nov. — La chorée vul
gaire persiste, elle est même plus accusée qu'elle ne l'était le 15 et le 16 novembre.
19 nov. — Hier, de huit heures du soir à minuit, 24 attaques. De minuit à huit heures, ce matin, rien. Depuis lors jusqu'à une heure de l'après-midi, 25 attaques :
les mouvements qui caractérisent la chorée vulgaire ont complètement cessé.
22 nov. — Sauf un peu d'excitation hier dans l'aprèsmidi, X... a été calme. Aujourd'hui de huit à dix heures, elle a eu cinq attaques épileptiformes, c'est-à-dirî ne comprenant que la période épileptoïde. Elle ne conserve plus, à onze heures, qu'un peu de fatigue.
24 nov. — X... a repris ses douches. La sensibilité est revenue à gauche.
I^'" décembre. — Nouvelles d.liaqu.&s.'Ld. période des grands mouvements est annoncée par les particularités suivantes :
X... ouvre largement la bouche, allonge la langue et pousse un cri rauque. — Surviennent alors les grands mouvements, au nombre de 7 ou 8. — Repos : physionomie immobile, puis mâchonnement, sueurs abondantes., enfin délire d'action.
' Je ne veux pas vous sentir auprès de moi. (Air m(rontenÙ. • Si l'on savait ça !.. . Je le ferai découvrir; celui qui vous a donné la carte est doublement coupable... Un homme comme vous, uu homme de 40 ans... Qu'entendez-vons à la médecine. . . Vous ne me verrez pas au cours ... Je suis décidée à le dire. . .Voilà deux dimanches. (Expression de colère , agitation) . . .
Pourquoi je me cachais la figure au cours ? . . C'est à cause de vous . . . J'en avertirai papa aussi. . . Aucune proposition de votre part. . . Si papa le savait. . . Puis, je ne veux rien dire. . . C'est maman qui est la plus coupable. . . •
2 déc. — Hier, 154 attaques de six heures du matin à sept heures du soir, X... a été conduite au cours de M. Charcot, ayant ses attaques. A deux heures, arrêt parle chloroforme; elle avait eu déjà 43 attaques. — Soir : T. R. ST^S.
6 déc. — X... avoue que M. C..., son ancien patron qui l'a violée, est venu deux fois aux cours de M. Charcot ; elle lui a parlé la seconde fois et l'a menacé de le dénoncer s'il osait revenir.
30 déc. — Depuis quinze jours, X... travaille à la lingerie de l'hospice ; elle est plus raisonnable. Hier, de cinq à huit heures du soir, uu a compté 32 attaques.
1878. 8 Janvier. — De six à huit heures du soir, 18 attaques, chloroforme. Ce médicament n'arrête pas les attaques aussi bien que le nitrite d'aniyle ; souvent, il n'y a qu'une suspension momentanée; enfin, le chloroforme détermine toujours des vomissements.
1 2 janv. — Névralgie faciale, injection sous-cutanée de morphine.
If) janv. — 38 attaques de cinq à dix heures du soir; chloroforme.
21 janv. — 36 attaques de neuf heures et demie à onze heures du matin.
En février., X... n'a pas eu d'attaques. — Le 3 mars, elle a respiré 125 gr. d'f'^A^r. Depuis ce jour, jusqu'au 'èmars, malaise, idées drôles dans la tête, nausées, etc. Hier soir, de sept à neuf heures, 17 attaques épilepti formes, suivies de 8 attaques hystéro-épileptiques. En se réveillant, ce matin, elle était, dit-elle, comme une femme ivre.
13 mars. — 15 attaques épileptiformes et 13 grandes attaques.
14 mars. — En une heure, 12 attaques épileptiformes et 6 attaques hystéro-épileptiques.
25 mars. — En huit, heures, io attaques ; chloroforme.
2B mars. — Insomnie. X...
a été prise, à sept heures, d'un STpasme du diaphragme, accompagné de hoquet et de secousses des bras et des épaules : chloroforme, disparition de ces accidents.
mars. — X... est remise de ses secousses et de son hoquet. Elle continue ses douches et prend 4 dragées de ter de Rabuteau.
2 a^rll — Inhalations dVther. Bientôt elle se met à parler.
• Je n'ai pas le temps [bis] . . .
Mailame est là {ter) ... Je te dis que Monsieur e>t sorti pour faire une carte. . . • (Elle regarde en l'air : IfS pupilles sont un peu dilatées; elle soupiie, pleure). • Je te dis que M. C . . . est parti. . . Si, lui qui veut de moi, savait cela, alors ça n'irait pas. . . Je te dis que Monsieur est parti (ter) . . . Elle regarde et paraît voir quelqu'un : « Je t'aime bien (ter).. . Il serait jaloux... Ne le dis pas à papa, à maman, surtout ; tu me ferais avoir des raisons. . . Je te dis que ce soir je ne peux pas. • (Elle s'agite, regarde, sourit\ • Je croyais que j'avais de Féther; c'est tièsfirôle ; je me trouve d'un monde dans l'autre... Je ne le peux pas...
C'est impossible. . . Et puis, non; je feriiis mal et papa me gronderait . . . Ensuite, j'ai M. G...-, après cela, je ferais bien de le dire à Madame . . .
à papa. . . mais M. C. . . m'a dit qu'il me tuerait... Ce qu'il me montrait, je ne savais pas ce que cela voulait dire. . . 11 m'écartait les jambes... Je ne savais pas que c'étaitunebêtequiallaitmemordre. . .
Je vais sortir tous les soirs, parce qu'il veut coucher avec moi... Il m'a déclaré qu'il me tuerait. . . Je vous dis que c'est lui qui veut...
