‹ Iconographie photographique de la Salpêtrière (volume 2)Chapitre 5 sur 10 · ynars. — G. est calme · texte numérisé non relu

ynars. — G. est calme

4 mars. — Plusieurs attaques. Tout d'un coup, elle saute de son lit et se précipite en chemise jusqu'au parloir.

5 mars. — Attaques répétées.

6 mars. — Attaques nombreuses. Dans un intervalle de repos, elle s'enfuit jusqu'à l'infirmerie générale où éclatent de nouvelles convulsions que M. Charcot arrête par la compression ovarienne. On en profite pour la caraisoler et la reconduire dans sa section. — Dans l'après-midi, on lui retire la camisole pour qu'elle puisse manger. Bientôt, elle s'excite, descend précipitamment de son lit, et court grimper sur le toit d'un bâtiment où travaillaient des couvreurs.

Ce n'est qu'avec beaucoup de peine qu'on est arrivé à la faire descendre et à lui remettre la camisole. Dans la

nuit, elle déchire sa camisole et se sauve encore une fois :

à une heure du matin, on l'a retrouvée dans la cour de l'infirmerie générale, assise sur un banc, toute nue, et tenant sa chemise sur son bras.

Elle s'estlaissée ramener dans son lit sans difficulté.

I- hOmars. — G. mange peu, ne dort pas. — Chloral et extrait thébaïque dont la dose est portée, progressivement de 5 à 10 centigrammes.

II- 15 mars. — Refuse de manger et de parler. De temps à autre, attaques.

16 mars. — • Geneviève est dans un état de prostration profonde ; elle ne parle ni ne mange. Sous l'influence de la compression ovarienne, il se produit des mouvements de déglutition, des contractions de la face ; puis, la malade regarde les assistants et bientôt, s'adressant à l'un d'eux, dit : « Embrasse-moi. » D'abord, elle refuse de manger ; mais, la compression continuant, on la décide à boire du bouillon et du vin. En raison de l'insomnie, on lui donne 0,20 d'extrait thébaïque.

17 mars. — Elle n'a pris aucun aliment depuis hier matin. Tantôt elle refuse de parler, tantôt elle injurie les

infirmières, la sous-surveillante, etc. Dans ces derniers jours, elle a uriné plusieurs fois sous elle. 25 centigr. d'extrait thébaïque.

18 mars. — Dès qu'on a eu fini de l'alimenter à l'aide de la sonde œsophagienne, G. ..

a essayé de se faire vomir sans y parvenir. - Cette nuit elle a eu des hallucinations de la rue., prétendait voir des chiens énormes, suppliait la veilleuse de fermer les portes, pleurait. Elle s'imaginait qu'il y avait une grande tempête et que la fin du monde approchait. — Ce malin elle se plaint qu'on laisse les corbeaux venir lui piquer la tête, d'avoir des serpents et des vipères qui pénètrent dans son ventre et la font souffrir. « Si elle refuse de manger, c'est parce qu'elle ne veut pas nourrir toutes ces bêtes. »

Bien qu'elle prenne régulièrement 0,23 d'extrait thébaïque, elle ne dort pas ; c'est tout au plus si elle s'assoupit pendant quelques minutes. i-!0 enq itni'j^û

19 mars. — M. Gharcot réveille Geneviève par la compression ovarienne. Elle raconte alors ses visions. Notre maître recommande d'exercer

une surveillance minutieuse afm de s'assurer si personne ne lui donne pas à manger en cachette et aussi afin qu'on sache combien une hystérique est capable de rester de temps sans prendre de nourriture. M. Charcot n'avait pas encore franchi le seuil de la porte de la salle que Geneviève, assise sur son lit, en fureur, réclamait impérieusement à manger :

coup sur coup, elle but plusieurs tasses de bouillon, du vin, mangea de la soupe, etc.

'iOmars. — G . . est excitée, déclare qu'elle ne se laissera pas « crever de faim a, ré- ' pétant des expressions prononcées à côté de son lit , il y a quelques jours et qui l'ont mortifiée. — Elle dit qu'elle s'est vue très-près de la mort et qu'elle a promis à la Sainte-Vierge, si ellesortait saine et sauve de cette crise, d'être pieuse et de se confesser.

22 mars. — Depuis qu'elle s'est réveillée brusquement (1 9 mars), G... ne gâte plus. Elle n'aurait pas eu de garde-robes dans les douze derniers jours. — Traitement tonique, viande crue, etc.

23 mars. — La malade mange bien, est plus tranquille. —

Elle a eu plusieurs attaques et a uriné sous elle : elle attribue cet accident à ce qu'il lui est impossible de se retenir.

2o mars. — Elle mange trèspeu; elle préfère surtout la salade, les oignons, l'ail, les cornichons qu'elle se procure de façon ou d'autre. — Hier, dans la journée, le monbie supérieur droit a été pris d'une contracture très-intense : le bras était collé contre le thorax, l'avantbras demi-fléchi sur le bras, le poignet fléchi sur l'avantbras, le pouce contre la paume de la main. De plus. G... avait des plaques congestives de la face, alternant avec une pâleur extrême; enfin, elle avait de temps à autre des secousses.

La contracture et les troubles vaso-moteurs ont disparu vers minuit. Ensuite, G... a dormi.

Son sommeil est d'habitude mauvais, agite par des rêves pénibles.

1°'' avril. — Geneviève est triste, de mauvaise humeur.

Elle prétend qu'elle ne tardera pas à être malade. Sa physionomie traduit d'une façon expressive cet état d'affaissement qu'elle éprouve souvent à l'approche des attaques.

(Planche XIV). Dans l'aprèsmidi, elle a eu, en etlèt, une attaque épileptiforme.

2 avril. — A la suite d'une attaque épileptiforme, G... est prise du délire saltatoire auquel nous avons déjà fait allusion. Elle saute, jette la tète de côté et d'autre, en avant, en arrière, etc. Elle voit des corbeaux, leur adresse des invectives. « Qu'est-ce qu'il fait à la fenêtre, cet idiot-là? »

(C'est d'un corbeau qu'elle parle)... « Oh ! il m'a donné un coup de bec!» et elle porte vivement la main au sommet de sa tète. — Elle a peur, pousse des cris d'eil'roi. « Les corbeaux!... ils me piquent les yeux. » Et, en un clin d'œil, elle détache ses cheveux et les jette sur sa figure pour la protéger. — Puis, elle voit des serpents: « Ote-les donc »

dit-elle à l'infirmière qui la soutient. — Elle saute, crie et tantôt ramène ses jupes entre les jambes, tantôt les soulève pour chasser les serpents.

o avril. — Cette nuit. G.. .

a eu des visions, prétendait voir la Vierge, le Christ, etc.

— Ce matin, elle accuse tous les prodromes de l'aura ovarienne. Après beaucoup de difficulté, nous parvenons, M. Rcgnard et moi, à obtenir qu'elle se laisse photographier, et nous pouvons avoir l'aspect de sa physionomie

quelques instants avant le début d'une attaque épileptiforme (Planche XV). A peine le temps nécessaire pour avoir l'épreuve était-il écoulé, que G... était prise de convulsions.

6 avril. — Nous venons d'indiquer les modifications de la physionomie qui surviennent au moment de l'approche des attaques. Ce matin, G. . . a eu une crise épileptiforme, terminée par la période de 5^er/or (Pl.\nche XVI). La malade était dans la résolution la plus complète, lorsque notre ami, M. Regnard, a pu prendre la photographie.

10 avril. — Geneviève est impatiente, erre dans les salles, dans la cour, se fâche sans motif; enfin, elle casse un carreau d'un coup de poing et se blesse au poignet gauche.

\'^ avril. — Attaque, a) Période du début. G. .. se plaignait des douleurs qui annoncent l'arrivée prochaine de ses attaques, quand elle cesse brusquement de parler. On remarque aussitôt que les modifications, déjà mentionnées, de la physionomie s'accusent davantage : les yeux deviennent hagards, les pupilles se dilatent, les paupières sont ani-

mées de mouvements rapides, les muscles des joues et des lèvres sont agités par des convulsions incessantes.

b) Période épilepioïdp . — Alors commence une seconde période : la tête se porte lentement dans l'extension, la face et les yeux se dirigent à gauche; le cou est violemment tendu; tout le corps est rigide: les bras et les jambes sont dans l'extension , les mains contournées et fléchies sur les poignets (Planche XVII). La respiration est suspendue.

c) Période clonique. — Au bout d'une minute environ, la rigidité disparait, la malade soulève brusquement le tronc, qu'elle rejette non moins brusquement sur le lit et exécute, plusieurs fois, avec rapidité les grands mouvements de balancement. Bientôt, elle reste dans le décubitus dorsal, le visage se convulsé d'une façon horrible; puis. G... roule dans son lit de gauclie à droite et de droite à gauche ; les cheveux, dénoués, tantôt voilent sa face, tantôt sont rejetés en arrière. A ces phénomènes en succèdent d'autres qui constituent la dernière période.

d) Période de délire. — G. . .

est immobile, couchée sur le dos, les cheveux pendant sur les épaules. La physionomie est empreinte d'une profonde tristesse (Planche XVIII). De temps en temps, elle prononce quelques paroles, allusion aux incidents les plus pénibles de son existence. Enfin ses traits se détirent, elle se réveille, s'asseoit, et le délire mélancolique est remplacé par un délire érotique.

Nous laisserons de côté les manifestations, déjà connues, que Geneviève a présentées durant le reste de l'aQnée, ayant hâte d'arriver à la description d'autres phénomènes très-curieux qui se rattachent à la période de délire. Toutefois, nous croyons utile de mentionner auparavant les résultais d'un examen de la vision, fait par M. Landolt.

1 875. Examen de la vision. — Œil droit. L'acuité visuelle est normale; G... distingue toutes les couleurs, seulement il faut les approcher plus près que pour un œil tout-à-fait sain. — Le champ visuel est rétréci concentriquement : il s'étend en dehors au-delà de Ao", mais non jusqu'à u5° ; en

bas, les limites dépassent également 43°; en dedans, il s'arrête à 30° environ.

Œil gauche. — De cet œil, Gr... reconnaît toutes les couleurs sauf le vert qui lui parait blanchâtre. Le champ visuel est considérablement rétréci (-10").

A l'ophtlialmoscope, ou trouve que la rétine des deux yeux est congestionnée ainsi que la pupille quoique à un moindre degré. La partie de la rétine qui environne la pupille gauche est infiltrée.

Les veines centrales sont un peu sinueuses et dilatées à gauche (1).

■' tS'3Iai. — Nous assistons à une attaque précédée des modifications de la physionomie déjà décrites (Pl. XV) et qui se compose, suivant la règle: 1° d'une période tonique ou épile2)toïde (Pl. XVII) ; 2° d'une période clonique avec mouvements de halancemenl ; — 3" d'une période de délire, qui, tout en offrant encore aujourd'hui le caractère mé-

(1) Cette perversiou da sens de la vision a parfois des conséquences sérieuses : Un jour , Geneviève acheta une robe d'un rouge violet croyant avoir une robe marron.

lancolique que nous avons déjà mentionné, a présenté, en outre, des particularités que nous n'avons pas consignées jusqu'ici.

G... est à demi-assise sur son lit, le tronc reposant sur les oreillers : les cheveux sont rejetés en arrière ; le regard est fixe, la physionomie est empreinte d'une sorte de tristesse résignée (Planche XIX}. Elle parle de sa mère, de son premier amant, amant de cœur si on l'en croit, Camille, elle parle de son second amant, le père de sa fille, de sa fille elle-même, etc. :

a Pauvre Geneviève ! . . .

Ton existence est bien triste. .

oh! ma fille ! . . . Ton père je ne l'ai jamais aimé... Oh! le traître ! ... » Elle pleure ; puis reprend : a Non, je ne l'ai

jamais aimé Oh! mon

Camille, où es-tu?... Mon fiancé !.. Je ne lui trahirai jamais ma foi. .. Si je ne suis pas restée sage, ce n'est pas ma faute. . . Le traitre, il m'a tendu des pièges... Il m'a dit que je guérirais...

Oh! Marie, mère de Dieu, aj^ez pitié de moi ! . . . Oh ! ma fille., tout mon bonheur... Tu es pour moi un triste souvenir, mais je t'aime. . . Sans toi, fille chérie, je me serais donné

la mort. . . . Pour toi, je travaillerai nuit et jour. . . Je ne ferai pas comme ma mère, je ne t'abandonnerai pas... Je pense à toi, ma fille. ..

Pourquoi chercherai-je à me détruire?. . . Dieu ne m'a pas permis de m ôterla vie. .. Je n'ai un sourire amical de personne ...»

Ce délire dure un temps variable, roulant toujours sur les actes de sa vie. Ensuite, les muscles de la face se contractent, donnant à la physionomie une expression de douleur, de surprise, qui s'efface promptement et est remplacée par une expression de lubricité cynique. -Alors, se manifeste le délire éroUque...

L'attitude de la malade pendant la période de délire mélancolique n'est pas constante. Outre celles dont nous avons parlé, il en est d'autres dans lesquelles Geneviève est assise, la physionomie ayant une expression larmoyante (Pl. XX), ou bien inclinée sur l'un des côtés du corps (Pl.

XXr. Mais, le fond du délire est le même : ses discours roulent sans cesse sur les événements les plus frappants de son existence et qui sont, à l'état normal, l'objet de ses

préoccupations; parfois aussi, sur les discussions, les querelles qu'elle a eues soit avec ses compagnes, soit avec les personnes du service, médecin ou employées.

Ce délire prend quelquefois un caractère religieux. Ainsi, en 1873, G... avait les attitudes qui sont représentées dans les Planches XVIII et XX. La tète était relevée sur l'oreiller, les cheveux rejetés en arrière, flottaient sur les épaules, les jambes étaient légèrement fléchies sur les cuisses; ou bien G... était assise et avait, appuyé sur ses genoux, un crucifix qu'elle maintenait de la main droite tout en discourant :

« Pauvre petite créature !

(Allusion à sa fille.)... Tu ne sais pas quelle destinée t'attend?... Mol, je connais la mienne... Elle a commencé bien jeune à être triste...

Pauvre Geneviève!... Pauvre mère nourrice!... Tu me donnais souvent des fessées... Tu croyais que ça me ferait du bien... Je t'aimais bien tout de même... Notre Seigneur a aussi été flagellé... Mon Dieu, guérissez- moi et je vous servirai ! » Par instants, elle embrasse son crucifix; puis.

elle pleure et recommence ses lamentations.

nuoq t

Dans le cours de Tannée, nous avons été témoin d'une autre variété de délire où le cachet religieux était encore plus marqué. Au lieu d'un délire purement mélancolique, accompagné de discours et de lamentations, il s'agissait d'une véritable rxlaae.

G...estassise : tantôt la tète garde ime attitude presque naturelle ; les yeux sont légèrement dirigés en haut, les mains jointes, reposent sur le lit; c'est V altitude de la prière (Pl. XXII) ; — tantôt, la tète est un peu penchée en arrière (Pl. XXIII) : — d'autres fois, enfin, l'attitude est celle que l'on attribue aux illuminées comme sainte Thérèse, etc., (Pl. XXIV). Dans ce dernier cas, la tète est rejetée en arrière, le regard porté vers le ciel; la physionomie, empreinte d'une grande douceur, exprime vme satisfaction idéale ; le cou est gonflé, tendu; la respiration paraît suspendue ; l'immobilité du corps entier est pour ainsi dire absolue. Les mains jointes reposant sur la partie supé-

rieure de la poitrine complètent la ressemblance avec les représentations des saintes que l'art le plus parfait nous a données.

Quelle que soit d'ailleurs l'attitude prise par la malade, elle la conserve durant 10, 15, 20 minutes et même davantage. A la fin, aussi, on observe les mêmes contractions de la face, les mêmes modifications de la physionomie, le même délire érolique qui succèdent d'ordinaire au délire mélancolique. Seulement le contraste, alors, est beaucoup plus frappant. En effet, après avoir assisté à cette extase dans laquelle la malade est en quelque sorte transfigurée, l'observateur, non habitué encore à ces scènes, reste tout stupéfait en voyant ses contorsions hideuses de la face, cette expression de lubricité extrême que nous avons précédemment signalées. En pareille circonstance, la malade laisse retomber son corps sur le lit, relève sa chemise, écarte les cuisses ; — ou bien, s'adressant à l'un des assistants, elle s'incUne brusquement vers lui, disant : « Embrasse-moi !... Donne-moi...

Tiens voilà mon... « Et ses

gestes accentuent encore la signification de ses paroles.

A difTércntes reprises, dans ses attaques, G... s'est donné des entorses des pieds ou des poignets, s'est fait des fractures, etc. Quelques feuillets de son observation ayant été égarés, nous sommes obligés denous borner à cette simple mention. Aussi sommes-nous dans l'impossibilité de dire quelle est la relation qui a pu existereutrecestraumatismes et les contractures des membres supérieur et inférieur dvi côté droit dont elle a été atteinte.

Le 8 décembre 1873, à la suite d'une scène qu'elle fit chez M. le Directeur de la Salpétrière, on la fit passer dans la section de M. Delasiauve, consacrée aux épileptiques et hystériques ré pu tées aliénées.

Elle en sortit le 12 mai.

Pendant que G... était libre, nous avons eu plusieurs fois l'occasion de la voir parce que, lorsqu'elle se sentait malade [aura ovarienne), elle venait nous trouver ou nous faisait appeler, dans la crainte que d'autres médecins ne la dissent conduire à la préfecture de police, d'où, naturellement elle aurait été dirigée

sur l'asile Sainte - Anne qu'elle redoute, nous ne savons pour quelle raison, à un très-haut degré.

Plusieurs semaines s'étaient écoulées sans que nous ayons eu la véritable corvée de mettre fin à ses attaques, quand M. Charcot nous communiqua la lettre suivante de M. Decaesseckey, médecin à Quesnoy-sur-Deule, près Lille :

12 août 1870.

Monsieur et cher maître,

Je prends la liberté de vous écrire ces quelques mots au sujet d'une malade qui vous intéresse beaucoup : je veux parler de l'hysléro-épileptique, Geneviève L... En passant par Quesnoy, elle a été prise d'une attaque d'hystéro-épilepsie qui a duré depuis 6 heures du soir jusqu'à une heure du matin et n'a cessé que par la compression ovarienne.

Avant son attaque, elle s'était arrêtée dans un cabaret où elle avait, dit-on, tenu des propos assez libres et, comme elle avait bu, avec des gens plus libres qu'elle qui s'y trouvaient, environ un demi litre de bière, cela avait suffi pour la faire passer aux yeux des habitants, grâce à la complicité d'un médecin peu au courant des maladies nerveuses, pour une ivrognesse, une femme qui ne méritait pas la moindre pitié.

Quand je l'ai vue, elle était en proie à une de ses attaques, avec ballonnement du ventre, contractures intermittentes, délire raisonnant, hallucinations, etc. J'écartai bientôt l'idée de grossesse avec attaques éclamptiques ou l'idée d'accès d'épilepsie. C'est en me rappelant vos savantes leçons que je fus amrné à pratiquer la compression ovarienne.

Revenue rapidement à elle, Geneviève me narra alors son histoire et je fus heureux d'avoir pu épargner à cette fille les humiliations et les critiques plus que malveillantes qui venaient tinter à mes oreilles.

Devant la méchanceté des uns.

l'ineptie des autres, c'est pour moi un soulagement de vous raconter ces choses et de vous prouver que le dévouement et l'intérêt que vous portez aux étudiants de Paris, ne laissent pas de produire des fruits, et cette occasion me fournit le plaisir de vous témoigner toute ma reconnaissance...

Geneviève est restée un jour chez moi et, malgré mon insistance à la l'aire retourner à Paris, elle a voulu aller voir une de ses amies à Bruxelles et dire bonjour « à sa sœur Louise Lateau • comme elle dit avec raison

Cette let't'rë^,^^ fo,r!t' intéressante, demande quelques explications. L'histoire de la prétendue miraculée belge, racontéepar tous les journaux, était venue à la connaissance de Geneviève qui, à la Salpétrière, avait maintes fois ma-

nifesté l'intention d'aller en Belgique rendre visite à Louise Lateau. Il paraît que, en.

route, elle fut malade et qu'on la fit descendre à Quesnoy où, étant prise d'attaques, elle fut soignée par M.

D... Ainsi que la lettre précédente nous l'annonce, Geneviève continua sa route jusqu'à Bruxelles. Dans cette ville, elle aurait eu des aventures.... Enfin, elle est rentrée à Paris sans avoir vu sa sœur.

D'après des lettres qu'elle nous a montrées pour dissiper notre incrédulité, G.....

aurait été sur le point de se marier. Elle aurait eu, aussi, des rapports sexuels sans éprouver aucune sensation voluptueuse. « C'est un essai que j'ai voulu faire et c'est ce qui m "a décidé à ne pas me marier « dit-elle. (1 )

G.... est rentrée le 10 mars 1877, à la Salpétrière, dans le service de M. Chargot.

29 mars. — G... a été prise de secousses à 11 heures lo.

