L.ES MALADIES DE LA PEAU
Planche XXXII.
Observation. - M. K., 48 ans, Irlandais. Le malade appartient au I)1' James R. Wood. La tumeur pendante que l’on observa sur le côté droit de la tôle et un certain nombre d’autres petites tumeurs molles situées sur différentes parties du corps, étaient congénitales. La tumeur du cuir chevelu avait augmenté de volume jusqu’à l’âge de 30 ans. Depuis que le malade est venu se fixer aux États-Unis, il y a IG ans, elle ne s'est pas modifiée d’une manière permanente. Par moments, cependant, elle est plus lourde et plus chaude. Cette augmentation de volume est due à une congestion passagère. Le poids de la tumeur est plus gênant en été qu’en hiver. Exposée à une basse température, la tumeur se refroidit, mais ne devient cependant pas insensible. Il y aenvironcinq ans, 'pendant qu’il travaillait, une pelletée de gravier lui fut jetée accidentellement sur le côté droit de la tête. Par suite de cet accident, il dut entrera Bellevuc Hospital (avril 1878). Le gravier avait produit plusieurs plaies sur la tumeur, celles-ci continuèrent à suppurer, et devinrent le point de départ d’un érysipèle. Depuis celle époque, il a travaillé dans l’intérieur de l’hôpital et a souffert de nouveau d’un érysipèle, affection à laquelle il paraît être sujet. Les petites tumeurs situées sur les autres parties du corps ne se sont pas modifiées depuis l’enfance. La tumeur du cuir chevelu, constituée par un repli flasque et pendant de la peau, est molle ; sa base est large et s’étend du sommet de la tète en arrière, au front en avant, et occupe la ligne où habituellement l’on porte la raie. On peut la soulever de sa position normale et la remonter au-dessus de la tête. Lorsqu’on tient la base de la tumeur entre le pouce et les doigts, on sent les deux parois du cuir chevelu glisser l’une sur l’autre et former un pli d’environ 3 ou 4 centimètres d’épaisseur. La tumeur est lobulée et paraît résulter de la réunion de quatre ou cinq tumeurs placées l’une à côté de l’autre. L’oreille, quoique comprimée, a une forme normale, mais au-dessus de l’arcade zygomatique on note une dépression très marquée. Les os de la fosse temporale sont extrêmement (minces et cèdent à la pression. Si la partie du cuir chevelu comprise dans la tumeur est mince et d’une coloration rouge foncé, sur sa face interne, le cuir chevelu prcsenle au contraire une coloration blanche, presque normale. Le teint du malade est basané ; la tumeur néanmoins n’est pas pigmentée. La sensibilité est normale. Les cheveux sont rares, mais sains. Les follicules sont apparemment normaux, quant à leur nombre et à leur structure ; mais, par suite du tiraillement de la peau, produit par le développement exagéré du tissu connectif, ils sont espacés les uns des autres d’environ 6 millimètres. Les cheveux y sont plus faciles à arracher qu’ailleurs. Il y a six petites tumeurs sur le visage et la tête, dont le volume varie depuis celui d’un pois à celui d’une grosse noix et qui ne diffèrent pas essentiellement de la grosse tumeur. Sur la hanche droite et la jambe gauche on voit deux petites tumeurs libro-aréolaires, sessiles et molles, presque du volume d’un œuf de poule. Environ cent autres tumeurs du même genre sont répandues sur le tronc et les extrémités. Les unes paraissent comme des replis saillants de la peau, d’autres plus profondes ne produisent sur la peau qu’une simple élévation hémisphérique.
Cherchant un nom pour la tumeur représentée dans la planche XXXII, j’aurais pu en choisir un dans la longue liste de noms, que les auteurs ont appliqués à des tumeurs du môme genre, exemple : Molluscum penclulum , Molluscam fibrosum, Fibroma mollascum, pachydermatocèle, Cutis pendilla, dermatolysie, élephanliasis des Arabes et Elephantiqsis mollusca. ,1e préfère le nom de fibrome penduleux.
Le fibrome consiste en une hyperplasie, ou en un développement nouveau de (issu connectif et se produit sur différentes parties du corps. Il peut être simple ou multiple, d’une structure dense ou lâche. 11 est toujours bénin. Se développant dans la peau, il envahit le derme et les tissus réticulés sous-jacents et produitdes tumeurs circonscrites, de formes et de dimensions variables, habituellement molles et flasques, petites et sessiles (fibromes simples), ou plus grandes et pédiculées (fibromes pyriformes) ou composées, c’est-à-dire constituées par un ou plusieurs replis, insérés sur une large Fox. —Q3 — 32
FIBROME.
hase (fibrome penduléux ou plissé). Il est quelquefois congénital et augmente graduellement de volume; d’autres fois il se développe après la naissance. Souvent il est héréditaire et affecte deux ou plusieurs membres d'une même famille.
Ordinairement le fibrome se présente sous la forme d’une petite tumeur molle, en forme de poche ou de polype, rattaché à la peau par un long pédicule, et situé habituellement sur le cou, la poitrine ou le dos. Le tronc et les extrémités peuvent être parsemés d’un nombre indéfini de petites tumeurs molles, dont le volume varie depuis celui d'un pois à celui d'une noix. Les fibromes n’exercent aucune influence sur la santé du malade.
lie temps à autre, un fibrome isolé devient grand, pendant et pédiculé. Ainsi la planche XVIII de notre série de photographies des maladies de la peau représente une femme qui portait une tumeur pyriforme du volume du poing, qui pendait,* par un long pédicule mince, entre le sein gauche et l'aisselle. Dans la plupart de ces cas, la peau est normale, mais tiraillée par suite d'un développement considérable du tissu fibreux et aréolaire sous-jacent. Enfin nous arrivons à une série de ces cas semblables à celui qui est représenté dans la planche XXX. Cette tumeur ne diffère pas essentiellement du fibrome pédiculé, quoique le derme soit d’ordinaire plus spécialement envahi. Les conduits sébacés sont quelquefois distendus, et, lorsqu'on les comprime, il en sort des filaments blanchâtres. Cette forme pendante, qu’elle se présente sous l’aspect de replis ou de grandes tumeurs pédiculées, coïncide généralement avec un certain nombre de petits fibromes sessiles, identiques quant à leur nature, mais différents de forme et d’aspect. Sous le nom de dermatohjsie , elle a été décrite comme une hyperplasie de la peau, une affection distincte du fibrome. Dans quelques cas la peau paraît épaisse, d’une texture grossière; dans d’autres, elle est atrophiée par suite du tiraillement qu’elle subit et paraît lisse et fine.
Le traitement du fibrome n’est pas urgent, car l’affection ne produit aucun malaise. Lorsque les tumeurs sont petites, on peut les abandonner à la nature. Quand elles sont grandes et pédiculées, on peut en pratiquer l’ablation à l’aide du bistouri, du gai vano-cau 1ère, ou de la ligature élastique. Dans la forme pendante, il ne faut pas oublier qu’une opération peut devenir le point de départ d’un érysipèle. On a réussi néanmoins à les enlever.
Les maladies de la peau.
Planche XXXIII.