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IV. — Molière et sa troupe, en visite, a la cour

Nota. — Nous empruntons au Registre de La Grange la plupart des notes que renferment les deux chapitres suivants. C'est là seulement qu'on trouve l'indication des Visites faites par la Troupe de Molière depuis 1658 jusqu'en 1673. Les Visites étaient des représentations données en dehors du théâtre, soit le jour, soit le soir, et payées à prix débattu. Les noms des personnages, chez qui ces Visites ont eu lieu, fourniraient d'utiles commentaires à l'histoire, encore si peu connue, de Molière. Le Registre de La Grange, que la Comédie-Française doit publier avec une introduction de M. Edouard Thierry, est maintenant tout imprimé, mais il ne paraîtra qu'au mois de janvier 1876, pour la plus grande joie des Moliéristes.

510. Veue et perspective du Palais d'Orléans , cy devant l'Hostel de Luxembourg. En haut de l'estampe, les mots Palais d'Orléans entourent les armes d'Orléans. On lit dans le bas : « Dédié à Son Altesse royale par son très humble et très obéissant serviteur Israël. » A Paris, au logis de M. Le Mercier, etc. En l'année 1649. Gravé par J. Marot, d'après le dessin de Silvestre, avec figures de La Belle (H. 129mm. L. 246.)

Gaston d'Orléans avait la passion du Théâtre et surtout des ballets. Nous ne doutons pas que Molière, âgé de 18 à 20 ans, n'ait figure dans ces représentations comme acteur et peut-être comme auteur. Nous avons recueilli, dans notre collection de Ballets et Mascarades île Cour (Turin. J. Gay, 1868-70, 6 vol. in-12), plusieurs de ces pièces, entre autres le ballet de la Fontaine de Jouvence et celui de Y Oracle de la Sibylle de Panzoust, qui portent le cachet du génie naissant de Molière. On s'explique donc comment Gaston d'Orléans s'intéressa tout d'abord à la création de l'Illustre Théâtre, que lui recommandait un de ses gentilshommes, Esprit de Raymond, baron, puis comte de Modène, amant de Madeleine Béjart. On n'a pas encore trouvé de détails sur les Visites de l'Illustre Théâtre au palais d'Orléans, mais il est probable qu'on en trouvera dans les comptes de la succession de Gaston, qui donnait des pensions ou des gratifications à ses comédiens ordinaires. « L'Illustre Théâtre, dit M. Eud. Soulié [Recherches sur Molière et sur sa famille, p. 41), dut figurer, le 7 février 1645, dans la « grande assemblée, en l'Hôtel de Luxembourg, où Mgr d'Orléans donna la comédie, le bal et ensuite une superbe collation, à tous les princes, grands seigneurs et dames de la Cour. » Gazette de 1645. i> 12 i.

511. Veue <lu Louure, et de la Porte de Nesle, du costé du Faubourg S1 Germain. Dessignée par I. Siluest?-e et grauée par .Y. Perelle. Avec privilège du //<<//. \ Paris, chez Pierre Mariette. (H. 800MB. L. 345.) — Veue el Perpectiue <lu dedans du Louvre, faici du Règne de i. rais Mil. Israël excudit. Gravé par Rfarol el La Belle, sur te dessin de Silvestre. II. I30mm. L. iï3.)

Registre de La Grange :

« Le "■'" avril aé au Louvre Iea Visionnaires (de Dea-

marests)t pour le R07.

« Le samedy 11 may (1659), joué au Louvre VEstourdy, pour le Roy. M. Béjarl tomba malade et acheva Bon rôle de VEstourdy arec peine.

1 - mesme jour (18 mai 1659), joué au Louvre deux petites comédies : Gros-René escolier el le Médecin votant, pour le

lundy 30mc aoust (1660), joué, pour Monsieur, au Louvre, les Pré lieuses el le '

Le samedv l(im'' octobre (1660 . au Louvre, le Despit amoureux el 1" Médecin volant.

udy21meoctobre(1660),r2frfour</yet] Louvre.

i. • mardy 26 . VEstourdy !

ère, chez son Eminence, M. le cardinal Mazarin, qui estoit malade clnns sa chaise. Le Roy vil la comédie, debout, incognito, appuyé mit le 1 la chaize de S. E. Sa Majesté gratifia la

'1 1' upe de trois mille livres.

Le samedj i décembre (1660), joué au Louvre, pour le Roy, ' prince de Scarron).

