‹ Iconographie MolieresqueChapitre 115 sur 180 · Plan et description du quartier de Saint-Germain · texte numérisé non relu

Plan et description du quartier de Saint-Germain

des Prez, avec ses rues et ses limites. ./. B. Seotm tevip.

In-i.

M. Eud. Soulié, dans les Recherches " M famille,

a rassemblé et commenté avec beaucoup d'ingéniosité les documents découverts dans les archives dea notaires de Paris sur l'origine de l'Illustre Théâtre, s Le 2S décembre 1643, dit-il, Dénia I Germain Clérin, Jean-Baptiste Poquelin, Joseph Béjart, Madeleine

ingre, Catherine des Ûrlis, Gen Catherine I

, tous associés pour faire ] ■ are de l'/ll

Théâtre, demeuranl fauxbourg Saint-Germain di - Préi proche la Porte de Nesle, t un marc]

brj , paveur des bâtiments du Roi, pour faire et pari de long sur trois toises de large de pavé « au devant du Jeu de

une, où ils vont jouer la comédie, sis aux faux-bo main proche la Porte de Nesle. » Le nouvel le :il décembre 1643, ■' u de Paum

la rue Mazarine et la rue de Seine, qui n'étaient encore qu minsnon pavés. Les documents pul Eud. Soulié établissent

d'une manière à peu près certaine que les Théâtre prenaienl le titre de comédiens d ■ s. A. Et, Monseigneur

ton d'( Orléans, qui leur payait ou qui avail promis de leur , une pension assez modique. L'fllu ncoup

de peine a s.' soutenir pendant une année, et quand la Troupe, charlut d'émigrer pour aller taire la comédie «tans le quartier Saint-Paul, il est probable qu'elle comptait sur d'aï protecteurs, tels que le duc de Guise et le duc de la Meille-

La Troupe de l'Illustre Théâtre n'en continua pas moins à toucher la subvention que Gaston d'Orléans avait attribuée à ses comédiens ordinaires, qui allaient encore donner des représentations dramatiques (tragédies, comédies et ballets), au palais du Luxembourg; mais les comédiens de Son Altesse Royale n'en furent pas beaucoup moins pauvres.

484. Plan géométral de la Tour etdelaPortedeNesle, calqué sur le dessin original de Louis Levau, levé en 1665. (Archives, IIIe cl. n° 710.) In-4, en largeur.

Ce Plan, qui fait partie de la planche 1 des Dissertations archéologiques sur les a?iciennes enceintes de Paris, par A. Bonnardot (Paris, J.-B. Dumoulin, 1852, in 4), représente exactement la Porte de Nesle et les «anciens murs des logements de l'hostel de Nesle», le long desquels subsistaient encore les fossés de l'enceinte , où se trouvait le Jeu de Paume des Métayers où fut établi d'abord l'Illustre Théâtre.

Voici comment Elomire hypocondre (acte iv, scène 1) raconte la formation de la Troupe des Bejart :

Je cherchay des acteurs qui fussent, comme moy,

Capables d'exceller dans un si grand employ.

Mais, me voyant sifflé par les gens de mérite,

Et ne pouvant former une Troupe d'élite,

Je me vis obligé de prendre un tas de gueux,

Dont le mieux-fait estoit bègue, borgne ou boiteux.

Pour des femmes, j'eusse eu les plus belles du monde,

Mais le mesme refus de la brune et la blonde

Me jette sur la rousse, où, malgré le gousset,

Grâce aux poudres d'alun, je me vis satisfait...

Donc, ma Troupe ainsi faite, on me vit à la teste,

Et, si je m'en souviens, ce fut un jour de feste,

Car jamais le parterre, avec tous ses échos,

Ne fit plus de ah! ait! ny plus mal à propos.

Les jours suivans n'estant ny festes ny dimanches.

L'argent de nos goussets ne blessa point nos hanches,

Car alors, excepté les exempts de payer,

Les parens de la Troupe et quelque batelier,

Nul animal vivant n'entra dans notre salle.

Grimarest, dans la Vie de Molière, dit positivement que ces comédiens, qui étaient enfants de famille, jouaient la comédie gratis : « C'étoit assez la coutume, dans ce temps-là, de représenter des pièces entre amis. Quelques bourgeois de Paris formèrent une Troupe, dont Molièreétoit; ils jouèrent plusieurs fois pour se divertir. Mais ces bourgeoi ayant suffisamment rempli leur plaisir et s'imaginant être de bons acteurs, s'avisèrent de tirer profit de leurs représentations. »

Ces représentations eurent pourtant quelque vogue, car Tallemnnt des Réaux, dans ses Historiettes, constata le succès que Madeleine Béjart avait obtenu dans ans tragi-comédie, faite pour elle probablement par ion ami e( allié Prançoia Tristan niermite, la Mort de Sinèque, imprimée en 1645, mais représentée sans dont.' l'année précédente : « Il faut finir par la Béjart, dit Tallesnanl Ses Etéanz. Je ne l'ai pas vue jouer, mais on dit que c'est la meilleure actrice de toutes. Elle est dans une Troupe de campagne. Elle a joué à Paris, mais c'a été dans une troisième Troupe irai n'y fut que quelque temps. Son chef-d'œuvre, c'étoit le personnage d'fipienaris, a qui Néron venoit de faire donner la question. ■

485. Plan et description du quartier de Saint-Paul ou de de la Mortellerie, avec ses rues et ses limites. J. B. Scotin sculp. In-i.

