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Iconographie et description de chenilles et lépidopteres inédits

J'entreprends de publier un deuxième volume de mon Iconographie; mais avant, je dois à mes lecteurs une petite explication.

En commençant ce travail, je donnai au premier volume un titre qui ne s’est pas tout à fait justifié : j'ignorais alors qu'outre la publication de chenilles inédites et de quelques papillons nouveaux , j'aurais à ma disposition un assez bon nombre d’espèces, sinon complétement nouvelles, du moins qui n’ont été figurées nulle part. Je veux parler de Lépidoptères récemment publiés dans des revues suisses et allemandes. Loin de nuire à mon travail, ces nouveaux venus devront certainement lui donner plus d'importance. En eflet , ces insectes décrits depuis peu, l'ont été, pour le plus grand nombre, par des auteurs fort honorablement connus dans la science. Il me suflira de citer M. le docteur de Laharçe, de Lausanne, et M. le docteur Staudinger, de Dresde, qui n’ont pas craint de me confier

des sujets de la plus grande rareté, et dont il n'existait, au moins pour quelques-uns, qu’un seul exemplaire. Que ces Messieurs reçoivent ici l’expression de toute ma gratitude pour leur obligeance.

Cette addition de Lépidoptères, sinon nouveaux, du moins, je le répète, non encore figurés, devrait peut-être entrainer la modification du titre de mon travail, et à la suite des mots : Iconographie et description de Chenilles et Lépidoptères inédits, il faudrait ajouter : ou non encore figurés. Je ne ferai cependant pas cette modification, Car, indépendamment de ce que le titre ancien est déjà fort long et supporterait difficilement d’être encore allongé, il en résulterait un défaut d’uniformité entre le premier et le second volume.

Bien que cette première partie de ma publication m’ait demandé beaucoup de temps, j'espère , si la Providence me le permet, pouvoir fournir un second volume qui, j'ose le promettre, ne sera pas moins soigné que le premier, pour ce qui regarde surtout la partie iconographique.

Toutefois il est juste d’ajouter que je dois des remerciments à deux entomologistes qui, avec une complaisance extrême, m'ont aidé de leurs conseils : à M. A. Guenée, de Châteaudun, la gloire de nos Lépidoptéristes français, et à M. Constant, d’Autun, entomologiste distingué et observateur fort habile. Que ces Messieurs reçoivent aujourd’hui le témoignage de ma vive reconnaissance.

Cleta (1) Reaumuraria, MiLL.

( Species nova.)

Les Cleta européennes, peu nombreuses et fort petites, ne sont représentées que par trois espèces appartenant toutes aux contrées les

oo,

(1) Emmiltis, H.-S. = Acidalia, Tr. Bdv. Led, Ster.

Cleta Reaumuraria. 3

plus méridionales ; elles sont donc demeurées rares, et, par conséquent, sont à peine répandues dans les collections.

Duponchel qui a créé ce genre, ne l’a composé que de deux espèces : l’une d’elles, la Nexata, Hb. (1), véritable Acidalie , exclue avec raison du genre Cleta, par M. Guenée, serait en tout cas assez mal placée après la Vittaria, Hb.

L’auteur du Species qui a augmenté ce genre, tout en lui enlevant la Nexata, l’a formé de six espèces dont trois exotiques. Je viens lui adjoindre une espèce européenne qui me semble avoir tous les caractères des Cleta; elle est tout aussi agréablement parée que ses congénères, lesquelles à cause des jolis dessins de leurs ailes, ont, ainsi que nous le dit M. Guenée (IX, p. 441), un faux air de Fidonia.

Cette nouvelle Phalénite, dont je n’ai sous les yeux que deux femelles, ne porte que 0",020 d'envergure ; elle est cependant la plus grande du genre, y compris les exotiques.

Les ailes de la C. Reaumuraria (2) sont entières ; les supérieures, à apex aigu, ont le fond d’un jaune argileux traversé par trois lignes d’un brun clair, très-distinctes. Sur l’espace médian, dont le centre est occupé par le point cellulaire, on voit une large ligne coudée , ondulée, bordée de noir en dedans et de blanchâtre en dehors. La ligne basilaire est sinueuse, brune et mal définie. La subterminale, bien écrite en brun, très-sinueuse, large, est fondue dans la couleur du fond et finement éclairée de blanc extérieurement. Les secondes ailes, de couleur à peu près semblable à celle des supérieures, sont toutefois d’un jaune, plus chaud ; le dessin des lignes est un peu celui des supérieures.

En dessous, les quatre ailes sont à peu de chose près semblables au dessus : sur un fond plus clair, les lignes brunes sont moins accusées

QE

(1) Je donnerai prochainement l’histoire des premiers états de cette Phalénite , la plus petite sans doute des Géomètres connues. (2) En souvenir du naturaliste français Réaumur.

et l’extra-basilaire a disparu. Le point cellulaire aux quatre ailes est indiqué en brun. Les franges sont médiocrement longues, claires et entrecoupées de brun. Les antennes, assez courtes et moniliformes ; les palpes longs, velus jusqu’au bout et hérissés; les yeux gros, ronds, noirs. Thorax robuste et peu fourni d’écailles concolores. Abdomen gros, conique, brun, entrecoupé de blanchâtre. Pattes de longueur normale, jaunâtres et munies aux tibias postérieurs de deux éperons.

Mon savant ami, M. Guenée, m'a fait savoir qu'il possédait deux mâles de cette Cleta nouvelle, et que ces mâles, en tout semblables à mes deux femelles, bien qu’un peu plus petits, ont les antennes trèspectinées. Ce caractère esi celui de toutes les Cleta.

M. Guenée m’informait en outre que les mâles de la Reaumuraria, devaient provenir ou de l’Algérie ou de l'Espagne. Mes femelles ont été prises aux environs de Montpellier ; je les tiens de M. Daube, qui les a capturées lui-même (4).

Hemerophila (2) Albrupéaria.

Thbg. Ins. Suec. p. 59, pl. 4. — Step. I, p. 489. — Wood, 514. — Gn. IX, p. 218. — Stgr. Cat. 253. — Suberaria, Donov. VIT, p. 91, pl. 251. — Petrificata, Hb. 267. — Tr. IT, p. 65 et sup. p. 209. — Dup. IV, p. 375. pl. 161, fig. 3. — Bdv. 1567. — H.-Sch., p. 77.

(PI. 51, fig. 3 à 3.)

Jusqu'à ce jour on ne savait rien, ou à peu près rien, de l’un des plus beaux genres faisant partie de la grande famille des BOARMIDES de M. Guenée.

es OR RD à Ed. AMOR MERS ee 2 5 CRE

(4) Ce qui précède n’était pas encore imprimé lorqu’il me fut possible de voir en nature un mâle de la Cleta Reaumuraria appartenant à M. Guenée. J'ai pu alors peindre la tête de cet insecte et faire connaître la forme des antennes.

