez la Carieraria, HS. f. 214. Ces premières ailes sont traversées par deux lignes noires dont l’une, la coudée, est à peine éclairée de blanchâtre extérieurement, et par une ligne centrale qui, chez le &, n’atteint que le milieu de l'aile et qui, chez la ©, traverse cette aile dans toute sa largeur. La tache cellulaire est grande, ovale, noire et s'appuie à la côte. Les ailes inférieures ne présentent qu'une seule ligne transversale noirâtre, également éclairée extérieurement. En dessous, la ligne coudée n'est, sur un fond plus clair, qu’imparfaitement indiquée; cependant, aux ailes inférieures, la cellulaire qui est à peine écrite en dessus, est très visible en dessous, chez la © principalement. Les antennes du & sont assez longues, pectinées, à lamelles régulières, décroissant insensiblement jusqu’au sommet. Thorax arrondi et concolore, abdomen plus long que les ailes, pattes assez longues et privées d’éperons. |

La © est un peu plus grande que le &, d’un gris trèsfoncé et non fuligineux, avec tes lignes bien écrites en noir, notamment celle qui traverse l’espace médian. Les antennes sont filiformes et l’abdomen renflé au centre. Les pattes sont également dépourvues d’éperons.

La Fingalaria vole à la mi-juillet, au crépuscule du soir et vient au réflecteur. Je l’ai rencontrée à Saint-Martin- Lantosque et à Berthemont (Alpes-Maritimes) où l'espèce ne. doit pas être rare. La chenille n’est pas connue, mais elle a sans doute les mœurs des autres Tephronia qui ont été observées, lesquelles sont toutes lichenivores et qui passent leur vie appliquées contre les murs et les rochers moussus à l’exposition du nord.

Tephronia Oppositaria 391

Tephronia Oppositaria, Mn.

Wien. Mts. 1864, p. 178. — Tr. IV, p. 4. — Stgr. 2378.

(PI. 149, fig. 2)

Elle est distincte dans ce genre où les quatre espèces qui le composent sont toutes d’un gris foncé plus ou moins fuligineux. L'Oppositaria a les ailes moins allongées, et aussi moins anguleuses à l’apex des supérieures et plus arrondies aux inférieures que chez les autres Tephronia. Le ton général d’Oppositaria est le gris tirant un peu sur le roux, où les lignes tranverses des quatre ailes sont fines, mais nettement écrites en brun foncé. Les antennes du & sont sensiblement pectinées et l’abdomen est d'un gris roussâtre. M. Staudinger, qui m'a procuré cette espèce, laquelle est presque une nouveauté, l’a reçue des environs de Brousse. Elle existe aussi en Macédoine, et par le fait, appartient à la faune européenne.

Ocnogyna Corsica, Rb.

— Tr. —Bdv.-— Dup.—Frey.— Stgr. (Var. Sardoa, Stgr.)

(PI. 149, fig. 3à 5)

Je figure trois sujets d'une variété constante de la jolie Ocnogyna Corsica nommée Sardoa par M. Staudinger (41. post. maculatis, ® major, obscurior, alis majoribus. Cat. p. 59). Voici ce qu'à l'égard du lépidoptère en question m'écrit M. Staudinger, en date du 14 janvier 1873 : « Ayant eu occasion de comparer plus de mille de ces variétés toujours constantes, cela veut dire quelque chose. »

Toute constante que puisse être cette variété, on ne doit voir en elle qu’une simple aberration de la Corsica, car elle n’a rien de bien tranché chez le 6. Toutefois, la © présente, par la disposition des taches nombreuses et foncées aux quatre ailes, une variété plus prononcée que l’autre sexe. On pourra juger de ces différences de coloration par les trois figures que je donne de la Var. Sardoa, dont une ©.

Néithymna Empar. Stsr.

Berl. e. Z. 1870, page 117.

(PI. 149, fig. 6 et 7)

Cette espèce n’a rien qui frappe les yeux, sa parure en effet est des plus uniformes. Les quatre ailes sont d’un argileux très-obscur et n’ont pour tout dessin aux supérieures qu’un point cellulaire blanchâtre et allongé, avec une ligne subterminale étroite, tortueuse et imparfaitement indiquée en clair. Le dessous des quatre ailes est de la même couleur uniforme, n'ayant sur les inférieures qu'un point cellulaire brun. La Q a les ailes relativement plus étroites, elles semblent par là plus allongées que celles du &; le fond est plus obscur et le point cellulaire ainsi que les lignes transversales aux supérieures se détachent mieux en clair.

La Mithymna Impar a été rapportée des steppes de la Russie méridionale.

Lita Epithymella, Stgr.

Stett. e. Z. 1859, p. 242.

(PL. 149, fig. 8 à 10)

Elle est fusiforme, a seize pattes, avec la tête, les écailleuses

Lita Epithymella 393

et la plaque du premier anneau tout-à-fait noires ; le second anneau, plus élevé que tous les autres, est plissé et entièrement d’un vineux obscur. Ce n’est qu'à partir du quatrième segment que se montrent les lignes ordinaires, lesquelles se détachent en vineux sur un fond livide. Cette petite chenille ronge, au commencement de l’automne, les feuilles de la Morelle noire (Solanum nigrum). Elle attaque d’abord la surface de ces feuilles et les lie ensuite avec des fils de soie. Après s’être déplacée plusieurs fois, elle abandonne la plante vers la fin de septembre ou les premiers jours d'octobre, et se retire dans les détritus végétaux pour y former une légère coque où elle se transformera bientôt en chrysalide. Moins d'uñ mois après, le petit papillon apparaît. C’est du milieu d'octobre à la fin de novembre que cet insecte se montre le plus, bien qu’il ne soit jamais abondant. Quelques chenilles sont encore très-petites à la fin d'octobre ; celles-là ne donneront leur insecte parfait qu’au mois de janvier, ce qui peut faire supposer deux générations lesquelles se suivraient sans interruption, le développement de la plante annuelle, le Solanum nigrum, n'ayant lieu qu’à la fin d’août.

INSECTE PARFAIT

Les quatre ailes sont très-allongées. Sur un fond argileux, plus ou moins obscur aux supérieures, existe une large strie ou bandelette brune s’avançant jusqu’à la première moitié de l’aile. Les inférieures sont fuligineuses, sans lignes, mais garnies de longues franges. L'espèce varie sensiblement : j'ai obtenu de chenilles reçues d'Espagne, des individus dont les ailes antérieures et le thorax sont entièrement d’un brun noir.

L’Epithymella vole aux environs de Cannes, de Monaco, de Menton, etc., mais plus particulièrement peut-être dans le chemin encaissé des Tignes de mon voisinage. Il fuit les localités trop

ombragées, et les nombreuses morelles qui croissent en ces lieux frais ne nourrissent aucune de ces chenilles.

