ROSACE A
Les maladies de la peau.
Planche XXVIII.
ROSACÉE
Synonymie. — Acné rosea, Acné rosacea, Gutta rosea, Gutta rosea hepaticci. — Couperose. — Acné érythémateuse. — Acné rosacée (Hardy).
Obseuvation. — Marguerite K., 45 ans. Irlandaise. La malade est à la clinique des maladies de la peau du Collège Médical des Femmes. L’éruption existe depuis six ans environ; elle s'est aggravée depuis un mois. La ménopause eut lieu deux ans auparavant. Les digestions sont pénibles et souvent la malade vomit ses aliments. Les désordres gastriques ayant été calmés sous l'influence d’un régime approprié, de la pepsine et du bismuth, on prescrivit, le 0 août 1878, une potion contenant du sulfate de fer et du sulfate de magnésie, et en application locale, la pommade suivante : soufre 4 parties, acide tannique 4p. ; cosmoline92 p. Une amélioration rapide eut lieu. Le 17 septembre l’éruption avait complètement disparu et la malade était beaucoup plus forte.
La rosacée est une maladie chronique de l’àge mûr.
Elle se développe sur le visage et résulte d’une dilatation des vaisseaux sanguins et d’une hypertrophie du tissu connectif.
Les symptômes principaux sont : de la rougeur et une tendance au développement de tubercules et de pustules. Elle a été décrite par quelques auteurs comme une variété d’acné, et même ceux qui l’ont considérée comme une affection distincte lui ont donné le nom d 'Acné rosacée. D’autres auteurs, pour la distinguer de l’acné, lui ont donné un nom ancien, mais très expressif, gutta rosea ou gutta rosacea. Depuis peu on a séparé la rosacée de l’acné, sous le double point de vue du nom et de la nature. Cette réforme aura probablement pour effet de dissiper l’erreur qui consiste à confondre ces deux maladies.
La rosacée est commune aux deux sexes. On la rencontre surtout entre 30 et 30 ans. Elle a presque toujours son siège sur la ligne médiane de la figure. Les parties les plus souvent atteintes sont les joues, immédiatement au-dessous du bord sous-orbitaire. Dans les cas graves, un triangle d’un rouge vif se montre sur chaque joue entre ce rebord, l’arcade zygomatique et les muscles labio-nasaux. On observe souvent une forme plus légère sur le milieu du front, au-dessus de la racine du nez; à une courte distance des commissures des lèvres, on voit fréquemment quelques taches rosées isolées.
La variété la plus simple de la rosacée est celle qui apparaît sous forme de macules rouges foncées ou de papules légèrement saillantes, résultant d’une congestion chronique ou d’une dilatation du plexus vasculaire superficiel, situé, autour de l’orifice d’un follicule. Ces taches ou gouttes rosées présentent quelquefois un point central d’une coloration plus foncée. Ce point est plus saillant et parfois surmonté d’une squame ou d’une mince croûte. Le groupement de ces taches circulaires forme une plaque violacée, à surface saillante et inégale, parsemée d’orifices folliculaires béants et qui ressemble à une peau d’orange. A mesure que la maladie progresse, la plaque se couvre de tubercules, qui fendent habituellement à suppurer. Le sommet arrondi du tubercule prend une coloration jaune blanchâtre. Lorsque le malade se frotte la figure avec les mains ou une serviette, il s’écoule une petite goutte de pus qui, en se desséchant, forme une croûte de coloration foncée. Souvent les tubercules suppurent plus franchement et, dans les cas anciens, il se développe de nombreuses pustules ou abcès.
Fox. — 5a — 28
ROSACÉE.
Ces pustules ne sont pas d’origine glandulaire. Elles diffèrent des pustules d’acné par leurs sommets arrondis et l’absence d’un comédon central. Dans l’acné, particulièrement dans l’acné indurée, il se développe quelquefois des pustules semblables ou de petits abcès superficiels, qui n'ont aucun rapport avec les glandes sébacées.
La dilatation des vaisseaux sanguins superficiels, quoique commune dans la rosacée, n’est pas un élément essentiel de la maladie. Lorsque cette dilatation est très marquée, ce qui arrive souvent sur les ailes du nez, on lui donne le nom de Rosacée variqueuse.