(2) Boarmia, Dup., Bdv., H.-S., Stgr.

Hemerophila Abruptaria. b)

Je suis heureux de pouvoir présenter à mes lecteurs l’histoire complète de deux Phalénites longtemps confondues, comprises dans cette importante famille. Je veux parler des Hemerophila Abruptaria, Thbg. et Nictemeraria, Hb., aussi voisines entre elles par leurs chenilles qu’elles le sont par leurs insectes parfaits; cependant les mœurs de chacune de ces deux espèces diffèrent passablement, ainsi que je vais l’exposer.

La larve de l’Hem. Abruptaria est allongée, atténuée antérieurement, à tête petite et aplatie. Le corps est recouvert de plusieurs caroncules et n'offre pas de lignes bien distinctes. La couleur générale qui n’a rien de décidé est le gris jaunâtre lavé parfois de carné et de bleuâtre plus ou moins obscur sur les denx premiers anneaux, les cinquième et sixième et sur les flancs des derniers. Le clapet anal est peu prononcé et le douzième segment se termine par une double petite pointe.

Les lignes ordinaires, ai-je dit, sont presque nulles. Je n’ai pas vu de trace de la vasculaire. A la place de la sous-dorsale et de la stigmatale, il existe plusieurs traits mal indiqués, géminés et interrompus. Les stigmates sont blanchâtres, petits et cerclés de brun. Le quatrième et le huitième anneau sont munis d’un petit tubercule brun éclairé sur les côtés. Les onzième et douzième segments ont les trapézoïdaux postérieurs proéminents, donnant naissance à un poil raide et court; les deux autres points pilifères n’ont rien de remarquable. Les pattes antérieures sont assez longues, eflilées, avec le dernier article noirâtre. Les quatre postérieures sont concolores ; cependant les deux premières sont barrées d’un trait noir transversal. Le ventre est d’un carné obscur marqué d’une large ligne grise continue du premier au neuvième segment. La tête est petite, carrée, coupée en biseau antérieurement, concolore, chagrinée de brun et éclairée de blanchâtre sur les côtés supérieurs,

C’est à juste raison qu’on peut appeler cette larve et sa voisine, celle de la Nyctemeraria , chenilles en bâton. Leur rigidité est en effet extrême : la chenille de l’Abruptaria, pendant toute la durée du repos, se tient fixée seulement avec les pattes postérieures ; d’autres fois elle appuie la partie antérieure du corps sur la pointe de la troisième paire des écailleuses, tandis que les deux précédentes paires sont étroitement fixées au corps, au point de disparaitre complétement à l'œil.

J'ai trouvé pour la première fois les larves de cette Hémérophile

pendant l'hiver de 1863, sur le Similax aspera, aux bords du Tech (Pyrén.-Orient.) ; cependant j'ai nourri leurs descendantes avec les feuilles et les fleurs de plusieurs espèces de Genista. Une famille entière a été élevée avec la feuille d’un Cytisus exotique que j'avais à Lyon à ma disposition. La génération suivante , la troisième, fut amenée à bien avec la feuille du Jasminum fruticans, L.

À Lyon, ayant toujours trouvé l’insecte parfait dans des prairies plantées de peupliers et de saules, j’ai supposé qu'ici elle se nourrit des feuilles de l’un de ces arbres ou peut-être de celles de tous deux. Par suite de ce que j’ai observé, jai lieu de croire polyphage la chenille de l’Abruptaria. M. Guenée nous dit même que M. Doubleday, d'Angleterre, élève cette chenille sur le tilleul, mais qu'il n’a pas d’autres renseignements (IX, p. 218). Cependant, depuis la publication de son Species, il a élevé, m'’écrit-il, plusieurs pontes de cette Géomètre dont les œufs lui ont été envoyés d’Angleterre, et a observé que l’éducation de cette espèce est très-facile et son accouplement toujours certain.

La mère et le père de plusieurs générations successives de l’Abruptaria obtenues en captivité la même année, après s’être chrysalidés à la fin de janvier 1863, sont, par un heureux hasard, éclos tous deux le même jour, le 6 avril suivant. L’accomplissement de ces deux sujets ayant eu lieu chez moi, j’oblins une ponte d'œufs fécondés : j'en comptai cent vingt-quatre. Ceux-ci sont sphériques, finement granuleux, d’un bleuâtre rappelant la couleur du sulfate de cuivre,

Hemerophila Abruptaria. 7 Douze jours après que les œufs ont été pondus eut lieu l’éclosion des chenilles.

Il est rare que cette espèce se cache dans la mousse pour se chrysalider : c’est presque toujours dans les feuilles de l’arbuste qu’elle tisse une coque légère où elle se transforme en très-peu de temps, puisque, même en hiver, mais cela à Amélie-les-Bains, sept jours lui ont suffi pour opérer sa métamorphose en nymphe.'

La chrysalide est allongée, sans aspérités, d’un brun rougeûtre, luisante, avec l’extrémité abdominale finissant en pointe unique, courte, forte, noire, précédée d’un petit bourrelet brun, granuleux.

Le Lépidoptère éclot ordinairement pendant les premières heures de la nuit.

INSECTE PARFAIT

Envergure : le o’ 0",032 à 0°,033.

— la © 0",036 à 0",037.

Les ailes sont grandes, veloutées, dentées, avec le fond roussâtre. Les supérieures sont traversées diagonalement par une large bande brune, liserée intérieurement par un trait fin, noir et continu. Un autre trait noir plus rapproché de la base, mais moins apparent , traverse également l’aile dans le même sens et limite l’espace médian sur lequel on voit le point cellulaire, petit, rond et toujours bien indiqué. Les secondes ailes, plus dentées que les supérieures , sont ornées d’une large bande brune qui occupe l’espace médian et qui va en s’affaiblissant à mesure qu’elle se rapproche de la base de l’aile. Cette large bande est traversée en entier par un trait noir, fin, festonné, faiblement éclairé extérieurement. Le point cellulaire, à peine marqué, disparaît chez quelques sujets.

La femelle typique est d’un roux plus clair que le mâle; cependant la race des Pyrénées-Orientales m'a offert toutes les femelles avec le fond blanchâtre et les larges bandes d’un vineux obscur, à tel point qu’on croirait voir une espèce différente.

Cette belle Hémérophile, dont les femelles écloses chez moi sont relativement grandes, a plusieurs générations par an; j'en ai compté trois élevées en captivité, et une quatrième arrivera bientôt, puisque je viens d’obtenir un accouplement de sujets récemment éclos à Lyon (du 20 au 25 février), provenant de la troisième génération.

L’Hemer. Abruptaria appartient au midi, au centre et au nord de la France. Elle n'est pas rare en Angleterre, à ce qu’il paraît. L’espèce ne fait point partie de la faune suisse, pays où, chose étonnante, sa congénère la Nyctemeraria, considérée comme essentiellement méridionale, se trouve quelquefois (Laharpe, Phalènes suisses, p. 69).

