Plan et description du quartier du Palais-Royal
avec ses rues et ses limites. /. B. Scotin sculp. Bailleul le jeune scripsit. In-fol., en largeur.
Depuis .pie Molière, a la tin de l'année 1660, eut transporte son
théâtre du Petit-Bourbon au Palais-Royal, il demeura, jusqu'à M
mort, dans le quartier du Palais-Royal, qu'on appelait alors le
quartier Saint-Honoré, d'abord nu; Saint-Thomas 'lu Louvre, où il
s.' maria, et ensuite, après la mort de Madeleine Béjart, nie il.- Ki
chelieu, où il mourut, sur la paroisse de Saint-Roch. Ses enfants avaienl été baptisés, le première Saint-Germain-l'Auzeri deux derniers a Saint-Eustache.
Molière avait dans son voisinage Lully, qui lit bAtir, dans la rue des Petits-Champs, au coin de la rue Sainte-Anne, une belle maison, laquelle ne lui coûta pas moins de -">i> mille livres. Ce fut a Molière 'pie Lully emprunta une partie de la somme nécessaire pour payer le terrain et la construction, confiée Predo, architecte et maître maçon. Cette maison, dont l'architecte Huet, surnommé Gittard, avait donne les dessins, subsiste encore lécoration d'attributs de musique ; elle est, disait Germain Brice, ■ ornée par le dehors de grandi ; imposites et de
MOLIERESQUE. 2<rf
quelques sculptures qui ne l'ont pas mauvais effet. » Le prêt de onze mille livres constituait, au profit de Molière, une rente de o.ïfl livres, hypothéquée sur la maison; cette rente fut rachetée, par Lully, à la veuve de Molière, le 22 mai 1673. Voy. Recherches sur Molière et sur sa famille, par End. Soulié, p. 69.
471. Veue et plan de L'Église de Saint Roc. Jean Mavot fecit. P. Mariette excud. In-i oblong. (H. 121mm. L. 255.)
Registres de Saint-Roch. « Du 10 septembre 1G69, Jeanne Catherine a esté baptisée, fille de Romain Toutbel. marchand, et d'Antoinette Droict... Le parrain, M. Jean Baptiste Poclain [sic] Molière, valet de chambre du Roy, demeurant rue Saint-Honoré, paroisse Saint-Germain ; la marraine, Catherine du Rozet, femme d'Edme de Brie, officier du Roy, mêmes rue et paroisse. »
Molière demeurait alors rue Saint-Honoré, parce qu'il avait quitté momentanément le domicile conjugal, qui était toujours rue Saint-Thomas du Louvre, où Armande Béjart conservait son logement dans la même maison que ses sœurs Madeleine et Geneviève* La séparation des époux dura deux ou trois ans, et Mlle de Brie, qui pendant cette brouille de ménage avait été la consolatrice de Molière, eut le bon goût de se retirer au faubourg Saint-Germain avec son mari.
472. Coupe du Palais de Versailles , prise au milieu du Palais et de la Cour de marbre. On y voit la moitié de la chambre de Louis XIV. Gravé sur bois. Sans nom d'artiste. (H. 90mm. L. 110.) — Chambre à coucher de Louis XIV, qui est représenté recevant le duc du Maine chevalier de S' Louis. C/ieirrier se. (H. 70mm. L. 116.)
Ces deux gravures sur bois se trouvent aux pages 92 et Ijj do l'ouvrage du comte Alex, de Laborde : \rersailles ancien et moderne (Paris, Gavartl, 1839-40, in-8, avec 800 gravures, dont le plus grand nombre a été tiré séparément sur papier de Chine).
La chambre de Louis XIV nous rappelle deux anecdotes de la vie de Molière, qui nous paraissent également vraies, quoique la dernière, un peu exagérée sans doute par la tradition du Palais de Versailles, ait été vivement contestée, en passant au contrôle de la critique moderne. Il faut, pour apprécier la valeur de ces anecdotes, ne pas oublier que Molière, en sa qualité de valet de chambre-tapissier du mi, devait aider le premier valet de chambre de service à faire le lit du roi, lorsqu'il était de semaine à la cour. On doit aussi • - rendre compte de la faveur extraordinaire que Molière
[( ONOQRAPHIE
s'était acquise auprès de Louis XIV, malgré sa profession de comédien.
