‹ Iconographie et description de chenilles et lépidopteres inéditsChapitre 5 sur 45 · Tome vi. — Annales de la Société Linnéenne · texte numérisé non relu

Tome vi. — Annales de la Société Linnéenne

sur ce groupe; mais ce savant n'a rien dit d’une étrange particularité que je crois surtout propre aux Gnophos , et que J'ai observée chez les trois espèces que je vais décrire. Je dirai en peu de mots cette particularité de mœurs. Lorsque les chenilles de Mucidaria, Pullata et Glaucinata sont inquiétées, soutenues sur leurs pattes membraneuses, le corps à moitié recourbé et projeté en avant, elles s’agitent pendant deux ou trois minutes avec une sorte de frémissement, de haut en bas, puis de droite à gauche ; elles recommencent ce mouvement au moindre bruit. C’est surtout dans le jeune âge que J'ai observé ce fait. Après la quatrième mue, ce frémissement m'a paru se renouveler moins souvent ; il était

aussi moins prolongé qu'avant,

ae gsm rare

Gnophos Hucidaria. 887

Gnophos Mucidaria,

(Planche 41. Fig. 4 à G.)

Hb. 148.— Treits. I! p. 182. — Dup. V. p. 218 pl. 186 fig. 5. — Bdv. 1593. — Herr.-Sch. p. 75 et Sup. p. 75 fig. 266-268. — Gn. 472.

CitENILLE.

Les œufs de Hucidaria sont ovales, légèrement comprimés et très-lisses. [ls sont d’abord d’un jaune serin; deux jours après, ils passent au rouge corail, et la veille de leur éclosion ils sont d’un violet obscur. La jeune chenille, au sortir de l'œuf, est jaune clair. Ce n’est qu'après le deuxième changement de peau que commencent à paraitre les pointes ou éminences charnues qui caractérisent cette larve, mais alors ces pointes sont à peine visibles à la loupe. Arrivée à toute sa taille, cette chenille est presque cylindrique et de la grosseur de celle de Fariegata; mais elle est relativement moins courte que les chenilles de Pullata et Glaucinata, et n'a pas non plus la forme de ces deux dernières.

La larve de Mucidaria est d'un fauve plus ou moins clair. Les lignes vasculaire et sous-dorsale sont fines et d'un brun verdatre ; elles sont à peine visibles à la loupe, seulement la première n’est pas interrompue, tandis que la seconde l'est largement à toutes les intersections. La ligne stigmatale est blanchätre et ondulée; elle est interrompue par les caroncules des cinquième, sixième, septième et huitième anneaux. Le ventre est lavé de blanchätre et présente trois lignes parallèles, interrompues et liserées de blanc. Les stigmates sont rougeatres et cerclés de noir. La tête est presque carrée, fai-

blement échancrée au scmmet; elle est jaunâtre et maculée

irrégulhèrement de points gris. Cette tête est rétractile et, au repos, disparait à moitié sous le premier anneau. Les pattes sont concolores, sauf les anales qui sont grises et tachées de points noirs. Les cinquième, sixième, septième, huitième et onzième anneaux présentent chacun une rangée transversale de six caroncules proportionnellement fortes , surmontées chacune d'une pointe fine d’un blanc mat. Cette dernière n'est bien visible qu’à la loupe. Les six caroncules de chaque anneau sont placées par paires: les deux plus fortes occupent le sommet de l'anneau, les quatre autres sont placées sur les côtés, deux à droite, deux à gauche. Tout le corps, sauf le dessous, est, en outre, chargé d’une infinité de petits tubercules concolores qui ne sont bien visibles qu'à la loupe. Chacun des anneaux, qui supporte les six caroncules, laisse voir trois taches d'un brun verdâtre. La double éminence charnue occupant le sommet de l'anneau est maculée : 1° d’une tache brune triangulaire, dont l’un des angles se dirige dans le sens de la pointe; 2° de denx taches de même couleur qui aboutissent aux caroncules placées sur les côtés. La première de ces deux taches est allongée, celle du bas dessine imparfaitement un triangle.

