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PORTRAITS DE MOLIERE

Mon savant collègue M. Henri Lavoix a publié une dissertation critique, pleine de recherches et de précieux renseignements, sur les portraits de Molière (Gazette des Beaux-arts, 177e livraison, 1er mars 1872). Dans cette étude ingénieuse, il s'est appliqué à examiner les principaux portraits, peints ou gravés, qui existent aujourd'hui et qui, malgré des différences presque inconciliables, ont été donnés, à diverses époques, comme la représentation fidèle des traits et de la physionomie de notre illustre auteur comique; il a donc essayé d'établir quels étaient les plus ressemblants et les plus authentiques de ces portraits. Avant lui, H. -A. Soleirol s'était livré à un travail du même genre, mais avec des matériaux et des documents d'une autre espèce, dans son curieux ouvrage intitulé '.Molière et sa Troupe (Paris, l'Auteur, I808, gr. in-8).

Soleirol avait réuni, à force de patience et de soins, une immense collection de portraits peints, dessinés et gravés d'acteurs et d'auteurs dramatiques. Parmi ces portraits, qu'une vente publique a malheureusement dispersés après sa mort, on romarquait « 10t portraits ou costumes de Molière, tant bons que mauvais, dont 3o gravures et 12!) dessins ou peintures ' )>. C'est d'après cette collection vraiment extraordi-

1 Voy.àla suite de cette Étude une Note très-importante de M. Màhérault sur la collection de portraits historiques relatifs au Théâtre, rassemblée par H. -A. Soleirol, chef de bataillon du géDie en retraite, ancien élève de

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nuiiv, et en s'aidant aussi de la connaissance des portraits peints conservés alors dans plusieurs cabinets publics el particuliers, que Soleirol a chercfa ins beaucoup de tact et de

ité, à retrouver le véritable type de la figure de Molière. On peut dire qu'il avait vécu, pendant trente ans, avec les portraits de ce grand homme, comme disait La Fontaine dans sa lettre aMaucroix sur la Fête de Vaux: Volière, c'est mon homme, ou, suivant une variante contemporaine, c'est notre homn , Je commencerai, par une observation qui n'a pas été faite :

qu'il y a eu deux hommes dans .Molière, le poète, l'observateur, le contemplateur (c'est le surnom que ses amis lui avait attribué), et le comédien, l'artiste scénique, souvent même le bouffon. Ajoutons, aussi, que Molière, depuis sa jeunesse jusqu'à sa mort, avait changé plusieurs fuis de physionomie, par suite de ses fatigues, de ses maladies et de ses chagrins.

Il n'existe qu'un seul témoignage contemporain écrit, qui puisse nous servir à établir la ressemblance des portraits de .Molière; c'est celui de madame Poisson [Marie-Angélique Du Croisy), fille de Philbert Gassot, sieur du Croisy, camarade et ami du chef de la Troupe des Comédiens du roi. Cette ancienne actrice, qui se souvenait d'avoir vu Molière au théâtre du Pa-

I lyal, lorsqu'elle avait quatorze ans à peine, consigna ce souvenir, à l'âge de plus de quatre-vingts ans, en ITîo, dans une lettre forl intéressante, insérée au jfercure de France, sur les comédiens qu'elle avait connus durant le cours de sa

carrière théâtrale: « Il n'était ni trop gras, ni trop maigre; il

avait la taille plus grande que petite, le port noble, la jambe belle; il marchait gravement, avait l'air très-sérieux, le nés . la bouche grande , les lèvres épaisses, le teint brun, les sourcils noirs et forts, et les divers mouvements qu'il leurdondait lui rendaient la physionomie extrêmement comique. » Voilà doue le portrait de Molière, portrait d'après nature,

polytechnique, rt vendue après m mort sa 1861. par 1<*r soins de

aères, marchand d'estampes. M. Mahérault est pour nous i

compétent autorisé en matière d'art el d'histoire littéraire; tout an nous

inclinanl devant son jugement, nous nous permettons de faire quelques

In collection Soleirol, ou se trouvaient beaucoup uV

ta ou douteuses, mais qui en contenait un grand nombre d'un

t d'une valeur incontestables.

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pris sur le vif, peu de temps avant sa mort. C'est surtout le poëte, le rêveur, le directeur de théâtre, tel que la petite du Croisy, âgée alors de treize à quatorze ans, avait pu le voir souvent dans les coulisses, ou dans le foyer des acteurs. Il y a cependant un trait qui ne doit appartenir qu'au comédien : « Ses sourcils noirs et forts , et les divers mouvements qu'il leur donnait, lui rendaient la physionomie extrêmement comique. » On peut affirmer, au contraire, d'après le portrait peint par Mignard et gravé par Nolin, que Molière avait la physionomie non-seulement sérieuse, mais encore triste, mélancolique, pensive, même grave et sévère. Baudeau de Somaise disait de lui, en 1660, dans la Pompe funèbre de Scarron : « C'est un bouffon trop sérieux. »

Deux témoignages contemporains ne s'appliquent qu'au portrait du comédien. Dans Y Impromptu de l'Hôtel de Condé, par Antoine-Jacob Montfieury, un des personnages de la pièce, le Marquis, « regardant le premier feuillet de YÉcole des femmes, où Molière est dépeint », dit :

N'est-ce pas là Molière ?

Alis.

Oui.

Le Marquis.

Oui, c'est son portrait...

Plus je le vois et plus je le trouve parfait. Ma foi, je ris encor, quand je vois ce portrait.

