‹ Iconographie romaine (volume 2)Chapitre 1 sur 45 · NERVA ET SA FAMILLE ADOPTIVE · texte numérisé non relu

NERVA ET SA FAMILLE ADOPTIVE

Les deux Victors font observer que jusqu’à cette époque les pi. xxxvi. empereurs avoient été Romains, ou nés en Italie ; Dion ajoute, ou du moins habitants de l’Italie Nerva avoit aussi reçu le jour dans l’Ombrie ; mais Trajan, qu’il adopta, et plusieurs des successeurs de ce prince, n’étoient ni Romains , ni Italiens.

«Je ne sais , dit le premier Victor2, si ces princes étrangers n’ont « pas été les meilleurs, comme Tarquin l’ancien. J’ai beaucoup « appris, beaucoup lu, et j’ai reconnu que la gloire de Rome « s’étoit accrue principalement par le courage des étrangers, et « par 1 adoption de leurs arts. » Victor le jeune rapporte ce

O Mes guides, dans ce chapitre, ont été (i) Dio, LXVIII, 4.

Tacite , Dion , Eutrope , les deux Victors , (2) Cœs. , XI.

Pline le jeune, et Zonare.

2 ICONOGRAPHIE ROMAINE. Part. IL

passage du premier Victor, et il ajoute « Qui a été eu effet plus

« prudent, plus modéré que Nerva ? Qui fut plus semblable aux « dieux que Trajan? Qui a surpassé Hadrien?» Tacite appelle le siècle le plus heureux ( seculinn beatissimum ) celui de leurs

sa famille idoptive.

régnés. Suétone3 enfin exprime le même sentiment par le récit d’un songe de Domitien fort étrange. «Il rêva, dit-on, qu’une « tête d’or s’étoit formée derrière la sienne ; il crut en pouvoir conclure avec certitude qu’après lui l’empire seroit plus heureux « et plus brillant; ce qui arriva bientôt par la sagesse et la douce ceur des princes qui lui succédèrent. »

Cette remarque n’est pas simplement historique ; elle a pour but de faire observer une des causes qui contribuèrent plus tard à placer sur le trône des hommes que des vices grossiers ou l’ineptie auroieut dû en éloigner. La milice ayant usurpé le droit d’élire les empereurs, sans admettre le concours du sénat et du peuple, elle avoit jusqu’alors fixé ses choix sur des Romaius proprement dits : c’étoit du moins une restriction apportée à cet acte illégal. Mais depuis que Trajan , né en Espagne, se fut assis sur le trône des Césars, la milice, autorisée en apparence par cet exemple, ne connut aucune borne. On la vit donner à Rome des souverains qui étaient nés barbares ; et chaque armée put en choisir dans ses rangs, même parmi les auxiliaires.

De là vient que dans l’espace de cent soixante années, compris entre le régné d’Hadrien et celui de Dioclétien exclusivement, on compte soixante et dix personnes qui ont porté légitimement ou usurpé le nom d’empereur et de César. La collection des auteurs qui , sous Dioclétien et ses premiers successeurs , ont

écrit l’histoire de ces cent soixante années, est appelée Histoire

(i) Epii.,X\. (2) Agricol.y III, 1. (3) Domit. , XXIII.

FAMILLE DE NERVA

Auguste. Casaubon, par qui elle a été fort éclaircie, fait observer Chap. iv. que clans le long espace de douze cents ans , sept fois plus grand, t Nen'a la France n’a eu que soixante-trois rois. adoptive.

Si f on en croyoit Aurelius Victor’, «ce seroit depuis Trajan " xxx'' « que les titres de César et d’ Auguste auraient été séparés, et « que I on aurait vu dans l’empire deux ou même plus de deux « citoyens , élevés au plus haut rang, être inégaux en pouvoir,

« et porter différents titres, quoique plusieurs personnes pen- « sent qu’Hadrien obtint la dignité impériale par la faveur de « Plotine, qui supposa un testament par lequel Trajan l'aurait « choisi pour son successeur. » Il semblerait qu’il faudroit attribuer à la famille adoptive de Nerva un usage qui aurait été différent de celui de la famille de César et de celle de Vespasien : je veux dire l’usage de donner un nom patronimique ou un simple titre d’honneur sans autorité, tandis que depuis Trajan une portion de la souveraine puissance aurait été jointe à ce titre, et que, selon Spartien”, c’aurait même été une communication presque entière de cette puissance, avec la désignation formelle de la qualité d’héritier du trône , « telles que la reçurent de Dio- « clétien Maximien et Constance. »

Des variations aussi formelles sur un objet si important de l’histoire des empereurs ont forcé les écrivains modernes il chercher des explications très arbitraires. Il en est une plus vraie et plus simple , c’est que les empereurs , ne se croyant liés par aucunes lois , donnoient à chacun des Césars qu’ils créoient une portion d autorité plus ou moins étendue , selon leur volonté particulière , selon les temps et les lieux.

Zosime", trace en peu de mots les traits qui distinguent deux

(i) Cæs., XIII. (2) In Ælio, I. (3) Lib. I , initia.

Ch ap. IV.

Nerva

et sa famille adoptive.

PI. XXXVI

4 ICONOGRAPHIE ROMAINE. Part. II.

illustres familles, celle de Nerva et celle d’Anlonin. «Des hom- « mes de bien, dit-il, parvenus à l’empire, Nerva, Trajan, et « après lui Hadrien, Antonin Pie, et les deux freres Verus et « Lucius, réformèrent un grand nombre d’abus. Non seulement « ils recouvrèrent les portions de l’empire enlevées à leurs prête décesseurs, mais encore ils y réunirent de nouvelles contrées. »

Je n’ai rien à faire observer sur la chevelure des princes de cette famille ; mais l’épouse et les princesses de la famille de Trajan portent sur les médailles la même coiffure. Il n’en est pas de même de la barbe. Dion dit expressément ' : «Les anciens « Piomains et les empereurs avoient coutume de se faire raser. « Hadrien fut le premier qui laissa croître sa barbe. » Ses successeurs Limitèrent jusqu’à Constantin.

§. i. NERVA.

Tacite 2 peint en quelques lignes la stupeur dans laquelle étoient plongés les Romains sous le régné de Domitien : «Nous « avons, dit-il, donné un grand exemple de patience; et si les « siècles passés ont vu tout ce que la liberté pouvoit produire « d’excès , nous avons montré jusqu’où la servitude peut abais- « ser les hommes , en leur ôtant par des délations odieuses la « faculté de parler et d’entendre. Nous aurions perdu la mé- « moire avec la voix , s’il étoit en notre pouvoir d’oublier , « comme il est en notre pouvoir de garder le silence. Enfin

« nous avons retrouvé le courage . Nerva a réuni deux

« choses qui étoient autrefois incompatibles, la puissance et la « liberté . »

(i) Lib. LXVIII , i5. (2) Agricol. , n" 2.