La forme la plus curieuse de la maladie est connue sous le nom de Rosacée hypertrophique. Elle ne se montre qu’à une période avancée de l’affection et siège principalement sur le nez. Les bosselures de la peau qui caractérisent la forme commune de la rosacée s’exagèrent à un tel point, que le nez prend des proportions phénoménales. De nombreuses tumeurs, dont le volume varie depuis celui d’un gros pois jusqu’à celui d’un petit œuf, et fréquemment pédiculées, font souvent saillie sur les côtés et l’extrémité du nez. Celui-ci peut atteindre le volume du poing, empêcher partiellement la vision ou pendre devant la bouche. Heureusement cet état est assez rare pour constituer une curiosité dermatologique.
La rosacée ressemble à 1 'acne\ en ce qu’elle est souvent occasionnée par des désordres gastriques et utérins.
Le traitement consiste en moyens internes et locaux, employés simultanément. Pour réussir, il faut découvrir les causes prédisposantes et déterminantes de l’éruption. On fera disparaître les troubles digestifs et l’on prescrira une hygiène sévère. Pour être utiles, les applications locales doivent être proportionnées aux susceptibilités des malades. Dans les formes légères, lorsque la peau est irritable, mais encore peu épaissie, on peut employer, pendant que l’on attaque la maladie par un traitement interne, la lotion suivante :
y Borax . 4 gr.
Glycérine pure . 8 gr.
Eau de roses...» . 128 gr.
Mêler. En lotions sur la ligure.
La lotion suivante est un peu plus stimulante :
y- Soufre précipité . 10 gr.
Esprit de lavande . . . 90 gr.
Mêler. Agiter avant de s’en servir.
Quand on peut avoir recours à des topiques encore plus excitants, un mélange de pommade à l’oxyde de zinc(l) et de pommade mercurielle ammoniacale (2) à parties égales est utile. Enfin, lorsqu’il existe une infiltration très marquée de la peau, des frictions avec du savon sont indispensables. On scarifiera les vaisseaux dilatés et, lorsque l’hémorrhagie aura cessé, on recouvrira la partie malade avec du collodion élastique.
La forme hypertrophique exige un traitement chirurgical.
(1) Unguentum zinci oxidi. — Oxyde de zinc 1 p., axonge benzoinée 5 p. (trad.).
(2) Unguentum hydrargyri ammoniati. — Mercure ammoniacal 1 p., cérat 12 p. — Le mercure ammoniacal est un précipité blanc que l’on obtient en faisant réagir de l'ammoniaque sur du sublimé corrosif (trad.).
LEUCODERMA.
Les maladies de la teau.
Planche XXIX
LEUCODERMIE
Synonymie. — Yitiligo. — Acliromatio. — Atrophie pigmentaire de la peau. — Leukosis. •- Albinisme Rayer'. — Morphée,
Observation. — Mm0 B., G8 ans, veuve, de nationalité écossaise, a été traitée parle DrE. B. Bronson. La maladie débuta il y a deux ans, sous la forme de taches blanches situées sur les mains. Mmc B. a toujours joui d’une bonne santé. La peau du visage, du cou et des bras est d’une coloration plus foncée qu'à l’état normal, comme si elle avait été exposée au soleil. Sur la peau ainsi pigmentée, on voit des plaques irrégulières, bien délimitées, blanches. On les remarque surtout sur le dos des mains, sur le front, à la naissance des cheveux, sur les paupières inférieures, au-dessus des oreilles et sur le bras. La malade croit qu’un de ses frères a eu la même affection.
La leucodermie ou vitiligo, comme l’affection est quelquefois nommée, résulte d’une disparition du pigment de la peau. Elle se développe sous forme de taches ou de plaques, sur différentes parties du corps. C’est une affection rare, qui se manifeste habituellement dans l'âge mûr, souvent chez des personnes qui semblent jouir d’une santé excellente. Les taches de leucodermie ont une tendance à s’agrandir graduellement, et en cela elles diffèrent de l’albinisme partiel; mais souvent elles restent stationnaires pendant bien des années, et quelquefois disparaissent spontanément. Au début, les taches sont rondes, en grandissant elles deviennent ovales; puis, en se réunissant, forment de larges plaques irrégulières, d’une coloration blanc laiteux, ou légèrement rosée, quand la circulation est très active. La peau adjacente, surtout celle qui entoure immédiatement la plaque, est plus foncée que d’habitude, ce qui rend le contraste plus frappant. La pigmentation décroît à mesure qu’on s’éloigne du bord de la plaque et reprend son aspect normal à 2 centimètres environ de distance.
