‹ Iconographie et description de chenilles et lépidopteres inéditsChapitre 36 sur 45 · DIXIÈME LIVRAISON · texte numérisé non relu

DIXIÈME LIVRAISON

(Présentées à la Société Linnéenne de Lyon, le 11 Janvier 1864.)

Crambus Scirpellus, Lan.

Faune Suisse. Supplément (Crambides).

(Planche 45, fig. 1.)

Envergure : 0,030.

Au premier abord on pourrait la prendre pour un hybride de Dumetellus, Hb., 389-390 , et de Pascuellus, Dup., pl. 269, fig. 1-2.

Par la coupe, la forme et le liseré des ailes supérieures, elle semble appartenir à Pascuellus, tandis que par le dessin et le disque elle reproduit la Dumetellus, dont elle présente aussi la couleur générale.

Les ailes supérieures sont en dessus d’un fauve assez foncé avec des reflets dorés. La bande longitudinale argentée, en forme de glaive, propre à la plupart des espèces congénères, est remplacée

par une lame grisàtre approchant de la couleur du fond. La ligne coudée est brusquement brisée à angle droit vis-à-vis de la cellule. L’échancrure du bord externe est à angle vif et prononcé. Une large bande foncée précède la frange; sur cette bande finement lisérée d’une teinte métallique imitant l'acier poli, reposent quatre ou cinq traits noirs. Ce même éclat métallique se montre sous forme de fins rayons avant la bande brune précitée, mais il ne dépasse pas le milieu de l’aile. Les inférieures sont sans lignes, d’un gris d’ardoise et très-luisantes. La frange est, de chaque côté, d’un gris jaunâtre. Le dessous des quatre ailes est d’un gris ardoisé luisant. La tête, les antennes et le thorax, sont d’un fauve brunätre. L’abdomen et les pattes, d’un jaune doré.

La femelle est semblable au mâle.

Cette espèce, récemment découverte, n’avait point encore été figurée. Elle à été prise par M. le docteur de la Harpe, en juillet 1862 , au nombre de plusieurs exemplaires.

Le Cramb. Scirpellus, vole dans les prairies marécageuses des environs d’Aigle (Suisse).

OGrenaia (1) Helveticalis.

Herr.-Sch. 127-128. — Var. Conspurcalis, Lah. Faune Suisse, Supplément (Crambides).

(Planche 45, fig. 2.)

M. de la Harpe, ayant d’abord cru cette espèce inédite, l'avait nommée Conspurcalis. Elle me fut alors confiée pour la peindre et la faire figurer. Peu après, l’auteur de la faune suisse apprenant que cette Orenaia avait été figurée et n’était autre qu’une Helveti-

(4) Genre créé par Duponchel.

Orenaia Helveticalis. 379 calis, H.-S., de grande taille, dût adopter ce nom et considérer sa Conspurcalis comme variété de l’Helveticalis.

M. de la Harpe m'a fait observer que les deux figures de M. Herrich-Schaeffer, sont de petite taille, et que c’est un des motifs qui l'ont exposé à commettre une erreur. Ce que je puis dire, c’est que les divers exemplaires de l’Helveticalis que j'ai vus dans la collection du Muséum de Lausanne, et l'individu qui fait partie de mon cabinet, sont d’un bon tiers plus grands que les deux figures du continuateur d'Hbner.

Voici la description de cette Pyralide, Var. Conspurcalis qui, comme je l'ai dit, n’est qu’une Helveticalis fort grande.

Envergure : 0,025 à 0,026 m.

Les ailes sont entières, épaisses, un peu aiguës à l’apex, pulvérulentes, soyeuses, à dessins grisâtres ef indécis. Les supérieures, dont le fond est gris bleuâtre, lavé de jaunâtre près de la costale, sont traversées par des lignes brunes de forme mal arrètées. La basilaire et la médiane qui s'appuient au bord interne, n'arrivent pas jusqu'à la nervure costale. La ligne subterminale, très-large au sommet, côtoie la frange dans toute son étendue. Arrivée à l’angle interne de l'aile, cette bande se relève en forme d’hameçon. La frange est d’un gris noirâtre, les inférieures sont sans dessins, luisantes et d’un gris foncé. Les franges sont assez longues et plus claires que le fond.

Le dessous des quatre ailes, y compris les franges, est d’un gris argenté très-luisant. En regardant de près les inférieures , on distingue une bande médiane médiocrement large, blanchâtre, incertaine, courbée, qui les traverse de haut en bas. Les antennes sont longues, cylindriques, filiformes et noirâtres. Le front est déprimé. L’abdomen est mince, conique, terminé en pointe noirâtre et annelé de blanc. La poitrine est d’un gris blanchätre et luisant, ainsi que les pattes qui sont squammeuses.

La © est plus lourde que le ©; elle est aussi plus foncée.

Voici ce que M. de la Harpe m'écrivait relativement à cette Orenaid, la plus grande de toutes les Hercynides connues :

« Espèce rare, qui ne quitte pas les Hautes-Alpes, où elle vit au « bord des glaciers et des neiges, sur les croupes rocailleuses expo- « sées au soleil où végètent encore quelques Ranunculus glacialis, « saxifraga biflora et Thlaspi rotundifolium. Se cache sous les « pierres lorsque le soleil disparait, comme le font plusieurs espèces « des Hautes-Alpes. »

Ærachonitis (1) Myricariella, Mi.

(Species nova.) (Planche 45, fig. 3 à 7.)