Citons d'abord le récit de Titon du Tillet, dans le PanUBK français :
« Voici un trait que j'ai appris de feu Bellocq, valet de chambre du roi, homme de beaucoup d'esprit et qui (aisoit de très-jolil'n jour que Molière se présenta pour faire le lit du Roi, R***, aussi valet do chambre de Sa Majesté, qui devait faire le lit avec lui, se retira brusquement, en disant qu'il ne le feroit point avec un comédien. Bellocq s'approcha dana le momenl et dit : « Monsieur de Molière, vous voulez bien que j'aie l'honneur de faire le lit du Roi avec vous? » Cette aventure vint aux oreilles du Roi. qui fut très-mécontent du procédé de R*** et lui en tit de vives réprimnndes. »
Écoutons maintenant ce que dit Mm" Campan, dans ses Mémoires :
■ Voici une anecdote que mon père tenait d'un vieux médecin ordinaire de Louis XIV. Ce médecin se nommait La fosse ; c'était un homme d'honneur et incapable d'inventer cette histoire.
« Louis XIV, ayant su que les officiers de sa chambre témoignaient par des dédains offensants combien ils étaient blessés de manger, à la table du contrôleur de la bouche, avec Molière, valet de chambre du roi, parce qu'il jouait la comédie, cet homme célèbre s'abstenait de manger à cette table; Louis XIV, voulant faire
cesser des outrages qui ne devaient pas s'adresser à l'un des plus grands génies de son siècle, dit un matin à Molière, à l'heure de son petit lever : « On dit que vous faites maigre chère ici. Molière, et i|iie les officiers de ma chambre ne vous trouvent pas fait pour manger avec eux? Vous avez peut-être faim: moi-même, je m'éveille avec un très-bon appétit. Mettez-vous à cette table, et qu'on me serve mon En-cas de mutin (Tous les services de prévoyance s'appelaient des En-cas.) Alors le roi. coupant sa volaille et ayant ordonné à Molière de B'asseoir, lui sert une aile, en prend en même temps une pour lui, et ordonne que l'on introduise les entrées familières, qui se composaient des personnes les plus marquantes et les plus favorisées de la Cour. » Vous nie royex, leur dit-il, occupé à faire manger Molière, que nies valets de chambre ne trouvent pas assez bonne compagnie pour eux.» I' moment, Molière n'eut plui besoin de se présenter à cette table de service; toute la Cour -empressa de lui faire des invitations. »
17.".. Profil «lu dedans de l'Église et monastère «!«' l'Abh mval. du Val de Gr,nr, bâti pat- la Reyne Anne d'Autriche. /. Morotfecit. ln-i. en largeur.
on voit, dana cette estampe, la disposition des peinturée de la
Coupole par Pierre Mignard.