Ce passage prouve que la gravure, qui est en tête de la première édition de Y École des femmes, gravure signée des initiales de François Chauveau, ami de Molière (Paris, Louis Billaine, 1603, in- 12), offre un bon portrait de Molière dans le rôle d'Arnolphe : « Jl est assis, dit M. H. Lavoix en décrivant cette estampe, il est assis, coiffé du large chapeau à forme haute; il a les cheveux courts, la moustache noire; l'impériale est Légèrement indiquée; il tient un livre de la main gauche et montre de la main droite son front à Agnès, à laquelle il fait la leçon. »

ua la même comédie de l'Impromptu de VBÔteî de Condé, Alcidon, un des personnages de la comédie, dépeint ainsi Mo-

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lière, en costume de théâtre, jouant le rôle de César dans la rre Corneille, la Mort </> /'•■//.

Madame, avcz-vous v\i, dans les tapisseries,

èros '1" romans?

Il est t'ait tout de même; il vient le nez au vent, Les pieds en parenthèse et l'épaule en avant;

rrnqne qui fuit le côté qu'il avance.

Plus pleine de lauriers qu'un jambon de Mayence; Les mains sur les côtés, d'un air peu négligé; La tète sur le dos, comme un mulot chargé;

;x fort égarés; puis, débitant ses rôles, D'un hoquet éternel sépare ses paroles.

Voilà Molière dans un rôle de tragédie, tel que le r sont'-, et justement dans le même rôle, un portrait du temps, peint à l'huile que possède la Comédie -Française et que M. Henri Lavoix attribue 9 Mignard.

Soleirol s'autorise des nombreux portraits qu'il avait sous ix, pour constater que Molière porta la moustache pendant une partie de sa vie, comme on la portail généralement à la ville et à la cour; que cette moustache était châtain clair, et qu'il la noircissait en la renforçant et en l'augmentant, quand il devait entrer en scène. Quant à la / • qu'il

avait adoptée dans certain? rôles, notamment dans celui d'Orgon, de la comédie du Tartuffe, elle était, bien entendu, postiche. Cette discussion est très-satisfaisante. Il en résulte aussi que les sourcils noirs et forts, dont pari.' Mm" Poisson, étaient noircis el charbonnés, quoiqu'ils fussent devenus assez longs et épais dans les dernières années de la vie de Molière.

I1 - trois portraits de face que Soleirol a choisis dans sa collection et qu'il fit graver, sous ses yeux, pour accompagner son ouvrage el i">nr marquer les variations les |>lus earaci3 que la figure de Molière avait subies, depuis sa jeurt, le premier portrait esl tiré » d'une belle miniature à l'huile sur enivre •.dans laquell parait avoir 25 ans; le second ■■ d'un portrait de grandeur na-

« lurelle, fait à l'esl pe aux trois

N! ilière dans le rôle d'Harpagon, de '« i-dire api . el le troisième, k

d'un portrait à l'huile, de grandeur naturelle, fait très- ■ l"'u de temps avant la mort de Molière. ■ Soleirol aj<

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(c Peut-être même le portrait en miniature à l'huile est-il celui qui devrait inspirer le plus de confiance, quoique l'on n'ait que la gravure de Beauvarlet pour point de comparaison, parce qu'il fut fait en 1646, quand Molière quitta sa famille; et qu il pourrait être que ce fût un souvenir qu'il lui eût laissé et pour lequel il eût posé. Il n'était pas alors dans sa gloire, tandis que plus tard les autres portraits auront bien pu se faire de souvenir, comme cela se pratique, la plupart du temps, pour les acteurs en renom. »

Soleirol s'occupe ensuite des portraits gravés plutôt que des portraits peints ou dessinés de Molière ; il prélude à cet examen par ces remarques judicieuses : «Quant à sa figure, sous le point de vue de la forme, elle était ovale et presque maigre vers 1646; elle s'est ensuite engraissée peu à peu; en 1668, elle était pleine et ronde; puis, elle s'est ridée, tout à coup amaigrie et de nouveau allongée vers sa dernière année... Deux causes ont dû produire le prompt changement qui s'est opéré dans la figure de Molière, à partir de 1671 : son raccommodement avec sa femme et l'abandon du régime hygiénique qu'il suivait pour sa maladie de poitrine; depuis le mois de mars 1667, il ne vivait que de lait, et il se remit à la viande. »

La conclusion de Soleirol, au sujet des portraits gravés de Molière, est à peu près conforme à celle de M. Henri Lavoix, sauf en ce qui concerne le portrait de Sébastien Bourdon, quoique les deux critiques aient pris un point de départ absolument différent : « Parmi les portraits de Molière qui sont gravés, dit Soleirol, on n'en voit que trois qui puissent inspirer de la confiance. Celui qui fut gravé en 168b par Nolin, d'après Mignard, ami de Molière ; ce portrait semble représenter ce dernier vers 1670. Celui de 1705, fait par Audran, également d'après Mignard, et qui peut donner la figure de notre célèbre auteur, vers 1665. Enfin, le portrait gravé par Beauvarlet, publié en 1773, d'après Sébastien Bourdon, employé aux peintures des Tuileries; ce doit être Molière vers 1652. »

Le jugement de Soleirol sur ce dernier portrait et sur deux autres portraits gravés, qui n'ont pas été généralement acceptés comme authentiques, mérite d'être encore consigné ici : « Le portrait gravé par Beauvarlet est critiqué par beaucoup de

