‹ Iconographie MolieresqueChapitre 136 sur 180 · Le Médecin malgré lui (acte m, se. 2). Ed. Leiseleur · texte numérisé non relu

Le Médecin malgré lui (acte m, se. 2). Ed. Leiseleur

657. Scène du Tartuffe (celle du mouchoir), dans un large et riche cadre, style Louis XIV, chargé d'ornements, avec figures allégoriques. Dans la partie supérieure de l'encadrSment, le portrait de Molière, de trois-quarts, tourné à gauche, type Audran; médaillon ovale. Sur le montant de gauche, une tête-type de l'Avare, dans un médaillon; à droite, en pendant, celle du Malade imaginaire. Lithographie à la plume, entourée d'un triple filet; sans aucune lettre. (H. 332mm. L. 245.)

Lorsque les représentations du Tartuffe furent interrompues par ordre du Parlement, le bruit courut que le sujet de cette comédie était emprunté à une aventure véritable arrivée dans la famille du président de Lamoignon, qui aurait fait défendre la pièce. Nous avons trouvé cette note curieuse dans le grand Catalogue raisonné de la Bibliothèque du couvent de la Doctrine chrétienne, rédigé en 1748 d'après les notes manuscrites du R. P. Baizé (Bibl. de l'Arsenal, mss., Catalogué pœtarum, pars 22a, p. 247) : « On dit, à l'occasion de cette comédie, que M. le P. P. (le premier président Lamoignon),

se croyant joué, obtint de la Cour des défenses qui ne furent signifiées à Molière qu'au moment de la représentation. Comme il s 'a soit de rendre l'argent, ce qui tenoit sans doute au cœur des Comédiens, M. de Molière s'avança et dit : « Il n'y aura point aujourd'hui de représentation du Tartuffe, If. le P. P. ne veut pas qu'on le joue. » L'équivoque, que l'on comprit bien, valut une comédie pour les assistans, qui ne pensèrent pas à redemander leur argent et se retirèrent. »

658. Scène du Tartufferie lrr, scène lrP); petite tête de page, in-8, dessinée et gravée a l'eau-forte, en 1746, par Cochin fils, avec les noms des personnages et les cinq premiers vers de la scène gravés au burin.

«< Cette tête de page, qui se rapporte à la première scène du lPr acte, était destinée à une édition, dont le texte devait être gravé par Aubin, et publié par les libraires Didot et Jombert. Chaque scène devait avoir ainsi une vignette de Cochin. La mort de Didot et celle d'Aubin firent interrompre cette édition, donl une vingtaine de pages seulement ont été gravées. La vignette est fort rare. On la trouve dans l'Œuvre de Cochin, 1746, sous le n° 1 \2. »

(Note de M. le baron J. Pichon.)

Les renseignements les plus circonstanciés et les plus curieux qu'on possède sur les difficultés que Molière éprouva pour (aire jouer le Tartuffe se trouvent dans les Mémoires de Brossette sur Despréaux, puhliés à la suite de la Correspondance entre Boifem- Desprëaux et Brossette (Paris, Techener, 1858, in-8). Ce sont là des révélations tout à fait nouvelles :

» Quand Molière composoit son Tartuffe, il en récita au Roi les trois premiers actes.

« Cette pièce plut à Sa Majesté, qui en parla trop avant sèment pour ne pas irriter la jalousie des ennemis de Moin r surtout la cabale des dévots. M. de Péréflxe, archevêque de Paris, se mit à leur tète et parla au Roi contre cette comédie.

u Le Roi, pressé là-dessus à diverses reprises, dit s Molière qu'il ae Ealloit pas irriter les dévots qui étoient gens implacable qu'ainsi il ne devoit pas jouer son Tartuffe en public S M

oontenta de parler ainsi I Molière, sans lui ordonnes1 de supprimer cette comédie. C'est pourquoi Molière ne puis de la lire à ses amis.

■ Il ne laissoit pas de songer aux moyens de trouver le moyen de pouvoir jouer sa pièce. Madame, première Femme de Monsieur, avoit envie de voir représenter le Tartuffe. Bile sa parla au Roi

0 smpreSSement, et elle le lit dans un temps ou 8 irritée contre les dévot! de 1 1 Cour. Car quelques prélats, surtout M de (iniidrm, archeu'que de S.'iis, l'étoient anses de l'aire au

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Roi des remonstrances au sujet de ses amours (avec Mll6delaVallière et Mmc de Montespan). D'ailleurs, le Roi haï s s oit les jansénistes, qu'il regardoit encore, la plupart, comme les objets de la comédie de Molière. Tout cela détermina Sa Majesté à permettre à Madame, que Molière jouât sa pièce.

a Le Roi étoit à la veille de partir pour la campagne de Flandre, en 1667. Avant ce voyage, Sa Majesté chargea M. de Lamoignon, premier président, de l'administration et de la police de Paris, en son absence.

« Le Roi étant parti, Molière, en suite de la permission du Roi, fit représenter son Tartuffe le 5 août 1667, et le promit encore pour le lendemain ; mais M. le président le défendit, le même jour ; il fit même fermer et garder la porte de la Comédie, quoique la salle fût dans le Palais-Royal.