L’Abruptaria fait partie de la faune de Bordeaux. Elle vole aux environs de cette ville, en avril, juillet et septembre (1). Ce qui vient confirmer mes observations que l’espèce a trois ou quatre générations annuelles.

On la rencontre assez communément dans la campagne de Lyon et particulièremont à Rochecardon, où notre collègue M. Beckensteiner la prend en nombre chaque année.

Hemerophila Nyctemeraria.

Hb. 364-365. — Dup. V, p. 591, pl. 2410, fig. 2 — Frey. I, pl. 78, f. 4. — Tr. Sup. p. 209. — Bdv. 1566. — Lah. 126. — Herr.-Sch. p. 77.—Gn. IX, p. 219. — Stgr. Cat. 254.

Elle est allongée, atténuée antérieurement, rase, d’un gris terreux ou parfois d’un brunâtre clair, et lavée de bleuâtre en dessous. Bien

oo

(1) Catalogue des Lépidoptères de la Gironde, par M. Henri Trimoulet , p. 57.

Hemerophila Nyctemeraria. 9

qu’assez semblable à celle de sa congénère l’Abruptaria, elle s’en distingue : 1° par la tête moins allongée, moins biseautée, pourvue de deux pointes obtuses placées au sommet et éclairées de blanchâtre antérieurement; 2° par le plus grand développement de plusieurs des trapézoïdaux, notamment de la première paire du neuvième anneau; 3° par la présence d’une quadruple caroncule sur chaque flanc du cinquième anneau; 4° par le clapet anal plus développé; 5° par les stigmates, grands, jaunâtres, en ellipse et cerclés de noir. Cette chenille est en outre très-plissée transversalement et ne présente aucune trace des lignes ordinaires. Les dix pattes sont concolores ; les antérieures ont seules le dernier article noir.

Cette espèce, qui ne doit habiter que l'Europe méridionale, vit aux environs de Marseille, de Toulon et d’Hyères sur les divers Genista et Cythisus qui y croissent en abondance. M. Daube l’élève chaque année; après m'en avoir adressé plusieurs individus parvenus à leur taille, 1] m'a écrit qu'il ne rencontrait cette chenille dans la campagne de Montpellier que sur le Juniperius oxycedrus. Elle vit à découvert depuis sa naissance jusqu’au moment de sa métamorphose, et même à cette époque ne descend-elle pas de l'arbre pour se chrysalider. Ellene mange que la nuit ; et, enfin, elle est fort délicate à amener à bien. Du reste même rigidité, même attitude, même immobilité, même aspect aù repos que la chenille de l'Abruptaria. Elle n’est jamais abondante sur les arbustes qui la nourrissent; aussi l’insecte parfait est-il encore rare dans les collections.

Le moment le plus favorable pour la recherche de cette chenille est la fin de mars et le commencement d'avril; mais je ne serais pas surpris que la seconde génération passät l’hiver.

Cette espèce, qui demeure peu de temps en léthargie, se métamorphose dans les feuilles après avoir tissé une coque à claire-voie trèslégère. La chrysalide est allongée, avec la gaîne des antennes saillante. L’extrémité abdominale se termine en pointe robuste légèrement recourbée et tout à fait noire. La couleur générale est le rouge acajou

foncé, mais celle de l’enveloppe des ailes est brunâtre ainsi que celle

des anneaux. L’insecte parfait éclot environ vingt-cinq jours après sa métamorphose. Ordinairement l’éclosion a lieu dans la matinée ; c’est le contraire qui arrive chez sa congénère l’Abruptaria.

INSECTE PARFAIT

Envergure : le ©” 07,033: 07,035.

— la $ 0”,036 à 0,038.

La Nyctemeraria est un peu plus grande que l’Abruptaria, mais elleest moins grande que la figure de Duponchel qui est d’une taille exagérée. Les ailes sont allongées, larges, profondément dentées; les inférieures sont surtout aiguës à l’apex, d’un ton général vigoureux où le brun et le rougeâtre dominent sur un fond gris clair ; ce qui laisse voir une large bande contiguë à la costale qu’elleaccompagne dans toute son étendue. Une très-large bande brune traverse l’aile obliquement de l’apex à la base. Cette bande est coupée par deux traits fins, noirs. Le fond gris clair des inférieures est strié de brun et traversé par un trait fin, noir et ombré de rougeâtre extérieurement. D’autres lignes suivent ce trait caractéristique. Les franges sont unicolores et finement entrecoupées de brun. Le point cellulaire est petit et noir, il n’est visible qu’aux supérieures. Les quatre ailes sont en dessous d’un gris clair, sablées de brun avec la tache cellulaire aux quatre ailes. Les antennes sont fortement pectinées.

La femelle est assez semblable au mâle, cependant les couleurs sont généralement moins acusées.

Cette espèce varie peu ; j’ai toutefois sous les yeux une aberration femelle très-foncée, chez laquelle le brun tend à passer au noir et où le clair occupe un faible espace. L:

La Nyctemeraria, qui éclot en mai et en août, n’a pas, la chose me paraît certaine, plus de deux générations annuelles; elle diffère en cela de l’Abruptaria qui, je l’ai dit, en a quatre.

I n°y a pas plus de quarante ans que cette superbe Hémérophile a été découverte. C’est Hubner qui l’a fait connaître; cependant c’est

Sesia Chalcocnemis. 11

un naturaliste français, M. Lefèvre, qui le premier l’a trouvée en Sicile en 1824 (1).

J'ai dit à l’article précédent que la Nyctemeraria habitait le Haut- Valais et que sa présence en Suisse (2) me surprenait. J’ajouterai que j’ai la crainte qu'il n’y ait une erreur, et qu’à l’exemple de Treitschke, M. de Laharpe n’ait confondu l’Abruptaria avec la Nyctemeraria.

L'auteur de la Faune suisse s'est-il assuré par lui-même que la Phalénite « découverte et élevée chaque année par M. Anderregg » soit bien la Nyctemeraria?

Sesia Chalcocnemis.

Stgr. I, c. p. 322, — Cat. 92.

(PI. 59, fig. 1 et 2.)

Envergure : 0°,019 à 0",020.

Elle est de la taille de la Doryliformis, O.,ou plutôt de celle de la Prosopiformis, O., H. Ld., H.-S. 33, très-voisine elle-même de la Chrysidiformis des auteurs.

Les aïles supérieures sont transparentes avec les nervures et les bords d’un fauve obscur, entre les deux cellules diaphanes, dont la première allongée et triangulaire, et la seconde allongée et relativement petite. Entre ces deux cellules, dis-je, il existe la tache ou bande transversale ordinaire, oblique, noire, précédée d’une teinte faiblement rougeätre. A la base de l’aile et sur le bord interne, cette même teinte se voit remplissant une petite cellule jus-

(1) Dup. VIE, 1re par, p. 553.