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monde, sous le rapport de la ressemblance ; cependant voici un fait qui semble prouver qu'il est bon. C'est que la miniature à l'huile, dont on a parlé et qui, dit-on, représente Molière vers 16 18, donne évidemment la figure du même homme que la gravure de Beauvarlet, mais seulement dans un âge moins avancé. Comme on peut le voir, la figure en est maigre, tandis que celle de la gravure de Beauvarlet est grasse. La gravure d'Habert, faite en 1686, d'après Mignard, semble avoir été tirée de la même peinture que la gravure d'Audran, d'où on doit croire qu'Habert aura mal rendu le modèle qu'il avait choisi. La gravure de Crépy, qui fut contemporain de Molière, représente bien certainement ce dernier à un âge antérieur d'un peu à celui de la gravure de Nolin ; mais le format en est trop petit et le burin n'en est pas assez fin, pour que ce soit un bon portrait. » Soleirol aurait pu ajouter que le portrait gravé par Beauvarlet reproduit le tableau original de Sébastien Bourdon, qui fut l'ami de Molière, comme on peut l'affirmer non-seulement d'après un tableau de ce maître, derrière lequel est collée une inscription qui paraît de la main de Molière et qui constate leur amitié, mais encore d'après une tradition constante, qui faisait remonter cette amitié à la rencontre de Molière avec Sébastien Bourdon, dans la ville de Montpellier, en 1655 ou lii,')6. Disons, en outre, que Beauvarlet ayant exécuté sa gravure pour le premier centenaire de Molière et sous les auspices des gentilshommes de la chambre du roi, le choix de l'original n'a pas été fait à la légère, et qu'il faut y voir le résultat d'une délibératton du Comité des sociétaires de la • lie- Française.

Soleirol consacre deux pages à étudier le portrait de Molière qui fait partie du Musée du Louvre, où il a été longtemps attribué à Mignard, et que les nouveaux catalogues désignent seulement comme une peinture anonyme de l'Eoole française du xvur siècle. Soleirol s'efforce de prouver que ce portrait c'est autre qu'une œuvre de fantaisie, postérieure de 20 ans à la morl de Molière, et que cette même peinture, donl l'orimeurée inconnue, a servi depuis de type à Antoine I I, pour faire un autre poitrail que la gravure s souvent Du i . ditril, en comparant le tableau du R

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avec les portraits de Molière qui peuvent inspirer le plus de confiance sous le rapport de la ressemblance, et qui font voir de proche en proche les variations successives de sa figure, on aperçoit, entre ledit tableau et ces derniers portraits, plusieurs différences. Les plus fortes sont celles qui existent dans les dimensions de la tête, dans la moustache, et qui ont été déjà signalées. Les autres consistent en ce que, dans le tableau du Musée, les sourcils sont moins arqués, les yeux plus grands, les pommettes des joues plus saillantes ; on y voit encore que la bouche est plus grande et le cou plus long. Une chose, toutefois, qui est à l'avantage du tableau dont il s'agit, c'est qu'il présente une figure animée comme celle d'un homme de génie, et que les figures de ce genre sont rares. »

Soleirol en vient à déclarer que la plupart des portraits de Molière, soit en sculpture , soit en peinture, soit en gravure, soit en lithographie, « sont des compositions faites d'après le tableau du Musée ou d'après celui de Coypel; d'où il résulte très-probablement que la figure la plus connue , la plus accréditée pour être celle de Molière, est une figure de convention, enfin la figure d'un autre homme. »

M. Henri Lavoix a suivi une autre marche méthodique, pour en arriver, comme nous l'avons dit, à des conclusions à peu près analogues. Il ne fait aucun cas du tableau de la collection du Louvre, qu'il regarde comme une médiocre copie, exécutée vers 1715 ; mais il n'a pas de peine à démontrer qu'il a existé, qu'il existe peut-être encore plusieurs portraits peints par Mignard, différents les uns des autres, d'après lesquels ont été gravés originairement les premiers portraits de Molière. Il regrette qu'on ait perdu la trace de celui que Mignard avait laissé à sa fille, la comtesse de Feuquières, et qui était encore en sa possession vers 1730, suivant l'attestation formelle de l'abbé de Monville, auteur de la Vie de Mignard. Il considère aussi comme un original de Mignard le portrait que possédait la fille de Molière, mariée à Rachel de Montaland, et que ce dernier, mort en 1738, légua par testament à son ami Dubois de Saint- Gelais. En l'absence de ces deux originaux , il cite celui que Charles Coypel (ou plutôt Antoine Coypel) avait peint d'après Mignard, dit-on, et qui est aujourd'hui chez M. le docteur

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Gendrin. Il cite aussi avec éloge le portrait que la Comédie- Française acheta en 1869, et qui représente Molière dans le rôle de César, de la Mort de Pompée, tragédie de Pierre Corneille.

Ce portrait et tous ceux qui ont reproduit la physionomie factice du comédien, dans un de ses rôles, soit tragiques, soit comiques, n'offrent pas le véritable portrait de Molière. Nous accepterons , au contraire , comme un type réel, le petit portrait 'le Molière, en pied, qui figure avec la date de IH70 dans le curieux tableau des Farceurs francois et italiens, depuis soixante mis, que te Théâtre-Français possède dans sa collection, et qui y est entré, en 183!», par un don de M. Delorme, de Sens, lequel tenait ce tableau de la libéralité de l'archevêque de Sens, cardinal de Luynes. Ce portrait a une importance que M. Henri Lavoix n'a pas manqué de reconnaître, mais il doit avoir subi quelques restaurations maladroites.

M. Henri Lavoix, n'ayant pas retrouvé les tableaux peints par Mignard, a dû les chercher dans les meilleures gravures qui ont été faites d'après ces tableaux. « Il existe, dit-il, plusieurs états d'une gravure qui représente Molière : le poëte a la figure ronde , les traits accentués , les sourcils épais , les lèvres fortes, quelques rides au front, une légère moustache s'abaissant sur les coins de la bouche. Molière, qui parait avoir cinquante ans environ, coiffé de la grande perruque, vêtu d'une robe de chambre serrée au poignet et que dépasse un petit bout de manchette, est assis, tenant un livre de la main gauche, et de la main droite une plume. C'est un portrait sans prétention , Banc apparat, un portrait intime ; Molière est chez lui ; il porte cette robe de chambre de brocart rayé, doubléede taffetas bleu, que l'inventaire dressé, après son décès, a consignée parmi les habits de ville à l'usage du défunt. C'est bien Molière Ici que nous l'a dépeint MUo Poisson; c'est lui, avec cette gravité que le travail de la pensée avait imprimée sur ce visât''', dont la bonté et la douceur tempéraient la Bétérité. Le portrait est de Mignard* Nolin l'a gravé en 1688; mit lui a donne place dans la galerie 'les ffommi s iUustnt qui ont paru <» fronce pendant ■ Paris, intotou

a, talUer, 1698, in-fol.). C'est probablement celui que Mignard ij i h 1666, en môme temps que celui d'Armande Béjart,