Je possédais depuis longtemps en collection cetle Lita sous le nom de Solanella, nom spécifique qui lui conviendrait mieux que celui qu'elle porte dans le Catalogue Stgr. et Wocke, mais ici, comme partout, l’antériorité doit être maintenue.

Plusia Ni, Hb.

Tr. — Dup. — Frey. — Gn. — Stgr. — Berce.

(PI. 149, fig. 11 à 19)

Elle n’a rien de remarquable; ce qui expliquerait jusqu’à un certain point qu’elle soit demeurée inédite jusqu'à ce jour. Cependant je dois dire qu’elle est fort rare et que ses mœurs ne sont pas encore bien connues. Je ne suis même pas certain qu'elle vive ordinairement sur le Solanum nigrum, plante sur laquelle je figure cette chenille. Pourtant je crois pouvoir assurer que deux entomologistes sérieux de la Provence m'ont dit autrefois avoir rencontré la Ni de loin en loin sur la morelle noire, la tomate comestible et aussi sur les orties. Je n'ai pu, jusqu’à ce jour, voir cette larve vivante; c’est d’après des chenilles de la Ni très-bien souflées, reçues du D' Staudinger que je décris l'espèce et que j'ai fait mon dessin.

Par sa forme, la Plu. Ni rappelle tout-à-fait ses congénères, c’est-à-dire qu'elle n’a que dix pattes, qu’elle est cylindrique et atténuée antérieurement, avec la tête petite et globuleuse. Elle est d’un vert très-clair où se détache nettement la ligne stigmatale qui est large, continue, d’un blanc jaunâtre et nullement liserée sur les bords. Les autres lignes sont très-imparfaitement

Agrotis Rogneda 399

indiquées en clair. Les stigmates sont de couleur chamois et finement cerclés de brun. La tête est d’un fauve obscur et n’est jamais marquée de noir sur les côtés; les pattes écailleuses sont aussi d’un fauve obscur et luisantes; les six autres sont concolores. Pour se transformer, elle se comporte ainsi que la Plusia Gamma; elle tisse sur la plante qui l’a nourrie, dans les feuilles liées, une coque formée de soie blanche très-pure. La chrysalide est lisse et d'un brun presque noir.

INSECTE PARFAIT

On dit qu'il a deux générations; je n'ai pu m’assurer du fait. Je ne l’ai jamais rencontré qu'à la fin d’août ou pendant la première quinzaine de septembre, soit au vol, butinant aux environs de Cannes, soit dans la campagne du Lyonnais; mais toujours l’insecte m'a paru d’une extrême rareté. Une fois, le 1" décembre 1868, j'observais à Cannes, dans mon jardin, une Ni en train de développer ses ailes, sans qu’il me fût possible de préciser sur quelle plante du voisinage avait dû vivre la chenille.

Cette Plusie, la moins remarquable puisque de toutes c’est la plus simplement parée, ne varie pas; cependant il est parfois des individus plus clairs que le type. Je ne sache pas que la Ni ait été rencontrée sur les collines du littoral, ou sur les montagnes élevées du département.

Agrotis Rogneda, Stgr.

Berl. e. Z. 1870, p. 113 — Trifida? F. de W. Bull. M. 1839. (PL. 149, fig. 14)

Charmante espèce qui a été seulement décrite dans les Annales entomologiques de Berlin, mais qui nulle part ne doit être figurée.

Les ailes supérieures sont caractérisées par des nervures d’un blanc jaunâtre qui se détachent nettement sur un fond de couleur bois. Les ailes inférieures seraient entièrement blanches n’était une série de très-petits points bruns qui précède la frange. Les antennes sont relativement longues et pectinées.

Je ne connais ni la @ ni la chenille.

L’Agrotis Rogneda a pour patrie la Crimée d’où l’a reçue M. Staudinger et au cabinet de qui elle appartient.

Butalis Ossianella 397.

Le genre Butalis est composé d’un grand nombre d'espèces, tel toutefois que l’a compris M. Wocke, collaborateur du Catalogue allemand Stgr. et Wocke. Ce nombre, qui s'élève à plus de soixante-dix, va être augmenté de deux nouvelles espèces : Ossianella et Asmodella. Cette dernière a déjà été décrite dans la Revue de Zoologie; je rappellerai sa description. Aujourd’hui je fais représenter ces deux jolies Butalis reconnues nouvelles par notre savant M. Stainton.

La But. Ossianella a beaucoup de rapports avec sa congénère Asmodella, à tel point que, si l’on n’avait sous les yeux qu'un sujet de chaque espèce, on pourrait penser que l’une n’est qu'une variété de l’autre. Cependant, comme l'an passé il m'a été possible de rassembler un bon nombre d'exemplaires de chacune de ces Tinéides, j'ai pu m’assurer que la But. Ossianella est tout-à-fait distincte de la But. Asmodella, sans trop insister sur l'habitat si différent des deux espèces et sur l’époque de leur éclosion respective.

Butalis Ossianella, Mill.

{Species nova)

(PL 150, fig. 1)

Envergure : 14 à 15 millimètres. — Elle ressemble, en plus grand, à la Butalis Asmodella, mais voici où elle en diffère : Ailes sensiblement plus développées, fond des supérieures non pas noir comme chez Asmodella, mais entièrement d’un cuivré obscur très-luisant. Enfin, la strie des ailes supérieures est relativement plus grande, plus large, et le point qui la suit n’a plus la forme rectangulaire, mais il a celle d’un croissant bien développé et bien dessiné ayant les pointes tournées en dehors.

Ajouterai-je que la strie et le croissant précitésesont toujours d’un blanc jaunâtre et non pas blanc? La © ne diffère du & que par son abdomen plus développé.

Cette charmante Butalis vole assez abondamment dans nos Alpes-Maritimes, à une altitude de 1,000 à 1,200 mètres, notamment à Berthemont-les-Bains, sur les terrains incultes qui touchent à l'hôtel, non plus en mai, comme Asmodella à Cannes, mais à partir du 20 juillet jusqu’au 10 août environ. Je n’ai rien su encore de la chenille, mais je ne serais pas surpris qu’elle se nourrisse sur l’Origan (Origanuwm vulgare), car c’est toujours parmi les nombreux pieds de ces plantes sauvages et sur les fleurs mêmes que l'été dernier (1873) je capturais l'Ossianella soit au vol, soit blottie parmi les fleurs de la plante.

L’Ossianella se montre en compagnie de la Pempelia Origanella, Schl. Crambide, particulièrement commune sur ces hauteurs, et dont la chenille lie en juin le sommet des tiges de l’Origan, mais où elle ne se transforme jamais. Je crois que jusqu’à ce jour cette Pem elia a été considérée comme étrangère à la France.