MOMERESQUE. 209
« Molière a fait en vers, dit Germain Brice, dans sa Description nouvelle de la ville de Paris (Paris, Nie. le Gras, 1698, 2 vol. in-12, tome II, p. 146), une belle description de la peinture de ce dôme, qu'il présenta en 1 669 à la Reine-mère, qui receut de grands éloges à la Cour. »
Pierre Mignard, qui, revenant de Rome à Paris quelques mois seulement avant Molière, en 1659, avait été précédé par la grande réputation qu'il s'était acquise en Italie, fut accueilli avec enthousiasme à la Cour de France, et l'on n'épargna rien pour l'empêcher de retourner à Rome, qu'il avait adoptée comme sa seconde patrie. « Ce fut alors, dit l'auteur de la Vie de Pierre Mignard (Paris, Jean Boudot, 1730, in-12, p. 76) que la Reine-mère vit enfin, au gré de ses souhaits, le dôme du Yal-de-Grâce élevé. Persuadée qu'il ne manquerait rien à la magnificence de cet édifice, si elle en faisoit peindre la Coupole par le sçavant maître que Rome avoit rendu peu d'années auparavant à la France, cette princesse confia ce grand ouvrage à Mignard, qui le finit en huit mois... Je ne m'étendrai sur la capacité avec laquelle Mignard a montré qu'il sçavoit appliquer les préceptes les plus profonds de son art : Molière l'a fait dans son poëme. »
On peut supposer qne Molière allait souvent visiter les travaux du grand peintre, avec lequel il fut toujours lié d'une amitié si sympathique. Mais ce n'est que plus tard qu'il eut l'idée de les décrire et de les louer dans ses vers, car Mignard, après avoir achevé ses peintures du Yal-de-Grâce, retourna, non pas en Italie, mais à Avignon, où il passa plus de deux ans. Il ne revint qu'en 1664, à Paris, où il avait laissé la place à son rival Charles Lebrun, qui se fit nommer premier peintre du roi, en 1662. Mignard se tint à distance de la Cour et ne consentit pas, sans beaucoup de difficultés, à peindre à fresque une chapelle de l'église de Saint-Eustache, pendant qu'il peignait un salon et un cabinet dans l'hôtel d'Hervart (ancien hôtel d'Epernon, rue Platière). Molière, dans son poëme du Val-de-Gràce, parle en même temps des peintures de la Coupole et de celles de la Chapelle des fonts de Saint-Eustache, cette même chapelle où Mignard fut le parrain du troisième enfant de son illustre ami, en 1672.
Bibliogr. moliér., n° 217.
Voici le sonnet qui précède la Réponse anonyme au poëme de la Gloire du Val-de-Grâce, et qui ne nous fait pas connaître l'auteur de cette Réponse adressée à Molière :
Le Secrétaire fie la Coupe à Monsieur de Molière.
l'avory des neuf Sœurs, toy qui sçais l'art de plaire, Esprit des plus brillans qni soient dans l'univers, Tn diras qne la Coupe est mal en Secrétaire 10 1, qu'il entend forl peu le langage des vei
UO ICtiN.XlKAl'HIK
J'en demeure d'accord, et ce a'esl pas merveille
Que l'on soit ignorant dans le mesti.?r d'autruy :
avons sur la Coupe aventure jiaroillo.
Et j'en près rd'huy.
Si tu fais bien dea vers, tu sçais peu la peinture:
Jamais dans ce bel art tu ne fus grand docteur. Moy, j'ignore du tien la règle et la mesure, Et je suis dans la rime un fort pauvre orateur.
■us ferions pourtant un ouvrage sublime. .si nous voulions tous deux faire une liai Car on trouve en tes vers l'éloquence et la rime. Et moy, de mon costé, j'ay toute la raison.
f 7 i. ViMic du jardin et dos berceaux de l'Hostel de Condé. Avec priuilege. Perelle d l. e sculp. à Paris, chezN. Langlois. In-i, en largeur.
Cet Hôtel, dont le nom d'une p indique l'emplacement,
avait été construit, au xvi° siècle, pour Jean-Baptiste de Gondi ; il fut acheté en 1612 par Antoine de Bourbon, deuxième du nom, prince d ■ Louis XIV, L']
le Prince y résidait, surtout en hiver. On y : ent La comédie, et les
comédiens des différentes Troupes de I rat y donner des
représentations. Molière ne s'y montrait pas seulement en qualité de comédien, comme Titon du Till
françoi», où bien des traditions ont «Me recueillies de la bouche même des contemporains :
«Le grand prince de Condé, dit-il, honoroit Molière de son estime et de son amitié, et lui faisoit l'honneur de I avec lui. Il arriva qu'un jour Molière étant a I tnce,
les pages qui y Bervoient, ne cherchant qu'A badiner et voulant empêcher Molière de manger les bons qu'on lui présentoit, Molière, s'en étant aperçu, prit promptement une drix, qu'on ne faisoit qu page qui vint pour lui ôter Bon assiette, oc tut pas rte et ne retira que 1' cette aile de perdrix, ce qui lit rire Molière. M. le Prinos lui en demanda la raison; il lui répondit : « Monsei
ii pas lire; ils prennent les <» pour le- I,. u (In rapts CS petil 'unie une i i homme : i que lui i nver- • ii. »
in sieur le Prince
qui me l'ont rapporte, lui dit, UD fais venir pellt-èlre trop s. m. • de
je vous prie, à toutes vos heures vides, de me venir trouver. Faites vous annoncer par un vnlet de chambre : je quitterai tout, pour être avec vous. » Lorsque Molière venoit, le Prince congédioit ceux qui étoient avec lui, et il étoit des trois et quatre heures avec Molière; et l'on a entendu ce grand Prince, en sortant de ses conversations, dire publiquement : « Je ne m'ennuie jamais avec Molière, c'est un homme qui fournit de tout ; son érudition et son jugement ne s'épuisent jamais. » (Grimarest, Réponse à la Critique de la Vie de Molière.)