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ainsi que nous l'apprend son historien, l'abbé de Monville. A qui appartenait-il? A Molière, sans doute, et il resta dans la famille du poëte. »

Les autres portraits gravés, exécutés depuis, ne seraient, la plupart, dans l'opinion de M. Henri Lavoix, que des arrangements et des imitations, qui s'éloignent plus ou moins de l'original primitif, notamment le beau portrait gravé par J. Cathelin, pour l'édition de 1773, d'après une peinture de Mignard. Quant au portrait gravé par Beauvarlet, d'après un tableau attribué à Sébastien Bourdon , M. Henri Lavoix soutient que le personnage qu'il représente n'est pas Molière. « Quoi ! dit-il, Molière avec cette longue perruque coquettement frisée , avec cette petite cravate à nœud passée dans une dentelle flottante, enveloppé dans sa robe de chambre, les mains longues et effilées sortant de ces fines dentelles, avec ces façons, cet air d'un fermier-général au xvme siècle? Mais rien ne s'éloigne plus de sa physionomie que ce portrait. » M. Henri Lavoix semble même porté à croire que ce portrait « à figure grasse , au nez relevé, à l'œil noir et rond, aux lèvres épaisses, » serait plutôt le portrait de Quinault que celui de Molière.

Ce n'est pas l'original de ce portrait, qui se trouvait dans le cabinet de Denon, à la vente duquel le portrait bien connu, peint par Charles Coypel et gravé par Lépicié , fut présenté sous le nom de Sébastien Bourdon, que Denon lui avait attribué on ne sait pourquoi. Ce portrait est décrit, il est vrai, trèsinsuffisamment dans le Catalogue rédigé par l'habile expert Perignon : « Molière, la plume à la main, et réfléchissant; au milieu des volumes qui couvrent sa table, on remarque les comédies de Térence. Parmi le petit nombre des^portraits qui existent de cet homme célèbre, celui-ci se distingue par l'exécution, un excellent coloris, et surtout par une expression vive et prononcée qui porte à en croire la ressemblance parfaite. » Ce portrait passa depuis dans la collection de portraits historiques du général Despinoy, où il reprit le nom de son véritable auteur; mais, depuis la vente de cette collection, en 18o0, on ne sait pas ce qu'il est devenu.

Nous sommes loin de dédaigner, comme l'a fait M. Henri Lavoix, le portrait, qui est bien de Sébastien Bourdon, et dont

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l'original se trouve chez M. Aug. Vitu, sinon an Musée de Montauban, dans la collection d'Ingres. Ce portrait, répétons-le, a été lait d'après Molière jeune, et nous le rapprocherons de la petite miniature que possédait Soleirol et à laquelle il donne la date de 1646, car il y a beaucoup d'analogies entre ces deux portraits. Celui qu'on attribue à Sébastien Bourdon aurait été peint vers lGiia ou 1 650, lorsque Molière rencontra Sébastien Bourdon à Montpellier, ville natale de cet artiste, qui s'était lié alors avec le chef de la Troupe de campagne des Béjart. Le portrait peint par Sébastien Bourbon rappelle naturellement le tableau de la Sainte Famille, découvert en 1840, avec cette inscription dont l'authenticité paraît moins contestable : « Donné par mon ami Séb. Bourdon, peintre du Roy et directeur de l'Académie de peinture. Paris, le vingtquatrième de juin mil sixeens septante. J. B. P. Molière. »

Un des portraits peints par Mignard, celui que Nolin grava en 1685, est donc certainement bien postérieur au portrait peint par Sébastien Bourdon ; nous n'hésitons pas à le reporter aux dernières annéi - de la vie de Molière, qui y est représenté grave, sévère, triste, avec les rides que les chagrins domestiques avaient mises sur son visage. Il ne faut donc pas confondre ce portrait, gravé par Nolin , avec ceux qui représentent Molière plus jeune, plus insouciant, plus ardent, plus heureux. On peut dire avec certitude que son mariage avec Armand'1 Béjart en 1663 amena une transformation complète dans son existence, dans son caractère, dans son humeur, dans sa physionomie.

Cette transformation physique et moral.1 se faisait sentir surtout dans un tableau d'apothéose, attribué à Lebrun, que M. Henri Lavoiz n'a pas cité et qui a péri dans l'incendie de l'Hôtel de Ville, mais dont on a par bonheur une belle photographie au tiers de la grandeur de l'original. Ce tableau, appartenant à. la collection municipale, représentait Molière assis, a demi étendu mu- un lit de repos, le coude appuyé sur une pile de livres, pendant que bous Bas yeux le Génie de la Comédie ehasse à coups de fouel le démon de l'hypocrisie sons les traits du Tartuffe et le démon du vice caractérisé sous les traits d'une Euménide. Rien n'égalait la douceur et la mélancolie de

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la figure de Molière dans cette belle composition, qui pourrait bien avoir été gravée, si on doit la reconnaître dans cette description d'une estampe, qui n'a été signalée que par Soleirol : « Un ancien portrait gravé, qui est une Apothéose, offre également une petite moustache; la figure en est si morne, si maigre, les joues si creuses, que l'on est porté à croire que ce portrait a été fait par quelqu'un qui aura vu Molière à son lit de mort , et qui aura tâché d'en conserver le souvenir ; d'où l'on conclut que Molière porta la moustache jusqu'à la fin de sa carrière. L'Apothéose dont on parle est rognée jusqu'à la planche. Pour s'assurer de l'exactitude du nom qui est écrit à la main, on aurait désiré voir une autre épreuve de cette gravure, ou rencontrer quelqu'un qui en eût vu ; mais on a fait de vaines recherches à ce sujet. Toutefois , il est à croire que c'est bien Molière qu'on a voulu représenter. »