La maladie consiste en une distribution inégale du pigment, qui est transporté d'un point à un autre de la peau. Au début, les plaques sont nombreuses, petites et isolées. Naturellement, à mesure qu’elles s’agrandissent et se réunissent, leur nombre diminue. Elles se développent de préférence sur la face, le cou et les mains. De ces points, elles s’étendent indéfiniment et envahissent la plus grande partie du corps. C’est, ce qui arriva dans un cas cité par Hébra. Le malade, âgé de cinquante-six ans, n’offrait plus de pigment brun que sur les parties les plus périphériques du corps, par exemple sur la face dorsale des pieds et des mains; ce pigment était interrompu sur la partie externe des doigts, au coude et au visage; dans ces régions, on trouvait alternativement des taches brunes et des taches blondes. Les poils de la barbe, situés sur ces dernières, étaient gris, la tète presque entièrement chauve et décolorée, et tout le reste du corps était aussi sans pigment.
Puisque la maladie est simplement due à une absence de pigment dans les cellules de la couche de Malpighi, il s’ensuit que la partie malade n’est ni élevée ni déprimée, ni plus épaisse ni plus molle (pie la peau normale. Quelquefois les plaques paraissent être sensibles à l’action du soleil et des irritants internes. Elles ne sont jamais le siège de desquamation, ni d’aucun symptôme général ou local, tels que douleurs, démangeaisons, hyperesthésie, anesthésie, etc. Lorsque la leucodermie atteint des parties garnies de poils, ceux-ci blanchissent plus ou moins. Elle se montre quelquefois sur le cuir chevelu,
LEUCODERMIE.
A première vue, lorsque la maladie est très étendue, il est quelquefois difficile de dire si elle est caractérisée par des plaques blanches ou par des plaques pigmentées. 11 faut alors se rappeler le fait suivant : la plaque leucodermique envahit la peau suivant une ligne convexe et alors le bord de la peau saine avoisinante est concave. Donc, dans un cas douteux, si la peau blanche est limitée par un bord convexe ou festonné, il est évident que nous sommes en présence d’une plaque de leucodermie ou d’albinisme partiel. Si au contraire les plaques blanches ont un bord concave, ou ébréché, pour ainsi dire, par les prolongements plus foncés, il est évident que des parties blanches sont des portions de peau saine et que nous avons affaire à un chloasma ou naevus pigmenté , affection caractérisée par une augmentation du pigment.
Au début de la maladie, les taches rondes sont très visibles et d'un diagnostic facile. Celui-ci devient plus difficile quand la partie de la peau atteinte de leucodermie est aussi étendue que la partie saine. Il se simplifie, cependant, quand on se rappelle que les taches de leucodermie présentent un bord convexe ou festonné. La leucodermie se distingue de Y albinisme partiel qui, chez les nègres surtout, lui ressemble beaucoup en ce que les plaques ne sont pas congénitales, elles ne se développent que dans l’âge adulte ; elles 11e restent pas stationnaires, mais tendent à s’agrandir indéfiniment. Dans la lèpre, on rencontre des plaques blanches circulaires, qui ressemblent à celles de la leucodermie; mais elles sont caractérisées non seulement par une défaut de pigment, mais encore par des lésions atrophiques et une perte de la sensibilité.
Le traitement n’est guère encourageant. — Quelques médecins prétendent que la leucodermie est incurable, d’autres qu’elle peut guérir spontanément. On peut prescrire l’arsenic, le phosphore, l'huile de foie de morue, le fer et d’autres remèdes capables d’exercer une influence sur la nutrition de la peau, avec la conviction qu’ils réussiront aussi bien, sinon mieux, que d’autres remèdes.
Localement on peut essayer de faire disparaître la pigmentation exagérée, qui entoure les plaques blanches, par des applications d’acide nitrique concentrée, ou d’une solution de sublimé corrosif a 1 p. 100, ou de vésicatoires. Ce traitement ne guérira pas la maladie, mais diminuera la pigmentation de la peau. On pourrait peut-être atteindre le même résultat, en appliquant de la moutarde ou d’autres corps irritants sur les plaques, afin d’y réveiller des phénomènes inflammatoires, qui pourraient être suivis d’un dépôt de pigment comme cela arrive souvent à la suite de l’eczéma et d’autres affections chroniques de la peau. Lorsque les plaques sont étendues, on pourrait employer la solution suivante :
Acétate de zinc . 6 gi\
Glycérine . 2 gr.
Esprit de citron . 92 gr.