Elle est eflilée, fusiforme, marquée de plusieurs lignes droites , continues et bien indiquées ; nullement verruqueuse et différente en cela de la plupart des espèces de la famille. La tête est petite, lenticulaire et concolore. D'une stigmatale à l’autre, le fond est d’un carné plus ou moins vif. L’insecte, dans son Jeune âge, est entièrement d’un jaune verdàätre. Parvenu à toute sa taille, il mesure 0,020 m. environ. Les lignes ordinaires se distinguent alors bien . peu des intermédiaires ; cependant la stigmatale, brune ou d’un vert foncé selon les sujets, est plus marquée que les autres ; elle est surmontée d’une autre ligne d’un jaune vif, suivie elle-même de deux lignes d’un vert foncé. Le ventre est d’un blanchâtre livide : il est traversé dans toute son étendue par une ligne droite, continue , d’un vert glauque. Les stigmates sont noirs et d’une extrème petitesse. La tête est concolore : elle est marquée au sommet de trois taches noires, cunéiformes, dont les pointes sont tournées en avant.

(4) Phycis, Treits, Dup., Gn., etc.

Trachonitis Myricariella. 371 Ces taches disparaissent sous le premier anneau, lorsque la chenille est au repos. Toutes les pattes sont unicolores, sauf le dernier article des antérieures qui est brun. Le premier anneau porte un écusson corné, assez large, luisant, marqué près de l’incision de deux points noirs séparés par la ligne vasculaire. Des poils rares, blanch'tres recouvrent le corps de cette petite chenille qui est vive, frétillante et s'échappe rapidement lorsqu'on veut la saisir. Elle vit sur le Myricaria (1) germanica, Desy., plante fort abondante sur le bord des torrents des hautes montagnes.

J'ai trouvé pour la première fois cette chenille à Chamonix (Haute- Savoie), sur la rive droite de l’Arve, dont les eaux descendent de la mer de glace à quelques kilomètres de là. Cette larve dévore les étamines des fleurs du Myricaria, au milieu desquelles elle reste blottie tout le jour. Elle m'a paru ne manger que la nuit: cependant sa croissance est rapide, et, en effet, dès le 24 ou le 26 juillet, mes chenilles sont descendues de l’arbuste pour se chrysalider. Ainsi qu'il arrive chez beaucoup de larves, celle de la Myricariella, après avoir tissé sa coque qui est blanchâtre ou brunâtre selon ce qu’elle a pu trouver, demeure décolorée et contournée sur ellemême, jusqu’au printemps d’après, avant de se métamorphoser en nymphe.

Cette jolie espèce n’appartient pas seulement aux montagnes alpines, car je l’ai retrouvée l'été dernier (le 15 juin), parvenue à toute sa taille, aux environs de Lyon, dans une des îles nombreuses du Rhône , situées au haut de la ville où le Myricaria germanica semble s'être acclimaté sur des terrains graveleux fréquemment inondés par les eaux du fleuve.

(4) Dont j'ai formé le nom spécifique Myricariella.

Je saisis cette occasion pour dire qu'à l'exemple de nos maitres, j'impose autant que je le puis, à l’insecte {nouveau que je décris, le nom de la plante qui nourrit sa chenille. On comprendra sans peine la préférence que j'accorde à ce nom sur tous les autres. .

Il est supposable que cet arbuste, aux branches duquel étaient fixés des œufs de la Myricariella, à été entrainé des hauteurs par la force du courant et a pris racine sur certains terrains des régions basses. Cette supposition explique d’une manière rationnelle la présence dans nos environs (1) d’un arbrisseau propre aux zones glacées des Hautes-Alpes.

Je dirai encore que si la chenille du Myricaria est abondante à Chamonix, elle m’a paru fort rare aux environs de notre ville.

La chrysalide est allongée , conico - cylindrique avec la pointe émoussée; celle-ci est terminée par plusieurs très - petits crochets divergents qu'on ne distingue bien qu’à l’aide de la loupe. Cette nymphe qui est d’un jaune rougeûtre est très-luisante. L’insecte parfait éclot au commencement de mai et n’a par conséquent qu’une seule génération.

Je fais cependant observer que le 28 et le 30 août 4862, un mois environ après la transformation de mes chenilles, j’ai obtenu par éclosion deux de ces insectes. Par suite de ce fait, je me demande si on doit considérer la Trach. Myricariella comme ayant deux éclosions par an. Il est à croire que les individus qui éclosent aussi hâtivement sont perdus pour la génération, car, lors de l’arrivée des jeunes larves, les fleurs, leur unique nourriture, ont disparue.

Il est de la taille de la Cristella, Hh., fig. 76. — H.-Sch. fig. 206, et présente une vague ressemblance avec la Transversella, Steph. — H.-Sch., fig. 165, bien que cette dernière soit constamment plus petite et que la tache transversale de Paile supérieure ait une disposition inverse de celle qui existe chez la Myricariella.

(1) On rencontre de loin en loin ce gracieux arbuste sur les rives du Rhône, beaucoup plus bas que Lyon, et, sans doute avec lui, l'insecte qui fait le sujet de cet article.

Trachonitis Myricariella. 319

La coupe des premières ailes rapprocherait peut-être cette nouvelle Phycide del’Alipsa (1) Angustella, Hb. Cependant, à cause de sa coupe, je la crois mieux placée dans le genre Trachonitis, Zell.. formé de deux espèces seulement : la Cristella, Hb. et l'Amænella, Zell., — H.- Sch., 205.

Les ailes supérieures sont étroites et vont en se rétrécissant de la base au sommet ; elles sont d’un blanc grisâtre ou gris bleuâtre, trèsfaiblement lavées au centre de vineux. Au tiers de l'aile il existe une tache ou bande transverse noire, dont les pointes sont dirigées en dehors, accompagnées intérieurement d’une éclaireie blanchâtre, Aux trois quarts de l’aile on voit, entre la costale et la troisième nervure, un trait noir transversal qui n’est pas toujours bien écrit. Enfin une ligne subterminale en zigzag, éclairée intérieurement est assez mal indiquée. Des points noirs nervuraux précèdent la frange, longue et concolore. Toute l'aile est en outre re couverte d’un sablé plus abondant sur les bords et à la base.