11 me fait mal. . . 11 dit que plus tard (,'3 fera du bien. . . Puis, c'est un péclié... Non, je ne le peux pas pour ce soir... Je serai forcée de m'en aller de celte maison... Lui, je ne l'aime pas, mais toi, je t'aime. . .
La physionomie est souriante, exprime le bonheur. L .. . remue doucement les jambes et le bassin.
< Je serai forcée de le dire à papa . . . C'est comme ça qu'on fait les petits enfants...! Commert ! un bébé !
mais, je vais le dire à maman. . . Si M. C... venait à me faire un enfant... Et maman qui prétendait qu'elle me plaçait dans une maison de sûreté! . . . Dépêche toi, je m'en vais ... '
Les phénomènes se dissipent. L... reprend connaissance.
10 juillet. — Rachialgie occupant la région des apophyses et des gouttières des ie.70 vertèbres dorsales. — Points hyperesthésiques siégeant un peu en dehors et au-dessous des deux seins.
La rachialgie et la zonehysté-
ro-épileptogène prédominent à droite. Lorsqu'on presse simultanément sur les deux zones, on provoque une attaque.
'\0 juillet. — Séries d'attaques durant lesquelles ont été prises la plupart des Planches.
Début. — Souvent les attaques éclatent sans que la malade pousse un cri ; d'autres fois, elle pousse un cri étouffé ; la bouche est largement ouverte ; tantôt la langue conserve sa posilionnaturelle (Pl. XV), tantôt, au contraire, elle est allongée, en quelque sorte pendante (Pl.
XXVIII). Avant le cri, on note parfois des secousses, du hoquet, de la suffocation.
Période épilepto'ide. — En poussant le cri, la malade devient rigide (Pl. XVI) etporte d'ordinaire la tête à droite ; la bouche se ferme, les mâchoires se contractent, les muscles de la face sont contracturés, Immobiles; les globes oculaires se dirigent en haut et à droite. (Pl. XVII et XVIII).
Presque toujours, les bras sont dans l'extension et la pronation, les poignets rap-
prochés (Pl. XVI), position qu'ils prennent soit d'emblée, soit après avoir décrit un mouvement de circumduction.
A la phase tétanique (15 secondes) succède la phase des secousses tétaniformes (10 secondes), puis le stertor avec ronflement, écume quelquefois sanguinolente et secousses isolées soit des épaules, soit des membres (20 secondes.)
Période de délire. — Cris d'effroi, de douleurs, pleurs étouffés ; X... s'excite, se redresse, s'accroupit sur les talons, son attitude, sa physionomie expriment la menace ; les Pl. XVII et XVIII représentent cette phase dans deux attaques différentes.
L'attitude change brusquement. X... fait : psitt; psitt; est assise à demi, voit un amant imaginaire qu'elle appelle (Pl. XIX). Il cède, X...
se couche en se portant sur le côté gauche du lit et montrant la place libre qu'elle lui fait dans le lit. Elle ferme les yeux, la physionomie dénote la possession, le désir assouvi; les bras sont croisés, comme si elle pressait sur son sein l'amant de ses rêves. Quelque-
fois, on observede légers mouvements de bercement ; — d'autres fois, elle presse Toroiller. Puis, petites plaintes, sourires, mouvements du bassin ; paroles de désir ou d'encouragement...
Au bout d'une minute àpeine — on sait que tout va vite en rêve — X.. se soulève, s'asseoit,regarde en haut, joint les mains en suppliante (Pl. XX) et dit d'un ton plaintif : « Tu ne veux plus ? Encore...! »
Dans certaines attaques, sa supplication est écoulée et elle reprend l'attitude figurée dans la Pl. XXI. D'autres fois elle échoue, retombe sur le lit et, après un court repos, elle a peur : c Vilaine bète. .. »
Puis, elle s'asseoit de nouveau, la gaieté est peinte sur son visage, elle bat la mesure avec la main et le pied du côté droit; elle s'arrête, écoute très-attentivement ; la main gauche repose sur le sein droit ; l'avant-bras droit est fléchi, l'index allongé, les autres doigts fléchis (Pl. XXIV) : Elle entend la musique militaire, ainsi qu'elle le raconte si, à cette phase, on la fait revenir à elle par la compression ovarienne.
Bientôt, X... incline la tête, croise les bras, cache sa figu-
re avec ses cheveux et ses mains, parle bas, fait avec la tête des signes affirmatifs et négatifs ; enfin elle laisse retomber le tronc sur le lit et quelques instants après, reprend connaissance.
Nouvelle attaque. Période épileptoïde.a) Phase tétanique :
■15 secondes; — b) phase tétaniforme : 10'; — c) stertor ; 20'. — La période épileptoïde a donc duré i5'. — Repos.
2"^ Période clonique ou des grands mouvements : 25'.
Après un repos de quelques secondes, attitude du crucifiement (Pl. XXV) que la malade conserve pendant 40 secondes environ. Elle se couche à demi sur le côté gauche du lit, les bras entre-croisés, la physionomie souriante (Pl. XXI) ; elle se relève rapidement, fait signe à son Invisible de venir ; puis, attitude extatique (Pl. XXIII); bientôt, X... fait signe de venir, se recouche et reprend V attitude de la possession o\x de Vérotisme. (Pl. XXI).
Effroi : « Des rats ! » X... donne des coups violents à son lit. « Cette fois il nous laissera tranquille. «Ensuite, elle sourit,donne des baisers, I se met debout, est suppliante
» EDCore ! encore ! » Fait signe, supplie : « Tu ne veux plus... Je vais monter. » (On dirait que son amant est placé au-dessus d'elle, descend à côté d'elle, remonte, etc.)
