P. MILLIÈRE DIX-HUITIÈME LIVRAISON
Présentées à ‘a Société Linnéenne de Lyon, le 14 janvier 1867)
Gr —
Nemorlia Aureliaria, Mi:.
( PL. 81, fig. 1 à à.)
J'ai publié dans la XIE liv., pl. 55°, fig. 4 et 2, le o* de cette remarquable phalénite, mais alors je n'avais pas la certitude de pouvoir, peu de temps après, découvrir et faire connaître non-seulement la 9, mais encore la chenille de ce charmant insecte, et observer ses mœurs depuis l'instant de sa naissance. Ainsi qu'il arrive très-souvent en histoire naturelle, le hasard m'a mieux servi dans mes recherches que l’obstination que j’ai pu apporter à les poursuivre. Je soupconnais vaguement qu’Aureliaria, que je savais
appartenir à l'Italie, pouvait aussi se rencontrer dans les Alpes- Maritimes, qui touchent comme on sait à ce beau royaume, et dont la végétation est, à peu de chose près, la même. Quoi qu’il en soit, j'éprouve aujourd’hui l'extrême satisfaction de pouvoir, tout en racontant l’histoire complète de la Nemoria Aureliaria, constater sa présence en Frânce, et augmenter ainsi notre faune lépidoptérique déjà si remarquablement riche.
L'œuf, après avoir été déposé et fixé, au moyen d’une matière visqueuse, à l’aisselle d’une petite branche de l’arbrisseau qui doit nourrir la chenille, éclôt dès le mois d'octobre, et la croissance de la petite larve est extrèmement lente; en effet, à la fin de janvier elle n’est point encore à moitié de sa taille. Au moment de sa naissance, elle est d’un blanc jaunâtre, possède dès alors la forme qu’elle aura plus tard ; c’est-à-dire qu’elle a déjà le premier anneau bifide, et qu’elle est carénée sur les côtés. À sa seconde mue, la couleur d’un rouge minium qui caractérise la double pointe du premier anneau, les dix pattes extérieurement et le clapet anal, se montre d’une manière plus ou moins vive. Ce n’est qu'après la troisième mue, qui arrive à la fin de février, que la couleur générale, qui est le vert irès-tendre, se prononce et passe au vert pistache ; la ligne stigmatale est indiquée alors en jaune serin. Parvenue à son entier développement pendant le courant ou à la fin de mars, cette larve est médiocrement allongée, avec la tête petite, un peu rectangulaire et légèrement convexe, à fond vert, avec le sommet lavé de carminé vineux, les ocelles et les mandibules de la même couleur. Elle est au tiers cachée sous le premier segment, qui la dépasse de beau— coup en hauteur. Cette chenille est très-carénée latéralement, avec le clapet anal prononcé en pointe aiguë teintée de rouge minium, d’un vert pistache foncé, et, paraissant, vue à la loupe, aspergée sur tout
+ LL 'ÉÉSRS js 7, à
Nemoria Aureliuria. 191 le corps de nombreux atomes blancs. Des lignes longitudinales, il n’en existe qu’une seule: la stigmatale, qui se prolonge du premier anneau au onzième inclusivement. Cette ligne est large, continue et d’un jaune serin très-franc. Le premier anneau est élevé, bifide et coloré en rouge de Saturne (minium). Les dix pattes sont robustes, longues et vertes; elles sont teintées de carminé vineux extérieurement. Les stigmates sont ovoides, d’un jaune rougeâtre et paraissent saillants. Cette chenille (4) qui est très-délicate, fort difficile à élever, se tient le plus souvent un peu courbée au repos, conserve pendant tout le jour une constante immobilité, et, si on la fait tomber de la branche qui la soutient, elle demeure longtemps sans mouvements. Elle vit à découvert depuis l'instant de sa naissance et se place à toutes les époques de sa vie dans la partie la plus fourrée du Phillyrea angustifolia, L., qui paraît la nourrir bien plus fréquemment que le Ph. media, L. (2). Elle n’attaque que rarement les feuilles et ronge le plus souvent les nombreuses petites fleurs de l’arbuste; mais avant que celles-là ne soient développées, elle dévore les bourgeons, auxquels le dégât qu’elle cause n’est pas appréciable en raison du peu de nourriture que cette larve prend à la fois.
Il n’est pas sans intérêt pour la science de faire connaître un fait unique peut-être parmi les Lépidoptères; c’est que la chenille de cette espèce devient la victime d’une larve de Diptère dans des proportions qui doivent paraître énormes. En effet, près des 9/10 des larves d’Aureliaria, que j'élevais avec un grand soin, après les avoir recueillies à divers âges, m'ont donné ce même Diptère à la place de la précieuse phalénite que j'espérais voir éclore. C’est du
(1) Par sa forme relativement plus courte que celle de ses congénères, elle semblerait s'éloigner de la chenille, sa voisine, la Pulmentaria, Gn., qui est beaucoup plus allongée et que j'espère bientôt faire connaître ; mais elle se rapproche de la chenille la Viridata, L., que j'ai également étudiée,
(2) Je l'ai rencontrée deux fois seulement sur ce dernier arbrisseau. Je ne pense pas que cette arpenteuse vive ailleurs que sur les Phillyrea.
LR es
moins ce que j'ai remarqué cette année (1). ce parasite, Suivant mon collègue de la Société entomologique, M. Bigot, de Paris, auquel je l’ai soumis, ce parasite, dis-je, serait l’Exoritta OEmula, Nuig.
Un second parasite attaque encore cette chenille, mais bien moins fréquemment, c’est la larve d’un petit Hyménoptère ichneumonien (2), alors qu’elle n’est qu’à sa troisième mue.
Quand arrive, du 20 au 30 mars, l’époque de la transformation, la chenille forme, au milieu de l’arbuste et au centre de plusieurs feuilles réunies, une coque à très-claire-voie dans laquelle, après s’être placée perpendiculairement la tête en haut, ou horizontalement, la transformation a lieu. |
La chrysalide est médiocrement longue, conico-cylindrique, sans aspérités, à anneaux mobiles, d’un vert d’eau mat qui blanchit quelques jours avant l’éclosion. La place des yeux est indiquée en brun et celle des nervures des ailes en vert plus foncé, ainsi que l'enveloppe des antennes et celle de la trompe. L’éclosion du lépidoptère arrive vingt-quatre ou vingt-six jours après la transformation , quelquefois au milieu de la nuit, mais le plus ordinairement entre sept et huit heures du soir.
INSECTE PARFAIT ® (3)
Envergure : 0",028 à 0,029.
La © de la Nemoria Aureliaria n'était, je le répète, pas encore connue. Elle est sensiblement plus grande que le o* ; mais sauf cette différence d'envergure, la forme des ailes est à peu de chose près la
(1) J'ai de la peine à croire, je dois l'avouer, que chaque année cette larve soit ainsi décimée par cet ennemi de sa race.
(2) Notre collègue, M. le docteur Sichel, de Paris, me mande que c’est le Microgaster reconditus, Nees.
(3) Le & a été décrit à la page 37 du 2° volume de mon Iconographie.
Nemoria Aureliaria. - 193
même, et sa couleur, le vert bleuâtre velouté (1), tout aussi vive que chez l’autre sexe. L’apex prolongé des supérieures existe presque aussi prononcé, ainsi que l’angle anal des inférieures. Cependant la ligne blanche transverse, très-étroite, est encore plus imparfaitement écrite que chez le ©"; cette ligne est presque imperceptible aux inférieures. La côte est légérement teintée de fauve. Le dessous des ailes diffère du dessous du ©; il est vert ainsi qu’en dessus, avec des reflets clairs. On ne voit pas de lignes, si ce n’est un imperceptible filet oblique d’un vert obscur. Les antennes sont ciliées, et à hampe légèrement foncée. Les palpes ne dépassent pas le front. La tête est verte, et le vertex est d’un blanc pur. L’abdomen est gros, conique, renflé au centre, vert en dessus, blanc satiné en dessous: la poitrine est d’un blanc pur et les pattes sont légèrement fauves. Les tibias ne portent aussi qu’une seule paire d’éperons fauves.