Elles ont débuté par les jam-

(ij Dans le délire consécutif aux attaques, elle fait parfois allusion a cette abolition du sens génésique : toute la surface du corps (peau et muqueuses) est insensible.

bes qui, actuellement (11 h. 30), sont débarrassées. Le bras droit est dans lextension, rigide dans toutes ses jointures; la main et les doigts sont flécbis ; le pouce est appliqué sur la paume de la main et recouvertpar les doigts. Le bras gauche a la même attitude et présente la même rigidité. A cette rigidité — qui est permanente — s'ajoutent des secousses télanitbrnies, rapides, comme électriques. Les secousses et la rigidité prédominent à gauche.

11 heures 33. — Le bras droit devient libre. Le bras gauche demeure rigide, dans l'extension et la pronation. Parfois, les deux bras sont secoués brusquement. Puis, la scène change : mouvements de déglutition, pâleur, convulsions de la face ; extension suivie de fle.vion de la tète; déviation des yeux en bas ; contracture des muscles du cou dont les veines sont gontlées.

Ces phénomènes durent une vingtaine de secondes. Alors, G... soupire, la face ro'jgit, les secousses cessent ; le bras droit qui avait été de nouveau contracturé , se relâché ; le gauche conserve la même position et le même degré de rigidité. De temps à autre, on

observe des palpitations des paupières.

De 11 h. 20 à 11 h. 30, les secousses se montraient et dans les bras et dans les jambes qui étaient rigides et à demi-fléchies;lcspieds avaient l'attitude du pied bot varus équin. L'extension a fait cesser les seeq^s§eS;fliai§;iioii la

rigidité.. o3 Pioijj ensa 9r0 f...': -^

11 Imires 45. — Lebras et la jambe du côté droit sont absolument libres; le pied est normal. Bientôt l'épaule et le coude, à gauche, récupèrent leur souplesse naturelle; seuls le poignet et les doigts conservent leur rigidité. G... revient tout a fait à elle, cause, et par moments soupire. La physionomie est naturelle. G... raconte que les secousses sont précédées des mêmes phénomènes que les attaques proprement dites Ejlle est énervée, a envie de crier, éprouve dans les bras et les jambes des sensations qu'elle compare à des fils qui se raccourciraient; enfin, il lui semble que ^pa figure est froide, glacée.

6 mai. Attaque (Xkystéro-épilepsie. \° Période épileploïde (Pl. XVII) ; — r Période cloniçue ; — 3° Compression ovarienne, la malade étant couchée par terre: elle revient

à elle : délire érolique^ puis délire hallucinatoire.

Tandis que les infirmières la conduisaient à son lit, en la tenant sous les bras, elle s'écrie : « Mais cliassez-les !.

Ils viennent me piquer ! » Et elle cherche à se protéger contre les corbeaux en cachant sa tète avec ses mains.

Elle pousse de petits cris, comme si on la piquait. S'adressant à la surveillante, elle dit : « Cache-moi !» et ce disant, elle essaie de dissimuler son visage avec son tablier.

Tout d'un coup, elle tressaute et s'écrie : « Oh ! les vilaines bêtes! rt Elle se débarrasse de ses aides, s'afl'aisse, cherche précipitamment dans ses jupes qu'elle relève, fait le geste de chasser,de prendre quelque chose qu'elle rejette avec un dégoût mêlé d'effroi : c'est un serpent. En même temps, elle profère des cris différant de ceux qui accompagnent le délire des corbeaux : ils rappellent ceux d'une femme qui s'imagine qu'un animal quelconque, une souris par exemple,griiupe le long de ses jambes. Puis, elle reporte les mains à la tète, reparle des corbeaux : « Ça me pique ! »

et veut s'arracher les cheveux. Ces hallucinations se

dissipent en général au bout de y à 10 minutes.

23 mai. — Le membre supé- Q-ieur gauche est contracluré dans la demi-flexion et on note des secousses dans le membre supérieur droit avec contracture passagère des doigts.

th.- mai. — Hier soir. G...

s'est sauvée de son dortoir et a couru, en chemise, dans la cour d'entrée de la section des épileptiques et, de là, à la salle de garde. Elle voulait voir M. X... qui n'y est jamais à pareille heure. Elle s'est laissé ramener sans difficulté, tout en sautillant. Pour expliquer la singularité de sa conduite, elle prétend, ce matin, que M. X..., accompagné de M. R..., lui intimait l'ordre de venir ; que d'abord elle a résisté; mais que M. X...

ayant paru se mettre en colère elle avait « volé à son appel ».

Juin. — G... se plaignant de douleurs vagues dans la tète, d'une insomnie continuelle, on lui a fait plusieurs injections de chlorhydrate de morphine. A la suite de l'injection, au même point, d'une quantité un peu trop considérable de la solution, il s'est produit une induration des tissus voisins,

avec rougeur, élancements, etc. Une ponction a donné issue à une petite quantité de sérosité sanguinolente.

Les douleurs céphaliques ont persisté durant la plus grande partie du mois, avec des rémissions d'une durée variable. Ces douleurs siègent de chaque côté du front, dans les yeux, dans les oreilles, au sommet de la tête, à l'occiput sans qu'il y ait, à proprement parler, de points fixes.

Un jour, G. paraissait préoccupée, menaçait de s'enfuir.

Mise en cellule, elle a cassé tout ce qu'elle a pu, a déchiré les matelas des murs, etc.

Quand elle est sous l'influence de ces « menaces d'attaques », elle est facile à contrarier, beaucoup plus susceptible que d'habitude et travaille moins ou même ^ne travaille pas du tout (1 ).

30 juin. — G... a eu au sujet d'un moineau (2) une discus-

.(l) G. ., dans l'intervalle de ses séries d'attaques, est très-laborieuse, travaille à la coulure avec une grande activité pour gagner de l'argent afin d'entretenir convenablement sa fille. LUe passe pour une ouvrière très-habile.

(2) Quelques malades s'amusent à prendre des moineaux, surtout

sion très-violente avec une de ses compagnes, nommée Catherine, sur laquelle elle s'est précipitée. Une fille de service étant intervenue. G... lui a égratigné le visage et les cuisses et a essayé de la saisir à la vulve, dans l'intention de lui faire le plus de mal possible. Dans sa colère, elle menaçait encore de défigurer avec du vitriol une autre de ses compagnes, plus jeune qu'elle et dont elle est jalouse.

Pour rétablir l'ordre, on fut obligé de la conduire en cellule. Aujourd'hui, elle seplaint cnergiquement, accuse tout le monde; elle est surtout furieuse parce que, suivant son dire, on aurait placé un torchon sale sur sa bouche pour l'empêcher de crier. Dans la lutte, elle s'est contusionné le poignet droit.

1 juillet. — G... est en cellule; elle continue de proférer des menaces ou refuse de parler; actuellement, elle est couchée dans la ruelle du lit, la face tournée vers le mur.

Sous l'influence de la compression ovarienne, on parvient à faire cesser son silence. Bientôt, elle regarde et

Marc..., dont nous publierons pro - I chainement l'observation.

dit, au bout de quelques instants : « Embrasse-moi. » Nous avons pu examiner son poignet droit qui est médiocrement gonflé et constater, dans les mouvements provoqués, quelques craquements.

Soit dans le récit précédent, soit dans le cours des premières observations, nous avons avancé que les hystériques faisaient fréquemment allusion, pendant la période de délire, aux événements qui avaient frappé leur imagination. L'exposé des divers phénomènes présentés par G...

dans le mois de juillet, fournira au lecteur une nouvelle démonstration de re;x,aç|i,tude de notre assertion. ,t ,,tr,h

1 juillet, soir. — G... a été prise d'attaques à une heure et demie. Lorsque nous l'observons, à quatre heures, elle est à la lin de la période de délire. Elle se lamente, parle de l'ancienne surveillante du service des épileptiques^j(|r]|^

0) Durant un de ses séjours dans le service dont celte dame avait la surveillance, G. . . s'était cachée sous la plaque d'un regard des eaux. Pendant plusieurs heures, on la chercha partout et particulièrement sur les

« Madame Delsinne a dit que je serais malheureuse. . .Quand elle me mettait en cellule, elle me faisait garder... Avec elle, je ne me suis jamais blessée aux bras... Quand je lui al jeté un bol à la tète, elle ne m'en a pas voulu. .Ici, on me maltraite. Dimanche, on a voulu m'étouffer... Pour résister, il faut que j'aie l'àme chevillée dans le corps. » — Elle s'arrête, soupire : « Pauvre Geneviève ! quelle existence ! — Après un nouveau repos, elle reprend : « Oh ! mon Dieu, je vous offre mes souffrances. »

Puis, elle revient sur les différentes phases de la discussion du 30 juin, s'efforce de se justifier et rejette tous les torts sur les autres.

Avant notre arrivée, elle parlait de diverses personnes du service médical, de M. X..

surtout, de la passion qu'elle éprouve pour lui. Bien que des ouvriers qui travaillaient dans une salle voisine, aient

toits où parfois elle avait grimpé.

Enfin, soit parce qu'elle était satisfaite de la peine qu'on s'était donnée sans résultat, ou bien parce qu'elle était mal à l'aise dans sa cachette, elle se décida à sortir : « Sont-ils bêtes, dit-elle, de me chercher eu l'air quand je suis en terre. •

passé plusieurs fois à côté de son lit — durant sou délire erotique — elle ne leur a pas adressé la parole. Cette conduite forme un contraste frappant avec ce qu'on observe lorsque G... présente ce même délire pendantla visite: quelle que soit, alors, la personne du service médical qui se trouve devant elle, elle lui demande de l'embrasser... quand ellemême ne prend pas à l'improviste l'initiative. C'est à celui qui le premier attire son regard, quand elle recouvre la connaissance qu'elle s'adresse.

Cette distinction estun indice qui mérite d'être relevé, de son caractère orgueilleux.

14 jhillet. — Attaques de 7 heures et demie du soir à 11 heures. Revenue à elle. G., demande à manger. A notre arrivée, avec un de nos amis, elle était relativement calme.

La physionomie, toutefois, était loin d'être naturelle, et son ventre était distendu par une tympanite extrêmement prononcée. G-... s'est mise à bavarder, s'est assise sur son lit, puis elle s'est levée, voulant embrasser l'un ou l'autre de nous. Nous l'encouragions a être plus raisonnable, à se recoucher, quand nous vîmes les paupières battre, la phy-

sionomie s'altérer, la face pâlir, enfin la malade s'incliner lentement en arrière. Nous pûmes la retenir à temps pour l'empêcher de se blesser dans sa chute; c'était le début d'une nouvelle série d'attaques.

La tête est dans l'extension ; la face; les paupières sont closes ; les yeux fortement déviés en bas et à gauche; le cou est ;tendu, gonflé. Le ventre est toujours extrêmement ballonné. Tout le corps est rigide; les bras sont placés le long du corps, retournés (en pronation); les mains sont à angle droit sur les avant-bras ; les doigts sont énergiquement fléchis sur la paume de la main, les pouces en dehors. — Les membres inférieurs sont dans l'extension et l'adduction; les pieds en varus équin.

Puis, congestion de la face, respiration très - bruyante , stertoreuse ; écume. Par instants, on observe des secousses du tronc, avec soulèvement des épaules qui, pourtant, ne quittent pas le lit.

Ace moment. G... pousse un cri aigu, très -perçant; les paupières battent ; la déviation des yeux, qui avait diminué, augmente de nouveau;

les pupilles sont moyennementdilatées; les doigts, seuls, changent d'attitude : le pouce, rindex, le médius et l'auriculaire sont dans l'extension ; l'annulaire est fléchi, la respiration est suspendue: cette réunion de symptômes constitue une sorte d'exacerbation de la période tonique.

La respiration devient ensuite fréquente: ou entend des mouvements de déglutition; les paupières s'entr'ouvrent.

G^. . . lait aller son ventre de gauche à droite et inversement ; elle le roule, pour ainsi dire; redresse à demi le tronc qu'elle rabat en arrière; frappe l'oreiller de sa tète, le lit de sa jambe gauche. En même temps, il s'écoule de la bouche une écume sanguinolente.

Ces mouvements clouiques sont moins étendus et moins violents que dans la période clouique complète: ce n'est en somme qu'une ébauche de cette période telle qu'elle; se présente d'ordinaire.

Enlin, G... est relativement tranquille; toutefois la rigidité générale est la môme et tous les membres, sauf le membre inférieur gauche qui est infléchi, sont dans l'extension.

Les exacerbations ont les caractères suivants:

a) La tète s 'étend davantage; la gorge est plus saillante : le front se plisse ; les muscles du nez se convulsent, ce qui donne à la physionomie une expression hideuse. Les paupières battent; les pupilles s'élargissent; la face regarde à gauche. On note aussi des mouvements de déglutition, après un arrêt passager de la respiration.

à) La respiration devient convulsive. G... pousse un cri aigu. Le menton s'abaisse; la respiration est ronflante, le corps se met en arc, à concavité dorsale et ne repose plus que sur la nuque et le talon droit, car le membre inférieur gauche, y compris le pied, est soulevé au-dessus du lit. G-.. . conserve cette position durant une trentaine de secondes.

c) Mouvements cloniques modérés, comme tout à l'heure ; soulèvement des épaules, accompagné d'une espèce de hoquet; plamtes ; enfin, repos, maisavecpersistancede la rigidité.

Parfois, les exacerbations offrent quelques autres caractères: la congestion de la face, entre autres, est plus prononcée que dans celle que nous venons de décrire: les yeux

se dirigent à droite au lieu de se porter vers la gauche.

Outre ces variations, qui surviennent pendant la période tonique, il en est qui se montrent à la période clonique : ainsi, dans l'une de ces exacerbations, G... pousse, dvirant une dizaine de secondes, des cris que Ton compare, dans le service, aux cris des bêtes féroces: ou bien, à la fin de cette période, la physionomie est lubrique. Malgré ces modifications , le fond ne change pas: on voit les différentes phases se succéder régulièrement.

La compression otarieiine est pratiquée. Presque aussitôt, l'état tétanique disparait et G... délire: « M. X... ne croyez pas ce que disent les infirmières... Mon frère m'abandonne... Je n'irai plus à la Salpétrière... On m'a mis en cellule. Elles m'ont placé un torchon sale sur la figure ..

J'avais le cou serré... J'étouffe... Mon Dieu! je fais mon acte de contrition... M.

X... ressemble à Camille.— Camille je l'aimais bien et pourtant nous n avons jamais fait de choses inconvenantes..

Mon frère a tort... Il me fait du mal quand je vois qu'il croit les autres plutôt que

moi... Je veux partir. Je ne veux pas aller à l'amphithéâtre (1)... Je suis venue ici malgré le Directeur... Si j'avais su, je serais restée à St- Antoine... Les religieuses disent que l'amour me rend folle... M. X. donne-moi... Il me semble que si je faisais l'amour avec toi, je le sentirais... Quant je le vois, je sens quelque chose d'indéfinissable.. . Je deviens pâle comme une morte. . . »

Nous cessons la compression ovarienne. Sur le champ, comme par un coup de théâtre, la parole s'arrête; les traits du visage sont immobiles; la malade parait subir un choc ; la face se porte vers la gauche et ses muscles së convulsent; tout le corps est envahi par une rigidité extrême : la période tonique est complète. Bientôt éclate la période clonique avec grands mouvements du tronc, projection du bassin, agitation déS bras et des jambes. ' ' Compression ovarienne: Détente générale, délire: G...

appelle l'amant, père de sa fille, regarde sans se rendre

(l) Allusion à des paroles imprudeiitts prononcées durant la lutte du 30 juin.

encore un compte exact de ce qu'on lui fait : « J'aimemieux. .

donne-moi... Ah! mon Dieu!

Ah! mon Dieu! je ne sens plus rien que ce soit le doigt ou... » — Puis, interpellant une de ses compagnes elle lui demande: « Et toi, M... cela te fait-il quelque chose? » ^

Siispeiisionde la compression :

mêmes phénomènes que touta-l'heure. — Compression : « M.

X... au secours!... Je l'aime, mais il ne le sait pas... Quand je le vois, je deviens toute paie... Il n'y a que lui et Camille qui m'aient produit cet etfet... Quand Camille; venait me faire la cour , c'était la même chose... Nous ne faisions pas autre chose. »

Suspension de la compression : attaques avec leurs périodes ordinaires. Compression ; G... appelle son amant, père de sa tille, L... : « Oh ! L... ! Oh ! L... ! Les geôlières ! elles m'ont mis un torchon sale sur la figure... On ne te donnera pas ta sortie pour aller chez D... ('!). Mon frère me donne tort devant la surveillante. . .

Itil' que j'aimais tant! .. Ce

(l) Allusion à la promesse que lui a faite M.D... médeciQ des hôpitaux, de la recevoir dans son service si elle sortait de la Salpétrière.

n'est pas moi ({ui ai tort.. : La fille disait : Si c'était à X... on te traînerait par les cheveux..

Mais je n'y suis pas... Moi, je ne suis pas une sale femme, comme les femmes des rues...

Je n'aime pas un homme un jour et un autre le lendemain..

Quand j 'étais avec mon amant, à la fin ça ne me faisait plus rien. . . Emhrasser un homme qu'on n'aime pas... saleté! -> — Sa physionomie exprime le dégoût; elle crache. — « M.

X.. , je sais que je ne pourrai jamais i'emhrasser. . . J'irai mourir dans un couvent... Je l'ai dit à mon frère que je devenais pâle quand je Voyais M. X... Mais je ne suis pas assez bête pour lui dire tout. . .

Je ne suis plus à moi quand je le vois... Il ne faudrait pas qu'il reste longtemps là, je deviendrais folle... Je lui disais ce matin que je voulais aller à Poitiers... Ici, je ne guérirai jamais. . . Chaque fois que je le vois, je suis toute bouleversée... lime tiendrait tout le temps en cellule que je ne dirais rien. »

La compression est arrêtée:

attaques. — Voyiint que la série continuait nous administrons le nitrite d'ample . Au bout d'une quinzaine d'ins^nrations, G... se met àparler :

« J'étouffe... Ole le chiffon...

Mon frère! pardonne-moi!...

Mon Dieu! je t'en supplie ne me donne pas de cela... mon frère!... mademoiselle!...» — Nous la laissons respirer librement pendant quelques instants et nous recommençons l'inhalation de ni tri te d'amyle : « Tu m'étouffes. .

j'en ai assez... ne m'en donne plus... pardonne-moi! je t'en prie... ayez pitié de moi... je la vois encore, la compresse. »

Interrogée sur ce qu'elle éprouve, elle assure que c'est fini. Parprécaution, nous procédons à une nouvelle inhalation: « M. X...! à mon secours!... Pardon... je suis revenue à moi... M. B... pardonnez-moi ! ') — Elle pleurniche. — « J'aime M. X. . .

quand il me voit, il doit se dire : comme elle est pâle!...

Mon bon frère!... Oh, oui, personne na pitié de moi... je vais me lever, ne m'en donne plus... M. B... va venir demain. Il me défendra... Il a toujours été convenable avec moi... Je me fâche après lui...

Il ma fait parler (1)... Il ne se fâche pas. » — Elle divague

(Ij Allusion aux renseignements qu'elle m'a donnés sur ses autécé dents.

encore durant quelques minutes et enfin s'aperçoit nettement de la présence des personnes qui l'environnent.

1 ojîtillet. — Peu après la cessation de l'administration du nitrite d'amyle, G .. a supplié la surveillante de desserrer ( la camisole de force et s'est endormie promptement. — Ce matin , elle est couchée , calme, tressaute au moindre bruit et se plaint de souffrir « en dedans de la tête » ce ([u'elle attribue au nitrite d'amyle. Après ses attaques, terminées naturellement, elle a aussi mal à la tète, mais la douleur est différente. Le nitrite d'amyle lui fait paraître tous les objets en vert; elle voit des lapins verts qui courent de tous côtés. Pendant qu'elle me raconte ses sensations de la veille, elle a de temps en temps des secousses : tout d'un coup, les bras se soulèvent, sont secoués brusquement et deviennent roides. La face s'altère, pâlit ; les muscles se convulsent ; la respiration s'arrête; la connaissance est perdue, durant 10 à 15 secondes : c'est une attaque avariée.

Ensuite, G... recommence à causer: « Oh! là là! que je souffre dans les jambes. » — La jambe droite est allongée,

la gauche un peu fléchie; toutes les deux sont contracturées, immobiles. Le bras droit est soulevé, rigide ; la main et les doigts sont souples, A gauche, la contracture occupe le bras, la main et les doigts qui sont fléchis, le pouce en dehors. Ceci dure 23 à 30 secondes et on observe une période de calme, du reste assez courte. ; .j> ,jc,

Bientôt, la physiononiifi^ devient immobile ; la contracture diminue dans les bras ; G... soupire, s'assied, regarde, dit ; « Embrasse-moi... » Elle se frappe la tète. La face se couvre de rougeur. On observe ensuite des palpitations des paupières, qui sont entr'ouvertes, un léger nystagmus, de la déviation des yeux en bas et à gauche, une dilatation modérée des pupilles : au fur et à mesure que ces phénomènes se produisent, on voit augmenter la congestion du visage. i- .ji. >.vjjpi.;i

Deux minutes plus tardr W face devient pàle, le regard morne, G... soupire, a une secousse ; puis il survient de, récume à la bouche. A ces phénomènes succèdent des convulsions (grimaces) de la face prédominant à gauche ; une déviation très-prononcée

des yeux en bas et à gauche, côté vers lequel la face est elle-même dirigée; Tout le corps est rigide. Les pieds sont envarus équin. La jambe droite est allongée, la gaucho un peu fléchie. Les bras, la jambe gauche, sont pris parfois de secounses violentes ; on note enfin des plaintes et des mouvements de déglutition.