X... s'assied, allonge la langue, agite le pied gauche, place ses deux coudes l'un sur l'autre ; la physionomie est mogueuse (Pi . XXVI).
Nouvel effroi : « Pardon !
Pardon, Monsieur ! Laissezmoi... » Elle s'agenouille, les mains jointes, se plaint, se recourbe, tend le dos, est suppliante comme une personne menacée.
Enfin, elle écoute, entend la musique (Pl. XXIV) et au bout de quelques instants reprend connaissance.
Dans une autre attaque, après la période épileptoïde et la période clonique, nous observons l'attitude du crucifiemeiit, l'attitude de la menace (Pl. XXVIl), Vappel, Yéroiisme, la supplication amoureuse, enfin la lutte contre M. C... « Vous m'avez trop serré la gorge... ce foulard me serre... maclef...Oh! je ne boirai pas 1 (Elle serre les dents).
Oh ! vous m'avez fait trop de mal... non, vous n'y arriverez pas. » (Elle croise énergique-
ment les jambes, résiste violemment à G... qui veut la prendre de force ; elle suffoque : « Au... secours! » — Ensuite, elle s'assied : attitude de la onoquerie : «Il ne m'a pas attrappée. » Enfin, elle entend la musique [hallucinations de rouïe),se relève, s'asseoit sur son oreiller, cache sa figure dans les mains, pleure, parle bas... et se réveille: la série est terminée.
En juillet, août, septembreet octobre, X... a eu des attaques à maintes reprises, arrêtées soit par le courant d'une pile Trouvé, soit par le compresseur imaginé par M. Poirier, sur les indications de M.
Gharcot et les nôtres (1). G'est aussi durant cette période qu'ont été observés, chez elle, l'influence du magnétisme, du diapason, d'un bruit fort et soudain, de la lumière électrique, de la lumière au magnésium , Yhypnotisme , etc.
Nous reviendrons dans le volume suivant sur tous ces phénomènes.
2 nov. — Des attaques ont
(l) Voir le Progrès médical, 1878, p. 993.
déterminé une contracture dit Iras droit demi fléchi en travers du dos ; — du Iras gauche demi fléchi en avant ; — jambes dans l'extension; les pieds sont en varus équin.
Une attaque, provoquée par
la compression des zones hystérogènes latéro- mammaires fait cesser la contracture. — X... a toujours une hémianesthésie du côté droit, etc
24 nov. — A sa leçon, M.
Charcot a provoqué une con-
tracture artificielle des muscles de la langue et du larynx (hyperexcitabilité musculaire durant \a sommation). On fait cesser la contracture de la langue, mais on ne parvient pas à détruire celles des mus-
des du larynx, de telle sorte que la malade est aphone et se plaint de crampes au niveau du cou. Du 23 au 30 novembre, on essaie successivement : i° l'application d'un aimant puissant qui n'a d'au-
Fig. 8.
tre effet que de la rendre sourde et de conlracturer la langue ; — 2° de Véleclricité ; — 3» de Vhypnotisme ; — 4" de Véther : l'aphonie et la coati-acture des viusclcs du larynx persistent. Le compresseur de l'ovaire demeure appliqué pendant trente-six heures sans plus de succès. Une attaque provoquée ne modifie en rien la situation [Fi/j. S).
décembre. — X... a, ce matin, une série d'attaques qui ne changent pas l'aphonie. Inhalation de nitrite d'amyle ; la xoix revient ; la malade dit qu'elle a éprouvé une sensation de décrochement ; pendant l'inhalation, il lui semblait que quelque chose se décrochait et se raccrochait.
2 déc. — X... a perdu de nouveau la voix au bout d'une heure. — Inhalation de nitrile d'amyle ; retour définitif de la voix.
7 déc. — La sensibilité est revenue complètement.
31 déc. — X... a conservé sa sensibilité. Elle n'a pas eu d'attaques dans le courant du mois. Depuis quelques jours, elle remplace provisoirement une infirmière ; elle s'acquitte bien de ces fonctions et est très-désireuse d'avoir sa sor-
tie. Cette amélioration sera-telle durable? C'est ce que nous saurons plus tard.
Relation entre les règles et les attaques. — Nous avons noté plusieurs fois, en passant, l'apparition des règles et on a pu voir que, assez souvent, des attaques surviennent durant la période menstruelle, en général trèscourte (1 ou 2 jours). Voici quelques détails complémentaires sur l'année 1878.
En janvier et février., pas d'attaques ni de règles. — En mars, 52 attaques épileptiformes et 81 grandes attaques; les règles ont coulé le 7 et le 8 ; le 7 mars, elle a eu 17 attaques épileptoïdes et 8 attaques complètes; pas d'attaques du l*^"" au 7, ni du 8 au 19 mars. — En atril, 78 attaques avortées et 47 grandes attaques ; pas de règles.— En mai, 51 attaques incomplètes et 66 complètes ; pas de règles.
— En juin, 10 attaques épileptoïdes et 67 graudes attaques ; règles le 7 juiu ; pas d'attaques du l»"" au 18. — En juillet, 30 attaques en deux fois, le 9 et le 17 ; règles du 23 au 27; elles ont duré, chose rare, près de quatre jours. — En août, 9 attaques qui se
sont montrées les l""", 3, 22, 24 du mois ; règles le 19 et le 20. - En septembre, 69 attaques complètes; pas de règles. — En octobre, 23 : pas de règles. — En novembre, 40 attaques ; pas de règles. — En décembre, pas d'attaques spontanées ni de règles.
