B. — DESCRIPTION DE LA SUBSTANCE BLANCHE CÉRÉBRALE
Les fibres de la substance blanche cérébrale obéissent à deux directions : tandis que les unes émergent de l’épaisseur des circonvolutions, se dirigent vers les régions centrales dans une direction convergente et se groupent sous forme d’une couronne rayonnante au pourtour de la couche optique ; les autres se séparent des premières après un trajet plus ou moins long effectué en commun, affectent une direction transversale et vont se distribuer dans l’hémisphère cérébral du côté opposé à celui d’où elles dérivent.
Il résulte de cette disposition générale deux systèmes de fibres bien nettement tracés : les premières relient la périphériè corticale aux régions centrales, ce sont les fibres convergentes (2) ; les autres relient entre elles les régions homologues de chaque hémisphère en suivant une direction transversale, elles peuvent être considérées ainsi comme les agents de l’unité d’action des lobes cérébraux. C’est le système des fibres commissur antes.
Notons encore que ces deux groupes d’éléments nerveux à tendances si opposées naissent en commun au sein de la substance grise des circonvolutions ; qu’elles parcourent juxtaposées un trajet d’étendue variable ; qu’elles se séparent sous des incidences variées pour aller directement, les unes dans une direction rectiligne vers les noyaux centraux qui leur appartiennent, les autres dans une direction sensiblement
(1) Luys. Recherches sur le système nerveux, page 247 et PI. 4. Fig. 13,
(2) Nous faisons particulièrement cette remarque que cette dénomination de fibres convergentes n’a d’autre but que d’exprimer des rapports anatomiques et de bien spécifier leur rôle, qui n’est qu’un trait d’union entre la substance grise des régions cérébrales et celle des régions centrales.
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transversale vers les régions homologues de l’hémisphère cérébral opposé, et qu au moment où elles se séparent, il en résulte un espace vide qui n’est autre chose que la cavité des ventricules latéraux (1 ).
—. description du système des fibres convergentes.
Les fibres cérébrales convergentes émergent de l’épaisseur de la substance corticale comme des rayons excessivement multipliés, qui partent de tous les points de la périphérie d’une sphère creuse et vont tous en suivant des directions opposées aboutir à un véritable rendez-vous général qui est le pourtour de la couche optique de l’hémisphère correspondant. La planche 45 rend bien compte de cette disposition d’ensemble. Les fibres des régions postérieures se dirigent par conséquent en avant et en dedans, celles des régions moyennes en bas et en dedans, celles des régions antérieures, d’avant en arrière, etc.
Pour procéder méthodiquement, nous allons passer en revue chacun des principaux groupes des fibres convergentes.
En nous servant de la planche 45 et en. tirant deux lignes verticales passant au niveau des régions antérieures et postérieures de la couche optique, nous divisons ainsi l’ensemble des fibres conyergentes en trois groupes :
i ” Un groupe postérieur ;
2” Un groupe moyen ; ,
3“ Un groupe antérieur.
1° Fibres convergentes des régions cérébrales postérieures. *
(PI. 2-4-5-6 et 18-19.)
Les fibres convergentes des circonvolutions postérieures se présentent sous forme d’un faisceau blanchâtre souvent très-nettement dessiné sur une simple section horizontale et occupant le côté extrême de la cavité ventriculaire correspondante. Les fibres qui le constituent ont toutes la direction antéro-postérieure.
Peu abondantes dans les régions les plus postérieures du cerveau, les éléments
(1) Le mécanisme de la formation des cavités ventriculaires ainsi conçues est confirmé d’une part par l’anatomie comparée, et d’autre part par l’anatomie pathologique, qui nous fait voir que, dans les atrophies anciennes de certaines régions de la substance corticale, la substance blanche qui en émane s’atrophie à son tour et que, de cette résorption lente de la substance nerveuse, il en résulte un élargissement local de la cavité ventriculaire.
(2) Voir la figure shématique^ destinée à donner une idée de l’ensemble et de la direction générale des fibres cérébrales. Recherches sur le système nerveux. Fig. 3, PL 4.