La N. Aureliaria à un vol timide et incertain. Bien qu'on la rencontre sur les coteaux les plus chaudement exposés des environs de Cannes, ce n’est guère qu’au centre des bois, dans le calme parfait des tièdes soirées, qu'on a l'espoir de voir voler cette phalénite, que ses habitudes mystérieuses ont bien pu jusqu’à ce jour soustraire aux recherches des entomologistes, car elle n’est pas absolument rare aux environs de Cannes, et sans doute sur tout le littoral de la Méditerranée, dans la région des Phaillyrea, qui est celle des oliviers. L'espèce cependant se cantonne; elle n’existe pas toujours où croissent ces élégants arbrisseaux. Il convient de la chercher aux environs de la ville, dans le voisinage du château du Rocher, sur les hauteurs
(1) Je crois devoir citer un fait qui peut paraître anormal chez les espèces du genre Nemoria et chez celles des genres voisins. L’insecte parfait, au moment de V'éelosion, se montre, et cela tant qu'il n’est pas mort, d’un vert plus foncé et qui ressemble pez au vert blerâtre qui, para’t-il, ne se prononce et ne devient plus clair que par site de la dessication de l’insecte. Cette belle couleur, privée de l’action de la lumière, demeure inaltérable; fait dont on a la preuve à la vue de la première de mes Aureliaria, collectée depuis bientôt vingt ans.
Annales de la Société Lianéenne. 13
de la villa Henriette et sur les collines très-bôisées qui dominent la Bocca. C’est bien vainement que j’ai cherché, à diverses reprises, sur les Phillyrea qui abondent à l’île Sainte-Margurrite, soit la chenille, soit l’insecte parfait. Je crois le lieu relativement trop bas, bien qu’en toute saison, d'une température plus élevée que sur les rivages VOISINS.
Selon toute vraisemblance, la N. Aureliaria n’a qu'une génération.
Obs. Longtemps après que la dernière Aureliaria était éclose, près de trois mois, une chenille retardataire de cette espèce, parvenue à toute sa taille, vigoureuse et bien portante, élevée en plein air sur an Phllyrea du parc de Lyon, n’était point encore transformée. Rien n’annonçait que ce sujet, qu’une cause accidentelle a fait périr, fût attaqué par un parasite, cependant il ne paraissait pas disposé à changer d'état. À quelle cause attribuer ce retard anormal qui aurait pu se prolonger longtemps encore? Prouverait-il pour Auwreliaria une éclosion sutomnale ?
ÆZelleris Pissliyrella, Micr.
(Species nova.)
(PI. 81, fig. 6à 8.)
Il suffit souvent qu'un arbre, un arbrisseau, ou une plante herbacée qui croissent spontanément dans les lieux qui leur sont propres, nourrissent peu de larves, ou même paraissent n’en nourrir aucune, pour que certains entomologistes s’obstinent à explorer ces végétaux. Les Phillyrea, par exemple, arbrisseaux aux feuilles persistantes de l’Europe méridionale, sont généralement considérés comme n'étant jamais attaqués par des larves de lépidoptères. Le Phillyrea angustifolia, L., nourrit cependant plusieurs espèces de
Zeileria Phillyrella. 193
| chenilles, mais elles sont, je dois l’avouer, restreintes en individus. Il faut chercher avec une certaine perséverance pour réussir à ren— contrer, en outre de la chenille de la N. Aurceliaria, celle d’une tinéide inédite, la Phillyrella, que je réunis au petit genre Zelleria, créé par M. Stainton.
Elle éclôt à l’époque où commence à bourgeonner le Ph. angustifolia qui la nourrit (4), c’est-à-dire vers le 15 ou le 30 janvier. Elle grossit assez vite et atteint son entier développement dès la fin de février. A ce moment, elle est allongée, presque cylindrique, un peu aplatie en dessous, d’un vert clair, avec la région dorsale d’un vert foncé et les lignes sous-dorsales d'une teinte légèrement vineuse. La plaque du premier anneau est partagée par un sinus étroit et clair. La tête est cordiforme, d’un jaune testacé, avec les ocelles à peine indiqués. Les pattes écailleuses sont vertes; les huit ventrales et les deux anales sont concolores. Les stigmates sont à peine indiqués; les trapézoïdaux ne sont visibles que lorsque la chenille a pris, sur la région dorsale, une teinte vineuse plus ou moins prononcée; ce qui arrive ordinairement lorsque l1 chenille est sur le point de se métamorphoser ; ces trapezoïdaux se détachent alors en clair sur le fond.
Cette petite larve est d’une extrème vivacité et rappelle les habi- - tudes de certaines Tortricides : elle vit isolément, lie plusieurs feuilles de la plante, se tient au centre pendant le jour ; mais elle en sort la * nuit pour accomplir son œuvre de destruction en dévorant les bourgeons du Phillyrea angustifolia à l'exclusion des feuilles. Parvenue à toute sa grosseur, cette chenille descend de l'arbrisseau et forme
(1) Ce n’est que bien rarement que j'ai trouvé cette petite larve sur les Phil: lÿrea media, L., et latifolia, Lam.
à sa base, entre deux feuilles desséchées, une double coque fusiforme, en soe opaque d’un blanc mat, mince et forte cependant, et s’y tra:sforme bientit. Très-souvent aussi, la chenille place sa coque sur une feuille du Phillyrea, dans le sens de la longueur de cette feuille. La chrysalide est méd'ocrement longue, d’un jaunâtre argileux, avec la place des yeux bien indiquée en brun. Le petit lépidoptère éclôt cinq à six semaines après la formation de sa chrysalide, plutôt dans la soirée qu’à tout autre instant.
ÆEphyra Pubpillaria, Hs.
Var. Gyraria, Dup. V, p. 31, pl. 127, fig. 3. — Bdv. 1827. — Gn. 662. — Stgr. Cat. 148. — Sparsaria, Hb. 327.
Elle est cylindrique, très-faiblemeut carénée, à tête aussi large que le cou, aplatie en avant, faiblement bifide au sommet, entièrement d’un vert pomme un peu clair en dessus, excepté le sommet de la tête, les dix pattes et le clapet anal, qui sont d'un carminé plus ou moins obscur; le reste de la tête est toujours teinté de jaunàtre. Des trois lignes ordinaires, on ne distingue que la sous-dorsale, qui est étroite, interrompue et d’un vert jaunâtre; les incisions sont aussi de cette couleur claire. On voit en outre quelques poils courts, lins et bruns ; les stigmates sont ovales et rougeätres. Le dessous n'a pas de lignes. Vue à la loupe, cette chenille parait comme aspergée de nombreux points blanchâtres. Elle varie en jaune citron, en jaune canneile, en vert obscur, en brun et en rougeàtre plus ou moins clair. Ces variétés, relativement rares, indiquent le plus souvent des chenilles malades et qui sont devenues la proie d’un parasite, L’habitude
ro»
Ephra Pupillaria. 197 decette arpenteuse au repos est de tenir la partie antérieure de son corps, courbée en demi-S, et de demeurer immobile pendant tout le jour, fixée seulement par les pattes anales.
La chenille de la Gyraria, Dup., vit dans tout le midi de la France sur plusieurs expèces d’arbres et arbrisseaux ; ceux qui la fournissent le plus ordinairement sont les Cistus monspeliensis et salviæfolus, le Myrtus communis, le Phillyrea angustifolia, \' Arbutus unedo et divers Quercus. Elle demeure toujours à découvert, ne mange que la nuit, et n’attaque jamais que les feuilles, contrairement à certaines chenilles arboricoles qui ne se nourrissent que de la fleur. On la trouve toute l’année, aussi bien pendant la belle saison que pendant l'hiver ; cependant, en décembre et janvier, sa croissance est beaucoup plus lente qu’à toute autre époque. |
Le mode de transformation de cette chenille, qui est celui de tous les Ephyra, est des plus singuliers; tout le monde le sait.
