CHAPITRE VIII
Ici finit le second siecle de l’ere vulgaire, celui des Antonins, ap- pi.l. pelé avec justice l’âge d’or de l’empire romain. Le précédent, celui des douze Césars, peut être appelé l’âge de bronze, à cause de quelques bons princes dont les régnés se sont trouvés placés entre ceux de plusieurs monstres, nés pour être les fléaux du genre humain. Le troisième siecle de l’ere vulgaire doit, pour achever cette peinture morale, porter le surnom d’âge de fer.
Tous les maux en effet vinrent fondre sur l’empire romain. Les armées élisoient toutes des empereurs ; on vit plus de vingt généraux revêtus à-la- fois de la pourpre impériale. Le sénat n’eut aucune part aux élections; devenu l’instrument passif de la milice, à peine lui demanda-t-on quelquefois la confirmation des choix faits dans des contrées éloignées. Les barbares, soudoyés, appelés même par les compétiteurs à l’empire, pillèrent et envahirent de riches provinces.
Dion', écrivain contemporain, trace le tableau suivant des armées romaines : «Une autre guerre, non une guerre étrangère, «mais une guerre intérieure, vint déchirer l’empire, car non «seulement les soldats supportoient avec peine la honte de leur «défaite; mais, ce qui est bien plus fâcheux, devenus par leur
(*) Mes guides , dans ce chapitre , sont les mêmes que ceux des chapitres précédents.
(i) Lib. LXXVIII, 28, 27.
ICONOGRAPHIE ROMAINE. Part. II.
uccesseuis
Caracalla
«vie dissolue étrangers à toute discipline, ils n’ exécutaient qu’à 'lr «regret les travaux, militaires, et ils répugnoient à recoimoitre «pour chef un homme qui commandât avec autorité : attentifs «uniquement à se partager des largesses immenses, ils avoient «en horreur tout, ce qui forme et occupe le soldat.... De là vint « (avoit déjà dit T historien) que l’empereur, n’osant entreprendre «une guerre avec des armées indisciplinées, acheta la paix, non «seulement par un tribut payé au roi ennemi, mais encore en «répandant l’or parmi ses courtisans.» Ces paix, chèrement achetées furent toujours de courte durée; et les impôts allèrent sans cesse en croissant, jusqu’à la ruine de l’empire.
Ces temps de calamité sont l’époque du chaos de l’histoire. «Rarement, dit l’historien de ce siecle ', les écrivains ont rempli «la difficile tâche de peindre avec vérité ceux qui n’ont été ap- « pelés tyrans que par l’effet des victoires de leurs heureux ri- «vaux. Il faut pour les connoître recourir aux annales et anx «monuments. Ce qu’ils ont fait de grand est ravalé dans les «écrits du temps; le reste de leurs actions est passé sous silence. «On met peu de soin à connoître leur origine et leur vie; c’est «assez de raconter leur présomption, la guerre dans laquelle ils «ont été vaincus, et leur fin honteuse.... Il est difficile d’écrire «l’histoire de ceux d’entre eux qui n’ayant pas régné, ou qui «n’ayant pas été reconnus par le sénat, ou qui ayant été bientôt «mis à mort, n’ont pu acquérir quelque degré de célébrité’.»