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fibrillaires se juxtaposent les uns au-dessus des autres à mesure qu’ils émerpnt des circonyolutions ambiantes^ de sorte qu’ils constituent bientôt par leur adjonction successixe un faisceau unique légèrement curviligne, à concavité interne et occupant 1 axe même de la pvramide qne représente le lobe cérébral postérieur. Ce faisceau collecteur commun des fibres de toutes les circonvolutions postérieures va donc en augmentant d’épaisseur à mesure qu’il se rapproche des régions postérieures de la couche optique. Arrivées à ce niveau, les fibrilles qui le constituent se dissocient isolément et y pénètrent une à une pour entrer en combinaison avec la substance grise de cette région.
Les planches 4, 5, 6, 7 représentent très-nettement les aspects variés qu’offrent les fibres convergentes postérieures dans leur différent mode de constitution, de groupement et de terminaison ; les coupes verticales 18 et 19 complètent les dispositions pré-, cédentes.
2° Fibres convergentes des régions cérébrales moyennes.
(PL 20-21-22-24-25-26-28 et 30.)
Les fibres convergentes de la région moyenne du cerveau se divisent en trois groupes principaux : les unes proviennent des circonvolutions internes et supérieures ; les autres des régions externes et supérieures, et d’autres des régions inférieures (lobe sphénoïdal).
Celles qui proviennent des circonvolutions internes (PL 26 et 30) sont généralement curvilignes ÿ elles décrivent des courbes d autant plus etendues qu elles émergent de circonvolutions plus élevées. Elles se dirigent toutes de haut en bas et légèrement en dehors.
Celles qui proviennent des circonvolutions les plus externes se dirigent légèrement obliques de haut en bas et de dehors en dedans (PL 30); elles se juxtaposent toutes sur un alignement commun qui occupe sous forme d’un fascicule conoïde les régions latérales du cerveau. Les éléments qui constituent ce fascicule se désagrègent peu à peu et s’étagent successivement en s’implantant dans lés régions correspondantes des couches optiques vers lesquelles ils se dirigent.
Les fibres convergentes des circonvolutions inférieures suivent toutes une direction ascendante et curviligne. Elles s’infléchissent par conséquent en haut et en dedans pour venir s’implanter dans les régions inférieures des couches optiques correspondantes (PL 24, 25, 16, 17).
Elles forment la paroi externe de l’étage inférieur du ventricule latéral et sont groupées sur le même alignement que les fibres convergentes postérieures dont elles continuent la direction (PL 22 et 19).
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3° Fibres convergentes des régions cérébrales antérieures.
(PL 32-34-37-38-39-40. Voir la série des horizontales et la planche 45.)
Les fibres convergentes des régions cérébrales antérieures obéissent aux mêmes lois de distribution que celles des régions précédentes.
Celles qui proviennent des circonvolutions antérieures et internes, continuant la même direction que leurs congénères de la région moyenne, se dirigent légèrement curvilignes en arrière et en dehors. Celles qui appartiennent aux circonvolutions externes et. supé-^ rieures se dirigent en dedans et en bas, de sorte qu’elles viennent toutes, quoique parties de directions opposées, se raccorder au niveau de la région externe et antérieure de chaque corps strié (PL 5, 6, 8, 10 et H). A ce moment, elles se rapprochent et se trouvent peu à peu stratifiées dans le sens vertical, les unes au-dessus des autres. C’est alors qu’elles pénètrent d’un mouvement d’ensemble, dans l’épaisseur même de la substance grise du corps strié, en partageant cette substance grise en deux segments (noyaux intra et extra-ventriculaires du corps strié). Elles se dirigent à partir de leur immersion, sous l’aspect de fascicules plus ou moins spiroïdes superposés et indépendants vers la région antéro-externe de la couche optique. C’est là qu’elles aboutissent et qu’elles se distribuent sans avoir contracté de connexions apparentes avec les fibres spinales antérieures dont elles croisent la direction.
La planche 45 donne une idée très-nette du mouvement de totalité de concentration des fibres, cérébrales convergentes au pourtour de la couche optique.'Les planches 37, 38, 39 les montrent sous leurs différents aspects, étagées les unes au-dessus des autres, au moment où elles transpercent la substance grise du corps strié.
4° Fibres convergentes de Thippocampe.