475. Veue et perspectiue de l'Hostel de Bautru, du dessein de Mr Le Veau. Dessigné et gravé par J. Marot.Auec priuilege du Roy. Chez P. Mariette. In-4, en largeur.
Guillaume de Bautru, introducteur des ambassadeurs et membre de l'Académie française, étant mort en 16G5, son hôtel fut vendu à Jean-Baptiste Colbert, contrôleur général des finances et ministre d'État, qui y installa sa maison et qui l'agrandit -depuis considérablement, en y ajoutant l'hôtel de Bruant des Carrières, confisqué à la suite du procès de Fouquet.
Molière, après la disgrâce de Fouquet, qui avait été un de ses premiers Mécènes, ne se tourna pas d'abord, comme tant d'autres écrivains, vers l'astre naissant de la fortune de Colbert. Il se tint même à distance du nouveau contrôleur général des finances, qui lui sut gré de cette conduite honnête et réservée, car Colbert ne cessa de le recommander à la munificence du roi. On ne peut douter que ce fut lui qui porta Molière sur la liste des pensions, en 1663. Si la pension accordée à Molière ne dépassa point le chiffre de 1000 livres, il faut s'en prendre à Chapelain, qui, dans sa Liste de quelques lettrés français virons en 1662, composée par ordre de M. Colbert, avait formulé cet étrange jugement sur le mérite de l'auteur des Précieuses ridicules : « Molière a connu le caractère du comique, et l'exécute naturellement. L'action de ses meilleures pièces est inventée, mais judicieusement. Sa morale est bonne, et il n'a qu'à se garder de sa scurrilité. » Titon du Tillet était bien instruit, lorsqu'il a dit dans le Pa/ nasse f'rançois : « Outre la pension de mille livres que le Roi donnoit à Molière, il lui faisoit encore, de temps à autre, des gratifications. » Voici, d'après le grand recueil des Lettres de Colbert, publiées par Pierre Clément (voy. tome V), un relevé de ce qui regarde Molière dans les Listes des gratifications faites par le Roi aux savants et aux hommes de lettre . ei l'on est fondé à croire que ces listes ne sont pas complèti :
1664. Au sieur Molière, la somme de 600 livres, que Sa Majesté lui a ordonnée l>;ir ^'ralilicatioii 600
MB. Au riw Molière, par gratification et pour lui donner moyen de continuer son application aux belles-lettres 1000
1666. An sieur Molière 1000
1667. Au sieur Molière, par gratification 1000
1668. Au si.'ur Molière, par [.-ratification, en considération de son application aux belles-lettres
1669. Au sieur Molière, en considération de son application aux belleslettres et des pièces de théâtre qu'il donne au public l""o
1670. Au sieur Molière, en considération des ouvrages de théâtre qu'il donne au public 1000
1671. Au sieur Molière, en considération des ouvrages de théâtre qu'il donne au public 1000
Titon ilu Tillet rapporte aussi un trait qui fait honneur au goût littéraire de Colhert et qui n'a pas été recueilli par les derniers biographes de Molière :
M. de Colbert, qui protégeoit toutes les personnes d'un mérite distingué, dit., un jour, dovant plusieurs personnes, à M. Perrault, de l'Académie françoise, qu'il étoit surpris que Molière ne lut pas de cette Académie. M. Perrault en parla à plusieurs de ses confrères, qui marquèrent qu'un homme tel que Molière méritoit des distinctions et étoit au-dessus des règles ordinaires, mais que s'il étoit reçu, il falloit qu'il ne jouât plus sur le théâtre que des rôles graves et à manteau, et qu'il renonçât aux rôles de valets, qui sont sujets à recevoir quelques coups. Il y a apparence qu'on en parla à Molière, mais cela n'eut point de suite. »
iTti. L'Hostel (TAngoulesme, ducostédu jardin. Dessiné cl gravé par Israël Silvcstre. Israël ex. (H. 99mm. L. 178.)