FAMILLE DE NERVA

Marcus Cocceius Nerva naquit dans l’Ombrie, à Narnia (au- iv.

jourd’bui Narni ) , l’an de Rome 785 , 3ae de l’ere vulgaire ; et iU comme on le peut conclure des soixante-six ans qu’il avoit , adoPUïeselon Dion', à sa mort, arrivée Fan g8. Sa noblesse n’étoit pas ancienne, nobilitatis mediæ , dit Eutrope", c’est-à-dire qu’il n’appartenoit pas à une des familles anciennes de Rome. Toutefois ses ancêtres avoient illustré la sienne : on lisoit dans les fastes consulaires les noms de son bisaïeul , de son aïeul , et même , selon quelques auteurs modernes , celui de son pere. On se rappeloit son aïeul, à cause de sou habileté dans la jurisprudence, et de l’adresse avec laquelle il avoit toujours conservé les bonnes grâces de Tibere. Son petit-fils, le successeur de Domitien, parvint fort jeune aux honneurs; Néron récompensa, en 818, sa valeur par le triomphe ; il plaça aussi son portrait dans le palais , et il le désigna préteur pour l’année suivante. Nerva fut consul Fan 824 avec Yespasien, et en 843 avec Domitien.

Le goût de Nerva pour la poésie , et les succès qu’il obtint sur-tout dans l’épigramme , lui méritèrent l’amitié de Néron, qui lui dédia un poème3. Quant à Domitien, qui lui témoigna quelque bienveillance, on n’en doit pas chercher la cause dans une liaison honteuse qui auroit existé, selon Suétone4, entre lui et ce prince à peine sorti de l’enfance ; parcequ’il y avoit à Rome plusieurs citoyens appelés Nerva , parceque l’écrivain n’a rapporté aucun prénom, et enfin parceque tous les historiens ont loué ses bonnes mœurs. Tous se sont accordés à le peindre sous les traits d’un homme modéré dans ses passions , généreux , actif, et sur-tout d’un caractère doux et pacifique; cependant on lui a reproché une timidité qui dégénéroit quelquefois en

(1) Dio, LXVIII, 4.

(a) Lib. VIII, c. r.

(3) Mari. , VIII, 70.

(4) D omit. , II.

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pusillanimité. Aurelius Victor 1 2 lui fait aussi le même reproche qu’à Trajan, celui d’avoir trop aimé le vin.

Pline le jeune’ raconte dans une lettre à Tacite, en le priant de l’insérer dans son histoire, la réponse noble et hardie qu’il avoit faite eu défendant avec Sénécion les habitants de la Bétique contre Bœhius Massa, leur spoliateur. Celui-ci, prévoyant une issue funeste pour lui, accusa Sénécion du crime de lèsemajesté. A ce mot, les sénateurs furent saisis d’horreur et de crainte. Mais Pline dit aux consuls: «Je crains que le silence « de Massa ne fasse croire qu’il y a collusion entre lui et moi, « pareequ’il ne m’a pas compris dans cette accusation. Cette ré- « ponse fut recueillie soigneusement, et généralement louée. Le « divin Nerva (car malgré sa retraite il prenoit part à tout ce « qui se faisoit de bien en public), m’ayant adressé une lettre «fort honorable, non seulement me félicita, mais il félicita «aussi le siecle (ce sont ses paroles) qui étoit témoin d’une « action digne des temps anciens. » Pline fait sans doute allusion a l’exil auquel Domitien condamna Nerva, à cause de la prédiction des astrologues, qui le désignoient pour son successeur3. Pline le jeune4, écrivant à un de ses amis, qui habitoit à Parente la maison de campagne dans laquelle Nerva avoit passé le temps de son exil, lui dit: «Je ne doute pas qu’elle ne soit très «agréable, puisqu’elle avoit été choisie pour la retraite d’un « homme qui étoit déjà fort heureux avant l’époque où il parut « devenir le plus heureux des Romains. » Domitien venoit de faire mourir plusieurs citoyens distingués ", à cause des prédictions favorables que contenoient leurs horoscopes dressés par

(1) Aurel. Vict., XIII.

(2) Lib. VII , ep. xxxiii.

(3) Apol. Tyan., VII, 3, i4-

(4) Lib. V, ep. xviii.

(5) Zonar. , XI, 20.

FAMILLE DE NERVA. 7

son ordre. Mais il laissa la vie à Nerva, sur l’observation d’un astrologue, qui l’assura que ce sénateur n’avoit pas long-temps à vivre, parceque son estomac, très affoibli , rejetoit presque tous les aliments

Ce furent ces prédictions qui portèrent les assassins de Domitien à offrir l’empire à Nerva. Peut-être contribuerent-elles aussi à le lui faire accepter, malgré sa foible santé et sa pusillanimité. Le 18 septembre de l’an 96 (849 de Rome) vit périr Domitien, et régner Nerva, qui étoit âgé de soixante-quatre ans. Le peuple et le sénat se réunirent pour ce choix, ainsi qu’un des chefs des prétoriens ; mais cette milice insubordonnée regrettoit le tyran , qui avoit augmenté sa paie, qui lui faisoit tous les jours de nouvelles largesses; et elle demandoit à grands cris le supplice des conjurés. On l’apaisa avec peine; et les sollicitations de quelques personnages recommandables lui firent enfin reconnoitre Nerva. A peine celui-ci eut-il accepté l’empire, qu’on répandit le bruit que Domitien, échappé au fer des meurtriers, alloit paroitre \ Nerva pâlit, et perdit la parole jusqu’à l’instant ou Parthenius le rassura. Alors il se rendit au sénat, où, parmi les félicitations, il entendit son meilleur ami , Arrius Antoninus ( aïeul maternel d’Antouin ) , lui dire , en l’embrassant : « Heureux le peuple et « le sénat , heureuses les provinces de vous avoir pour empe- « reur ! Pour vous ce n’est point un bonheur ; vous étiez moins « à plaindre quand vous n’aviez qu’à échapper aux injustices des « mauvais princes, que vous ne pourrez l’être lorsque, chargé « d’un fardeau énorme , non seulement vous serez tourmenté par « les inquiétudes et exposé aux dangers, mais encore vous aurez à « vous défendre contre le crédit de vos ennemis, et sur-tout contre

Ch ai-. IV.

Nerva et sa famill adoptive.

PI. XXXVI

(1) Dio, LXVII, 16. (2) Victor., Epit. XII.

8 ICONOGRAPHIE ROMAINE. Part. IL

« celui de vos amis : ceux-ci, en effet, croyant mériter toutes les « faveurs, deviennent, si l’on en refuse la moindre à leurs im- « portunités, plus acharnés à votre perte que les autres. »

Si l’on excepte la trop grande condescendance qu’il eut pour les soldats, et que l’on reproche aussi à Trajan, tous les actes du régné de Nerva lurent dignes de louanges. Il rendit la sécurité à ceux qui avoient été inquiétés sous le prétexte vague du crime de lèse-majesté ; il rappela un grand nombre d’exilés, et il permit même à Lieinianus, accusé d’adultere avec une vestale, de vivre en Sicile, sans pouvoir cependant rentrer dans Rome. Les délateurs , cette espece vile et odieuse qui pullule sous les tyrans , furent flétris par les lois de Nerva ' ; il fit mourir les esclaves elles affranchis qui avoient été les accusateurs de leurs maîtres; il défendit d’appeler des citoyens en jugement soit pour crime de lèse-majesté, soit pour avoir exercé quelque acte de judaïsme. Mais, s’il défendit aux agents du fisc d’inquiéter les juifs, et de faire sur leurs corps des recherches odieuses, sous prétexte de judaïsme (judaici fisci calumnia sublata ), il ne les exempta pas de payer chaque année par tête les deux drachmes (environ i fr. 80 cent. ) qu’ils donnoient jadis pour l’entretien du temple de Jérusalem, et que Vespasien exigea pour le fisc romaiu depuis la prise de cette ville. Il fit le serment de n’ôter jamais la vie à des sénateurs, et il ne le viola point. Il ne souffrit pas qu’on lui élevât des statues d’or ni d’argent. Il porta une économie sévere dans l’emploi des revenus publics1, et il supprima plusieurs sacrifices ; il rendit aussi plus rares les spectacles de gladiateurs. Zonare a cru faussement qu’il avoit aboli ces jeux sanglants.