Butalis Asmodella, Mill.

Petites Nouv. Entom., 1873, n° 77

(PL. 150, fig. 2)

Elle est voisine, mais distincte, suivant M. Stainton, de la Knochella et de la Punctivittella, Gosra. Les quatre ailes sont très-allongées et garnies de longues franges. Tout l’insecte serait en dessus d’un noir profond, si les ailes supérieures ne présentaient une strie longitudinale fine, droite, blanche, allant de la base de l'aile à son milieu. Cette strie est suivie d’un point de forme rectangulaire également d’un blanc vif. Les

Tinea Nigricantella 399

palpes sont de moyenne longueur, mais très-relevés ; les antennes sont fines et présentent à la base une légère nodosité. Les pattes inférieures sont munies de deux paires de tarses.

À la description qui précède, je crois devoir ajouter que l'habitat réel de l’Asmodella n’est pas seulement le bas de la terrasse de mon jardin à Cannes, où, comme je l’ai dit précédemment, elle a été prise pour la première fois, mais plutôt une localité inculte de mon voisinage exposée à l'Est et où, du 15 au 25 mai, l’insecte vole lourdement au soleil du matin ainsi qu'à la tombée de la nuit.

Tinea Nigricantella, Mill

Petites Nouv. Entom., 1872, n° 43

(PL. 150, fig. 3 et 4)

Envergure : & 15 millimètres; Q 12 millimètres.

Cette intéressante Tinea que j'ai signalée, il y a trois ans, dans les Petites Nouvelles Entomologiques, d’après un seul individu 9, a été, depuis cette époque, retrouvée en plusieurs exemplaires des deux sexes, notamment à l’île Sainte-Marguerite.

Je rappellerai ici la description de la Nigricantella Q, à laquelle j'ajouterai quelques détails.

Ailes très-étroites, lrès-allongées; les supérieures sont rectangulaires, d’un noir profond, avec un seul point blanc central. Les ailes inférieures sont grises, avec de longues franges concolores. Les supérieures sont noires en dessous, et la tache cellulaire blanche est plus visible qu’en dessus. Tête laineuse, d’un fauve très-chaud, avec les yeux très-développés et entièrement noirs; les antennes sont filiformes et brunes.

Le &, qui m'a paru beaucoup plus rare que la ®, est plus

grand que cette dernière, mais il présente les mêmes caractères spécifiques et la même coloration. La tache cellulaire blanche des ailes supérieures est tout aussi visible en dessus et en dessous que chez l’autre sexe. $

Cette espèce tranchée est, d’après l'avis de M. Stainton, « voisine des Tinea Imella, Hb., et Ferruginella, Hb. » Elle prendra place après cette dernière.

Obs. — La Tinea Nigricantella doit être un de nos ennemis domestiques; en effet, bien souvent, c’est dans mon habitation, à Cannes, que, à deux époques de l’année, en mai et septembre, je la remarque appliquée contre les parois du bas-office, ou contre les murailles extérieures de la maison. Elle vient au réflecteur.

Eupithecia Provinciata, Mill. et de Peye.

Revue de Zoologie, 1871-72, n° 2, p. 61. — Cat. Lép. des Alpes-Mar., p. 204.

(PI. 150, fig. 5à8)

Cette Eupithéeie, ainsi que j'en ai fait l'observation en la publiant dans la Revue Zoologique, est très-voisine des Eupit. Phoeniceata et Oxycedrata, tellement voisine de cette dernière surtout, que, sans la connaissance de la chenille, il me paraït bien difficile de la distinguer de l’Oxycedrata, d'autant plus, qu'après de nouvelles éducations j'ai reconnu que les différences cessaient d'exister chez quelques individus de l’insecte parfait. Mais ce qui doit suffire à reconnaître la Provinciata espèce indépendante, est la forme et la couleur de la chenille qui s’éloignent complétement de celles des Phoeniceata et Orycedrata.

Eupithecia Provinciata 401

Elle est cylindrique, médiocrement longue, nullement carénée et à peine atténuée antérieurement. La tête est petite, globuleuse et brune. Sur un fond verdâtre ou vineux se montrent distinctement, sur chaque anneau, des taches rectangulaires disposées à peu près en forme de damier, entourant chacun des segments, sauf le ventre, qui est d’une couleur livide, et où règne un liseré fin et géminé. Aucune des lignes ordinaires n’est bien écrite, cependant la stigmatale se montre en blanc sur les trois derniers anneaux.

Il existe une variété d’un jaune vif (fig. 6) avec dessins d’un ochreux rougeâtre. Cette variété, qu'on rencontre en même temps et sur le même arbrisseau, est peut-être plus répandue que la Provinciata type. Dans la 25° liv., p. 94, il a été dit quelques mots de cette variété constante pressentie alors espèce distincte.

Cette nouvelle Eupithécie vit en hiver vingt-cinq ou trente jours plus tard que l’Orycedrata, c’est-à-dire du 15 décembre au 15 janvier, sur le Juniperus oxycedrus presque partout aux environs de Cannes, où croît cet arbrisseau.

Je fais observer que les deux chenilles en question, bien que figurées sur le Juniperus phoenicea ? n’ont été rencontrées, par M. de Peyerimoff et moi, que sur le Junip. oxycedrus fleuri en hiver, dont elle ronge les fleurs, n’attaquant les feuilles récentes

qu’à défaut de celles-là. C’est en mars que se montre la Phalénite.

M. de Peyerimoff est le premier qui ait obtenu cette Eupithecia de chenille à Cannes; depuis lors, je l’ai retrouvée assez abon-

damment. La Provinciala est voisine des Eupit. Phoeniceata, Rb. et Oxycedrata, Rb , avec lesquelles on a pu la confondre jusqu'à ce jour; mais elle est plus grande et ordinairement lavée de roussâtre sur la surface des quatre ailes.

Il est possible que la Provinciata n'ait qu'une génération; je n'ai toutefois jamais remarqué sa chenille en mai ou juin, époque où on retrouve celle de la seconde éclosion de l’Ory-

cedrat«.

Nothris Senticetella, Stor.

Stett. e. Z. 1859, p. 238. — Ster. et Wocke, 2146.

(PI. 150, fig. 9 à 11)

Bien avant que M. Staudinger n’eût découvert cette Nothris, je la possédais en collection après l'avoir obtenue ex larvä en certain nombre. La Senticetella, qui n'avait été représentée sous aucune de ses formes, a été indiquée comme habitant l’Andalousie; cependant elle appartient à notre faune française.

