I. — Molière dans sa vie privée, a Paris
459. Plan et description du quartier des Halles, avec ses rues et ses limites. J. B. Scotin sculp. In-8.
C'est dans le quartier des Halles que s'est passée la première jeunesse de Molière, qui y était né, comme la plupart de ses ancêtres et de ses parents. Son père, marchand tapissier, avait eu sans doute sa boutique sous les piliers des Halles, ancienne rue de la Tonnellerie, mais il a demeuré, depuis 1622 jusqu'en 1637, dans une maison qui faisait le coin de la rue Saint-Honoré et de celle des Yieilles-Etuves. Beffara a rectifié ainsi une erreur qui existait depuis deux siècles. Voy. sa Dissertation sttr J.-Ji. Poquclin-Molière (Paris, Vente, 1821, in-8). Antérieurement à ces recherches, Alexandre Lenoir, Cailhava, et de La Porte, souffleur de la Comédie-Française, avaient fait apposer, le i novembre 1799, l'inscription suivante sur la maison qui portait le n° 3 dans la rue de la Tonnellerie : • Jean-Baptiste Poquelin de Molière est né dans cette maison, en
1620. » Cette inscription était gravée au-dessous d'un buste de Molière. Plus tard, on avait ajouté à l'inscription cette devise : <'tr.<t);/iit ridendo motet.
L'opinion de Beffara fut confirmée par la découverte d'un Cata- 1 on a manuscrit contenant les noms des propriétaires et des locataire* de la rue Saint-Honoré, avec la taxe due par rhnrun d'en. On y trouve ce précieux renseignement : « Année 1637, maison où pend pour enseigne Le Pavillon de* Cinget, appartenant i If, Moreau et occupé par le sieur J. Pouquelin. maistre tapissi'r. Bile consiste en un cor|>s d'hostel, boutique et cour, faisant le coin de la rue des Estuvées. Taxée à huit livres. .. Voj. ci-dessus, chap. III, les Vues de la maison natale de Molière.
460. Plan et description du quartier de Saint-Eustachc, avec ses rues et ses limites. J. B. Scotin sculp. In-S.
L'église de Saint-Eustache était la paroisse de la famille Poquelin. ("est dans cette église que furent célébrés le mariage et les obsèques du père et de lu mère de Molière; c'est dans cette église qne Molière avait été baptisé, et quand il mourut dans la maison qu'il lial>it;iit, rue de Richelieu, on ramena son corps sur la paroisse de ses ancêtres, pour le déposer au cimetière, sans l'avoir présenté à l'église.
Voici son acte de baptême tel qu'il était inscrit sur les re de la paroisse Saint-Eustache, aujourd'hui détruits, dans lesquels Beffara l'avait découvert en 1821, quoique tous les biographes de Molière, a L'exception de Bret, l'eussent fait naître en 1620 ou en 1621 :
> Un Bamedi, L5 janvier lti22, lut baptisé Jean, Bis de Jean Pouguelin [sic), tapissier, et de Maris Cresé rie), bs Femme, demeurant rue Saint-Honoré; le parrain, Jean Pouguelin, porteur de graine; la marraine, Denis.- Lescacheuz, veuve de feu Sébastien Asselin, vivant marchand tapissier. »
Beffara ajoute cette observation : * Le parrain, Jean Pouguelin,
était aïeul paterne] de Molière. !/>' véritable nom de cette Braille
I Poqubum; mais les registres de l'Etat civil, fort mal tenus
alors, portent tantôt PouoneHn, et tantôt Pocguehn, Fogutkttf !'•■■
ipu'tin, Poequehttf et même PocUn, Pockan si PowensA*. »
161. S' Eustache estoil autrefois une chappelle dédiée à Sainte-Agnez, fondée par un bourgeois de Paris nommé Alais, el depuis .1 esté faite paroisse el est maintenant une des plus grandes de la ville : l'an IS3Î, elle s esté
MOEIERESQUE.
accreûe et rebâtie comme on la voit représentée. Grande pièce gravée par Van Merlen.