« Molière porta ses plaintes à Madame, qui voulut faire savoir à M. le premier président les intentions du Roi.

« M.Delavau, l'un des officiers de Madame (il a été depuis l'abbé Louis Delavau et l'un des quarante de l'Académie françoise), s'offrit d'aller parler à M. le premier président, de la part de son Altesse Royale. Madame le chargea d'y aller, mais il gâta tout et compromit Madame avec M. de Lamoignon, qui se contenta de dire à M. Delavau, qu'il savoit bien ce qu'il avoit à faire et qu'il auroit l'honneur de voir Madame.

« M. le premier président lui fit, en effet, une visite, trois ou quatre jours après, mais cette princesse ne trouva pas à propos de lui parler du Tartuffe, de sorte qu'il n'en fut plus aucune mention. »

659. Le Tartuffe (acte m, scène 2, et acte iv, scène 5), peint par Montvoisin, lithogr. par Desmadryl. Deux scènes, en 2 planches. (H. 406mm. L. 311, chacune.)

Saint-Evremont, dans une lettre, écrite de Hollande en 1669, jugeait ainsi la comédie du Tartuffe, qu'on venait d'imprimer à Paris :

« Je viens d'achever de lire Tartuffe, c'est le chef-d'œuvre de Molière. Je ne sais pas comment on a pu en empêcher si longtemps la représentation; si je me sauve, je lui devrai mon salut. La dévotion est si raisonnable dans la bouche de Cléante, qu'elle me fait renoncer à toute ma philosophie, et les faux dévots sont si bien dépeints, que la honte de leur peinture les fera renoncera l'hypocrisie. Sainte piété, que vous allez apporter de bien au monde ! »

Il parait, cependant, que le Tartuffe, qui réussit complètement au théâtre, eut peu de succès à la lecture et que la pièce imprimée ne se vendit pas. L'avocat Gabriel Guéret l'a dit d'une manière positive dans le dialogue littéraire, intitulé : la Promenade de Saint-Cloud (publié avec les Mémoires historiques, critiques et littéraires de Fr. Bruys, 1751). où il s'est mis en scène sous le nom de Cléante :

« — Comment ! dit Cléante, est-il possible que le Tartuffe, qui a si

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fort enrichi Molière et sa Troupe, n'enrichisse pas le libraire ? Cette pièce, qui est devenue un préservatif contre les suprises du bigotisme, n'est-elle pas d'une nécessité absolue dans toutes les familles, et ne devroit-on pas même en faire des leçons publiques?

« — Ne vous y trompez pas, repartis-je : cette pièce peut être bonne pour les comédiens et ne valoit rien pour les libraires. Quand elle sort du théâtre pour aller au Palais, elle est déjà presque tout usée, et la curiosité n'y fait plus courir. Mais, sans parler de cela, avouons que le mystère a bien fait valoir cette comédie ; que les défenses et l'excommunication lui ont bien servi, et qu'elle n'égale point cette grande réputation qu'on lui a donnée. Je ne vous dis point, d'ailleurs, que la pièce de Molière n'est pas l'original de ce dessin ; vous savez que l'Arétin l'avoit traité avant lui, que même il y en a quelque chose dans la Macette de Régnier ; et quoiqu'il y ait toujours beaucoup de mérite à bien imiter, néanmoins on ne s'acquiert point par là cette grande gloire dont on a honoré l'auteur du Tartuffe.

« — Je ne l'ai vue représenter qu'une fois, dit Oronte, et je pense que sans ce grand éclat qu'elle a fait, je l'aurois vue plus de trois fois avec plaisir. Mais, en vérité, on me l'avoit élevée si haut, que n'y trouvant point ces grandes merveilles qu'on m'avoit vantées, je la regardai comme une pièce ordinaire, et peut-être même lui refusai-je des applaudissemens qu'elle méritoit.

« — Je suis certain, ditCléante, qu'il y a bien des endroits qui ont dû vous plaire. »

Antoine Taillefer, dans son Tableau historique de l'esprit et du caractère des littérateurs français (Versailles et Paris, Nyon, 1785, 4 vol. in-8), rapporte une anecdote qui prouve avec quel soin minutieux Molière surveillait le jeu des acteurs de sa Troupe :

m Un jour, qu'on représentait le Tartuffe, Champmeslé, qui n'était point alors dans la Troupe, fut voir Molière dans sa loge qui était près du théâtre. Comme ils en étaient aux compliments, Molière s'écria : « Ah! chien! ah! bourreau ! » et se frappait la tête comme un possédé. Champmeslé crut qu'il tombait de quelque mal, et il était fort embarrassé. Mais Molière, qui s'aperçut d étonnement, lui dit : « Ne soyez pas surpris démon emportement. Je viens d'entendre un acteur déclamer faussement et pitOjablement quatre vers de ma pièce, et je ne saurais voir maltraiter mes enfants, de cette force-là, sans souffrir comme un damne. »

C)60. Le Tartuffe (acl. iv, se. 7); dessiné par Tassaert, 1S-27.

661. Le Tartuffe (acte m, se. S); dessiné par Détenue, lith. par Noël. In-i.

N...'l a lithographie, d'après Deaeune, une autre scène du Tartuffe, pour servir de pendant à celle du Mouchoir.

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