Cet Hôtel, commencé au xvic siècle par Diane, tille naturelle de Benri H, et achevé sous le règne de Louis XIII par Oharl Valois, 'lue d'Angouléms, devint l'Hôtel Lamoignon, lorsque le premier président au Parlement de Paris, Guillaume de Lamoignon, en eut fait l'acquisition. Ce magnifique Hôtel subeiste eaoore dans la rue Pavée. Molière n'y fini sans doute qu'une foie, nu
bien laite pour lui Laisser des souvenirs peu agréables. I
teparoll avoir eu lieu, doux ou trois jours après que le premier
préskient eut fuit signifier aux Comédiens du Palais-Royal la défense do jouer Vlmpottewr, qui avait été représenté une seuls Le :« août 1667.
;t,., choses seroient demeurées dans l'état que je Tiens <\<vous dire, rapporte Brossstte dans ses Mémoires tttr Desprétn Molière n'avoit pas eu une forte envie <\<' jouer sa pièce. ■ Il me pria, m'a du M. Dsspréaux, d'en parler à M. le premier président. Je lui conseillai de lui on parler lui-même, >'t je m'offris de le présenter un matin; nous allâmes trouver M. do Lamoignon, à 'pu Molière
MOLIERESQUE. 213
expliqua le sujet de sa visite. M. le premier président répondit en ces termes : « Monsieur, je lais beaucoup de cas de votre mérite; je sais que vous êtes non-seulement un acteur excellent, mais encore un très-habile homme, qui laites honneur à votre profession et à la France, votre pays. Cependant, avec toute la bonne volonté que j'ai pour vous, je ne saurois vous permettre de jouer votre comédie. Je suis persuadé qu'elle est fort belle et fort instructive; mais il ne convient pas à des comédiens d'instruire les hommes sur les matières de la morale chrétienne et de la religion : ce n'est pas au Théâtre à se mêler de prêcher l'Evangile. Quand le Roi sera de retour, il vous permettra, s'il le trouve à propos, de représenter le Tartuffe, mais, pour moi, je croirois abuser de l'autorité que le Roi m'a fait l'honneur de me confier pendant son absence, si je vous accordois la permission que vous me demandez. »
« Molière, qui ne s'attendoit pas à ce discours, demeura entièrement déconcerté, de sorte qu'il lui fut impossible de répondre à M. le premier président. Il essaya pourtant de prouver à ce magistrat que sa comédie étoit très-innocente, et qu'il l'avoit traitée avec toutes les précautions que demandoit la délicatesse de la matière du sujet; mais, quelques efforts que pût faire Molière, il ne fit que bégayer et ne put calmer le trouble où l'avoit jeté M. le premier président. Ce sage magistrat, l'ayant écouté quelques moments, lui fit entendre, par un refus gracieux, qu'il ne vouloit pas révoquer les ordres qu'il avoit donnés et le quitta en lui disant : « Monsieur, vous voyez qu'il est près de midi, je manquerois la messe, si je m'arrètois plus longtemps.»
« Molière se retira peu satisfait de lui-même, sans se plaindre pourtant de M. de Lamoignon, car il se rendit justice. Mais toute la mauvaise humeur de Molière retomba sur M. l'archevêque (M. Péréfixe) qu'il regardoit comme le chef de la cabale des dévots, qui lui étoit contraire. »
477. Veuë de l'Église d'Auteuil à une lieue de Paris. Israël Siluestre delin. et fe. Is?'ael exe. cum priuil. Régis. (H. 69mm. L. 137.)