Molière, marié sur la paroisse de Saint-Germain l'Auxerrois, où il avait fait baptiser son premier enfant, revint, pour faire baptiser le deuxième et le troisième, à la paroisse où il avait été baptisé luimême et où il n'était pas connu à titre de comédien. Voici les actes de baptême de ces deux derniers enfants, d'après les registres de Saint-Eustache, qui sont aujourd'hui anéantis :
« Du mardy 4 aoust 1665, fut baptisée Esprit Magdeleyne, fille de Jean Baptiste Pouguelin Maulier (sic), bourgeois, et Armande Gresinde, sa femme, demeurant rue Saint-Honoré. Le parrain, messire Esprit de Remon (sic), marquis de Modène ; la marraine Magdel. Bezart (sic), fille de Joseph Besart (sic), vivant procureur. »
« Du samedy, premier octobre 1672, fut baptisé Pierre Jean Baptiste Armand, né du jeudy 15 du mois passé, fils de Jean Baptiste Pocquelin Molière, valet de chambre et tapissier du roy, et Armande Claire Elisabeth Béjart, sa femme, demeurant rue de Richelieu. Le parrain, messire Pierre Boileau, conseiller du roy en ses Conseils, intendant et contrôleur général de l'argenterie et des menus plaisirs et affaires de la chambre de S. M. La marraine, Catherine Marguerite Mignard, fille de Pierre Mignard, peintre du roy. »
Des trois enfants que Molière avait eus de sa femme, l'aîné mourut en bas âge, et le troisième, 25 jours après sa naissance. La fille seule survécut à son père et se maria en 1705 au sieur Rachel de Montalant.
Molière a tenu sur les lonts, à Saint-Eustache, plusieurs enfants nés sur la paroisse ; bornons-nous à citer l'acte de baptême suivant, découvert par A. Jal :
« Dud. jour, 12e décembre (1672), furent baptizée (sic) Marie Catherine et Claire Elisabeth, née (sic) dud. jour, filles de Charles Yarlet, sieur de La Grange, bourgeois de Paris, et de Marie Raguenot (ne), sa femme, demeurant rue Saint-Honoré: le parrain de -Marie Catherine, Jean Baptiste Poccpuelin de Molière, valet de chambre du Roy ; la marraine, Catherine Leclerc, femme d'Edme Vilcain (sic), bourgeois de Paris; le parrain de Claire Elisabeth, Achille Yarlet, bourgeois de Paris ; la marraine, Armande Gre- .sinde Bejard (sic), femme de Jean-Baptiste Pocquelin, sieur de Molière, valet de chambre du Roy. » Suivent les signatures.
462. Collège de Louis le Grand. Vue sur la rue. — Principale cour du Collège. Dessiné et gravé par Martinet
198 H ONOGRAPHIE
(1781). S petites estampes sur la même feuille. (II. 70mm. L. sti.)
Ces estampes se trouvent dans lo tome III <le VBittoirt de Paris, par Béguillet el Pour. ■lin (Paris. L77V-81, 3 vol. in-4 ou in-8).
Marcel, *pi i est l'auteur de la Préface de l'édition des Œuvres de Molière, de ItiSJ. a recueilli des faits précis sur les cinq années que le jeune Poquelin passa au collège : « Il fit ses humanités au Collège de Clermont (devenu le Collège de Louis le Grand, après la mort «le Molière . et comme il eut l'avantage de suivre Monsieur le
prince de Conty dans toutes ses classes, la vivacité d'esprit qui le «list intruoit de tous les autres, lny tit acquérir l'estime et les bonnes grâces de ce Prince, qui l'a toujours honoré de sa bienveillance et de sa protection. Le succès de ses études fut tel qu'on pouvoit l'attendre d'un génie aussi benrem que le sien. S'il fut fort bon humaniste, il devint encore meilleur philosophe. »
« Le Collège de Clermont, dirige par les Jésuites, dit Taschereau dans son Histoire de la Vie de Molière (5* edit., in-8, p. S), reçut comme externe l'enfant qui devait être un jour l'immortel auteur du Tartuffe. »
» Pendant que Chapelle était au collège, dit Lefevre de Saint- Marc dans les Mémoires sur la vie de Chapelle (en tète de l'édit. de ses Œuvres, La Haye et Paris, Quittait, 1755, in-16), il s'étoit lié d'une amitié qui devoit être pour la vie, avec deux jeunes gens destinés à devenir célèbres chacun dans son genre : Molière et Beraier. Il obtint de Gassendi qu'ils fussent admis aux leçons qu'il lui donnoit, et tous trois, animes d'une noble émulation, profitèrent également des instructions de cet excellent philosophe. Chapelle (né en 1626 avoit donc seize ans, lorsque Gassendi voulut être son maître. »
463. Plan et description du quartier de Saint-Denis . avec ses nies et ses limites. J. B. Scotin teti^p.In-4, eu hauteur.