(2) Laharpe, Faune suisse, p. 69.

qu’au tiers de sa longueur. Les inférieures sont diaphanes avec les nervures fines, noires et le bord subterminal de même couleur. La frange aux quatre ailes, est longue et d'un roux obscur. À la seconde nervure vient aboutir un petit croissant noir lequel s'appuie au bord supérieur de l'aile. Le dessous est à peu près semblable au dessus, mais les teintes sont moins prononcées. Les antennes sont d’un noir bronzé avec le dessous un peu crénelé. Les palpes, longs, gris, velus. Les yeux gros, luisants et grisâtres. La trompe allongée, ténue et noire. Le thorax robuste, d’un brun irisé et brillant. Pour distinguer cet éclat il faut que les poils nombreux et grisâtres du thorax, chez les individus frais, aient en partie disparu. L’abdomen est assez gros et d’un noir velouté : chaque anneau est séparé par une bande d’un gris bleuâtre irisé. Le quatrième anneau présente un cercle jaunâtre à reflet brillant. La brosse de l’anus est longue, fournie et complétement noire. La poitrine et l’abdomen sont d’un noir velouté ainsi que les pattes. Celles-ci ont le dernier article et les tarses grisätres. Les pattes postérieures sont épaisses ef velues.

Cette Sésie, récemment découverte, n’a point encore été figurée ; elle a pour patrie les environs de Montpellier.

Quant à la race des environs de Cadix que j'ai également fait figurer (PI. 52, fig. 2) et que je désignerai

Var. A.

Je la crois distincte de celle de la Provence, et je pense qu’elle pourrait bien constituer une espèce séparée. Si elle a la taille et la coupe d'ailes du type, elle s'éloigne de celui-ci par des différences peu importantes, il est vrai, mais constantes ; les voici :

1° Les supérieures sont d’un rouge de Saturne qui rappelle toutà-fait la couleur des ailes de la Prosopiformis; ce qui n’a pas lieu chez les sujets ordinaires. |

2 Le thorax et l’abdomen sont caractérisés par une teinte métal-

Atychia Laeta. 13 lique gris-bleuûtre et irisée très-belle. Ce brillant éclat se remarque en dessous des ailes, sur la poitrine et sur le ventre.

3° Enfin, chez aucun sujet provenant de Montpellier, on ne voit le quatrième anneau jaunâtre qui caractérise les individus typiques.

La Sesia Chalcocnemis, type et variété, fait partie du cabinet de M. Staudinger.

Atychia Laeta,

Stgr. Ann. de la Société entomolog. de Stettin, p. 269 (année 1863).

(PI. 52 fig. 3 et 4.)

Cette nouvelle espèce vient d’être décrite, mais elle n’a pas encore été figurée. Le mâle de cette intéressante Atychia a cela de remarquable qu'il s'éloigne très-sensiblement de la femelle par la forme. Plus que chez toutes les espèces congénères, cette femelle se rapproche beaucoup de la Funebris, Feisth, bien que plus petite, et le mâle ressemble assez à la Cassandrella, Stgr.

Cependant le mâle et la femelle de cette Afychia appartiennent à la même espèce. Il est nécessaire de dire que si les mâles de la Laeta volaient abondamment autour de la femelle, M. Staudinger qui a observé ce fait sur les lieux, n’a pu être témoin de l’acte copulatif. Quoi fqu'il en soit, ni l’un ni l’autre de ces sexes n'était connu.

Le mâle de l’Af. Laeta mesure 0",024. Les ailes supérieures sont étroites, presque rectangulaires et d’un jaune paille uni. Les franges sont d’une largeur normale. Les ailes inférieures sont d’un gris fuligineux, sans taches et tranchent avec les franges qui sont d’un jaune paille. En dessous les supérieures sont d’un gris sombre, luisantes avec les bords teintés de jaunâtre. Les inférieures,

d’un gris plus clair que les supérieures, sont aussi plus largement lavées de jaune raougeätre sur les bords. Les antennes, au rebours des espèces congénères, ne sont pas pectinées, elles sont minces et filiformes. La tête est hérissée de poils jaune paille. Le front est blanchätre. Les palpes sont droits, légèrement velus, aigus et assez longs. Le thorax est robuste et garni d’écailles concolores. L’abdomen est effilé, dépassant les ailes, brun et annelé de jaunâtre.

La © mesure 0,020 mill.

Elle est, on le sait, plus grande que l’Atychia Funebris 9. Les ailes sont relativement plus allongées que celles de sa congénère et moins arrondies à la côte des supérieures. Ces ailes sont également plus rectangulaires avec l’apex plus émoussé que chez la Funebris. Les supérieures sont d’un brun noirâtre, marquées de quaire grosses taches d’un gris clair ainsi placées : Les deux premières et les deux dernières, par leur disposition , forment les lignes transversales ordinaires vaguement indiquées; la coudée, à son point de départ, s'appuie à la côte. L'espace médian ainsi limité n'a rien qui le distingue du fond. Les ailes inférieures sont larges, d'un noir fuligineux et sans aucune tache. La frange aux quatre ailes est concolore. Le dessous est d’un gris noirâtre, très -luisant et sans aucune tache; cependant le bord interne des supérieures s’éclaircit un peu. La tête rappelle celle du mâle, seulement les antennes également simples sont d’un tiers plus courtes. Le thorax est d’un brun foncé ainsi que l’abdomen ; celui-ci est long, conique, renflé au milieu avec le dernier anneau plus allongé que les précédents et finissant par un oviducte de plusieurs millimètres de long, un peu tridenté et de couleur ambrée. La poitrine est d’un gris blanchâtre ainsi que les pattes ; ces dernières sont annelées de brun avec l'extrémité noirâtre.

La femelle de la Laeta paraït être d’une grande rareté, puisque M. Staudinger qui a rapporté de son voyage en Espagne, patrie de cette nouvelle Atychia, un certain nombre de mâles, n’a pu saisir qu'une seule femelle.

Cerastis Buæi. 15 Cette espèce a été prise au mois de juillet, volant au soleil, sur un pic rocailleux très-sec, à San-Ildefonso, près de Madrid. Je possède le mâle de l’Af. Laeta. La femelle fait partie du cabinet de M. Staudinger. L'espèce non comprise dans son catalogue devra prendre place après la Cassandrella et porter le n° 119% bis.

Cerastis Buxi.

Bdv. 4180. — Gn. Ind. 242. — Gn. Spe. V, p. 378. — Herr.-Sch. 92-93. — Star. 614 — Orthosia Daubei, Dup. sup. HE, p. 334, pl. 30.

(PI. 52, fig. 5 à 8.)