La chenille n’est pas rare en hiver sur les petites. collines des environs de Marseille, et au bord de la mer à Hyères, en face des îles, où croît abondamment le Juniperus phœnicea. Cette petite larve doit éclore à la fin de décembre et dans les premiers jours de janvier. Si, à cetle époque, on examine avec attention le Juniperus précité, on ne tarde pas à voir certaines feuilles de l’arbrisseau devenues jaunâtres ou d’un vert pâle. En détachant ces feuilles malades, on remarque à leur base . une tres-petite larve d'un vert blanchâtre qui, rongeant le parenchyme de la feuille récemment formée, la fera bientôt périr.

La Senticetella a dù déposer ses œufs au sommet des tiges du genévrier et, lors de l’éclosion des petites chenilles, leur œuvre de destruction commence ainsi que je viens de Pindi-

Eupithecia Lantoscata 403

quer. Dès la seconde ou la troisième mue, l’insecte rongeur lie les feuilles déliées de l’arbuste, vit à leurs dépens et acquiert toute sa grosseur à la fin d'avril. À ce moment, elle est fusiforme, d’un vert clair, avec seize pattes. Pas de ligne vasculaire; les sous-dorsales sont indiquées en vert foncé, et la stigmatale est fine, continue et blanchâtre (). Cette chenille demeure en chrysalide pendant près de quatre mois. Cest done pendant la première quinzaine de juillet que se montre l

INSECTE PARFAIT

Envergure : 12 millimètres. — Les quatre ailes sont allongées, rectangulaires, arrondies à l’apex des supérieures, de couleur argileuse, aspergées de brun et marquées de trois petits traits noirs qui se suivent longitudinalement, et qui sont éclairés de blanchâtre en dessus. Les franges qui sont longues et concolores, sont précédées par une série de quatre petils traits noirs. Les antennes sont concolores et présentent une légère nodosité à la base; le vertex est blanc; les yeux sont gros et noirs. Mais ce qui distingue particulièrement cette petite espèce, sont les palpes dont le second article est hérissé de longs poils soyeux.

Eupithecia Lantoscata, Mill.

Catal. des Lépid. des Alpes-Mar., 2° par. page 201. (PL. 150, fig. 12)

C'est avec la Sextiata qu'elle a le plus de rapports; elle s’en

mm =

(1) Ma description et mon dessin peuvent ne pas être rigoureusement exacts, parce que c'est presque de souvenir que je les fais; mes notes et croquis qui datent de près de quinze ans n'étant pas très-complets.

distingue cependant par plusieurs caractères sérieux, indépendamment de l’envergure plus grande et de la” question des mœurs toujours importante chez les insectes, mais plus particulièrement chez les Eupithécies.

La Lantoscata, qui porte 2? millimètres d'envergure, a le fond des quatre ailes relativement très-clair et lavé de roussâtre au bord interne des supérieures, avec les lignes transverses nettes et bien écrites, lesquelles différent des lignes de la Sextiata en ce que la coudée est moins sinueuse, moins oblique, et en ce que l’angle de l’extrabasilaire et celui de la ligne centrale sont très-aigus. Le point cellulaire existe aux quatre ailes, ce qui n'a pas lieu chez l'espèce voisine. Le thorax participe de la couleur des supérieures. L’abdomen est concolore; il est cerclé de deux anneaux noirs placés, l’un à sa naissance, l’autre aux deux tiers de sa longueur.

Cette Eupithecia éclot au mois d’août et vole assez communément dans la vallée de Lantosque sur des terrains recouverts d’Artemisia chamaemelifolia; ce qui peut faire penser que sa chenille doit vivre sur cette plante.

On sait que la Sextiata, à laquelle je compare la Lantoscata, éclot invariablement au mois d’avril, que sa chenille vit en mai sur le Thymus vulgaris, et qu’elle demeure dix mois en chrysalide.

Eubpithecia Subciliata, Gn.

Il, p. 343. — Stgr. et Wocke, 2798.

M. Guenée, en décrivant cette petite Eupithécie d'Angleterre

« découverte dans le Cambridgeshire par M. Doubleday, » paraît ne pas avoir eu connaissance de sa chenille. Ce même

Acrolepia Citri 405

M. Doubleday, avec son obligeance habituelle, a bien voulu, au commencement de juin 1873, me faire tenir quelques chenilles de cette espèce fort peu connue encore des entomologistes.

Parvenue à sa taille vers le 12 ou le 15 juin, la chenille de la Subciliata est relativement très-courte, atténuée antérieurement, très-carénée sur les côtés, d’un vert un peu jaunâtre, avec les lignes ainsi disposées : vasculaire large, continue, brune et présentant un chevron sur chaque anneau du milieu ; sous-dorsale fine et d’un vert foncé; stigmatale blanchâtre et continue. Tête globuleuse et de couleur testacée. Stigmates invisibles à l'œil nu; pattes concolores. Cette larve, qui rappelle la Pumilata pour la forme, semble vivre uniquement sur l'érable {Acer carnpestre). L'insecte parfait se montre à la mijuillet; il n’a probablement qu’une seule éclosion. On ne l'a pas encore rencontré en France, et il parait assez rare en Angleterre. M. Staudinger lui donne encore pour patrie l’Allemagne centrale et occidentale, mais sa citation est accompagnée d'un point de doute.

Acrolepia Citri, Mill. et Ragonot.

Petites Nouvelles Entom. 1873, n°

(PL. 150, fig. 17 à 20)

Je transcris textuellement la description de la chenille de l’Acrol. Citri, que m'envoie M. Ragonot, ainsi que la relation de ses mœurs.

« Larve : longueur, 9 millimètres, cylindrique, un peu atténuée postérieurement. Gris brunâtre obscur avec les lignes dorsale et sous-dorsales plus foncées, mais peu distinctes; ligne stigmatale plus pâle. Sur chaque anneau, on voit six petits tuber-

cules blanchâätres avec un point central noir, lesquels sont surmontés de poils pâles assez longs. La tête est d’un noir luisant, avec la bouche brune. Le premier anneau, d’un noir luisant, est partagé au milieu par une ligne mince, bianchâtre. Pattes écailleuses d’un brun foncé; dix pattes membraneuses brunes. Cette chenille file un cocon de soie blanche ressemblant à de la mousseline.

« La chrysalide est courte, d’un jaune rougeâtre teinté de verdâtre; la place des yeux est marquée par une tache brune assez grande.

« La chenille vit dans l'écorce du fruit du cédratier. L'œuf est probablement pondu à la surface et la petite chenille pénètre dans l'écorce, faisant des galeries en se dirigeant vers le centre, quelquefois parallèlement avec la surface. Elle ne reste pas toute sa vie dans la même mine; après avoir été un certain temps à l’intérieur, elle sort de la galerie et en pratique une autre dans un autre endroit, surtout entre les rugosités de l'écorce. Le petit trou et les excréments qui s’amassent autour, à la surface, décèlent la présence de la chenille. Le même fruit est attaqué par plusieurs chenilles à la fois.