Repos : la physionomie est un peu souriante ; G... sou-* pire profondément; les bras sont souples: les jambes sont toujours rigides. La malade semble regarder ; puis, les yeux sont fixes, le corps est immobile. Alors, la jambe droite, seule, conserve de la rigidité. La physionomie a une expression amoureuse.

G... donne des baisers et paraît réclamer quelque chose.

On lui demande : que voulezvous? Elle répond : « Donnemoi.... «puis fait un geste simulant l'intromission et i toTtille le bassin.

Compression ovarienne ; délire : « Tout le monde disait quand j'ai fait ma première communion: Est-elle blanche!

Elle a l'air dune sainte!...

Mon Dieu!... Pourquoi ne m'a-t-il pas emportée avec Camille!... J'allais dans le poulailler casser les œufs

pour voiries pétils. Ma nourrice me battait. Je pleurais...

Elle m'embrassait Je suis

une tille maudite... Ma mère m'a abandonnée... » Elle divague encore durant quelques minutes et revient tout à; fait' à elle.

1 6 juillet. — A 7 heures du soir. G... a été prise d'attaques qui ont continué jusqu'à onze heures du matin, le 17.

Lorsqu'elles ont été finies, on a constaté une contracture du 'membre inférieur droit et une rétention d'urine.

\?> juillet. — La contracture et la rétention persistaient encore à 7 heures du soir, quand G... a eu des attaques d"un genre particulier, que nous connaissons peu. On dit qu'elle tient les bras et les jambes en l'air, croisés, tortillés et qu'elle cause sans cesse. La conscience est conservée. Au bout d'une heure et demie, G... s'est endormie:

à son réveil, la contracture et la rétention n'existaient plus.

Du '19 au 22 juillet. G...

n'a pas eu d'atlaques. Le 23, nous assistons à une nouvelle série, dans laquelle la période desterlor estplus accusée que de coutume : la face est rouge, violacée ; il s'écoule à la fois de la bouche et du nez

une écume abondante,' d'abord' blanche, puis fortement mé-^' langée de sang. Le ronflemeiïty sifflant à l'origine, devietît' ensuite plus fort. Dans sOiï délire, qui ne diffère pas db' celui que nous avons noté'j' G. , . fait allusion à une scèiife' quia eu lieu avec une mà-' lade, Coul. . . ; elle plaint'- ést tille, craint que, ayant 'l^TÏ'^'^' sa dernière visite une malàdë-' en accès, elle n'ait, elle aussi, plus tard, des convulsionâ!' A un moment, elle mord soïi' bras droit avec une violence' extrême. On ne parvient lui faire lâcher prise qu'eti' lui serrant vigoiireusemetil' le nez. Le délire reparaît^ï' « Dans les hôpitaux, les relM gieuses maltraitent les hy'é^ tériques... Quand j'étais^ l'Hôtel-Dieu, la religieuse àl^ sait : « Il y a trente ans qitS' je soigne des malades, je n'af rien vu de semblable. (Allû^' sion a la violence de ses at^^' taques). Je ne plaignais pa'Sï les hystériques, celle-là je la plains.' » On m'a fait admii'^ ministrcr . . Je ne demandaW pas mieux, parce que j'ai flff la religion... Hier, pendant' l'orage, je faisais le signe dîéï la croix... « Les divagatioïï¥' continuent encore quelque' temps, mais la conscience est

en partie revenue. Gomme l'infirmière lui arrangeait les cheveux, elle la repousse :

« Laisse-moi, lui dit-elle, je m'imagine que tes mains sont des corbeaux.»

1i août. — Hier, à midi, G...

se sentant malade, a demandé à être mise en cellule. Pendant plusieurs heures elle a !

eu du délire, causait sans cesse. .j .:

;Ce matin, aitt cojitr-aàre, elle ne parle pas. Elle est couchée sur le dos ; la tète est dans l'extension ; le cou est gonllé; les paupières sont à demiouvertes, les yeux déviés en bas et à gauche, les pupilles modérément dilatées. — Les membres supérieurs sont rigides : le bras gauche est étendu le long de la poitrine, l'avant-bras est tléchi à angle droit sur le bras et correspond à la ceinture, la main et les doigts sont fléchis. Le bras et l'avant-bras droits sont allongés et croisent le poignet gauche. — Les membres inférieurs sont rigides, le gauche croisant le droit ; les pieds sont en varus équin.

Compression ovarienne. — La jambe gauche se décroise, devient souple, ainsi que les • autres membres ; les yeux '

s'ouvrent largement, 1er regard exprime l'étonnement ; la figure grimace; la tète s'incline; G... s'asseoit etdit toute étonnée : « Où est-il donc ?

Il est parti M. X. . . ! » Nous la faisons lever. Après être restée un instant immobile, elle relève sa chemise et sa ! physionomie devient lubrique. On la recouche, elle s'assied, puis retombe sur son lit; bientôt la rigidité reparait.

Vers onze heures et demie, nous trouvons G... debout, n'ayant pour tout vêtement que sa chemise; les cheveux dénoués, couvrent eu partie son visage; la tète est inclinée, le bras droit est étendu, horizontal; le gauche est contracture, à demi-iléchi. Au bout de quelques minutes, G. . . va se placer dans un coin de sa cellule, la figure dirigée vers le mur.

Durant toute la journée ses actes ont été incohérents. Elle a eu des atlaqi[esaror(('es,avec écume; tantôt elle était assise sur son lit, tantôt couchée. La porte de sa cellule ayant été laissée entre-bàillée, elle s'est enfuie à l'extrémité de la salle voisine ; on I la fait rentrer sans peine^;-i ' elle obéit automatiquement.

Alors, elle regarde autour d'elle, cherche : « Où est-il?)»

Lève sa chemise, veut embrasser, claque sur ses fesses:

« Reviendra-t-il ? » se couche, relève sa chemise jusqu'au cou, semJile s'endormir. De temps en temps, on observe des secousses dans les bras.

Elle demeure tranquille pendant une vingtaine de minutes, se réveille en jetant un grand cri : « Le voilà ! » rabaisse sa chemise, la relève, tâte ses cuisses, son ventre, regarde les personnes qui l'entourent avec des yeux eflarés ; parle entre ses dents, en- ' voie des baisers, lève les jambes en l'air et conserve cette position pendant . un <quart d'heure. 4 ai .iaUios!

Vers 2 heures de l'aprèsmidi, G. . . frappe à la porte, disant : « Ouvre- moi ; on m'appelle. » Elle parle à voix basse, embrasse sa main, se couche sur son lit, se découvre, écarte les jambes, murmure des paroles inintelligibles, regarde en rair,iieu^.

voie des baisers, se remue, se tortille, soupire plusieurs fois; puis elle se lève, rit et va se mettre debout dans un coin de sa cellule, les bras croisés sur sa poitrine, les yeux lises, dirigés vers le ciel.

Après avoir "gardé cèftè aW' titude dui'ant dix minutëé,elle iJleure, s'agenouille leW mains jointes. Tout d'un coup;' elle se redresse et s'écriè™ « Donne-moi ta. . . Je ne feE?

voudrai plus... Voyons, eûibrasse-moi. >•> Elle pleurniché^' se jette sur le dos, par terre^^ dans une position....... 'éiiP

gulière. Elle donne des ■ bài^ sers, se tortille de plus ëtï plus vite, grogne, s'assied, s'essuie, regarde et dit : « vois, je ne t'ai pas meuli, eriî-' brasse-moi encore une fois.» (1 y

A 3 heures, une ijersonn'e du service entre dans sa ceP Iule ; elle s'imagine que c'est* M. X. . . et se livre en consé^' quence à des actes qu'il est difficile de décrire... On^'M comprime, elle se calmé. Uiafe^' heure plus tard, elle Se réveille, crie : Oh ! lu là ! tend la main, l'embrasse, se lève,se découvre, frappe à la porte^ se précipite brusquement par terre, se roule « comme \in ver » en criant ; la scène Éé'.

termine paF-'ir^iîidéîoa -àm^- ' bruyants: . '^oib »L ,faB8;o'io

A 5 heuïieg'-efty'iaîèhiiê,'^-]*?

(1) Ceci semblerait indiquer que, dans son délire sexuel, elle s'imagi- ■ ne que la sensibilité génésique est revenue. , : luiiioni >.-.' iiJCïSi

sous-surveillanle essaie, mais saus succès, de faire manger Geuev. . . Elle a des secousses fiéqueules suivies d'uue attaque incomplète et à laquelle succède une extase : les yeux sont largement ouverts, les bras sont cncroix, les jambes allongées, rapprochées; tout lej corps est rigide. Le ventre est, considérablement ballonné. Celte altitude a persisté dix minutes. G... s'assied sur son lit, regarde dans sa chemise, saute, crie: « Les vipères ! les vipères me mordent le. . . » Elle fait des grimai;es, se débat, envoie des coups dç^pied en criant : » Allez-vous en,!, » .se redresse, frappe sa tète contre le mur, appelle « au secours. » Cette agitation est remplacée par una extase : G,,,, est debout, imuiobile, les bras d'abord élevés, puis croisés sur la poitrine... Elle donne des baisers , semble embrasser ([ueiqu'un qu'elle serrerait sur, spu corps. A six heures un quart, elle se recouche;, ramasse sa couverture, son édredon sur sa figure et rit.

Bipntôt elle se dégage, son visage est souriaai. « X..,!

X... .! voyons, voyons, donnemoi... » Elle se lève, va se placer debout dans un coin

de sa cellule, appuie son corps contre le mur qu'elle embrasse, soupire, se recule et flatte de sa main l'endroit où était collé son ventre. Cette scène dure une vingtaine de minutes. Alors, G.. . . saute, rit, se découvre, fait des gestes cyniques. .. Puis, ayant une main cachée dans sa camisole, l'autre élevée, elle marche à reculons disant : « Aliénée! aliénée! Oh! oh!» (1) Elle grogne, et tout en reçu-, laut va buter contre la porte; le contre-coup la renverse par terre. Elle se redresse, dc-^ mande son jupon, monte sur son lit, ferme violemment le contrevent de la fenêtre, réclame ses escargots, veut manger, et lorsqu'on lui apporte des aliments elle les refuse. « Je n'en veux pas ; j'ai mieirx mangé que toi, j'ai mangé à la table de M. X...

Il m'a donné. .... » Et elle se livre de nouveau à des gestes lubriques. On parvient à la calmer ; elle se couche, les yeux fermés, les mains jointes et reste tranquille jusqu'à

(l) Souvent, quand elle a commis quelque faute grave, on lui dit qu'on la fera passer dans la section des aliénées : c'est à cela qu'elle pense dans son délir^-ai^ jaiLOlUlU t)i

onze heures. De onze heures à une heure du matin, elle a marché dans sa cellule. A une heure, elle s'est recouchée et a dormi jusqu'au matin.

1» août. — G... a été asséz calme et a mangé un peu.

\(>août. — Pendant la nuit, elle appelait : « Mon frère !

mon frère ! viens me délivrer ! » Elle voyait des corbeaux, des hommes qui venaient pour l'assassiner. Elle a sauté durant une quinzaine de minutes. Ensuite, elle s'est agenouillée, les bras en l'air, et a gardé cette attitude près d'une demi-heure. À diverses reprises, elle s'est couchée ou a marché, io-xf-yyiacy

Actuellemen t (11' ' îieutès)', elle va et vient dans sa cellule, abaissant et relevant alternativement la tête. La face est pâle, profondément altérée. De temps en temps, G. . . frappe sa tète contre le mur. — Elle n'a pas eu de garde-robe depuis le 1 1 août .

Compression ovarienne. Elle revient vite à elle et dit :

« Tiens, il fait jour. » Nous suspendons la compression :

la face grimace, G. . . se lève tout-à-coup et recommence sa marche, etc.

17 août. — G. . . a continué de marcher et de balancer sa

tète jusqu'à midi. A ce moment, elle a eu une attaqué épileptiforme et, en reeou-' vrant connaissance, elle a paru toute surprise d'être' en cellule. Elle a mangé, a été' tranquille, a voulu sortir dans la cour, prétendant qu'elle a entendait venir de Paris' des gens pour elle. Tout le reste de la journée, elle a été absorbée, soucieuse. Elle a nettoyé les escargots qu'elle avait apportés avec elle eûT entrant en cellule (11 août).

18 août. — Hier, dans la soirée, elle a pleuré, est restée à genoux pendant deux heu^^' res. La nuit a été bonne. Cè' matin, après avoir fait sa(' prière à genoux, elle a lu uri chapitre de VImitation. — A 11 heures, nous la trouvons en train de coudre, mais elle travaille moins activement que d'habitude ; elle est triste, ' s'ennuie. — Plaques AHirti-^ Caire sur le cou, le ventré','^ etc., bien qu'on ne lui aï' pas fait d'injection de mot-'phine. '■''•''^ oiiî> .J'fjuijp jui

1 9 aûvJt} — ^N^iiiti "caînîé^; '-Hi'' G... a pleuré beaucoup. Giè''* matin, elle est allée à là' messe, s'est promenée dans la cour, faisant des projets d'évasion. '

1 20 août. — Elle semble re-'

mise à peu près tout à fait ; elle cause raisonuaLlement.

31 août. — G... raconte qu'elle a des visions toutes les nuits, qu'elle reçoit la visite de Camille, celle de M.

X..., et que ses visiteurs s"ei"ii'uient dès qu'on fait du bruit auprès de son lit.

(5 septembre. — Hier soir, à s,ept heures et demie, G. .

s'est sauvée de la Salpétrièfe avec Marc. . . A deux heures de l'après-midi, nous avons reçu la visite des deux fugitives, accompagnées d'un pe- !it chien noir qu'elles avaient ramassé, on ne sait où. G. . . , qui avait été malade le malin, déclarait que M. X...

l'appelait, lui ordonnant d'aller le rejoindre à la campagne et qu'elle voulait lui obéir.

Malgré nos remontrances, elle persistait dans son idée. Bientôt, elle fut prise d'une attaque qui cessa promptement grâce au nitrile d'amyle. Dans ce délire consécutif, son idée iixe d'aller retrouver M. X. . . persistait. Sous prétexte de la faire conduire chez M. X..., nous l'avons expédiée à la Salpé trière.

Relation entre les règles et les atttaques. — Cette relation existe chez G..., mais elle est

loin d'être constante. Presque toujours, avant ses règles, elle est souffrante, agacée, ou bien elle a des secousses, des faiblesses, des douleurs névralgiques ; le plus souvent elle n'a pas, alors, d'attaques proprement dites. Celles-ci surviennent d'ordinaire durant l'écoulement sanguin, et surtout à la fin. Ainsi, en août et septembre 1873, les règles paraissent le 13 elles attaques le 17; en novembre, règles le 7, attaques le 7 et le 10 ; en décembre, règles le 8, attaques le 10 et le 12. — En 1874, règles le 26 janvier, attaques le 27 ; — règles le 22 février, attaques les 2.3, ,24 et 23 ; R. le 8 juin, A. le 9 ; — R.

le 3 juillet, A. les 3, 5 et 7 ; — R. et A. le 14 novembre.

1873. A. le 3 et le 6 janvier.

R. le 6, A. le 8.— Le 22 avril, R. et A. Même chose le 3 août.' Le 18 octobre, R., A. le lendemain.

Ces indications suffisent pour montrer l'action qu'exerce la menstruation sur les attaques. Celles-ci, il importe de ne pas l'oublier, se montrent aussi en dehors des règles :

les contrariétés, les querelles, les émotions diverses peuvent en provoquer la venue.

Les règles qui, nous l'avons vu, étaient irrégulières avant le premier accouchement, offrent aujovircriiui un cours normal. Elles sont assez abondantes, d'une durée variable et ne sont pas suivies de pertes blanches.

Durée des séries. — Les attaques, chez Gr..., de même que chez beaucoup d'hystériques, sont rarement isolées, comme le sont les accès d'épilepsie ; elles viennent par séries qui se prolongent pendant des heures et se composent de 10, 20...

50, 100 attaques ou même davantage (1).

Racliialgie. — G. . . n'a pas le clou hystérique (I), mais elle a une rachialgie extrêmement accusée, qui consiste en une hyperesthésie répondant

(,l) Aux renseignements disséminés dans l'observation, nous ajouterons les suivants : Le 7 avril 1877, série de 10 heures ; — le 8, série de -i heures ; — le 12 et le 29, série de 3 heures.

. {t) On donne le nom de clou hystârtjue \œvf hystérique, clavus , ovuni- à une douleur occupant une étendue très-limitée de la tète, ép:ale à une pièce de vingt centimes, d'un franC: de cinq centimes au plus.

(Voir l'observation de Rosalie Ler..., dans nos Becherches cliniques tt thérapent. sur fe'jAlepsie et f hystérie, p. \Vt\

approximàti veinent aux apophyses épineuses des 7»^, 8«, 9'= et 10"= vertèbres dorsales.

La malade affirme n'éprouver dans cette région aucune douleur spontanée ; mais la pression y occasionne des phénomènes très-prononcés. Estelle légère, Geneviève recourbe brusquement le tronc, inclinant la tête et le haut de la poitrine en arrière ; la face pâlit, la physionomie exprime une vive angoisse. Si la pression est assez forte, aux phénomènes précédents s'ajoutent les suivants -.G... pousse un cri, perd connaissance et tombe en attaques. Si, par inadvertance, la malade appuie la région h^^peresthésiée contre un corps quelconque, les pieds de son lit, le mur, etc., les effets sont les mêmes. L'approche du doigt lui cause' une véritable frayeur.

Aussi est-il difficile de préciser très-cxacLcment les caractères de cette hyperesthésie qui intéresse une partie des gouttières vertébrales.

Les facultés inlellecluelles n'ont pas sensiblement changé depuis que nous connaissons la malade (1866) ; mais il n'en est pas de même de son caractère, ni de sou moral ; elle est plus souvent qu'autrefois

sujette à la tristesse et à des les muqueuses sont complè- -iafiçès dgjcolèrg. , — La peau et tement anestliésiées {{).

trr''fn 'f^*^ orr-rv r o?:;!^ ,^rr<-»f-, rr-r

Rappeler tous les épisodes de cette longue histoire, en faire ressortir toutes les particularités cliniques qui offrent un véritable intérêt, nous conduirait à des répétitions inutiles. Aussi, nous attacherons-nous seulement à quelques points.

Dans le récit très-a])rég'é que nous avons donné de l'existence de Geneviève, tout est-il vrai ? Nous soni- '^es très-enclin à le penser. Outre que, maintes fois, nous l'avons interrogée sur les mômes faits sans parvenir à la mettre en défaut — et cela à de longs interyaiîès puisque la connaissons depuis une douzaine -cl'années, nous avons vu ou reçu des lettres d'une religieuse de Poitiers, des directeurs des asiles des aliénés

*de Glermont et de Toulouse, MM. Labitte et Marchant,

'du directeur de l'hôpital Saint- Antoine, etc., qui toutes contirment les récits de Geneviève.

Jusqu'à 17 ans, G. . . est bizarre, capricieuse, su-

"lè't'te'^fde violentes colères, très-impressionnable, en un mot elle présente Tin èhsemble de phénomènes qui Indiquent qu'elle est en puissance d'hystérie. Déjà aussi son caractère orgueilleux se décèle nettement.

; l^'^ Ûhe fois néé|''(l'y"âns), l'hystérie convulsive acquiert pWmptement^mtë g'î^nde intensité. Dès l'origine, la

(l) Voy. plus loin quelques notes complémentaires sur le voyage Belgique " ' -.Wjua .jJ c^.i

tympaniie était si exagérée, si persistante, qu'on s'imagina que G... était enceinte et plusieurs fois nous avons vu, dans les années ultérieures, que l'on crut, mais momentanément, à la possibilité de grossesses (pages 53, 55). Aujourd'hui encore, à l'approche des attaques, on observe un ballonnement considérable du ventre. iioioiimtjfi ai/on, , tgcii//

La sensibilité générale qui, peut-être, était pervertie avant l'apparition des attaques, était alors abolie sur la moitié gauche du corps : la section du mamelon du sein gauche, que G- ... t,D|\éiva^ elle-même.,, ne, nous semble laisser aucun doute sur ce point. Durant longtemps, l'anesthésie resta hmitée à gauche; mais, depuis

^pius de trois ans (L873), le côté droit est devenu insensible : l'insensibilité atteint à la fois la peau et les muqueuses. — Nous avons vu aussi que les sens spéciaux offraient des troubles curieux et ^ue le sens génésiqiie élâitahoU. ^..^-^^ '^f Vnn Tr'^'r-^'^^r '

^, Cette insensibilité complète permet aux hystériques de subir sans inconvénient l'action du froid, de la pluie, etc. Geneviève ira se promener en chemise dans la cour par une pluie battante, elle se promènera sur un toit, durant une nuit glaciale ; elle passera des heures toute nue, sa chemise sur le bras, assise sur un banc, etc., rappelant pour ainsi dire point pour point une possédée célèbre, la supérieure des Ursulines de Loudun, Madame de Relfîel. Un jour où de

Laubardemoat était au couvent, « elle se mit en chemise, la corde au cou, un cierge à la main, resta dans cet état l'espace de deux heures au milieu de la cour oti il pleuvait en abondance, et lorsque la porte du parloir où était M. de Laubardemont fut ouverte, elle se jeta k genoux devant lui, déclarant qu'elle venait satisfaire à l'offense qu'elle avait commise en accusant l'innocent Grandier. Elle se retira ensuite et alla attacher la corde à un arbre du jardin où elle paraissait vouloir s'étrangler si les autres sœurs n'y fussent accourues (1). ^jj^ .(^^ "^r^ gsidmsm aob ay-.