L'œuf éclot au printemps : la croissance de la jeune chenille est assez rapide et elle ne change pas de couleur, c’est-à-dire qu’elle demeure verte à tous ses âges. Parvenue à son entier développement au commencement de mai, elle est alors rase, médiocrement allongée, atténuée antérieurement, veloutée, d’un vert plus ou moins blanchâtre, et faiblement lavée de rougetre sur le dos et les flancs avec l’écusson du premier anneau concolore et bien indiqué. En outre, tout le corps en dessus et en dessous est strié longitudinalement de vert foncé. Les lignes ordinaires, continues, étroites, se distinguent à peine à l'œil nu. La vasculaire est peu apparente, bien que plus claire que le fond; elle est très-finement lisérée de vert foncé. La ligne sous-dorsale est plus large que la première et faiblement ondulée. La stigmatale, également vert clair, n’est indiquée que sur les incisions. Les stigmates sont ovales et entièrement noirs. Le ventre n’a pas de lignes. La tête est petite, aussi haute que le premier anneau et d’un jaunâtre testacé : les palpes sont longs et les mâchoires brunes. Les pattes antérieures, assez

courtes, testacées; les autres, concolores avec la couronne jaunâtre.

Cette chenille vit exclusivement sur le buis, Buxus sempervirens, L., dont elle ronge les jeunes pousses. C’est vers les premiers jours du mois de mai qu'il convient de la chercher. On ne peut réussir à la trouver pendant le jour, car, ayant les habitudes des Anchocelis de M. Guenée, elle fuit la lumière.

M. Daube, qui chaque année récolte en abondance cette chenille, me mande qu'il la trouve sur les nombreux buis de son jardin, la nuit, au sommet des jeunes rameaux. Pendant le jour elle se fixe au centre des touffes et demeure accrochée aux grosses branches de buis, d’où il est presque impossible de la faire tomber.

Cette espèce est fort délicate et arrive difficilement à bien.

Vers la fin du mois l’insecte s’enterre assez profondément ; toutefois il ne se transforme qu’à la fin de septembre et même plus tard, bien que la principale éclosion arrive en novembre.

La chrysalide est conique, d’un brun rougeûtre, sans aspérités , lisse, luisante et finissant par une pointe très-obtuse sans qu'il y ait vestige de crins ou de crochets. L’éclosion du Lépidoptère, je l'ai dit, arrive en automne, sur l’arrière-saison.

INSECTE PARFAIT

Envergure : 0",033 à 0",035.

Les ailes supérieures sont coupées carrément, festonnées, à bord arrondi inférieurement, d’un ochracé pâle et aspergées d’atomes bruns. Les lignes ordinaires sont très-imparfaitement indiquées ainsi que la tache réniforme et l'ombre médian. Cependant les points terminaux, petits et bruns, sont assez visibles. Les ailes inférieures sont d’un gris foncé et luisantes, avec la frange de la couleur des ailes supérieures. Le dessous est d’un ochracé pâle avec le milieu des supérieures ombré de rougeâtre. Une ligne transversale est assez mal

Chelonia Hebe. 17 indiquée aux quatre ailes. Le point cellulaire est seulement marqué aux inférieures.

Cette Cerastis que, malgré ses caractères constants, certains entomologistes considèrent encore comme variété de l’Humilis ou de la Pistacina, a étè nommée par Duponchel Orthosia Daubei (1).

Il n’est pas extraordinaire de voir la C. Buxi voler encore en décembre, et même en janvier (2).

A ma connaissance elle n’a encore été trouvée qu’à Montpellier ; ausssi l’espèce est-elle demeurée rare.

Il est supposable que les nombreux buis de certaines provinces au midi de l’Europe doivent également nourrir la chenille de la Buxi ; le tout est de savoir la chercher.

C’est encore à l’infatigable M. Daube que nous devons la découverte de la chenille de cette rare Cerastis.

Nouvelles variétés de la Chelonia (3) Kebe.

L.; S. V. — Esp. 34, 1-4. — Hb. 129; 296 ab. — God. IV, 31, fig. 1. 2. — Frr. 458, 3. ab. 632 — Herr.-Sch. 68, ab. — Sig. Cat. 79. ”

Bien que les variétés d'insectes n’aient que peu d'intérêt relativement à la science, souvent elles ne laissent pas d’en présenter à l’observateur, considérées au point de vue de la Tératologie. De plus, il en est qui, par leur étrangeté, ont un puissant attrait aux yeux des naturalistes collectionneurs.

Si les aberrations connues de la Chelonia Hebe (Hb. 296 et H.-$.,

(1) UE. Supp., p. 3314, pl. 30, fig. 5.

(2) M. Daube m'écrit l'avoir trouvée, le 4er janvier, fixée dans la glace d'un bassin de son jardin, où elle avait dû tomber dans la soirée précédente.

(3) Arctia, Stph. Stgr.

68) sont curieuses, les trois variétés que je figure aujourd’hui le sont, bien davantage, je le crois ; la première

Var: UD.

(PI. 53, fig. 1.)

est tout aussi grande que le type. Les ailes supérieures d’un jaune clair ont à peine à la nervure costale, à la base et à l’extrémité de l'aile, quelques taches noires qui indiquent la place qu’occupent, chez les sujets ordinaires, les larges taches noires qui les caractérisent. Certaines taches de rouille placées au sommet de l’aile, et d’autres qui entourent le noir de la côte et celui de l’angle intérieur, se montrent comme délayées sur le fond jaunâtre. Le rose des ailes inférieures est faible, et les deux grosses taches noires du bord postérieur sont bien développées. La frange est plutôt grise que noire. En dessous, les ailes sont différentes du dessus : les supérieures ont le fond plus blanchâtre avec les taches noires de la costale plus développées. Les inférieures, roses à la base et au bord supérieur, ont leurs taches noires plus prononcées qu’en dessus et onten outre deux taches noires cunëiformes, appuyées au bord supérieur. Ainsi que chez le type, les deux colliers existent chez cette variété. L’abdomen ne .présenterait rien d’anormal si le rose n’était un peu sali par le noir. Les antennes, la poitrine et les pattes n’ont rien de particulier. Cette curieuse variété, dont la patrie m'est inconnue, est un mâle. Elle fait partie du cabinet de M. Staudinger.

NS (PI. 53, fig. 2.)