« Dans son jeune âge, la chenille est d’un blanc verdâtre, la tête est brune et échancrée par derrière. Sur le premier anneau, on voit un petit et étroit écusson noirâtre partagé au centre par une ligne pâle.

« Plus tard elle devient d’un jaune rougeâtre teinté de verdâtre avec les lignes dorsale et sous-dorsales d’un brun rougeâtre. La partie dorsale est en outre tachetée de la même couleur, mais plus pâle entre lesdites lignes. La tête est couleur d'ombre foncé avec la bouche rougeâtre et les ocelles noirs. Sur le premier anueau, on voit un écusson noirâtre avec le bord antérieur pâle, et au milieu une ligne blanchâtre. Sur l'anneau anal, il y a une plaque carrée, noirâtre. Les pattes

Nola Squalida 407

écailleuses sont d’un brun foncé. La chenille se trouve au mois d'octobre, et le papillon est éclos au mois de novembre.

« Les fruits altaqués ont été envoyés de Corse au Muséum de Paris, à M. Alphonse Milne-Edwards, et M. Poujade a eu l'obligeance de me communiquer le papillon et la chenille de cette intéressante espèce.

« E. P. RAGONOT. »

INSECTE PARFAIT

Envergure : 12? millimètres. — Très-voisin pour la coupe

d’ailes de l’Assectella, Z, et de la Vesperella, Z. (Smilaxella, Mill.) Les ailes sont allongées, d’un aspect gris foncé et luisant. Les supérieures sont rectangulaires, à fond blanchâtre, aspergées - d’atomes noirs et traversées par une bande diagonale trèsobscure, laquelle présente vers son milieu un signe noir, en forme de 4 couché, dont la pointe se projète extérieurement. La côte est maculée de noir et le bord interne marqué de deux taches oblongues également noires. Les ailes inférieures sont unicolores. Le dessous est gris, cependant les nervures sont bien indiquées en noir. Thorax et abdomen concolores.

Nola Squalfda, Sigr.

Berl. 6. Z. 1870, p. 102. — Stgr. et Wocke, 671.

(PI. 150, fig. 15 et 16)

Cette Lithoside vient enrichir le genre Nola composé de seize espèces européennes. Si la nouvelle venue ne se distingue pas par sa riche parure, elle n’est pas pour cela déplacée parmi ses congénères qui sont presque toutes de jolis insectes. Le & de la

Squalida mesure 14 millimètres, et la & 17 millimètres. SUT un fond blanc les lignes des ailes supérieures sont fines et se détachent en brun. La base des ailes, l’espace médian, le bord externe en comprenant les franges, sont d’un argileux chaud. Les inférieures sont blanches et, sur les quatre ailes, le point cellulaire existe. On voit encore, au bord de ces mêmes ailes, une série non interrompue de points noirs. Chez la ©, la teinte des supérieures est plus accusée que chez l’autre sexe, mais les ailes inférieures sont également très-blanches.

La Nola Squalida qui est une très-grande rareté a pour patrie les environs de Malaga d’où M. Slaudinger l'a reçue. Il est regrettable qu'on ne sache rien de la chenille qui peut bien, ainsi que celles des Nola Chlamydulalis 1 et Thymula, vivre exclusivement de fleurs de plantes herbacées ou de celles de plantes sous-ligneuses et non de eryptogames comme le pensent encore plusieurs entomologistes.

(1) Je rappellerai à ce propos que la chenille de la CAlamydulalis vit en automne sur l’Odontites lutea dont les tiges grèles ne peuvent jamais être envahies par de petits cryptogames puisque ces tiges se dessèchent entièrement chaque année, après s'être développées en juillet sur les collines les plus chaudes de la Provence. Cependant cette Noa se montre encore très-abondamment en juin et juillet sur les fleurs de Scabieuses de mon jardin, dans la corolle desquelles la chenille se tient sans cesse, pour donner son papillon trois semaines après tout au plus. L'espèce a plusieurs générations, ce qu'on ne savait pas.

Dirai-je encore que ramassant très-petites les cheniles de la No/a Thymula sur le Thym, j'achève de les élever en ne leur donnant que ce dont elles vivent dans la nature, des fleurs de TAymus vulgaris? Les plantes cryptogames n'ont donc jamais été, je voudrais bien qu’on le sache, la nourriture des Nola Chlamydulalis et Thymula comme cela a été affirmé, contrairement à ce que j'ai dit auparavant.

Stemmatophora Corsicalis 409

Stemmatophora Corsicalis, Dup.

p. 306, pl. 230, f. 6 et 7. — Gn. VIE, p. 131. — Mill. Cat. des Lépid. des Alpes-Mar., p. 223.

(PI. 150, fig. 21.)

Cette petite Pyralide a été mal figurée par Duponchel, tellement que MM. Staudinger et Wocke ne l'ont point reconnue chez l'auteur français. Je crois devoir la figurer à nouveau et cela avec d'autant plus de raisons qu’elle est mal nommée dans la plupart des collections. À ce propos, M. Guenée m'envoie une rectification de la description de la Stemmat. Corsicalis « qui avait été faite sur un individu unique.»

« Ailes supérieures étroites, oblongues, prolongées à l’apex et coupées obliquement au bord terminal, d’un gris carné saupoudré d’atomes noirs, avec la côte entrecoupée de points de la même couleur jusqu'à la ligne coudée. Les deux lignes médianes également noires, très-écartées, plus ou moins distinctes, tremblées, mais peu sinuées. Un point noir arrondi entr’elles. Point de subterminale; frange concolore, précédée d’atomes noirs. Ailes inférieures plus claires, tantôt unies, tantôt marquées d’une faible ligne discoïdale avec une série de points noirs précédant la frange, qui est étagée, avec un filet,elair à la racine. Antennes du & à cils courts et égaux, mais bien visibles; celles de la © filiformes. Elle ressemble du reste au &. »

La Corsicalis a deux générations ; elle est particulièrement commune en juin et août dans les lieux ombragés et frais de la vallée du Cannet. Sa chenille qui n’est pas connue doit, selon toute apparence, vivre sur quelque plante annuelle. L’insecte parfait pour échapper aux regards du chasseur a l'habitude de se poser sur la terre nue avec laquelle sa livrée, de couleur argi-

leuse, se confond le plus souvent. Chaque #oirée propice, le réflecteur atlire en grand nombre la Stem. Corsicalis. ;

M. Guenée a recu la Corsicalis de Hyères, et l'a depuis retrouvée au Vernet (Pyrénées-Orientales\.

Obs.— Cette espèce, la plus petite des Stemmatophora, est-elle bien la Corsicalis Dup.? M. Guenée n’en a pas la certitude ne l'ayant pas vue dans la collection Duponchel, mais la figure et la description de ce dernier quoique très-incomplètes lui ont paru s’y rapporter.