Les inférieures seraient entièrement d’un blane visé, n’était une bande étroite, enfumée qui précède la frange laquelle est complétement d’un blanc satiné. Les supérieures sont, en dessous, d’un gris luisant, etsans taches. Les inférieures ressemblent au dessus.

Les antennes sont de médiocre longueur, sétacées, brunes, avec le premier article noduleux , granuleux et gris. Les palpes sont gros , ascendants et recouverts de nombreuses écailles grisâtres. La trompe est longue et jaunâtre. Les yeux sont gros, blanchâtres et entourés d’un cercle étroit et noir. Le front et le thorax sont blancs. L’abdomen est grèle et de la couleur des ailes supérieures. La poitrine et les pattes sont unicolores.

La femelle est un peu plus grande et a les taches plus accusées que chez le mâle; elle lui ressemble du reste.

(4) Genre créé par M. Zeller aux dépens des Paycis de Duponchel, et composé de la seule Angustella.

380 CHENILLES ET LÉPIDOPTÈRES INÉDITS, La Trach. Myricariella, qui est très-vive , s'échappe et disparaît facilement aux yeux lorsquon veut s’en emparer.

Paclanobina (1) Carmen, Tauns.

Tuanb. Diss. IV, p. 55. — Dup. IL, p. 196, pl. 62. — Gn. Ind. 241. — Herr.-Sch. 401. — Gn. I, 342 — Stgr. Cat. 559. — Ampla Hb. 425. = Tecta Hb. 377. — (Aberr. A. et B. Mil.).

(Planche 45, fig. 8.)

On avait cru jusqu’à ce jour que cette espèce boréale et rare ne variait pas ou variait peu ; cependant j’ai sous les yeux deux aberrations que je crois dignes d’être publiées : l’une d'elles surtout, et c’est cellecique je figure. Avant de décrire ces deux variétés, je demanderai aux lépidoptéristes si l'Ampla, Hb., fig. 425, rapportée communément à la Carnea est bien cette dernière. En effet, la taille, la couleur, et surtout la coupe des ailes si différente de celle du type, m'obligent à ne pastrouverexactlerapprochement qui a été faitde cette Ampla et m'empêchent de voir en elle la Carnea de Thunberg. Il est vrai que la figure , de Hubner est assez médiocre et prête à l’hésitation. La figure de M. Herrich Schæffer est excellente.

Cette Pach. Carnea.,

Var. A.

Est un peu plus petite que les individus typiques : elle a le fond des supérieures presque blanc, ou mieux d’un blanchâtre faiblement carné et aspergé de nombreux atomes bruns. L’orbiculaire et la réniforme nese distinguent que par l’entourage d’un pourpre obscur, et qui forme

(4) Orthosia, Bdv., Herr.-Sch., Steph.

Pachnobia Curnea. 381 lui-même une grande tache brune et interrompue. La coudée, bien que faiblement écrite, peut s’apercevoir ; une ombre grise, continue et transversale la suit et sépare la partie subterminale qui, moins chargée d’atomes que le reste de l'aile, semble former une bande claire, distincte du fond. On voit aussi sur la frange, des points nervuraux petits et bruns. La ligne basilaire, si visible chez le type, ne se distingue point ici. Les inférieures sont grises et aspergées de nombreux atomes bruns. Elles présentent une ombre subterminale brune et large qui se fond en se rapprochant de la base, Les franges des quatre ailes sont concolores. En dessous, les ailes sont grises, finement aspergées de brun, avec la tache cellulaire. Les antennes sont simples. Le thorax un peu hérissé est, ainsi que l'abdomen, de la couleur des ailes supérieures.

Cette aberration, qui est une femelle, paraït avoir été obtenue ex larva. Elle appartient à M. Staudinger.

Var:B

Celle-ci est de la taille de la précédente et entièrement d’un brun rougeàtre. La ligne coudée ne se distingue qu’à la loupe, maisles deux taches ordinaires sont assez bien indiquées. Les inférieures sont uniformément brunes, et la tache cellulaire se voit à peine. Sur les quatre ailes le sablé fin qui les recouvre ne se voit pas sans loupe. Les ailes, en dessous sont brunes et aspergées de nombreux atomes ; elles ont le point cellulaire qui n'est bien indiqué qu'aux inférieures. Le corps participe de la couleur des premières ailes.

Ce sujet fait également partie du cabinet de M. Staudinger, et provient, comme la précédente variété, de la Sibérie occidentale,

Kortrix Fronubana.

Hb. fig. 121. Herr.-Schaef. 55, 56, 167 à 170 = Ambustona Hb. 332, 333. — Dup. pl. 261, fig. 5 = Herminea? Dup. pl. 240, fig. 5 à 6, — Stgr. Cat. 634.

(Planche 46, fig. 4 à 3.) CHENILLE.

Elle est fusiforme, un peu aplatie en dessus et entièrement verte ; cependant cette couleur se modifie ainsi que je vais l'indiquer. Toute la partie dorsale comprise entre les deux lignes sous-dorsales, à partir du deuxième segment jusqu’au dixième, est d’un vert foncé. De la sous-dorsale à la stigmatale , l’insecte est d’un vert glauque; la stigmatale seule se distingue bien : elle est large, continue, ondulée et d’un vert jaunâtre. Le ventre tire sur le bleuâtre. La tête est forte, lenticulaire, cordiforme, testacée et marquée d’un liseré brun qui la borde d’une mâchoire à l’autre. Les yeux sont relativement gros et noirs. Les mandibules sont fortes et rougeätres. Le premier anneau est, sur la partie cornée, marqué de trois taches cunéiformes dont les pointes sont dirigées en avant. Les stigmates qu'on distingue difficilement, même à la loupe, sont blanes et cerelés de noir. Les trapézoïdaux, d’un vert clair, tranchent assez sur le fond ; ils sont, ainsi que les autres points pilifères, garnis de poils blanchâtres passablement longs ; enfin, les seize pattes sont concolores.