L'anesthésie,on le sait, était « une marque du diable » , un signe de possession. Geneviève, il y a moins de trois siècles, aurait été considérée comme une possédée, car chez elle la marque du diable est aussi évidente que possible : telle était la sœur Claire de Sazilli, à laquelle le père Elizée, capucin, exorciste habituel de cette fille, « prenait la peau du bras et la perçait d'outre en outre avec une épingle, sans qu'il en sortit du sang ou que la fille en fit paraître aucun sentiment (2i. »

V hypereslhésie ovarienne gauche date des premiers temps de la maladie; c'est Geneviève qui en révéla l'existence en déclarant que, quand elle appuyait sur cette partie du ventre,elle calmait ses douleurs et retardait les

(1) De la MénarJay. — lExamen et discussion critique de l histoire des diables de Loudun. Liège, 17.'i8, in-12, p. 495, et Calmeil, loc. cit., t. II, p. 1-4.

(2) Cruels effets de la vengeance du cardinal de Richelieu, etc., p. 231 .

attaques (1). — Celles-ci, on s'en souvient, sont annoncées par une aura complète, typique. — Lorsque l'anesthésie gagna la moitié droite du corps, l'ovaire côî?-^ respondant fut pris à son tour. — Enfin nous avons décrit trop minutieusement les eflfets de la compression pour y revenir de nouveau. (Voy. p. 57, 64, 72, etc.).

Maintes fois^ les attaques ont laissé après elles des contractures d'une durée qui variait entre quelques heures et six ou sept semaines. En premier lieu, ce fut un torticolis du côté gauche (p. 53), et plus tard des contractures des membres {p. 59, 62, 65, 74); elles étaient le plus souvent circonscrites à un seul d'entre-eux, et avaient les caractères classiques. Suivant la remarque de M. Charcot, elles étaient liées intimemeïit aux autres symptômes permanents de l'hystérie, anesthésie cutanée et hyperesthésie ovarienne. A diverses reprises aussi, le col de la vessie a été contracturé : de là, des retentions d'urine qui obligeaient de recourir'^à la sonde (p. 53, 83). — Quel que fût leur siège, ces contractures ont en général disparu comme elles étaient venues, c'est-à-dire par des attaques convulsives.

Les secousses tétaniques que nous avons signalées sont assez communes chez les hystériques. Mais il s'agit

{\] Charcot. — Leçons sur les maladies du système nerveux., i. ï. 'i° éàv^ tion, p. 333. — Pendant lepidénaie de Saint-Médard, oa voyait des Convulsionnaires • se frotter d'une manière indécente et redoublée le bas-ventre dans leurs accès de convulsions. • (Hecquet. ■> — Le naturalisme des convulsions., t. II, p. 49).

là d'un accident qui, s'il est fréquent dans l'hystérie, ne lui est point particulier, car il n'est pas rare de le rencontrer chez les épileptiques, du moins chez les femmes épileptiques (1). ^' .

Nous avons insisté plus fout sur la relation qui existait entre les règles et les attaques (p. 88). Nous devons ajouter encore, que les rapports sexuels, au moins au début, diminuaient les crises convulsives que les deux grossesses en ont augmenté le nombre (p. 55, 56), tandis que V allaitement a paru amener une certaine améhoration. ^ - ojjp

Geneviève a présenté bien des fois des troubles intellectuels : ses manies de se cacher, de se saicver, de refuser de parler (2) ou de manger, le besoin de déplacement qu'elle éprouve de temps en temps, surtout lorsque les attaques sont imminentes, en fournissent un témoignage irrécusable.

Nous avons indiqué en quoi consistaient les prodro-

geSUOl -r

(1) Voir dans le Progrès médical, 1877, p. (iotî, l'observalion de Lab. . . ■ — Une autre malade du service de M. Charcot, nommée Cous. . . Louise, nous en fournit encore un ei^emple. Les secousses durent plusieurs heures et disparaissent souvent après un accès. Elles sont quelquefois générales, tout le corps est soulevé ; les bras sont secoués; d'autres fois, elles sont circonscrites à l'une des moitiés de la face, à l'un des bras (les doigts s'écartent), ou bien les secousses soulèvent les pieds (la malade est assise dans un fauteuil). Ces secousses, qui portent également sur les deux côtés, viennent par séries séparées par un court intervalle. Durant ce temps, la malade a la face pâle ; elle se plaint de crampes à l'estomac, d'uns sensation qu'elle assimile à celle que déterminerait une corde qui serrerait la poitrine.

(2) Nous avons montré que la compression ovarienne guérissait le mutisme.

mes des attaques hystéro-épileptiques de Geneviève ; nous avons fait le tableau d'un certain nombre de ses attaques, décrit leurs périodes et leurs variétés qui permettent de voir comment et dans quelle mesure se trouvent mélangés les phénomènes épileptiformes et ceux qui appartiennent en propre à l'hystérie. Nous avons rassemblé ainsi des éléments nombreux et d'un haut intérêt clinique. Déjà quelques-uns nous ont servi dans une étude critique (i) ; mais il en est d'autres qu'il no as semble bon de comparer avec les phénomènes que l'on a notés autrefois, au bon vieux temps, chez de malheureuses femmes, hystériques comme Geneviève : nous voulons parler des possédées et, en particulier, des possédées de Loudun, pays natal de notre malade. Ce sera aussi, pour nous, une occasion nouvelle d'appeler l'attention^^^uj le^del^re h'^^térigiie,.

Survenant, en général, à la fin des attaques, le délire chez Geneviève, de même que chez beaucoup d'hystériques;, est un mélange d'idées religieuses et d'idées erotiques avec hallucinations de l'ouïe et de la vue. Tantôt c'est un déhre calme, passif en quelque sorté, extatique ; tantôt c'est un délire d'action. - -

Les hallucinations de la vue varient, dés hallucinations gaies, voluptueuses, précédant ou remplaçant des hallucinations territiantes . Geneviève la^^lt quelquefois

juruioq .MSTsiTTig /opôinoo eau jiB'fSniffnsJà^ zzE (l) Science et 3J>racle : Louise Laiemi, elc:

des chiens, le plus souvent des vipères et des corbeaux. Nous avons dit quels étaient alors les singuliers gestes, la danse bizarre, qu'elle exécutait : portant brusquement ses mains à son visage ou sur sa tète pour se garantir des corbeaux qui viennent la piquer avec leur l|)ec ; ou ramassant vivement ses jupes entre les jambes pour se défendre contre les serpents, sautant en l'air pour les empêcher de ratteindre';toiio.bj!ea enflln se découvrant complètement pour les saisir, les chasser parce qu'ils pénètrent dans son ventre, etc. Des modirtcations de la physionomie, des cris divers accompajjgnent chacun de ces actqs^TOl ,nmh nrj lisq subtom >i, Sous l'influence de leurs hallucinations, les hystériques prennent des attitudes très-variables. Nous avons décrit les extases de Geneviève (Pl. XXIVj, l'attitude de la prière(PL. XXIIj ; d'autres fois, elle se met debout sur son lit, n'appuyant qu'un seul pied, étendant l'un des bras comme si elle prêchait ou comme si elle menaçait un personnage imaginaire (1). On se souvient encore que Geneviève reste en contemplation devant un grand crucifix qu'elle a constamment à côté d'elle. Rien 'cie surprenant à cela, car elle conserve un fond de re- 'figiosite (Sy ^ sur son délire et c[}ïex^li(^\ie

-¥^&i qI lOQ'snq JaoioT seils'up equi^i

-"-Ij-j^j-j jour, la sœur supérieure des Ursuliues de Loudun > s était élevée jUsquè à porter son bras proche de la poutre du planch"'r, sans qu'elle l'oiu-

chât son lit que d'un pié » {Cruels effets, etc., p. 54.) j,

(2) Elle porte presque toujours un scapuLire, a des images religieuses, lit des prières, \ Imitation ., etc. JS ,ia£)'lb'K)

surabondamment son contact avec les religieuses pendant son enfance et son adolescence.

' Dans leur délire, les hystériques ont des réminiscences des événements anciens de leur existence , des douleurs physiques aussi bien que des émotions morales qu'elles ont éprouvées et plus particulièrement, peut-être, des événements qui ont été la cause occasionnelle de leurs attaques. N'est-ce pas un rappel des sensations physiques qu'elle a ressenties dans son enfance qu'éprouve Rosalie Ler... lorsque, dans son délire, elle se plaint de douleurs dans la jambe qui a été mordue par un chien, lorsqu'elle se plaint qu'on lui tire la jambe ou le pied ? Quant au souvenir des faits d'ordre moral, rien n'est plus incontestable. ' ^ ^^'^'^'P' '

Dans une certaine mesurê^^ l§s' hallucinations des hystériques ressemblent à celles des malades alcooliques ou àcelles que détermine le chloroforme (Briquetj: chiens énormes, animaux revêtant les formes les plus fantastiques, corhéàùlv iézards, serpents, scènes éf-

trayantes, etc. '^^ ^ ' ^ ■ '''''

T 7 1,7 • jffommRjRixoo slle'jrn xftiorf^o bnB'f''-! Les hnliucinahons de Tome sont beaucoup plus

rares. Toutefois, il est des malades qui entendent la

musique, par exemple la musique militaire, en même

temps qu'elles voient passer le régiment. Geneviève,

une nuit, entendait des bruits épouvantables produits

par une violente tempête qui annonçait la fin du monde;

d'ordinaire, elle entend des voix qui lui donnent des

ordres, etc.

Souvent, durant cette période, les hystériques cherchent à se faire mal. Nous avons mentionné les tentatives de suicide renouvelées si fréquemment par Geneviève : empoisonnement par la belladone et par le chloroforme, saignées, tentative de se précipiter du puits de Grenelle, de s'étrangler, etc. Assez communément, aussi, elle essaie de se mordre avec une sorte de rage. C'est aussi ce que faisaient les possédées de Loudun (1).

Geneviève — et beaucoup d'hystériques sont dans ce cas — injurie tout le monde, même les personnes pour lesquelles elle a le plus d'affection ou de respect lorsqu'elle est bien portante ; elle leur crache à la figure, les envoie promener avec des expressions énergiques; ou bien elle est cynique, lubrique, etc. Telle était la sœur Claire : « Barré s'étant approché i)Our l'exorciser, elle fit mine de lui vouloir cracher au visage, elle lui leva souvent le nez (2) en signe de dérision. Elle fit voir des mouvements lascifs à tous les spectateurs et prononça plusieurs fois un mot sale et déshonnête... (3). » Les hystériques regrettent ensuite tout ce qu'elles ont fait ou dit. Quand l'excitation cessait, les possédées^ dont le délire se traduisait par des paroles impies, des malédictions, devenaient douces, îretn'aient les accusations qu'elles avaient portées, dejgjj jjjjj ôJiiiiu aJaui ù'ilt) rtH iqK ,3BiiB lift" ,BOÎos.iR ^aq

~ "(l'^-'Voir pape 2V. — . — — , . — .

(2) C'est ce que fait quelquefois Gl. . .

(3) Crjiels effets, etc., p.

mandaient à Dieu, à la Vierge, pardon de leurs blasphèmes.

On observe fréquemment, chez les hystériques, un délire de paroles qui, comme l'a fait remarquer avec juste raison M. Briquet, roule toujours sur les objets qui ont le plus vivement frappé l'imagination. « Les rehgieuses démoniaques et hystériques d'Ubertet, de Loudun, de Louviers, de Sainte-Brigitte, etc., préoccupées de l'idée qu'elles étaient en la possession du démon, croyaient le sentir dans leur corps, se comportaient en paroles et en actes comme elles supposaient que le démon lui-même l'aurait fait. Elles avaient des accès de frénésie toutes les fois qu'elles entraient à l'église, ou lorsqu^on voulait leur faire faire quelque acte de piété ; on comprend qu'avec de pareilles dispositions de l'esprit, les exorcismes répétés auxquels on les assujettissait aient toujours augmenté le délire démoniaque, puisque dans quelques cas les exorcistes eux-mêmes l'ont également contracté (1).» C'est aussi ce que nous avons constaté à la Salpétrière, chez leshystériques des services de MM. Charcot et Delasiauve.

Presque constamment, le fond du délire est le même. Geneviève, Rosalie L...,Mar..., Gl..., Béc...^ etc., ont chacune un certain nombre de sujets qui reviennent à chaque série d'attaques. Cependant cette fixité n'est pas absolue. En effet, après être resté limité durant

\l) Briquet. — Traité clinique et thérapeutique de l' hystérie, p. 429.

longtemps, le délire peut s'étendre, se modifier. Il suffit, pour cela, d'une nouvelle émotion, ou d'un incident, une lettre, une visite, qui vient raviver le souvenir d'événements anciens. L'imagination en est préoccupée et bientôt on voit ces événements figurer dans le délire dont le champ s'est agrandi.

"Chez Geneviève, par exemple, à la place des idées pour ainsi dire fixes qu'embrasse ordinairement son délire, viennent s'en substituer d'autres relatives à des accidents qui l'ont fortement affectée soit la veille, soit les jours précédents. Elle raconte ce qui s^est passé dans le service, les scènes désagréables, les discussions qu'elle a eues avec les employées, avec le directeur, qu'elle dénonce aux médecins en grossissant outre mesure des affaires de médiocre importance : Ceci confirme tout- à-fait l'opinion émise par M. Briquet : « Les impressions ressenties pendant l'intervalle des attaques, écrit-il, constituent la cause la jjIus puissante des différents phénomènes qui accompagnent les attaques d'hystérie; ce sont elles, en effet, qui ont le plus souvent donné aux épidémies le caractère particulier qu'i^,eiU^,;phacune d'elles, caractère qui a frappé tous les observateurs. » (Loc. cit., p. 371).

L^histoire des possédées de Loudun fournit une démonstration frappante de cette vérité. Url)ain Grandier, la victime des Ursulines, avait été successivement pourvu de la cure de Saint-Pierre du Marché de Loudun et d'une prébende dans le chapitre de l'église de Sainte-

Croix. « L'union de ces deux bénéfices dans une personne qui n'était pas de cette province, l'exposa à Tenvie de plusieurs ecclésiastiques qui se fussent bien contentés de l'un des deux... Il était de grande taille et de bonne mine, d'un esprit également ferme et subtil, toujours propre et bien mis... Cette politesse extérieure était accompagnée de celle de l'esprit. Il s'exprimait avec beaucoup de facilité et d'élégance, il prêchait assez souvent, et il s^acquittait de cet emploi incomparablement mieux que la plupart des moines (jui montent en chaire... Il était doux et civil à ses amis, mais fier et hautain à l'égard de ses ennemis; il était jaloux de son rang, et ne relâchait jamais rien de ses intérêts... Ses hauteurs lui avaient suscité un grand nombre d'ennemis, et le penchant extraordinaire qu'il avait à la galanterie lui en avait encore bien plus lait. Ce n'était pas seulement des rivaux qu'il avait à craindre, c'était des pères et des maris outrés et furieux de la mauvaise réputation que ses fréquentes visites attiraient sur leurs familles... »

Une série d''affaires fixèrent encore davantage l'attention sur Urbain Grandier. Ce fut^ d'abord^ en 1020, un procès par-devant l'Official de Poitiers contre un prêtre. Il gagna et fit exécuter la sentence avec beaucoup de rigueur. Puis un procès contre les chanoines de Ste- Croix à l'occasion d'une maison qu'il disputait au chapitre ; il eut encore gain de cause. Ensuite Grandier chagrina le procureur du roi qui avait une fille

qu'il avait vue « trop familièrement » . Ses ennemis se concertèrent et déposèrent une plainte l'accusant «d'avoir débauché des femmes et des filles; d'être impie et profane; de ne dire jamais son bréviaire et d'avoir même abusé d^une femme dans son église .. » Peu après, un de ses ennemis, Duthibaut, leva le bâton qu'il avait dans la main et en frappa Urbain Grandier, quoiqu'il fût revêtu de ses habits sacerdotaux. Grandier alla à Paris porter plainte; mais durant ce temps, son évéque rendait contre lui un décret de prise de corps. A son retour de Paris, il fut arrêté et enfermé dans la prison de l'évéché. « Le 3 janvier 1630, Grandier fut condamné à jeûner au pain et à l'eau pour pénitence tous les vendredis pendant trois mois et interdit à divinis dans le diocèse de Poitiers pendant cinq ans et dans la ville de Loudun pour toujours. « Appel de la sentence fut fait des deux côtés. Grandier eut gain de Cause à la fois devant le présidial de Poitiers et devant le tribunal de l'archevêché de Bordeaux; enfin, il fit condamner celui qui L'avait bastonné pax Ja .Ç^haml^re de la Tournelle.; suon «aebog^oq çîob QSnelig 9I -r'^pp'v,

""ï^y^^à^'êTitures judiciaires d'Urbairi Grân'dier, ses aventures galantes étaient plus que suffisantes pour faire travailler les imaginations et, dans l'oisiveté de leur couvent, les TJrsulines devaient, comme la ville, s'entrèténir souvent du beau et célèbre curé. Leur directeur étant mort, Grandier fut proposé eti re-fusa», dit-on. ; •

On voit, par cet exposé, que tout était réuni pour que, les Ursulines devenant « possédées » elles eussent sans cesse à l'esprit et à la bouche la pensée et le nom d'Urbain Grandier. Geneviève n'a-t-elle pas Camille ou L..., ou M.,,^^,^.. ? Marc..., Ernest? Angèle, Alphonse ? etc. - '

En opposition au délire de paroles dans lequel les hystériques décèlent leurs plus secrètes pensées, leurs désirs les plus intimes, on observe quelquefois un mutisme absolu, un état d'absorption intellectuelle si profond qu'elles paraissent étrangères à tout ce qui se })asse autour d'elles. Ce mutisme était attribué par les exorcistes à un Pacte de silence ; en vertu de ce pacte, le diable, disaient-ils, était dans l'impossibilité de parler. Les adversaires de la possession assuraient que ce n'était là qu'un subterfuge des exorcistes pour expliquer le silence des possédées auxquelles on posait des questions embarrassantes. Chez Geneviève, le fait pathologique est indéniable. Mais, tandis que les exorcistes étaient impuissants à faire cesser le silence des possédées, nous avons, nous, un moyen de rompre le pacte : c'est la compression -ovarienne. gj^,,j }j-^3fQj9 89Jn/5l£-o gsijjIfrSYX;

Aux symptômes que nous avons déjà assignés au délire hystérique, nous devons en ajouter un autre qui existe à un haut degré chez Geneviève : il consiste en des phénomènes érotiques, sorte d'hallucinations génésiques.

— lOi —

Geneviève est une succube (i). La nuit, elle reçoit la visite de Camille ou de M. X..., qui sont devenus au-

. jourd'liui une seule et même personne (2). Elle le voit, lui cause, l'embrasse, en reçoit des baisers, perçoit le. contact de son corps sur le sien, et éprouve les sensations les plus voluptueuses. Durant ces scènes, elle est toute' éveillée. Son amant nocturne n'aime pas le bruit, il s'enfuit dès que quelqu'un s'approche du lit.

Le matin qui succède à ces nuits amoureuses, Geneviève est plus pâle, plus fatiguée que de coutume, elle est peu communicative, et^ pour lui arracher ces quelques renseignements, il nous a fallu insister beaucoup,

■ encore dissimule-t-elle une partie de ses sensations et de ses visions.