Celle-ci, qui représente un des plus grands exemplaires de la C. Hebe, est une femelle; elle mesure soixante millimètres. Son aspect est des plus remarquables : les ailes supérieures, grandes, larges et parfaitement développées, seraient entièrement d’un noir ve-

Chelonia Hebe, 19

louté uniforme, n’était une bande claire, étroite, flexueuse, trèsétranglée au centre, qui côtoie la frange jusqu'aux deux tiers de son étendue. Cette bande d’un jaune clair est lavée de roussätre sur les bords ; elle est suivie d’un très-petit point qui se détache en roux. Les secondes ailes sont également noires, mais ce n’est plus le velouté mat des supérieures, mais bien un noir fuligineux qui, à certains reflets de la lumière, passe au bleuâtre obscur. A la base, ces ailes sont très-faiblement teintées de carmin qui apparaît en se fondant d'une manière insensible ainsi que ferait, qu’on me passe cette comparaison, un dernier reflet de soleil couchant dans un ciel obscur. En dessous, les ailes supérieures sont également d’un noir douteux et ne présentent plus la bande marginale du dessus que sous forme de cinq points, qui se suivent et qui sont de grosseurs diverses. Les inférieures sont en tout ce qu’elles sont en dessus.

Ce beau Lépidoptère a été élevé de chenille à Montpellier ; il appartient à la riche collection de M. Staudinger.

Var. F.

(PI. 53, fig. 3.)

Si les deux précédentes aberrations de la C. Hebe sont dignes d’intérêt, celle-ci qui est un mäle me paraît en présenter bien plus encore par l’étrangeté de ses couleurs, c’est-à-dire par la différence complète des teintes des deux ailes droites comparativement aux ailes gauches : celles-ci, bien que s’éloignant de celles du type par la coloration, n’ont rien qui doive surprendre ; mais à côté de ces deux ailes gauches, combien n’est-on pas surpris de voir les droites presque entièrement d’un noir fuligineux ! La supérieure gauche n’a de visible que deux bandes transverses jaunâtres, et encore la première de ces bandes estelle étroite et interrompue. Cependant, à la hauteur de ces bandes, on voit vers le milieu une éclaircie roussâtre. Le reste de l’aile est recouvert par le noir plus intense sur les taches que sur les places envahies.

20 | GHÉNILLES ET LÉPIDOPTÈRES INÉDIHS.

Laseconde aile est d’un rose tendre et légèrement enfumée à la base : cé sont les seules particularités qui différencient ces ailes de cellesdu type. L’aile supérieure droite serait tout à fait noire si, en dessous de l’apex, il n’existait une très-légère éclaircie roussâtre. La seconde aile droite serait entièrement fuligineuse si son milieu et la frange du bord interne n'étaient faiblement lavés de jaunâtre. Chez ce sujet, un peu plus petit que le type, le double collier du thorax n’existe pas et l’abdomen est presque entièrement sali par le noir ; le rose cependant se fait jour de chaque côté. En dessous les quatre ailes sont semblables au dessus ; les teintes toutefois sont plus nébuleuses.

C’est, à ma connaissance, la seule variété de Lépidoptère présentant une coloration aussi anormale que celle que je viens de signaler. Je n’ai nulle connaissance du lieu où cette remarquable variété a été prise ; je la crois cependant des environs de Berlin.

Variétés de l’'Arectia @uenselii.

Payk. Act. Hist. Nat. Hafn. IL, 2, p. 99. — Tr. Il, fig. 2 (1791). Hb. 353, p. 5. — Dup. IL, 4, 3, Stgr. Cat. 87. = Sirigosa, F. E. S. II (1794).

L’Arctia Quenselii, qui est encore une très-grande rareté, a été publiée depuis longtemps. Duponchel qui n’avait connu que le mâle en a donné une figure médiocre (Sup. IL p. 54, pl. 4.), copiée sur le seul individu qui existait alors en France et qui était possédé par l’entomologiste lyonnais feu Chardiny. Hubner a donné depuis le mâle et la femelle convenablement figurés (353-355). Je viens aujourd’hui faire connaître quatre variétés de cette Arctia, qui sont originaires, l’une de la Sibérie orientale, et les trois autres du Labrador (Amérique septentrionale). La première de ces aberrations que je désignerai :

Arctia Quenselii, 21

Var fA.

(PI. 53, fig. 4.)

est un mâle ; ce sujet, dont l’envergure est celle du type (0",034) , a les ailes supérieures allongées et de forme rectangulaire. Les nervures qui, chez les individus ordinaires, sont d’un jaune de Naples plus ou moins pàle, se montrent, chez cette variété, d’un jaune d'ocre très-chaud. Les bords, y compris la frange, sont entièrement de la couleur des nervures. Le fond, comme chez les sujets typiques, est d’un noir velouté. Les secondes ailes seraient tout à fait noires si une large bande transverse fortement ondulée et d’un fauve vif ne les partageait. Les quatre ailes en dessous sont la répétition du dessus, mais les teintes sont plus pâles. Les antennes sont faiblement pectinées et noires. Le thorax, médiocrement garni de poils et l’abdomen peu développé, sont de la couleur des nervures ; cependant le sommet du collier offre deux gros points noirs. Le centre des ptérygodes et le haut du thorax sont noirs. Le milieu de l’abdomen est marqué d’une large bande longitudinale entièrement noire; les flancs, sur chaque anneau, Sont également marqués de noir. L’abdomen se termine par quelques rares poils noirs et fauves. La poitrine est noire ainsi que le ventre. Enfin, les pattes sont d’un fauve clair.

Cette variété et les trois suivantes appartiennent à la collection Staudinger.

SVT:

(PL 53, fig. 5.) .

Cette seconde anomalie est aussi une femelle ; elle se distingue par sa grande taille qui mesure 0,035, par les ailes supérieures un peu pius arrondies et par le fond généralement plus noir que chez le type; c’est-à-dire que les parties claires sont toutes étroites. Les nervures , les franges, le bord costal et le bord interne sont, ainsi qu’à l’or-

dinaire, d’un jaune de Naples clair ; seulement cette couleur est nette et nullement maculée. Les secondes ailes sont, ainsi que toutes les franges, d’un jaune de chrôme vif, mais le noir qui contraste avec cette belle couleur est ainsi réparti : une bande festonnée, interrompue, précède la frange; une grose tache noire, triangulaire, appuyée par l’un de ses côtés au bord supérieur, projette un de ses angles au milieu de l’aile. Le dessous des quatre ailes est à peu de chose près la répétition du dessus. Le thorax est très-velu ; il est de la couleur des supérieures. Les taches noires du thorax et de l’abdomen existant chez la Var. À, se reproduisent exactement chez celle-là. J'ai devant moi deux autres aberrations de la Quenselii, mais moins importantes que les précédentes ; la première,

Var. C,

est un mâle. Les ailes supérieures rappellent assez celles du type, mais les secondes sont presque entièrement fuligineuses. Une éclaircie qui longe l’avant-dernière nervure, seule, se détache du fond. Les franges sont blanches. Le dessous des ailes est bien différent du dessus : les dessins, qui sont un peu ceux du type, se détachent en clair sur un fond fuligineux.

La dernière de ces aberrations,

Var. D, est une femelle, elle se distingue par les nervures et les franges qui, presque blanches, se détachent du fond noir des supérieures et du fond fuligineux des inférieures. Le thorax et l’abdomen sont également blanchâtres avec dessins mal arrêtés.