M. Henri Lavoix, après avoir cité en passant deux ou trois portraits peints, notamment celui qui est conservé à Chartres dans la collection de M. Marcille et qui a été gravé par M. Hillemacher, semble assez indifférent à l'égard de ces portraits qu'il regarde comme des imitations plus ou moins éloignées du type consacré par Mignard et par les graveurs Nolin et Audran. Il ne se préoccupe peut-être pas assez de rechercher les peintures originales, en supposant qu'elles ont été fidèlement interprétées et reproduites par ces graveurs. Ce n'est pas tout à fait notre sentiment, et nous n'avons que trop souvent remarqué combien peu les graveurs se piquent de fidélité et d'exactitude dans l'interprétation d'une œuvre peinte. Sait-on d'ailleurs quels sont les portraits de Molière, peints par Mignard, que Nolin et Audran ont gravés, l'un en 1685 et l'autre en 1705? Car on peut affirmer que ce sont bien là deux portraits distincts, faits à deux époques différentes.

Depuis que M. Henri Lavoix a publié sa dissertation, on a retrouvé un portrait de Molière, et ce n'est peut-être pas celui qu'Audran a gravé. Ce beau portrait, provenant de la succession de l'évêque de Winchester, a été cédé à la Comédie-Française par M. Adolphe Thibaudeau. Molière est représenté jeune, dans cette peinture de petite dimension. Il porte une grande perruque d'un blond cendré, tombant sur les épaules, et de petites

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moustaches; il est vêtu d'une robe de chambre en soie êoarqui laisse voir la chemise ouverte et le cou nu ; il a des manchettes de dentelle et tient de la main droite un carnet relia à fermoirs. Ce portrait n'est pas signé, mais on y reconnaît le pinceau de Mignanl, qui s'accuse avec tant d'éclat qu'on ne saurait douter de son authenticité. Nous ne pouvons mieux faire que de nous en rapporter à deui excellents connaisseurs. II. Mahérault et M. Perrin , administrateur du Théâtre- Français, qui a eu la bonne fortune d'acquérir pour son théâtre ce superbe portrait de Molière.

« La Comédie-Française a vraiment de la chance, nous écrivait M. liahérault au mois d'août dernier : avec l'admirable buste de Houdon, qu'elle a toujours eu, elle possède, depuis quelques années, le beau portrait de Molière couronné de lauriers dans le rôle de César, et la voilà qui, aujourd'hui, vipnt d'acquérir (et pour rien, par le temps qui court du prix des objets d'art) un second portrait, qui, à mes yeux, est bien supérieur au premier. Il n'est pas douteux que le type des deux têtes ne soit identique, mais laquelle des deux peintures, puisque l'une doit nécessairement dériver de l'autre, est la reproduction, est l'originale? M. Perrin a eu la complaisance, avec une gracieuseté charmante, de réunir les deux tableaux dans la même salle et de me les montrer ensemble près l'un de l'autre pour me mettre à même de les comparer. De cette comparaison attentive, il résulte pour moi que le nouveau venu doit être considéré comme le premier en date. Il est évidemment fait d'après nature. Il y a,dans toute la figure, une vitalité qu'on chercherait en vain dans une copie, et qu'on ne retrouve pas au même point dans le portrait à la couronne de lauriers, eux voient, cette bouche respire, ces narines aspirent, l'esprit et le génie de l'homme éclatent dans ce regard] La tête, au reste, est peinte avec un soin extrême, COU un, dans une de ces dimensions qu'affectionne le portrait l'ait d'après nature par un ami. Le travail est i\>^ plus Unis, sans être lèche, el il me semble que le faire de Mignard apparaît plus que dans le grand portrait aux lauriers. La tête de ce dernier est la reproduction agrandi.' du portrait nouvellement acquis, et, aelon moi, celui-ci serait l'original. Mais c'est là OBM

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moi une affaire de sentiment, et mon opinion n'aurait qu'une bien mince valeur si elle n'était corroborée par celle d'un homme tout à fait compétent : M. Perrin partage mon avis, et je me félicite de me trouver d'accord avec lui sur une de ces questions d'art auxquelles il s'entend si merveilleusement. »

Voilà donc un des portraits peints par Mignard retrouvé, et peut-être deux, si l'opinion se confirme que Mignard serait aussi le peintre du grand portrait couronné de lauriers. Mais ces deux portraits fussent-ils bien de Mignard, il faudrait encore en chercher au moins deux autres, ceux que Nolin et Audran ont gravés et qui ne se rapportent que de très-loin aux deux portraits que la Comédie-Française possède aujourd'hui.

Ce fut certainement en 1657 ou 1658 que Mignard peignit Molière pour la première fois. A cette époque, Mignard parcourait les provinces méridionales, en improvisant partout des portraits, sur son passage : « Revenu à Avignon, dit son historien l'abbé de Monville (p. 55 de la Vie de Pierre Mignard), il y trouva Molière. Ces deux hommes rares eurent bientôt lié une amitié qui n'a cessé qu'avec leur vie. » Molière était alors à la tête de la Troupe des Béjart, et sa réputation de comédien avait devancé dès lors ses succès d'auteur dramatique. Il jouait la tragédie de préférence à la comédie, et il tenait surtout à se distinguer comme acteur tragique. Il faut donc supposer que Mignard l'avait vu et l'avait applaudi dans le rôle de César de la Mort de Pompée. N'est-ce pas là le premier portrait que Mignard fit de Molière ?