(l' • C'est une opinion très-répandue, et coulirmée par les témoignages directs ou indirects de personnes absolument dignes de foi, que les Sjlvains et les Faunes, vulgairement appelés Incubes, ont souvent tourmenté les femmes, sollicité et obtenu d'elles le coït. 11 y a môme des démons, nommés par les Gaulois Duses (ou lutvis^, qui se livrent très-régulièrement à ces pratiques impures : Ceci esl attesté par des autorités si uombreuses et si graves, qu'il y au ait impudence à vouloir le nier. • ( Saint- Augustin. -- Cit(' de Dieu, livre XV, chap. 23). — Les Incubes « sollicitent les femmes, quelquefois même les hommes : éprouveut-ils un refus, ils s'attristent, se ineltent en fureur, comme les amants : amantes, anientes; ils pratiquent parfaitémerit le coït, et engendrent quelquefois. Donc, il faut conclure qu'ils sont doués de sens, et conséquemment qu'ils ont un corps ; conséquemment aussi iju'ils sont des animaux parfaits. Il y a plus : portes et fenêtres closes, ils entrent partout à leur fantaisie, donc leur corps est subtil ; enfin, ils connaisseuL et annoncent l'avenir, ils composent et ils divisent, toutes opérations qui sont le propre d'une âme raisonnable, et ce sont bien, en réalité, des animaux raisonnables. • ÇDe la démonialité et des animaux incubes et siicnibe>!, par le R.P. Louis-Marie Sinistrari. Trad. Liseux, p. 136-137).

(2) Comment, dans l'esprit de la malade, M. X .. est-il devenu Camille? C'est ce (|ue nous n'avons pu encore savoir.

Le doute émis sur les visites qu'elle reçoit, l'accueil ironique fait à ses confessions, n^ébranlent pas la cqïiviction qu'elle a de leur réalité. Elle jurerait devant 'les tribunaux, devant Dieu et devant les hommes qu'elle -a vu Camille, qu'elle a reçu ses embrassements. C'est pour obéir aux ordres qu'il lui donne qu'elle se sauve^ se précipite dans la cour de l'infirmerie, s'échappe, de la Salpétrière, etc.

Par là encore, Geneviève se rapproche des possédées de Loudun qui recevaient Urbain Grandier. Voici, à l'appui, quelques passages de V Extrait des lyreures qui sont au procès de Grandier. Quatorze religieuses « ont eu un amour fort déréglé pour l'accusé ; l'ont vu de jour et de nuit dans le couvent les solliciter d'amour, pendant l'espace de quatre mois ; ont été travaillées de quantité de visions... Disent en outre avoir été frappées jjar quelque cJiose qui n'était point connu d'elles et qui laisse sur leur corps des marques si visibles que les médecins et chirurgiens les ont pu facilement reconnaître... Disent encore que la Mère Prieure... ne parlait plus que de Grandier, qu'elle disait être l'objet de toutes ses affections, et lequel ainsi que toutes les autres religieuses elle a vu souvent approcher de son lit, comme elle lui a déclaré, lorsqu'elle lui a été confrontée, lai ayant soutenu, comme sept ou huit autres, que c'était lui-même qui s'était souvent présenté à elles ...»

L'imagination des Ursulines était si fort occupée d'i-

dées erotiques qu'elles étaient poussées à des actes d'un cynisme révoltant : « La sœur Claire se trouva si fort tentée de coucher avec son grand Ami, qu'elle disait être ledit Grandier, qu'un jour s'étant approchée pour recevoir la sainte Communion, elle se leva soudain et monta dans sa chambre, où ayant été suivie par quelqu'une des sœurs, elle fut vue avec un Crucifix

dans la main dont elle se préparait » L'auteur

du livre auquel nous empruntons ce récit interrompt l'extrait par des points et ajoute que « l'honnêteté ne permet pas d'écrire les ordures de cet endroit (ij ».

Dans des temps encore peu éloignés de nous, les 'derniers phénomènes, que nous venons de décrire cliez 'Geneviève, auraient eu pour elle des conséquences redoutables. Son crime, bien entendu au point de vue catholique, n'est-il pas le même que celui d'une femme qui expira dans les flammes, à Buchel, dans le jiays de Bâle? « Cette malheureuse &e"'ï'epr-ochait d'avoir u.appartenu pendant six ans à un incube, d'avoir reçu -les caresses de ce démon jusque dans le lit conjugal, gaux côtés mêmes de son époux. On l'entendit souvent ^1 S'écrier sur le biicher qu'enfin elle allait être soustraite -3ià la domination d'un amant aussi impur, qu'elle ne con- ' ' sentirait pas à ressaisir la vie quand bien même elle en s aurait le pouvoir (2). » Et ce n'est pas là une victime

(1) Cruels effet!, elc, p. 179, 182.

(2) Calmeil, loc. rit. p. ICI.

isolée des superstitions religieuses ! C'est par milliers qu'on pourrait les compter.

D'autres malades nous fourniront encore des éléments pour compléter cette description du délire hystérique.

Nous terminerons ces commentaires par une remarque que déjà le lecteur a dû faire : c'est que, sous l'influence du délire, tantôt les malades offrent une dépression plus ou moins profonde, leur donnant une certaine ressemblance avec les mélancoliques ; tantôt, au contraire, elles ont une surexcitation des facultés intellectuelles (1) ; leur langage est plus choisi, plus pittoresque, qu'à l'état normal ; l'expression de leur physionomie a souvent quelque chose d'idéal, les attitudes qu'elles prennent font songer aux attitudes sous

(l) Une malade, Lafont. . . (Alex. -Maria), que nous avons observée en 1860 (service de M. Delasiauve), avait des attaques hystéro-épileptiques que la compresiion (;pi;ictstri(jne arrêtait et qui se terminaient par des extases, par un (WzVcûiise retrouvent ces deux phases ; déj,rcfsion, excitation. Dans la première, elle était triste, voyait des fantômes, avait peur, voulait se crever les yeux, crachait au visage des gens, voulait mourir, avait des besoins irrésistibles de briser, de déchirer les objets, etc. Dans la seconde, sa physionomie exprimait un vif contentement ; elle, qui était très-réservée, tutoyait tout le monde, voulait embrasser les hommes, essayait de se mettre toute nue et de courir sous les lits parce que des voix le lui commandaient ; elle voulait prendre le nez des gens ; voyait des tleurs, chantait des rondes de son enfance, riait aux éclats, etc. Elle disait qu'elle n'était plus mademoiselle Lafont. . . , mais madame Grenouille, qu'elle avait épousé un crapaud et qu'elle venait d'accoucher de deux petits crapauds. En plus d'attaques très-violentes, cette jeune fille avait des spasmes du diaphragme, du hoquet, etc. Sortie de la Salpétrière, elle s'est mariée, a eu des enfants et les attaques ont, assure-t-ou. complètement disparu.

lesquelles on représente les mystiques du Moyen-Age , les Saintes les plus renommées par leur exaltation relig-ieuse (1).

(1) Nous avons parlé plus haut du voyage de Geneviève en Belgique. Nous avons dit que, arrivée au Quesnoy, elle avait été malade; que, de là, malgré les conseils du médecin qui lui avait donné des soius, elle était partie poiir la Belgique. Elle prétend avoir été malade à Maubeuge et avoir été conduite à l'hôpital. Il en aurait été do même à Bruxelles où il lui serait arrivé d'autres aventures. Ensuite, elle se serait rendue à pied de Bruxelles à Bois d'Haine qu'elle atteignit trop tard pour voir Louise Lateau. Elle aurait couché sur un arbre et, le lendemain, elle aurait essayé, mais ea vain, de voir Y hystérique belge. Des gens du pays, auxquels elle parlait du but de son voyage, se seraient moqués d'elle. Enfin, elle serait revenue à Paris, voyageant à pied et couchaut dans les bois. Nous ue donnons ces détails que sous toutes réserves. Connaissant la malade, ils n'ont rien, d'ailleurs, d'invraisemblable.

— Durant le siège de Paris, G..., après des attaques, eut la fantaisie de s en aller. Parvenue aux avant-postes, du côté de Saint-Denis, elle fut arrêtée et prise pour espionne parce qu'elle ne voulait pas répondre (mufinme hi/Hlcrique); on la conduisit à la préfecture de police ou on la reconnul. Pour ce qui concerne l'inlluence de la compression ovarienne sur le mutisme et la contracture récente, de nature hystérique, voir : Debove et Liouville, Progr.s Médical, 1870, p. et BourneviUe. liu/, 1877, p. J8'^ et 4s7.

— Nous avons fait quelques recherches relativement aux seronsses dont nous avons parlé à diverses reorises. M. Briquet ne les décrit pas dans ses articles consacrés aux convulsions, à la contracl ure et aux spasmes. Landouzy ne les mentionne pa-. M Delasiauve {Traité rie l'épihpsie, p. '.A . les signale simplement comme prodromes des accès du mal caduc. — Outre les secousses, les hystériques ont encore ce qu'elles appellent à la Salpétriere, des attaques de contracture . Voici en quoi elles consistent : Tout d'un coup, la malade jette un cri, la tête se renverse en arrière, ia face se convulsé, les membres supérieurs se contracturent violemment dans l'extension, l'adduction et la pronation ; lesinférieurs.dans l'extension et l'adduction. Cette contracture générale disparaît au bout de 15 à 3U secondes : C'est une sorte d'ébauche de la période épileptique. La connaissance paraît conservée (,?),

OBSERYATION Y.

■ aévmis ,t'r 'Miiiri

Hystéro-épilepsie. — Action de l'éther/^ — Métallothérapie .

Si les attaques d'hystérie grave possèdent des caractères principaux communs, elles offrent aussi des symptômes secondaires différents, qui donnent en quelque sorte à chaque malade une originalité propre. Des complications variables contribuent aussi à imposer à chaque cas un cachet particulier. Cette opinion, qui s'éloigne on pe)i de l'opinion courante, nous paraît trouver sa confirmation dans l'observation de Marc. . . . qu'on ne lira pas sans intérêt, nous l'espérons, même après celle de Genenësfëf-?'"'^: ,

SoMMAiRE. — Antécrdents .-Paresse, vagaboni/a/fe, instabilité, onanisme, iHigimsme . — Descri/ilioii d'une attaque en, IS7I. — Symptùmes permanents rie Thijst^rie : HijperestMsie ovarienne et hémianesthesie du coté yaurhc. — Efets de la compression ovarienne sur les attaques. — Troubles des sens spéciaux du côté gauche. — Hallucinations de la vue. — Température comparative etitre les mains et les aisselles. — Ischémie à gauche. — Attaques avortées. — Tijmpanisme. — Anesthésie incomplète et hyperesth'sie ovarienne du côté droit. — Antres caractères des convulsions : Lubricité'. — Crises cardiaques- — CoAitérisation du col utérin au fer ratifie ; son action. — Contracture passagère du membre inférieur gauche. —

Torticolis hi/slé-irjuc. Description des attaques Usage de fëther, de la glace, du nitrite d amyle.

iSli et en 4S~!S. — Erythème. — Contrac-

ture des membres du côté gauche [Forme hémiplégique], — Nécralgies erratiques . — Crampes. — Injections sous-cutanées de morphine : Accidents locaux et généraux. — Hallucinations terrifiantes. — Contracture des 'membres du côté gauche. — Otarie double ; anesihésie générale- — Mo-

difications des attaqua; leur rause- - Troubles de la vision. — Irrégularités téthcr ; sensations qu il détermine. — Sensibilité or. — l'raitement par le chlorure d o tion entre les attaques el lesi régies., ^ ^ ■ , ,i . :

'■>n JÎGai.Gl Marc..., Célina, est eotrée •à la Salpétrière (service de -M. Delasiauve) le 9 juin 1867 'èt est passée en 1 870 dans le -'service de M. Charcot.

Renseignements fournis par le père de la malade et par la malade elle-même. (Juin 1874).

— Mère, blanchisseuse, morte à 27 ans, à la suite d'une jaunisse. Elle paraît avoir eu une affection utérine. Elle était très-colérique et ses colères se terminaient par des sufiocations et des pleurs. On assure aussi que la sensibilité était affaiblie sur une moitié du corps. Elle n'aurait pas commis d'autres excès que des excès de travail. — De ses pa- "rents connus, aucun n'aurait l'éu d'affections nerveuses.

Père, horloger, comédien, âgé actuellement de 53 ans, est nerveux, sujet, s'il est contrarié, à des tremblements et à des crises dans lesquelles

- Contracture du Iras droit. — le la menstruation. — Effets de Tremblements. — Amaurose. — et de sodium. — Rela-

9iéq nos osvjb ne il étouffé, devient tout noir, tombe par terre sans perdre connaissance. ^Pas de morsure de la langue, ni d'uriues involontaires). Le tremblement durerait quelquefois tout un jour. Cet homme lait de fréquents excès de boisson :

il a, en effet, l'aspect d'un vieil alcoolique. Il s'est marie deux fois ; il a eu 15 enfants.

[Père, ivrogne, mort à 63 ans, on ne sait de quoi. — 3Iére encore vivante, bien portante.

Personne, dans sa

famille

n'a de

maladie nerveuse].

Pas de consanguinité.

Des sept enfants du premier lit, il ne reste que Céliuu.

Les autres sont morts en nourrice, quelques-uns des convulsions. — Des huit enfants du second lit, deux sont vivants et ont une bonne santé ; deux ont succombé au croup et quatre à des convulsions.

Célinaa été élevée en nourrice. Rentrée à 18 mois à Paris, elle marchait et parlait à peine. Jusqu'à 14 ans, elle n'aurait pas eu d'autre maladie qu'un rhumatisme articulaire aigu, pour lequel elle serait entrée à l'hôpital des Enfants-Malades. Après la mort de sa mère (7 ans), elle resta un an avec son père ; durant ce temps, on l'envoya à l'école; elle apprenait peu, parce que, dit-elle, elle avait la tète dure, mais surtout parce qu'elle faisait l'école buissonuièro, s'amusant avec les garçons à jouer « au mari et u la femme. » Ceci fit qu'on la mit dans un asile. Elle était difficile à tenir, n'apprenait presque rien ; avait de violentes colères, cassait les carreaux des fenêtres, criait à l'assassin, etc. Elle pissait au lit presque toutes les nuits et s'amusait avec une de ses compagnes qui, la nuit, rapprochait son lit du sien. Un jour, les religieuses se lassèrent; l'une d'elles prit une voiture pour reconduire M. . .

chez son père ; elle donna une série de fausses adresses et se fit promener pendant une partie de la journée, el, en fin de compte, on la mena rue du Cherche-Midi, à l'ouvroir

de Saint-Vincent-de-Paul (?).

Elle prétend qu'on y était fort mal et que les enfants qui, comme elle, avaient de l'incontinence d'urine, couchaient au grenier, pêle-mêle, sur de la paille. Son père la reprit vers l'âge de 12 ans.

Placée en apprentissage, comme blanchisseuse, elle ne faisait rien, et fut bientôt renvoyée. Elle alla chez une autre, femme de mœurs légères, où elle s'amusait plus qu'elle ne travaillait. « On mangeait bien un jour, dit-elle, et le lendemain on n'avaitplus rien, mais on se consolait en disant qu'on avait bien nocé la veille, w Elle allait porter le linge chez des « femmes entretenues » qui l'embrassaient..., allait dans les brasseries chercher sa patronne, etc. C'est à cette époque qu'elle fit connaissance d"« Ernest » dont le nom revient dans son délire : c'était l'ami de l'amant de cœur de la blanchisseuse. M... flânait avec lui le soir ou l'accompagnait dans sa chambre. Deux tentatives de rapports auraient échoué parce qu'elle soutirait trop [vaginisme). Cette vie, qui lui plaisait, durait depuis quelque temps lorsque la scène que nous allons ra-

conter, la décida à tout dire à son père.

Sa patronne, cultivant plus les plaisirs que ses fers, négligeait ses pratiques. S'attendant, un jour, à des reproches mérités de la part de l'une d'elles , elle prévint M. .. qu'elle se cacherait, si elle venait ; tu lui répoudras que je suis absente, ajoutat-elle. La blanchisseuse s'enferma dans sa chambre quand la cliente arriva. Celle-ci, sur la réponse de M..., se fâcha, voulant son linge quand même et s'en alla, menaçant de faire arrêter et la maîtresse et l'apprentie. Ces menaces causèrent une grande frayeur à M. . .: le soir, elle avoua tout a son père qui la retira de chez cette trop aimable patronne.

Elle fat mise dans une labrique d'éventails, où ou ne put la garder, sous prétexte qu' « elle suait trop des mains «; — puis, chez une passementière, qu'elle quitta un matin pour aller se promener; — ensuite chez une fleuriste où il lui fut impossible de rester, parce que « le carmin lui occasionnait de violentes douleurs de tète. «

Despalpitations cardiaques, des troubles gastralgiques la

tirent recevoir a l'hôpital Necker. On l'envoya en convalescence à l'asile du Vésinet.

A son retour, elle se plaça comme domestique chez une fruitière. Un matin, sans motif, elle jeta son tablier sur la rampe de l'escalier et s'enfuit. (' Il fallait que j'aille et que je vienne, dit-elle, je ne pouvais demeurer tranquille. »

On essaya d'une nouvelle blanchisseuse; celle-ci était moins facile que la précédente, elle donnait des coups de torchon mouillé a son apprentie paresseuse. M... eut un panaris et retourna chez son père. Une fois guérie, elle fut placée, pendant deux mois, chez un marchand de vin où elle servait au comptoir. Là, il y eut des essais de rapprochements sexuels,, mais encore sans résultat.

Elle avait 16 ans.

M... devient alors piqueuse de bottines. Quinze jours à peine s'étaient écoulés qu'elle s'ennuie de sa nouvelle profession et abandonne sa patronne. Mais sa belle-m.ère lui ayant déclaré, avant son.

placement, que si elle n'était pas plus raisonnable et revenait à la maison, son père aurait à choisir entre sa tille et sa femme, M... errait à l'a-

venture, ne sachant quel parti prendre.

Tandis qu'elle réfléchissait, assise sur un banc du boulevard, elle fut abordée par un jeune homme qui lui proposa de l'emmener chez lui.

En route, un individu, suivi d'un gros chien, voulut enlever Gélina à son compagnon, qui se sauva. Des passants intervinrent, la rassurèrent et lui indiquèrent son chemin pour rentrer dans sa famille. Accostée quelques instants après par un ivrogne, elle fut délivrée par un autre jeune homme qui lui offrit à son tour l'hospitalité . En route, elle se retrouva eu face de œ l'homme au chien » mais ils parvinrent à s'en débarrasser. Cette fois. M.. . n'aurait eu encore que des rapports incomplets, le moindre contact étant douloureux et déterminant des étouflenients.

Le lendemain. M... se plaça comme « fille de semaine»

chez une blanchisseuse où elle resta trois mois. C'est à ce moment que se seraient acciisés les phénomènes hystériques. Toutes les nuits, elle avait des cauchemars, voyait l'hommeau chien ; elleéprouvait des crampes dans les jam-

bes, était sujette à des^rm- Mements , à des « faiblesses »

durant lesquelles elle perdait connaissance. Ces accidents, devenant de jour en jour plus fréquents, la décidèrent à entrer à la Pitié, d'où elle fut envoyée au Vésinet.

Revenue chez son père, elle travailla avec sa belle- mère qui est brodeuse. M. . . prétend qu'elles se disputaient sans cesse ; qu'elle était mal nourrie, souffrait de l'estomac, ne pouvait boire que de l'eau. Sur ces entrefaites, elle eut une névralgie dentaire et se rendit à l'hôpital Lariboisière pour faire arracher sa dent cariée. Après Vopéraiion, elle fut prise d'une « attaque de nerfs. » Si on l'en croit, c'était la première.

On l'envoya au Bureau central, de là à l'Hôtel-Dieu, et enfin, un mois plus tard, au Vésinet.

En quittant l'asile de convalescence, elle alla comme domestique à Bougival. Au bout de quelques semaines, sa patronne aurait voulu la battre et elle aurait eu recours aux gendarmes pour se faire payer. Elle fut recueillie par une couturière de l'endroit et, peu après, se plaça, toujours en qualité de domes-

tique, chez un marchand de poêles, dont la femme était paralysée. Cet homme l'embrassait, lui faisait des cadeaux ; mais, malgré leur bonne volonté, tout se serait boi'né la. Un soir qu'elle était seule avec rouvrier,elle s'enivra ; il voulut abuser d'elle, sans y parvenir. Elle remonta dans sa chambre, eut des vomissements, faillit mettre le feu et, le lendemain, on la congédia.

- Rentrée à Paris, elle futadmise successivement dans divers hôpitaux etlînalement à l'Hôtel-Dieu.d'où elle fut transférée, le 9 julQ 1867, à la Sali.fêtt*ièï6;' Depuis sa première ''attaqué, elle en avait eu d'autres. Dans les intervalles où elle était libre, ses relations avec Ernest continuaient; toutefois, elle assure qu'elles se bornaient à des attouchements réciproques, le taginisme persistant au même degré.- ^

Noué" ne-saurions affirmer l'exactitude absolue de tous ces renseignements ; ce que nous pouvons assurer, c'est que les dires du père et de la fille, interrogés séparément, concordent sur les points principaux

Les règles ont paru à U

ans. Marc. . . a des tendances érotiques plus prononcées depuis son admission à la Salpétrière qu'auparavant. Dehors, avec son père, elle ne parle que d'hommes, de mariage, d'envie d'avoir des enfants, etc.

