ÉPOUSE DE TRAJAN
« Votre épouse, Trajan, fait votre honneur et votre gloire'. « Y a-t-il en effet personne dont les mœurs soient plus pures
« et rappellent mieux les premiers siècles ? . Que son cos-
« tume est simple ! que son cortege est peu nombreux ! que sa « démarche est modeste! » Pline le jeune parloit ainsi à Trajan dans son panégyrique, et d’une impératrice vivante; l’histoire a tenu le même langage après la mort de Pline. Dion1 2, ayant rapporté ce qu’elle avoit dit en entrant dans le palais , « Telle «j’entre ici, telle je me propose d’en sortir, » ajoute: «Elle « se conduisit si prudemment pendant tout son régné , qu’elle « ne fut jamais l’objet d’un reproche3. » « On ne sauroit con- « cevoir, dit Aurelius Victor4, combien elle contribua à la « gloire de Trajan , en lui faisant connoitre les vexations des « agents du fisc.... en lui représentant qu’elles nuisoient à sa «réputation. Elle réveilla son zele , et lui lit mettre un frein « à leur avidité; au point qu’il disoit , depuis , que le trésor pu- « blic étoit comme la rate dans le corps humain, et que, s’il « grossissoit , tous les membres amaigrissoient.»
Au moment où Trajan fut devenu empereur, le sénat offrit à Plotine, qui étoit son épouse depuis plusieurs années, le titre d’Auguste, ainsi qu’à Marciana sa belle-sœur; mais elle refusa de le prendre , jusqu’à ce que l’empereur eût accepté celui de Pere de la patrie.
(1) Panegyr., c. lxxxiii.
(2) Lib.LXVIII, 5.
(3) Kal oÔtw 7£ sxjTrt'J Six. navriç t ûoyjiç §'i r,-
-ja-jVJ , w<rre pi 5 euîav èrrv/opixv txyscv. (4) Epit. in Flav. Julian.
FAMILLE DE NERVA
Comment concilier avec l’éloge que font Pline le jeune, Dion, Chai.. iv.
dans l’endroit cité plus haut , et Aurelius Victor, des bonnes N,J,va
A ’ ' et sa famille
mœurs de Plotine, les expressions dont se sert ailleurs le même historien Dion ', lorsqu’il veut peindre l’attachement de cette XXXVI1, impératrice pour Hadrien, qu’elle fit adopter par son époux,
« à cause de l’amour qu’elle avoit pour ce prince J ; » et ailleurs, « parcequ’elle l’avoit beaucoup aimé1 * 3?» Le cœur humain est- il si généralement corrompu, qu’on ne veuille point croire à la pureté d’une liaison d’habitude et d’intérêt entre un homme et une femme4 *! Plotine, se voyant privée de postérité, n’a-t-elle pas dû chercher à prévenir par une adoption, comme l’avoit fait Nerva , le déchirement de l’empire , et la guerre civile ? En exposant un motif d’attachement si louable , je crois avoir repoussé la calomnie que deux phrases seules de Dion ont pu faire éclore.
Hadrien conserva pour la veuve de Trajan une reconnoissance qui 11e se démentit point. Il lui témoigna toujours le plus grand respect, et il la plaça au rang des dieux, en 129, lorsqu’elle mourut3. Il porta son deuil pendant neuf jours, et il composa des vers en son honneur. Une ville de la Thrace porta le nom de Plotine ; et celle de Nismes vit élever, par l’ordre d’Hadrien, dans son enceinte une basilique superbe dédiée à sa bienfaitrice6.
(1) Lib. LXIX., 2. (a) Lib. LXIX, 10.
(3) ËÇ ÉpMTi^ïjç çtXiaç . epaianc zvroù oi'j.oî-
pOVTCiiÇ.
(4) Un littérateur d’un tact très fin a
pensé que les anciens attachoient peut-
être aux expressions dont ils se servoient, en parlant de l’amour, un sens différent de celui que nous y attachons. Il est possible que, dans un système de moeurs plus
séveres, le langage des sentiments qui servent à unir les individus du même sexe , ou d’un sexe différent, ait pris une précision plus grande qu’il n’en avoit chez les anciens . Puisse cette conjecture se réa¬
liser, pour la gloire de Socrate, de Trajan, et de quelques autres anciens, dont nous honorons la mémoire !
(5)Dio,LXIX, 10. (6) Spart.,^dr.,XII.
3a ICONOGRAPHIE ROMAINE. Part. II.
Une médaille de grand bronze, gravée ici sons le n« 3, planche XXXVII , prouve la ressemblance de quelques portraits de Plotine. On y lit autour d’une tête de femme coiffée d’une maniéré extraordinaire la légende PLOTINA AYGusta IMP eratoris TRAIANI (sous-entendu uxor)-, au revers, une femme debout tient des épis et une patere, avec la légende FIDES AVGVSTa (fidélité de l’impératrice); et dans le champ, les sigles S. C.
Les n" i et i présentent la face et le profil d’un buste colossal de Plotine, conservé dans le musée Pio-Clémentin. On y remarque sur-tout l’espece de coiffure que porte l’impératrice, et que ;l’on voit aussi aux autres princesses de la famille de Trajan.
S. 4. MARCIANA ET MATIDIE;