La circonvolution de l’hippocampe est reliée comme ses congénères aux régions centrales du cerveau à l’aide d’un système spécial d’éléments fibrillaires, qui étalés tout d’abord sous forme de bandelette, se condensent peu à peu pour constituer un cordon cylindroïde (piliers de la voûte). — Une fois arrivées au niveau de la région antérieure des couches optiques, les fibrilles dont les piliers sont constitués se dissocient. Tandis qu’une portion d’entre elles se réfléchit en arrière dans le sens antéro-postérieur pour gagner la substance grise du conarium où elle se distribue, une portion beaucoup plus importante, suivant la direction primitive, s’infléchit en bas et en arrière et va se perdre sous forme de filaments épars au sein des tubercules mamillaires (PL 14 et PL 30).
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Distribution centrale des fibres convergentes.
Les fibres cérébrales, parties de tous les points de la périphérie corticale et juxtaposées, ainsi que nous venons de le voir au pourtour de la couche optique se comportent ultérieurement ainsi que nous allons l’expliquer :
üne'fois arrivées en ce point (PI. 45), elles obéissent alors à deux directions : les unes, continuant leur trajet primitif, pénètrent dans la couche optique et s’y distribuent; les autres au contraire ne font que s’y accoler et, sous forme de fibres spiroïdes réfléchies en dehors, vont se perdre dans la substance grise du corps strié (fibres cortico-striées) (PI. 32-9 et PL 34).
I " Les premières, une fois qu’elles sont en contact avec la couche optique, s’amincissent d’abord et s’y insinuent sous des incidences variées. On les voit alors sous l’apparence de filaments blanchâtres très-déliés, fournir un trajet rectiligne plus ou moins prolongé, et finalement se perdre en se combinant avec les différents noyaux de substance grise des centres de la couche optique (PI. 3, 4 et PL 45).
Ces fibres disparaissent peu à peu suivant le mode habituel des éléments nerveux, en passant insensiblement à l’état de réseaux de substance grise. Au point de vue histologique, les tubes nerveux perdent peu à peu leur myéline et, réduits à leurs cylinders et à une mince enveloppe de tissu conjonctif, constituent des réseaux extrêmement délicats^ au milieu desquels sont réparties les cellules nerveuses (PL 26-27-28).
II est à noter que les différents centres de la couche optique n’amortissent pas seuls les fibres cérébrales convergentes, et qu’une portion de ces mêmes éléments pénétrant plus avant, va se perdre dans les réseaux de substance grise spéciale du troisième ventricule qui représentent dans le cerveau la prolongation de la substance grise de l’axe spinal : ces fibres établissent donc les traits d’union entre la sphère de l’activité psychique et les régions grises de la vie végétative.
2“ Fibres cortico-striées. — Quant aux fibres qui ne pénètrent pas dans la couche optique et qui sont refléchies dans le corps strié, elles présentent des dispositions très-remarquables dont le dernier mot est encore loin d’être prononcé.
S il est jusqu ici à peu près complètement impossible de: les suivre dans tout leur parcours, toujours est-il qu’on peut les déceler très-distinctement sur certaines préparations dans une portion de leur trajet. On les voit en effet se détacher de la masse générale des fibres convergentes sous forme de filaments blanchâtres (PL 32-9, puis se réfléchir de dehors en dedans sous forme de fibres curvilignes emboîtées (PL 34), à concavité externe et antérieure, et se perdre finalement au milieu des réseaux si fins et
LÜYS. ICON. PHOT. DES CENT. NERV. 2
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si délicats qui constituent les noyaux jaunes du corps strié (PI. 31, fig. 2-2*4 et PL 3o, T-9, PL 36, 3 et 4).
Maintenant que deYiennent ces fibres cortico-striées ? Jusqu’où's’avancent-elles ? Se propagent-eUes jusque dans la substance grise du corps strié, en se combinant, d une façon isolée et indépendante, avec les différents groupes des fibres spinales antérieures qui vont pareillement s’y répartir?
Ce sont là autant de problèmes, que nous ne faisons que de poser et dont les recherches ultérieures pourront éclaircir les données; car c’est évidemment dans cette région si compliquée de l’encéphale que sont concentrées les inconnues les plus difficiles à éliminer que présente encore la structure intime des centres nerveux.