'Marc! . . est' maigre, petite (1 m. 43), de physionomie vulgaire (Voyez Pl. XXV), dun caractère assez malléable ; mais il lui arrive assez fréquemment d'exciter sournoisement des querelles: elle est paresseuse, ne travaille que par caprice. Elle est très-libre dans son langage et emploie, sans le moindre embarras, les rùols les plus expressifs pour peindre ses sensations ou manifester ses désirs et ses appétits vénériens qu'elle ne dissimule nullement, ainsi que son père nous l'a déjà dit.

'■"''t87'l'^'(if/- Descri2:)tion d'u7ts série (Vatiaqve-<. — La malade est camisolée, maintenue de tous côtés. Les attaques se succèdent assez régulièrement et suivant un type assez bien déterminé. Tout d'abord,

(l) Rédaction d après les notes recueillies par M. Michaud.

il y a quatre ou cinq contractions assez brusques des muscles sacro-lombaires et de tous les extenseurs du corps.

Puis, la partie supérieure du corps et la tète frappent violemment le lit.

Après un court moment de repos, M... pousse trois ou quatre cris très-élevés, toujours du même timbre, séparés par des intervalles égaux et le corps tout entier devient roide. Bientôt svirviennent des mouvements de rotation de la tète, surtout à droite, s'effectuant très - brusquement.

On note un nouveau repos, après lequel la face reste immobile, les yeux convulsés en haut et à droite.

\ Ces caractères sont à peu près les seuls qui ofi'rent quelque régularité. Tout le reste du temps, les différents symptômes se montrent tantôt seuls, tantôt groupés avec ou sans ordre, accompagnés ou suivis d'une très-grande agitation, avec contracture des membres , grincements des dents, écume, sueurs, congestion de la face.

Deux fois, nous avons observé des convulsions des miiscles de l'abdomen, convulsions très-courtes et trèsrapprochées. Selon les phases,

la respiration est lente ou précipitée. Nous n'avons pas vu de convulsions cloniques,sauf celles des muscles du ventre et quelques-unes danS((Ji^ muscles de la face.

Yingt minutes après le début, il est devenu impossible de saisir quoi que ce soit de régulier. Parfois M... se relève et dit : ft Oh ! mon Dieu !

Oh! là là ! » Ala fin, elle dit.

« Papa ! papa ! » mots qui, suivant la surveillante, annoncent la fm de la série. En effet, la malade se réveille et, interrogée, répond d'une voix brusque : « Cela va bien. »

Elle surveille l'opération de sa mise en liberté et prie qu'on ait lien soin de ne pas la chatouiller. Elle se plaint d'envies de vomir, de fatigue et de battements de cœur. La série a duré une heure. P.

plein, régulier, à 130; T. R.

1872 (1). 21 février. — La malade a été prise d'attaques à 8 heures et demie ; M.

Charcot les arrête à 9 heures 3/4 par la compression de l'ovaire gauche. Cette manoeuvre

iJûioq iiifî 1 asbio-'j-ano

(l) Rédaction d'après des notes recueillies par notre ami M. Gombault et par nous.

j^st douloureuse ; Mar. . . cric qu'on lui fait mal. Après ua long rire convulsif, elle est tout à fait remise. On lui re- •gtire la camisole; elle se lève, ggst un peu étourdie, tremgblante; elle est d'ailleurs capable de marcher, mais en boitant légèrement parce que, dit-elle, elle éprouve de la gène dans le genou gauche.

Les attaques sont annonsçées par une aura complète:

douleur au niveau de l'ovaire gauche, constriction épigastrique, douleur et palpitations cardiaques, sensation d'une houle qui monte au cou (laryngisme), troubles céphaliques (sensation de coups de marteau dans le côté gauche de la tète, surtout à la région temporale, sifflements dans les oreilles, mais plus intenses à gauche, sensations lumineuses, mouvements couvulsifs de l'œil gauche « qui saute » ). Ces derniers phénomènes, auxquels s'ajoute une pâleur prononcée de la face, précèdent immédiatemeot la perte de connaissance. L'aura se complique quelquefois d'un sentiment général de froid avec tremblement ( frisson nerveux), de tendance à la syncope, de vertige et d'engour-

dissement dans le bras et la jambe gauches.

23 février. — Outre Vhypereslhésie ovarienne gauche, Mar... présente une hémianes- Ihésie du même côté ; les sens spéciaux, entre autres la vue, oflreut des modifications pathologiques. Ainsi, Vœil gauche voit le rose jaune , le bleu vert, le jaune blanc, le vert pomme bleu clair. La vision est normale à droite.

Uexame7i o^jhUialmoscopique ne fait découvrir aucune lésion de l'un ou de l'autre œil (Galezowski). On note encore une analgésie légère du bras droit.

'i'dmars. — Hier M... a eu des attaques. Malgré cela, elle éprouve encore une partie des phénomènes de l'aura et dit avoir été tourmentée pendant la nuit par des visions effrayantes : elle a vu la lune se lever sous son lit, des chats circuler dans la salle et elle s'est levée pour courir après eux. M... se plaint souvent d'accidents du côté de l'estomac, les digestions sont pénibles ; elle a, principalement avant ou après les attaques, des vomissements bilieux ou alimentaires.

Soir. — La température est moins élevée dans la main

anéstiiési^è que dans la main saine, ainsi que le montrent les chiffres suivants :

T. de la main droite après 5 m. 34°, 2 — — 10 33°, 9

,9UYi:— gauche 5 31°, 6

-Bqer- " 3C»

Deux sangsues sont appli- ^quées sur chaque région ovarienne. A droite, elles prennent tout de suite; à gauche l'une prend aussitôt, la seconde lentement. Les piqûres sont douloureuses à droite, indolores à gauche.

Après rapplication des sangsues : j

.T. de la main droite après 20m. 34°, 4 — gauche — 20 31°, 3

La température est la même ('37°, 9) dans les deux aisselles.

A dix heures, l'une des piqûres du côté droit coule encore; toutes les autres sont taries. L'hémorrhagie a été plus considérable à droite qu'à gauche. Les règles, qui étaient en retard de 25 jours, , yiennent de paraître. ' " ^ avril. — Hierfl?^^'' a éprouvé des douleurs dans le flanc droit et a eu des attaques de 10 heures du soir à , ijiinuit. Ce matin , elle est dans ",^a situation suivante : La perte de connaissance n'est

pas complète, les yeux sont ouverts ; de temps en temps, il se produit de la rigidité dans les membres et il s'écoule de l'écume de la bouche; M. . . reste un temps fort long sans respirer ; puis, tout à coup, les muscles respirateurs accessoires entrent en contraction violente ( sternomastoïdiens, trapèzes, etc.) Pendant ces efïorts convulsifs, M. . . porte la main à la région précordiale. La région épigastrique semble alors déprimée. Le rentre est extraordinairement ballonné.

Une attaque épileptiforme 'survient après laquelle M. . .

retombe dans son état dyspnéique. Ensuite, elle a une attaque complète, suivie presqu'aussitôt d'une autre attaque que la compression de Vovaire droit a fait cesser sur le champ. On constate que Vaiiesthésie a envahi, en plus du bras droit déjà analgésié, la moitié droite du tronc; seul, le membre inférieur a gardé sa sensibilité. -'^^

^novembre. — M... estagifëè; elle chante, cherche à embrasser les assistants; son regard est provocateur, lascif. On lui met la camisole, croyant qu'elle va avoir ses attaques. A peine était-elle

fixée, que ses yeux se dirigent en haut comme si elle voyait quelqu'un ; elle appelle :

« Viens, dit-elle, » et elle fait signe de la tète. La physionomie exprime un vif plaisir.

M... semble toute heureuse.

Elle soulève son corps, projette le bassin eu avant, et quand elle a exécuté plusieurs fois et plus ou moins rapidemeats ces mouvements, elle s'écrie avec satisfaction: « Çà y est ! » La bouche, à la fin, laisse échapper en abondance une salive mousseuse.

Dans une autre crise, elle envoie des baisers avec les lèvres, sort et allonge la langue. Sesgestes sontlubriques, le plaisir est peint siir son visage et de nouveau reparaissent les mouvements de bassin qui, parfois, alternent avec de grands mouvements de balancement dans lesquels la tète et le tronc battent brusquement l'oreiller.

Ces crises, qui sont séparées par des intervalles de calme extatique, se terminent presque toujours par les mêmes expressions : « Ah!

mon Dieu ! mon Dieu ! » ou bien: « Gà y est... C'est pas vrai ! Gà n'y est pas ! »

— Elles cessent au bout d'une heure et demie et, aussitôt,

la malade évacue une assez i grande quantité d'urine trèsclaire. "'^'^'^^

1873 (1). M... est sujette à r des accès d'oppression, avec palpitations cardiaques, qui sont quelquefois très -violents.

22 novembre. — Cautérisation du col ictérin au fer rouge.

L'introduction du spéculum est difficile et occasionne une .' grande souffrance par suite; de l'existence d'un vaginisme très-accusé. M... répète que, • lors des tentatives sexuelles, ^ un rapprochement complet était impossible.

1874. 3 février. — Depuis la cautérisation, les étouffements sont moins pénibles. Hier, à, la suite d'un accès de cegenre, sorte de crise hystérique; avortée, avec prédominance; des phénomènes cardiaques, M... a été prise d'une contracture de la jambe et du 2~>^^d gauches. La marche était impossible tant le pied était dévié et la jambe pesante. La contracture a disparu au bout d'une demi-heure : la malade

(l) A partir de celle année, la rédaction est faite exclusivement d'après nos notes personnelles.

prétend que sa jambe est devenue progressivement moins lourde et que le pied, qui était on varus équin, s'est remis en deux temps. Les membres du côté gauche sont toujours très-faibles et engourdis.

Il y a quelques jours, aussi après une crise semblable, M.I.. a eu un torticolis: la face' était fortement dirigée vers la gauche et inclinée sur l'épaule correspondante. Cette contracture n'a persisté que 15 à 20 minutes et Is'estedissipée lentement (1). "'f . - ■

4 (écrier. —Attaques : \ Première ])(' ri ode. a) Torsion de la tète, face déviée à gauche, rouge, grimaçante, ayant parfois une expression cynique ; paupières ouvertes, regard dirigé en haut et à gauche, pupilles dilatées ; rigidité généralev'ffofr/T'

b] Les bras sont dans Textension, les mains tordues et fléchies à angle droit sur les avant-bras ; les trois derniers doigts sont fléchis, les autres allongés. Les membres supérieurs se contournent simultanément ou successivement:

le^ -bras gauche, par exemple,

rJ .... -t.iTc-, £-

(l) Voir pajre Ii3.

remonte en haut et se place derrière la tète ; la jambe gauche se fléchit sur la cuisse en croisant la jambe droite; quelquefois, la jambe gauche se met perpendiculairement au lit, ou bien elle se lève et s'abaisse alternativementjetc./:

(Phase des contorsions). ■: oj,jo(

Des bruits pharyngiens et , buccaux , accompagnant des i; mouvements de déglutition,; ou des efforts de vomissementic séparent d'ordinaire la pre— mière période de la seconde. '

i'> Période cloaique. — La malade exécute de grands mouvements : elle s'assied tout d'un coup et laisse retomber brusquement la tète^ et le tronc sur le lit qu'elle ébranle; ces mouvements, entre lesquels on observe deS:

mouvements de soulèvement du ventre, se répètent cinq ou six fois de suite.

Une heure après le début de cette série, composée d'attaques dans lesquelles la période de délire a fait défaut, M . . . revient à elle et pleure.

16 avril. — Nouvelle caîUérisatioii d\i ieMn^^fm si^e fer rouge. - "

21 avril. — Les étouffements sont beaucoup plus rares. Il est survenu des plaques rouges d'èrythème sur différentes

parties du corps, surtout à la face.

'\^juiii. — Troisième cautérisation du col. Depuis la dernière, M... n'a-pas eu de grandes attaques, et elle n'a eu que deux accès d'oppression.

Le vaginisme persiste.

7 juillet. — Hier, M. . ayant un accès d'oppression qui se prolongeait, on lui a donné de Véther en inhalation. — Les 18, 20, II, 23,24 et 2.j, étouffements et contorsions sans attaques ; les règles ont paru le 19 et fini le 21. ; n , j J;

31 novembre. — Application d'une vessie de glace sur la région ovarienne gauche successivement pendant une heure, une heure et demie, deux heures et trois heures.

Les attaques ont été moins nombreuses, mais les étoufiements ont augmenté (Voir le tableau).

\ 87o. JanrÀir-mars. T-r- M,!. • se plaignant sans cesse d'étoufïements , M. Gharcot lui fait donner de Véther en inhalation. Peu à peu, la malade est arrivée à en absorber des quantités considérables, lâo, 230, SOO grammes et même davantage par jour. L'éther est actuellement pour elle indispensable ; elle tourmente tout

le monde jusqu'à ce qu'on lui en accorde. Elle est devenue beaucoup plus difficile à te-ji nir ; elle est très-irritable,ol crie, menace, brise parfois^ tous les objets qui lui, tomri;3 bent sous la main, i;,! ;.,o;ip

8 avril. — Attaques. PreHii mière période. Souvent la pre-?'i mière attaque d'une série débute sans cri ; les attaques consécutives s'annoncent par ^, un cri aigu, modulé. La faceîl se congestionne, les paupières^G battent rapidement ; les mus- ■ des de la face frémissent, la respiration est suspendue.

Tout le corps est rigide et dans l'extension. Puis, il y a , un repos : la face regarde soitjt à droite, soit à gauche; leoy ventre est soulevé par desï^ mouvements ouduleux, avecrn borborygmes très-bruyants.jo

Période clonique. — Ensuile,;b M... pousse un cri aigu, mo-iS dulé, ou bien un « Oh! là là !i>,rt déchirant ; elle se tortille , exécute des mouvements la-:p téraux de la tète. Au bout deifj quelques instants, elle se re-.'8 dresse tout d'un coup et s'asiis seoit, la tête est légèremeutsJ Ijenchée en arrière ; les yeuxije regardent en haut : Gélina eatàs dans une sorte d'extase ; elleal semble voir quelqu'un, et de&b fait, on l'entend bientôt dire

« Ernest ! Ernest !» De la tête, elle lui fait signe de venir et lui envoie des baisers avec les lèvres. (Pl. XXVI et XXVIl.) A cette phase, succèdent les grandes convulsions cloniques : La malade soulève la tête et le tronc qu'elle laisse retomber brusquement, battant ainsi le lit avec une violence extrême. Chaque fois que le tronc retombe sur le lit, le bassin est projeté en avant et la malade ne repose plus que sur la nuque et les talons. - -'jJ-'i '■^i-

Depuis le 15 décembre 1874 jusqu'à ce jour, nous avons administré un nombre assez considérable de fois du nitrite d'amyle à Mar.. Les phénomènes, dus à l'inhalation de cet agent, ont été consignés dans nos Recherches thérapeutiques sur i'épilepsie et l'hi/stérie (p. 107). - - -

6 viai. — M... ipreùd presque chaque jour 126 gr. d'éther en inhalation. Pour qu'il s'évapore plvis lentement , elle le respire en se cachant la figure sous son drap. Hier, sa dose habituelle étant épuisée, elle a été violente, a cassé les carreaux, déchiré les rideaux, parce qu'on lui refusait de l'éther et qu'elle en

voulait encore. — Aujourd'hui, cautérisation du col au fer rouge. L'introduction du spéculum est toujours aussi • douloureuse. Au dire de la;'^ malade, il lui semble que « le conduit se rétrécit à mesure que le spéculum enfonce. >> Après l'opération, irrigation d'eau froide, repos, cataplas- *" mes. '[ T

'i.k-l'è juin. — Bronchite. -'^^ 30 juin. — L'hémianesthésier' ■ du côté gauche est la même.

— M... se plaint de douleurs^"^ qui, de Tépaule gauche, irradient vers le coude. Les veines sous-cutanées de la partie,^ antérieure de la jointure sont"^ légèrement dilatées. Il n'y a pas d'épanehement dans la:^ séreuse articulaire. De plus,'"^ M... a des douleurs sur le trajet du nerf seiatique droit et l'on constate l'existence des points sacré, fessier et fémo-'-''' ral. (Frictions avec l'essence de térébenthine).

\^'^ juillet. — Hier soir, lors'^ de la dernière friction, on'^ s'est aperçu que le pied gauche' était contracture ; le genou et''^ la hanche avaient conservé là^'^ liberté de leurs mouvcments.'ï' M... n'aurait pas eu d'atta-^ ques (?). A part quelques se-'^ cousses, la nuit a été relati-'^ vement bonne. j â»?

Ce matin, à 6 heures, on a constaté cjxie les membres supérieur eL inférieur gauches étaient entièrement contracturés. A la visite, nous observons les particularités suivantes :

Membreinférieiir :l\ est dans Vadduclion ; la cuisse est légèrement fléchie sur le bassin çt la jambe sur la cuisse ; le pied est en varus équin ; les orteils sont énergiquement tléchis. Tout mouvement spontané ou provoqué est impossible.

Membre supérieur: Le bras est accolé au ti-onc ; ravant-; bras est fortement tléchi sur le bras et fixé contre, le sein; la main est fléchie à angle droit sur le poignet et les doigts viennent toucher l't^T, paule {V\.. XXVir. Si l'on es-' saie de modifier l'attitude du membre, on ne produit qu'un déplacement insignifiant, tant la contracture est intense.

^ Aucune des jointures n'est gonflée. La malade accuse des douleurs lancinantes au niveau du poignet surtout, de la partie moyenne et postérieure du bras, de l'extrémité externe de la clavicule, enfin des gouttières vertébrales, à gauche des 4" et 5"^ cervicales.

D'après elle, la contracture

du membre supérieur se serait constituée progressivement ; débutant par l'épaule, elle aurait gagné le coude, puis le poignet. Nous avons vu que, pour le membre inférieur, elle aurait commencé par le pied.

On note eucore, depuis trois jours, et non d'une façon constante, de la di/ftcullé poior îtriner. P. 92; T. B:, ^h,^.:jTûg Soir: T. R. 38°,2.:n -luoiriioî

% juillet. — Le membre supé-'-' rieur gauche est devenu tout:

à fait libre dans la soirée d'hier, à la suite de crampes et,;,,<l'jW^; exacerbation desj douleurs névralgiques. Le> membre inférieur gauche reste contracturé; par uioments, la^ contracture serait plus pro^j

; 3 î^î^^^^/iTnrM. -s 'Ste ip-laiiat; de' douleurs névralgiques par'' tout le corps : de crampes occupant la langue, les mus^j des de la nuque, des doigté' (fléchisseurs) : d'autres fois, il ■ lui semble que la jambe ou le bras du côté droit se retirent, se rapetissent, se rétractent. Les foyers situés sur le trajet du sciatique sont moins douloureux. Appétit^ presque nul ; vomissements,^' constipation.

'6 juillet. — Même état. P.

104; T. R. 37°,7. — Traitement : Jnlep chloral, 4 gr., 3 pil. de 0 gr. 05 d'extrait thébaïque .

6 juillet. — La contracture du membre inférieur gauche a disparu. M... a passé la journée d'hier dans un état d'assoupissement presque continuel dans lequel elle a eu des visions pénibles : elle s'imagine que sa bouche se contorsionne, comme cela a lieu sous l'influence du nitrite d'amyle ; elle voit les figures des malheureuses femmes des Incurables, atteintes de cancroïdes ou de lupus de la face.

Quelquefois , des crampes dans les mollets la font sortir de cet assoupissement. — Herpès labialis. — P. 76 ; T. R.

:î8'^. — Injection sous-cutanée de 50 gouttes d'une solution de morphine au 50°.

7 juillet. — La malade est plus calme ; mais elle vient d'avoir un frisson et se plaint d'un malaise général. L'auscultation de la poitrine est négative. P. 112; T. R. 39°,7.

— Soir : T. R. 38°,9.

8 juillet. — M... a eu. deux crises douloureuses dans l'après-midi. La nuit a été assez bonne. — L'appétit est toujours mauvais; la langue est humide, la constipation re-

vient dès qu'on suspend l'usage des purgatifs. La dysurie persiste. P. 116; T. R. 37°,8.

— Soir : T. R. 38», i.

9 juillet. — T. R. 37°, 5.

Injections sous-cutanées et bains.

'[O juillet. — T. R. 37°,9. — Douleurs spontanées et à la pression occupant les jointures et la continuité des membres et prédominant à gauche.

11 juillet. — T. R. 38°. — Soir : T. R. 38°,4.

\% juillet. — Les douleurs, qui s'étaient calmées pendant la matinée, ont reparu dans l'après-midi. La malade a constamment la physionomie rechignée. P. Si; T. R. 37°,7.^

1 3 juillet. — Les douleurs, qui avaient sensiblement diminué, sont revenues ce matin avec une nouvelle intensité : tantôt Célina est accroupie à « quatre pattes » sur son lit, tantôt elle se tortille, ne sachant quelle position prendre, ayant des impatiences ou une sensation de rétraction. Dès qu'elle s'endort, elle se figure qu'elle tombe dans des précipices ; elle se réveille en sursaut et saisit les bar-' reaux de son lit pour se retenir; ou bien elle voit des montagnes énormes, des gens

qui dansent ou jouent, des machines immenses, etc.