Nous terminerons par quelques indications approximatives sur le nombre des attaques • Eu 1876, 1,097; — en
1877, on a compté 1293 grandes attaques et 3 attaques épilepliformes;en 1878, on a noté 605 attaques complètes et 191 attaques épileptiîbrmes. Rappelons que les attaques se montrent par séries, constituant des états de mal hystéroépileptiqîies et que la malade a été, à certaines époques, plusieurs semaines, plus d"un mois même, sans avoir aucun accident convulsif.
I. — Si nous entrons dans des détails minutieux sur l'enfance des malades dont nous rapportons l'observation, sur les circonstances qui ont produit l'hystérie convulsive, ce n'est certes pas dans le but de développer outre mesure des faits qui sont suffisamment intéressants pour qu'on en élague tout ce qui serait superflu. Mais, c'est parce que nous désirons faire ressortir les caractères qui distinguent les hystériques, permettent de les reconnaître avant l'apparition des crises convulsives; c'est aussi afin de montrer, d'une façon évidente, les causes qui ont exercé une influence ; c'est enfin pour que nos lecteurs puissent apprécier nettement les rapports qui existent entre les événements de la vie réelle et les différentes phases de la période de délire des attaques.
Les antécédents de X... nous font voir combien son enfance a été négligée, La conduite de la mère, les relations que le frère établit entre sa sœur et ses amis,
expliquent en partie la conduite.... légère de la malade. Le fond, chez elle, était bon; elle a même conservé, malgré tout, une certaine naïveté, et, en réalité, elle est plus réservée, moins licencieuse, que sa vie et ses discours ne le feraient croire à un examen superticiel.
Tout en elle, du reste, annonce l'hystérique. Les soins qu'elle apporte à sa toilette; l'arrangement de ses cheveux, les rubans dont elle aime à se parer. Ce besoin d'ornement est si vif que quand elle est en attaques, s'il se produit une rémission, elle en profite pour attacher un ruban à sa camisole ; ceci la distrait, lui fait plaisir : « Quand je m'ennuie, dit-elle., je n'ai qu'à faire un nœud rouge et à le regarder... » Il va de soi que la vue des hommes lui est agréable, qu'elle aime à se montrer et désire qu'on s'occupe d'elle.
IL L'hystéro-épilepsie a débuté, dans ce cas, plus de deux années avant l'apparition des règles et, dès les premiers temps, elle offrait les symptômes principaux que l'on rencontre chez les hystéro-épileptiques pubères. L'hyperesthésie ovarienne était présente et la compression de la région hyperesthésiée suffisait à arrêter les attaques. Les notes qui nous ont été remises sur son séjour à l'hôpital des Enfants-Malades ne laissent aucun doute à cet égard. Ce n'est pas là, d'ailleurs, un cas isolé; M. Charcot en a cité d'autres dans ses leçons et nous-même avons eu l'occasion d'en observer un certain nombre.
III. — Les attaques X... sont tout-à-fait comparables, dans leurs traits les plus importants, aux attaques des malades dont nous avons précédemment parlé. Nous y retrouvons toutes les périodes qui constituent les attaques complètes. Il nous paraît inutile de revenir sur ce sujet, afin de pouvoir appeler, de préférence, l'attention sur les variétés des attaques et sur quelques-uns de leurs caractères.
a) Nous avons insisté de nouveau, à propos de X... sur les attaques ép'lepti formes, ou attaques avortées car elles ne comprennent que la période épileptoide des grandes attaques hystéro-épileptiques. Bien des signes indiquent qu'il ne s'agit là que d'hystérie et nullement d'épilepsie ; nous nous bornerons à dire ici que la compression ovarienne arrête ces attaques épileptiformes, si semblables, en apparence, aux accès d'épilepsie, tandis que cette manoeuvre n'a aucune action sur les accès d'épilepsie. Et il en est ainsi chez toutes les hystériques. Geneviève a des attaques épileptiformes le 25 octobre 1877 : nous les ^.rrêtons par la compression aussi bien que chez X..., e!c.
Tantôt les attaques épileptifonnes sont isolées, tantôt elles apparaissent par petites séries de même que les grandes attaques. Chez quelques malades, Parm..., Math..., l'hystérie convulsive se borne même à cette seule variété d'attaques, constituant des clc.ts de mal liystéro-épi,eptiqws. Aussi, des personnes, peu au courant des symptômes de l'hystéro-épilepsie, ont-elles
IcO?x'OGRAI>!IIIi. 12'
été portées à supposer, en pareilles circonstances, qu'elles avaient sous les yeux de véritables accès d'épilepsie, ou un véritable état de mal épileptique. Or, il n'en est rien, et parmi les signes qui permettent de porter un diagnostic exact, nous nous contenterons de citer ici la température. Malgré la répétition des attaques, elle reste à 38" ou 3<S°,5, tandis que si l'on avait a faire à un état do mal épileptique elle atteindrait 40°, 41° et même 49°.
&) Les attaques se répétant, il arrive parfois que, la période épileptoïde faisant défaut, l'attaque comprend seulement la période clonique et la période de délire (p. 139).
c) Enfin l'attaque peut n'être constituée que par la ■période de délire : les détails que nous avons consignés plus haut le démontrent d'une manière péremptoire. Les analogies qui existent entre ces attaques de délire et la période de délire des attaques complètes sont de toute évidence.
Nous avons également observé des attaques de délire, mais moins prolongées, chez Geneviève : le 17 décembre 1877, entre autres, elle a eu une attaque de ce genre, non précédée des périodes épileptoïde et clonique, et dans laquelle elle était excitée, voulait embrasser, avait des regards et des gestes cyniques, s'offrait, etc.