La maison de campagne, que Molière habitait à Auteuil, non loin de celle de Boileau, et qu'il avait louée au sieur de Beaufort, moyennant 430 livres par an, n'existe plus ou du moins a été entièrement changée par suite de restaurations successives. Molière était donc un des paroissiens de Notre-Dame d'Auteuil. On n'a trouvé qu'une seule fois son nom dans les registres de cette église. « 1671, 20e jour de mars, a esté baptisé Jean Baptiste Claude Jennequin, fils de messire Claude Jennequin, officier du roy, et de Magdelene Lescale. Son parrain, messire J. B. Poquelin Molière, écuyer, valet de chambre du roy; la marraine, Geneviève Jennequin,
n'ayant aucun domicile arresté. » M. Etui. Soulié suppose que Claude Jennequin étail un comédien de la Troupe royale.
de Notre-Dame d*Auteuil contiennent un autre acte de baptême du \- mai 1668, dana lequel I
une parrain de l'enfant d'un comédien Pierre Olivier, arec la marraine Marie-Anne I>u Parc, qui avait t'ait partie de la Troupe ilf Molière, et qui était al e à L'Hôtel de Bourgogne.
i"s. Le ('."in des Bons hommes proche de Paris. Dessiné
et gravé par Israël Silvestre. Mariette excud. (H. 85mm.
La routa d'Auteuil n'était pas Bure, la nuit et même le soir, lorsque la Cour ne résidail pas à Versailles, Il y avait notamment, près <lu couvent des Minimes de Chaillot, tin passage assez danox, qu'oii appelait le Coin des Bons-Hommes. On y volait et on -, assassinait les gens qui passaient par là sans être bien an Molière, qui allait a d'Auteuil et qui en reve-
nait à tonte heure, devait avoir une voiture de louage, car on ne
. dans --il inventaire, après décès, qu'il ait eu un cam ! lui. Souvent, il est vrai, il faisait la route à pied, quand il était accompagné par un ou deux amis. Ce fut dana un de ces vo]
pédestres qu'il crut faire une mauvaise rencontre. On lit dana lea Souvenirs de Jean Bouhier, publiés par M. Lorédan Larchey, d'après les notes manuscrites du président Bouhier :
u Chapelle et Molière, revenant un soir fort tard d'Auteuil, où ils avoient soupe avec quelques-uns de leurs amis, rencontrèrent quelques cavaliers d'assez mauvaise mine, que Molière, lequel étoit fort timide de son naturel, prit pour îles voleurs, en sorte qu'il trembloil de peur. Mais Chapelle, qui étoit plus hardi ou feignoit de l'être: « Va, va! lui dit-il, mou ami. Ils ne sont pas si méchants que m crois. Je viens d'en voir un, qui, en baillant, a fait un signe 'le croix. »
Dans nie- autre Occasion, il était en carrosse avec un ami. lorsqu'il jeta par la portière 'in louis d'or à. un homme qui suivait la \oi-
tui i semblait avoir de méchants desseins, en demandant l'aumône. Peut-être Molière prononça-t-il alors ces mots qui terminent la ; me du Pauvre dans le troisième acte 'le Dos Juan :
« .!.• t.' le lionne pour L'amOUT '1'' l'humanité, n Quoi qu'il en .-oit,
on expliqua cette aumôn par la peur que Molière aurait
pie, le mendiant ayant bien la mine d'un voleur.
