XLVIII. Porrigo pédiculaire
COMEDO
Les maladies de la teau.
Planche I.
COMÉDON
Synonymie. — Acné punctata, Puncta mucosa (Darwin). — Varus comedo, Varus vormiformc (Alibert). — Acné ponctuée (Hardy).
Orservation. — C. D., âgé de seize ans, américain; le malade fréquente le dispensaire de New-York. C’est un exemple typique du tempérament lymphatique. Santé bonne. Ce malade a des habitudes de désordre. La peau du visage est épaisse, dure et empâtée, la circulation lente et la sécrétion des glandes sébacées notablement exagérée. Le nez est gros et huileux ; ses parois, de môme que le front, sont parsemées de nombreux orifices glandulaires béants. Sur les joues, les comédons sont nombreux et volumineux. Pas de pustules d’acné. Le traitement fut purement local. Pendant la première semaine le malade fit trois visites au dispensaire ; les canaux sébacés furent vidés à l’aide d’un compresseur à comédons et d’abondantes lotions au savon. Une amélioration notable eut lieu immédiatement, et au bout de trois semaines, sans autre traitement, le malade fut renvoyé comme étant guéri. J’ai rarement vu un cas si bien caractérisé et présentant en môme temps si peu de tendance à la congestion folliculaire.
Le comédon est une affection des glandes sébacées et se présente seul ou associé à l’acné.
Le comédon consiste en une sécrétion exagérée de matière sébacée, qui, en se durcissant, distend les canaux sébacés. La peau peut être passablement lisse et parsemée de nombreuses taches noirâtres, qui indiquent le siège des orifices cutanés des canaux sébacés, ou, comme cela arrive habituellement, de petites papules coniques, surmontées d’un point noir. Cette coloration est due à l’adhérence de particules de poussière à l’extrémité du bouchon graisseux qui remplit le follicule. Chez les malades qui travaillent dans une atmosphère chargée de poussières, et particulièrement chez ceux qui économisent le savon, ces points noirs augmentent en nombre et en volume, jusqu’à ce que la face présente l’aspect d’un tatouage résultant d’une explosion de poudre. Lorsqu’on comprime le comédon, il en sort un corps cylindrique, vermiforme, composé de matière sébacée et de cellules épithéliales.
Cette affection a son siège habituel sur le visage, et peut-être un peu moins souvent à la partie supérieure du dos. Assez fréquemment on voit quelques comédons dans la région sternale et sur les côtés du cou. Les glandes sébacées du nez, qui sont nombreuses et à l’état normal assez volumineuses, ne se laissent pas beaucoup distendre. Cependant, presque toujours, on peut exprimer des follicules de l’extrémité et des ailes du nez des cylindres blanchâtres ayant une longueur d’environ trois ou quatre, millimètres. On voit également des comédons dans la conque de l’oreille; dans cet endroit ils sont très adhérents et difficiles à exprimer. Sur le front et les tempes les comédons ne sont ni aussi volumineux ni aussi nombreux que sur les joues. Ils peuvent être mous, blanchâtres, granuleux, et lorsqu’on les fait sortir des canaux sébacés fisse contournent en spirale. Dans les cas où l’affection est ancienne, ils peuvent être plus ou moins durs, d’une coloration jaunâtre, pyriformes et lorsqu’on les comprime à l’aide d’un tube en argent ou d’un compresseur à comédons ils s’échappent en produisant un bruit sec.
Lorsqu’on examine un comédon, on voit qu’il est généralement composé de trois parties : une extrémité noirâtre, correspondant à l’orifice du follicule : une partie jaunâtre, dure, qui correspond au canal glandulaire ; une extrémité molle et blanchâtre, qui représente la sécrétion récente de la glande.
L’examen microscopique de la matière sébacée qui compose le comédon démontre quelquefois la
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COMÉDON.
présence d’un parasite appelé Steatozoon ou Acarus folliculorum (1). Quelquefois plusieurs de ces parasites microscopiques habitent le même follicule. Ils sont parfaitement inoffensifs et existent dans les follicules, sains, aussi bien que dans ceux qui sont distendus par une accumulation de matière sébacée.
Ordinairement le comédon n’exige qu'un traitement local; quelquefois il faut avoir recours à un traitement général.