1 25 décembre (1660), joué au Louvre /'. Bertrand (de Thomas Corneille) et la Jalousie de Gros-René.

1 |S< rcredy ^s décembre (1661 , VEscolle des maris et 1< cheux, «leuant le Roy,

• On avc.it esté, le samedy 14mc (octobre 1662), au Louvre, pour y jouer la Sœur (de Rotrou).

■ On avoil esté, le Bamedi -l,no (cet. 1662), au Louvre, pour VE<i ni /i- des maris.

On avo • imedy Gnn- (janvier 1663 . au Louvre (pour y

jouer Bans doute Y Emir i/r.< /'<•,,

Le samedj un"' (janvier 1663), devant le Roy. Idem, n Mardj 29janvi . Commencé, au Louvre, devant!

dans l'appartement bas de la Reyne-mère, le Mariage / die-ballet. El le jeudy :>lm". Idem. •

oarquer que La Orange ne mentionne nulle part, dans ans représentation à laquelle la Troupe italienne on la 1 i de aurai! figuré avec la Troupe de Molière

deux Troupes jouaient seules, lorsqu'elles étaient appelées, l'une ou l'autre, à la Cour. Les détails ne manquent pas sur la Troupe italienne, qui était retournée en Italie au mois de juillet 1639 et qui n'en revint qu'au mois de janvier 1GG2. Quant à la Troupe espagnole, entretenue aux frais de la Reine-mère, La Grange mentionne seulement les trois représentations qu'elle donna, en juillet 1660, au Petit-Bourbon : « Il vint, en ce temps, une Troupe de Comédiens espagnols, qui joua trois fois à Bourbon, une fois à demye pist., la seconde fois à un escu, et la troisième fois, iist un four. « Depuis lors, la Troupe espagnole ne joua plus qu'à la Cour.

512. Veiie du chasteau de Vincenncs, du côté du Parc Silvestre delineavit. A. Perel sculpsit. (H. 150mm. L. 240.)

Registre de La Grange :

« Le mardy 6mc mai (1639), joué à Vincennes, pour le Roy, D. Japhet (de Scarron).

« Jeudy 29me (juillet 1660), joué au bois de Vincennes, pour le Roy, YEstourdy et les Prétieuses.

« Samedy 31mo juillet (1660), joué au bois de Vincennes, pour le Roy, le Despit et le Cocu imaginaire.

« Le mesme jour (7 aoust 1660), au soir, joxié pour le Roy, à Vincennes, Sanche Panse (de Guérin de Bouscal) et la Pal/as (cette pièce n'est pas connue).

Le samedy 10 aoust (1660), joué pour le Roy, à Vincennes, Y Héritier ridicule (de Scarron) et le Cocu.

« Le 23 novembre (1660), un mardy, on a joué à Vincennes, deuant le Roy et S. E. (le cardinal Mazarin), Dont Japhet (de Scarron) et le Cocu.

« Lundy 31 janvier (1661), joué pour le Roy, à Vincennes, la Folle gageure (de Boisrobert) et Gorgibus dans le sac.

« Mercredy 12 septembre (1663), 1 Escollc des femmes et Critique, pour le Roy, à Vincennes. »

513. Veue et Perspectiue du Palais d'Orléans et d'une partie du petit Luxembourg, du costé du jardin. Israël ex. Gravé par Marot, d'après le dessin du Silvestre, avec figures de La Belle. (II. 130mm. L. 246.)

Registre de La Grange :

a Samedy 9me (juillet 1661), on avoit joué YEscolle des maris, chez Mmo de la Trémouille, pour Mademoiselle. Receu 220 livres.

« On a joué, le jeudy 17me aoust (1662), pour Mons* de Beaufort (au Petit Luxembourg), le Despit et les Prétieuses, douant le Roy. 330 livres,

« Lundy, :\m? mars (1663), à Luxembourg (Petit-Luxembourg), pour Mon*r le duc de Beaufort, pour Madame de Savoye. »

.'■II. Veue de l'entrée de la Maison Royale de Fontaine- Blcau. Dessinée par I. Siluestre et gravée par Perette. Avec primlege du /{<>>/. Chez Pierre Mariette. (H. 135mm. L. 885.)

Registre de La Orange :

« La mercredi 13 juillet (1661), à Fontainebleau, VBteoUe de» tnnri.t et le Cocu, devant le Roy.