La chenille de cette jolie Tortricide, qui parait se trouver dans tout le midi de la France, s’avance jusqu'à la Voulte (Ardèche), où elle est assez abondante. Elle éclot dès la fin de novembre, grossit lentement en hiver et n’a pas atteint toute sa taille avant février ou mars. Elle est polyphage, et même je crois que bien peu de chenilles de Lépidoptères vivent sur des plantes de genres aussi éloignés. Aux envi-

Tortrir Pronubana. 383 rons d'Hyères, je l'ai trouvée sur les diverses Aristolochia qui y croissent communément , sur l’Arbutus unedo, V'Asphodelus ramosus et le . Rosmarinus officinalis. À Celles-les-Bains, plusieurs espèces d’Euphorbia lanourrissent. Je l’airemarquée aussi sur le Thymus vulgaris et jusque dans les capsules de l’Acacia des jardins (Robinia pseudo-acacia, L.). À Amélie-les-Bains (Pyr.-Or.), où cette chenille m’a semblé plus commune que partout ailleurs, je lai rencontrée sur le Rhus coriaria, le Pistachia lentiscus, le Passerina thymelæa et le Smilax aspera. Ce dernier arbuste la fournit très-abondamment.

L'insecte ronge d’abord le parenchyme d’une feuille tendre sous laquelle il se tient fixé pendant le jour. Après sa deuxième ou sa troisième mue, il dévore toutes les parties attaquables des feuilles ; 1l les lie ety demeure caché.

Dès le mois de janvier, la chenille se métamorphose, soit dans la mousse, soit dans les feuilles réunies de l’arbuste qui l'a nourrie.

La chrysalide est allongée, entièrement noire et peu luisante. Les anneaux de l’abdomen sont granuleux et la pointe anale est obtuse, un peu relevée et munie d’imperceptibles crochets.

Je n’ai pas connu de larves qui soient aussi attaquées que celles de la Tortricide dont je complète aujourd’hui l'historique. Les trois quarts de mes chenilles de Pronubana ont donné un petit Diptère inédit dont je parlerai dans un instant.

L’éclosion du Lépidoptère arrive dès le milieu de février et se prolonge jusqu’à la fin d'avril.

Je doute que la Pronubana ait plus d’une génération.

INSECTE PARFAIT

Envergure : 0,015 à 0,016 m.

Les premières ailes sont d’un brun rougeûtre en dessus et traversées obliquement par une ligne médiane, brune, liserée de pourpre obscur à droite et à gauche. Une bande subterminale, aussi Incertaine que la précédente, beaucoup plus large à l’apex qu'au bord

interne, est de la même couleur et bordée intérieurement de même que la médiane. Les secondes ailes sont d’un jaune orangé, trèschaud, avec une bordure large, noire, précédée de quelques points semés irrégulièrement. Les quatre ailes seraient en dessous entièrement d’un jaune orangé chaud, si les supérieures n'étaient très-Jargement bordées de noir. Parfois cette couleur s’avance jusqu’au milieu de l'aile. Le thorax rappelle la teinte des antérieures. L’abdomen, dépassant les secondes ailes, est noir et annelé de fauve. Le bouquet de poil qui le termine, est de la couleur des postérieures.

La femelle, un peu plus grande que le mâle, est aussi plus pâle, surtout aux supérieures. L’abdomen, relativement fort, est également plus long que celui du mäle. Le dessous n’a pas de bordure noire aux supérieures, mais seulement une teinte d’un gris foncé au bord interne.

La Pronubana est depuis longtemps connue, mais sa chenille ne l'était pas. Elle est, je l’ai dit, exclusivement méridionale.

Cette espèce doit bien certainement faire partie des faunes sicilienne, corse, italienne et espagnole.

Les larves de la Pronubana, deviennent, ainsi que je l'ai dit, la proie d’un ennemi qui en réduit grandement le nombre, puisque sur vingt chenilles, c’est à peine s'il éclot cinq ou six Lépidoptères.

À voir la chenille malade rien en elle n’annonce la présence du ver rongeur qui la dévore lentement jusqu’au jour où celui-ci abandonne sa victime expirante et forme, soit au centre de plusieurs feuilles réunies, soit fixée à une branche du Smilax, une petite nymphe piriforme, rougeûtre, luisante, terminée à l'extrémité par une pointe obtuse, forte, dirigée en bas (PI. 46, fig. 5.)

Quinze ou vingt jours avant l'apparition du Lépidoptère, j'ai vu éclore une petite Tachinaire (pl. 46, fig. 4) que je supposai inédite. M. le docteur Sichel, de Paris, auquel je soumis cet insecte pour avoir son avis, ne le connaissant pas lui-même, l’adressa à

Acrolepia Smilaxella. 385 notre collègue de la Société entomologique de France, M. Bigot, et, en me répondant, il crut devoir m'envoyer la réponse de ce savant diptériste ; je transmets textuellement la réponse de M. Bigot : « Pour moi, cette espèce peut être considérée comme non « décrite el comme appartenant au genre Morinia, ROBINEAU. »

Je propose de nommer cette Muscide nouvelle : Morinia Bigot.

Acrolepin (1) Smilaxella, MiL..

(Species nova. ) (PI, 46, fig. 6 à 44.) CHENILLE.

Elle est courte, presque cylindrique, d'un vert douteux. La vasculaire est large, continue et d’un carminé plus ou moins obscur. On ne distingue pas les autres lignes. La tête, lenticulaire, est d’un testacé jaunâtre ainsi que la partie écailleuse du premier segment. Celle-ci est en outre semée de plusieurs petites taches noirâtres de formes variées. Les stigmates, qu’on ne peut voir qu’à la loupe, sont blancs et cerclés de noir. Le ventre, sans lignes, est d’un vert bleuâtre. Les seizes pattes sont de la couleur du ventre. Les poils, assez longs, sont implantés sur de petites caroncules d’un vert foncé et visible à l'œil nu.