La forme de la chrysalide est tronquée carrément par en haut, entièrement d’un vert foncé un peu bleuâtre, avec des lignes claires et déliées sur la carène et le bord de l’enveloppe des ailes. Vue à la loupe, on la dirait aspergée de blanc et de noir sur un fond vert clair. Les deux pointes supérieures et la pointe anale sont légèrement car— minées ou vineuses. La chrysalide d’une chenille qui a presenté une couleur anormale se ressent de cette couleur. L'état de la nymphe dure, au printemps, de quatre à six semaines; en hiver, cet état se prolonge beaucoup plus.
INSECTE PARFAIT
Cette Gyraria de Duponchel ne doit être en réalité qu’une des nombreuses variétés de la Pupillaria, Hb. fig. 69; et je crois même que les Gyrata, Hb. fig. 434 et 543, ne sont que des variétés de la Pupillaria, qui, ainsi que j'ai pu m'en convaincre, en élevant de nombreuses chenilles de cette Ephyra, varie énormement, depuis le
type de cette variété constante qui est, non hs fig. 3 de la pl. 172 de Duponchel, mais plutôt la mienne, pl. 81, fig. 41 (4), jusqu'aux sujets qui sont d’un rouge ochreux foncé (Hb. fig. 543, et Iconog. Mill. pl. 81, fig. 42) en passant par toutes les nuances intermédiaires.
J'ai rencontré très-abondamment les variétés de la Pupillaria aux environs de Hyères, de Cannes et d’Amélie-les-Bains. Je ne l'ai jamais vue à Celles, dans l’Ardèche, si riche cependant en lépidoptères du Midi.
Le type (2) et toutes les variétés de cette Ephyra volent, en Provence, dans les mèmes lieux.
M. Guenée a pris abondamment la variété B. à Biarritz, en juin, et M. Ledérer a rapporté quatre individus de Beyrouth, qui ne différent en rien des nôtres (Gn.).
Je crois que la Nolaria, Hb. (Sparsaria, Hb. 327) est une variété de la Gyraria, car j'ai obtenu des sujets presque identiques dont les chenilles avaient vécu sur le Cistus monspeliensis.
Obs. En terminant, je me demande si cette Eph. Pupillaæria et ses nombreuses variétés ne seraient pas, en réalité, des variétés et sous— variétés locales de Ja plus anciennement connue des Ephyra, la Punctaria d’Albin, fig. 82, dont la chenille commune partout dans les bois de chêne, excepté en Provence, ressemble tellement à la chenille de la Pupillaria, qu'on ne pourrait peul-être pas distinguer ces deux larves en comparant celles-ci en nature.
(4) Cette figure représente bien certainement les individus les plus nombreux de la Gyraria Dup. qui, je le répète, n’est qu'une sous-variété de la Pupillaria des auteurs. ‘
(2) La Pupillaria type est assez rare dans le Midi; mais c'est la seule qui existe dans le Lyonnais.
de à
Psecadix Funerella. 199
Psecadia Faunerella, Far,
Hub. fig. 85. — Tr. — Dup. pl. 285, fig. 5. = Funerea, Haw. — Stgr. Cat. 1374. (Var. Canuisella Mie.) (1).
(PL. 81, fig. 13.)
Voici une variété qui est des plus constantes, aussi lui ai-je imposé un nom, celui d’une ville aux environs de laquelle je l’ai prise en certamm nombre, à la fin de mars 1866.
Cette Psecadia, qui au vol ressemblait assez à un Diptère ou à un Hyménoptère, ne quittait pas un emplacement restreint couvert d'Arundo donax et de nombreux pieds de l’Aristolochia rotunda, L., la même plante, on le sait, qui nourrit la chenille de la jolie Thais Hypsipile. Cependant je n’ai pu remarquer un seul pied du Symphytum officinale,L. ou autres Borraginées qui, on le sait encore, nour— rissent la larve de la Pse. Funerella type. Jusqu'à ce que la chenille de la variété dont j'ai recueilli plus de cinquante exemplaires ait été trouvée et reconnue pour appartenir à la Funerella propre, jusqu'alors, dis-je, il ne me sera pas absolument prouvé que cette variété n’est point une espèce distincte. En attendant, toutefois, je ne la considère que comme variété constante.
La Psecadia Var. Canuisella à, il est vrai, la taille et la coupe d’ailes de la Funerella type, bien que me paraissant d’une envergure un peu moins grande ; mais ce qui frappe tout d’abord chez cette race
(1) De Canuis, indiqué dans diverses chartres du Moyen-Age; non primitif de Canne:, d'après l'abbé Alliez qui, dans son beau livre Cannes el les rivages environnants, p.213, n’admet pas que le nom moderne de la ville soit dérivé de Cannis,
200 CHENILLES ET LÉPIDOPTÈRES iNÉDITS.
provençale, ce sont les ailes inférieures, qui sont toujours ou presque toujours entièrement d’un noir mat profond, tandis que chez l’espèce ordinaire, le sommet de l’aile seul est enfumé et le reste est d’un blanc pur et satiné.
D'autre part, la tache blanche de la côte, à l’aile supérieure, disparaît le plus souvent, en sorte que cette aile, dont le côté interne est seul marqué de blanc, a un tout autre aspect que chez les Funerella ordinaires. Quelques exemplaires cependant se montrent avec les ailes supérieures semblables à celles du type, tout en conservant les inférieures invariablement noires. Le reste du Corps n’a rien d’anormal.
J'ignore si cette intéressante variété a plusieurs générations.
Nicra Hismanmighoffens, Mic.
(Species nova.)
(PL. 82, fig. 1 et 2.)
Ce joli lépidoptère inédit, un des plus élégants qui se puissent voir parmi les espèces européennes, nous a semblé, à M. Guenée et à moi, constituer un petit genre très-voisin des Micra. Je pourrais et devrais peut-être former pour cette noctuélite un genre séparé ; mais comme la chose ne me paraît pas rigoureusement indispen— sable, je laisserai provisoirement ce lépidoptère parmi les Micra propres.
Cette espèce, ainsi que la plupart de ses congénères et plusieurs Anthopbhilides, a la forme d’une Pyrale; elle ne ressemble par sa livrée à aucune autre et ne saurait prêter à la confusion ; cependant sa coupe d'ailes rappelle assez celle des Micra Viridula, Gn. Elychrysi, Ramb. Dalmatina, Herr.--Sch. et Parva, Hb. Voici sa description.
Envergure : 0",018 à 0",019.
Les ailes supérieures sont bien développées, aiguës à l'apex, à
Micra Himmighoffeni. 201 lignes peu distinctes, sauf la double bande précédant la frange, qui cest très-large et.vivement indiquée. Le fond de ces premières ailes est d’un jaure luisant clair qui se prononce d’autant plus qu'il se rapproche davantage de la bande subterminale; celle-ci se présente ainsi: elle est large, épaisse au centre, aiguë aux extrémités, part de l’apex, cotoie la frange et aboutit au bord interne; cette teinte foncée est due à une agglomération de petits points noirs placés sur la limite extérieure. Cette bande est en outre lavée au bord d’une teinte ochreuse très-chaude. Sur le fond de l'aile se détache une large bande centrale oblique d’un blanc satiné, partant de la seconde nervure pour aboutir au bord interne. La côte est d’un blanc satiné pur et luisant. La frange très-large est d'un gris foncé. Les ailes inférieures sont entières, assez larges, médiocrement longues, et sans lignes ni points; elles seraient d’un blanc pur si elles n’étaient légèrement teintées de gris au bord subterminal et de jaune clair à la frange ; celle-ci est également très-large. En dessous les premières ailes sont d’un gris clair, luisantes, n’ayant nulle trace des lignes du dessus, mais cependant avec les nervures distinctes. Les inférieures sont d’un blanc moins pur qu’en dessus. Les antennes sont courtes, finement pubescentes et d’un jaune rougeàtre. Les palpes sont assez longs, horizontaux, plumeux et d’un blane pur. Les yeux sont gros, saillants, d’un gris foncé, avec le centre rougeâtre. Le front est blanc, le thorax convexe, globuleux et bien fourni de plumules blanches. Les pattes sont d’une longueur normale, blanches et luisantes. L’abdomen est mince, allongé, d’un blanc pur et luisant. é e
La © est un peu plus grande que le o"; elle lui ressemblerait tout à fait si elie n'avait les antennes un peu plus courtes, et filiformes, l’abdomen renflé au centre et aigu à l’extrémité.