« Et le mesme soir, on a joue, chez Madame la Surintendante (!£■■ Pouqoet), la mesme chose.

« Le jeodj limp (aoual 1061), MonsSr le marquis de Richelieu

arre8ta la Troupe pour jouer VBscolU de» maris, devant les Filles de

la Reyne, entre lesquelles estoit Madlc de la Motte d'Argencourt.

Il donna à la Troupe 80 louis d*or. cy 880 livres. M. le Surintendant

Ponquet' donna 1,500 livres.

« Le mardy23 (aoust 1661), la Troupe est partie pour Fontainebleau et a joué les Fascheux deux fois (la lrc fois le 25, jour de S. Lonifl .

« La Troupe est partie le lundy 21 juillet (1664), pour Pontaibleau. On a joué 4 fois la Princesse cTÉKde devant monsieur le I -.it, et une fois la Thibaïde. Receu, par ordre du Roy, 3,000 livres. Partagé <-t faicl 2 part/, d'antheurs, en seize et en quatone partz. 193 livres, cy. La Troupe est revenue le mercredy 13 aoust. »

515. Veue et Perspeetiue du Palais Cardinal, du costé du Jardin, ci en suitte de celles du Louvre cl tics Tailleries,

de divers cnslez cl des autres lieux des plus curieux des

environs de Paris. Par [srael Silvestre. A Paris, ehes Israël Henriet% rw de rArbre-Sec... Auee priuUege '/»

Roy, (H. l-'s"1"1. L. 845.)

le La Orange :

« l,c- aamedj -<'>,no [novembre 1661), on joua, chez Monsieur, lea Fascheux e\ VEscolle de» marie. Receu 275 li\-

« Idercredy, -•'> avril [166 . Joué, le - iir, au l'allais Royal, 1 rliru.r, pourmona* de la Peoillade. 220 livi

mardj 26** septembre !•><;- . joué au Palais-Royal, pour le Roy, lea Fascheux.

« Vendred ept, 1668), le mesme jour, joué* au Palais-

il, le Prince fahnu D Garde </'• Navarre), pour le I

« Le mardy, 3me avril (1663), chez Madame, au Pallais-Royal, YEscolle des femmes.

« Jeudy 3 janv. 1664, une Visite chez Madame, au Palais-Royal : joué Sertorius (de P. Corneille) et le Cocu imaginaire.

« Le lundy, 4me janvier (1664), le balet du Mariage forcé, chez Madame, au Pallais-Royal.

« Le samedi 9me février (1664), le mesme ballet, chez Madame.

« Lundy 7me (déc. 1665), une Visite au Palais-Royal, chez Monsieur. On a joué YEscolle des femmes. 550 livres. »

La Troupe de Monsieur étant devenue Troupe royale, en 1665, les Comédiens du Roi allaient quelquefois en Visite chez le duc d'Orléans, qui ne les payait pas sans parcimonie et sans difficulté ; on lit, dans le Registre de La Grange : « Mercredy 18me (juin 1670). Receu de Monsieur, duc d'Orléans, pour plusieurs visites, 1300 livres. »

Quand la Troupe de Molière était mandée au Palais-Royal, en visite, elle jouait sans doute sur un théâtre mobile, dressé dans la grande galerie. Le Registre de La Grange ne signale qu'une seule représentation publique, donnée dans le Théâtre du Palais- Royal, et à laquelle le Roi avait assisté : « Lundy 9me juill. (1663), le Roy nous honora de sa présence, en public, pour YEscolle des femmes et la Critique. »

La Grange nous apprend que la Troupe de Molière joua les Fâcheux, au Palais-Royal, pour M. de laFeuillade, le 26 avril 1662, c'est-à-dire huit mois avant la représentation de 1' 'École des femmes, qui brouilla Molière avec le duc de la Feuillade. Mais ils devaient être brouillés ou du moins ils l'avaient été dès l'année 1659, si l'on peut ajouter foi à cette étrange anecdote, rapportée par Philibert de La Mare, conseiller au Parlement de Dijon, dans ses Mélanges inédits ( Bibl. de l'Arsenal, ms. in-fol. ) : «Molière, fameux comédien, ayant fait et représenté une pièce de théâtre ayant pour titre : le Marquis étourdi, dans laquelle il avoit , avec une exactitude non pareille, représenté les gestes, actions et paroles ordinaires du comte de la Feuillade, duc de Rouennais, ce comte, piqué au vif de cette injure, fit dessein de faire assassiner Molière; et étant au petit coucher du roi, où l'on parloit de Molière, il dit au roi : « Sire, Votre Majesté se pourroit-elle « passer de Molière ? » Le roi, qui savoit le mal que le comte vouloit au comédien, et jugeant de son dessein, lui répondit : « La « Feuillade, je vous entends bien; je vous demande la grâce de » Molière. » Ce mot désarma la colère du comte. »

516. Veuë et Perspectiue du Chasteau de Versailles, du costé de l'entrée. Israël Siluestre delineauit et sculpsit. Parisiis. 1664. Citm priuilegio Régis. (H. 358mm. L. 491.)