Cette chenille vit en décembre et en janvier à Amélie-les-Bains (Pyr.-Orient.), sur le Similax aspera, L., arbrisseau aux tiges grimpantes, aux feuilles dures et persistantes, dont l’insecte ronge les jeunes pousses ; celles-ci commencent à se développer à partir de la fin de l'automne ; c’est à cette époque qu’éclot la petite larve.

(1) Genre créé par Curtis.

Les chenilles du genre Acrolepia, sont pour la plupart vives et frétillantes, celle de la Smilaxella, au contraire, est lourde, paresseuse, et, tombée dans le parapluie, elle demeure immobile, à moitié roulée sur elle-même. Pendant le courant de décembre, ou de janvier, parvenue à son entier développement, elle choisit le plus ordinairement pour se métamorphoser une feuille de Smilax légèrement recroquevillée, y tisse un fourreau en soie, évasé, convexe au centre, oblong, jaunâtre, fixé hermétiquement par les bords (pl. 46, fig. 8), et se métamorphose au bout de cinq ou six jours.

La nymphe est allongée, d’un testacé rougeâtre avec l'enveloppe des ailes longue et bien apparente. La poitrine est marquée sur chaque segment d'un gros point brun, plus visible après la sortie de l'insecte que pendant qu'il est enfermé dans son enveloppe. L’éclosion du petit Lépidoptère a lieu quinze ou vingt jours après sa métamorphose.

Ayant retrouvé des chenilles à la fin de février, je croirais à plusieurs générations de cet Acrolepia, qui auraient seulement lieu en hiver et au printemps, eu égard à la dureté qu'acquièrent en été les feuilles du Smilax aspera.

INSECTE PARFAIT

Envergure : 0,012 m.

De la taille de la Vesperella, Z., H.-S., 348, dont élle a un peu la coupe et la couleur générale. Cependant la Smilaxella a les ailes relativement plus allongées ; les taches des supérieures sont surtout bien différentes, et les trois taches noires et blanches appuyées à la côte de la Vesperella, n’existent jamais chez la Smilaæella.

Les premières ailes de ma nouvelle Acrolepia sont allongées, rectangulaires, d’un brun chocolat, avec une éclaircie large qui longe le bord interne. Un trait noirâtre part de la base et s’avance parallèlement à l’éclaircie jusqu’au tiers de l'aile. On distingue au bas de l’apex deux petits traits noirs parallèles. La côte est brune.

Ginophos Grunerarta. 387 Les franges, de médiocre longueur, sont concolores et rougeûtres à l'extrémité. Les ailes inférieures sont aiguës, d’un gris ardoisé trèsluisant, et garnies de longues franges. En dessous, les quatre ailes sont sans dessins : les premières d’un gris jaunâtre , et les secondes d’un gris ardoisé. Les palpes, recourbés en hameçon , dénudés dans toute leur étendue, sont blancs ; les antennes, presque aussi longues que les ailes supérieures, sont moniliformes et brunes. La tête est blanchâtre; le thorax, brun chocolat. L’abdomen, dépassant de beaucoup les ailes inférieures, est d’un gris bleuâtre et luisant. Les pattes, brunes, sont annelées de blanc.

La femelle, un peu plus grande que le mâle, est également d’un brun chocolat, mais d’une teinte un peu plus claire que celle du mâle. Les supérieures sont uniformes, sans éclaircie blanchâtre au bord interne et n’ont pas les traits noirs qui caractérisent l’autre sexe. La tête est concolore et n’a pas la tache blanchâtre qu’on aperçoit chez le mâle.

Cet insecte vole en hiver, alors que les soirées sont tièdes, et, pendant le jour , lorsqu'on frappe les buissons de Smilax. Je suppose qu'on doit le retrouver partout où croît la salsepareille indigène et qu'il n’est pas exclusivement propre aux environs d’Amélie.

Je fais observer en terminant, que je n’ai vu en aucune province du midi de la France, le Smilax aspera en aussi grande abondance que dans la vallée du Tech, dont le milieu est oceupé par le hameau d’Amélie-les-Bains.

Gnophos Gruneraria, STGR.

Stett. e. Z. 1862, pag. 266.

(PI. 47, fig. 1 à 3.)

Envergure : le ©”, 0,033.

— la ® , 0,056.

Cette nouvelle Gnophos est de la taille de la Serotinaria , W.-V. Elle a les ailes larges, entières, arrondies, soyeuses, à peine dentées

aux inférieures, d’un gris testacé , fortement saupoudrées d’atomes bruns et n’ayant de distinct que la ligne coudée. Celle-ci est brune, bien visible, presque droite, aux postérieures surtout; le point cellulaire, aux premières ailes, est également brun. Les antennes sont de longueur moyenne et moniliformes. Le thorax, relativement grèle, et l'abdomen, long, effilé, sont de la couleur des ailes.

La femelle, dont l’apex des supérieures est assez aigu, a le fond plus clair que chez le mâle, par conséquent, moins chargé d’atomes bruns. La ligne coudée faiblement éclairée de fauve sur les bords, présente aux supérieures une légère ondulation.

La Gnophos Gruneraria fait partie du cabinet de M. Staudinger. C'est d’après deux beaux exemplaires mâle et femelle qu’en ont été faits les dessins. Cette espèce qui paraît fort rare, vient seulement d’être découverte. Elle provient de la plus haute montagne de la Grèce, le Taygète, située au midi du Péloponèse, et a été dédiée à M. Gruner, entomologiste distingué de Leipzig.

