PREFACE
L'Iconographie moliéresque, pour être complète, devait décrire, sous diverses catégories, les dessins et les estampes qui se rapportent à l'histoire de Molière, et qui représentent la maison où il est né, la maison des Poquelin sous les piliers des Halles, sa maison de campagne à Auteuil, la maison où il est mort dans la rue de Richelieu; les salles de spectacles, où il a joué avec sa Troupe à Paris et au palais de Versailles ; les costumes qu'il a portés dans ses rôles; les portraits de sa femme Armandc Béjart; les portraits des comédiens de sa Troupe ; ceux de ses maîtres, de ses condisciples, de ses collaborateurs, de ses protecteurs, de ses libraires et surtout de ses amis; ceux aussi de ses ennemis et de ses rivaux ; les estampes représentant divers épisodes de sa vie; les vues et les plans des localités, des villes, des monuments, qui se rattachent à ces épisodes, et enfin sa sépulture et son tombeau, au cimetière de Saint-Joseph, à l'Elysée du Musée des Petits- Augustins, et enfin au cimetière du Père-Lachaise.
Aux portraits gravés de Molière, dont la plupart ont été faits pour orner des éditions de ses Œuvres, depuis celle de Lyon, 1692, jusqu'à ce jour, il était tout naturel de réunir la nomenclature chronologique des suites de figures exécutées pour l'ornement de ces éditions, en indiquant, autant que possible, le nombre de ces figures pour chaque édition, et en renvoyant au n° de la Bibliographie moliéresque, sous lequel cette édition est décrite. Quelquesunes de ces suites de vignettes sont rares et recherchées : il était indispensable d'en signaler les différents états et d'y joindre des détails sur leur rareté et leur valeur. Noua avons été très-heureusement secondé, dans ce travail délicat et difficile, par un moliériste passionné, M. Barbier, juge au tribunal de Chàtellerault, à qui nous devons la communication d'un catalogue manuscrit des figures gravées pour les Œuvres de Molière. Ce catalogue, qui énumère et décrit toutes les pièces de sa collection
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particulière, nous a permis i'i' ne pas recourir aux éditions mêmes, que nous aurions eu beaucoup de peine I retrouver, el dans les exemplaires desquelles les figures manquent souvenl "ii bien ne présentent que des suites incomplètes. M. Barbier nous a rendu un grand service que nous nous plaisons à reconnaître, en lui adressant nos plus vifs remercîments.
Il y a, en outre, un certain nombre d'estampes isoli exécutées en France el à l'étranger d'après les comédies i Molière, et destinées la plupart à être mises sous verre ou conservées dans 1rs portefeuilles «les amateurs. Noua n'osons pas dire que nous les ayons toutes mentionn mais néanmoins cette section de notre Iconographie est encore assez complète. Les dessins et les gravures de tûmes qui se rapportent aux comédies de Molière ne pouvaient pas Être laissés de côté, comme il> l'avaient été dans la première édition de notre ouvrage. Ces dessins et ces gravures, dispersés et détruits par l'usage, sont de la plus grande rareté, el il n'était pas facile de les retrouver pour les décrire, de manière à former une sorte de galerie de- acteurs et actrices célèbres qui ont joué dans les comédies de Molière.
Enfin, nous avons donné, pour la première fois, une liste chronologique des tableaux et des dessins ayant trait à la vie de Molière ou à -es œuvres, el qui ont été exp aux Salons depuis 1806, car nous n'en avons pas trouvé,
avant Cette date, dans les livrets do Salons. La dernière
section de notre ouvrage comprend les vue- et les plans du Monument de Molière.
En rassemblant les matériaux de V Iconographie moliéretque, nous éprouvions une espèce de honte à penser que personne en France n'avait encore songé à élèvera notre grand Molière un monument littéraire et artistique, semblable à celui que le Fameux acteur américain Burton a eu la patience de consacrer à Shakespeare. «M. Burton, lisons-
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nous dans le Chasseur bibliographe du libraire François (n° de mars 1863), possède dans sa bibliothèque un Shakspeare in-folio illustré, dont chaque pièce est renfermée dans un portefeuille spécial, où se trouvent, en gravures ou dessins, de nombreux portraits de personnages historiques, des vues de sites ou de villes, mentionnés dans la pièce, des costumes d'acteurs, etc. Le chiffre de ces gravures ou dessins s'élève souvent à plus de 200 par pièce.. Cette collection se compose de 42 portefeuilles, qui renferment 8,000 pièces et, entre autres, 100 portraits au moins de Shakespeare. » Outre cette collection unique, M. Burton avait rassemblé, sur l'histoire du Théâtre de toutes les nations, une bibliothèque considérable, et sur Shakspeare, en particulier, sous le titre de Skasperiana-Burtonensis, une autre collection composée de 1,500 volumes, dont le catalogue détaillé a été imprimé en 1860, pour la vente aux enchères qui eut lieu, cette année-là, à New-York.
M. Auguste Fontaine, dont la librairie ancienne est peut-être la plus riche du monde en livres précieux (voy. ses Catalogues bibliographiques, qui ont paru de 1872 à 1875), avait bien compris cependant, il faut le dire à son éloge, ce que les Bibliophiles français devaient et pouvaient faire pour les grands Ecrivains de la France : avant de publier la Bibliographie molicresque et la Bibliographie cornélienne, il avait lentement et silencieusement recueilli, à grands frais , une quantité d'éditions de Molière et de Corneille, les plus rares, les plus recherchées, les plus précieuses, et déjà, en quelques mois, tous ces beaux livres sont sortis de son magasin, pour aller préparer des collections spéciales qui ne le céderont en rien à celles que l'Angleterre et l'Amérique forment à l'envi en l'honneur de Shakespeare.
L1 Iconographie moliéresque aidera donc beaucoup les amateurs qui auraient l'idée d'imiter l'exemple de M. E. Burton, en faisant une collection relative à Molière, ana-