■ ainsi racontée dans M ntr /" vie et les
>■ i de Molière, par de La Serre :
Eail suivant, dont Charpentier, fameux compositeur de mutique, a été témoin, al qu'il a raconté a îles personnel dignes de foi, -i mu et mérite d'être rapporté. Molière revenoit d'As
MOLIERESQUE. 215
teuil, avec ce musicien. Il donna l'aumône à un pauvre, qui, un instant après, fit arrêter le carrosse et lui dit : « Monsieur, vous n'avez pas eu dessein de me donner une pièce d'or ? — Où la vertu va-t-elle se nicher ! s'écria Molière, après un moment de réflexion : Tiens, mon ami, en voilà un autre ! »
479. Maison de Boileau à Auteuil. Civetun del. Couché fils dir. Ahsby sculp. In-8.
Cette estampe se trouve dans le tome Ier de Y Histoire physique, civile et morale des Environs de Paris, par J.-A. Dulaure (Paris, Guillaume, 1825 et suiv., in-8). On y voit Boileau qui compose, et et son jardinier Antoine qui écoute, derrière lui.
Molière avait loué une maison de campagne à Auteuil, pour être voisin de Boileau, qui habitait la sienne, une partie de l'année. C'était là que les deux amis avaient des rapports journaliers, en se consultant l'un l'autre sur leurs ouvrages. Ils passaient des journées ensemble, en tête à tète et souvent avec quelques amis. La conversation ne roulait que sur des choses littéraires. L'auteur du Bolseana, Jacques de Losme de Monchesnay, nous rapporte la substance d'un de ces entretiens.
« M. Despréaux m'a dit que, lisant à Molière sa satire, qui commence par :
Mais il n'est point de fou qui, par bonnes raisons, Ne loge son voisin aux Petites Maisons,
Molière lui fit entendre qu'il avoit eu dessein de traiter ce sujet-là ; mais qu'il demandoit à être traité avec la dernière délicatesse ; qu'il ne falloit point surtout faire comme Desmarets dans ses Visionnaires, qui a justement mis sur le théâtre des fous dignes des Petites Maisons ; car, qu'un homme s'imagine être Alexandre et autres caractères de pareille nature, cela ne peut arriver que la cervelle ne soit tout à fait altérée ; mais le dessein du poète comique étoit de peindre plusieurs fous de société, qui tous avoient des manies pour lesquelles on ne renferme point, et qui ne laisseroient pas de se faire le procès les uns aux autres, comme s'ils étoient moins fous pour avoir des différentes folies. Molière avoit peut-être eu cette idée quand, à la fin de sa première scène de YÉcole des femmes, il l'ait dire à Arnolphe par Chrisalde :
Ma foi! je le tiens fou de toutes les manières.
Arnolphe dit, de son côté, de Chrisalde :
Il est un peu blessé sur certaines matières. »
L'abbé de Mervesin, dans son Histoire de la Poésie (Paris, Giffart, 1700, in-12), a recueilli un amusant souvenir des dîners que Boileau donnait à ses amis, dans .sa. maison d' Auteuil :
21f» ICONodKAI'IIIF.
« Dînant un jour avec M. Despréaux, Molière et deux ou trois autres «le ses amis, La Fontaine soutenant contre Molière que les n /tarte «lu théâtre sont contre le bons sens : « Est-il possible, 'li-"it-il, qu'on entende des loges les plus éloignées ce que dit un acteur, et que celui qui est à ses cotés ne l'entende pas? » Après avoir soutenu cette opinion, il se plongea dans sa rêverie ordinaire. « Il faut avouer, dit tout haut M. Despréaux, que La Fontaine est un grand coquin I » et dit longtemps du mal de lui, sans qu'il s'en aperçût, Toul le monde éclata de rire; on lui dit enfin qu'il deroit moins condamner les n porte, que les autres, puisqu'il étoit le seul de la compagnie qui n'avoit rien entendu de tout ce qu'on venoit de dire si près de lui. »
480. Veue de l'Eglise Saint- Sauveur, rue Saint- Denis. Israël Siluestre delin. et sculp. Israël ex. cum priuil. R. (H. 01mm. L. 113.)
Cinq jours avant sa mort, le 12 février 1G73, Molière venait dans cette église, nui était à vrai «lire la paroisse des comédiens depuis l'origine du théâtre de la Passion, pour y tenir sur les fonts, avec M11" de Beauval , comédienne du Palais-Royal, une fille de Uscet de Beauchamp, comédien de la Troupe française du duc de Savoie, et de sa femme Claudine Mallet. Yoy. le Dict. 'le Bioyv. et t/'Hisf., par Jal, p. 137.