it dans la rue Maueonseil, près de la rue Montorgueil, que le théâtre de l'Hôtel de Bourgogne se trouvait établi depuis le milieu du xvi'1 siècle, où les confrères de la Passion cédèrent
l'exploitation de ce théâtre à uni- troupe de comédiens, qui jouaient
pièoes profanes, des tragédies, des comédies et surtout décès. Ces comédiens formaient la Troupe royale, au Moment ou le jeune Molière, qui aohevail ses humanités au Collège de Clermont,
assista pour la première fois a des représentations théâtrales.
Hoiroii, Pierre Corneille, Mairel et leurs imitateurs avaient déjà
méié li scène ; mais, -a o6t4 de leurs ohefi d'oeuvre, M repré-
te même • farcei plaisantes, souvent
MOLIERE.SyUK. 199
libres et toujours grossières, qui divertissaient le bas peuple et quelquefois aussi des spectateurs plus raffinés.
« Le grand-père maternel du jeune Poquelin, raconte Taschereau (Hist. de la vie de Molière, 5e édit., in-8, p. 3), l'avait pris en affection et le menait quelquefois aux représentations de l'Hôtel de Bourgogne, auxquelles Bellerose, dans le haut comique, Gautier Garguille, Gros Guillaume et Turlupin dans la farce, donnaient alors un grand attrait. » La vocation du jeune Poquelin se prononça de bonne heure : « Le père, qui appréhendoit que ce plaisir (du théâtre) ne dissipât son fils et ne lui ôtât toute l'attention qu'il devoit à son métier, demanda un jour à ce bon homme pourquoi il menoit si souvent son petit-fils au spectacle : « Avez-vous, lui dit-il avec un peu d'indignation, envie d'en faire un comédien ? — Plût à Dieu, lui répondit le grand-père, qu'il fût aussi bon comédien que Bellerose ! » Cette réponse frappa le jeune homme. » Vie de l'Auteur, par Bruzen de La Martinière, en tête de ses éditions des Œuvres de Molière, 1725 et années suivantes.
464. Vetie et perspectiue de la Chapelle et Maison de Sorbonne, du costé de la court; faict par monsieur le Mercier, architecte du Roy. Israël ex. Gravé par Marot, d'après le dessin de Silvestre, avec les figures de La Belle. (H. 130mm. L. 245.)
Nous ne nous expliquons pas pourquoi Taschereau n'accorde pas de confiance « à l'assertion isolée de Tallemant des Réaux, dit-il, qui tendrait à persuader que notre premier comique, destiné par ses parents à l'état ecclésiastique, étudia avec succès la théologie, mais que, devenu amoureux de la Béjart, alors actrice dans une Troupe de campagne, il quitta les bancs de la Sorbonne pour la suivre ». Il est très-probable, au contraire, que Molière, avant d'être admis aux leçons particulières de Pierre Gassendi, avait suivi les cours de philosophie et de théologie à la Sorbonne ; ce qui n'était pas une raison déterminante pour entrer dans les ordres. Tallemant des Réaux avait là sans doute de bons renseignements, par un poète, associé à l'Illustre Théâtre, Desfontaines, qui dédia, en 1645, « à très -généreuse, très-noble et très-vertueuse dame madame de Talmant », la tragédie de Saint Alexis, ou l'Illustre Olympia. Au reste, la noie relative à Molière n'a été écrite sur les marges du manuscrit de Tallemant des Réaux qu'en 1G63 ou 16G4, lippes le mariage de Molière. Voici cette note [les Historiettes, édit. de Monmerqué et Paulin Paris, tome VII, p. 177) : « Un garçon, nommé Molière, quitta les bancs de la Sorbonne, pour la suivre (la Bejart) ; il en fut longtemps amoureux, donnoit des avis à la Troupe, et enfin s'en mit, etl'espousa. Il a l'ait des pièces où il y a de l'esprit. Ce n'est pas un merveilleux acteur, si ce n'est pour le
ridicule. 11 n'y a que sa Troupe qui joue Ma pièces; elle* sont comiques. a Ajoutons que Tallemant, doal la femme étail Bile da financier Rambouillet, se trouvait être beau frère du marqua de la Sablière, chea qui Molière Taisait des lectures de ses pièces, avant de 1>'< mettre au Th<