Nous connaissons, enfin, une jeune fille, âgée d«
13 ans, Th., chez laquelle l'hystérie a été caractérisé» par l'aura classique (hyperesthésie ovarienne droite, constriction épigastrique, palpitations cardiaques, laryngisme, troubles céphaliques), suivie de délire, sans période épileptoïde et sans période clonique: ces attaques duraient une ou deux heures, se terminaient par des rires ou des pleurs et par une copieuse évacuatioii d'urine.
Les attaques de délire, dont nous avons signalé déjà l'existence à l'état isolé (t. I, p. 157), se sont présentées chez X. . . , sous une forme comparable jusqu'à un certain point à l'état de mal. On se rappelle que celui ci se compose, à son plus haut degré, A'attaques liystérO' épileptiques complètes, qui se succèdent pendant des heures; — à un degré moins accusé, ({'attaques épileptiformes, survenant coup sur coup, également durant un long temps. — Le délire que nous avons décrit était lui-même constitué par des attaques se suivant pour ainsi dire sans intervalle, attaques dans lesquelles on voyait se reproduire les mêmes scènes, dans un ordre presque tout à fait régulier.
Dans ce cas, de même que dans les précédents, nous avons vu les hallucinations ou les visions gaies se substituer aux Jialluciiiations tristes, ainsi que M. Charcot l'a fait remarquer. Celles ci se rapportent à Jules, l'ouvrier peintre, à M. G. . son séducteur, au chariot des morts, aux scènes violentes qui ont eu lieu entre la malade et ses parents. Les hallucinations gaies oni,
trait à ses aventures galantes, elle revoit ses amants, des jardins avec beaucoup de fleurs, rouges surtout ; elle entend la musique militaire, etc. (1). La malade prend successivement toutes les attitudes en harmonie avec les scènes qui se déroulent devant elle.
Le délire hystérique, a trait, en définitive, aux différents événements qui ont marqué la vie de X... La seule particularité à relever c'est que son délire est plus expansif que celui des autres malades; il y a loin de son bavardage à la réserve de V... (Obs. I), de A.,. (Obs. III), de Marc. . . (t. I, Obs. V).
d) Soit avant, soit après leurs attaques, les hystériques se livrent à des actes extravagants : elles sautent par les fenêtres, grimpent dans les arbres, montent sur les toits, exécutant tout cela avec une agilité vraiment surprenante et semblant inconscientes des dangers auxquels elles s'exposent. C'était là un sujet de grand étonnement pour les Exorcistes et, en particulier, pour le R. P. Esprit du Rosroger :
« Dagon [2) fît grimper la soeur du Saint Esprit par » le moyen de quelqi7.es vieux bois sur une muraille de y dix pieds de hauteur, et l'ayant menée sur ladite mu-
(1) Quand Vi'ther est administré aux hystériques, en dehors des attaques, il ne parait déterminer que Vlajstcrie gaie.
(2) Démon, de second ordre, boulanger el grand panotier de la cour infernale. Les Philistins l'adoraient sous la forme d'un monstre réunissant le buste de l'homme à la queue du poisson. [Dictionnaire infer/ial.)
» raille (ij, en vn lieu où il n'y auoit plas moyen de » descendre, n'y ayant ny échelles, ny autres choses » pour cela.
» Apres que long-temps plusieurs filles eurent prié » la possédée de s'auancer sur le mur, vers vn lieu où » elle pourroit revenir à elles sans péril, et qu'un exor- » ciste qui y étoit accouru lui en eut fait commandement, » et pour mieux forcer le Démon, eut aussi commencé » à genoux de dire le Chapelet : Dagon s'écria en » grande furie : Diantre, si tu ne cesses le Chapelet, ie )> jetterai cette Chienne à bas, et aussitost luy laissant » voir le péril où elle était, et luy donnant vn grand » effroy, il la fit tomber du haut de cette muraille de dix » pieds bien mesurés sur des pierres et des tuilles qui » étoient là ; et cependant, elle fut tellement préseruée, » qu'elle n'eut aucune lésion ny blessure en tout son » corps : mais seulement, pour quelque temps, un peu » d'effroy et d'étourdissement à cause de sa chute. »
IV. — Pour calmer les hystériques en attaques, les prêtres employaient autrefois, et préconisent encore aujourd'hui, les eœorcisni?s ; les jansénistes, au milieu du siècle dernier, vantaient les secours, auxquels se rattachent, dans une certaine mesure la compression ovarienne (2;. Nous avons, nous, médecins, des agents
(l) La Piété af/ligi'e, eic, ^. V-il. - ..."
(2; Charcot. — Leçons sur les vialadies àv, système nerveux, 3** éd , p. 33ï.
bien plus actifs ; sans compter la compression de la région ovarienne, devenue plus précise, nous disposons, comme on a pu le voir, du cMoro/'orme, de Yéther, du nitrite d'amyle, des valéraies d'amyle et d'éthijle, du Iroimire d'éthyle, de la houteiUe de Leyde, du compres- S3ur, du courant électrique, etc.