Mêler .
ALOPECI A areata.
Le5 maladies de la peala
Pl ANCHE XXX.
ALOPÉCIE CIRC 0 N S C U i T E
Synonymie. — A/upecia areala (Sauvages). — Porrigo decalvans (VVilhu, Batcman). Tinea (1er ai ans — Alopecia parlialis, Aloj r. lia circu rscripta (Fuclis). — Pelade (Hardy).
Observation . — J. L., 46 ans, Le malade esl d’un tempérament très nerveux, mais paraît jouir d’une bonne santé. Il raconte que son père était chauve; qu’un frère aîné avait eu de beaux cheveux ; qu’une sœur cadette avait eu, il y a deux ans, sur la tète, une seule plaque chauve, qui s’était guérie spontanément. Sa maladie débuta il y a environ un an. A celle époque sa femme aperçut, un jour qu'il venait de se faire couper les cheveux, trois petites plaques dénudées sur le côté de la tète et sur l’occiput. Depuis cette époque, d’autres plaques se sont montrées sur le cuir chevelu, les joues et la lèvre supérieure. Celles-ci se sont réunies pour former de longues surfaces linéaires, dépourvues de cheveux, situées surtout sur la tète. Une plaque unique existe sur la face postérieure do l’avant-bras gauche. A la parlie supérieure et sur le côté de la tôle, il y a des endroits qui sont complètement chauves, d’aulrcs qui sont parsemés de cheveux blancs, clairsemés. A gauche de la suture sagittale, se trouve une bande de cheveux foncés, qui ne sont pas tombés. Le sommet de la tôle, quoique en réalité chauve, est garni de quelques cheveux tins. Vu de loin, l’occiput présente un aspect étrange; on y aperçoit environ quinze ou vingt petites surfaces dénudées, dont l’étendue varie depuis celle d’une pièce de oO centimes à celle d’une pièce de ü francs. Entre ces plaques les cheveux sontnormaux. La partie postérieure du cou est garnie d’une immense quantité de cheveux, tandis que, sur la partie inférieure de l’occiput, on voit une longue surface chauve, transversale, qui s’étend d’une oreille à l’autre, brisée par une bande étroite et verticale de cheveux normaux, située à gauche. Les sourcils sont sains. La barbe, qui avait eu une teinte foncée, commença à être striée sur les côtés par des poils blancs, peu de temps après que la maladie s’était montrée sur le cuir chevelu. L'alopécie n’a été précédée ni suivie d’aucune modification de l’état général du malade. Il affirme qu’il se sent aussi bien maintenant qu’à aucune autre époque de sa vie.
L’alopécie circonscrite esl une affection qui débute subitement, sur un ou plusieurs points à la fois et qui produit rapidement des taches lisses, blanchâtres, circulaires et d’étendue variable. Celles-ci s’étendent plus ou moins à la périphérie et soin eut se confondent pour former des taches plus grandes, irrégulières ou allongées. La maladie n’atteint pas seulement le cuir chevelu et la barbe, mais aussi le pubis et les aisselles; dans quelques cas rares, il ne reste plus un seul poil sur le corps. Celte affection n’a aucun l'apport avec l’alopécie ordinaire; elle se développe très souvent chez les jeunes sujets et peul atteindre même des individus qui ont une chevelure abondante. Elle n'est accompagnée ni de démangeaisons, ni d’autres symptômes subjectifs. Après un laps de temps plus ou moins long, un léger duvet réapparaît sur les surfaces dénudées. Ce duvet est souvent blanc au début, mais il finit par acquérir une certaine quantité de pigment ; finalement toute trace de la maladie disparait. Lorsque les plaques chauves sont nombreuses, on remarque que quelques-unes d’entre elles guérissent plus rapidement que les autres; quelquefois la maladie récidive.
Il y a peu de chose à dire sur l 'étiologie de cette affection. Elle parait dépendre d un trouble tonetionnel du système nerveux. On lui a assigné une origine parasitaire, mais les preuves font défaut. Deux ou plusieurs cas se montrent souvent dans une même famille, fait qui semblerait indiquer une tendance ou prédisposilioit héréditaire.
Le diagnostic est facile. La trichophylie peut lui ressembler; mais dans cette affection les cheveux se brisent et ne tombent pas; elle produit des taches rugueuses, squameuses, très différentes de celles de l’alopécie. Les deux affections peuvent, cependant, exister ensemble.
Fox. - 60 — 30