C'est aux soins d’un chasseur infatigable, M. Himmighoffen, de Barcelone, à qui la science est redevable de la connaissance de plusieurs lépidoptères inédits, et de celle d’un grand nombre d’espèces rares qu'il a répandues dans les collections françaises et étran—
gères, que nous devons de posséder cette Micra nouvelle. Je la lui dédie en souvenir de son dévoñment à l’'Entomologie.
La Micra Himmighoffeni à pour patrie les environs de Barcelone (Espagne). C'est, m'écrit M. Himmighoffen, sur le versant méridional du Montjuich, rocher calcaire situé aux portes de la ville, qu'ont été pris en Juillet, au milieu d’une végétation herbacée, plusieurs exemplaires de cette jolie Micra. L'année suivante, M. Himmighoffen retrouva en mai, deux individus de cette noctuide en un autre lieu, sur une petite montagne élevée de 450 mètres, d’où il les fit partir d’un buisson de Quercus coccifera. Cependant il suppose que la chenille de cette Micra, qui a deux générations, doit vivre sur quelques plantes basses, telles que Plantago, Helichrysum ou Scabiosa, qui sont assez abondants dans les lieux très-secs d’ailleurs où a été trouvé l’insecte parfait, lequel, ainsi que ses congénères, a le vol très-vif et court, et qui, après s'être posé contre une tige, se retourne rapidement et demeure immobile, la tête-en bas.
Je placerai la Micra Himmighoffeni après la Parva du Species général, et, en attendant que sa véritable place lui soit assignée, elle portera dans cet ouvrage le n° 1037 bis, et. dans le Catalogue Stgr., le n° 830 bis.
Mon cabinet ; deux exemplaires © et 9.
Hypotia Corticalis, W.-V.
B. 22. — Hb. 137. —,155. — Tr. p. 152. — Dup. p. 147, pl. 233, fig. 8 — Zell. p. 593. — Herr. — Sch. p. 120. — Gn. p. 132. — Stgr. Cat. 4.
(PI. 82, fig. 3 et 4.)
Voici une Pyralide d'autant plus intéressante à connaitre sous ses premiers états qu'on ne savait à peu près rien de ses mœurs, si ce
Hypotia Corticals. 203
n'est que l’insecte parfait vole dans les lieux très-sees du midi de l'Europe. Je viens de découvrir la chenille près de Cannes (Alpes- Maritimes) ; l'espèce appartient désormais à la faune française.
Après être demeurée fort longtemps à grossir, elle n’est parvenue à son entier développement que pendant le courant de mai. Elle reste plusieurs semaines dans cet état avant d’en changer. Elle ressemble assez alors à la chenille de la Pempelia Albiricella, Fis. (Euphorbiclla, Z.) que j'ai figurée et décrite (I vol. p. 459). Ainsi que cette larve, celle de la Corticatis est assez longue, cylindrique, à peine carénée, généralement d'une teinte obscure, n'ayant pour toute ligne qu’une très-large vasculaire continue du premier au onzième segment. La tête est cordiforme et foncée, ainsi que les pattes écailleuses ; les membranes sont de la couleur du ventre, qui est d'un terreux obscur et uniforme. Les stigmates sont blanchâtres et cerclés de brun. Les trapézoïdaux et autres points pilifères donnent naissance à des poils médiocrement longs assez apparents.
Cette chenille vit à l'ile Sainte-Marguerite, sur l’ÆEuphorbia spinosa, L., plante sous-ligneuse fort abondante sur les rochers calcaires de la partie méridionale de l’île. Elle lie les feuilleset les petites branches de la plante, au centre desquelles cette larve demeure immobile tout le jour, et d’où elle sort pendant la nuit pour manger. Sa croissance est fort lente et son genre de vie rappelle un peu les habitudes de la chenille d’Albiricella ; cependant j'ignore si, dans leur jeunesse, alors qu'elles n'ont pas subi leur troisième mue, les larves de la Corticalis vivent en famille sous une toile commune, ainsi qu'il arrive pour celles de la Pempelia Albiricella. La transformation a lieu en terre. L'éclosion de l’Hypotia Corticalis arrive en été pour la première génération, en admettant qu'elle en ait deux.
Les chenilles dont j'ai fait l'éducation sont écloses dans l’appartement, du15 au 20 juillet. Si, comme c’est bien supposable, l'espèce a deux éclosions , la seconde génération doit subir toutes ses phases dans l'éspace de quelques semaines.
INSECTE PARFAIT
Envergure : 0”,017 à 0°,018.
Les ailes sont passablement allongées: les supérieures étroites , presque rectangulaires , faiblement aiguës à l’apex, à lignes larges, brunâtres, liserées de blanc pur extérieurement, très-distinctes, mais non parallèles, et reposant sur un fond de couleur testacée. La ligne coudée, qui est très-tortueuse, commence non loin de l’apex, forme un large sinus arrondi, et vient aboutir au bord interne, au tiers de son étendue. Six traits noirs terminaux précèdent la frange. Le point cellulaire existe, mais il est fort petit. Les ailes inférieures sont bien développées, griseset n’ont pour tout dessin qu'une trace de ligne subterminale. Le dessous est uniformément gris. La coudée seule se soupçonne aux quatre ailes; cependant le point de départ de cette ligne est à la côte largement indiqué en clair. Les antennes sont courtes et garnies de cils égaux. Chez la Q, les antennes sont filiformes et l’abdomen est crêté latéralement.
Cette rare Pyralide n’avait, jusqu’à ce jour, été rencontrée qu'en Corse, en Sicile, en Hongrie, en Espagne et à l’île de Crète.
Il est bien supposable que l’île Sainte-Marguerite n’est pas le seul point des environs de Cannes, où peut se rencontrer l’Hypotia Corticalis. \
Acidäiia Mediaria. 20
Acidalia Mediaria, Hs.
Fig 502. — Evers. p. 374. — Bdv. 1914. — Herr.-Sch. p. 21. — Gn. 856. — Sigr. Cat, 43.
Par la forme générale, elle se rattache au groupe des larves des Acidalia Incanata, Straminata (1) et Dorycniata, Bell.; cependant celle de la Mediaria est relativement plus courte, avec une livrée plus obscure. C’est encore une de ces petites chenilles qui sont des plus sobres, et dont la croissance est fort longue. En effet, éclose en juillet, elle passe à l’état de larve la fin de l'été, l'automne, l'hiver et la plus grande partie du printemps. On ne savait absolument rien de ses mœurs. Parvenue à toute sa grosseur vers les premiers jours de juin, cette chenille est alors médiocrement longue, atténuée antérieurement, à peine carénée sur les côtés, très-plissée, d’un gris obscur. Une large vasculaire brune et continue règne à partir du premier segment. La ligne stigmatale, placée sur la carène, est continue et à peine plus claire que le fond. Les stigmates petits et hoirs ne sont pas visibles à l'œil nu. La tête est petite, carrée, aplatie en avant, et marquée de brun perpendiculairement. Sur les 2 et 3° anneaux, on voit, de chaque côté, un point brun bien marqué. Les pattes antérieures ont le dernier article noir, les quatre autres sont très-rapprochés et concolores.
Cette chenille vit, aux environs de Cannes (2), sur l’Euphorbia
(1) Dont je viens de découvrir la chenille, que je ferai bientôt connaître. (2) Je lai trouvée à l’île Sainte-Marguerite, où elle ne paraît pas abondante.
spinosa, dont elle ronge les feuilles préférablement aux fleurs. Elle mange très-peu à la fois et pourrait se passer de nourriture pendant plusieurs semaines sans paraître souffrir de ce jeûne prolongé. C’est au pied de là plante que cette lpetite larve, qui est assez difficile à élever, tisse parmi les débris de végétaux une petite coque à clairevoie où la chrysalide promptement fermée, est retenue horizontalement par la pointe abdominale. Cette chrysalide, brune antérieurement, avec les anneaux abdominaux rougeâtres, n’a rien pour la forme qui la distingue de celle de ses congénères.