La G. Gruneraria qui ne figure pas encore dans le Catalogue de M. Staudinger, devra porter dans cet Index le n° 306 bis, et dans le Species Guenée, le n° 481 bis.

Eriopus Latreillis.

Dup. IV, p. 327, pl. 420, fig. 2— Hb. 818-820. — Gn. Ind. p. 245. — Bdv. 1040. — Gn. VI. p. 296. — Stgr. Cat. p. 45, n°406 = Quieta Treits. IF, p. 259, et sup., p. 49 (non Hub.).

(PL 47, fig. 4 à 7.)

M. Daube m'a envoyé plusieurs chenilles de cette espèce le 12 juin dernier.

Elle est médiocrement longue, cylindrique, sans éminences , rase.

Eriopus Latreillu. 389

Sa couleur est essez bien celle du porphyre. Les lignes dont elle est recouverte sont nombreuses, mais peu visibles; cependant les autres dessins sont nets et vifs. Le fond est roux ferrugineux. La vasculaire est étroite, continue et brune ; elle est interrompue sur chaque anneau par un dessin subtriangulaire noir dont la pointe se dirige en avant. Ce même dessin partage une tache jaune vif placée sur le dos. La sous-dorsale est êtroite et de couleur vineuse. La stigmatale est large, continue, droite, d’un jaune clair ; elle est coupée par une bandelette transversale noirâtre qui repose sur une éclaircie jaune. Les stigmates, noirs, cerclés de blanchâtre, s’appuient à la stigmatale. On aperçoit, en outre, deux ou trois points jaunes entourés de vineux, placés en dessus de cette bandelette. La tête est petite, globuleuse, rétractile, rougeâtre, luisante et partagée par quatre traits noirs qui partent du front et descendent jusqu’à la hauteur de la mâchoire. Le clapet annal est petit, concolore et liserè finement de jaune clair. Le premier anneau est marqué de quatre taches noires correspondant aux traits noirs de la tête. Les seize pattes sont concolores. Le ventre est verdâtre ; il est marqué au centre de chaque anneau d’une couronne de points jaunâtres.

Cette chenille vit exclusivement sur la Doradille cétérach (Geterach officinarum, Willd.), dont elle ne ronge que les écailles roussätres et scarieuses qui masquent, au revers des feuilles, les capsules réunies en groupes linéaires. L’insecte paraît se confondre avec la couleur des écailles, et peut ainsi échapper à la vue de ses ennemis.

Bien que n'ayant point encore été figurée, elle était connue de M. Guenée, qui en a fait sommairement la description ; mais ce savant qui ignorait sans doute ses mœurs, ne nous a pas dit la plante qui la nourrit.

Pour se métamorphoser l’insecte forme une coque assez serrée dans laquelle il fait entrer des débris de feuilles de la Doradille.

La chrysalide, placée horizontalement dans sa coque, est presque cylindrique, médiocrement longue, renflée, luisante et obtuse. Elle la l'enveloppe des ailes d’un vert clair passant au jaune sur les bords

et sur les anneaux abdominaux. Les yeux sont indiqués en brun. Peu d'insectes subissent toutes leurs transformations en un temps aussi court que la chenille de l’Eriopus Latreillii. En effet, il se passe à peine un mois depuis léclosion de l’œuf jusqu’au moment de la métamorphose en nymphe: et, si la température est favorable, la chrysalidation ne dure pas plus de dix à douze jours. Le Lépidoptère sort ordinairement de son enveloppe dans laprèsmidi.

INSECTE PARFAIT

Envergure : 0,024 à 0,025 m.

Les ailes supérieures sont, en dessus, d’un brun foncé mélangé de blanc, de jaune et de rouge, Les quatre lignes ordinaires sont fines, tremblées et assez bien écrites en brun. Les taches réniforme et orbiculaire se détachent en clair. La frange est entrecoupée de brun. Les ailes inférieures sont grisâtres avec le bord terminal largement enfumé. Les antennes sont filiformes et présentent une petite nodosité au tiers environ de leur longueur. Le thorax est assez robuste, crêté et de la couleur des ailes supérieures. L’abdomen est conique, affilé, caréné, pointu et crêté sur les trois premiers anneaux. Les pattes sont garnies de poils concolores jusqu’à l’avant-dernier tarse.

La femelle, de la grandeur du mâle, s’en distingue par la couleur entièrement brune des ailes inférieures, et par l’absence de nodosité aux antennes.

Cette jolie Noctuelle est demeurée rare pendant longtemps : c’est sans doute à M. Daube qu’on doit de la voir répandue aujourd’hui dans les collections. Quoique méridionale, elle a bien pu être rencontrée en Belgique, ainsi que l’a pensé Duponchel (1), car la Doradille cétérach, qui croît presque partout en France sur les vieilles murail-

(4) VII, {re partie, page 330.

Angerona Prunariu. 394

les et dans la fente des rochers, se rencontre aussi dans plusieurs provinces belges.

L’Eriopus Latreilli n’a jamais été prise dans le Lyonnais, mais je l'ai rencontrée fréquemment à Celles-les-Bains (Ardèche). Je la saisissais la nuit en chassant à la lanterne. Je l’ai trouvée plusieurs fois jusque dans l’établissement des bains.

Elle a été. rencontrée une seule fois aux environs de Marseille : à Saint-Loup, contre une vieille muraille.

Pour compléter mes observations, je dirai ce que vient de me communiquer M. Daube : |

Plus la saison est humide aux environs de Montpellier, plus les chenilles de l’Eriopus Latreillu sont abondantes, car les feuilles de la Doradille ramollies par l'humidité qui les pénètre, procurent aux larves qui vivent à ses dépens une abondante nourriture.