Lorsque la chenille de Mucidaria doit se métamorphoser, elle quitte la plante qui l'a nourrie, grimpe contre le mur au pied duquel elle a vécu (le plus souvent ce mur est situé à une exposition très-chaude , et n'a pas trace de cryptogames ), cherche un petit enfoncement , s'y loge, file une toile légère au niveau de la paroi du mur et tarde peu à se chrysalider. Cette toile, qui bouche exactement le trou où la chenille s’est retirée, est composée de soie blanche entremêlée de grains de sable enlevés au mur. L’insecte, par ce moyen, réussit d’une manière si parfaite à se soustraire à la vue de ses ennemis, qu'il faut une très-grande habitude pour la découvrir sous cet abri.

Gnopios Hucidaria. 389

Elle est allongée, cylindrico-conique et d'un mir mat. L'enveloppe des ailes descend assez bas. Dans certains exemplaires, les anneaux abdominaux sont d’un noir obscur. Les trois derniers segments sont recouverts de poils hérissés. L'abdomen porte, à l'extrémité, deux pointes très-rapprochées, mais qui ne se touchent qu'à leur naissance. Chacune de ces pointes est terminée par un crochet recourbé en forme d'hamecon, propre sans doute à retenir la chrysalide à la toile qu la recouvre.

INSECTE PARFAIT

Mucidaria porte environ 0,026 millim, Elle est un peu plus petile que F’ariegata , dont elle à la coupe et le facies au premier abord. Les ailes supérieures sont arrondies, les inférieures légèrement dentées, d’un jaune plus où moins clair et recouvertes de nombreux atomes gris. L'extra-basilaire et la subterminale des supérieures sont lavées de blanchâtre obscur. L'espace médian et le bord terminal, sur les quatre ailes, sont plus ou moins largement lavés d’une teinte ochracée. Une rangee de points allongés précède la frange qui est plus ou moins jaunâtre. La tache orbiculaire, le plus souvent pupillée et toujours plus grande aux supérieures, existe sur les quatre ailes. Les inférieures, sur un fond faiblement ochracé et soyeux, sont très-légèrement lavées de gris. La coudée et la subterminale sont, chez le type, à peine accusées. Les antennes du mâle, de la couleur du fond, sont pubescentes et différentes en cela de Variegata, dont les antennes sont filiformes.

Mucidaria varie à Lyon en ochracé très-vif; on voit aussi des sujets d'un jaune obscur, chez lesquels les lignes trans-

verses se remarquent à peine. Un individu, trouvé ce printemps à Hyères, est entièrement brun et sans lignes. Enfin, d’autres variétés sont d'un gris presque blanc; chez celles-ci les extra-basilaure et coudée seules sont écrites. Je dirai encore que J'ai remarqué dans la campagne des individus d'une petitesse extrême, mesurant à peine 0,015 millim. d'envergure.

La figure de Hubner, n. 148, est mauvaise et ne peut donner idée de la vraie Mucidaria. J'en dirai autant de celle de Duponchel, pl. 218, fig. 5. Le n. 268 de Herr.-Sch. tab. 44 réussit mieux à rendre la coupe de cette Géomètre, mais ce n’est point sa couleur ; ce numéro rappelle plutôt la tente de Variegata. Quant aux figures 266 et 267 du continuateur de Hubner, ce sont évidemment des variétés de son numéro 268. Enfin, ses numéros 502, 503 et 504, s'ils représentent des aberrations de Mucidaria, me paraissent des plus remarquables.

La chenille de Mucidaria ne vit pas de lichens, ainsi que le pensent plusieurs auteurs, mais bien de plantes basses. Elle mange indistinctement les Rumex, Composées, Ombellifères, mais elle préfère l'4nagallis arvensis et surtout le Polygonum aviculare.

Mucidaria est très-commune dans nos environs. Elle s'avance jusque dans les jardins de l'intérieur de la ville. L’insecte parfait s'applique d'habitude contre les murs très-blancs, à l'exposition la plus méridionale.

