OBSERVATION III
De même que chez la malade dont nous venons do raconter la longue histoire, celle qui est l'objet de cette nouvelle observation a été atteinte d'hystérie avant l'apparition des règles. Dès l'âge de 9 ans, elle était sujette à des attaques syncopales auxquelles se sont substituées, à 10 ans, sous l'influence d'émotions morales vives, de véritables attaques convulsives qui, chose curieuse, au lieu de prendre une plus grande intensité au moment de l'apparition des règles, ont, au contraire, disparu pendant plusieurs années.
Sommaire. — AiMcédenls. — ■ Cauchemars. — Torticolis. — Frayeur. — • Attajues syncopales. — D^but des grandes attaques {16 ans). — Mastodynie, — Etat de mal hyst^ro-ifpikptiqiie. — Hémianesthésie droite. — Régions ou points hystérogènes : rac/iiali/ie, hyperosthésie ovarienne et latéro-niammaire droites. — Hématémèse. — Contractures.
Description des attaques : périodes, variétés, attitude du crucifiement., extases.
— Contracture de la jambe droite. — Hallucinations de la vue et de l'ouïe.
— Hoquet. — Folie. — Hypnotisme. — Agitation. — Tentative de suicide.
B..., A.., est venue à la Salpêtrière,le2 mai 1878, comme fille de service. Prise, quel-
ques jours plus tard, d'attaques hystériques, elle est placée dans la section des épi-
lepliques et hystériques, réputées non aliénées (service de M. Charcot).
Renseignements fournis par sa tante. — Père mort il y a une douzaine d'années (suicide par pendaison) . Il buvait beaucoup, surtout de l'absinthe; il était intelligent; mais, en raison de ses habitudes d'ivrognerie, on ne pouvai t pas le garder longtemps dans les maisons où il travaillait; il a été garde d'un parc, 2 fois sergent de ville, employé, etc.
On ne peut donner de renseignements sur sa famille.
j1[/è/-e,brunisseuse, vivante, bonne santé habituelle ; pas d'attaques de nerfs, ni de migraine, mais colérique. Après la mort de son mari, elle s'est mise avec un homme adonné à l'ivrognerie, de telle sorte que le ménage était misérable ; le malin, en partant pour son travail, elle laissait sa fille à la maison, lui confiant un autre enfant plus jeune, avec lequel A., se promenait de côté et d'autre. La néglig3nce de cette femme pour ses enfants détermina la tante, qui nous renseigne, à demander au commissaire de police de lui confier sa nièce. [Mère, morte aslhmalique à 68 ans.
— Père mort aux Invalides, à 70 ans, on ne sait de quelle maladie. — 5 frères :
un mort, étant soldat, les autres vivants. — L'aîné a un garçon et une fille, sujets à des crities nerveuses, qu'on qualifie do suffocations ; la fille se débattrait beaucoup; le second frère a 3 enfants bien portants: lesdeuxautresn'ont pas d'enfants. — Un cousin germain parait avoir des accès à'épilepsie : il tombe subitement.]
Pas de consanguinité, mais le grand-père et la grand'mère maternels d'A... étaient cousins germains.
Sept ou huit enfants, tous morts, on ignore de quelle afleclion — A... aété élevéeau sein par sa mère. Durant son enfance, elle a toujours été délicate : gourmes, ophthalmies, teigne. Elle était colérique, impressionnable, avait des cauchemars fréquents, se réveillait en sursaut, criait :
il fallait que sa mère se levât pour la rassurer. Souvent,elle se trouvait mal pendant 3 ou 4 minutes [attaques syncopales\ Entin.elle a eu fréquemment des torticolis.
Pendant la guerre. A...
demeurait à Ménilmontant.
Elle a eu, à diverses repri-
ses, de grandes frayeurs, accompagnées de suffocations et même de perte de connaissance : \° incendie dans sa maison; 2° vue d'une enfant de son âge carbonisée ; 3° vue d'une femme dont la tête avait été emportée par un obus; 4° fuite de sa maison sous les balles, en se couchant par terre, pour éviter le danger.
La première attaque convulsive a éclaté le jour de l'incendie; elle a été suivie de deux autres attaques. A dater de là (11 ans), jusqu'à 13 ans environ, X... a eu de temps en temps de nouvelles attaques.