Tel n’est pas l'avis de M. Staudinger qui croit reconnaître la Corsicalis Dup. dans la Carnealis de M. Herrich-Schæffer, qui paraît pourtant bien être la vraie Carnealis de Treitschke.

Sans trop s’appesantir sur cette synonymie qui est maintenant bien difficile à établir d'une manière certaine, M. Guenée me fait observer que Duponchel dit dans sa courte description que les antennes sont légèrement ciliées dans le mâle, ce qui ne peut en aucune manière convenir à la Carnealis, tandis que la Corsicalis présente ce caractère d’une manière manifeste.

Au reste, jamais un entomologiste ne confondra désormais ces deux espèces qui n’appartiennent même pas à la même famille. {Voir le Species.)

Stenia Carnealis? Tr.

p. 91. — Herr.-Sch. f. 39-40, p. 13. — Gn. VIIL, p. 246 ‘non Dup.}

(PL. 150, fig. 22 et 23.

Les deux figures que M. Herrich-Schaeffer a données de cette Stenia me paraissent différer d'une manière assez sensible des Carnealis du littoral; je donne à mon tour deux dessins de cette Pyralite

Melanippe Gentianata 411

La Ste. Carnealis n'est pas rare en juillet, aux environs de Cannes, Nice, Menton, Marseille, etc. Ici, on la rencontre sur les terrains siliceux les mieux exposés, parmi les bruyères méridionales, les cistes et les pins maritimes.

La Carnealis ne se mêle jamais aux Corsicalis Dup. ni aux Bruguieralis, lesquelles ne hantent guère que les terrains caleaires.

On n’a encore rien appris des premiers états de ces trois es-

pèces.

La S. Carnealis des Alpes-Maritimes présente une variété remarquable. Cette variété constante est proportionnément plus grande que le type et le nom de Carnealis lui conviendrait mieux, car tandis que le noirätre domine chez ce type, la variété est d'un earné jaunâtre. Ses dessins sont à peu près les mèmes, mais bien mieux écrits et ressortent davantage sur la couleur plus clair du fond. Elle a, comme lui, avant la frange, une série moniliforme de taches blanches qui se détache entre les deux lignes noires. Le dessous se distingue par une très-grande netteté des dessins, surtout aux ailes inférieures, et le point cellulaire noir qui est évidé chez la Carnealis est plein et épais chez la variété(?) Enfin sur les ailes supérieures, ce point est grand et ovale chez la dernière, tandis qu'il est petit et omicroniforme chez la Carnealis. La Q est aussi plus claire que le à auquel elle ressemble, du reste. Serait-ce elle que M. Herrich-Schaefier a figurée n° 40?

Melanippe Gentianata, Mill. et KR. Zeller.

Revue de Zoologie, 1873, n° 1, page 1.

(PL. 151, fig. 1à8)

J'ai dit précédemment quelques mots des mœurs de cette intéressante Melanippe; aujourd'hui, je suis à mème de com-

pléter æ qui restait à connaître de ses premiers états, grâce, je m’emnpresse d’en convenir, à M. Rodolphe Zeller, de Zurich, car cet intrépide ami des sciences naturelles est retourné au mois de juillet 1873 sur les sommets alpestres de la Suisse, et il a pu, cette fois, faire une ample récolte de chenilles de la précieuse Melanippe.

Suivant l'opinion de M. Zeller, la Gentianata doit pondre ses œufs vers la fin de mai sur la Gentiana punctata naissante. Les œufs tardent peu à éclore, mais le développement de la chenille doit être assez long relativement à la croissance rapide des autres chenilles dè ces hauteurs. Parvenue à sa taille à la fin d'août (on la retrouve jusqu'au 20 septembre), la chenille pratique un petit trou dans la capsule de la Gentiane ponctuée, descend à terre et se transforme, soit parmi les racines de la plante, soit dans la mousse du voisinage. Quelquefois elle se métamorphose dans la capsule même dont les lobes se sont ouverts par la dessiccation; mais, ajoute M. Zeller, ce dernier mode de transformation est très-rare.

Au premier abord elle à plutôt l'aspect d’une Tortricide que d'une Phalénite, par sa forme courte, sa couleur livide, et surtout par l’'écusson corné du premier et celui du douzième segment. La méprise serait à peu près certaine si l’on ne tenait compte des pattes qui sont au nombre de dix. Elles sont relativement courtes, principalement les anales; ce qui s'explique puisque cette chenille passe toute Sa vie enfermée dans les capsules d’une plante. Voici sa description : Sur un fond uniformément carné, il n’existe qu’un soupçon de ligne vasculaire; les autres lignes manquent tout à fait. Les points pilifères sont assez bien développés et bruns; ceux des second et troisième

Melunippe Gentianata 413

anneaux se présentent sous forme d’un cercle de points rougeâtres. Les stigmates sont assez grands, blanchâtres et cerclés de fauve. La tête est petite, globuleuse et d’un brun rougeàtre foncé. Les plaques du premier et du dernier anneau sont petites et jaunâtres. Les poils sont courts et bruns. Cette larve paraît se nourrir exclusivement des nombreuses graines de la Gentiana punctata. |

La Mel. Gentianata, dont l'habitat est assez restreint (), à été découverte sur un pic alpestre « voisin du Col Stelvio, à 3,034 mètres d’élévation. » La chrysalide ne présente rien de remarquable; elle est enveloppée de soie d’un blanc grisâtre, et sa forme est cylindrico-conique, courte, d’un vert jaunâtre et lavée de rouge acajou sur les anneaux abdominaux.

INSECTE PARFAIT

Cette Melanippe est assez voisine de l’Abstersaria, H-S., fig. 119-120 (A/picolaria, H.-$S., p. 153), mais elle est plus grande, moins sombre, avec les ailes plus allongées. Les inférieures ne sont pas d’un gris vineux en dessus et en dessous, mais plutôt d'un gris blanchâtre chez les deux sexes. Elle aurait, je crois, plus de ressemblance avec la Melanippe Var. Neapolisata ®) récemment figurée, qu'avec toute autre. Voici la description de cette Gentianata :

Envergure : 25 millimètres. — Les ailes supérieures sont moins prolongées à l’apex que celles de la Æluctuata, mais elles le sont plus que celles de l’Abstersaria. D'un gris blan-

(1) Au dernier moment M. Fallou me mande que cette ReCRRES a été retrouvée aux environs de Célérina.

(2) Ico. Liv. XXX°, pl. 131, fig. 7.