Récapitulons ici la liste des enfants que Molière a tenus sur les fonts de baptême et qui sont presque tous fils ou filles de comédiens ou de comédiennes : 10 janvier 1650, à Narbonne, il est parrain de la fille d'une demoiselle Anne ; 1 mai 1659, à Paris, à Saint-Eustache, du fils d'un de ses oncles, Jean Poclin [sic . marchand-tapissier ; 2'.) novembre 1661, à Saint-Eustache, d'une fille de Martin Prévost; 27 janvier 1663, à Saint-Eustache, d'un fils de Du Pare et de sa femme; 23 juin 1663, à Saint-Eustache, d'un tils de son parent André Boudet ; 10 septembre 1669, à Saint-Roch, d'une fi! Romain Toutbel, marchand; 15 novembre 1670, a Saint-Germain l'Auxerroi8, de la Bile de Jean Pitel de Beauval si orne;
20 mars 1671, à Auteuil, du tils de Cl. Jennequin, comédien ; 12 décembre 1672, à Saint-Germain l'AuzerroiSj d'un.- des Biles jumelles
de La Grange et de sa femme ; 12 février \lu-l. a Saint-Sauveur,
d'une fille de Jean Uscct de Beauchamp, comédien. Tous les ;
très des paroisses de Taris ayant péri dans les incendies du
mai 1^71 . on n'a plus guère d'espoir de retrouver i Taris un nouveau baptistaire dans lequel Molière ail m. ne comme parrain.
.xi . Plan ci description «lu quartier <lr Montmartre, arec tes mes el sea limites. /. 8. Si otm tculp. In-i, en hauteur.
Molière, qui fut enterré dans le cimetière de Saint-Joseph, situe
M0L1ERESQUR.
entre la rue du Croissant et la rue du Temps-Perdu (aujourd'hui rue Saint-Joseph), avait passé bien des fois devant ce cimetière, puisque son ami Pierre Mignard demeurait, en 1672, rue Montmartre, vis-à-vis la chapelle Saint- Joseph. (Voy. Recherches sur Molière et sur sa famille, par Eud. Soulié, p. 244.) Aussitôt après la mort de Molière, Mignard ne put s'accoutumer au voisinage de ce cimetière, où son meilleur ami avait été mis en terre, et il alla loger dans la rue Saint-Honoré, sur la paroisse de Saint-Roch. Ce cimetière, destiné à la sépulture des enfants non baptisés et des suicidés, avait remplacé un autre petit cimetière qui servait au même usage dans la rue du Bouloi, et la chapelle de Saint-Joseph, qui ne fut bâtie qu'en 1640, n'avait pas de fonts baptismaux.
Après l'enterrement de Molière au cimetière de Saint-Joseph, un mauvais poète normand, qui avait sur le cœur sans doute le refus de ses tragédies, la Mort burlesque du Mauvais riche et le Royal martyr, au théâtre du Palais-Royal, composa ce sonnet injurieux à la mémoire de l'illustre défunt : Sur la sépulture de Jean- Baptiste Poclin dit Molière, comédien au cimetière des morts-nés, à Paris :
De deux Comédiens la fin est bien diverse : Genest, en se raillant du baptême chrétien, Fut, mourant, honoré de ce souverain bien, Et souffrit pour Jésus une mort non perverse.
Jean-Baptiste Poclin son baptême renverse, Et, tout chrétien qu'il est, il devient un payen. Ce céleste bonheur enfin n'étoit pas sien, Puisqu'il en fit, vivant, un infâme commerce.
Satirisant chacun, cet infâme a vécu
Véritable ennemi de sagesse et vertu :
Sur un théâtre, il fut surpris par la mort même.
O le lugubre sort d'uu homme abandonné ! Molière, baptisé, perd l'effet du baptême, Et dans sa sépulture il devient un mort-né.
L'Apollon français, ou F Abrégé des règles de la Poésie française, par L. I. L. B. G. N. (les Isles le Bas, gentilhomme normand. Rouen, Julien Courant, 1674, in-12, p. 27).