‹ Iconographie MolieresqueChapitre 1 sur 180 · Iconographie Molieresque · texte numérisé non relu

Iconographie Molieresque

Nous disions, en 1872, quand nous publiâmes une première édition de Y Iconographie moliéresque, tirée seulement à cent exemplaires in-8 etin-12 (Vincent Bona, imprimeur de S. M. à Turin. Mice, chez J. Gay et fils, éditeurs) : « Notre essai se présente avec toutes les erreurs et toutes les fautes inséparables d'un ouvrage entièrement nouveau ; il ne se perfectionnera et ne se complétera que dans des éditions subséquentes, si la bienveillance des moliéristes, plus nombreux et plus passionnés que jamais, encourage une entreprise qui a besoin du concours de tous (car les recherches auxquelles nous nous sommes livré sont loin d'avoir obtenu les résultats que nous devions en attendre) ; il y a encore bien des tableaux, bien des dessins, bien des gravures à découvrir et à signaler. » Nous ajoutions : « Le plan que nous avons suivi, après mûre réflexion, nous semble appelé à recevoir toutes les augmentations qu'on voudra y introduire par la suite. »

Notre espoir, nos vœux se sont réalisés, puisque nous pouvons mettre sous presse aujourd'hui, trois ans après la publication de notre essai, une seconde édition, qui n'a de rapports avec la première que par son objet et par son plan. Cette nouvelle édition était, d'ailleurs, indispensable pour servir de complément à la seconde édition de la Bi-

H PRKFA'

bUogvaphù moUéresque. Quant à la première édition de V Iconographie, on pouvait dire que personne De la connaissait e1 que son existence même avait été à peine constatée par les bibliographes. Les cent exemplaires dont se composait l'édition faite à l'étranger furent, en effet, accaparés par les marchands d'estampes et par quelques libraires, au moment môme de la mise en vente. L'ouvrage est donc resté absolument inconnu.

Quelques iconographes, entre autres M. le baron Pichon, le savant président de la Société des Bibliophiles français, avaient bien voulu nous donner, pour cette Iconographie, des notes, des conseils cl des encouragements. Notre seconde édition a trouvé, dans M. Mahérault, qui s'est intéressé à nos travaux avec tant de bienveillante sympathie, un bien actif el bien précieux collaborateur. M. Mahérault, l'auteur d'un des livres d'iconographie les plus parfaits sur l'œuvre de Gavarni, nous a prêté un si obligeant et -i utile concours, que nous avons à cœur de lui attribuer t- mt ce qu'il y a de bon dans notre ouvrage, en gardant pour nous seul la responsabilité des imperfections et des erreurs qui peuvenl s'y trouver. Nous lui exprimons ici toute notre reconnaissance, en déclarant que, sans lui al sans sa coopération assurée, nous n'eussions pas en le courage d'entreprendre el surtout d'achever nn ouvrage qui nous a coûté beaucoup de temps el de recherches qui est, pour ainsi dire, une exception au milieu de nos études ordinaires et favorites.

Nous avions cependant, à certains égards, des idées un peu opposées à celles de M. Mahérault, qui, en soutenant les siennes, nous a permis de défendre les nôtres, même au |>"ini de vue de l'iconographie. Ainsi, nous rogardons comme nn portrait de fantaisie celui qui ne reproduit pas exactement et complètement un portrait original, dessiné ou peint d'après nature. Voilà pourquoi nous raisons d'abord nn relevé descriptif de tous les do-

PRKFACp;.

sins ou tableaux contemporains, plus ou moins authentiques, qui nous donnent le portrait de Molière, à différents âges, avec différents costumes, et dans différentes phases de sa vie. Ce sont là, à notre avis, les véritables originaux, et ceux-là môme, qui n'existent plus, mais qui sont représentés par d'anciennes copies peintes ou gravées, nous paraissent devoir servir de base à une iconographie moliéresque. Viennent ensuite les reproductions successives, les copies plus ou moins infidèles, les imitations plus ou moins fantaisistes. En un mot, nous croyons qu'il s'est conservé de Molière un assez grand nombre de types originaux, qui offrent des dissemblances notables, môme dans les traits du visage, même dans l'expression de la physionomie, et qui ne doivent pas être relégués parmi les apocryphes.