Registre de La Grange :

a Le jeudy, ll^e octobre (1663), la Troupe est partie, par ordre

du Roy, pour Versailles. On a joué le Prince jaloux ou D. Garcie, Sertorius, VSicolie des M., les Faschcus, l'Impromptu, dit à cause de la nouveauté et du lieu, de Versaillet, le Despii amoureu

encore une fois le Prince jaloux. Pour le tout, receu 3,300 lî

de M. Bontemps, lrr raleî de chambre, sur sa canette. Partagé

231 livres. Le retour a esté le m.irJy 23 octobre.

■< La Troupe est partie, par ordre du Roy, pour Versai! dernier de ce mois (février 1664), et y séjourna jusque* au 22'"1' may. On y représenta, pendant trois jours. Les Plaisirs de Fille enchantée, dont la Princesse d'L'lide lîst une journée, qui fut le B"* de mara ; plus, les Fascheux, le Mariage forcé, et trois actes «lu Tartuffe, qui estoient les premiers. Receu 4,000 livres. Partagé 268 livres 10 sols.

« La Troupe, par ordre du Roy, est partie pour Versailles le lundy 13 octobre (1664) et est revenue le vendredy 25«ne, et a joué tous les jours différentes comédies, tant sérieuses que comiques (ifl Bçavoir : ['Impromptu, Y Escolle des maris, l'Sscolle des femmes, le Cocv, le Despit, i'Éstourdy, les Fascheu.r, Cri tique). Recenim Trésor royal, 3,000 livres. Part 257 livres.

■ Le vendredy, 12 juin (16651, la Troupe alla jouer, à Versailles, le Favori (comédie de Mll« Desjardins), dans le jardin, sur un théâtre tout garny d'orangers. M. de Molière fist un Prologue, en Marquis ridicule, qui vouloit estre sur le théâtre maigre les gardes, et eut une conversation risible avec une actrice, qui lit la Marquise ridicule, placée au milieu de l'assemblée. La Troupe est revenue le dimanche 14.

« Le dimanche, six novembre (1667), la Troupe est partie, par ordre du Roy, pour Versailles, où on a joué Attila (de Corneille) deux fois, la Veufve à la mode (de Molière et de Vise , PastoraUe (comique, de Molière), l'.4ccouc/iée ou l'Embarras de Godard (comédie attribuée à de Visé), et le retour a esté le mercredy 9me dud. mois de novembre. La Troupe a receu une année de pension, 6000 livres, partagez en unze partz, cy 545 livres.

« Le mercredy 25 avril (1668), la Troupe est partie, par ordre du Roy, pour Versailles. On a joué Amphitryon et le Médecin malgré luy, Cléopdtre (de La Thorillière) et le Mariage forcé, VBscolle des femmes. Est revenue le dimanche 29me dud. mois d'avril.

o Le mardi 10m° (juillet 1668), la Troupe est partie pour Versailles. On a joué \e Mari confondu (George Dandin, lrc fois). A de retour le jeudy 19"'°. »

M 7. Vci'n' du Ghasteau de s! Germain en Laye. Dtumi

et grave par Israël Siluestre. (H. lis1"". L. 107.)

tre de La Orange :

c Le lundy 8™i> mai (I668)j la Troupe ss1 partie poux Saint-Germain en Laje, par ordre du Roy. Représenté, l'' monte jour. D. Japhet - i el la Iakoutie de Bari muté.