En 1665, il en fit un aussi, et ce serait alors celui que la Comédie-Française vient d'acquérir. « Il peignit Molière à peu près dans le même temps (1665), dit l'abbé de Monville (p. 93 de son ouvrage). Leur amitié augmentoit chaque jour. L'estime l'avoit fuit naître, l'estime la fortifioit sans cesse. » Un peu plus tard, en 1666 ou 1667, autre portrait peint par Mignard. « Mignard fit de Molière, dit plus loin l'abbé de Monville, un portrait digne de l'auteur du Misanthrope, et digne en même temps de celui qui peignit le Val-de-Gràce. Il est chez Mme la comtesse de Feuquières, » ajoute en note l'abbé de Monville. Ce portrait-là, dont on a perdu la trace depuis 1730, ne nous semble pas être celui qui a été gravé par Audran en 1705 et

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qui avait été point en petit. Quant au portrait, que Nolin a gravé «'ii 1685 et qui nous montre Molière vieilli et assombri dans la dernière période de sa vie (1671 ou 1672), il est encore | découvrir. Dans tous les cas, le catalogue de rouvre par Mignard, tel que l'a dressé l'abbé de Monville, ne mentionne que deux portraits de Molière : « Jean-Baptiste Poquelin de Molière, gravé par Jean-Baptiste Nolin; un autre portrait de Molière, en petit, gravé par Benoist Audran. »

Le portrait gravé par Audran serait, selon nous, celui qui se trouvait chez Molière, à sa mort, et qui depuis, après le décès de sa veuve, devenue la femme de Guérin d'Étriché, passa dans les mains de sa fille unique, Marie-Madeleine-Esprit Poquelin de Molière, mariée à Rachel de Montalant en ilO'6. Il n'est pas désigné nominativement dans l'État des biens de cette demoiselle, au moment de son mariage, mais on peut être sur qu'il était compris parmi les portraits ilr famille désignés en bloc dans cet État, puisqu'il reparait, en 1734, dans le premier testament du sieur de Montalant, qui s'en dessaisit en faveur de son ami Dubois de Saint-Gelais, et qui le lui avait remis, à titre de legs, quatre ans avant sa mort (voy. les Recherches sur Molière et sur su famille, par M. Eudore Soulié, p. 292 et 312). L'existence de deux portraits de Mignard est donc bien établie, vers la même époque, l'un chez la comtesse de Feuquières en 1730, l'autre chez Dubois de Saint- Gelais en 1734.

L'examen attentif et comparé des deux portraits peints de la Comédie-Française et des deux gravures de Nolin et d'Audran nous a permis de fixer approximativement la date de quatre peintures de Mignard : le grand portrait couronné de laurier! serait de lo.'u, comme nous l'avons dit plus haut; le petit portrait ovale, qui est aussi la propriété du Théâtre-Français, peut être date de 1663. Serait-ce là Le portrait, M petit, que reproduit la gravure d'Audran? En tous cas, il a existe un troisième portrait, peint par Mignard en I66A ou 1067, et que l'abbé de Monville cite comme le plus beau de tous. • celui que la lille dfl Mignard, veuve du comte de Peuquièrea, avait toujours gardé et qu'elle possédait encore sa 1730. Quant s la gravure de Nolin, elle annonce un autre

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portrait, qui aurait été peint vers 1671 ou 1672, dans les dernières années de Molière, à la suite de ses chagrins domestiques, de ses grandes fatigues de comédien et d'auteur, et surtout de sa maladie de poitrine. Ce quatrième portrait, peint par Mignard, ne nous est donc connu que par la gravure de Nolin. Il faudrait, en outre, avoir sous les yeux le portrait peint que M. Marcille attribuait à Mignard, et une autre peinture attribuée également à Mignard, qu'Alexandre Lenoir a vendue à lord Sunderland, pour décider si ces deux portraits sont bien de Mignard et s'ils n'offrent pas des répétitions d'un des quatre portraits authentiques, qui étaient bien de Mignard et que nous avons rattachés à quatre époques distinctes de la vie de Molière.

Sans rappeler le portrait peint, par Sébastien Bourdon, vers 1657, et le portrait en pied qui figure dans le grand tableau des Farceurs français et italiens avec le costume de leurs principaux rôles, il est impossible de ne pas admettre que Molière n'ait pas été peint, de son vivant, par d'autres artistes que Pierre Mignard; il le fut probablement par C. Lebrun, par Nicolas Loir, par Bon Boulogne, par François Chauveau, par Roland Lelevre , etc. Ces portraits contemporains ont chacun une valeur relative, suivant le mérite du peintre, et l'on ne saurait leur refuser, surtout s'ils ont été faits d'après nature, le privilège de nous avoir conservé la ressemblance du modèle plus fidèlement que des estampes qui ne sont que des imitations ou des traductions plus ou moins fidèles d'une peinture originale.

Coypel, dans un portrait peint sous l'inspiration d'une des peintures de Mignard, et Houdon, dans un buste qui accuse une réminiscence lointaine du tableau de Coypel, sont là pour nous prouver que clans les œuvres d'art le type change et se transfigure en s'idéalisant, et que l'interprétation d'un type reçu peut arriver, sous l'influence d'un génie divinateur, à une sorte de création nouvelle, qui remplace avec bonheur l'ancienne forme et l'objet réel par une image de convention , plus vraie ou du moins plus vraisemblable que la véritable image. Ainsi le Molière de Coypel, pour nous servir des expressions de M. Henri Lavoix, « c'est bien Molière, le Molière de Mignard, et l'on retrouve facilement le texte primitif à travers les fan-