Ogs. Depuis la rédaction de l’article précédent, j'ai été à même d'obtenir de nouveaux renseignements sur cette Arctia, qui, avant peu, ne sera sans doute plus une rareté.

La Quenselii vole dans le Haut-Valais : au mois de juillet dernier

Chelonia Caja. 23 il en fut pris plusieurs exemplaires dans les mêmes lieux où vit la Nemeophila Cervini, FALLOU (Ann. de la Soc. entom. de Fr., p. 23, pl. 1,186%) qui fut retrouvée elle-même cette année en grand nombre, soit à l’état de chenille, de chrysalide ou d’insecte parfait.

Vers le même temps, M. Rod. Zeller, de Zurich, a pris à Celérina (pays des Grisons), plusieurs individus mâle et femelle de la Quenselui. Quelques œufs fécondés de cette espèce m’ayant été envoyés par ce natu raliste, j'ai l'espérance de pouvoir bientôt connaître la larve de cette Arctia, qui doit passer l'hiver et qui, en cela, possède un nouveau point de rapprochement avec la chenille de la Nem. Cervini.

Cependant aujourd’hui, 22 août, au moment où j'allais envoyer ce dernier travail à l'impression, j'obtiens l'éclosion de deux exemplaires de l’Arctia Quenselii, dont un ©” et une © , provenant de deux chenilles que, le 4 août, j'avais reçues de M. Zeller. Ce naturaliste et moi ignorions ce que devaient être ces chenilles; fort heureusement j'avais eu le temps de peindre et de décrire l’une d'elles avant la transformation ; je pourrai donc bientôt, je le répète, faire connaître les premiers états de cette rare Chélonide.

Nouvelles variétés de la Chelonira Caja, Hb.

Il n’est pas, je crois, de Lépidoptères qui varient autant que la Ch. Caja : on comptait, jusqu'à ce jour, sept principales aberrations de cette espèce. Les variétés dont il va être question doivent, à juste titre, rivaliser avec les plus curieuses. La première, qui est un mâle,

Var; (PI 53, fig. 6.)

est d’une très-grande taille : elle mesure jusqu’à 0",062. Voici en quoi elle s'éloigne du type : les ailes supérieures qui ont le fond brun

chocolat, n’ont plus les ruisseaux blanchâtres et sinueux de l’espèce ordinaire ; ils Sont remplacés 1° par une large bande transversale oblique, blanchâtre, placée aux deux tiers de l’aile et présentant au sommet une pointe obtuse, deux pointes antérieures très-aiguës et deux autres pointes inférieures ; 2° par divers points également blanchâtres, situés entre la bande précitée et la base de l’aile à laquelle s'appuie le plus large de ces points.

Il est bon de faire observer que la tache oblique de l’aile gauche n’est pas exactement semblable à celle de l’aile droite. Sur celle-ci la tache se termine bien par deux pointes, mais la gauche, très-déliée, court dans le sens des nervures, et tend à se réunir au point carré de la base de l’aile. Le rouge brique des inférieures se voit encore, mais à la base seulement, sous forme d’une large bande transversale. Le reste de l’aile est occupé par une teinte fuligineuce, avec l’éclaircie au bord supérieur. Sur les secondes ailes on ne voit rien des cinq ou six taches bleues bordées de noir qui caractérisent le type. Les franges sont toutes de la couleur du fond. Le dessous des quatre ailes offrirait le même dessin que le dessus, si le point blanc basilaire et carré n'avait disparu. Les taches et teintes générales sont à peu près celles du dessus, mais cependant elles sont beaucoup plus pâles. Les antennes sont blanches avec les lamelles brunes ; le collier est rouge. Le thorz.x est bien fourni et d’un rouge brunâtre. L’abdomen est d’un rouge brique avec les cinq taches noires transversales ordinaires.

Cette aberration qui a dû être obtenue ex larva fait partie du cabinet de M. Staudinger ; mais je n’en connais pas la patrie.

Var. I.

(PI. 53, fig. 7.)

Un peu plus petite que la précédente, elle est au moins aussi remarquable qu’elle. Envergure 0,057. Sa taille, on le voit, est celle

Fumea Sapho. 25 du type. Les ailes supérieures présentent cette étrange particularité qu’ellesseraiententièrement blanchessi ellesn’étaent maculées de brun en quelques endroits. Dans la première partie de l'aile, on voit quatre gros points de couleur chocolat et de formes diverses, présentant d’une manière imparfaite un carré. Au milieu de ce carré on distingue une petite tache allongée de même couleur, et enfin trois autres très-petits points plus rapprochés de la base de l’aile que tous les autres. Les inférieures sont d’un beau rouge de Saturne, rappelant la couleur du type, avec une petite tache noire en forme d’ellipse entourée de jaune et placée près de la base de l’aile. Enfin, avant d'arriver à la frange qui est d’un jaune clair, on voit uñe ligne de trois points médiocrement gros, également cerclés de jaune. Le dessous des ailes supérieures est semblable au dessus ; cependant les taches ont pal. Les inférieures ont perdu leur brillante teinte rouge et ne sont plus que faiblement carnées : les points devenus brun pâle persistent encore, mais ils ne sont plus entourés de jaune. Le thorax, bien fourni, brun, a également le collier rouge. Les antennes sont blanches avec les barbules brunes. L’abdomen est rouge et présente trois anneaux ou taches allongées, noires.

Ce bel insecte provient de Montpellier où le naturaliste M. Daube Ja élevé de chenille. Il fait partie de mon cabinet.

Fumea (1) Sapho, Mii..

( Species nova.)

(PI. 54, fig. 1 et 2.)

Cette nouvelle espèce tient des Psyche de Schrk, et de certaines Fumea de Haw., telles toutefois que les a groupées dans son cata-

"oo,

(1) Psyche, Brd.

logue méthodique M. Staudinger, de Dresde. En effet, elle se rapporte aux premières par la couleur et la forme des ailes de plusieurs d’entre elles, et t'ent aux secondes par la ténuité des écailles, la texture et la transparence des ailes, et surtout par la composition des fourreaux. Si nous la rapprochons de ces dernières, cette Psychide est voisine des Psyche Pectinella, Brd. (1), et Fumea Suriens. Reutti (2).

Si aujourd’hui je ne considérais plus que comme caractère secondaire la forme des fourreaux, ce pourrait être à côté de ces deux espèces qui sont, je l’ai dit, la première une Fumea de M. Staudinger, et la seconde une Epichnopteryx du même classificateur, que je placerais cette espèce nouvelle.

La grande famille des PsycHines a été, jusqu’à ce jour, si imparfaitement étudiée et présente de si sérieuses difficultés, que je crois bien faire de ne pas assigner de place définitive à l’insecte dont il est question ; je me contenterai de le décrire. Cependant je le crois une Fumea proprement dite ; c’est également l’avis de M. Staudinger qui, ainsi que moi, regarde cette espèce comme inédite, et qui, en. me la procurant, m'a engagé à la publier.