Al4 CHENILLES ET LÉPIDOPTÈRES INÉDITS

châtre lavé faiblement de roux principalement àgla base; ces ailes sont traversées par quatre ou cinq lignes claires, dentées et souvent ponctuées sur les nervures. La plus claire de ces lignes est la coudée qui, partant de la côte, aboutit au bord interne où elle s'appuie extérieurement à un gros point carré et noirâtre; les lignes basilaire et extrabasilaire sont brunes. Enfin, le sommet de l'aile est marqué d’une grande tache foncée qui descend sur la frange jusqu’à l'angle inférieur. Cette frange est précédée, ainsi qu'aux secondes ailes, d’une série de points bruns. Les ailes inférieures sont blanchâtres et teintées de gris-obscur à l'extrémité. Le point cellulaire est petit et à peine indiqué en dessus et en dessous. Les antennes sont filiformes et relativement grêles. Le thorax est, ainsi que l’abdomen, médiocrement robuste.

La © ressemble au &.

Melanippe Oxybiaria, Mill.

Revue de Zoologie 1871-1872, N° 2. -- Ic. III, p. 264, pl. 131. — Mill. Cat. Lépid. Alpes-M. p. 208.

(PL 151, fig. 9.)

Lors de la publication de cette espèce, je n’avais vu que des femelles et ne pensais pas que lé mâle a des antennes pectinées. Dans ce cas la syllabe finale du nom spécifique doit être changée. Cette espèce s’appellera désormais Oxybiaria et non plus Orybiata comme précédemment.

Obs.— Ce caractère important des antennes pectinées chez le & est, pour l’Oxybiaria, un nouveau point de séparation d'avec la Galiata dont, comme je l’ai dit, II, p. 165, elle est assez voisine.

Noduria Hispanalis 119

Nodaria Hispanalis, Gn.

VIE, p. 64. — Mill. Ic. pl. 94. — Mill. Cat. Lép. Alpes-M., p. 247 = Nodosalis, HS. 605 à — Stgr. et Wocke, 2005 = Æthiopalis, HS. 612 ©. «

(PF ‘151, fig. 10 et 11.)

Cette rare Nodaria, dont j'ai publié la figure il y à cinq ans, n’avait point encore été rencontrée en France; je viens d’avoir la satisfaction de la capturer au réflecteur, à Cannes, le 20 octobre dernier.

A la fin de septembre 1872, je recevais d’Espagne six œufs de la Nod. Hispanalis et, si je n’ai pu amener la chenille entiérement à bien, je puis néanmoins dire ce qu’elle est dans sa forme et ses habitures.

L’œuf qui est éclos chez moi, le 3 octobre, est sphérique, légèrement déprimé, blanchâtre et taché de rouge en dessus. La chenille peu après son éclosion est jaunâtre, n’a que deux paires de pattes ventrales apparentes, mais dès la seconde mue, elle acquiert, ainsi que certaines chenilles de noctuelles, les quatre pattes manquant à sa sortie de l’œuf.

L’Hispanalis que j'avais sous les yeux, appartenait à la seconde génération ; cette chenille passe l'hiver et pendant ce temps se retire parmi les feuilles sèches qu’elle ne quitte qu’au premier printemps pour manger de nouveau, et grossir, car jusqu'alors elle est restée assez petite. Elle m'a semblé polyphage et rappelle assez, pour la forme, la chenille de l’Aerminia Crinalis : Ic. IT, pl. 86. Elle est donc atténuée aux deux extrémités, renflée sur le dos, légèrement aplatie en dessous, avec les seize pattes normales et la tête petite. Le premier et le dernier anneau présentent une plaque écailleuse foncée. Sur un fond carné, obscurei

de vineux aux deux extrémités, les lignes vascylaire et sousdorsales sont très-fines, continues et rougeâtres. La stigmatale est plus claire que le fond. Les points ordinaires sont gros et bruns. Enfin, la tête est globuleuse, très-dégagée du premier anneau, et rappelle tout-à-fait celle de l’Herminia Crinalis.

INSECTE PARFAIT

L'Hispanalis Gn. a été réunie par MM. Staudinger et Wocke à la Nodosalis de M. Herrich-Schæffer. Ne connaissant pas cette Nodaria en nature, je ne sais si ces naturalistes ont eu ici raison. Toutefois, je pense que la Nodosalis &, fig, 605, a été peinte d’après un insecte qui avait vieilli en collection et qui était décoloré.

L'Hispanalis & que je viens de retrouver ici est peut-être plus grande que la race des environs de Barcelone ; elle est tout aussi colorée en brun foncé.

Heliophobus KFallax, Sigr.

Berl. e. Z. 1870, p. 116.

(PL. 151, fig. 12 et 13.)

Charmante espèce, plus petite que sa congénère Hispidus, avec laquelle cette Fallax a quelque ressemblance; cependant les dessins des ailes supérieures, chez le &, rappelleraient plutôt l’'Heliop. Hirta (Ie. 6*° Liv. pl. 2) dont la Q est semi-aptere. La Fallax ©, dont l’abdomen est assez développé, doit voler difficilement. Elle est sensiblement plus grande que le &, avec le fond des ailes supérieures d'un brun plus prononcé.

L’Hel. Fallax à été rapportée des steppes de la Russie méridionale.

Collection Staudinger : plusieurs exemplaires & et ©.

Ocenogyna Parasita 417

Ocnogyna Parasita, Hb.

Esp. — God. — Bdv. — Frey.

(PL. 151, fig. 14 à 16.)

Cette Chélonide était considérée comme étrangère à la France jusqu’au jour où je l’ai retrouvée dans les Alpes-Maritimes. Elle n’est pas rare sur divers points élevés des environs de Saint-Martin-Lantosque et de Berthemont-les-Bains. Cependant l'habitat principal de la Parasita semble être Notre-Dame des Fenestres (Italie) qui touche aux deux localités françaises que je viens de citer, et où, en réalité, la chenille-est abondante à la fin de juillet sur la grande gentiane (Gentiana lutea), plante où elle vit à découvert et dont elle ronge les larges feuilles sans toucher à ses nombreuses fleurs.

La Parasita se nourrit bien en captivité, atteint en peu de jours son entier développement et se transforme dans la mousse au commencement d'août. Toutefois, la plus grande partie des nombreuses chenilles que j'avais rassemblées à la fin de juillet 1872, sont mortes en chrysalide.