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taisies il» traducteur. Lépicié et Ficquet l'ont gravé l'un et L'autre, Si Boucher l'a reproduit en tête de la grande édition î ii — * de I7;H. n Quant au buste de Molière, par Houdon, c'est également Molière, Molière non pas tel qu'il était, mais tel qu'on se figure qu'il devait être. Nous laissons la parole au maître «les critiques d'art, pour apprécier cette œuvre unique, ce chef-d'œuvre de la sculpture moderne :

« Le buste de Houdon est une merveille, a dit T. Thoré dans l'introduction de son Salon de 1847. La tète ombragée de cheveux flottants, séparés au milieu comme la chevelure du Christ, s'incline légèrement vers la droite. La moustache, un peu retroussée, laisse voir ces lèvres éloquentes, amplement dessinées dans un caractère de bienveillance et de chaste volupté. La narine, bien ouverte, paraît se mouvoir sous des impressions sublimes. Il n'y a jamais eu de nature généreuse et abondante, avec le nez et les lèvres minces. Les arcs des sourcils sont proéminents et ils cintrent un grand œil loyal et clairvoyant. Sur le cou nu, le sculpteur a noué une écharpe négligée, simple ajustement qui fait valoir la physionomie poétique de l'auteur du Misanthrope. Le plus grand éloge qu'on puisse faire de ce buste de Molière, outre le sentiment et l'habileté de l'exécution, c'est qu'il a l'air d'être exécuté d'après nature.

« La tète de Molière est la plus humaine, dans le vrai sens du mot, que la tradition nous ait conservée, comme son génie est le plus sympathique et le plus universel. Que la forme et l'expression du visage sont sympathiques! Pour ma part, je ne connais pas de plus belle tète que celle de Molière ; elle se soutient, comme beauté, mais avec un caractère tout autre, à côté des têtes parfaites, originales, Sculptées par les artistes g J'ai la terre-cuite de Molière, par Houdon, en pendant au brome du Médecin grec, dont l'original est à la Bibliothèque. Molière représente l'homme moderne, si l'on peut ainsi dire, en opposition à L'homme de l'antiquité. La tète grecque est régulière e1 inflexible; la têts de Molière es! mélancolique el mnée; elle s.- fait aimer, tandis que l'autre se faire admirer. Le 'irre a de l'aigle; Molière n'a que de l'homme. Presque toutes les tètes de l'histoire ancienne nu moderne oui une analogie plus ou moins lointains arec quelque race ani-

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maie ; Molière ne ressemble à aucun type de la création inférieure. Il est véritablement formé à l'image de Dieu, suivant le symbole de la Genèse. »

Et pourtant Houdon, qui a fait un buste si digne de Molière, vivait un siècle après lui, et ne l'avait vu que dans la peinture de Coypel. Coypel, quoique plus voisin du temps où Molière a vécu, n'avait pu le comprendre et le deviner, qu'en s'inspirant d'un tableau de Mignard, peint d'après nature. Les grands artistes ne savent pas copier, parce qu'ils donnent toujours carrière à leur génie original; les mauvais artistes ne savent pas copier davantage, parce qu'ils sont incapables de s'élever à la hauteur du modèle qu'ils ont choisi. Faites faire le même portrait par dix peintres différents, et vous aurez dix portraits absolument dissemblables, dont le meilleur sera peut-être le plus éloigné de l'original.

On s'explique ainsi comment les nombreux portraits gravés de Molière se ressemblent si peu les uns les autres et accusent souvent entre eux de telles différences, qu'on a peine à se persuader qu'ils représentent le même personnage. Les peintures originales sont rarement reproduites avec une scrupuleuse fidélité, et le type se modifie, se transforme et se perd, à mesure qu'il s'éloigne de sa source. Voilà pourquoi nous cherchons dans les œuvres contemporaines la ressemblance la plus exacte , matériellement parlant , de Molière, et nous sommes forcés pourtant de reconnaître que, longtemps après lui, de grands artistes ont pu le représenter d'imagination, sous des traits qui, pour n'être pas d'une exactitude parfaite, n'en sont pas moins acceptés, par l'opinion publique ou plutôt par le sentiment général , comme la meilleure et la plus idéale interprétation de l'homme et de son génie. Les tableaux peints par Mignard sont vrais, dans la plus large acception du mot : la peinture de Coypel et la sculpture de Houdon ne nous donnent pas des portraits authentiques, et néanmoins ces portraits-là sont approuvés et glorifiés comme les plus conformes à l'idée qu'on se fait généralement fie Molière.

On ne doit donc pas s'étonner que les artistes d'ordre secondaire ou inférieur, qui ont gravé des portraits de Molière, d'après quelque type connu, n'aient pas quelquefois conservé le

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moindre vestige de ce type, qui n'est plus même reconnaissable à première rue. En bien des cas, le défiant de justesse dans l'œil 'l»1 l'art isto, son peu d'habileté manuelle*, son ignorance du

dessin, auront suffi pour amener des déviations assez graves dans le caractère de la figure ou dans les traits du modèle, et, comme notre savant et digne ami M. Mahérault nous le fait remarquer, « quand à ces causes générales se joint cette circonstance particulière, que ces portraits, pour la plupart, n'ont pas été. gravés d'après l'édition phneeps, mais les uns sur les autres, d'après des copies plus ou moins fautives déjà, sans parler (nouvelle source d'infidélité) du dessin, première copie qui a dû être faite préalablement au crayon pour être transportée sur la planche de cuivre, on ne doit plus être surpris de toutes les altérations qui en sont résultées : le type s'est effacé plus ou moins, s'il n'a pas entièrement disparu. »