L’éclosion de la petite phalénite a lieu au commencement de juillet. C'est peu de temps après que sont pondus les œufs, qui éclosent au bout de huit ou dix jours. Par là, il est facile de juger du long espace de temps que l’insecte passe sous son état de larve.
INSECTE PARFAIT
Il varie beaucoup pour la taille, mais constamment le mâle m'a paru plus petit que la femelle.
Par la coupe d’ailes qui lui est propre, et par ses lignes diagonales et droites, il est toujours facile de distinguer la Mediaria de ses congés nères. Il n’existe pas de synonymie pour cette délicate espèce demeurée rare et que beaucoup de collections ne possèdent pas encore. Je ne pense pas qu’elle ait été trouvée, en France, au-delà du littoral de la Méditerranée. Elle a été signalée en Espagne, en Italie et dans la Russie méridionale.
Obs. Je ne serais pas éloigné de penser que la chenille de l’Acidalia Mediaria vit exclusivement sur l'Euphorbia spinosa, plante sousligneuse du littoral de l'Europe méridionale, et qui d'ailleurs n’est signalée qu'en Provence par les auteurs de la Flore française.
Eucrostis Indigenaria. 207
Eucrostis Indigenaria, :VILL.
P. 383, pl. VE, fig. 19. — Bork. 238. — Tr. [, p. 269. — Dup. 466, pl. 168, fig. 5. — Frey. I, p. 78, fig. 4. — Bdv. 1430. — Herr. — Sch. p. 9. — Gn. IX. — Stgr. Cat. 15. — Fimbriolaria, Hb. 468.
(PI. 82, fig. 8 à 11.)
Cette petite et charmante phalénite est demeurée jusqu’à ce jour tout à fait ignorée sous ses premiers états. Les deux autres espèces qui complètent le genre, sont dans le même cas. Ces trois insectes, dont deux exotiques, ont été fort bien observés sous leur état parfait ; ils se recommandent par des caractères tels qu’il n’est pas possible de les séparer et de les faire entrer dans d’autres genres (1). Voici quelques-uns de ces caractères : « Les antennes du o” courtes, garnies de lames robustes, spatulées, avec le sommet crénelé; celle de la @ garnies de lames courtes et dentiformes...... trompe nulle. » (Gn. IX, p. 366). Je suis surpris cependant que l'auteur du Species
n'ait pas indiqué le lieu où de Villers, notre compatriote, qui a
découvert et nommé l’{ndigenaria, a rencontré celle-ci. Cette Eucrostis à été trouvée pour la première fois près de Lyon, dans l’ancien lit du Rhône, vulgairement appelé le Content (de Villers), Depuis, cette phalénite, qui est fort rare dans notre département, a été reprise par plusieurs lépidoptéristes de notre ville. Je l’ai rencontrée moi-même une fois sur les hauteurs de Crépieux, le2 septembre 1855, en chassant à la lanterne; mais c'est en vain qu’en ce lieu j'ai, à diverses reprises, cherché la chenille. Le hasard vient enfin de me
(4) La connaissance de la chenille de l’/ndigenaria vient justifier la création du genre : pour cette phalénite, toutefois.
procurer cette larve à l'île PR (Alpes-Maritimes ), sur l’Euphorbia spinosa, L. Depuis cette époque, des œufs de l’Indigenaria m’ayant été envoyés d'Espagne pendant le mois d'octobre, j'ai pu observer la chenille dès sa sortie de l’œuf, lequel éclôt huit à dix jours après qu'il a été pondu. Cet œuf est déprimé, d’un jaune serin, et, la veille de l’éclosion, acquiert à l’une des extrémités, une couleur plombée métallique qui paraît éclatante vue à la loupe.
De l’époque de son éclosion à sa seconde mue, elle est d’un jaune citron uniforme, avec la tête entièrement d’un noir mat; mais dès le cinquième jour, la double caroncule dorsale de chaque anneau, commence à paraître. Ce n’est qu'à la troisième mue que la tête, perdant sa couleur noire, devient concolore. La chenille de la seconde génération, celle qui passe l'hiver, ‘croit avec une extrême lenteur : éclose vers la mi-octobre, elle n’est parvenue à tout son développement que dans la seconde quinzaine d'avril. Elie est, à cette époque, médiocrement longue, un peu atténuée en avant, avec les anneaux très-distincts s’emboïtant en partie les uns dans les autres. Les deux premiers segments sont très-carénés; les suivants présentent deux proéminences placées à la suite l’une de l’autre, dont la première un peu plus élevée que la seconde. Tout le corps, sauf la tête et les pattes antérieures, est d’un vert clair tendre, jaunâtre en dessous, avec les incisions d’un jaune clair. Les trois premiers anneaux et lesdeux derniers sont très-légèrement lavés de rougeitre. Aucune trace de lignes en dessus et en dessous. La tête est relativement petite, nullement bifide, un peu aplatie en avant, sans aucune proéminence, d’un jaunâtre vineux, avec les mandibules et ocelles bruns. Les stigmates sont petits, ronds et bruns ; les pattes écailleuses sont de la couleur de la tête, et les ventrales sont vertes.
J'ai trouvé cette chenille, comme je l'ai dit, à l'ile Sainte-Marguerite, sur l'Eup. spinosa, dont elle ronge d’abord les feuilles les plus
Eucrostis Indigenaria. 209
- tendres; mais elle doit vivre sur d’autres espèces d’Euphorbia, puisque dans le Lyonnais, où n'existe pas la spinosa, cette Eucrostis se montre de loin en loin.
La chenille vit à découvert, et c’est au centre de plusieurs fils de soie fixés aux ramuscules de la plante, qu'elle se tient pendant le jour. Son habitude au repos est de ne jamais avoir les pattes écailleuses appuyées, et celle d’être à moitié recourbée en demi. Si elle est inquiétée, elle cherche à dissimuler sa tête en retournant en dessous la partie antérieure du corps. C’est encore parmi les rameaux qu'elle
« demeure, la tête en haut, pour opérer sa transformation, qui arrive à la fin d’avril pour la première génération et en octobre pour la seconde.
La chrysalide, retenue par quelques fils de soie sur la plante, est un peu obtuse, lisse, d’un vert tendre rappelant assez bien la couleur de la chenille. Peu de jours après, cette teinte délicate se prononce sur l'enveloppe des aïles et celle de la tête. Enfin, la pointe abdominale se colore légèrement en vineux. L'état de chrysalide ne dure pas plus de vingt à vingt-cinq jours, mais cinq à six avant l’éclosion du lépidoptère, la nymphe change de couleur : de verte elle devient d’un jaune blanchâtre et la poitrine prend une couleur vineuse, teinte due
à la coloration de la frange des quatre ailes, qui sont alors rabattues
. sur la poitrine.
L’éclosion du printemps a lieu dans la matinée; c’est le contraire pour la génération de l’automne. Dans ce dernier cas, en effet, c’est entre sept et huit heures du soir que se développe la phalénite.
INSECTE PARFAIT
Envergure : le o” 0",015.
la © 0",018.
Les ailes sont unies, veloutées, bien fonrnies d’écailles, d’un beau
vert pistache, n'ayant qu'un seul petit point cellulaire d’un rouge
obscur aux quatre ailes. La frange est large, d’un rouge pourpré Annales de la Société Lianéenne. 14
obscur et précédée d’un feston éclairé antérieurement d’un jaune vif. La nervure costale est brun-rougeätre. Le thorax et le dessus de l'abdomen sont du même vert que les ailes. Le front est rougeâtre et le vertex est jaune. (
La © ressemble au ©”, mais elle est toujours plus grande.
L'espèce, que je sache, ne varie pas pour la couleur; mais iln’en est pas de même de la taille : j’ai vu des sujets mâles obtenus ex larva qui sont d’une extrême petitesse.
L’Indigenaria s'éloigne rarement du lieu da sa naissance. Aux iles Lérins, c’est au midi, sur les rochers calcaires, tapissés d’abondantes touffes d’'Emph. spinosa, qu'il faut la chercher. Le vol du o est assez rapide, mais celui de la © est lourd, incertain et court.