L'Illustre Théâtre, qui avait ouvert à la fin de décembre 1643, au Jeu de Paume des Métayers, sur les fossés de Nesle, n'eut qu'une année d'existence, et ferma au mois de décembre 1644 : les comédiens de Son Altesse, comme ils s'intitulaient, étaient chargés de dettes et se voyaient forcés de quitter la place. La protection de Gaston d'Orléans n'avait pu compenser le peu de succès de leurs représentations dans le faubourg Saint-Germain. Ils empruntèrent, à ^rros intérêts, 1700 livres, et tirent transporter les loges, portes, barrières et tous les bois de leur salle de spectacle dans le Jeu de Paume de la Croix-Noire, situé rue des Barres, près le couvent de l'Ave Maria, et ayant issue sur le quai des Ormes, ou quai Saint- Paul. C'est là que l'Illustre Théâtre fut installé le 8 janvier 1645. Voy. Recherches sur Molière et sur sa famille, par Bud. Soulié, p. 39 et suiv. La troupe des Béjart avait trouvé de nouveaux protecteurs, entre autres Charles de la Porte, duc de la Meilleraie, grand-mai tre de l'artillerie, qui exerçait une sorte de juridiction féodale sur tout le quartier de l'Arsenal. Ce quartier, voisin de la place Royale, était, d'ailleurs, le centre de l'aristocratie; les familles nobiliaires y avaient leurs hôtels, et beaucoup de personnes distinguées appartenant à la société des beaux-esprits s'occupaienl volontiers de littérature dans leurs salons. Molière n'avait donc pas compté sur les mariniers du port Saint-Paul, pour remplir son théâtre. Il était venu loger au coin de la me des Jardins-Saint-l'aul, dans une maison qui .subsiste enoore. Mais ses espérances furent encore une fois trompées : l'Illustre Théâtre fut oblige de fermer ses portes vers le milieu de 1645, et Molière, qui avait repondu de toutes les dettes de

associés, se trouva aux prises arec les procursun et lea sergenta à verge du Châtelet.

Le répertoire de l'Illustre Théâtre, au Jeu de paume de la Croix- Noirt, u'SSl pas connu; on sait seulement que VArtoxerce, tr.'

MOLIERESQUE.

de Magnon, y fut représentée en 1644 et imprimée l'année suivante. On y jouait donc de nouvelles pièces, entre lesquelles on peut citer deux tragédies de Desfontaines qui était un des associés de la Troupe : Saint Alexis, ou l'Illustre Olympie, et Y Illustre Comédien, ou le Martyre de Saint-Genest. Ces deux tragédies furent imprimées en 1645, quelques mois après avoir été représentées à l'Illustre Théâtre.

486. Le Grand Chastelet de Paris (avant 1655). Dessiné et gravé par Israël Silvestre. Israël ex. (H. 99mm. L. 165.)

Molière avait donné sa signature à la plupart des créanciers de Y Illustre Théâtre, mais ce généreux dévouement de sa part ne put conjurer la ruine de cette entreprise théâtrale, qui tomba en pleine déconfiture au milieu de l'année 1645. Alors commença une série de procès devant la justice consulaire. M. Eud. Soulié a retrouvé, dans les archives des notaires de Paris, quelques pièces de ces tristes affaires. « Le 2 août 1645, dit-il, Molière était au grand Châtelet, en vertu d'une sentence , donnée par les juges consuls, par défaut , contre lui, au profit d'Antoine Fausser, maître chandelier, faute de paiement de la somme de 115 livres d'une part et 27 livres d'autre part. C'est évidemment le fournisseur de chandelles de l'Illustre Théâtre, qui avait fait saisir le chef des comédiens. » Ce jour-là même, le procureur de Lamarre se présentait, « au nom des comédiens de Son Altesse Royale (Gaston d'Orléans) sous le titre de l'Illustre Théâtre », pour demander au lieutenant-civil, que « Jean- Baptiste Poquelin, dit Molière, soit mis hors des prisons, à sa caution juratoire, » c'est-à-dire en s'engageant à se représenter en personne au premier appel des consuls. Le pauvre Molière ne fut mis en liberté que le 13 août, Léonard Aubry, paveur des bâtiments du roi, s'étant déclaré « pleige caution repondant pour J. B. Poquelin de Molière prisonnier es prisons du grand Châtelet. »

Voy. les Recherches sur Molière et sur sa famille, pp. 43 et suiv.