11 s’agit d’abord de vider les canaux glandulaires. Le malade lui-même pourrait pratiquer cette petite opération à l’aide des ongles ou d’une clef de montre. Mais comme la forme carrée du trou de la clef et son extrémité rugueuse pourraient blesser la peau, on a inventé plusieurs petits compresseurs à comédons. L’instrument le plus simple est un tube en argent, long de cinq ou six centimètres, arrondi à ses extrémités et du diamètre d’une aiguille à tricoter. On place l’extrémité de ce tube sur le sommet du comédon, et on exerce une pression rapide et ferme ; le cylindre sébacé sort sans douleur. Lorsqu’on exprime les comédons situés au niveau des saillies osseuses, telles que les pommettes des joues, le bord de la mâchoire ou du nez, il faut avoir soin d’empêcher le tube de glisser et de déchirer la peau.
Les follicules vidés, on lave le visage avec de l’eau très chaude, pour prévenir la congestion qui pourrait résulter de l’emploi de l’instrument.
On doit prescrire l’usage journalier du savon, afin de stimuler les glandes et d’enlever les matières grasses qui s’accumulent dans les canaux qui ne sont pas suffisamment distendus pour exiger l’emploi du compresseur à comédons. Le savon enlève aussi des orifices folliculaires les nombreuses taches noires, qui, malgré les soins de propreté, défigurent le visage de certains jeunes sujets dont la sécrétion glandulaire est très active.
Lorsqu’il y a tendance à l’inflammation glandulaire et que l’usage du savon l’accentue, on peut baigner le visage avec de l’eau chaude, à laquelle on ajoute un peu de borax ou de son.
Chez les femmes, le savon rend souvent la peau tendue et brillante. Pour y remédier il suffit de la frictionner avec un morceau de flanelle ou de peau de chamois, et s’il y a lieu on applique de la poudre d’amidon ou de lycopode. Comme lotion on peut employer la formule suivante qui est légèrement astringente et qui exerce une action bienfaisante sur la sécrétion glandulaire :
Sulfate de zinc. . . . 4 gr.
Eau de fleurs d’oranger. . . . . . . . . 200 gr.
( I) Ou Democlex folliculorum (Owen), Simonea folliculorum (Gcrvais). — On y trouve aussi les spores d'un champignon et môme la puccinie. ( Tracl .)
VARICELLA.
Les maladies de la peau.
Planche II.
VARICELLE
Synonymie. — Varicelta, Variola spuria, Pemphigus varioioides. — Vérolette. — Petite vérole volante. — Chicken pox.
La varicelle est une affection exanthémateuse bien connue, de la première et de la seconde enfance. Le nom suggère line idée de rapport entre cette maladie et la variole. Il existe, en effet, quelques analogies entre elles. Jusqu’au moment où l’inoculation de la variole prévalut en Europe, on considéra la varicelle comme une forme légère de cette maladie, et son histoire fut intimement liée à celle de la variole.
Au commencement du dix-huitième siècle, Lady Wortley Montagu, femme de l’ambassadeur d’Angleterre à Constantinople, eut connaissance des inoculations de la variole que l’on faisait pour diminuer l’intensité et la gravité de cette affection ; elle lit pratiquer l’opération sur ses enfants et la préconisa avec tant de zèle quelle parvint à la faire adopter, non seulement en Angleterre, mais dans toute l’Europe. C’est à cette époque que l’attention des médecins fut dirigée sur l’étude de la varicelle, et la question de sa nature spécifique devint importante pour déterminer la valeur de l’inoculation.
Celle innovation rencontra naturellement une vive opposition. Ses adversaires, voyant que les malades, après avoir guéri de la variole inoculée, pouvaient être ensuite atteints d’une affection qu’ils considéraient comme la variole, affirmaient que l’inoculation n’avait aucune valeur prophylactique. Ses partisans, au contraire, déclarèrent que les éruptions vésiculaires et pustuleuses qui se manifestaient quelquefois après la variole, n’étaient pas de nature varioleuse, que c’étaient des affections distinctes, auxquelles ils donnèrent les noms de varioloïde et de varicelle.
La discussion devint encore plus vive, quand Jenner eut découvert la vaccine.