« Le samedy 24m° juin (1662), la Troupe est partie, par ordre du Roy, pour aller à Saint-Germain en Laye. On a joué treize fois devant Leurs Maj estez. La Troupe est revenue le vendredy lime aoust. Le Roy a donné à la Troupe quatorze mil livres, croyant qu'il n'y avoit que quatorze partz. Cependant la Troupe estoit de quinze partz. La Reyne-mère fist venir les Comédiens de l'Hostel de Bourgogne, MM. Floridor, Montfleury, qui la sollicitèrent de leur procurer l'avantage de servir le Roy, la Troupe de Molière leur donnant beaucoup de jalouzie.Receu cy : 14,000 livres. Lesquelles ont esté payées en trois payemens, savoir : 6,000 livres, 4,000 livres, puis 4,000 livres, comme il est escript cy après.

« Vendredy, 14rac aoust (1665), la Troupe est allée à Saint-Germain en Laye. Le Roy dit au Sr de Molière, qu'il vouloit que la Troupe luy appartins! et la demanda à Monsieur. Sa Majesté donna en mesme tems six mille livres de pension à la Troupe, qui prist congé de Monsieur, luy demanda la continuation de sa protection, et prist ce titre : la Troupe du Roy, au Pallais Royal.

« Le mercredy 1" décembre (1666), nous sommes partis pour Saint-Germain en Laye, par ordre du Roy. Le lendemain, on commença le ballet des Muses, où la Troupe estoit employée dans une Pastoralle intitulée Mélicerte, puis celle de Coridon. Quelque tems après, dans le mesme ballet des Muses, on y adjousta la comédie du Sicilien. La Troupe est revenue de Saint-Germain, le dimancbe 2 février 1667. Nous avons receu, pour ce voyage et la pension que le Roy avoit accordée à la Troupe, deux années de lad1» pension de douze mil livres, cy 12000 livres. Partagés en douze partz 998 livres 15 sols.

« Le vendredy 2 novembre (1668), la Troupe est allée à S1 Germain, où la Troupe a joué le Mary confondu, autrement le George Demain, trois fois, et une fois Y Avare. Le retour a esté le 7e dud. mois. Receu du Roy, 3000 liv.

« Le samedy 3™° (juillet 1669), la Troupe est allée à S* Germain, par ordre du Roy. On a joué Y Avare et le Tartuffe. Le retour a esté le lundy 5m<\

« Lundy 4°>° novembre (1669), la Troupe est allée à S» Germain et est revenue le vendredy 8me dud. mois,

« Jeudy 20 janvier (1670), la Troupe est allée à S' Germain, pour le Roy. Le retour a esté le mardy 18 février; pour lequel voyage et celuy de Chambord le Roy l'a gratiffiée de la somme de douze mil livres, qui a esté partagée en douze partz, en comptant une part pour l'autheur, cy 12000 liv.

« Le samedy 1er mars (1670), la Troupe est allée à S' Germain, pour le Roy, et est revenue le dimanche 9mc dud. mois.

« Le samedy 8 novembre (1670), la Troupe est allée à S' Germain, par ordre du Roy. Le retour a esté le dimanche 16 dud. mois. Receu pour les nourritures, à 6 liv. par jour, chacun 54 liv.

« Mardy 9me février (1672), la Troupe est partie, par ordre du Roy, pour S» Germain et est revenue le vendredy 26m<> dud. mois. Receu

Ii ONOGR M'IIIK

pour nourriture, 135 liv. et gratiftications (84 liv. pour un habit) deux cent dis neuf livres. Escarbagnac, ballet.

h Le 17me février de la présente année, madlc Bejart est morte pendant que la Troupe estoit à S' Germain, pour le ballet du Roy, nu on joua la Cc,se dEscarbagnnc. Elle est enterrée à S» Paul, sous les charniers. »

518. Veuë du Chasteau de Chantilly a dix lieues de P.ui-. Siluestre sculp. Israël excud. cum priuil. fîegis(Y\. 13lmn:. L. 84*.)

stre de La Grange;

« Le samedy 29 septembre (1663), la Troupe est partie, par ordre de monsgr le Prince, pour Chantilly. On a joué VSscolte des F., la Critique, le Prince jaloux ou D. Garcie, VEsenllc des m., VEstourdg, et le Despit amoureux. Le retour a esté le vendredy 5 octob. Receu 1800 liv. Partagé et payé les frais du voyage, 125 liv. 8 s.

« Le jeudy 2Qmc sept. (1668), tine Visite à Chantilly, et pour une à Paris (à l'Hôtel de Condé), qui a esté jouée le 4e mars, du Tartuffe, pour monseigr le Prince. Receu 1100 liv. »

519. Veuë etPerspectiue de la face du Chasteau de Rincy à trois lieues de Paris, basty par monsieur Bordier, secrétaire du Conseil et intendant des finances de France. Israël excudit. Gravé par Rfarol et par Perelle, d'après le dessin de Silvestre. (H. 13^mm. L. 158.)