20 juillet. — Légère amélioration. On a levé la malade hier et on a remarqué que , debout, les membres du côté droit étaient pris de tremblement. — Les injections de morphine ont été pratiquées régulièrement jusqu'à ce jour ; nous leur substituons des injections d'eau. i '

24 juillet. — -|ieS)K< ^peur^;», ont été plus vives. M... s'imagine qu'un homme est caché derrière son oreiller a droite; elle voit dos gens qui se battent à coups de couteau ; elle assiste à des « scènes de la Révolution. » Un effroi profond est peint sur son visage.

Parfois, elle se soulève brusquement, regarde à droite et bientôt elle a une sueur froide.

Le moindre bruit exagère sa frayeur. — Elle a eu, il y a quelques lieures, une attaque épiUptiforvie très - violente après laquelle les crampes ont à peu près disparu complètement. an9r:;i;..;ja s : 26 /?««7Ze^ -î- M...' va mieux, elle se promène dans la salle.

— Ou note un amaigrissement assez considérable (34 kilogr.).

, â9 juillet. — Insomnie, rè- .ves fréquents, mais pas de peurs ni de visions. La mar-

che est difficile parce que les jambes sont lourdes et douloureuses. Quelquefois, il se produit des crampes dans les doigts et un tremblement des mains, comparable au tremblement alcoolique. — M...

mange peu ; elle n'a d'appétence que pour la salade et la charcuterie. — La constipation a été remplacée par de la diarrhée ; la miction §st ja^qr^r maie. m',;,'",^

3 octobre. — Nous assistons aujourd'hui à une série d'attaques qui, tout en étant composées des mêmes périodes et des mêmes phases, offrent des particularités nouvelles.

Les prodromes et la période épilepto'lde n'ont pas subi de modification. Mais il n'en est pas de même de la période clonique : nous avons vu pré^ cédemment que, au début de cette période. M... se tortillait puis qu'elle s'asseyait brusquement, quelle avait une attitude extatique, qu'elle paraissait heureuse et voyait « Ernest. » (Pl. X). Ce matin, au lieu de cette expression souriante, sa physionomie exprime le dédain (Pl. XXXI) ou le dédain et la terreur (Pl. XXXIV). Les lèvres sont pincées, les cheveux rejetés en arrière ; la tète est plus ou

moins inclinée sur l'épaule droite. M... conserve la même expression pendant plusieurs minutes , puis elle fait des grimaces affreuses. Enfin, elle retombe sur son lit qu'elle bat rapidement en soulevant et laissant retomber la tète et le tronc [grands mouvements cloniqucs, déjà décrits).

Dans les intervalles de repos qui séparent les attaques, la physionomie sur laquelle se retlétait autrefois une sorte de béatitude, un air de contentement, exprime maiutenunt des sensations d'une nature toute opposée. M... semble en proie à une véritable angoisse ; les yeux sont fortement convulsés en haut et à gauche ; la bouche, ouverte, laisse sortir la langue qui est cyanosee (Pl. XXIX). C'est là une expression démoniaque et qui rappelle celle que nous reproduisons, d'après une esquisse de Rubens (Pl. XL).

Après une autre attaque, c'est un sentiment de surprise désagréable qui se peint sur le visage (Pl. XXX). — Après une troisième attaque , les yeux brillent de colère, la physionomie exprime le dégoût (Pl. XXXIII) ; la malade, ainsi que le montrent les Planches XXX et XXXII, a

ramené le tronc vers le haut d,u lit et tient sa tète légèrement élevée. Dans un autre intervalle. M... ramasse les bras sous son menton et pa^ raît manifester une vive répugnance (Pl. XXXV).

Il était intéressant de re-i chercher la cause de ces modifications des attaques. Notre curiosité était d'autant plus vivement excitée que, pendant les jours qui suivirent, M... était plus triste que de coutume et pleurait souvent.:

A force d'insistance,nous par-i vînmes à savoir que, peu auparavant, M... était sortie en ville et que, le soir, la personne qui la ramenait à l'hospice et qui lui touche de près par les liens du sang, l'avait fait monter en voiture et avait essayé d'abuser d'elle. Cette tentative, bien qu'elle ait échoué, l'avait vivement et douloureusement impressionnée. ^! ■ ^ i^^^Jl-ii^

il'-)irpf3l R-rtqs M octobre. — M... travaille à la buanderie depuis quelques semaines : on s'est aperçu que, souvent, elle revenait dans un état de demiivresse et on a découvert qu'elle se procurait de l'eaude-vie. C'est sans - doute à -ififfl fij .anoisiv 3b ia giusq

cette cause qu'il faut attribuer son irritabilité et son esprit d'insubordination.

31 octobre. — Les injections sous-cutanées de morjMne qui ont été continuées durant longtemps, puis remplacées par des injections d'eau, ensuite reprises pour calmer les inquiétudes et l'insomnie dont se plaint constamment la malade, ont déterminé une dizaine de petits abcès dus, selon toute probabilité, à ce ([ue les injections sont mal faites ou pratiquées avec des trocarts malpropres. Ces abcès sont très - douloureux , m,ème du côté anestbésié.

22 novembre. — Hier, Mar...

S'est coupé les cbeveux, a brûlé ses colliers, a donné ses jupons à ses compagnes et, le soir, elle s'est cachée dans l'un des petits jardins de l'hospice. Elle est dans ses jours de tristesse : elle voudrait assassiner quelqu'un, afin d'être mise en prison ; elle veut « se tuer, se livrer a la boisson. *

Ce matin, il existe une contracture des membres du côte ganche {forme hémiptégiqne) .

L'attitude du bras est celle que nous avons décrite plus haut (Pl. XXVIIT). L'attitude du membre inférieur est dif-

férente : la cuisse est fléchie sur le bassin; la jambe est à angle droit sur la cuisse et le pied en varus équin très-accentué. M... souffre constamment « d'inquiétudes » dans toute la moitié gauche du corps, y compris la face.

Des attaques survenant , nous constatons que, par moments, la contracture disparait dans le membre supérieur gauche. — Nous administrons du nitrite d'amyle.

Pour juguler les attaques, on doit lui donner maintenant des doses considérables (plus d'une cuillerée à café) : La face, les oreilles, le cou, les bras, la poitrine, le ventre et les cuisses deviennent rouges ou rosés (éryth'ème) ; la pression avec la main rend évidente cette action du nitrite d'amyle sur la circulation capillaire de la peau.

M... revient à elle, vomit, a ses idées mélancoliques. Son bras est libre, la jambe allongée; elle marche en boitant.

Au bout de quelques minutes, elle est reprise d'une attaque, contrairement à ce qui arrive d'habitude après l'inhalalion de nitrite d'amyle.

Dans cette crise, les membres inférieurs se dressent en l'air, s'entre-croisent doublement

(cuisses et jambes) de même que chez Rosalie Ler... (1).

Nouvelle administration de uitrite d'arayle qui, cette fois, amène des vomissements bilieux. M... est cyanosée, bleue, à un degré effrayant.

Elle parait avoir des douleurs dans la poitrine , demande qu'on la frotte pour la soulager. Les accidents, dus au médicament, se dissipent peu à peu et M... ne conserve plus que la contracture du membre inférieur gauche dans Vextension.

23 novembre. — La contracture du membre inférieur gauche n'a pas changé. M...

a, de temps en temps, des accès de contracture ainsi caractérisés : La tète se porte à gauche et en arrière, les yeux à gauche et en haut; les pupilles se dilatent; les muscles de la moitié gauche de la face se convulsent; le bras et la jambe droite, qui étaient libres deviennent rigides et le membre inférieur gauche se roidit davantage. Ceci dure 30, 40 ou 50 secondes et se termine quelquefois par de l'écume. T. R. 38».

~ h othîifT ':i!> rrTTTIïïïïïï (0 Voir page 14 et Recherches cliniques et Ihérap. sur l'hystérie, etc., p. 116. , ,

24 nov. — La contracture est permanente au membre inférieur gauche., mais variable dans sa forme; toutefois, c'est l'extension qui l'emporte.

— Au membre supérieur, elle n'apparaît que durant les crises épileptiformes signalées hier et que l'on désigne dans le service sous le nom de « contractions ou d'accès de contracture. » Quelquefois ces crises se compliquent de contorsions avec grimaces affreuses [crises démoniaques, Pl. XL.). Elles durent 15, 20, 30 secondes , et la malade recouvre de suite la connai^:

sance.

Dans les intervalles, elle dit souffrir de tiraillements dans le côté gauche, picotements, û.' engourdissements et de sueurs froides. — A !) heures 1/2, contracture du membre inférieur gauche dans l'extension et du membre supérieur dans la flexion ; à 1 1 heures, contracture du membre inférieur gauche dans l'extension; le membre supérieurest flasque.

Ovarie double. — Hémianesthésie complète à gauche. — A droite, anesthésie complète sur la moitié correspondante de la face et du thorax jusqu'à une ligne horizontale, passant par l'appendice xi-

phoïde et sur le bras droit.

24 nov. — Contracture du membre inférieur gauche et du meinh'C supérieur droit.

30 nov. — La contracture persiste dans le membre inférieur gauche; dans le membre supérieur droit elle a disparu, sans attaques, il estvrai, mais après des crampes.

5 déc. — Examen des yeux (Landolt). — Diminution de l'acuité visuelle à droite jusqu'à de la normale (comme à gauche). Diminution proportionnelle de la perception des couleurs et rétrécissement du champ visuel jus- ([u'à la moitié au moins du champ visuel normal. — Au dynamomètre Mathieu, 40 des deux côtés.

1 .5 déc. — Atin de calmer les douleurs de M..., on lui prescrit un julep avec 4- gr. de cJiloral et 15 pilules d'un centigramme d'extrait thébaïque.

Janvier \ 876 . — Le traitement reste sans action sérieuse. Inquiétudes, fourmillements, crampes, contractures passagères clans les quatre membres, tout cela ne se dissipe pas. — Ovaralgie double, etc. — Injections sous-cutanées de morphine.

— Poids, 48 idlogr.

24 féxrier. — Même état. Les

injections ont occasionné des indurations du tissu cellulaire sous forme de nodosités.

— L'anesthésie occupe toujours la moitié gauche du corps et la partie supérieure de la moitié droite. Les muqueuses auriculaire, oculo-palpébrale, nasale, buccale et pharyngienne sont également insensibles des deux côtés. — A droite, au-dessous de la ligne horizontale tangente à la base du thorax, la sensibilité est obtuse.

'11 mars. — Attaques : nitrite d'amyle. A la fin de l'inhalation, Célina fait des grimaces hideuses , tortille la langue, contorsionne la bouche. Elle prétend qu'elle voit des figures affreuses qui la forcent à imiter leurs grimaces.

%3 mars. — M... prend 6 gr.

de chloral et on lui fait quotidiennement des injections sous- cutanées. Elle garde le lit à peu près toute la journée et se plaint toujours des sensations douloureuses, énumérées précédemment. Elle a des accès de tremblement des lèvres et des membres, sans éprouver, d'ailleurs, de sensations de froid.

Quand elle marche, elle est quelquefois obhgée de courir malgré elle. Par instants, elle

pleure ; pourquoi ? Elle ne saurait le dire. — Elle ne mange presque rien (salade, fromage); eu revanche, elle boit toute sa portion de vin, une potion cordiale, du vin de quinquina, etc. — Au dynamomètre M., 50 à droite, •iO à gauche. Poids, 40 kilogr.

— L'anesthésien'a paschangé.

Hier, vers 6. heures du soir, la malade étant couchée voulut s'asseoir sur son lit. Dans le mouvement qu'elle fit, elle sentit « quelque chose » qui, du côté droit de la nuque , venait tomber dans l'œil correspondant, et, sur le champ, elle se plaignit de ne plus voir clair [Amaurose hystérique) ; elle s'imaginait avoir une longue paille dans l'œil droit et éprouvait la plus grande difficulté à ouvrir les paupières qui, elles, n'offraient rien de particulier. Elle avait la perception d'un brouillard épais.

L'œil gauche était sain. M... a demandé qu'on lui mît un bandeau sur les yeux parce que la pression la soulageait.

Elle a bien dormi. Ce matin, quand on a voulu écarter les paupières pour examiner l'œil, elle accusa une vive douleur; elle croyait qu'on enfonçait les cils dans l'œil. — Actuellement, les deux yeux sont

pris; le toucher est indolord; les paupières sont animées de mouvements rapides ; la lumière fatigue la malade qui a encore la sensation d'un brouillard épais, semé de flammes, surtout de flammes vertes. Les globes oculaires, affectés de nystagmus, sont déviés en haut. M... se plaint de douleurs sus-orbitaires des deux côtés et au même degré, de contorsions dans les muscles de la face, de tractions sur la bouche, etc.

30 mars.—MèmQ état de l'œil droit ; même brouillard verdâtre. A gauche, distinction confuse de l'ombre des personnes.

31 mars. — Hier, M... s'est endormie vers 2 heures ; en se réveillant, à 4 heures, la vision était revenue. Aujourd'hui, M. .. est capable de lire, mais bientôt les lettres deviennent troubles. Elle a continuellement devant les yeux des étincelles ou des flammes verdàtres. Elle reconnaît le bleu, le vert, le rouge, le jaune foncés; le rose, le bleu tendre ou le violet clair lui paraissent blancs.

I""" avril. — Apparition, il y a quelques instants, de taches rouges, irrégulières, sur la face, le cou et les bras. Ces

taches disparaissent par la pression et sont le siège de démangeaisons {urticaire).

Elles se sont effacées promptement. M. . . prend 6 grammes de chloral et a, chaque jour, deux injections de morphine et deux d'eau simple.

Si 3 avril. — La malade a pris son chloral à 2 heures de l'al)rès-midi; en se réveillant, elle a ressenti une seconde fois la sensation d"une paille qui s'enfoncerait dans l'œil droit et la vue a été abolie, de ce côté, jusqu'à ce matin.

4 avril.-— De 6à8 heures du soir, cécité de l'œil gauche ; vision colorée. Durant la cécité, douleui's dans la moitié correspondante du front et de la tète., .

o avril. — Cécité incomplète .pendant une heure, survenue au réveil.

26 juillet. — Depuis une huitaine de jours, douleurs vagues, tortillements dans le ventre, sensation de rétraction des muscles « comme si on les tirait avec des iicelles. »

La houche se tourne ; l'œil .gauche saute de temps en temps : Tous ces phénomènes prédominent dans la moitié gauche du corps. Quelquefois M. . . a des faiblesses, est sur le point de se trouver mal.

Hier soir, T. R. 38°,7. Ce matin, T. R. 38°,2. — Soir. T. 'r.

37°,3. 3 aoi a 3up

27 juillet. rr^Ti ;R. 37^,4. Le?

phénomènes douloureux persistent. Hier soir, on a observé des tortillements, puis un tremblement du membre inférieur gauche, suivi d'une contracture., dans la demiflexion, qui s'est dissipée au bout d'un quart d'heure ; enfin, des contractions, également passagères, dans la face (grimaces) et dans les mains.

M... dit qu'elle avait des fils électriques qui la tiraient de tous côtés. L'insensibilité s'arrête, à droite, à une ligue horizontale passant par le mamelon. — Soir. ï. R. 380.

28 juillet. — Hier, de 3 à 5 heures, contracture des membres inférieurs (forme paraplégique). T. R. 38-^. Elixir polybromuré, 4 cuillerées. — Soir.

29 juillet. — Insomnie absolue durant les trois dernières nuits. M... a des hallucinations de la vue. Elle voit Thé- XHise^L. . .^('I,);<iui l'appelle, lui

-mi brijiq 3l.!3

'^5 (îlTlï^S^gît'jâë la malade dont nous avons relaté l'histoire (pages 1- 13) et C[ui est morte le 20 juillet

1876. 9jg'jij.^uT0ida ai» .

fiîôntrè un cercueil, fine Banmère, lui fait signe de venir, que c'est à son tour de mourir ; elle voit encore des ombres blanches, des liiilliers de bêtes, particulièrement de grosses araignées. La sensibilité a reparu, mais d'une manière incomplète, à la face, au thorax et au bras du côté droit : toute cette moitié du corps reste analgésique. Matin et soir : T. R. 37°, 4.

30 juillet. — Six cuillerées d'élixir. T. R. 37°,2.— So2>. T.

31 juillet — Le sommeil est mauvais, fréquemment interrompu. T. R. 37", 4. Démangeaisons généralisées. Amélioration notable. M. . . est levée, se promène, est gaie.

Ellen'a paseu d'attaques téro-épilepiiqîces durant toute la période douloureuse qui précède. — Soi?-. T. R. 37o,7.

M septembre. — L'état général est plus satisfaisant. Le sommeil est meilleur. M... travaille à l'atelier. Bile n'a pas eu d'attaques k^stéro-e'pileptiques depuis le mois de mars. Il y a bientôt un an qu'elle n'a eu ses règles. Elle prend toujours 6 cuillerées d'élixir et on lui fait, quotidiennement, quatre injections sous-cutanées de chlorhydrate de mor-

phine au 50"^. A partir d'aujourd'hui, on change la solution (eau 60 gr.; chlorhydrate de morphine, 0 gr. 50). Ce matin, M... se plaint de douleurs (c atroces » dans le côté droit de la tête et dans l'œil correspondant qu'elle ne peut décoiivrir. De ce côté, elle voit des étincelles et des lumières rouges. Ces accidents n'ont pas &u de suite. - ■ - - - ■ V'ifAl rtoitBsnsg ef sio't

" \ ^ février.— A la fin de l'année (1876), les attaques, qui avaient repris leur ancien type (Pl. XXVI et XX'VII),ont subi de nouvelles modifications. Nous assistons à une série de ces attaques: 1° La période tonique ou épileptoïde n'a pas changé. Entre elle et la seconde période. M... regarde en face, puis incline la tète à droite, regarde à gauche, exécute quelques légers mouvements auxquels succède, 2° la période clonique :

elle fléchit et laisse retomber brusquement la tête et le tronc à huit ou dix reprises, comme auparavant. Alors, elle s'assied et la période des hallucinations commence : c'est sur elle que portent les modifications.

Le bras gauche est fléchi, la main appliquée sur l'épaule ;

le bras droit est demi fléchi, la main en avant de la poitrine. M.. . est attentive, aperçoit quelqu'un; de la tète, elle lui fait signe de venir, ouvre les bras, les rapproche comme si elle étreignait l'être imaginaire. La physionomie exprime d'abord le mécontentement, la déception, puis, par un brusque changement, le bonheur. On observe, à ce moment, des mouvements du ventre: les jambes s'infléchissent, M. . . retombe sur son lit et exécute de nouveau des mouvements cloniques.

D'un mouvement rapide, elle porte le corps sur le côté droit du lit, la tête repose sur l'oreiller; la face se congestionne, le corps roule en partie sur lui-même, la joue droite s'applique contre l'oreiller, la face se dirige vers la droite du lit, la malade présente les fesses, qui sont élevées, les membres inférieurs étant fléchis. Au bout de quelques instants, tout en conservant sa position lubrique (Pl. XXXVI), M. .. fait des mouvements de bassin.

Elle se redresse ensuite et a ses grands mouvements cloniques. Enfin, elle grimace, pleure, parait vivement contrariée. -..-iJi ji&7 tiij , jùJfiw.. i'

Elle s'asseoit encore, regarde à gauche, fait signe de la tête et de la main droite. Elle as-?

siste à des scènes variées* semble éprouver tour à tour des sensations agréables ou pénibles, si l'on en juge par le jeu de sa physionomie. Tout à coup, elle replace le corps sur le milieu du lit, le soulève un peu et, avec la main droite, exécute les gestes du meâ culpâ, suivis de contorsions, de grimaces. Puis, elle pousse des cris aigus : « Oh !

là ! là ! » sourit, regarde avec un air lubrique, s'assied, semble voir Ernest et dit : «Mais viens donc ! viens donc ! »

Agitation: M... se débat, jette les jambes de tous côtés, essaie de défaire les manches de sa camisole avec les dentS; — Repos de 3 ou 4 minutes. "

M. . . s'assied à demi vers le^ bord gauche du lit, le corps' étant incliné vers la droite, la face, immobile, ayant la même direction; les yeux sont fixes;, la bouche est légèrement entr'ouverte (Pl. XXXVII. — Le bras droit est un peu écarté du tronc; l'avant-bras, fléchi,»

vient toucher le menton; Té coude est enfoncé dans Yo-r, i-eiller. Le bras gauche a la même attitude. En raison de la position des deux membres

supérieurs, la malade exerce une violente traction sur les manches de la camisole (1). — Les cuisses soiit fortement fléchies sur le bassin et les genoux remontent jusqu'à Tavant-bras droit; les jambes sont si fléchies que les talons touchent les fesses. (Planche XXXVII.)

: Surviennent ensuite des grimaces, une nouvelle attitude, des tortillements, enfin la position décrite plus haut et figurée dans la Pl. XXXVI.

A ceci succède un moment de réflexion : les paupières sont demi-closes et M... a un air béat. Bientôt se produi-

(l) Lorsque les malades sentent venir leurs attaques, elles se couchent et demandent la camisole.