Une chaleur trop vive succède-t-elle à un temps humide, et surprend-elle avant leur entier développement quelques-unes de ces chenilles, celles-ci disparaissent sans qu'il soit possible d’en retrouver une seule jusqu'à ce que la température ait changé. Quoiqu'il en soit, on peut dire que les générations de cette Eriopus se suivent sans trop d'interruption jusqu’à la fin de l'automne et que les pontes annuelles peuvent varier de quatre à Six.

Angeronn FPrumaria, EL.

(Aberr. B. et C.).

(PL. 48, fig. À et 2.)

Cinq ou six variétés de cette grande Géomètre ont été déjà publiées et réunies par l’auteur du Species dans son article Var. À (Sordida Roes.), mais aucune de ces aberrations ne m'a paru aussi curieuse que les deux que je figure aujourd'hui. Elles m'ont été communiquées par M. Rodolphe Zeller, de Zurich. La première,

392 CHENILLES ET LÉPIDOPTÉRES INEDITS.

Var. B.

est un mâle ; elle a les ailes antérieures d’un fauve obscur. Les postérieures sont caractérisées par une très-large tache d’un fauve orangé vif appuyée au bord costal et traversant l'aile, mais n’atteignant par le bord interne. La discoïdale est allongée, brune, faiblement indiquée. Une tache fauve orangé, de la grandeur d’une petite lentille, mal arrêtée sur ses bords, occupe leur centre. La frange, aux quatre ailes, est teintée de fauve orangé. En dessous, le fond est brun. La grande tache des supérieures et celle des inférieures, est ici d’un fauve clair. La tache cellulaire est aussi visible qu’en dessus.

Vars

Si la précédente aberration de Prunaria intéresse par la disposition des taches qui la caractérisent, celle-ci, qui est une femelle, est encore plus remarquable. Elle n’est guère plus grande quele mâle (Var. B.). Les ailes en dessus sont comme panachées. Ce qu'il y a de plus étrange chez cette femelle, c'est que les premières ailes ne sont pas plus semblables entre elles par la disposition des taches, que ne le sont les secondes. L’aile supérieure gauche est d’un fauve ochreux pâle, et marquée d’une seule bande orangé vif qui suit la côte de la base de l'aile jusqu”y compris la frange. Cette bande s’élargit un peu à partir du point cellulaire, noir, bien écrit. L’aile droite nous montre une tache orangé vif sous forme de bande aiguë à sa base et trèslarge au bord externe dont elle occupe toute la surface. L’aile inférieure gauche est entièrement d’un orangé vif, aspergée de stries brunes clairsemées. C’est la seule des quatre ailes qui présente ce caractère. L’aile inférieure droite n’est guère plus tachée d'orangé que la supérieure gauche. La bande longitudinale qui y règne est de même largeur dans toute son étendue, Le dessous des quatre ailes n’est pas moins étrange : sur un fond semblable à celui du dessus, les mêmes taches existent, seulement le tout est plus pâle.

Hecatera Cappa. 393

Ces deux sujets ont été obtenues ab ovo. Leur mère, me mandait

M. Zeller, a donné une vingtaine de descendants tous assez différents

les uns des autres, mais aucun toutefois n’était aussi remarquable que ceux-là

Hecatera Cappa.

Hb. 447 — Tr. IE, p. 7 — Dup. I, p. 427, pl. 99. —Gnind. 243. — Bdv. 1010 — Gn. VI p. 31 — Stgr. Cat. 251.

(PI. 43, fig. 36.) CHENILLE.

Dans sa jeunesse, elle est d’un vert clair, marquée d'une large vasculaire blanche et continue. La tête est d’un jaunâtre testacé. Les pattes antérieures sont concolores ; les ventales et annales, blanchätres. Ce n’est qu’à la fin de juin qu'elle a atteint toute sa grosseur. A cette époque, elle est cylindrique, rase, pleine, et sa parure est sans éclat. Elle est d’un argileux plus où moins terne en dessus et sur les flancs. Le ventre, plus clair, participe de la couleur uniforme de l’insecte. La ligne vasculaire est large, brune et continue. La sous-dorsale est géminée, mais elle ne se distingue pas à l'œil nu. La stigmate est jaunâtre et se détache à peine du fond. Les stigmates sont blanchâtres, relativement grands et cerclés de noir. La tête, de grandeur moyenne, est ovoïde et d’un jaune rougeûtre. La moitié du premier anneau est recouverte d’une plaque cornée de la couleur de la tête. Les seize pattes sont concolores. Deux ou trois jours avant sa transformation, l’insecte passe au brun canelle.

Cette chenille, qui m'a été envoyée de Montpellier par lobligeant M. Daube, est fréquemment attaquée par un petit Hyménoptère qui la fait périr alors qu'elle n’est pas à moitié de sa taille. Ce parasite, très-petit relativement à la Cappa, éclot moins de quinze jours après sa transformation,

Elle vit sur les Delphinium Ajacis, L. et Staphysagria, L., répandus dans la campagne de Montpellier. On la rencontre également sur le Delphinium des jardins, où sa manière de vivre est assez celle de la Chariclea Delphini, c’est-à-dire que se tenant au sommet des tiges, elle ronge les fleurs, les graines et les capsules encore vertes. Parvenue à toute sa taille, elle ne demeure pas sans cesse sur la plante ; elle en descend et se cache sous une légère couche de terre, puis remonte sur la tige dès qu'arrive la nuit.

Le quart environ des individus qui se sont chrysalidés à la fin de juin, éclot quatre ou cinq semaines après la métamorphose. Les sujets provenant de ces éclosions précoces, doivent avoir une seconde génération. C’est ce quenous a fait connaître le naturaliste Dahl qui le premier a observé la chenille de la Cappa; il l’a trouvée deux fois dans la même année, en juin et en août (1).

L'insecte, pour se chrysalider, cherche sous les débris de végétaux un lieu convenable, et se fabrique à la surface de la terre une coque molle.