Il est bien difficile d'avoir, de la même personne, trois ou quatre portraits analogues, sinon semblables, quand ces portraits ont été faits à des années d'intervalle et sous des conditions diverses de santé , d'existence , d'humeur ou de sentiment. Les traits du visage, considérés en euxmêmes, garderont sans doute plus ou moins leur forme, leurs linéaments, leurs méplats, leur corrélation d'ensemble; mais l'expression, qui seule caractérise une physionomie, se modifiera et changera du tout au tout. Allez voir, par exemple, au Musée de Versailles, les portraits de Napoléon Bonaparte , depuis le général en chef de l'armée d'Italie jusqu'au prisonnier de Sainte-Hélène : c'est le même homme, et ce n'est jamais la même tête, ni la même physionomie. Il en doit être ainsi de Molière : non-seulement Molière, comédien, dans le costume d'un de ses rôles, ne saurait ressembler le moins du monde à Molière rêvant ou travaillant dans son cabinet; mais encore, comme Molière était d'une nature si sensitive et si impressionnable, le caractère de sa figure a dû varier sans cesse, selon les circonstances de sa vie intime ou exté-

iv PBBFAi

rieure. <>n aurait donc bien de la peine à retrouver, dans un portrail de .Molière jeune, quelque chose de la physionomie de Molière à l'âge de cinquante ans, lorsque, fatigué et malade, soucieux el morose, il sentait venir la mort et comptait tristement, en écoutant le tintement de l'hor-

. les heures qui lui restaient à vivre. Ici, c'est la peinture de Mignard, gravée par Nolin; là, c'est la peinture de Sébastien Bourdon, gravée par Beauvarlet.

M. Mahérault, au contraire, ne fait pas grand cas des portraits, dessinés ou peints, qui n'ont pas été gravés et qui ne sont pas consacrés par la tradition. « Je me méfie, et je crois avoir raison, nous disait-il, de Ions ces portrait» qu'on lions donne pour des Molière et qui ne nous offrent peut-être, comme relui qu'a gravé Beauvarlet. que des personnages inconnus. Quelle garantie nous présentent-ils? Aurime. Quinze vrais portraits de Molière! ajoutai t-il; rien que cela suffirait pour démontrer la fausseté de plus des trois quarts de ces portraits, avant tout examen. Pour nous faire admettre le contraire, chacune des personnes auxquelles ils appartiennent a-t-elle recueilli tous les renseignements qui peuvent résoudre la question, documents écrits ou imprimés, constatant quelle est leur provenance, el par quelle filière, depuis le dix-septième siè-

ils ont passé pour venir jusqu'à nous? Quel est leur auteur? Les procédés de peinture, le caractère du dessin Bontils bien ceux du temps? Je doute que, hors ceux d'une notoriété non contestée, il s'en trouve d'aul quoi qu'on dise, méritant un peu de confiance. Ainsi que l'a établi la dissertation de M. 11. Lavoix, et que le confirment les comparaisons auxquelles je me suis livré pour reconnaître le- types qui onl servi aux divers portraits «le Molière gravés jusqu'à ce jour, il n'en tant reconnaître que deux réellement originaux. Ce sont ceux de Mignard : le premier reproduit par la gravure «le Nolin, et dont on ignore le sort ; le Becond, gravé par Audran, et qui n'est

PREFACE. v

autre que le grand portrait couronné de lauriers ou le petit portrait ovale, tous deux appartenant à la Comédie- Française. Pourquoi supposer qu'il en existe d'autres, quand d'ailleurs la tradition n'en mentionne que deux ? N'est-ce donc pas assez? Est-ce que les portraits originaux de Corneille, de Racine, de La Fontaine, sont en beaucoup plus grand nombre? On n'en demande pas davantage cependant. Ne mettrons-nous pas un terme à cette rage d'inventer des portraits de Molière?»