De nos jours, aucun médecin ne prétend que la varioloïde ou variole modifiée, qui survient quelquefois après la vaccination, soit distincte de la variole. Quant à la varicelle, cependant, la majorité des médecins est d’accord pour affirmer que c’est une affection spécifique distincte.
La varicelle est une affection de l’enfance, on ne la rencontre jamais dans l’âge adulte. Elle se développe rarement, sinon jamais, deux fois chez le même individu, mais elle peut être précédée ou suivie d’une varioloïde. Le sérum contenu dans les vésicules s’inocule difficilement. La varicelle ne met pas à l’abri de la variole, pas plus qu’elle ne modifie la marche de celle-ci quand elle se déclare.
La varicelle se montre à l’état sporadique et épidémique. Dans les grandes villes on la rencontre toujours à l’état endémique ; et les épidémies de varicelle sont beaucoup plus fréquentes que celles de variole.
Certains auteurs croient qu’elle n’est pas contagieuse et affirment que si elle se déclare chez plusieurs enfants d’une même famille c’est par suite d’une influence épidémique. Elle ne paraît certainement pas être aussi contagieuse que les autres exanthèmes. Sur cinq enfants appartenant à la même famille, j’en ai vu trois atteints de la maladie et les deux autres y échapper.
La période d’incubation est plus longue que celle de la variole ou de la rougeole. Pendant cette Fox. — 3 — 2
VARICELLE
période l’enfant peut être assoupi ; mais généralement l’éruption n’est précédée que d’une légère fièvre de quelques heures, et même très fréquemment l’éruption est le premier signe de la maladie.
Au début elle se présente sous forme de petites macules rouges ou de papules légèrement saillantes, situées sur le tronc, et qui envahissent rapidement la face et les extrémités. En quelques heures une petite vésicule se montre au centre des macules. Sa forme est variable. Elle est tantôt acuminée ou hémisphérique ; son volume varie depuis celui d’une tête d’épingle à celui d’un petit pois. Les vésicules sont disséminées et leur nombre varie considérablement. Elles sont tout à fait superficielles, recouvertes d’une couche d’épiderme très tendue et entourées habituellement d’un petit cercle rouge. Elles contiennent un liquide clair, incolore ou légèrement jaunâtre et alcalin. En cela clics diffèrent des vésicules de sudamina, qui contiennent du sérum acide. Après le premier jour les vésicules deviennent opaques, mais ne suppurent jamais. La fièvre disparait dès le troisième ou le quatrième jour, à moins qu’il 11e se fasse de nouvelles poussées de vésicules, ce qui arrive souvent. — Au bout de deux ou trois jours celles-ci peuvent devenir flasques, par suite de la résorption de leur contenu, ou bien elles se rompent spontanément ou au contact des ongles du malade; alors leur centre se dessèche et se transforme en une croûte jaunâtre ou brunâtre. A celle période, de nouvelles papules peuvent se montrer, mais elles avortent et ne deviennent pas vésiculeuses. Quelques vésicules s’agrandissent à la périphérie et se transforment en bulles, qui s’ombiliquent au moment où elles commencent à se dessécher. Les croûtes tombent au bout de quelques jours ou sont arrachées par le malade. — L’éruption est accompagnée de démangeaisons et de sensations de cuisson plus ou moins vives. Les croûtes tombées, il reste sur la peau quelques taches rouges, circulaires et légèrement déprimées. Les cicatrices persistent quelquefois pendant toute la vie. Elles sont caractéristiques, d’une blancheur et d’une mollesse particulières.
Si l’éruption se montre dès le début de la maladie, le diagnostic est facile. Les papules rouges, que l’on voit sur le corps ou le cou de l’enfant le premier jour, ressemblent à des morsures de moustiques. L’apparition des vésicules cependant prouve que l’éruption est une varicelle ou une variole légère à la période vésiculaire. S'il règne en même temps une épidémie de variole, le diagnostic devient très important. Quoique, d’ordinaire, la variole soit une affection beaucoup plus grave que la varicelle, elle peut suivre néanmoins une marche bénigne, ce qui arrive généralement chez les individus vaccinés. Dans ces cas le diagnostic différentiel n’est pas toujours facile. Le tableau suivant présente les signes principaux qui permettront do l’établir :
VARICELLE
\ . Généralement, elle n’est pas inoculable.