(i) Dio, LXVIII, i.

(2) Ibid., LXVIII, 2.

FAMILLE DE NERVA

Malgré ces épargnes, le trésor public ne pouvoit suffire aux dépenses nécessaires; on vit alors Nerva «vendre, dit l’historien «Dion, une grande quantité d’habits, plusieurs vases d’or et « d argent , des meubles du palais et de sa propre demeure, plu- « sieurs champs, plusieurs maisons; ou plutôt, il vendit tout, « excepté ce qui étoit strictement nécessaire. Mais il n’usa point « de rigueur dans ces ventes ; il y trouva même l’occasion d’o- « bliger plusieurs citoyens. » Jamais il ne chercha à enrichir le fisc par des voies injustes. Le pere d’IIérode Atticus , de ce sophiste célébré , ayant découvert dans sa maison un trésor, écrivit à l’empereur pour connoitre l’emploi qu’il en devoit faire; celui-ci répondit qu’il pouvoit en user à sa volonté. Mais Atticus, craignant la poursuite des officiers du fisc, écrivit de nouveau qu’il n’osoit en disposer, la valeur étant trop grande pour la fortune d’un particulier. «Hé bien donc, répondit Nerva « usez largement de ce que la fortune vous donne, car il vous « appartient. 33

On a reproché à Nerva de la pusillanimité; il ne craignit pas cependant de choisir, l’an 97, pour son collègue dans le consulat, Virginius Rufus; quoique les soldats eussent voulu plusieurs fois donner à ce général le titre d 'imperator. Il punit seulement par l’exil Calpurnius Crassus , qui avoit conspiré contre lui. Il fit même asseoir à ses côtés, dans un spectacle, d’autres conjurés; et il remit entre leurs mains les épées des gladiateurs, que l’on présentoit au président des jeux pour en examiner la trempe. La cause de cette noble assurance étoit sa bonne conscience. « Aussi, dit-il un jour, je n’ai rien fait qui puisse m’empêcher « de vivre tranquille si j’abdiquois l’empire1. 3> C’est elle encore

(1) Philosïr. , Soph. , II, i.

Chap. IV.

Nerva

et sa famille adoptive.

PI. XXXVI

(a) Dio , LXVIII , 3.

:.IVP. IV.

Ncrva sa famill' idoptive.

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qui lui donna le courage avec lequel il résista aux efforts des prétoriens. Ceux-ci s’étoient révoltés de nouveau, sous prétexte de demander le supplice des meurtriers de Domitien. Nerva, voyant que ses remontrances étaient inutiles, découvrit son cou, et s’offrit à leurs coups. « Mais, dit Pline le jeune’, l’em- «pereur, celui que l’on appeloit le pere du genre humain, fut « assiégé, renfermé dans le palais; et l’on ravit à ce vieillard si « doux le pouvoir de sauver des hommes. « Partlienius et Petronius furent tués; et le jeune Victor ' ajoute que Casperius, « qui avoit excité à la révolte les prétoriens, dont il étoit prête fet, contraignit Nerva à remercier publiquement les assassins, « parcequ’ils avoient ôté la vie aux plus méchants des hommes. » Mais cet historien est le seul qui rapporte ce trait de foihlesse de Nerva; et on aime à croire qu’il l’a fait sans aucun fondement.

Quoi qu’il en soit, tous les historiens de ce temps s’accordent à dire que la révolte des prétoriens fut la cause du bonheur qu’éprouverent les Romains pendant plus de quatre-vingts ans, sous Trajan et ses successeurs. Nerva, convaincu que l’on méprisoit sa vieillesse, que l’empire avoit besoin, pour être bien gouverné , d’un chef doué tout à-la-fois de la force d’esprit et de celle du corps, prit une résolution soudaine et importante. Il monta au Capitole , et là il dit à voix haute : « Puisse cet acte de « ma volonté faire le bonheur du sénat, du peuple romain, et « le mien ! J’adopte Marcus Ulpius Nerva Trajan. » Sur-le-champ

11 le nomma, selon Dion, César en plein sénat, dans l’automne de l’an 97 (85o de Piome); de plus, selon Pline3, imperator, Germanique, et son collègue dans la puissance trihunitienne. Il

(1) Paneg. , VI, i .

(2) Epit.,XU. (3) Paneg., V III.

FAMILLE DE NERVA

écrivit en même temps de sa main à Trajan , qui étoit à Cologne préfet de la Germanie, pour lui apprendre son adoption; et il termina sa lettre par ce vers d’Homere :

Servez-vous de vos traits pour venger mes affronts 1 !

Cn ap. IV.

Nerva

et sa famille adoptive.

PI. XXXVI

Spartien nous apprend qu’il lui envoya un diamant ( adamante gemma), pierre qui avoit alors une valeur excessive.

Dion fait observer que Nerva avoit dans sa famille plusieurs personnes qu’il auroit pu adopter ; mais qu’il préféra le bonheur public cà celui de ses parents; qu’il n’hésita pas à choisir Trajan, né hors de Piome et de l’Italie (en Espagne), quoique cela fût sans exemple; « car, ajoute-t-il, il pensoit qu’il falloit chercher « le mérite et non la patrie. » La nouvelle d’une victoire remportée dans la Pannonie sur les Germains fut la cause apparente qui conduisit Nerva au Capitole; mais la cause réelle, ou du moins principale, fut l’adoption de Trajan. Ce fut aussi la dernière action d’éclat qui signala le régné du pere adoptif de ce prince. Il ne faut cependant pas croire Lactance2 3, qui dit qu’il se réduisit à l’état de simple citoyen.

Nerva mourut environ trois mois après, l’an 98 (85i de Rome), ayant régné seize mois, et âgé de près de soixante-six ans, selon Dion5 ; de soixante-onze, selon Eutrope^; de soixantedouze, selon S. Jérôme5; et seulement de soixante-trois, selon le jeune Victor5. Le sénat rendit les plus grands honneurs à sa mémoire. Il déposa son corps dans le mausolée d’Auguste. Trajan lui éleva des autels , et créa des prêtres flamines pour les entretenir.

(1) Iliad 1 , 42.

(2) DeMûrt. Pers., XVIII.

(3) Dio , LXVIII , 5.

(4) Eutrop., VIII, 1.

(5) Euseb., Clirohic.

(6) Vict. , Epit. , XII.