Nous rapportons textuellement ces paroles, pleines de tact et de sens, mais empreintes d'une défiance et d'un scepticisme que nous ne partageons pas entièrement. Tous les portraits originaux ne sont pas connus, et tous, il est vrai, ne méritent pas de l'être, mais il ne faut pas désespérer d'en découvrir, et d'excellents, témoin le petit portrait de Molière, peint par Mignard, que vient d'acquérir la Comédie-Française, et que M. Mahérault a été un des premiers à admirer. N'a-t-on pas gravé, pour la Collection des grands Éci'ivahis français publiée par M. Hachette, un portrait de La Fontaine, qui n'avait jamais été gravé, qui était à peine signalé et qui se trouvait depuis la mort de La Fontaine dans la famille de sa femme, chez MM.Héricart de Thury? N'ai-je pas moi-même fait graver un nouveau portrait de Molière, d'après la photographie d'un tableau attribué à Lebrun, découvert en 1866 et brûlé dans l'incendie de l'Hôtel de Ville en 1871? Nous persistons à croire que les dessins et les tableaux anciens qui nous donnent des portraits authentiques de Molière sont plus nombreux que ne le pense M. Mahérault, et nous avons, en conséquence, relevé avec soin tous ceux que nous indiquaient des catalogues de vente ou d'autres documents, en reproduisant la description qui nous était fournie par ces documents et ces catalogues, et toutefois sans garantir en rien l'authenticité du portrait, ni celle de la peinture ou du dessin.

FREFACE.

D'après ce système, adopté dans notre Iconographie mo- . Doua avouons ipit' nous eussions voulu pouvoir publier au moins la liste détaillée, sinon la description raisonnée, des 139 dessins ou peintures que Soleirol était parvenu à rassembler, et qui ue sont désignés, dans les catalogues de vente de sou cabinet, que par deux ou trois mentions collectives. Là-dessus, M. Mahérault. qui connaissait le cabinet de Soleirol1, et qui en avait suivi la vente, s'est efforcé de diminuer uos regrets : t> La réunion en lots de 129 portraits de Molière peints ou dessinés, noua dit-il, en révèle bien le peu d'importance sous tous les rapports, l'infime médiocrité, ou la fausseté, e1 d'ailleurs les prix auxquels ont été vendus ceux catalogués isolément comme méritant une attention spéciale, viennent corroborer mon opinion à leur égard. Si un seul de ces portraits eût pu inspirer quelque confiance, pense-t-on que, parmi les cent personnes, amateurs ou marchands, qui assistaient à la vente, il ne s'en lut pas trouvé deux au moins en état de juger, qui L'eussenl disputé aux enchères et lui eussent fait atteindre un prix beaucoup plus élevé? » Nous n'étions pas convaincu, sachant quelle est la bizarre fortune des ventes publiques, OÙ nous avons VU acbeterauprix de i<) IV. unsuperbe tableau d'Ingres, revendu depuis 15,000 Dr., et

qui en vaul le double. N'est-ce pas dans nue vente de livres, h la salle Silve-tre, que Guicbardot avait acheté,

moyennanl une vingtaine de francs, le plu- beau recueil

et le pin- complet des eaux-fortes de Claude Lorrain, qui

ont été revendus en détail à des prix énormi

Quant à noire opinion sur les portraits de fantaisie, M. Mahérault ne la partage pas davantage. Selon lui, un portrait, peinl ou grave d'après mi \\\ n'est

plus un portrait de fantaisie et ne doit cire considéré

1 \ notre Ktudc sur lei i">n: " iliére, um

le M, Mahérault mit la coll irol.