Cette Ocnogyna rappcile par sa forme, son agilité et ses mœurs, les Chélonides Casta, Plantaginis, Mendica, Sordida et Luctifera. Elle est donc cylindrique, légèrement atténuée sur les premiers anneaux, avec le onzième faiblement relevé. Aux poils fauves dont elle est entièrement recouverte, sont mêlés quelques poils noirs, principalement sur les premiers segments. Les lignes vasculaire et sous-dorsales sont larges, continues ct d’un jaune de Naples. Cette dernière ligne est placée très-bas. Les stigmates sont grands et d’un jaune clair. En dessous, la villosité tourne au gris un peu bleuâtre. La tête est petite, globuleuse, rougeâtre

et luisante. Les pattes écailleuses sont noires et annelées de gris ; les dix autres sont d’un gris bleuâtre.

La chrysalide est assez courte, en forme de barillet allongé, obtuse et très-brune.

Les éclosions que j'ai obtenues ont dû être anormales, puisqu’elles ont eu lieu en novembre et en décembre de la même

année.

Obs.— Le 14 février 1874, j’obtenais d’éclosion une Parasita à, de ces mêmes chenilles recueillies dix-huit ou dix-neuf mois

plus tôl.

Leioptilus Cinerariae, Mill.

(Species nova)

PLIS Me)»

Cette Ptérophoride nouvelle est voisine de la Leiop. Osteodactylus, Z. Je l'en croyais d’abord une simple variété géographique. Voici sa description :

Envergure : 20 millimètres. Elle est d’un tiers environ plus orande que l’Osteodactylus, et la couleur des premières ailes, du thorax et de l'abdomen est toujours d’un jaune de Naples très-pur et nullement coupé de lignes ou de points obscurs qui en altérent l’uniformité, ce qui n’a pas lieu chez l’Osteodactylus où, sur la bonne figure qu’en donne M. Herr. Schaeffer (Pterophoridae, T. 5, n° 29), la liture des supérieures est tachée de brun, avec un gros point de même couleur placé à l’origine de celle-là, indépendamment d’une strie brune au-dessous de l’'apex. Les ailes inférieures sont d’un gris foncé; en dessous les quatre ailes sont grises.

L'espèce ne parait pas varier.

Lycaena Christophi 419

La chenille que je n’ai pu encore me procurer doit vivre sur la Cinéraire maritime /Senecio cineraria), car c’est sur cette plante très-abondamment répandue sur les terrains rocheux de l'île

Sainte-Marouerite que vole cette espèce à la fin de mai et = [ pendant le mois de juin.

Lycaena Christophi, Stgr.

(PL. 152, fig. 2 et 3)

M. le docteur Saudinger envoie depuis quelques années à ses correspondants cette Lycène sous le nom spécifique de Christophi. Je ne vois nulle part l'espèce décrite ou figurée. En faisant représenter les deux sexes de la Zycaena Christophi, je dirai ce qu'elle est.

C'est de l’Argus, L. que cette espèce se rapproche le plus; il pourrait se faire qu’elle n’en fût qu'une variété géographique ; voici ce qui la distingue : Le à diffère de l’Argus par un aspect plus délicat, plus pâle, par le bleu azuré des antérieures plus chatoyant au bord supérieur. Cependant les quatre ailes sont plus élancées que chez sa congénère, desquelles le dessous diffère peu, toutefois les taches ordinaires noires sont plus petites, le fauve des lunules qui borde les inférieures est plus pâle avec le fond gris plus clair. Les palpes, la poitrine, les pattes et l'abdomen sont entièrement blancs, tandis qu’ils sont gris plus ou moins foncé chez l’Argus.

La Christophi @ diffère d'une manière plus tranchée de l’Argus Q dont les quatre ailes sont brunes, lavées de bleu à leur base, avec une rangée de lunules d’un fauve vif qui les borde, tandis que chez la Christophi Q le bleu recouvre presque entièrement les ailes, et c’est à peine si on distingue les lunules fauves. Enfin, le dessous est gris et non plus brun, et les

lunules fauves des inférieures sont petites, très-pâles et accompagnées inférieurement d’un gros point iris à teinte"métallique.

La Christophi appartient à la Russie méridionale, elle paraît avoir les mœurs de la plupart des Lycènes. Sa place doit être, dans les catalogues, après l’Argus.

Eudemis Quaggana, Mn.

Z. b. V. 1855, p. 557. — Stgr. et Wocke, 1024. (PL. 152, fig. 4à 7)

Cette Tortricide, nouvelle pour la faune entomologique frangaise, est encore rare et fort peu connue des lépidoptéristes. Elle a deux générations, vole abondamment en mai et juillet aux îles Lérins, mais plus particulièrement à Sainte-Marguerite parmi les nombreuses Cinéraires qui y sont spontanées et qui nourrissent la chenille. Celle-ci lie les feuilles en mars, et la chenille de la seconde génération réunit, en juin, les jolies fleurs d’un jaune pâle de la Senecio maritima, dont elle ronge les étamines. Cette larve n’a rien de particulier dans ses mœurs ni dans son facies. Elle a seize pattes, une forme cylindrique, est légèrement atténuée aux extrémités, d’un jaune clair mat (1), carnée en dessus, et sans aucune ligne. La tête est cordiforme, d’un marron foncé, ainsi que les pattes antérieures. La plaque du premier anneau est grande, noire et disposée

(1) On n’apprendra peut-être pas sans intérêt que les chenilles de la première génération qui se sont nourries des feuilles de la Cinéraire, en mars (les fleurs n'ayant point encore paru), sont quelquefois d’un vert glauque foncé, (fig. 4), et, le plus souvent, d’un verdâtre livide, tandis que les chenilles qui ont vécu aux dépens des fleurs d’un jaune clair, sont toujours d'un jaune blanchâtre (fig. 5).

Mamestra Siccanorum 491

en croissant allongé; celle du douzième est petite et concolore. La transformation à souvent lieu dans les feuilles réunies en paquet.

L'insecte parfait rappelle, par son facies, la couleur blanche tomenteusé de la plante qui a nourri la chenille. Les quatre ailes sont d’un gris clair; les supérieures sont ornées de dessins hiéroglyphiques bruns dont le principal est une large bande foncée qui, partant de l’apex, traverse l'aile longitudinalement, forme un coude aux trois quarts de son étendue et aboutit au bord interne.

La © est plus grande et plus claire que le mâle.

Mamestra Siccanorum, Ste.

Berl. e. Z. 1870, p. 114. — Ster. Cat. 1295.

(PI. 152, fig. 8)

Jolie Noctuelle découverte depuis peu, laquelle, bien que décrite dans les Annales Entomologiques de Berlin, n’a pas encore été figurée.

Sur un fond de couleur bois, les taches ordinaires sont ceintes de blanc et se détachent nettement, ainsi que la ligne subterminale large, blanche et continue. Les ailes inférieures sont blanches, avec les nervures de couleur argileuse. Les antennes sont filiformes; le thorax est assez robuste et de la couleur des premières ailes.

La femelle m'est inconnue.

La Siccanorum appartient à la Russie méridionale.

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