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Les maladies de la peau.
Planche XXX t.
CHÉLOÏDE
Synonymie. — Cancroïde, chéloïde (Alibert). — Kcloïde (Fox). — Tubercules durs, Cancroma, cancre blanc, le crabe, dartre do
graisse (Retz).
Observation. — H. est âgé de 27 ans. Le malade appartient au Dr W. T. Bull. Dix-huit mois avant que fût faite la photographie, il eut une variole grave, qui lui défigura considérablement le visage. Au moment de quitter l'hôpital, il se développa sur les joues des tumeurs, qui depuis ont augmenté lentement de volume. Une petite tumeur fut excisée, mais elle repoussa presque immédiatement après la cicatrisation de la plaie. On donnerait volontiers le nom de chéloïde fausse ou cicatricielle à la maladie, telle qu’on l’observe chez notre malade. En apparence, cependant, elle ne diffère pas essentiellement de la chéloïde spontanée, et elle contraste fortement avec l’hypertrophie cicatricielle réticulée, que l’on observe souvent sur la face, à la suite de la variole. Le prolongement bifurqué que l’on voit sur la joue est caractéristique et ressemble à une patte de crabe. Sur le cuir chevelu, ainsi que sur le nez, la maladie se présente sousforme décrétés linéaires. Le lobe de l’oreille, quoiqu’il ait été percé pour porter un anneau, est sain.
La chéloïde est une tumeur cutanée, qui se développe habituellement sur une cicatrice. Elle résulte d’une formation nouvelle de tissu connectif, et peut atteindre plusieurs parties du corps. Son volume varie ; généralement petite, peut, dans quelques cas rares, atteindre des dimensions considérables. Elle est le plus souvent unique; d’autres fois, cependant, les tumeurs sont multiples, particulièrement lorsqu’elles se développent sur des cicatrices. Sa forme est ordinairement ovalaire, irrégulière, plus ou moins aplatie ; dans les cas typiques, elle est surmontée de un ou plusieurs prolongements droits ou bilurqués, d’où son nom de chéloïde (qui ressemble à une patte de crabe). Tantôt la tumeur s’élève perpendiculairement au -dessus de la peau, et forme une saillie dure et convexe; tantôt elle est réticulée, par suite de l'entrelacement de crêtes cicatricielles. Ses bords sont quelquefois saillants et entourent une portion centrale déprimée. Sa surface est lisse, d'une coloration blanchâtre ou rosée ; on y voit fréquemment un réseau fin de petits vaisseaux dilatés. La tumeur est dure et élastique au toucher; ordinairement sensible à la pression, elle est parfois le siège de vives douleurs spontanées. Les prolongements qui surmontent la chéloïde, tendent à se rétracter et à produire un plissement de la peau, semblable à celui que I on voit se produire autour des brûlures étendues.
La région sternale est le siège de prédilection de la chéloïde. Elle apparaît alors sous la forme d'une tumeur aplatie et allongée, située transversalement sur la ligne médiane. On l’observe aussi sur le dos et les côtés du thorax, sur le cuir chevelu et le visage.
Son développement est lent et n’est jamais accompagné de symptômes généraux. Elle ne s’ulcère jamais et, règle générale, elle ne tend pas à disparaître spontanément. Après avoir atteint un certain volume, elle persiste pendant de longues années, sans se modifier.
Les causes de la chéloïde sont inconnues. L’observation nous apprend que dans la grande majorité des cas, elle se développe sur des points où la peau a été lésée, sur les cicatrices, qui résultent de l'acné, de furoncles, de la 'variole, de la vaccine. Les nègres y sont plus sujets que les blancs. La cause de ce phénomène est inconnue. Peut-être dépend-il d’une particularité de la race, ou de ce fait, que les nègres sont plus sujets à être marqués par la variole; qu’ils portent très souvent des cicatrices, résultat d'abcès strumeux et de coups de fouet. La chéloïde n’est jamais héréditaire.
Fox. — 61 — 31
G li ELU IDE.
On l’a divisée en chéloïde spontanée et Ch. cicatricielle. La première embrasse les chéloïdes d’origine idiopathique; la seconde, celles qui se développent sur des cicatrices, il est probable qu’elles ouf toutes une origine traumatique, et que les tumeurs, dites idiopathiques, sont survenues à la suite de lésions insignifiantes, d’une simple piqûre d’épingle, qui aurait passé inaperçue. On sait, en effet, que des chéloïdes volumineuses et douloureuses peuvent survenir à la suite de la plus petite blessure de la peau.
Quant au terme fausse chéloïde , on aurait tout avantage à l’abandonner ou à l'appliquer à l’hypertrophie des cicatrices, affection qu’il ne faut pas confondre avec la chéloïde.
Le terme chéloïde, comme beaucoup d’autres termes dermatologiques, a perdu sa signification primitive et a été appliqué à des affections très différentes. Ainsi il existe la chéloïde d’Alibert et la chéloïde d’Addison, ou morphéc. La nature de cette dernière est très incertaine. En tous cas, ce n’est pas une chéloïde.
Le diagnostic en est habituellement facile. Une tumeur dure, élastique, surmontée de prolongements (qui font quelquefois défaut), un plissement de la peau environnante, une longue durée, la conservation de la santé générale, tels sont les traits caractéristiques qui permettent de la distinguer de toutes les autres affections. Le diagnostic entre la chéloïde vraie et la Ch. fausse, suivant les auteurs, qui établissent entre elles une distinction, se tire de l’origine idiopathique ou traumatique de la tumeur. Nous avons déjà fait remarquer que cette origine est souvent incertaine ; par conséquent la distinction est inutile. Il faut se rappeler, cependant, que certaines cicatrices deviennent quelquefois épaisses et bosselées; elles se distinguent alors difficilement des chéloïdes.
Le succès du traitement, dépend en grande partie des idiosyncrasies du malade ; une méthode qui réussirait admirablement dans un cas, échouera dans un autre. Il faut donc être très réservé en parlant de Y effet probable du traitement que l'on va instituer. L’excision et la cautérisation sont plutôt nuisibles qu’utiles, caria chéloïde réapparaît habituellement, même avant la cicatrisation de la plaie, et atteint un volume bien plus considérable qu’avant l’opération. Cela est surtout vrai dans les cas où la tumeur suit une marche progressive. Lorsque la maladie est restée stationnaire pendant plusieurs années, on pourrait employer avec précaution de la potasse caustique, ou de l’acide acétique glacial. Depuis peu, j’ai vu un cas de chéloïde réticulée, qui était survenue après une variole et dans lequel une grande amélioration était survenue à la suite d'incisions parallèles et de cautérisation avec un acide concentré. Une pommade à l'iodure de plomb ou à l’iodure de potassium, ou du collodion élastique, peuvent être appliqués sans crainte. Si la maladie est accompagnée de douleurs vives, on doit avoir recours à des injections hypodermiques de morphine, ou à des lotions calmantes.
FIBROMA