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g,.,, iv. Abandonné par Suétone, qui n’a tracé les portraits que des e, .iTmiii. douze Césars, je n’ai plus que le secours des médailles pour re-

ad°p‘iTO- connoître dans les statues, les bustes, et les bas-reliefs, ceux de pi. xxxvr. ,

leurs successeurs. On voit dans la planche XXXVI, au n° 3, sur une médaille de bronze , la tête de Nerva , couronnée de laurier , entourée de la légende IMPerator NERVA CAESar AVG ustus Vontifex M aximus TP Vïbunitiâ Votestate COS. ( consul ) II Pater Patrice. On lit au revers, ROMA RENASCENS, autour de la figure de Rome assise, tenant une haste et une victoire; à l’exergue, les sigles S enatûs Consulte).

v . « i. D’après les médailles de Nerva ' , M. Visconti reconnut le portrait de cet empereur dans une belle statue colossale de marbre placée dans le musée du Vatican. On en voit ici la face et le profil sous les n° i et i.

En décrivant cette statue, M. Visconti a fait l’application des principes qu il a établis relativement aux portraits des empereurs placés sur des médailles restituées. Ces portraits ne présentent point leurs traits retracés scrupuleusement; ils offrent au contraire un mélange de leur figure véritable et du beau idéal, par lequel on vouloit exprimer leur apothéose. La tête de la statue ne reproduit point la maigreur de Nerva , et les rides dont les années avoient sillonné son visage; mais le profil et l’ossature, si l’on peut employer ce mot technique, sont d’une grande vérité, et la ressemblance n a point souffert de cet ingénieux mélange. Trajan éleva des autels , et établit un college de flamines en l’honneur de Nerva : on peut donc penser que l’érection de cette belle statue fit partie de l’apothéose.

(i) Mus. Pio Clem.t III, tav. 7.

FAMILLE DE NERVA

§. a. TRAJAN.

Eutrope1 2 dit que de son temps (le IVe siecle de l’ere vulgaire) l’acclamation des sénateurs à l’entrée de l’empereur dans l’enceinte du sénat étoit encore celle-ci : qu’il soit plus heureux qu’auguste , meilleur que trajan ! Pouvoit-on former pour ces princes des vœux plus sages que de souhaiter qu’ils surpassassent en justice et en humanité le fils adoptif de Nerva? Celui-ci avoit dit en effet à ceux qui lui reproelioient d’être affable avec tout le monde : « Je fais mes efforts pour que les « Romains trouvent en moi un empereur tel qu’étant simple « particulier j’eusse désiré voir mes prédécesseurs. »

Trajan naquit le 18 septembre de l’an 5a (806 de Rome) a Italica (aujourd’hui Santiponce , sur le Guadalquivir , dans l’Andalousie, près de Séville). Sa famille étoit ancienne; mais son pere l’avoit seul illustrée. Ses noms étoient Marcus Ulpius Crinitus Trajanus. On croit, avec raison , que celui de Crinitus , qui se lit dans Eutrope, étoit un nom de famille, et non un surnom (chevelu) donné à ce prince à cause du soin extrême qu’il auroit pris de sa chevelure; comme le dit Lydus% écrivain du moyen âge. Trajan fut élevé dans les camps; et Pline3 assure qu’il contribua par son courage aux victoires que son pere remporta sur les Partîtes. Après avoir été dix ans tribun militaire , il fut nommé préteur en 83g, et consul en 8444- Domitien l’envoya en Espagne; mais il le rappela bientôt pour lui donner le commandement de l’armée de la Germanie inférieure , contrée dont les habitants faisoient sans cesse des incursions sur les

Chat. IV.

Nerva

et sa famille adoptive.

PI. XXXVI

(1) Lib. VJ Ü , c. v.

(2) De Mensib. , I , 7.

(3) Paneg c. xiv.

(4) Dio, LXVII , 12.

Chu, iv terres des Romains et de leurs alliés. Trajan le conserva pendant Nerva les dernières années du régné deDomitien, et pendant le régné adoptive. de Nerva. Ce fut dans l’automne de l’année 97 (85o de Rome)

' XXMI que le dernier l’adopta, le créa César, le nomma imperator, et partagea avec lui la puissance tribunitienne et le titre de Germanique. Trajan apprit à Cologne cette nouvelle inespérée; et I on vit avec étonnement un empereur dont ni Rome ni l’Italie n’a voient été le berceau. Si l’on en croit Pline 1 , il parut vouloir refuser de si grands honneurs ; mais les armées lui envoyèrent des députés pour le presser d’accepter l’empire; celui de l’armée de la Mœsie inférieure fut Hadrien, son parent.

La mort de Nerva, arrivée dans le mois de janvier de l’année 98 (85i de Rome), rendit, bientôt après son adoption, Trajan seul maître de l’empire. Il écrivit de sa propre main au sénat, et lui dit entre autres choses qu’il n’ôteroit jamais la vie ni l’iionneur à un homme de bien; « promesse, assure Dion , « qu’il confirma ensuite par un serment, et qu’il observa toute jours, quoiqu’il se fût vu menacé par des conspirateurs. « Il n’en fut pas ainsi des prétoriens, qui s’étoient révoltés contre Nerva; Trajan les réunit dans son camp sous différents prétextes, et les fit mourir. Il passa la première année de son régné sur les bords du Rhin, occupé à rétablir la discipline militaire, à recevoir les envoyés des peuples barbares que sa valeur et son habileté dans l’art de la guerre avoient remplis d’effroi et d’admiration. Loin d’être jaloux de la gloire de ses généraux, il fit élever une statue en l’honneur de Vestrieius Spurina , qui avoit forcé les redoutables Bructeres à reconnoitre le roi que les Romains leur avoient donné \

Enfin l’an 99 (85a de Rome) Trajan se rendit dans la capi-

(t) Panegyr., c. vin. (2) Lit. LXVIII , 5. (3) Plin, lib. Il, ep. vu.

FAMILLE DE NERVA. i 5

taie, de l’empire. Il fut reçu avec des démonstrations de joie universelles; il traversa Rome à pied, comme le premier des soldats, pour monter au Capitole. Ensuite il alla au palais avec son épouse la vertueuse Plotine, qui, en y entrant, se retourna vers le peuple et dit : « Je souhaite que ma sortie de ce palais « soit aussi tranquille que mon entrée. » Le sénat donna à Trajan le titre de Pere de la patrie, qu’avoient porté ses prédécesseurs; mais il en créa un nouveau pour lui, celui d ' Optimus , excellent, ou très bon. Le dernier titre flatta vivement l’empereur, parcequ’il le devoit à ses bonnes mœurs, et non à des victoires dont le soldat partage la gloire. Cependant on ne le trouve placé sur les médailles, avec sa tête et ses autres titres, que vers l’an 867, quoiqu’il fût gravé sur leurs revers depuis long-temps : on en ignore la raison.

Trajanfit de grandes largesses aux soldats et au peuple; mais il les fit avec ses propres biens, sans dépouiller personne, comme l’avoient pratiqué tant de fois presque tous ses prédécesseurs. Nerva avoit formé le dessein de faire élever aux dépens du trésor public des enfants qui seroient devenus des citoyens attachés plus spécialement à l’empire, dont ils auroient reçu les secours les plus désintéressés ; mais la mort l’empêcha de réaliser ce noble projet. La gloire en étoit réservée à Trajan, qui fit participer à ses libéralités même les enfants des pauvres de toute l’Italie. Par ses soins cette contrée fut si abondamment pourvue de vivres, qu’elle put en fournir, dans une année où le Nil avoit trop peu débordé, à cette Égypte que l’on appeloit la nourrice de Rome. Les citoyens lâchement calomniés trouvèrent dans Trajan un vengeur sévere ; il fit exposer en public et transporter ensuite dans les îles désertes ces infâmes délateurs, qui les avoient peuplées de tant d’innocents.