V. — Quelques-uns des caractères des attaques deX... méritent d'être comparés aux phénomènes offerts par les 'possédées et regardés par les exorcistes comme dûs à la présence des diables dans le corps de ces malheureuses malades.
a) L'un des phénomènes invoqués par les thaumaturges catholiques, à l'appui de la possession des Ursulines de Loudun, n'était autre que la rigidité tétanique du corps, que l'on observe à la première période des attaques. On disait que les religieuses de Loudun, « lorsqu'elles étoient étendues sur le carreau se roi- ^ dissoient si fort contre la terre, que quand on les pre- » nait par le milieu du corps pour les enlever, on les j> trouvoit aussi pesantes que si elles eussent été de » plomb, »
La duchesse d'Eguillon qui se trouvait en nombreuse compagnie à Richelieu, eut la curiosité de se rendre à Loudun pour voiries possédées. Sa curiosité était d'autant plus piquée que des discussions s'étaient élevées parmi les personnes qui l'accompagnaient, au sujet de laréalitéde la possession. L'une d'elles; était Cérizantes,
gouverneur du marquis de Faure et flls de Duncan, médecin de Saumur, qui promit de faire A'oir « que la » difficulté qu'il y avoit à enlever ces corps, quand ils » étoient ainsi couchez, venoit sans doute de leur si- » tuation, plutôt que d'aucune vertu surnalurelle qui » les attachât à la terre, ce qu'il espéroit de prouver » dans l'occasion. »
Peu après « Cérizantes tît étendre sur le carreau un tapis, et se coucha dessus, « en la même posture que » les Possédées de Loudun se mettoient : il se trouva » aussi pesant qu'elles, et l'on n'avoit pas moins de » peine à l'enlever, quand on le prenoit par le milieu » du corps; mais lors qu'il eut dit qu'il falloit le prendre » par dessous la tête, il n'y eut personne qui ne l'en- » levât aisément. Mademoiselle de Rambouillet désira » passionnément de faire la même épreuve sur les Pos- » sédées, et ce fut en partie pour la satisfaire, que » toute la troupe de Richelieu se rendit à Loudun. » Lors que la Supérieure et les autres Energumènes, » voioient des personnes de qualité, elles avançoient » ordinairement et les nommoient par leur nom, afin » de leur persuader que cette connoissance de leurs » noms procédoit des Diables. Cérizantes qui étoit bien » instruit de tout ce qui se passoit dit à la dame » de Combalet (duchesse d'Eguillon), Qu'il y avoit à » Loudun des Partisans de la Possession qui prenoient » soin d'avertir et les Exorcistes et les Possédez de tous » les étrangers qui y arrivoient, pour peu qu'ils pa-
» russent considérables, et qu'on leur en faisoit le por- » trait, ou qu^on leur disoit d'autres circonstances, par » lesquelles elles pouvoient les reconnoître : qu'il » croioitbien que dans l'occasion présente on se seroit » contenté dédire à ces bonnes Filles, que le Marquis » de Brézé prenoit le pas devant le Marquis de Faure, » sans se mettre en peine de les désigner davantage, )) étant tons deux à peu près de même âge : qu'il se- >' roit à propos de commencer par là à voir ce qu'il » falloit penser^de cette grande afïoire, dont on impu- » toit l'intrigue à tant de gens, et que pour cet effet on » pouvoit faire entrer le Marquis de Faure avant le » Marquis de Brézé. Cette proposition aiant été exécu- » tée le Diable ne manqua pas de prendre l'un pour » l'autre ; cependant les Possédées reprirent courage, » et firent leurs contorsions ordinaires, parmi les- » quelles cette situation de leur corps, dont on avoit I) tant parlé à Richelieu, ne fut pas oubliée. L^Exor- » ciste volant que la Demoiselle de Ramboiiillet parois- » soit plus curieuse que les autres, la pria de satis- ') faire sa curiosité, et d'essaïer de faire perdre terre » à la religieuse qu'il éxorcisoit. La Demoiselle fit » d'abord semblant de ne douter nullement de la pos- « session ; mais enfin, se volant pressée par l'Exor- )> ciste, qui vouloit la confirmer dans cette croiance, » elle donna ses gans à sa Suivante, et prenant la Re- » ligieuse, qui sembloit être aussi pesante que du » plomb, non par l'endroit où l'on avoit accoutumé de la
» prendre, et que l'Exorciste lui indiquoit, mais par » celui que Cérizantes lui avoit montré, elle l'enleva » sans peine, au grand étonnement des assistants et » au grand déplaisir des Exorcistes (1). »
Les fabricants de Miracles de nos jours ne sont pas plus forts que les exorcistes du xvii'' siècle !
h) Tous les médecins connaissent la violence des mouvements qu'exécutent les hystériques durant la période clonique et savent combien il est difficile de les maintenir si, dès le début, on n'a eu soin de leur mettre la camisole, de fixer leurs pieds, leurs bras et leur tronc. Cette exagération des mouvements, l'énergie que les malades y apportent, avaient frappé vivement les Exorcistes qui présidaient à l'expulsion des diables de Louviers. Voici comment s'exprime, sur ce point, le R. P. Esprit du Bosroger :
« N'avons-nous pas vû encore cent terribles violences, » et autant d'efforts impossibles à des filles en tous gen- » res, et si grands : qu'il a tousiours été besoin de beau- » coup de personnes pour arrêter une possédée dans » ses agitations et dedans et dehors les exorcismes ? » Voicy des forces ou de géant ou de Démon : Dagon, le » diable qui possède la sœur Marie du Saint-Esprit, » transporté de furie en vn exorcisme que le Père Es-
(l) Cruels cfc/s de la vengeance du cardinal de Bickelieu ou Histoire des diables de Lundiiii. etc., ITIO, p. 30S-312.