La chrysalide est allongée, rougeâtre, luisante, sans aspérités et terminée par une pointe unique, finement recourbée à l’extrémité et précédée d’un petit bourrelet brun. Cette chrysalide est en outre recouverte, aux Incisions et sur l’enveloppe des ailes, d’une trés-légère efflorescence bleuâtre.

Le papillon éclot ordinairement dans le courant de mars ou d’avril.

INSECTE PARFAIT

Les ailes supérieures sont entières, veloutées et à fond blanchâtre ; elles sont traversées par plusieurs lignes festonnées, noires ou brunes. Elles ont l’espace médian d’un gris foncé et presque noir chez cer-

(4) Dup. VI, p. 408.

Nemeophila Metelkana. 395 tains sujets. Les deux taches ordinaires sont toujours blanches et finement bordées de noir. La tache claviforme ne se voit jamais. Les bandes coudée et basilaire sont larges et blanches. La frange est blanche. Les antennes sont pubescentes. Le thorax est robuste, velu , et participe de la couleur des ailes. L'’abdomen est d’un gris brun et chargé d’écailles ; 1l est légèrement crèté sur les premièrs anneaux.

Bien que la chenille ne soit pas rare, l’insecte parfait ne se montre presque jamais.

Depuis longtemps on élève à Marseille cette espèce qui ne paraît pas plus rare qu’à Montpellier.

J'ai pu m’assurer il y a quelques mois que l’Hecatera Cappa appartient à la faune des environs de Perpignan (Pyr.-Or.). Elle n’a jamais été trouvée dans le Lyonnais ni dans les départements voisins, que je sache toutefois.

Nemeophila? Metelkana.

Led. Wien.-Mts. 1861, p. 162. IE, fig. 42. — Stgr. Cat. 63 a.

(PI. 49, fig. À à 4).

Cette charmante espèce qui est encore une des plus grandes raretés, a été découverte il y a à peine trois ans. La femelle seule était connue et a été figurée dans le Wiener entomologische Monatschrift. Je suis heureux de faire connaître le mâle de cette intéressante Ecaille ainsi que plusieurs de ses variétés.

M. Lederer a cru devoir faire entrer la Metelkana dans le genre Nemeophila, Steph. ; je la suppose plutôt une Spilosoma, Steph. (Arctia, Bdv.), et crois que sa véritable place devrait être dans le voisinage de l’Urticae, Esp. et de la Menthastri, Hb.

Envergure : 0,036 à 0,038 m.

Sa taille est un peu moindre que celle des Spilosoma Urticae et Menthastri ; elle serait assez de la grandeur dela Spectabilis, Tauscx. (Intercisa).

Les ailes supérieures sont médiocrement longues, presque rectangulaires, coupées carrément à l'extrémité et d’un jaune de Naples vif, À la hauteur des lignes transverses ordinaires, on distingue trois séries de points noirs fins qui remplacent ces lignes absentes et qui sont ainsi disposées : trois points placés à des distances irrégulières , représentent la première ligne ; cinq points représentent la seconde ligne et six points la troisième. Ces six derniers, disposés par deux, sont plus petits que les précédents. On voit, en outre, au milieu de l'aile, un trait ferrugineux , assez large, placé à la hauteur de la quatrième nervure et au sommet duquel se trouve noyé un point noir elliptique. La côte est ferrugineuse. La frange est étroite et d’un rose pâle. Les ailes inférieures sont larges, arrondies et d’un rouge cerise pâle avec quatre points noirs dont les deux supérieurs très-petits. Il existe en outre un point noir cellulaire plus gros que ceux dont il a été question. Les ailes en dessous sont différentes du dessus : elles sont d’un rose obscur plus accusé aux supérieures qu'aux inférieures. On voit une éclaircie jaune à la base ainsi qu’au bord antérieur de la première aile, laquelle est marquée de cinq taches noires ; les deux premières sont placées sur la seconde nervure, l’une au tiers et l’autre aux deux tiers environ de la base de l’aile. Les trois dernières taches, subterminales, sont moins grosses et plus pâles que les précédentes. Les secondes ailes présentent trois taches noires qui sont la répétition exacte du dessus , bien que plus pâles. Les antennes , médiocrement longues, sont pectinées, ferrugineuses et jaunes à l'extrémité. Les palpes, bien développées, sont d’un pourpre obscur. Les yeux sont gros et fuligineux. Le thorax est robuste, fauve et assez peu fourni d’écailles. Le corps, long et dépassant les ailes, est d’un jaune ochreux; il est de plus orné de trois

Nemeophila Metelkana. 397 séries de taches noires ; celles des flancs sont à peine visibles. La poitrine et le ventre sont d’un pourpre obscur. Les pattes sont noires.

La femelle, qui est un peu plus grande que le mâie, est aussi d’un ton plus chaud, c’est-à-dire que le fond des supérieures est plus ochreux et le rouge des inférieures plus vif. La costale ainsi que les autres nervures, la frange et la tache longitudinale du milieu de l'aile, sont d’un ochreux foncé tirant sur la couleur rouille. Les taches noires des inférieures sont plus larges et au nombre de six : quatre précédent la frange et les deux autres sont placées entre la cellulaire et la base de l'aile. Le dessous, également très-chaud, est marqué de quatre taches noires aux supérieures et de cinq aux inférieures. Les antennes sont filiformes et ferrugineuses. L’abdomen est cylindrique, d’un ochreux foncé et dépassant les inférieures ; il est marqué de trois séries de taches noires toutes bien visibles.

Le mâle et la femelle de la Neme. Metelkana font partie de mon cabinet.

Cette jolie espèce semble varier beaucoup. J'ai sous les yeux quatre aberrations ©” et ® qui sont de la même provenance que les types. Tous ont été obtenus ex larva ; j'en juge du moins par leur extrême fraicheur. La première de cas aberrations ,

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