ClIAP. IV.

Nerva

et sa famille adoptive.

PI. XXXVI

ICONOGRAPHIE ROMAINE. Part. II.

Cuir. IV.

N erra

PI. XXXVI

Son régné fut marqué par l’érection de monuments somptueux; et son caractère noble et généreux brilla dans leur magnificence. Après avoir agrandi le cirque, il y fit placer cette inscription : il répond enfin a la dignité du peuple romain ' . Un nouveau théâtre s’éleva par ses soins dans le champ de Mars; il forma aussi de riches bibliothèques. Les bords du Pont-Euxin et les Gaules furent unis par un chemin non interrompu. Mais le plus grand, le plus célébré de ses ouvrages, après le pont sur le Danube, que je décrirai plus bas, est le forum qui portoit son nom. (J’ai conservé le nom forum , pareeque celui de marché, qui lui répond en françois, a une acception trop restreinte.) Ce forum étoit composé, comme les autres, de trois ou de quatre portiques, d’un temple, et d’une basilique dans laquelle on rendoitla justice : mais cesportiques étoient de marbre; les colonnes qui les soutenoient étoient colossales; de riches sculptures dont on voit encore de précieux restes formoient une frise immense; remplacement avoit été creusé dans une colline, et, pour conserver le souvenir de ce travail, on éleva dans le milieu du forum , l’an 1 1 4 , une colonne de marbre cpii a de hauteur celle des terres enlevées, 128 pieds romains (37 métrés 7 cent.) Un bas-relief continu serpente sur le fût de cette colonne, qui portoit une statue de bronze de l’empereur. On en voit à Paris une imitation de même hauteur; mais les bas-reliefs sont de bronze. Trajan fit reconstruire le chemin cpii traversoit les marais Pontins, et il travailla à diminuer leurs exhalaisons dangereuses. Il fit aussi creuser un port <à Centumcellæ (aujourd’hui Cività Vecchia). Les Romains avoient l’usage de consacrer par des inscriptions la mémoire de ceux qui avoient fait élever, ou seulement réparer

(1) Dio. LXVIII, 7.

FAMILLE DE NERVA

les édifices et les monuments publics; c’est pourquoi le nom de Cuir 1V Trajan, qui s’en étoit tant occupé, se lisoit par-tout. De là vint Nyvi' que les railleurs ajoutèrent à son nom celui delà pariétaire, ^optive. plante qui croit sur toutes les murailles'.

Les Romains répétèrent avec attendrissement Je mot qu’il dit au préfet des prétoriens , en lui remettant l’épée qui étoit la marque de sa dignité, « Employez-la pour moi si je gouverne « avec justice, et contre moi si j’abuse du pouvoir2. 35 Pline le jeune releve, avec raison, ces paroles remarquables dans le discours qu’il prononça au mois de septembre de l’année 100 (853 de Rome), époque où il fut subrogé consul. Ce fut dans le sénat, et par son ordre, qu’il remercia Trajan de l’avoir élevé au consulat. L’empereur étoit présent, et l’orateur lui prodigua des louanges dont l’excès ne peut être excusé que par le souvenir des grands maux qu’avoient soufferts les Romains sous les prédécesseurs de Trajan, et du bonheur dont ils jouissoient sous l’empire de ce prince. Ce panégyrique au reste a fourni des matériaux abondants à l’histoire. On trouve même dans le silence que garde l’orateur une preuve contre l’opinion de ceux qui placent dans cette année le commencement de la guerre contre les Daces (peuples qui habitaient les pays appelés aujourd’hui Yalaclne, Moldavie, et Transylvanie), et le départ de l’empereur pour cette expédition. Il n’eût pas manqué de le célébrer par de flatteuses prophéties.

Il paroît donc certain que Trajan ne quitta Rome qu’en l’an 101 (854 de Rome). Nous avons vu Domitien acheter de Décébale, roi des Daces, la paix par un tribut annuel. Trajan, indigné d une sujétion si humiliante, refusa de le payer, et entra à main

(1) Amm. Marcel., XXYII, 3. (2) Uio, LXV1II, 16.

1 8 ICONOGRAPHIE ROMAINE. Part. IL

armée dans la Dacie. Ce ne fut point de la part de Trajan une agression injuste; il avoit découvert des intelligences sécrétés entre Décébale et Pacorus, roi des Parthes'; Dion3 assure d’ailleurs que l’empereur avoit de justes plaintes à faire de ce roi. La première victoire coûta beaucoup de sang aux Romains; et Trajan déchira ses habits pour bander les plaies et remplacer le linge qui manquoit. Les Daces, instruits par des transfuges, et conduits par un chef courageux, se défendoient avec fureur. Leur roi demanda cependant plusieurs fois la paix, mais à des conditions que Trajan ne voulut point accepter. Il s avança a travers des régions montueuses jusqu’à la capitale de la Dacie, Zermizegetlmse (aujourd’hui Varhély, selon M. Mannert); et la il dicta la paix à Décéhale. Ce roi n’observa pas long-temps le traité; il fit de nouvelles incursions en-deçà du Danube, sur le territoire romain.

Trajan, voulant mettre les Daces dans l’impuissance de traverser le Danube, et en assurer le passage à ses troupes quand le fleuve seroit gelé, fit construire un pont, devenu célébré par la description emphatique de Dion3. Je suivrai celle du comte Marsigli, qui a donné une si ample histoire du Danube. Le pont fut construit à six milles d’Italie (environ 1 3,992 métrés) , au-dessous de la cataracte appelée aujourd’hui Demyrcapi, ou Porte-de-Fer, où sont placées sur la rive droite, dans la Valachie, Severin , et Cernez, et sur la rive gauche, Tetislas dans la Servie. La largeur de la vallée dans laquelle coule le Danube n’est la que d un mille. D’après les restes des deux piles qui sont sur les bords, et de toutes les autres, on voit que le pont avoit vingt-trois piles de pierre, larges de 5,847 métrés, longues du double, et placées a 34, 108

(1) Plin., X, ep. Mil.

(2) Rio , LXVIII , 6. (3) Lib. LXVI1I, i3.

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métrés l’une de l’autre : de sorte que la longueur totale étoit d’environ 863 métrés (sept fois celle du Pont-Royal de Paris). Sur les piles de pierre étoient placés les ceintres et les plate-formes en bois. Deux forts en défendoient les entrées. Le successeur de Trajan, Hadrien, fit enlever les plate-formes, de crainte que le pont ne facilitât aux barbares l’entrée du territoire romain ; mais les piles subsistoient encore dans le temps où Dion écrivoit, c est-a-dire plus de cent vingt ans après; et vers la fin du dixseptieme siecle, le comte Marsigli en découvrit les restes. Il faut se reporter au siecle de Trajan, où l’on ne connoissoit, pour construire les ponts, que les méthodes les plus grossières, afin d’apprécier l’admiration que Pline, contemporain de Trajan, et Dion, écrivain du troisième siecle, témoignent pour cet ouvrage1.