Celle-ci, on le sait, est faite en toile solide, se l'erme dans le dos et est pourvue de liens qui maintiennent:

1° les épaules (et vont se fixer à la tête du lit) ; 2" les bras, la poitrine (et vont s'attacher aux pieds du lit). De plus, le tronc est maintenu par des bandes transversales, attachées aux parties latérales du lit, et les pieds par des liens fixés aux barreaux voisins du lit. Malgré la solidité de cet apiiareil, les malades le déchirent souvent. D'ailleurs, la présence de deux infirmières est, en général, nécessaire pour surveiller les malades, afin qu'elles ne se blessent pas.

sent des mouvements rapides du bassin, des tortillements, et M... reprend l'attitude indiquée dans la Pl. XXXVII.

Elle en sort en appelai t«papa! »

reste quelques secondes tranquille, se couche sur le dos, se roidit, pousse des : Oh ! là là ! porte brutalement, sur le bord gauche du lit, le corps qui est en quelque sorte ramassé sur lui-môme. Les bras et les jambes sont entre-croisés ; la physionomie est ingrate, rechignante (Pl.- XXXVIII).

Après avoir accompli quelques mouvements rapides, M... allonge les jambes et demeure tranquille pendant une minute environ. Ensuite, elle s'asseoit, sourit, envoie des baisers, revient peu à peu à elle, s'aperçoit qu'elle est dans la cour, où nous l'avons fait transporter pour photographier ses attitudes, reconnaît les assistants, dit, d'un ton brusque : « C'est fini ! »

Les attaques ont comn^encé à 8 h. 43 et-cessê4 Mili44Suc j

Dans ces attaques, les scènes qui se succèdent se rapportent à des hallucinations gaies ou sombres. Voici ce que raconte la malade à ce sujet :

Tantôt, elle voit une de ces

compagnes, S..., paralysée, qui la touche de son bras pour Im transmettre sa paralysie , ou des cadavres, ou une autre malade, Danj..., qui est pendue : de là, les expressions douloureuses de la physionomie ; — tantôt, elle voit « Ernest )) auquel elle prodigue ses caresses; do là, les; expressions voluptueuses^*;^

Dans d'autres attaques, du même genre, les scènes diffèrent : M... s'imagine voir, d'un côté, une grande place, de l'autre, une pelouse ; sur la place, il y a une négresse, nue, dont les yeux ressemblent à des lumières ardentes et qui lutte contre quatre hommes qui veulent lavioler; (îomme elle résiste, les hommes la scalpent, le sang coule en abondance; M... crie..., les hommes s'emparent d'elle et l'attachent à un poteau (ce serait pour cela que, parfois, elle tire de toutes ses forces sur sa camisole); — sur la pelouse, parsemée de bosquets, se promènent des femmes et des hommes jeunes, peu vêtus, qui s'amusent, chantent, rient, jouent, fument, boivent, etc., etc. Elle est parmi eUx, embrasse Ernest... qui, quelquefois, la quitte pour aller avec d'autres

femmes... Elle prétend que, après ces attaques, elle est fatiguée comme si elle avait eù des rapprochements réels.

' îtegre '^''géà^aië', ^■^qùelqti'é soit la forme des attaques, dont elle sort sans aucun des phénomènes qui compliquent les attaques d'épilepsie, M....

est incertaine, égarée; pendant quelques minutes, elle obéit, se lève, s'habille machinalement. La Planche XXXIX représente la malade à l'issue d'une série d'attaques. Cette photographie a été prise dans le courant de mai, époque où la malade avait la manie de ramasser des oiseaux qu'elle enfermait dans son panier. Son premier soin, une fois remise, était de reprendre son panier pour s'assurer que ses oiseB(^ux y étaient çn core. ; ' --^■'^ ■^^

20 mars (10 h. 35). — M...

est sous l'influence des inhalations d'éther. Elle est assise par terre, auprès d'un lit, dans une espèce d'état cataleptique.

La figure est immobile; M...

a le bras gauche accolé au tronc, l'avant-bras fléchi, l'un des doigts allongé; on dirait que, dans son absorption extatique, elle fait signe de ne pas la déranger. Invitée à se le-

ver, elle répond, d'un ton sec, quelle est incapable de bouger. Bientôt elle se plaint :

« Il en fiche trop peu! » ce qui signifie qu^on ne lui donne pas assez d'éther. On imbibe de nouveau la compresse qu'elle fourre sous son nez, ramasse son jupon et son tablier par-dessus la compresse, afin que l'étlier s'évapore plus lentement. Elle respire vite; secoue de temps en temps la tète ; les paupières sont closes; la figure est grimaçante. Quelquefois, M... écarte un peu la compresse et parle : « Je le vois bien... Ça fait du bien...

Se t'aime bien... Ce n'est pas ma faute, je te le jure... (Allusion sans doute au vaginisme qui rend le contact parfait impossible}... Il ne faut, rien dire. » . . „

10 b. 45. M... ouvre îës yeux, respiré deux ou trois fois profondément, pleure et dit: « C'est embêtant... (frappe sur sa poitrine)... Ça se passe en pleurant... (Regarde dans le coin du lit, sanglotte)... Ça ne me fait pas de mal... (Embrasse le drap)... Ça me ferait du bien, si j'avais de l'éther. »

{Embrasse sa compresse, la sent, la tripotte, etc., et continue de causer à voix basse')..

10 h. 48. |^,j^^aj|'fUtre^

dre connaissance et réclame de l'éther. « Çà me fait drôle dans les jambes... Gà me fait bien à moi... là,... au cœur. ..Ce petit était si drôle!.. (Elle embrasse le pied du lit, pleure).

Qh ! mon Dieu ! si j'avais encore de l'éther... Il me mettra bien de l'or (allusion aux expériences de métalloscopie)...

mais il ne me mettra pas de l'éther... C'est des bêtes sauvages (ceux qui ne veulent pas lui donner d'éther)...

Je sens encore dans le ventre ce que je sentais dans le temps... Il ne faut pas qu'on me voie. » (Elle se blottit dans la ruelle que sépare deux lits voisins. Elle fait des grimaces, sourit, fait signe, se couche tout de son long, écarte les bras, agite les doigts, remue les jambes, se couche sur le côté droit, se rasseoit, regarde à gauche, semble heureuse, rapproche les mains.) « Oui, ça fait du bien!... Oh! oh!

mon petit chéri !... Allonsnous cou.... cou.,., cher! On mange bien... On boit bien..".

On fait l'amour... -> (Elle prononce ensuite des paroles iiacompréhensibles, est accroupie, chantonne.) « Personne' ne saura ma pensée [bis],.'.

Personne ne saura ce que j'ai en dedans (5Wj^')i.Ell,e,reg;aràe

les filles de service et dit :

tt Puisqu'on a tout retiré, tout se passe maintenant... Cependant, je ne fais pas de mal... »

Elle regarde sous son lit : « Il y a des pieds sous mon lit...

des pieds d'Ernest!... Il me tenait dans ses bras... On éteignit le gaz... on faisait brûler le punch. » Alors , elle revient aux pieds du lit, pleure :

« C'est embêtant !» Elle prend ses bottines et chante ; « Des bottines ! Des bottines ! » Veut de l'éther ; se met à genoux ; regarde les personnes qui l'entourent, se lève et, montrant la table qui est au fond delà salle, elle dit d'un air d'envie ; « Voilà du vin, du vin ! — Elle cause seule :

Comme çà le soir! sautille, se frotte les mains, chante. « Eruest ne pouvait pas faire autrement qu'Estelle. » Et elle fait des confidences sur les relations qu'elle a eues avec Estelle. A ce moment, la conscience revient tout à fait, en quelque sorte subitement ; M... se rend compte des dernières paroles qu'elle vient de prononcer, pleure, disant que « tout le monde va le savoir. » Elle était debout, elle va se cacher sous un lit. Nous la retirons ; elle se laisse manier comme un automate. Elle

demeure immobile, les yeuxi dirigés eu haut et pleins de lar- mes, la figure extatique, les* mains jointes ; puis, elle se" balance lentement ; marche sur la pointe des pieds, va, embrasser une de ses compa--j gnes , reste debout, à côté d'elle, la main droite appuyée sur la poitrine; frotte ses jambes, s'appuie sur un lit,saute. Elle tombe dans des idées tristes, se plaint de douleurs dans les dents ; redcpi vient souriante. « M. Charcat', ne m'a donné qu'un petit peu d'éther aujourd'hui. » Enfin, montrant une vieille femme,,) elle dit: « Elle a eu 17 en-fants ; moi, je n'ai pas eu d'enfants .... On nei ; j)eiit pas... » „ noa oibnioj.

21 mars. — AttaquesdeS h;ào 10 heures et demie. Nous l'ob-p servons à la fin d'une inkala-n lion d'éiher (230 gr.) : Physio-v nomie souriante; petits mouvements du ventre. M... est tantôt couchée, tantôt assise.

Elle fait des signes d'appel avec les lèvres et la tête ; assiste à des scènes variées. Expression de tristesse, fait des gestes comme si elle voulait écarter un être imaginaire.^' « Oh ! oh!... Ça fait du bien,,,/ [Bis]... envoie des baisers, sef, recouche, appuie la main sur,;

les organes sexuels, tapotte, est heureuse. Bientôt la douleur se peint sur son visage, M... pleure : « Çà fait du mal!

... Des bêtes! des bêtes !... »

Elle sourit, exécute des mouvements de ventre ; puis, elle s'accroupit sur son lit, prend une des images attachées à sa pancarte (1), rit, bavarde, recouvre la conscience. T. V.

6 sept. — M... s'est enfuie de la Salpétrière en compagnie de Geneviève. (Obs. IV, p. 88.)

7 sept. — Elle vient nous trouver en ville, avec Geneviève : nous les faisons reconduire à l'hospice.

8 sept.— M. . . raconte qu'une fois libre, elle est allée rejoindre son « Ernest »; qu'ils ont passé la nuit ensemble, qu'elle est guérie, parce qu'elle a pu avoir des rapports, à diverses reprises, sans souffrir.

12 Hier, M... a eu ses

« étoutfements » de 3 heures et demie à 6 heufès, ét'dê

, , . ■) <::>!.! il"A 'Ji'lL

-SG ; 6)jél fit 53tj6î sol osvs

(l) Dans les salles où sont réunies les épileptiques et les hystériques, ou rtcounaît (acilement les lits de eelles-ci : leur pancarte est enjolivée Je ileuTs artificielles, de rubans, de fragments de miroir, d images aux couleurs voyantes, etc. J-t^Jp*-

8 à 10 heures. La nuit a été bonne. Ce matin, à 11 heures, elle a été prise d'attaques qui ont duré jusqu'à plus de 2 heures : elles ont présenté les caractères du type ancien, régulier.

Période de délire. — Elle est heureuse, se tortille légèrement: If Viens !... A la bonne heure ! » Mouvements du bassin, se tortille, se soulève, regarde à droite ; — Se recouche, se tortille plus fort, se découvre, bat ses genoux l'un contre l'autre. — Se soulève' brusquement : « Allons-y 1 »

retombe, se tortille. Repos :

figure contente : « Tu ne veux plus ?... tu es un méchant... »

Gris aigus ; se soulève, retombe, se tortille se débat, repousse les draps. Repos : physionomie heureuse : « Viens donc!... Encore!... » Mouvements du bassin. « Faut en profiter. » La sécrélion vaginale ^ioxaii peu abondante.

jT.i^V-»8o,4. ^'a^i''3^ ■ ■

i 13 5^^. ^ Poiyg 'r^i^Mlog.

lOh voit que M... a eiigraissé.' Sa figure parait bouffie.

25 sept. — M... a passé la nuit dernière, avec Geneviève, on ne sait où. Elle assure \'*y qu'elles sont allées se prome--' ner en ville et qu'elles sont'

I rentrées à l'hospice vers 4 h.'

du malin. — A la Rade septembre et dans les premiers jours d'octobre, la malade a eu, plusieursjpis, de^, ^^551,18,-5 semenls. -, -ViT

, iO octobre. — Attaques.

"15 ocl. — Attaques. Apparition des règles qui c^ss^tiit 16 dans la soirée, t -, '

49 oct. — Contractions passagères dans les membres.

21 cet— Attaques de 8 à 1 0 h.

Arrêt par la compression ovarienne gauche. Chez elle, cette opération, qui. d'ailleurs, produit les phénomènes ordinaires,est très-douloureuse. Lorsque la malade reprend connaissance, c'est en se plaignant et, souvent, en injurian t la : p,^j§9a|ip^qij j^la; g©m-)

2o oct. — Attaque de ioriilr tements pendant ^ne heiire.j

li'y ocl. — E t (j u ffe nien.ts.d,'y,ii^, heure u Li heures. ,

28 oct. — Tortillements, contractions durant deux heures.

5 novembre. — Etouflèmenls de y u y heures.

1 1 nov. — Inhalation d'éther.

Dès qu'elle a sa compresse imbibée, elle va s'asseoir à l'écart, ramasse son tablier par-dessus la compresse pouf que l'évaporation soit j)lus lertte. Ses yeux sbnt fermés ; elle éecoue seulement la tètqj;,}

puis, elle ouvre les paupières; les yeux sont immobiles, les pupilles légèrement dilatées; j le regard est vague; M... est i dans un état d'absorption pi'ofonde, paraît jouir de la plus vive félicité. Quand, sa com- ; presse étant sèche, elle ré-- : clavne de l'éther, si on exige qu'elle réponde aux questions pour avoir encore de l'éther, elle donne des renseignements, mais comme quelqu'un qui est contraint, qui confesse ce qu'il voudrait cacher : Elle i voit des hommes, s'abandonne à eux, perçoit leurs baisers, sent leur contact, etc.

Tantôt, et le plus ordinaire-, ment, c'est Ernest, tantôt M.

i X..., tantôt un autre. lîlle pré- ' tend qu'on raren\ ersée, cou-, chée, avant de l'embrasser,:, « J'ai bien senti... C'est par-, 1' faitement sûr, « Elle fait ses., ! confidences à voix basse, avec 1^ une expression cynique, essa^'ant, parfois, d'emfcragç'fi-; son interlocuteur,;,;,.,;, f nw-^v^ Ether:vuit Ernest; exécute de légers mouvements du basv sin : « Faut pas que je ba^ varde, dit-elle, je ne ijourrais, plus m'arrèter. Ce qui indique qu'elle sent qiie,' sous l'influence de l'éther, elle se^ j laisse aller , â des discours ;

lende. Elle allonge et fléchit les jambes, écarte les genoux, balance lentement le tronc. Sa physionomie exprime un certain degré d'égarement, d'abrutissement. Elle est en proie à une demi-ivresse, assez prononcée pour l'exciter, assez légère pour lui permettre de reconnaîtreleshommes qui l'environnent, qu'elle tutoie sans distinction, cherchant à les attirer vers elle, embrassant leurs mains, leurs habits. Elle comprend qu'elle est impuissante à résistera la volonté de ceux qui la font causer et c'est pour cela qu'elle s'isole autant que possible.

Si l'on soulève le bras gauche, qui est libre, l'autre tenant la compresse, il conserve la position qu'on lui a imposée (état semi-cataleptique).

Les bruiis subits semblent impressionner vivement la malade. Ainsi, un chat, qu'on avait blessé par mégarde, ayant poussé xin cri aigu , M... a bondi, juré et dit: Ga...

chat. Elle a, de temps en temps, de l'embarras de la parole ; par instants, la bouche est entr'ouverte, la langue s'allonge entre les dents, la salive, qui parait augmentée, s'écoule au dehors.

Nouvelle dose d'éther.Bientôt, M... bavarde à voix basse, regarde de côté et d'autre, se-' coue la tête et le ventre, sourit : « Ernest ! . . . Viens donc ! »

Peu après, elle se lève, vient nous retrouver pour avoir de l'éther. La physionomie exprime l'égarement ; M... s'avance en titubant, automatiquement, demande de l'éther sur un ton impérieux : « On n'a pas dit tout à l'heure que c'était la dernière fois... Il faut qu'on le dise. »

On lui donne un peu d'éther. Les mêmes phénomènes se reproduisent. De plus, elle a une trépidation du membre inférieur droit. Quand elle a eu fini, elle s'est mise à chanter une romance à haute voix.

Un autre jour, nous l'avons observée à la fin d'une inhalation de 125 grammes d'éther. Elle nous a déclaré que, lorsqu'elle revenait à elle elle épouvait de violents besoins génésiques (1); elle déclare « voir bien des choses »

qu'elle dépeindrait sur le moment, mais dont le souvenir

(l) Les sensations de cet ordre se perpétuent tant qu'il y a des hommes dans la salle.

lui échappe en partie. Elle a les jambes lourdes, ce qui rend la marche difficile. La face aune coloration jaunâtre; les traits sont altérés. Après réther, M... a la tète pesante, boit beaucoup d'eau, saute malgré elle; il y a quelque temps, elle a fait un bond de son lit et elle est tombée par terre. Enfin, elle a des cmmpes, mais elles seraient moins douloureuses que celles qui apparaissent spontanément.

4 1 novembre. — Etouffements et contractions d'une heure à 4 heures. Apparition des règles qui cessent le 13. ^s>^:^

14 iiov.— Attaques ; nitrite d'amyle. Ce médicament, sauf une fois (page 126), a toujours mis fin à la série d'attaques.

2'i nov. — Contractures passagères dans les mains et dans la langue : c'est ce qu'on désigne d'habitude sous le nom de contractions.

24 nov. — Tortillementbde 5 h. à 8 heures du soir.

26 «0».— Hier matin, palpitations cardiaques très-pénibles, puis tremblement de la jambe droite; parfois, le tremblement envahit le bras droit et. plus rarement, le bras et la jambe gauches. Le tremblement prédomine, en, général, du côté droit. Dans la jour-

née, M... a été prise d'attaques, auxquelles ont succédé des crampes dans les doigts (demi-flexion) et dans la langue. « Il me semble, dit M..., que ma langue se rétrécit, se met en tampon et se colle contre la mâchoire inférieure . « Elle a aussi des crampes dans les paupières qui, si elles sont alors ouvertes, ne peuvent se fermer. Anesthésie générale.

%%nov. — M... et Geneviève ont disparu du service pendant une partie de la soirée.

Elles ne sont revenues qu'à 1 0 heures, et paraissent avoir sauté par dessus la clôture des jardins, si l'on en juge par l'état de leurs vêtements.

Métalloscopie. — Les expériences métalloscopiques ont été commencées vers le mois de septembre 1876. Le 4 novembre, la Commission nommée par la Société de Hologie (1) pour étudier ces phénomènes, constatait que l'application de bracelets d'or monnayé sur l'avant-bras et la jambe du côté gauche (anesthésié), pendant 13 minutes,

(1) Cette commissioQ était composée de MM. Cbarcot, Luys el Dumontpallier, rapporteur.

produisait les modifications suivantes : « Les régions sur lesquelles l'or avait été appliqué étaient devenues sensibles à la piqûre superficielle et profonde, le sang coulait des piqûres, etau-dessus et au-dessous des zones redevenues sensibles, il existait de la dysestbésie, c'est-à-dire qu'au contact d'une compresse trempée dans de l'eau bouillante, la malade accusait une sensation de froid intense, tandis que sur les mêmes parties l'application d'un morceau de glace produisait la sensation d'une brûlure (4). « On voit, par cette citation, que M... est une hystériqute ^ sensibilité

Métallothérapie. — 'fl jîlln:

0 gr. 02 de chlorure d'or et de sodiim. — \1 jui7i : 0 gr. 03. — 1 9 juin : Retour partiel de la sensibilité. — 2\ juin: Retour presque complet de la sensibilité. — tijuin : Sensibilité

(l) Rapport sur la métalloscopie du docteur Burq^ p. 5.

"c;îjflr>/Ofic)«fi'g àJôanb admet si

revenue partout, sauf sur le dos du poignet gauche (analgésie). — 2 juillet : 0 gr. Oo.— juillet : Suspension. — '18 jîiillet : 0 gr. 03. — 17-21 août: Suspension. — 22 milt:

G gr. 03. jiod La potion au chlorure d'oï et de sodium a été suspendue complètement du 3 au 12 septembre et reprise sans régularité du 13 septembre au 29 octobre. A partir de cë jour, la malade prend son médicament au moment de la visite. Le tableau suivant indique les changements observés quant à la fo7xe dynamométriq'ueiD.) et quant à la sensibilité (anesthésie, analgésie, etc.), durant la période comprise entre le 29 octobre et le 't'^'" décembre. Le point le plus important qui ressort de ce tableau, c'est le prompt retmir de la sensibilité (l).

(l) Les expérimentations thérapeutiques entreprises à la Salpétrière, dans le service de M. Charcot, n'ont pas encore été prolongées assez longtemps pour qu'on puisse se for-[ mer une opinion définitive. ■

-mù'îi ai ,c:roVii)(f \auo'ib tmuù'i iioib asid al Hdmao InsoiaM fil is sflid el (Jnoraaiij'i sulq Je -aldmo'd oJ .zsdouË-g sdmej; jBièaàg XI9 fSnimobàiq iaem

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Octobre 29 ij

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