Cette intéressante phalénite appartient non-seulement à la faune du Lyonnais, pays que peut-être elle ne dépasse pas, mais encore à toute la Provence. Elle a été signalée en Espagne, en Dalmatie, en Italie. :
Obs. Sur le chemin qui conduit de Nice à Villafranca, notre collègue, M. Fallou, en mai 1865, a fait partir d’un buisson bas deux 7ndigenaria. Quelques pieds d’Euphorbes devaient être mêlés à ces buissons, ou croître dans leur voisinage.
Agdistis Heydenii, ZELL.
VI, p. 322. — Herr.-Sch., 45. — Stgr. Cat. 2584. (PI. 82, fig. 12 à 14.) CHENILLE.
Cette larve fort bizarre par sa forme rappelle assez celle de sa consenère la Tamaricis, Z. (4).
(1) Qui n’est pas encore figurée et que j'espère bientôt faire connaitre.
Agdistis Heydenit. 211
j Jeune, la chenille de l’Heydenii, dont on ne connaissait point les mœurs, est, sauf la taille, ce qu’elle sera parvenue à toute sa grosseur, qui n'arrive que dans le courant d'avril pour la première géné-
ration. Elle est atténuée postérieurement, un peu carénée latéralement, d'une couleur d'argile plus ou moins prononcée en dessus et sur les flancs, et d’un verdâtre livide en dessous. Les trois premiers anneaux, le dixième et le onzième, présentent chacun deux pointes bifides en forme de caroncules relativement élevées. Les pointes des 10° et 11° segments sont un peu moins hautes que les précédentes. La
tête est petite, globuleuse et brune. Le dos et les flancs sont recouverts
de poils gris et raides légèrement inclinés en arrière, implantés sur
des points proéminents. Ces poils, vus à la loupe, ne finissent pas en pointe, mais présentent au contraire une sorte de petit renflement spatuliforme. La tête, les pattes et les caroncules bifides sont aussi garnies de ces poils de forme anormale. La tête, vue de face, présente un triangle noir. Les pattes antérieures sont robustes, longues et concolores ; les dix autres sont de couleur argileuse. Les stigmates, à peu près perdus dans les rugosités de la peau, m'ont paru bruns.
. Lors de la seconde génération, cette curieuse chenille passe l’hiver ; je l’ai trouvée près de Cannes, contre les rochers, sur d’autres plantes que sur l'Euphorbia spinosa, qui me l’a fournie à l’île Sainte-Marguerite. Elle m'a paru vivre sur plusieurs espèces de sous-arbrisseaux et plantes sous-ligneuses. C’est peut-être le Lotus angustissimus., L., qui la nourrit le plus ordinairement. L'espèce vit et se chrysalideà découvert. À la fin d’avril, elle se fixe la tête en haut à un petit rameau de la plante qui l’a nourrie et se transforme à la manière de la plu= part des diurnes. Cette chrysalide, fixée par la pointe abdominale et retenue perpendiculairement par un fil de soie qui entoure le milieu
. du corps, est allongée, très-atténuée postérieurement, avec la pointe des ailes déliée et non adhérente au corps. La forme du masque est caractérisée. La partie antérieure et l'enveloppe des ailes est d’un brun
rougeâtre, les anneaux abdominaux sont carnés et maculés d’atomes
foncés. Les premiers exemplaires de l’Heydenii sont éclos du 10 au 45 mai.
INSECTE PARFAIT
Envergure 0®,017 à 0,048.
On sait que ce qui caractérise les insectes de ce genre, c’est d’avoir les ailes entières et non divisées. L’Agd. Heydenii a les antérieures relativement larges à l'extrémité, d’un brun de bois variant d'intensité, largement éclairées à la côte, au centre et au bord interne. La tache claire centrole est marquée de trois gros points bruns placés sur la même ligne ; la côte en porte quatre ou cinq ; enfin, l’apex et l’angle opposé sont l’un et l’autre marqués d’un gros point brun plus développé que les précédents. Les ailes inférieures, coupées triangulairement, sont brunes et sans dessins. La tête, le thorax et les pattes sont d’un gris blanchâtre; ces dernières, annelées de brun. La spiritrompe est longue, déliée et jaunâtre,
Cette jolie Agdistis, dont la découverte n’est pas ancienne, est encore une grande rareté, et très-peu de collections la possèdent. Bien
qu’elle paraisse abondante près de Cannes, au golfe Jouan et aux îles
Lérins, je crois qu’elle n’avait point encore été signalée en France.
Crambus Staudingeri, ZELL.
‘Ann. Soc. entom. de Stettin (1864).
(PL. 83, fig. 1.)
Ce Crambus qui pour la taille rappelle les petits exemplaires du Falsellus, S-V, auquel il ressemble au premier abord, vient d'être publié par M. Zeller, d’après un seulexemplaire rapporté dela Vieille- Castille, en 1862, par M. Staudinger. Ce Crambus n’ayant point en— core été figuré, je crois, en le faisant représenter, être agréable à mes collègues.
Crambus Lugdunellus. 213
M. Staudinger me mande qu'il a obtenu ce Crambide en septembre d’une chenille trouvée dans Ja mousse, dont elle avait dû ronger les racines.
Cette espèce appartient aussi à notre faune française, car J'ai collecté, depuis plusieurs années déjà, aux environs d’Ax (Ariège), en juin, deux exemplaires du Cram. Staudingeri dans un pré montagneux sec, et où l'espèce ne m'a pas semblé rare.
Ce petit Crambus mesure 9",017 à 0,018. Les ailes supérieures sont étroites, d’un blanchâtre lavé de gris à la côte et au bord interne, marquées de plusieurs lignes longitudinales foncées, dont la principale, partant de la base de l’aile, aboutit à la pointe apicale. Deux lignes sagittées se dirigeant intérieurement occupent le centre de l’aile. On voit en outre plusieurs petits traits et points noirs : les premiers à l’angle interne de l'aile, les seconds à la base. Enfin, une ligne de points noirs subterminaux, avec une frange étroite et grise. Les ailes inférieures sont entièrement blanches ainsi que la frange. Les palpes sont très-longs et blanes ; le thorax est grêle et concolore. L’abdomen, qui dépasse les aïîles inférieures, est gris.
La © ressemble au ©”; eile est seulement un peu plus foncée, avec l'abdomen renflé au centre et pointu à l’extrémité.
Le Cr. Staudingeri, qui trouve sa place après le Falcellus, a deux éclosions.
Ma collection : un ©, une 9.
Crambus Lugdunellus. Mic...
(Species nova.)
(PI. 83, fig. 2.)
Ce nouveau Crambide est de la taille du Contamanellus, Hb., et a un peu sa coupe d'ailes. Je l'ai pris, il y a dix ans environ, dans le Lyonnais, en mai, sur la montagne d’Iseron, dans un pré exposé au midi,
et où, autant qu'il m’en souvienne, l'espèce ne doit pas être rare.
Envergure 0°,019 à 0",020.
Les ailes supérieures sont longues, étroites, un peu falquées, à bord extérieur très-oblique, à apex prononcé. Ces ailes sont d’un jaune paille, sur le fond desquelles tranche une ligne médiane des plus caractéristiques ; cette ligne est très-fiexueuse, fine, brune, et, partant de la côte, aboutit au bord interne après avoir formé un coude arrondi prononcé et, plus bas, un angle également prononcé. La pointe apicale, très-aigué, est précédée d’un double trait diagonal qui part de la côte et aboutit à la frange; celle-ci est précédée d’un double trait brun. Au-dessous du double trait diagonal, on voit un autre trait fin subterminal qui accompagne la frange jusqu’au bord interne. L’espace compris entre ce dernier et la frangeest, vers son milieu, occupé par trois petites taches noires éclairées extérieurement par un point argenté éclatant. Les nervures sont bien indiquées par une couleur plus sombre que le fond. Les ailes inférieures sont larges, bien développées, semi-circulaires, et, au repos, plissées en éventail sans les supérieures. Ces secondes ailes sont uniformément enfumées, sans dessins, avec la frange longue, soyeuse et luisante. Les quatre ailes en dessous sont d’un gris fuligineux ; chez les supérieures, les lignes et points du dessus ont complètement disparu, si ce n’est pourtant le double trait qui précède la frange. Les antennes sont allongées et simples. Les palpes inférieurs, seuls visibles, sont médiocrement longs et projetés en avant. La têteetle thorax sont de la couleur des premières ailes ; le corps est effilé et dépasse sensiblement les inférieures.