487. Plan du mur d'enceinte de Philippe-Auguste depuis le quai Conti jusqu'à la rue de l'Ecole de médecine ; dressé sur le Plan de Verniquet. In-4, en largeur.

Ce Plan, qui fait partie de la pi. 1 des Dissertations archéologiques ntF les anciennes enceintes de Paris, par A. Bonnardot (Paris, J.-B. Dumoulin, 1852, in-4), nous donne le tracé de la rue Mazarine, dite rue des Fossés de Nesle, où se trouvait le Jeu de Paume des Métayers, que les Béjart transformèrent en théâtre. Mais on y voit aussi l'emplacement de la Porte Buci, située dans la rue Saint-André des Arcs, an bas de la rue Contrescarpe et à l'entrée actuelle du Paeeage du Commerce. On peut donc supposer que le Jeu de Pansu de Ut Croix-Blanche, où vint s'établir l'Illustre Théâtre, en

I< ONOORAPHIE

quittant le quartier Saint-Paul, longeait L'ancienne muraille, à l'endroit même où furent construites depuis les premières maisons du s du Commerce, qu'on appela d'abord ls <'"ur Saint-André des A

Il est incontestable que la Troupe de l'Illustre Théâtre, n' ossi au Jeu de Paume de la Croix-Noire, rue des Barres, et se trouvant obérée par les dettes qu'elle avait contractées dans cette exploitation malheureuse, revint se fixer, vers le mois d'août ins le Jeu de Paume de la Croix-Blanche, près de la Porte Bncy, et y donna des représentations pendant plusieurs mois, représentations aussi peu productives que les précédentes. Mais on n'a pas encore découvert Un seul document relatif à la dernière tentative de l'Illustre Théâtre. On sait seulement que la Troupe devait alors être bien diminuée, puisqu'elle ne comprenait plus que Molière, Germain Clérin, Joseph Béjart, ses deux- sœurs Madeleine et Geneviève, Catherine Bourgeois et Germain Rabel. Voy. les Recherr Molière, par End. Soulié, p. 47. Grimarest, dans la Pie de Molière, constate seulement, en ces termes, le retour de Molière .t - camarades au faubourg Saint-Germain : « Ils s'établirent dans le Jeu de Paume de la Croix-Blanche... Ce fut alors que Molière prit le nom qu'il a toujours porte depuis, mais lorsqu'on luy a demandé ce qui l'avoit engagé à prendre celuy-là plutôt qu'un autre, jamais il n'en a voulu dire la raison, mène lilleurs

amis. » On a lieu de croire que l'Illustre l rai ! si ■. en ago-

nisant, jusqu'au milieu de l'année 1646. »rs que la Troupe

se décida enfin à chercher fortune en province.

La comédie d'Élomire hypocondre, qui renferme les détails les plus piquants et les plus exacts ion faisant la part de la sa> les commencements de Molière, Bignale l'émigration de l'Illustre Théâtre, après ses malheureux essais au Jeu de Paume de la Croix- Noire; < ■'• ■-' Èlomire qui raconte ainsi s débuta:

N'accusant que le lieu d'un u fascheux destin, Pu port Saint-i'aul je passe au fauboorg SaiufcOennain ; Mais, comme meame effet suit tousjours mesme cause, •J'y vantois vainement nos vers et nostre prose; L'on nous siffla d'abord, et, malgré mon caquet. Il fallut derechef trou ; quet

Piqué de cet affront, dont s'eschanffa ma bile, ii la petite ville, Admirant les talents de mon petit troupeau, Protesta mille fois qne rien n'eatoit plus beau.

Il est bien certain que l'illustre Théâtre ne jouait que la tr> et li tragi-comédie. Ùlllustn I le M. Corneille, dont m ne

connaît que l'édition elzevirienne suivant la copie imprix P

.•n 1644, renfermait seulement le Cid, Horace, Cinna, P Polyeucte, on j ajouta depuis Uéracli ient 14

■ la Troupe des Béjarl avait d'abord représ peut indiquer d'autre, pièces qui semblent avoir composé la ré-

pertoire de l'Illustre Théâtre à Paris et en province, sans avoir égard à la date de l'impression de ces pièces : Eurimedon, ou l'Illustre Pirate (1637), par Desfontaines; Saint Alexis, ou Filhtstre Olympie (1645), par le même; V Illustre Comédien, ou le Martyre de Saint Genest (1645), par le même; V Illustre Corsaire (1640), par Mairet ; Y Illustre Amazone, par Rotrou (non imprimée); Ibrahim, ou V illustre Bassa (1643), par Scudery; la Mort de Coton, ou Vlllustre Désespéré, (1648); les Illustres Fous (1653), par C, Beys; les Illustres Ennemis, par Thomas Corneille , etc.

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