A partir de l'époque de la mort de son père (1869) jusqu'en 1872, A... était, comme nous l'avons dit, en quelque sorte abandonnée à elle-même pendant le jour; elle vaguait avec les autres enfants du voisinage, était mal soignée, nourrie irrégulièrement et ne fréquentait que très-peu l'école ; aussi, à 13 ans, ne savait-elle qu'imparfaitement lire et écrire.
A... a été réglée assez facilement vers 12 ans et demi ; depuis lors, les règles ont été irrégulières, venant tous les 13 jours, ou retardant; elles sont peu abondantes, durent
environ 3 ou 4 jours, et sont suivies de pertes blanches abondantes.
De 13 à 15 ans, santé assez bonne, sauf des crampes d'estomac, de petites suffocations, jamais de syncopes, ni d'attaques. D'un caractère doux et assez affectueuse. A... ne recherchait pas les hommes; son oncle la surveillait; pas d'onanisme, langage et tenue convenables. Sa tante, tout en signalant les qualités de sa nièce, déclare quelle est « en- » têlée. '> Parfois, ou remarquait des périodes pendant lesquelles A... était lourde, indolente; elle nous a déclaré elle-même qu'à cette époque elle serait bien restée toute une journée sans bouger.
Le jour, A... travaillaitdans une fabrique de soie, rue d'Enfer, et le soir, elle allait à l'école. Son patron était content d'elle. — Un jour du mois d'avril (?) 1873, une machine de la fabrique éclata auprès d'elle. Bien que personne no fut blessé, A..., qui avait ses règles, fut très-effrayée ; elle fut prise d'un fou rire, et au bout de quelques minutes, Ôl attaques hystéro-épilepliques (1). Peu après, survint, sans
\\) Le sommeil, qui avait été assez
cause appréciable , une douleur dans le sein droit. A...
est conduite à la consultation de riiôpilal Cocliin. L'émotion produite par l'examen, détermine des attaques, que la tante considère comme les premières. Les attaques reviennent les jours suivants et, vers le '6" ou le 6", le sein droit, qui était resté douloureux, devient énorme: en quelques heures, il triple de volume. En même temps, la douleur s'exaspère et arrache des cris épouvantables à la malade, qui voulait se déchirer le sein. Le sein était tendu, luisant, mais il n'était ni chaud ni rouge.
Le lendemain, la douleur et le gonflement diminuèrent; tout se dissipa en huit jours.
Ces accidents n'ont jamais reparu .
Les attaques , en général très-courtes, continuant tous les jours, se succédant parfois sans intervalle, s'accompagnant d'agitation, de cris, on dut, au bout d'environ six semaines, la faire entrer à
Lon eu 1873 et 1874, était redevenu mauvais. A... avait des impatiences, (les envies de se sauver, etc., en un mot, le terrain était préparé pour le rt-tour des anciennes attaques.
I l'asile Sainte-Anne (18 juin 1875). Là, elle aurait eu de temps à autre des attaques, séparées par des rémissions de 2, 3 mois ou même davantage. Après une série, la malade assure avoir eu une contracture de la jambe droite, puis et successivement du bras correspondant, des muscles du pharynx, enfin, des membres du côté gauche.
Suivant elle, on aurait été obligé de l'alimenter à l'aide de la soude œsophagienne pendant trois jours. La contracture aurait duré une semaine.
A sa sortie de Sainte-Anne, A... a été envoyée par les religieuses de l'asile dans une maison de convalescence, afin qu'on lui procurât une place; mais, quand on sut qu'elle était sujette à des attaques, on lui conseilla d'entrer, en qualité de fille de service, à la Salpètrière.
Etat actuel (juin 1878). — A... est de taille assez élevée; son teint est pâle, la peau blanche; ses cheveux, assez abondants, sont châtains. Elle paraît avoir un tempérament lymphatico-nerveux. La physionomie est assez douce (Pl.
XXXI). Les allures sont un peu nonchalantes. Comme toutes les hystériques, elle
aime qu'on s'occupe d'elle.
Eémianesthésie complète du côlé droit (peau, muqueuses, sens).