Registre de La Grange :

« Dimanche 8me novembre (1664\ la Troupe est allée au Ch de Raincy, chez madame la Princesse Palatine, par ordre de Monsieur le Prince. On y a joué Tartuffe et les Médecins {['Amour médecin). On a reçeu 1100 liv.

« Le samedy 29mc novembre (1661), la Troupe est allée au Rainry, maison de plaisance de madmo la Princesse Palatine, près Paris, par ordre monsgr le Prince de Condé, pour y jouer Tartuffe en cinq actes. Receu 1100 liv. Part 61 liv. »

:<-w. Le Chasteau de Villers-Coterets, appartenant an duc d'Orléans. En haut, à droite, dans un cartouche sontenu par de- chats ailés: Viliers CoUrtt. Au bat, h

gauche : F. L. D. C tartres excu. cum priuilegîo Régis. Gravé par Perelle. In-4, en longueur.

Registre de La Grange :

« La Troupe est partie pour Villecoterets, le samedy vingt"18 septembre (1C64) et est revenue le 27me dud. mois; a esté pendant huit jours au voyage. Par ordre de Monsieur. On y a joué Sertorius (de P. Corneille) et le Cocu L, YEscolle des maris et l'Impromptu, la Thébaïde (de Racine), les Fascheux. Et les trois premiers actes du Tartuffe. La Troupe a esté nourrie. Receu 2000 liv. Part 66 liv. 7 s. »

521. Veiie du Chasteau de Chambor (s/c),du costé de rentrée, hr. Siluestre del. et sculps. 1670. (H. 375 L. 548.)

Registre de La Grange :

mni

« Mardy 17 (aoust 1669) la Troupe est partie pour aller à Chambord. On y a joué, entre plusieurs comédies, le Pourceaugnac, pour la première fois. Le retour a esté le dimanche 20me.

« Vendredy 1er octobre (1670), la Troupe est partie pour Chambord, par ordre du Roy. On a joué, entre plusieurs comédies, le Bourgeois gentilhomme, pièce nouvelle de M. de Molière. Le retour a esté le 28 dud. mois. Receu de part, pour nourriture et gratifications, 600 liv. 10 s. »

Le chevalier d'Arvieux , qui avait voyagé en Orient et séjourné longtemps dans les Echelles du Levant, se vante, dans ses Mémoires (publiés après sa mort en 173o), d'avoir aidé Molière à composer la cérémonie turque du Bourgeois gentilhomme. Voici ce qu'il raconte :

«Le Roi, ayant voulu faire un voyage àChambord pour y prendre le divertissement de la chasse, voulut donner à sa Cour celui d'un ballet ; et comme l'idée des Turcs qu'on venoit de voir à Paris étoit récente, il crut qu'il seroit bon de les faire paroître sur la scène. Sa Majesté m'ordonna de me joindre à Messieurs Molière et de Lulli, pour composer une pièce de théâtre, où l'on pût faire entrer quelque chose des habillemens et des manières des Turcs. Je me rendis, pour cet effet, au village d'Auteuil, où M. de Molière avoit une maison fort jolie. Ce fut là que nous travaillâmes à cette pièce de théâtre, que l'on voit dans les Œuvres de Molière sous le titre de Bourgeois gentilhomme, qui se fit Turc pour épouser la fille du Grand-Seigneur. Je fus chargé de tout ce qui regardoit les habillemens et les manières des Turcs. La pièce achevée, on la présenta au Roi qui l'agréa, et je demeurai huit jours chez Baraillon, maître tailleur, pour faire les habits et les turbans à la turque. Tout fut transporté à Chambord, et la pièce fut représentée, dans le mois d«

[CONOORAPHIB

septembre, avec un succès qui satisfit le Roi et toute la Cour. Sa Majesté eut la bonté de dire qu'elle voyoit bien que le chevalier d'Arvieux s'en étoit mêlé; à quoi M. le duc d'Aumont et M. Dacquin répondirent : « Sire, nous pouvons ouvrer Votre Majesté qu'il y a pris une très-grande joie et qu'il cherchera toutes les occasions de faire quelque chose qui lui puisse être agréable. » Le Roi leur répliqua qu'il en étoit persuadé et qu'il nem'avoit jamais rien commandé que je n'eusse fait à sa satisfaction ; qu'il auroit soin de moi et qu'il s'en souviendroit dans les occasions.