Décébale, voyant les Romains maîtres de la Dacie, termina lui-même sa vie l’an io5 (858 de Piome). Trajan s’empara des richesses immenses qu’il avoit enfouies dans des cavernes et dans le lit d’une riviere dont il avoit détourné les eaux pendant quelques instants. Le roi avoit fait tuer les prisonniers qu’il avoit employés à ce travail, afin qu’on n’en conservât aucun souvenir. L’empereur reçut le surnom Dacicus , lorsqu’il triompha des Daces après sa première victoire. Son second triomphe, après la mort de Décébale et la réunion de la Dacie à l’empire, fut très brillant. Dion” raconte qu’il donna pendant cent vingt-trois jours des spectacles et des jeux dans lesquels combattirent dix mille gladiateurs, et où onze mille animaux furent égorgés.

Cette même année vit l’empire romain s’accroître vers l’orient. Palma, gouverneur de Syrie, se rendit maître de l’Arabie pétrée,

Ciiap. IV.

Nerva

et sa famille adoptive.

PI. XXXVI

(i) Proc. , de Ædif, IV, 6. (2) Lib. LXVIII, iS.

ICONOGRAPHIE ROMAINE. Part. IL

qui avoit eu long-temps des rois particuliers. Elle étoit ainsi nommée par les anciens, à cause de la ville de Pétra, aujourd’hui Kvac, et elle ne formoit qu’une très petite portion de la vaste péninsule appelée Arabie. Le bruit des succès de Trajan parvint jusqu’aux Indes, et des ambassadeurs se rendirent à Rome de ces contrées éloignées pour lui apporter le tribut d’estime de leurs souverains. On peut croire que ces hommages firent naître ou dumoins développèrent dans l’esprit de Trajan l’amour des conquêtes. Il les rechercha depuis avec ardeur. On le vit sacrifier les hommes et les trésors afin de se rendre maître de pays trop éloignés de Rome pour lui demeurer soumis, et que son successeur fut obligé d’abandonner.

Quelques écrivains placent en cette année 106 (859 Rome) le départ de Trajan pour l'orient, où il devoit aller faire la guerre aux Partîtes ; et d’après leur système, il seroit ensuite revenu à Rome, qu’il auroit quittée en 867 une seconde fois pour la même cause, et qu’il n’auroit jamais revue. Eckhel' a prouvé le contraire. Aucun historien romain ne parle de ce premier départ , de cette première expédition; aucune médaille n’en a consacré le souvenir. Mais on voit dans la collection de Vienne une médaille d’or qui a pour type l’empereur à cheval, et la légende PROFECTIO ■ AVGVSTI (départ de l’empereur), avec les mots OPTIMVS AV G ustus dans la légende qui environne la tête de Trajan. Or il est prouvé que ces mots 11’ont fait partie des légendes de la tête de ce prince qu’en l’année de son sixième consulat, 867 de Rome, 1 14 del’ere vulgaire. D’ailleurs c’est àl’année suivante qu’il faut rapporter le tremblement de terre qui renversa presque entièrement Antioche de Syrie. Trajan se trouvoit alors dans cette

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ville; et il n’échappa à la mort que par une heureuse fuite. Dion ' place cet affreux événement sous le consulat de Pœdon, qui fut une des victimes; et ce Romain fut revêtu de cette dignité avec Yipstanus Messalla, l’an 868 de Rome, ii5 de l’ere vulgaire.

C’est donc à l’année précédente, x 1 4 (867 de Rome), qu’il faut rapporter le départ de Trajan pour l’orient. La cause apparente de cette nouvelle guerre fut la concession du sceptre d’Arménie en faveur de Parthamasiris , faite par Chosroès , roi des Partlies; droit que revendiquoit l’empereur romain. Dion3 donne pour cause réelle un grand désir de gloire. Arrive à Athènes , Trajan trouva des ambassadeurs de Chosroès qui lui offroient toutes les réparations qu’il exigeroit, et entre autres la confirmation du nouveau roi d’Arménie. Mais l’empereur remit toute discussion à l’époque prochaine de son arrivée en Syrie; là il renvoya Parthamasiris, auquel il refusa le diademe, pàrceque l’Arménie étoit et devoit être maintenue province romaine. Antioche fut alors presque ruinée de fond en comble par un tremblement de terre ; le consul Pœdon y perdit la vie , et Trajan n’échappa au trépas qu’en sortant de son palais par les fenêtres. Selon Dion0, un personnage plus grand qu’un homme se présenta à lui, et le conduisit hors de la ville.

Cette catastrophe arriva vers le commencement de l’année n5 (868 de Rome). Au printemps, Trajan entra dans l’Arménie, et l'enleva tout entière à Parthamasiris, le vassal du roi des Partlies. Après l’avoir réduite de nouveau en province romaine, et y avoir établi un gouverneur, il conduisit son armée dans la Mésopotamie, et s’empara de plusieurs villes. Il trouva les Partlies campés au-delà du Tigre4. Comme le pays

Chap. IV.

Nerva et £a famille adoptive.

PI. XXXVI

(1) Lib. LXVIII, 25.

(2) Dio, LXVIII, 17.

(3) Ibid., LXVIII, 25.

(4) Ibid., LXVIII, 26.

ICONOGRAPHIE ROMAINE. Part. II.

étoit dépourvu dé bois de construction, il fit venir sur des chariots des bateaux qui avoient été construits dans les forêts de Nisibe (à près de vingt lieues moyennes de distance). Les Parthes firent de vains efforts pour empêcher la construction du pont de bateaux, et ils prirent la fuite quand ils virent farinée romaine transportée sur la rive orientale du Tigre. Trajan parcourut en conquérant, et sans trouver d’opposition, l’Acliabene; l'Assyrie, où l’on voyoit encore une ville de Ninos (restes de l’antique Ninive); les champs d’Arbelle et de Gaugamele, célébrés par les victoires d’Alexandre et les défaites de Cyrus le jeune; enfin la Babylonie.

On lit dans l’historien Dion' que Trajan eut le dessein de joindre par un canal l’Euphrate au Tigre, afin de transporter par eau les bateaux qui dévoient servir à construire un pont sur le second fleuve. Il ajoute qu’il en fut détourné par la connoissance que l’on acquit de la différence de niveau qui existoit entre ces deux rivières, et qui auroit fait écouler les eaux de l’Euphrate dans le Tigre. Mais Ammien Marcellin’ qui suivit l’empereur Julien dans ces contrées, dit que le canal a voit été commencé par Trajan, et terminé par Septime Sévere; et que Julien avant fait enlever les pierres qui l’obstruoient , ses vaisseaux traversèrent jusqu’au Tigre, au-dessus de Ctcsiphon. Ce canal étoit alors appelé Nahamalcha , ou Fleuve-Pioyal. Nous apprenons par ce récit une chose remarquable : c’est que cette différence de niveau entre les deux rivières étoit peu considérable , puisque les navires de Sévere et de Julien entrèrent dans le Tigre par le canal, ou plutôt par la dérivation des eaux de l’Euphrate; à moins que ces deux empereurs aient employé

(i) Dio, LX V III, 28.

(2) Lib. XXIV, vi.