Un ennemi de l’ordre des Hyménoptères et de la famille des Ichneumonides attaque la chenille de cette Gnophos , mais je ne sais à quelle époque; tout ce que je puis dire, c'est que ce parasite éclot très-souvent à la place du Lépidoptère.

Longtemps Variegata, voisine de Mucidaria, à passé mapercue dans les collections, confondue avec cette dernière

espèce, ou considérée simplement comme une de ses variétés.

Gnophos Mucidaria. 391

Depuis peu de temps, Boisduval, puis Duponchel, ont donné, dans leur ouvrage entemologique, Fariegata comme variété de Mucidaria. M. Guenée a fait, avec raison, de Wariegata une espèce distincte de Mucidaria ; mais ce naturaliste consciencieux à commis une petite erreur, qu'en passant je me permettrai de relever. L'histoire de Fariegata à été faite par M. Bruand d'Uzelle (Annales de la Société entomelogique de France, année 1843); cependant M. Guenée dit, dans son Species, que c’est la chenille de Hucidaria qu'a décrite et figurée M. Bruand, quand, en réalité, c'est celle de Fariegata. Ges deux espèces ont des époques d’éclosion bien différentes : Mucidaria éclot une première fois dès la fin de mars et le commencement d'avril, puis une seconde fois en août et septembre. Elle passe l'hiver en chrysalide et jamais ne demeure en chenille pendant la mauvaise saison. J'ai eu la preuve de ce fait en élevant de jeunes larves de Mucidaria, dont les œufs, pondus à la fin de septembre, me donnèrent leurs chenilles quinze jours après. Ces chenilles grossirent très-vite et se chrysalidèrent à la fin de novembre, à la température ordinaire. Varieqata, au contraire, passe l'hiver à l'état de larve et ne se métamorphose qu'en avril, époque de la première apparition de sa congénère à l’état d’insecte parfait.

Variegata, selon toute apparence, ne doit éclore qu'une fois par an.

Bien que la chenille Hucidaria ait du rapport, pour la forme, avec celle de Vuriegata, elle s'en distingue par plusieurs caractères dont le plus important est celui-ci : les cinquième, sixième, septième, huitième et onzième anneaux sont, chez Varieqata, surmontés de trois pointes charnues et Saillantes, dont une en dessus et une sur chaque flanc, tandis que celle de Mucidaria possède, sur chacun de ces mêmes: anneaux, six pointes charnues placées par paires, de la ma-

nière suivante : deux au sommet et deux sur chaaue côté

Sans nul doute Mucidaria est bien distincte de Fariegata, et désormais il ne sera plus possible de confondre ces deux

espèces.

Gnophos Giaucinata.

(Planche 1. Fig. 7 à 11.)

Hb. 150. — Treits. LE. p. 177. — Dup. V. p. 214 pl. 184 fig. 5-4. — Bdv. 1591. — Herr.-Sch. p. 75 fig. 68-69. — Delah. 1925. — Gn. 474. — Falconaria, Frey. IV p. 377 fig. 5.

CnENILLE.

Des œufs de Glaucinata pondus le 20 juillet 1858, me sont éclos le 50 du même mois.

La chenille parvenue à toute sa taille est, au repos, courte et ramassée ; elle est atténuée antérieurement, carénée sur les côtés, sans éminences, sauf une caroncule bifide et blanchatre que supporte le pénultième anneau. Le fond est d’un jaune verdâtre plus ou moins foncé, suivant les individus.

La ligne vasculaire est à peine écrite ; elle n’est visible que sur le milieu des cinquième, sixième, septième, huitième et neuvième anneaux. La sous-dorsale n’est guère plus distincte ; mais, bien que fort peu apparente, elle parcourt sans interruption toute la longueur de linsecte jusqu’à la tête; quant à la stigmatale, elle est longue, blanchâtre, continue, quelque peu sinueuse et liserée de brunâtre des deux côtés. Les anneaux sont bien marqués ; tous jusqu’au dixième supportentun chevron rougeûtre qui, partant de la vasculaire, descend diagonalementet vient aboutir aux stigmates. Ceux-ci sont ronds, blancs et cerclés de noir. A l'œil.nu on ne distingue que le cercle noir. Le ventre est verdâtre; la ligne ordinaire, qui cependant est large, se détache à peine du fond; cette ligne