PREFACE. vu

que comme une simple interprétation, bien ou mal réussie, intelligente ou maladroite, de l'original. « Dès qu'on a reconnu, nous disait-il, à quel type se rattache un portrait, il ne faut tenir aucun compte, à mon avis, des changements que, selon sa fantaisie, pour un motif ou pour un autre, le dessinateur ou le graveur a pu apporter à la physionomie, ni de ceux qu'ils ont cru devoir faire à ce qui n'est qu'accessoire dans un portrait ; et, lors même qu'au lieu du buste primitif, on a devant soi une figure à mi-corps ou en pied, ne devra-t-on pas logiquement la ranger sous la rubrique du type, d'où la tête dérive? L'addition de bras ou de jambes n'altère en rien ce type, en effet. Il est bien entendu, toutefois, que les modifications dont je parle doivent toujours être mentionnées dans la description des dessins et des gravures. » Ces réflexions sont fort justes et fort sages ; nous y avons fait droit, en indiquant autant que possible les types principaux d'après lesquels les portraits ont été exécutés. Tous ces portraits gravés ont reçu, suivant l'expression de M. Mahérault, le baptême de la publicité ; ce qui oblige à leur donner place dans notre Iconographie, quelque peu dignes qu'ils soient souvent d'être signalés. Mais, tout en constatant les types, nous persistons à dire leur fait, même assez crûment, aux portraits gravés, qui nous semblent appartenir au domaine de la fantaisie ou de l'ignorance.

Dans notre ouvrage, dont le plan n'a été qu'étendu et augmenté, on trouvera donc, en première ligne, les portraits de Molière, peints ou dessinés, qui ont été faits de son vivant ou peu de temps après sa mort, ou qui auraient été copiés d'après d'anciens tableaux et dessins. Nous avons décrit ou indiqué non-seulement ceux qui existent dans des collections publiques ou particulières, mais encore ceux dont l'existence a été mentionnée en d'autres temps, lors même que la trace de ces portraits serait aujourd'hui

nu PRKPAOK.

perdue, car on peut du moins conserver l'espoir de les voir reparaître un jour ou l'autre '.

Après avoir passé en revue ces peintures ei ces dessins, qu'on doil regarder comme des originaui plus ou moins authentiques, nous avons décrit un petit nombre de portraits, gravés aussi du vivant de Molière, dans «les estampes de livres, mais d'après des dessins qui n'existent plus et qui peuvent, jusqu'à un certain point, passer pour de véritables originaux. Viennent ensuite les autres portraits gravés '>u lithographies, qui, sans être classés toujours chronologiquement, le sont autant que possible suivant l'original qu'ils reproduisent et qu'ils annoncent dans leur légende. Ainsi, on aura sous les yeux, grâce à ce classement systématique, toute la série des portraits d'après Mignard, Sébastien Bourdon, Goypel, Lebrun, Houdon, etc. Quant aux portraits qui ne portent pas l'indication d'un original, nous les caractérisons, pour ainsi dire, en désignant le type que chacun d'eux nous parait rappeler de près ou de loin. La nomenclature des portraits de Molière se termine par la série desbustes, des statues, statuettes et des médailles qui le représentent.

1 Nous devons aller au-devant îles critiques qu'on ne manquera pai de nous adresser, sur Le défaul d'exactitude et sur L'insuffisance de quelques-unes de nos descriptions iconographiques, dans lesqui nous n'a\ons pu nous astreindre a un Bysteme uniforme et méthodique. - que uous avions < décrire se trouvaient tellement

. qu'il n'était pas possible d'espérer de les voir di propres yeux : il a doue fallu nous en tenir trop souvent auv indications que dous fournissaient les catal ' as jamais

■ une à une, à l: liTi8ionS multiples de

la classification et du catalogue de notre Cabinet des Estampes a la

Bibliothèque national'', malgré toute l'oblif user-

ira de cet immense dépôt. Nous n'avioi »nsu-

mer dans un parmi travail de recherches minutieuses et souvent in-

•u inutiles. D'autres viendront, après nous, qui prendront

d et 1.1 peine de compléter et de perfectionner un ouvrage que

lérons toujours comme un essai, et dont personne, mieux

que i: et les imperfections.

Page 1