» prit luy faisoit, fit empoigner à cette fille la grosse » corde, dont elle étoit ceinte, qui n'est pas moindre » que celle des Capucins, et bien que cette corde fust » fort bonne, entière, et non vsée, elle la prit de ses » deux mains, et sans s'etïorcer, elle la rompit en deux » aussi facillement qu'on romproit une paille (1). »
Nous avons vu trop souvent X..., V..., Rosalie L..., Geneviève, A..., etc., déchirer leurs camisoles de force, rompre leurs liens, pour partager l'étonnement du R. P. et surtout pour adopter son interprétation.
c) Chez X..,, et chez bien d'autres malades, à l'une des phases de la 2)ériode clonique, souvent à la fin, le corps se met en arc (2) : Pour les exorcistes c'était encore là une marque delà possession diabolique.
« Les plus subtils de ce temps se trouueront, ie m'as- » sûre, bien embarrassés en leur discernement : à la » seconde preuue que nous allons produire ; parce qu'ils » auront peine deconceuoir tant de postures et de sou- » plesses en de simples fihes, et que malgré eux ils » aperceuront quelques marques infaillibles de la » possession : et que pourront-ils dire, ie vous prie,
(1) La Piété affligée, etc., 1700, p. 240. D'après l'Evangile, ■ les démoniaques rompoient les cordes et les chaînes dont ils étoieut liés et le Hi— tùel les met enire les marques de possession, Vires supra œtalis et conditionis naturam ostendere. • {Cruels effets de la vengeance du Cardinal di Richelieu, etc., p. 114.)
(2) Voix t. I, p. 15j.
» parlant auec sens, lors qae milles personnes leur
» auront fait scauoir qu'ordinairement les Démons
» après leurs contorsions, et agitations mettent ces
» filles ainsi tourmentées en- vn eue parfait? Ce qu'ils
» pratiquent en leur approchant la teste en arrière
» iusques contre les talons et les faisant porter sur la
» fac! et sur la bouche, les bras roiâement étendus,
» tellement que les reins s'arrondissent comme le
» dessous d'une ai cade.
« Ce qui arriue presqu'à toutes, et très-souuent, et ce
» que nous avons vû plus particulièrement et plus
» parfaittement en la sœur de Saint Laurens traittée et
» pliée de la sorte par son Démon Behemond, laquelle
» parfois est demeurée en arc accompli, ainsi que des-
» sus, étant sitr la face, et sur la bouche plus de trois
» quarts pendant vne heure en deux ou trois reprises;
» et non moins en la sœur du Sauaeur que possède As-
» modée, Fig. 9 (1), qui parmi cent étranges mouue-
(l) Démon destructeur; il est surintendant des maisons de jeu; il sème la dissipation et l'erreur. D'après quelques auteurs, c'est l'ancien serpent qui possédait Eve. C'est lui que Tobie a expulté du corps de la jeuue Sara. C'est, aux enl'ers, un roi lort et pui.-sant, qui a trois têtes [Fii/. 9) : la première ressemble à celle d un taureau, la seconde à celle d'un homme la troisième à celle d'un bélier II a une queue de serpent, des pieds d'oie, une haleine enflammée. Il se montre à cheval sur un dragon. . Lorsqu'on l'exorcise, il tant être ferme sur ses pieds et 1 appeler pur sou nom. Il donne des anneaux constellés ; il apprend aux hommes à se rendre invisibles et leur enseigne la géométrie, l'arithmétique, l'astronomie et les arts mécaniques. Il connait aussi des trésors, qu'on peut le forcer à découvrir ; soixantedouza légions lui obéissent. {Dict. infernal).
,» nients corporels, s'est trouuëe bien souvent toute » pUée en arc parfait, la teste contre les pieds ius- » ques sur la bouche, et lemyitre éleué en arcade, et » y demeurer plusieurs fois des quarts, et des demye
Fig. 9.
» heures, voire et se ietter en cet état de toute sa » hauteur, et tout d'vn coup en cette forme cVarcade » et sur la bouche (1). »
(l) la Piftr af/ligee, etc , p. 227,
d) L'allongement exagéré de la langue hors de la bouche, sa congestion extrême l'extension du corps et des membres, l'attitude du crucifiement, phénomènes
que nous avons notés chezX se rencontraient chez
les Ursulines de Loudun :
« ... La Mére Prieure étant venue sur les rangs, le » Démon Balaam parut d'abord, ihais qu'aussi-tôt il fit » place à Isaacarum par le commandement du Pére » Surin, son Exorciste ; que ce dernier adora le Sacre- » ment comme les autres, en donnant des marques » d'un horrible désespoir : la rage, dit-il, que j'ai de » l'avoir perdu librement, m'ôte la liberté de l'ado- » rer ; mais que le Pére répétant le commandement » qu'il lui avoit fait, il mit le corps de la Prieure dans » une élroiable convulsion, tirant unelangue horrible- » ment difforme , noirâtre et boutonnée ou grenée » comme du maroquin (1), sans être pressée des dents, » et sèche comme s'il n'y avoit jamais eu d'humeur, et » la respiration n'étant nullement forcée ; qu'on re- » marqua entre autres postures, une telle extension » de jambes, qu'il y avoit sept piés de longueur d'un » pié à l'autre, la Fille n'en aiant que quatre de hau- » teur, qu'après cela le Démon alla la jeter le ventre » à terre au pié du Père, qui tenoit le Saint-Sacrement » en main, et qu'aiant le corps et les Iras en forme de
(l) Voir aussi l'cbservation Je Rosalie L...,t. I. p. 27.