FAMILLE DE NERVA

(dans l’ignorance des écluses, qui paroissent n’avoir été inven- ClJip IV tées que dans le quinzième siecle) des retenues successives et Nerva

1 # # ; ? # et sa familie

des plans inclinés, tels qu’on les voit encore au grand canal de adoptive la Chine: ce qui prouveroit que les derniers moyens auroient u xxxw été inventés ou connus des Romains seulement dans l’espace de temps écoulé entre les régnés de Trajan et de Septime Sévère.

La prise de Séleucie et de Ctésiphon, capitale de l’empire des Parthes, qui fut aussi la capitale de celui des Perses, suivit de près le passage du Tigre, l’an 1 16 (869 de Rome.) Ce fut probablement dans la seconde ville que Trajan fit prisonnière la fille de Chosroès, et s’empara du trône d’or du roi des Parthes Il paroit que ce peuple attachoit un grand prix à ce siégé, sur lequel son monarque se plaçoit dans les cérémonies d’apparat; car Hadrien, voulant conserver la paix avec les Parthes, leur en promit la restitution , qu’il n’effectua cependant pas , non plus qu’Antonin, à qui on la demanda souvent. Je crois l’avoir reconnu sur ceux des bas-reliefs de Persépolis, où le roi des Perses, assis sur un siégé très orné, reçoit les tributs des nations qui composoient son vaste empire.

Après la prise de la capitale des Parthes, Trajan reçut du sénat la confirmation du titre de Partbique , que lui avoient donné les soldats , et la permission d’entrer à Rome en triomphateur autant de fois qu’il le desireroit; mais la mort l’empêcha de jouir de cet honneur. Il parcourut en conquérant l’Assyrie , la Babylonie ; il s’arrêta dans les lieux qu’avoit occupés Babylone; il rendit à Alexandre-le-Grand des honneurs funèbres dans la maison où l’on faisoit croire que le roi de Macédoine

(1) Spart., Adr. vit., XIII.

ICONOGRAPHIE ROMAINE. Part. IL

Ch a i'. iv. avoit fini sa brillante carrière ; car Dion' assure qu’on n’y voyoit •t 1^US flue fies monceaux de terre et de pierre, sur lesquels on iidopiivc. débitoit mille fables. Il faut rapporter à celte époque la réflexion qu il fait plus tard sur la conduite que tint l’empereur après qu’il eut descendu le Tigre jusqu’à son embouchure dans le golfe Persique. «Les destins avoient arrêté non seulement qu’il « ne rentreroit plus dans Rome , mais encore qu’il ne feroit «plus rien que l’on pût comparer à ses premiers exploits, et « qu’il perdroit toutes ses conquêtes.» Daus cette navigation, qu’il n’avoit entreprise que par amour pour une vaiue gloire, Trajan courut les plus grands dangers, soit par la rapidité du fleuve, soit par les effets du reflux de l’Océan. Il vit enfin cette mer fameuse et des vaisseaux qui faisoient voile vers les Indes. « Et moi aussi, dit-il en les contemplant, je les suivrois si j’étois «jeune2! » Il commença dès-lors à s’occuper de ces contrées, à faire des recherches sur leur nature, à envier le sort d’Alexandre, et a dire qu il auroit porté ses armes plus loin que ce héros n’avoit porté les siennes. Il écrivoit au sénat tous les projets que sou ambition enfantoit, et qu’il annonçoit comme s’ils eussent déjà «été effectués; il parloit sans cesse de nations nouvelles, dont les noms mêmes n’étoient pas connus à Rome, et qu’il auroit soumises.

Il faut placer à cette époque la conquête d’une partie de l’Arabie heureuse, que Trajan fit en personne. Mais ce dernier triomphe fut suivi de revers cruels. Plusieurs peuples vaincus se soulevèrent, et chassèrent ou massacrèrent les troupes qu’il avoit laissées pour les contenir. Les Juifs de la Cyrénaïque ôterent la vie, par des tourments inouïs, à plus de deux cent

(1) Lib. LXVIII , 29,30. (2) Dio.LXVIII, 28,29.

FAMILLE DE NERVA

mille Grecs et Romains. Son lieutenant, Lusius, réprima cette sédition , revint en Mésopotamie , reprit Nisibe et Edesse ; Sélencie rentra aussi sous le joug des Romains. Effrayé cependant de la défection presque générale de ses nouveaux sujets ou alliés, et craignant que les Partlies n’imitassent ce dangereux exemple , Trajan donna un roi à ce peuple belliqueux. Ce fut à Ctésiplion qu’il rassembla dans une vaste plaine les Romains et les Parihes, et qu’il ceignit le diademe à Parthamaspate, qui demeura fidele aux Romains, et qui pour cela même devint odieux aux Partbes.

Nous ne parlerions pas du siégé d’Atra , ville située sur une montagne élevée dans le milieu d’un vaste désert, entre l’Euphrate et le Tigre, que Trajan entreprit l’an 1 1 7 (870 de Rome), s’il n’y avoit couru risque de la vie. Ayant quitté les marques de sa dignité, il combattoit en personne dans un assaut, lorsque la blancheur de sa barbe et son air majestueux le firent reconnoître par les assiégés, et en firent le but de tous les traits'. Forcé de lever un siégé entrepris inconsidérément, et tombé gravement malade, il se rendit en Syrie pour s’embarquer et pour retourner à Rome, abandonnant des conquêtes si chèrement achetées, et remettant à Hadrien le commandement des restes de son armée. Trajan crut avoir été empoisonné ; mais tout le monde jugea sa maladie naturelle. Arrivé à Sélinonte, ville et port célébré de la Cilicie, appelée depuis Trajanopolis (aujourd’hui Selonti), il ne put supporter une plus longue navigation. Il y mourut âgé de soixante et un ans selon les uns, et de soixantequatre selon les autres, après un régné de vingt ans. Son corps fut brûlé à Sélinonte; et ses cendres, renfermées dans une urne d or, furent transportées à Rome par son épouse Plotine et sa

(1) Ibid., LXV1II, 3i.

Chap. IV.

Nerva et sa fainilh adoptive.

PI. XXXVI

Gii.vv. IV.

Nerva et sa famille adoptive.

pi. xxxvr.

:jk, 'i;

niece Matidie. Après avoir été promenées en triomphe dans un char avec son image, elles furent déposées dans l’intérieur de la colonne qui porte encore son nom. Pendant plusieurs années on célébra à Piome, en son honneur, des jeux appelés Parthiques.

On pourroit trouver la cause de la maladie dont mourut Trajan dans le chagrin qu’il conçut en apprenant la défection de ses nouveaux alliés, et la révolte des peuples qu’il avoit eu tant de peine à vaincre; peut-être aussi aux fatigues excessives qu’il supporta dans cette fatale expédition. On a dit avec raison que le pouvoir absolu exerçoit une réaction sur le souverain lui-même; mais on n’a pas fait observer que l’esprit de conquête produit un effet semblable. Le soldat est tout à-la-fois l’instrument et la victime du conquérant; et celui-ci est forcé de partager les travaux du soldat et de s’exposer aux mêmes dangers pour l’exciter par son exemple. Trajan nous en a fourni une preuve frappante au siégé d’Atra. Il dormoit peu; il marcboit à pied à la tête de l’armée, même depuis son avènement à l’empire, il parcouroit ainsi de vastes contrées avec ses armées sans se servir de cheval ni de char'. Comme ses soldats il traversoit les rivières à gué ou à la nage; comme eux aussi il supportoit la faim et la soif, et il se uourrissoit de leurs aliments grossiers. Il les consoloit et les secouroit dans leurs maladies ; il ne rentroit dans sa tente qu’ après les avoir visités, et il étoit toujours le dernier à prendre du repos. Enfin il connoissoit tous ceux qui avoient blanchi sous les enseignes, et il les appeloit par leurs noms en leur rappelant leurs belles actions. Ainsi en avoient usé Alexandre, César ; ainsi en ont usé tous les conquérants : mêmes moyens, mêmes fatigues, mêmes dangers.