Cette description ne concerne que le o’; je ne connais pas la 9.
Le Crambus Lugdunellus, qui doit trouver sa place après le Cr. Contaminellus, portera dans le Catalogue Staudinger le n° 316 bis.
Mon cabinet : deux ©.
Crambus Argentarius. 215
Crambus Argentarius, Stgr.
Ann. de la Soc. entomol. de Stettin (1866).
(PI. 83, fig. 3.)
Cette belle espèce, qui est des plus tranchées, vient d’être décrite par le docteur 0. Staudinger, de Dresde, qui a bien voulu me la confier pour la faire figurer, car elle ne l’a point encore été.
Ce beau Crambus, dont la conservation est parfaite, a été envoyé par Kandermann comme provenant de l’Oural.
Le C. Argentarius, qui vient naturellement se placer après le Pascuellus L., se rapproche aussi du Cr. Agitatellus, Clem., de l’Amérique du Nord.
L’envergure du Cr. Argentarius d'est celle-des grands exemplaires du Pascuellus, c'est-à-dire qu’il mesure 0",026.
Les ailes sont larges et bien développées : les supérieures, aiguës à l’apex, sont d’un blanc argenté éclatant, traversées par une seule ligne centrale d’un jaune d’or mat, liserée de brun de chaque côté, et formant vers le milieu du bord de l'aile, deux angles qui aboutissent à un trait subterminal délié et noirâtre. On voit encore, au centre de l’aile, une grande M couchée longitudinalement aussi d’un jaune d'or mat, dont le premier jambage part de la base del’aile. Les franges sont aussi argentées avec le bord extérieur foncé. Les ailes inférieures sont d’un gris légèrement enfumé qui va en diminuant , pour devenir très-clair à la base. Le dessous des ailes supérieures est le gris fuligineux sur lequel reparaissent , mais très-imparfaitement, les lignes et les dessins du dessus. Les ailes inférieures sont d’un gris blanchâtre, avec les franges toutes blanches, ainsi qu’en dessus. Les palpes sont blancs, mais teintés de fuligineux extérieurement. Les antennes sont jaunes ; les yeux noirs; le thorax convexe et de la couleur des supé-
rieures. L’abdomen, dépassant de beaucoup les inférieures, est d’un gris foncé.
La © de l’Argentarius n’est pas connue.
Ce beau Crambide fait partie de la riche collection Gruner, de Leipzinck.
Ephestia Gnidiella, Mi.
(Species nova.)
Le Daphne gnidium, L., plante essentiellement méridionale, répandue dans la région située entre Nice et Foix, pour reparaître dans la Gironde, nourrit spécialement une petite larve qui, par la manière dont elle attaque cet arbrisseau, lui cause un dommage considérable.
Elle est allongée, fusiforme, rayée de nombreuses lignes pas toujours bien indiquées. La tête est lenticulaire, d’un vineux bleuâtre avec les ocelles et mandibules noirs. Le premier segment est recou— vert d’une large plaque écailleuse, convexe, d’un noir mat et qui descend très-bas sur les flancs. Le corps de la chenille est généralement d’une couleur terreuse, lavé de verdâtre sur la partie dorsale et de bleuâtre livide en dessous. Sur la région dorsale, à partir du deuxième segment, il existe une large bande continue d’un vineux obscur. Immédiatement en dessous de cette bande, on distingue la stigmatale déliée, plus claire que le fond, continue, ondulée et finement lisérée de brun en dessous. Les trapézoïdaux et autres points pilifères sont bruns et cerclés de blanchâtre; ils donnent naissance à des poils courts et foncés. Les stigmates invisibles à l'œil nu paraissent noirs. Les pattes écaillantes ont le dernier article foncé et luisant; les dix autres sont unicolores.
Cette chenille varie pour l'intensité des couleurs; elle vit, comme
Ephestia Gnidiella. 217 je lai dit, sur le Daphne gnidium depuis le milieu de juillet, époque où commence à fleurir l'arbrisseau, jusqu'en novembre. Elle préfère les jeunes feuilles aux fleurs du Daphne ; cependant à défaut de l’une, elle s’accommode bien de l’autre. Les petites baies dela plante, vertes d’abord, puis rouges à maturité, ne sont jamais attaquées par l’insecte qui nous occupe. Cette larve vit le plus ordinairement solitaire, mais quelquefois on les trouve réunies par deux, par trois et même par qnatre dans des paquets de feuilles terminales desséchées en partie, liées ensemble par des fils de soie et où ces chenilles semblent vivre en bonne intelligence. Le plus souvent elles descendent de l’ar— buste pour se métamorphoser, mais parfois elles demeurent dans le paquet de feuilles dont il a été question pour opérer leur métamorphose.
Cependant deux parasites, une larve d’'Ichneumonide et une de Chalcidite, attaquent en assez grand nombre les chenilles de la Gnidiella. Le parasite ichneumonien ne se métamorphose jamais ailleurs qu'au centre du paquet de feuilles sèches lesquelles se sont noircies, et cela dans une coque de soie d’un blanc satiné. Je n’ai pu suivre dans ses transformations la larve du Chalcidite : celle-là ne manifeste sa présence que lors de l’éclosion dela chrysalide d’où s'échappe un petit Hyménoptère qui doit appartenir au genre Morinia, Rob.— Desv., au lieu du lépidoptère qu'on attend.
Les premières chenilles de cette Ephestia inédite m'ayant èté procurées par M. Himmighoffen, de Barcelone, mon attention, lors de mon arrivée dans les Alpes-Maritimes, se porta sur les nombreux Daphne gnidium répandus aux environs de Cannes et où je rencontrai abondamment la chenille que je viens de décrire.
La chrysalide est formée au centre d’une coque en soie d’une solide texture. Elle est conico-cylindrique, passablemeut allongée, d’un brun rougeûtre ; elle éclôt ordinairement trois semaines au plus tard après sa formation. Cependant les chenilles tardives, celles qu’on ne rencontre qu à la fin de novembre, ne doivent éclore qu’au printemps suivant ; je le crois du moins.
INSECTE PARFAIT
Envergure : le o” 0",019 à 0,020.
sn 07-0164.07.017:
Cette phycide, très-tranchée, ne peut être confondue avec aucune autre. Elledoit être placée dans le genre Ephestia, Gn.., et c’est del’Elutella, Hb. qu’elle paraît s'approcher le plus. Les ailes supérieures sont étroites, allongées, faiblement arquées à la côte; le bord extérieur est élargi, oblique, d’un rougeûtre plus ou moins sombre, avec l’espace médian relativement large et limité par les deux lignes ordinaires, brunes, plus ou moins nettement éclairées en dehors, et qui se présentent ainsi : la première, l’extrabasilaire, n'est pas toujours bien marquée, elle indique une H couchée dont le premier jambage touche au bord interne, et le troisième s’appuie à la côte. La ligne coudée presque droite, très-oblique, laisse voir deux festons à peine marqués. Le point cellulaire est très-petit, allongé dans le sens des nervures, brun et précédé d’un point noir rond et aussi très-petit. On voit, en outre, une bande brune partant de la base de l’aile qu'elle partage en deux et se prolongeant jusqu’à la partie éclairée de l’extrabasilaire. Les franges sont assez longues, concolores et précédées d’un filet délié, clair et qui est précédé lui-même par cinq ou six points bruns, petits, à peine visibles à l'œil nu. Les inférieures sont larges, d’un gris un peu bleuâtre, luisantes, sans lignes, mais légèrement plus foncées au bord terminal précédant la frange, qui est large et soyeuse. Les ailes sont en dessous uniformément luisantes, sans dessins, sans lignes, si ce n’est un simple point clair aux supérieures. Les antennes sont rapprochées, sétacées, brunes, plus épaisses à la base, nullement noduleuses, ni garnies de poils ou d’écailles à leur point de départ. Les palpes sont courts, recourbés, ascendants, aigus et dénudés au troisième article. Les yeux sont gros, foncés et mats; la trompe est médiocrement longue ; le thorax grêle et de la couleur des premières
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Eromene Bella. 249
ailes. L'abdomen est long et dépasse les ailes inférieures ; il est cylin- . drique, d’un gris brun annelé de blanchâtre. Les pattes sont d’une longueur normale ; garnies de deux paires d’éperons aux inférieures, blanches et annelées de clair. |
La © est un peu plus petite que le ©; elle a les premières ailes moins foncées, d’un ton plus grisâtre où les lignes transversales se détachent généralement mieux. L’abdomen est plus allongé etaigu à l'extrémité.