■ Ces paroles obligeantes sorties de la bouche d'un si grand monarque m'attirèrent les complimens de toute la Cour. C'est une eau bénite dont les courtisans ne sont pas chiches.

« Le ballet et la comédie furent représentés avec un si grand succès, que, quoiqu'on les répétât plusieurs fois de suite, tout le monde les redemandoit encore; aussi, ne pouvoit-on rien ajouter à l'habileté des acteurs. On voulut même faire entrer les scènes turques dans le ballet de Psyché, qu'on préparoit pour le carnaval suivant mais, après y avoir bien pensé, on jugea que ces deux sujets ne pouvoient pas aller ensemble. »

522. VeuG d'une partie du Chasteau neuf de Sainct Germain en Layc. /. Siluestre sculp. Israël ex. cum prhùl. Régis. (H. 129mm. L. 258.)

Registre de La Grange :

« Le vendredy 23 aoust(1069), la Troupe est allée à S' Germain On y a joué 4 fois la Princesse d'Elide, dans la galerio du Chasteau neuf. Le retour a esté le dimanche 1" septembre. »

523. Vcuc de la maison de S1 Cloud, appartenant à Monsieur, frère unique du Roy. Au bas : « Dédié a Monsieur, frère unique du Roy, par son très-humble et trto-obéitsant serviteur Israël Silvcstre. » Dessigné et graué par Israël Siluestre en 1671, chez l'auteur, aux Galeries du Lnuure. Auec priuilege du Rny. Estampe en deux pièces. (H. 319mm. L. 1004, chaque pièce.

Registre de La Grange :

« Du jeudy 11 juillet (1672), une Visite a S» Clou, chez Monsieur Joué lea Femmet tavantt». Ileceu 330 liv. '>

:.-2i. Veue en Perspectiue du Palais des Tirailleries, du costé de l'Entrée, i Parût ehex t Mariette, me sK j<ir-

MOMÉRESQUE. 247

ques, à la Victoire. Auec priuilege du Roy. Fait par Perelle. Pet. in-fol. en travers.

La légende, avec renvois, au bas de l'estampe, indique : 9. Pavillon de l'amphithéâtre des Machines. 10. Salle du Bal ou des Machines.

Pendant que Vigarani préparait, au palais des Tuileries, la nouvelle Salle des Machines, que le Roi destinait à la représentation des ballets et des pièces en musique, Dassoucy, qui avait composé, vingt ans auparavant, la musique de Y Andromède de Pierre Corneille, fit une démarche auprès de Molière, son ancien ami, pour être chargé de mettre en musique la pièce, qu'on devait représenter devant la Cour, à l'inauguration de la Salle des Machines, pendant le carnaval de 1670. Molière ne parut pas éloigné d'accepter les offres de Dassoucy : « C'est pourquoi, dit ce dernier dans un appendice à ses Rimes redoublées, comme j'avois déjà animé plusieurs fois de ses paroles, il ne se fit pas grande violence pour me prier de faire la musique de ses pièces de machines, puisque je ne fais la musique auprès des Roys que pour ma gloire et pour mes amis, sans intérêt. » Mais le pauvre Dassoucy, ayant ouï dire que la musique des pièces de Molière serait faite désormais par un musicien nommé Charpentier, se laissa emporter par la fougue de son caractère, que l'âge n'avait pas rendu plus calme et plus prudent : il adressa une lettre hautaine et presque injurieuse à Molière, qui n'y répondit pas, mais qui pria Lully de faire la musique de la comédie-ballet de Psyché, à laquelle lui, Molière, travaillait alors avec Pierre Corneille et Quinault. Voy. la lettre de Dassoucy, que personne n'avait citée avant nous, dans la Jeunesse de Molière (Paris, A. Delahays, 1858, in-16, p. 173 et suiv.).

525. Veiie et Perspectiue du Palais des Tuileries, du costé de l'entrée, avec le Plan du premier estage au dessus du rez de chaussée. Dessigné et gravé par Israël Siluestre, aux Galleries du Louvre. Auec priuilege du Roy. 1669. 2 planches, destinées à être réunies. (H. 367mm. L. 498, chacune.)