Gnophos Glaucinata. 395 est accompagnée de chaque côté d’un liscré fin, brun, formé par la réunion de très-petits points noirâtres. La tête est rougeûtre, petite, ronde, rétractile et finement ponctuée de brun. Un trait blanc faisant suite à la stigmatale paraït se prolonger sur la tête et, à droite et à gauche, aboutir aux mâchoires. Toutes les pattes sont concolores.

CHRYSALIDE

Elle est cylindrico-conique, rougeatre, très-lisse, très-luisante. L’avant-dernier anneau présente un bourrelet que l’on n'apercoit bien qu'avec le secours de la loupe. L’extrémité abdominale se termine par une pointe aiguë et forte.

Le mode de transformation de Glaucinata n'a rien qui la distingue de ses congénères Hucidaria et Pullata.

INSECTE PARFAIT

Cette espèce varie beaucoup pour la taille et pour la couleur. Hubner ayant pris pour type les individus à fond jaunâtre et à lignes transverses bien marquées, les entomologistes qui sont venus après lui ont dù faire comme cet 1conographe, et ne considérer que comme variétés de Glaucinata, les sujets d’un cendré bleuâtre qui, néanmoins, sont partout les plus fréquents.

Le type est de taille moyenne, à fond jaunâtre, saupoudré d’atomes gris-brun, le tout avec reflets bleuâtres. Les lignes basilaire, coudée et-subterminale, sont toujours bien écrites aux supérieures. Celles-ci ont apex prolongé. Les inférieures, chez lesquelles manque la ligne basilaire, sont profondément dentées. Les franges, assez larges, entrecoupées de blanc, sont de la couleur du fond. Les omicrons sont petits et évidés.

Le dessous des ailes est d’un gris de fer depuis la base jusqu'à la coudée inclusivement ; puis une ligne transverse,

jaunâtre et assez large, succède à cette coudée. Les ailes se

terminent par une large bordure gris de fer maculée aux supérieures de deux taches jaunâtres, l'une située à l’apex, l'autre sur la cinquième nervure. Aux inférieures, au lieu de taches, 1l existe une traînée qui précède immédiatement la frange. Enfin les antennes sont crénelées.

La variété à fond bleuâtre possède, en dessus et en dessous, les mêmes lignes, les mêmes taches que le type; mais toutes sont moins vivement écrites. Les taches occellées des inférieures sont petites et sans pupille.

J'ai pris, l'année dernière, à la Grande-Chartreuse, un individu qui doit être la var. G du Species Guenée (Gnoph. Supinata, Lédérer.). Cette variété est d'un cendré uniforme, avec les dessins des supérieures presque effacés. Le dessous à les lignes et les taches aussi distinctes que le type.

La chenille de Glaucinata était à peine éclose que déjà elle tremblotait au moindre bruit. Sa croissance s’est opérée rapidement. Dès le 12 août, c’est-à-dire dix jours après son éclosion, elle mesurait déjà 0,014 à 0,015 millim. Quand arriva la fin du mois, elle avait atteint toute sa croissance. Elle disparut alors sous la mousse, forma une coque lâche, se chrysalida sur la terre, et, quinze jours après, donna son insecte parfait.

Ainsi qu'on le pense bien, Glaucinata ayant fourni une génération dans un espace de temps aussi restreint, doit avoir au moins deux éclésions par an. Ses mœurs semblent l’éloigner de Pullata, quoique les chenilles de ces deux espèces se ressemblent beaucoup.

Les deux générations annuelles de Glaucinata la rapprochent de Mucidaria, bien que leurs chenilles n'aient pas le moindre rapport de formes l'une avec Fautre.

J'ai nourri Glaucinata avec les feuilles de plusieurs espèces de Composées-Corymbifères, certaines Légumineuses herbacées et divers Carex, La chenille de cetie deuxième Gnophos est donc polyphage.

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