L'espèce varie quelque peu ; certains sujets, également obtenus de chenille, se montrent avec une teinte uniformément rougeâtre et où les lignes ont complètement disparu.
L’Ephestia Gnidiella, qui peut bien avoir deux générations, et qui doit trouver place après l’Elutella, Hb., précédera dans le Catalogue Dupauchel, la Binaevella, Hb.; dans le Catalogue Staudinger elle portera le n° 521 bis.
Eromene Bella. He.
Fig. 60. — Tr. — Dup. pl. 270, fig. 7. Zell. — Stgr. Catal. 331. (PI. 83, fig 10 à 12.)
J'ose espérer qu'on n’accueillera pas sans intérêt l’histoire des premiers états de cette Eromene, par la raison qu'aucune larve de cebeau genre n’est encore connue.
Une © de l’Er. Bella prise vers le milieu de septembre dernier à Celles-les-Bains, par le docteur Staudinger, pondit à cet observateur habile un certain nombre d'œufs. Les jeunes chenilles furent élevées par lui avec la fleur d’une Scabieuse blanche (Scabiosa columbaria ? ou mieux sa variété, la S. afjinis, Gr. et G.,), plante herbacée fort abondante à l'endroit très-sec d’ailleurs où avait été rencontrée la Bella ç. C’est en vain cependant qu'à l’époque voulue, M. Staudinger, qui m'a soumis ces chenilles lors de leur entier développement, a cher-
ché sur les Scabieuses du lieu que je viens de ter ; il n’a pu rencontrer une seule larve de l’Eromene Bella. Il est donc bien difficile de préciser quelle est en réalité la plante qui nourrit dans la nature cette chenille, laquelle, élevée en captivité, n’avait atteint son entier développement que le 20 ou le 25 octobre. Voici sa description.
Elle est allongée, cylindrique, atténuée postérieurement, non carénée, à tête petite, cordiforme, un peu aplatie, d’un brun clair, avec les mandibules et ocelles noirs. La plaque du 1° segment est partagée par un sinus étroit. Cette plaque, plus claire que la tête, est trèslarge et recouvre en presque totalité l’anneau; elle est de plus maculée de petits points rougeâtres. Le corps est d’un carné obseur, lavé de vineux postérieurement et recouvert de larges points verruqueux de couleur testacée, donnant naissance chacun à un poil gris assez long. Le dernier segment présente de son côté une plaque écailleuse, mais celle-ci est relativement étroite et presque concolore. Les six pattes écailleuses sont de la couleur de la tête ; ies huit ventrales et les deux anales sont d’un cerné clair, ainsi que le ventre; celui-ci n’est marqué d'aucune ligne ou tache. Les stigmates sont circulaires, pe- {is et noirs. On ne voit aucune trace des lignes ordinaires, mais on distingue à la place de la vasculaire, le tube intestinal qui se montre sous forme de ligne brune, étroite et interrompue.
J'ai dit qu'on ne savait quelle devait être la plante que préfère cette larve à l’état libre. J’ajouterai que celles qui ont été élevées avec les fleurs de la Scabiosa columboria ? ont parfaitement réussi. Je ferai encore observer que cette chenille n'est pas polyphage, car elle n’a pas touché à d’autres plantes qui lui ont été données en même temps que celle de la Scabieuse. C’est à la fin d'octobre que cette larve descend sous la mousse et forme une petite coque en soie très-blanche, mince et forte, où à lieu assez promptement la transformation. La chrysalide n’est pas très-allongée ; la pointe abdominale est obtuse et dé-
Epidola Barcinonella. 221 pourvue de crochets. L'enveloppe des ailes se prolonge beaucoup sur l’abdomen ; celle des yeux et surtout des antennes est saillante. La couleur générale de cette chrysalide est le brun rougeâtre. Le petit lépidoptère paraît une première fois en avril.
INSECTE PARFAIT
Cette charmante Eromene est très-anciennement connue : elle avait été comprise par Duponchel dans son genre Crambus.
La Bella appartient au midi de la France, et bien certainement à d’autres parties de l'Europe méridionale. Elle semble fréquente dans Ardèche ; mais elle n’a jamais été rencontrée dans le département du Rhône ou les départements voisins. L’Eromene Bella à bien certainement deux générations, car je l’ai prise en avril aux environs de Cannes, volant dans les lieux bas où il y avait beaucoup de Scabiosa maritima? Le soir, elle venait dans l'appartement, où elle était attirée par l'éclat des lumières ; c’est ce dont j'ai pu me convaincre plusieurs fois dans mon nouveau domicile d'hiver.
Epidola Barcinonella, MiiL.
( Species nova).
(PI. 83, fig. 13 à 15.)
En 1859, M. Staudinger créa le genre Epidola pour un lépidoptère fort curieux, dont la chenille traîne une sorte de fourreau. Je viens ajouter à ce petit genre une seconde espèce distincte de l’Epidola Stigma, Stgr., dont la larve a des mœurs au moins aussi remarquables que celles de sa congénère. Il est fâcheux que M. Himmighoffen, de Barcelone, qui m'a procuré cet intéressant insecte, n'ait pu me dire au juste quelle est la plante dont se nourrit ordinairement la chenille.
Ce naturaliste, trompé par la forme du fourreau que la larve devenue adulte traîne sans cesse après elle, crut reconnaître celle d’une Coleophora et me J’adressa sous ce nom générique. Je n’ai pas tardé à voir que cette chenille n’appartenait nullement au genre des Coléophores.
Parvenue à toute sa taille pendant le mois de mai, elle se présente alors avec une forme allongée, cylindrique, très-plissée, d’une couleur carnée tirant sur le jaunâtre, avec les lignes ordinaires ondulées, continues et d’un ton ochreux assez vif. La tête est globuleuse, entièrement d’un noir mat, avec le premier anneau convexe, sensiblement plus élevé que les suivants et recouvert jusqu’à la naissance de la seconde paire de pattes, d’une plaque écailleuse d’un noir mat. Le second anneau, don: le fond est carné, ainsi que le reste du corps, est précédé d’une large zone blanche. On remarque en outre sur ce même segment des caractèresnoirs imitant imparfaitement un Y couché, et qui sont placés dans le sens des lignes vasculaire et sous-dorsale. Au moyen de la loupe, on distingue d’autres lignes fines et continues. Les pattes antérieures sont relativement robustes, concolores, avec le premier article noir.
Bien que M. Himmighoffen ne puisse préciser le genre de plante dont se nourrit cette larve, puisqu'il l’a trouvée à divers âges soit dans les tiges de graminées, soit dans la tige d’une lavande, soit enfin dans celle d’une scabieuse à fleurs blanches, il est supposable qu'elle se nourrit le plus ordinairement de graminées et que, parvenue à une certaine grosseur, elle coupe une tige de ces dernières plantes, laissée ouverte aux deux extrémités. Dans cette nouvelle demeure, qui à la forme d’un fourreau allongé qu’elle traîne à la manière des larves de Coleophora, cette chenille se transporte d’une plante à l’autre, se fixe momentanément pendant le repos , et demeure ainsi jusqu’à la fin de mai où, se fixant définitive-
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