Hyperesthésie ovarienne double, peu prononcée à gauche, très-accusée à droite. — RacJiialgie au niveau des apophyses épineuses de la 7« vertèbre cervicale et des deux premières vertèbres dorsales; la pression sur les gouttières vertébrales n'est pas douloureuse. — Hyperesthésie laléromammaire à droite. Lorsqu'on exerce une pression sur les régions hyperesthésiées, on provoque une attaque. Si la pression est prolongée et trèsforte, on arrête d'ordinaire les attaques; cela est vrai, surtout pour la compression de l'ovaire.
Clou hystérique : hyperesthésie du cuir chevelu au niveau du vertex, dans une largeur d'un à deux centimètres et une longueur de trois centimètres; la pression est toujours douloureuse ; la douleur spontanée est intermittente; elle est surtout accusée avant les attaques. Les cheveux sont rares dans la région hyperesthésiée (1).
(l) C'est dans l'iiilervalle des al-
La respiration, la circulation s'accomplissent assez bien.
A... n'est sujette à des palpitations cardiaques qu'avant ses attaques. Les fonctions digestives sont irrégulières :
appétit capricieux, préférence pour les mets acidulés, gonflement de l'estomac (1) ; les garde-robes sont presque quotidiennes.
Le sommeil est en général mauvais, lent à venir. Elle a des cauchemars, se réveille en sursaut. Elle prétend que des hommes, portant des lanternes,viennent auprès de son lit, l'appellent et lui demandent une place à côté d'elle:
elle refuse, lutte. Ce n'est que par exception que la visite lui plairait. (D'après sa tante, la malade aurait toujours été sage; on ne lui aurait jamais connu de liaison, même platonique). Les visiteurs changent; souvent, ce seraient des hommes qu'elle voit dans son état de veille.
taquesqui constituent les séries, que le clou liystérique et la rachialgie sont le plus douloureux.
(l) A... a souffert naguère de crampes d'estomac ; — à Ste-Aune, elle aurait eu des vomissements de bile et même de saiij (un verre).
On ne peut la faire préciser davantage. Ces visites la fatiguent beaucoup et, au réveil, elle est courbaturée , a les traits tirés.
Une nuit, elle aperçoit un interne, qu'elle a vu quelques jours auparavant, qui veut lui faire peur; elle voit sa tête, ses cheveux, qui sont rouges; il la fixe, et s'il parle, c'est pour la contrarier.
Attaques (1). — Aura. A...
éprouve des douleurs plus vives que d'habitude dans les régions ovariennes, particulièrement la droite; elle sent une boule qui monte à l'épigastre et détermine une sensation de serrement ; puis, elle a des palpitations cardiaques, de l'oppression, une constriclion à la partie inférieure du cou (2), de la céphalalgie avec battements dans les tempes et sifflements dans les oreilles, des tiraillements dans les yeux ; ces derniers
(1) Celle rédaction esl faile d'après les notes qui nous ont été communiquées par M. P. Richer et d'après les notes recueillies par nous.
(2) La compression laryngo-traflu^ale arrête les attaques.
pliéaomènes sout beaucoup plus intenses a droite qu'a gauche; enfin, elle dit avoir des hallucinations de la vue :
elle voit des hommes vêtus à l'ordinaire, qui s'avancent directement vers elle, la regardent fixement et l'effraient.
Pas de visions d'animaux.
Bientôt, elle suffoque et perd connaissance.
1 0 Période épileptoïde. — a) Phase tonique: Immobilité, la respiration qui était précipitée au moment des hallucinations effrayantes, se suspend ; le regard est fixe, les yeux se portent en haut, les paupières se ferment, la face se convulsé et se congestionne ; les membres supérieurs se contracturent dans l'extension et quelquefois, en même temps, dans l'adduction; les mains sont fléchies et dans la pronation (Pl. XXXII); les membres inférieurs sont rigides et rapprochés, les pieds en varus équin. Dès le début, il sort de la bouche une salive mousseuse (1).
Dans quelques attaques, les paupières sont ouvertes, et la convulsion de la face produit
(1 ) Voir la note de la page Il-S.
line espèce de rictus. (Pl.