Telle est la raison qui nous porte à donner toujours la préférence aux portraits contemporains peints ou dessinés, et à les considérer, malgré leurs dissemblances, comme des originaux que la gravure arrivera inévitablement à changer plus ou moins, en les interprétant. Le graveur étant un traducteur, on peut lui appliquer presque toujours le mot proverbial : tni'luttore, trcuUtore. Il y a des traducteurs qui voient faux et qui rendent faux ; il y en a d'autres qui s'efforcent d'enjoliver un modèle, d'autres qui l'enlaidissent sans le vouloir, d'autres enfin qui le modifient et le métamorphosent, de propos défi- On peut supposer, par exemple, que Nolin, à qui nous devons une si bonne gravure de dernier portrait de Molière par Ifignard, a exagéré le caractère triste et sombre de la figure, qui, tout en conservant ses traits et ses linéaments, a complètement changé d'aspect. Autre exemple : Beauvariet, qui a fait un si magnifique portrait d'après la peinture de stien Bourdon, s'est plu à bien rendre l'expression de la physionomie radieuse qui convient i Molière, jeune el heureux de sa jeunesse, plein d'espoir et d'avenir, content de luimême el des autres. Puis, vient Duflos, qui copie Beauvariet, et qui accentue encore davantage le caractère sourianl el cietu de la figure, qu'on ne reconnaît plus si on la rapproche

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des portraits gravés d'après Mignard. On s'explique comment M. Feuillet de Conches, un excellent juge cependant, a pu dire, à priori, dans ses observations sur les portraits apocryphes (Revue des Deux-Mondes , lo nov. 1849, p. G21) : « Qui ne répugnerait à accepter la tète qui a été gravée par Beauvarlet et placée sous la protection du nom de Sébastien Bourdon *? Qu'y a-t-il là des traits du plus rare esprit du grand siècle , de cette physionomie profonde, sérieuse , jusqu'à la tristesse, comme celle de tous les génies comiques? »

Il faut, dans un portrait , l'aire la part du graveur qui déforme et qui transforme , à plaisir ou à son insu. Cependant on aurait grand tort de croire que la physionomie la mieux caractérisée ne varie pas. Est-ce qu'un paysage, quel qu'il soit, ne change pas graduellement, selon les effets de la lumière et de l'ombre, selon l'heure et selon la saison? N'en est-il pas de même du visage humain qui rellète toutes les impressions de l'âme, toutes les nuances de la pensée et du sentiment? Qui oserait dire que Molière a toujours été rêveur, mélancolique, morose? Molière, l'ami de Chapelle, le convive de la Croix de fer ; Molière, l'amant de Madeleine Béjart et l'amoureux de Mllc du Parc, qui, malgré son port de reine et ses grands airs tragiques, avait ses bonnes, comme on disait, et se mettait volontiers en belle humeur de galanterie ; Molière, qui chantait à table avec Dassoucy et qui ne redoutait pas la gaudriole, le gros mot et le sous-entendu gaillard ! Tel est le Molière que Sébastien Bourdon a eu pour modèle, et il l'a peint tel qu'il l'a vu. Molière, à cette époque, avait trente-trois ou trente-quatre ans.

Si les graveurs sont trop souvent les coupables qui ont travesti un portrait, les peintres eux-mêmes, en face de leur modèle vivant, sont portés aussi à en exagérer les formes et l'expression. Il suffit de forcer un peu la ressemblance, pour arriver à la grimace, à la caricature. En revanche, un peintre peut s'inspirer devant son modèle et en idéaliser, en diviniser mémo le caractère. C'est ce que Michelet a cru voir dans le portrait anonyme, qui est au Louvre et qui provient de l'aucienne collection du roi, portrait qui a été attribué tour à tour ;ï Mignard, à Lebrun, à Lenain , et qui en fin de compte n'est resté à personne : « L'artiste, dit Michelet, un peintre secon-

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daire peut-être, mais ce jour-là en face d'un tel original, s'est trouvé transformé. Ce visage est celui d'un grand révélateur, et non pas moins celui d'un créateur. La vigueur maie y est incomparable arec un grand fonds de bonté, de loyauté, d'honneur. Rien de plus franc, de plus net. La lèvre est sensuelle et le oes un pou gros, trait bourgois que le peintre a cru devoir ennoblir avec quelque pou de dentelle. A quoi bon? On n'y pas. L'intensité de la vie qui est dans cet œil noir absorbe, et l'on ne voit rien autre. »

Eh bien! ce portrait peint a été copié par Mauzaisse, pour le Musée de Versailles, et la copie ne reproduit ni le dessin ni la couleur du tableau original. Ensuite Mauzaisse a lithographie ce même portrait, et il n'a rien conservé de Molière, dans cette lithographie, quoique le type soit incontestablement le même que celui du tableau du Louvre. Desenne, le célèbre dessinateur de vignettes destinées à l'ornement des livres, a prouvé encore mieux que, sous le crayon d'un dessinateur tréshabile et très-consciencieux, la ressemblance d'un portrait, - xécuté d'après un original, pouvait n'être plus qu'une chose vague et imparfaite. Desenne n'a dessiné qu'un seul portrait de Molière, mais ce portrait a été gravé quatre ou cinq fois par de bons artistes, et tous ces portraits ne se ressemblent pas entre eux : il n'en est pas même un seul qui ressemble au portrait-type que l'artiste a prétendu reproduire.

Ces réflexions préliminaires étaient indispensables pour diriger le lecteur intelligent, au milieu de tous les portraits de Molière, peints, dessinés, gravés et lithographies, que nous avons mentionnés ou décrits dans notre Iconographie. Nous croyons devoir y ajouter une sorte d'essai de classement chronologique des portraits peints, qui ont servi de modèles aux portraits gra- Bvstématique des principaux types qui ont été adoptés par la gravure. Notre classement serait plus complot et plus méthodique, si nous avions pu réunir sous nos yeuat tous irtraita peints, el mémo si dous dous riions donné la tache de bien étudier cens qui B6 trouvaient dans la collection Soleirol ou qui ont Bguré, en I S73, au Musée-Molière, dans lequel on a mblé à la bâte tant >\<' pr< liqui s

de notre grand comique.

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