» croix, il tourna premièrement la paume des deux » mains en haut, puis acheva le tour entier, ensorte » que la paume de chaque main touchoit le carreau, » et qu'il raporta les mains ainsi tournés, en les joi- » gnant sur le bout de l'épine du dos, et qu'aussi-tôt » il y porta les deux piés joints aussi, en sorte que les » deux paumes des mains touchoientles deux côtés du » dehors de la plante des piés, qu'elle demeura en cette » posture assés long-temps, avec des tremblemens » étranges, ne touchant la terre que du ventre; que » s'étant relevée, il fut commandé encore une fois au » Démon de s'aprocher du Saint-Sacrement, et de » montrer par son visage l'oposition qu'il y a entre » Jésus-Christ et lui : que sur cela, témoignant une » rage qu'on ne peut concevoir si on ne l'a vûë, » Ah ! dit-il en criant, il est impossible de la montrer, » il y a trop grande distance de l'un à l'autre: qu'é- » tant enquis quelle étoit cette distance? Il est, dit-il, » l'abrégé de foute bonté, et moi de tout malheur: » qu'aïant proféré ces paroles, il devint encore plus » forcenéj, et témoigna une grande rage de ce qu'il » avoit dit, se mordant au bras, et contournant horri- » blement tous les membres; que l'agitation cessa peu » après, et que la Fille revint entièrement à elle, » n'aïant le poux pas plus émû, que s'il ne se fût rien y passé d'extraordinaire. . . (l). »
l\) Cruth tfPttt^ etc., p. 233-234.
La comparaison entre les faits anciens et les faits contemporains prouve que la grande hystérie n'a pas subi, jusqu'ici, de modifications bien profondes.
VI. — Les troubles de la motilité ont été nombreux et variés dans ce cas : secousses, tremhlemeul, chorée, paralysie, crampes, contractures.
a) Nous avons trop souvent parlé des secousses pour qu'il soit utile de revenir sur leurs caractères. Naguère, elles constituaient un signe, sinon de possession au moins d'obsession. Dans son « Discours historique et theologique de la possession des Religieuses dittes de Saincie Elizaheth de Louviers, Esprit du Bosroger» provincial des RR. PP. Capucins de la province Normandie, dit que l'on voyait les « soeurs affligées étant debout, plier auec violence le genoliil, et estre prestes à tomber, tantost on les jettoit de grande force par terre (1)... ■>■> Ce sont là les effets des secousses tels que nous les avons observés chez beaucoup de malades et entre autres chez X... qui, ainsi que nous l'avons vu (p. 141) fut, un jour, jetée par terre.
b) Le tremblement, les sauts et les soubresaids ont été observés à maintes reprises chez L... Toujours ils
{\) La PiéU affligée ou Discours historique, etc., p. 220 ; Amsterdam,
prédominaient dans les membres du côté droite c'est-àdire du côté où existent les symptômes permanents de l'hystérie (hémianesthésie^ hyperesthésie ovarienne, etc.)
c) La chorée, dont a été atteinte notre malade, appartient à une variété particulière : la chorée rhythmique hystérique, à laquelle M. Charcot a consacré une leçon tout entière : nous ne saurions mieux faire que d'y renvoyer nos lecteurs.
Toutefois, à cette occasion, nous ferons une remarque: Quelques médecins, animés d'un scepticisme qui n'a rien de scientifique, regardent les hystériques comme des « farceuses », des femmes qui se jouent de tout le monde et se copient les unes les autres. Eh bien, depuis plus de douze ans que nous fréquentons assidûment les services spéciaux de la Salpétrière, nous n'avions jamais vu d'exemple de chorée rhythmique; aucune des malades actuelles n'a donc pu, à plus forte raison, styler X... et lui apprendre à exécuter les singuliers mouvements qui caractérisent cette forme de chorée. L'influence de l'imitation, ici, ne peut pas être invoquée.
Relevons, en passant, l'action thérapeutique du nitrite d'amyle, qui, du reste, a été employé un certain nombre de fois, et avec succès, par des médecins américains, dans le traitement de la chorée.
d) Depuis son entrée à l'hospice, X... avait une dimi-
— ir;i —
nution de la force musculaire dans les membres du côté droit {parésie) lorsque, à la suite d'attaques, elle a été affectée d'une véritable paralj/sie de la jambe droite.
e) Vanesthésie, \a parésie, ]siparalt/sie précèdent en général la contracture et cela parait vrai non-seulement pour la contracture des membres, mais aussi pour les contractures qui affectent soit les muscles du pharynx, soit les muscles de la vessie, de l'urèthre, etc.
Dans l'observation actuelle, nous avons eu une simple rétention d'urine, sans aucune trace de contracture. ChezV... (Observation I), il y avait habituellement \me paralysie de la vessie (d'où Vincontmence d'uriné) et sous l'influence des séries convulsives, il survenait une contracture du col de la vessie et probablement des muscles de l'urèthre car, on se le rappelle, le cathétérisme était difficile et douloureux.
La contracture de la langue, elle aussi, est précédée d'une anesthésie, d'nne parésie (engourdissement, lourdeur, irrégularité des mouvements, etc.)
XJin fl.uence de la compression ovarienne sur la contracture récente est mise nettement en relief par l'observation qui précède. Nous ne rappellerons pas les caractères de la contracture des membres qui a revêtu la forme hémiplégique. (Pl. XXIX et XXX). Aux cas que nous avons relatés (1), nous pouvons en ajouter
(l) Progrès médical, ISV, p. 385 et 487.
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un autre, celui de Geneviève, dont l'histoire figure dans le premier volume de Ylconographie.
En octobre 1877, nous la trouvons, un matin, avec une contracture des quatre membres {forme diplégique) : les membres supérieurs sont dans l'extension et la pronation ; les inférieurs dans Textension et l'adduction. Cette contracture durait depuis plus d'une heure lorsque nous l'avons fait disparaître par la compression de la région ovarienne gauche.