(1) Dio , LXVIII, 23; Plin., Panecjyr.

FAMILLE DE NERYA. 27

Si Trajan ne fut que l’égal des autres conquérants par ses talents militaires, il leur fut supérieur par ses vertus et par la noblesse de son caractère. Il étoit modéré, doux, humain, ennemi de la cruauté et de la vengeance, ouvert, généreux, magnifique. Il accueilloit les hommes de lettres et les philosophes , et tous ceux qui avoient de grandes qualités; loin de les craindre et de les haïr, comme faisoient Tibere, Néron, et Domitien. Quelques défauts ternissoient cependant l’éclat de ses vertus. 11 se livroit sans ménagement aux plaisirs de la table. Dion1 assure que ce penchant ne le fit jamais manquer à son devoir; Victor1 nous en fait connoître la raison, Trajan avoit défendu d’exécuter les ordres qu’il pourroit donner à la suite de ces longs repas. Dion parle aussi de son attachement criminel pour de jeunes garçons, et il dit pour l’excuser: «Jamais il n’affligea personne pour sa- « tisfaire sa passion. » Telle étoit donc alors l’opinion générale! on ne blàmoit que l’excès de ce vice honteux, et les violences qu’il pouvoit inspirer.

Trajan avoit épousé avant d’être empereur la vertueuse Plotine^ avec laquelle il vécut dans la meilleure union ; mais elle ne le rendit jamais pere. Elle obtint de lui qu’il adoptât pour fils et successeur Hadrien, époux de sa petite-niece Sabine.

On lit dans un passage d’Eutrope ou de Jean d’Antioche, qui nous a été conservé par Suidas, que l’on comparoit Trajan à Romulus. Peut-être établissoit-on ce rapprochement sur leurs vertus guerrières; peut-être aussi sur quelque ressemblance physique dont nous ne pouvons être juges, parceque nous ne possédons aucune des statues de Romulus que l’on voyoit encore à Rome dans les siècles de Pline l’ancien et de Plutarque3: le

Ch ap. IV.

Nerva

et sa famille adoptive.

PI. XXXVI

(1) DÎO, LXVI11 , 7.

(2) Yict. , Cœs.j Xin.

(3) Plia., XXXIII, 4, et XXXIV, t 1 ; Plut., Romul. , 17 et 24.

eu. iv. dernier fut contemporain de Trajan. Au reste Pline le jeune1 i nous apprend qu’il avoit une grande stature, et beaucoup de di-

adopûve. gnité dans les traits du visage; ses cheveux blanchis avant l’âge

’l. XXXVI.

ajoutoient a cette dignité .

v 4 « 5. Le musée royal possédé plusieurs statues et plusieurs bustes de Trajan; mais aucune de leurs tètes n’est comparable à celle des n° 4 et 5 de la planche XXXVI, soit pour la vérité de la ressemblance, soit pour la finesse du travail. Ce buste est de marbre de Paros, et il faisoit partie de la collection du cardinal Fescb.

N- c. La ressemblance sera prouvée si on le compare avec un mé¬

daillon de bronze du cabinet du roi, qui est aussi précieux par la finesse de la gravure que par la bordure de bronze dans laquelle il est encastré3. On peut conjecturer, d’après cette bordure, que la médaille étoit attachée à une aigle ou à une autre enseigne militaire. D’un côté on lit , IMP eratori CAESarf NERYAE TRAIANO A Y Gusto GER manico DACz'co P ontifici M axiino TR ibiuiitid POT estate COS. ( consuli ) V. P atri Vatriœ , avec le huste de Trajan couronné de laurier; au revers, l’empereur à cheval tenant une lance, suivi de trois militaires, précédé par une femme qui tient une branche de laurier et la corne d’abondance , avec la légende ADVENTVS AVG usti , et l’exergue Se/iatus P opulus Q ue V^omanus OPTzmo PRINCIPE N., . Le n° 7 présente une médaille d’or que Trajan fit frapper en

l’honneur de son pere, qu’il avoit élevé au rang des dieux. D’un côté la tète de l’empereur couronnée de laurier, avec la légende précédente, sauf les mots Cœsari Nervœ, qui ne s’y trouvent point, et de plus le sixième consulat; au revers, une tète nue,

(i) Plin., I’aneg, IV. (2) Dio, LXVIII, 3i. (3) Mionnet , M. R. , 1 1 4.

avec la légende DIYYS • PATER • TRAIANVS. L’histoire nous apprend que Trajan le pere étoit Espagnol; que Vespasien le chargea, en qualité de lieutenant de la dixième légion, d’assiéger Jaffa en Palestine , siège où il montra beaucoup de courage et d’intelligence1; qu’il fut envoyé porter du secours à Titus, qui assiégeoit Tarichée; que Vespasien, devenu empereur, récompensa ses services en le nommant consul subrogé1; et qu’ enfin, après le consulat, il fut propréteur en Syrie.

C’est à Trajan que l’on rapporte l’usage de faire frapper des médailles restituées' en or et en argent: quant aux restituées en bronze, on n’en conuoit point qui aient été frappées par son ordre; mais Domitien et Nerva en avoient fait graver. La recherche des motifs qui portèrent ces empereurs et quelques uns de leurs successeurs à renouveler (s’il est permis de parler ainsi) la mémoire des familles qui avoient fait frapper des monnoies du temps de la république, et celle des empereurs leurs prédécesseurs, a produit différentes opinions que je ne dois pas discuter ici. Je rapporterai seulement celle de M. Letronne, qui me paroit la plus vraisemblable4. Si Trajan n’avoit voulu rétablir que les monnoies des familles et des empereurs dont il a restitué les empreintes, il auroit donné à ces restituées le poids des monnoies anciennes ; mais il ne leur a donné que le poids des siennes , poids qui avoit été affoibli graduellement depuis Auguste. « Son dessein a donc été de faire revivre seulement « la mémoire des grandes et anciennes familles , que dans sa «haute politique il se plaisoit, comme l’atteste Pline5, à envi- « ronner de considération. »

(1) Joseph., Bell, jud III, 7, 9, 10. (4) Considérations générales sur l'évalua-

(2) Spanh., t. III, p. 329; Mus. Pemb. , tion des monnoies grecques et romaines ,

part. III, tav. 87. page 82, in-4°, 1817.

(3) Eckhel, Z>. N. V. , V, 98. (5) Panegyr., LXXIX, 5.

Chai-. IV.

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et sa famille adoptive.

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ICONOGRAPHIE ROMAINE. Part. II.

Chai». IV.

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et sa famille adoptive.

PI. XXX' VII

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