La Gazette donne, sur la représentation de Psyché, pour l'inauguration de la Salle des Machines aux Tuileries, des détails qui n'ont pas été encore recueillis et qui font connaître les décorations de la pièce.

« De Paris le 24 janvier 1671. Le 17 de ce mois, Leurs Majestez, ;i\r-c lesquelles estoyent Monseigneur le Dauphin, Monsieur, Mademoiselle, Mademoiselle d'Orléans, et tous les Seigneurs et Dames de la Cour, prirent, pour la première foie, dana la salle des Ma-

ÎI6 ICONOGRAPHIE

chines, au Palais des Thuilleries, le divertissement d'un grand Balet , danse dans les entractes d'une tragi-comédie de Psiché , représente par la Troupe du Roy, avec tout l'éclat et toute la pompe imaginable. L'ouverture s'en fait par un récit de Flore, qui, paroissant en des lieux champestres, mais délicieux, accompagnée du Dieu des Jardins, et de celui des Eaux, chacun assiste d'une grosse Troupe de divinités, convie, avec eux, Vénus à venir consommer les Plaisirs que produit la Paix donnée par notre grand Monarque : et en mesme temps, cette Déesse descend du ciel, dans une vaste Machine, avec son Fils et six petits Amours; les Grâces la suivant en deux autres Machines, toutes des plus pompeuses. Le Théâtre est subitement changé en une longue allée de cyprès, ornée de tombeaux des anciens Roys de la famille de Psiché, avec un bel arc de triomphe et un Eloignement à perte de veùe. Et le premier Acte s'estant passé sur une si magnifique scène, la Décoration fait place à une solitude pleine de rochers, où se fait la première Entrée d'hommes et de femmes, affligez de la disgrâce de Psiché, qui est enlevée dans le second Acte, par un Zéphir, sur un amas de nuages. Une Cour succède, pour second intermède, avec un grand Vestibule, à travers lequel on découvre un riche et brillant Palais , que l'Amour a destiné pour Psiché ; et des Oyclopes y font une Entrée, travaillant, avec empressement, d'achever des vases d'or qui leur sont apportez par des Fées, pour augmenter la magnificence de ce Palais. Au 3e Acte, deux Amours font un agréable Dialogue en musique; puis, un Jardin paroist à l'instant, avec tous les ornemens imaginables, et un autre Palais, non moins superbe que le premier, où se passe une partie du 4e Acte, pendant lequel une vaste Campagne succède à ce délicieux Jardin. La scène, pour le 4e intermède, représente une Mer de feu, au milieu de laquelle paroist le Palais de Pluton ; et des Furies, avec des Lutins, y font une Dance, en laquelle ils essayent d'épouvanter Psiché descendue aux Enfers. Le 5° Acte s'exécute, avec de nouvelles Machines, très pompeuses, en laquelle Venus paroist mit son char, disputant avec son Fils, qu'elle veut engager en la vengeance qu'elle désire prendre de Psiché, et Jupiter, dans une autre, <jui vient les mettre d'accord, et commande a l'Amour d'enlever cette amante, dans le ciel, pour célébrer leurs QOpces. Alors le Théâtre se change, pour le dernier intermède, en un l'alais ,1e Jupiter, qui descend e1 laisse voir, dans l'eloignement, ceux dea auires principaux Dieux; et L'Amour, R?S0 l'sn'he, ayant esté emporté sur un nuage, une Troupe d'Amours vient, dans cinq Machines, leur témoigner sa joye. En mesme temps, Jupiter et Venus se rangent

auprea il" ce beau couple, et les Drrinitea qui avoyent este partagées dans le démealé, ■'eetant réunies, paroieeent an nombre de 3uo, aussi, sur des nuages, dont la acene eat remplie, et pas dea concerts, des duiaes, et plusieurs autres Entrées, célèbrent les

nopces de l'Amour et terminent OC pompeui divertissement , <ju i

fut continue le ts, en présence du Nonce do Pape, de l'Ambasi

MOLIÉRESQUK. 249

de Venise et de quelques autres ministres, qui en admirèrent la magnificence et la galanterie, avouans, avec grand nombre d'autres estrangers, qu'il n'y a que la Cour de France et son incomparable Monarque, qui puissent produire de sî charmans et si éclatans spectacles. »

La Gazette ne cite pas même les noms de Vigarani, l'inventeur des machines ; de Lully, l'auteur de la musique, et des auteurs de la tragi-comédie de Psyché, Molière, Pierre Corneille et Quinault.

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