Envergure : 0*,049.

Elle à un peu la coupe de la Proxima, Led. (Ledereriella, Brd., fig. 59.), mais les ailes sont plus allongées et d’un noir moins opaque. Ces mêmes ailes rappellent la couleur de celles de la Fusca, How. (Calvella, Och. Brd.), bien qu’un peu plus foncées. Elle aurait plutôt la forme d'ailes étroites , allongées et sémidiaphanes de la Pectinella, S.-N., bien que près du double plus grande. Les franges sont raisonnablement larges et d'un gris blond. Le dessous est aussi uniforme que le dessus et lui ressemble, Les antennes sont d’un gris

(1) Psyche Surientella? Brd. (Ann. de la Soc. entom. de Fr., 1858, p. 405, pl2).

(2) Epichnopteryx Pectinella, S -V., Stgr.

Typhonia Dardoinella . 27 foncé, longues et brièvement pectinées. Le thorax est grèle et d’un noir de suie. L’abdomen, également grèle, est garni à l'extrémité de poils blonds très-courts. Les pattes sont d’un gris foncé.

Je ne connais pas la femelle.

Le fourreau a la forme de ceux de la Pectinella, S.-V., et de la Perlucidella, Brd. (1), sauf la taille qui est plus grande, Ce fourreau est tubuliforme, allongé, conique, un peu courbé ; il est formé de soie blanche, recouvert de très-petites parcelles terreuses et siliceuses, et présente une texture des plus solides, bien que cédant sous la pression du doigt.

La chenille de la Fumea Sapho m'est inconnue : il est supposable qu'elle vit de graminées ainsi que celles de ses voisines les Perlucidella, Pectinella et Nudella (2).

Cette Fumea, qui provient d'Allemagne, appartient à mon cabinet ; M. Staudinger, de Dresde, en possède plusieurs individus semblables.

Z'yphonia (3) Dardoinella ©, Mi.

On a toujours ou presque toujours tort de publier certaines espèces de Lépidoptères, celles qui sont d’une détermination difficile, alors qu'on n’a vu qu’un sexe. Je viens de reconnaitre moi-même cette

(1) Distincte de la précédente. On a eu tort de considérer l’une comme variété de l'autre. C'est ce que démontrent, d’une part, la taille de chacun de ces deux insectes et, d'autre part, les mœurs des chenilles et l'époque d'apparition de deux Psychides.

(2) L'auteur de la Monographie des Psychides d'Europe ayant trouvé des fourreaux de la Nudella sur les mousses, a supposé que la chenille s'en nourrit (*), ce qui est une erreur : je l’ai toujours rencontrée mangeant dans des prés moussus, des graminées courtes qui y étaient mêlées.

(3) Melasina, Bay.

(*) Monograph. p. 78.

vérité, et, franchement, je conviens que ma précipitation à publier la Psyche Dardoinella (VI liv., p. 318, pl. 37, fig. 8 à 41) m'a gravement induit en erreur à l'égard du genre auquel appartient réellement cette prétendue Psyche.

M. Dardoin vient de m'adresser un Lépidoptère obtenu ex larva, qui doit bien certainement être la femelle de ma Psyche Dardoinella ©’. Je reconnais donc que cette espèce 9, dont j’ai sous les yeux deux exemplaires, n’est point une Psyche, mais bien une Typhonia. Je dois dire cependant, pour atténuer mon tort, que j'ai été trompé par la forme du fourreau en tout semblable à ceux de certaines Psyche (1). |

Les Typhoma, dont la parure est sans éclat, forment, on le sait, un petit groupe d’insectes tranchés, généralement fort recherchés des entomologistes à cause peut-être de leur excessive rareté. C’est à peine si les collections les plus riches possèdent quelques espèces, en plus ou moins mauvais état, de ce genre dont le nombre s’élève à une dizaine, selon Bruaud ; cependant plusieurs de celles-ci ne me paraissent pas authentiquement distinctes.

L’individu que je publie aujourd’hui sous le nom de Dardoinella , est une vraie Typhonia $ reconnaissable aux ailes bien développées, aux antennes filiformes et surtout à l’oviducte.

Voici la description de cette Typh. Dardoinella.

Envergure : 0°,0925.

Elle est, on le voit, tout aussi grande que ses aînées et possède la coupe d’aile dela Typ. Melas, Bdv. (Melanosella, Brd.); mais au lieu d’être entièrement d’un noir brun plus ou moins intense, caractère qui distingue presque toutes les espèces de ce genre, les ailes de cette femelle inédite sont d’un gris chaud, faiblement lavées de

(1) Je me plais à rendre justice au sûr coup-d'œil de M. Staudinger qui, lors de la visite qu’il m'a faite en 1862, avait cru voir dans le & de la P. Dardoinella, malgré la forme exceptionnelle de son fourreau, une véritable. Typhonia,

Typhonia Dardoinella. 29 Carné dans la partie qui longe la côte. L’envergure est un peu plus grande que celle du mâle, et le bord des supérieures, assez aigu à l’apex, est aussi plus large. Les ailes inférieures sont peut-être aussi plus allongées et moins arrondies que chez le mâle. Les taches, stries et atomes bruns qu’on remarque chez ce dernier, existent bien chez la ©, mais leur forme et leur disposition ne sont pas précisément les mêmes. La tache du milieu de l'aile au lieu d’affecter une forme carrée est plutôt rectangulaire et mal arrêtée à ses angles. Celle du sommet de l’aile est assez celle du mâle. Les inférieures sont uniformément d'un gris foncé, mais moins fuligineux que celles du ©. En dessous les quatre ailes sont sans dessins et d'un gris roussâtre uniforme. Les antennes sont courtes, grêles, un peu plus épaisses à la base, et concolores. Le thorax est de la couleur des ailes supérieures. Le corps est assez épais et d’un gris chaud; il se termine par un faisceau de poils fauves, divergents, qui au premier abord dérobent l’oviducte, lequel est court, courbé, coriace, foncé, et qui se termine par une pointe brune qui se dirige en dessous. Aussi pour distinguer cet organe important est-on obligé de retourner l'insecte.

Le fourreau, un peu plus grand que celui du mâle, présente à trèspeu de chose près, la forme de celui-ci.

M. Dardoin qui possède aujourd'hui deux mâles et deux femelles de cette Thyphonia, après avoir agi pour les fourreaux des deux femelles ainsiqu’il a opéré pour ceux des mâles (1), est très-sûr que les deux enveloppes qu’il m'a envoyées, et qui sont identiques entre elles, appartiennent bien à l’espèce que je viens de décrire. Ces fourreaux, récoltés au commencement de juin 1863, ont donné leur insecte parfait dans le courant de juillet suivant.

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