GÉTA, EMPEREUR
La fin déplorable de Géta, poignardé dans les bras de sa mere par son frère Caracalla, excite un intérêt si vif pour ce jeune
(•1) Lib. LXXVIj 3. (2) Monum. Gab., tav. XXII.
prince , que l’on recherche avec plus d’empressement tout ce qui peut faire connoître son caractère. Il paroit qu’après quelques légers désordres reprochés à son enfance , et qu’il fit bientôt oublier, il développa les sentiments les plus généreux et les plus opposés à la sévérité cruelle de son père, et à la froide cruauté de son frere. Sévere ', poursuivant les derniers partisans de Niger et d’ Albin, dit à ses fils : «Je vous délivre de vos ennemis. » Caracalla en témoigna de la joie, et proposa même d’étendre ces rigueurs à leurs enfants. Mais Géta, à peine sorti de l’enfance, demanda si le nombre de ces infortunés étoit grand, et s’ils avoierit des parents. Sur la réponse affirmative de Sévere, il lui dit: «Il y aura donc beaucoup plus de personnes affligées que «de personnes satisfaites de notre victoire. » S’adressant ensuite à Caracalla, «Vous qui ne pardonnez à personne, vous pouvez «aussi tuer votre frère!»
Lucius Publius Septimius Géta naquit, selon Tillemont1, l’an de Rome 942, 189 de l’ere Arulgaire (il y a quelques doutes sur cette date, que l’on avance d’une année), de Septime Sévere et de Julia Domna. Lucius étoit le prénom de son pere, et Publius Septimius Géta étoient les noms de son oncle ou de son aïeul paternel. Sévere lui donna le titre de César l’an 198, en déclarant Auguste son aîné Caracalla. Revêtu de la dignité suprême, celui-ci ne se contraignit plus; il laissa paraître en toute occasion la haine qu’il avoit conçue pour son frere dès sa plus tendre enfance. Les âmes d’Etéocle et de Polynice sembloient animer Caracalla et Géta3. En vain Sévere et leur mere Julia Domna faisoient-ils chaque jour tous leurs efforts pour les réconcilier, les flatteurs et les valets attisoient le feu de la discorde, cherchant
(i) Spart., Ge/., IV. (2) Tom. III, p. 45o. (3) Herod. , III, 23.
Ou ai». VIL Septime Sévere et sa famille.
PI. XLVIII
ClIAP. VII.
Septime Sévère et sa famille.
PI. XLVIII
170 ICONOGRAPHIE ROMAINE. Part. II.
à complaire chacun à celui des deux de qui il attendoit sa fortune.
Enfin Sévère, soit par esprit de justice, soit pour mettre un terme aux persécutions que Caracalla, devenu tout puissant en recevant le titre d’Auguste , faisoit essuyer à Géta , déclara celuici Auguste, c’est-à-dire égal en puissance à son frère, l’an 20g (962 de Pvome ) , selon Eckhel'. Mais il fournit un nouvel aliment à la liaine jalouse de l’impie Caracalla. La mort de Sévcre, arrivée l’an 210, détruisit tous les obstacles qui pouvoient en retarder les effets.
Pendant le voyage que firent les deux frères pour rapporter à Rome les cendres de leur père, ils 11c mangèrent et ils ne logèrent jamais ensemble, crainte du poison1. Arrivés dans la capitale, ils habitèrent le palais impérial, mais après l’avoir divisé en deux parties entièrement distinctes. Rome et le reste de l’empire furent aussi divisés d’affection, et s’attachèrent à l’un ou à l’autre des deux empereurs. Malgré la défiance habituelle de Géta, il fut trompé par Caracalla, qui l’avoit fait inviter par leur mere à se rendre chez elle , pour y terminer leurs querelles. A peine y fut-il entré, que Caracalla appela des centurions qu’il avoit apostés et qui s’élancèrent sur son malheureux frere. Celui-ci se jeta dans les liras de Julia Domna, où Caracalla le poignarda l’an 212 (965 de Rome ). Il blessa même cette mere infortunée. Géta étoit âgé de près de vingt-trois ans.
Au bruit de ce fratricide, les prétoriens s’agitèrent vivement; ils aimoient Géta, dont le caractère noble et doux lui avoit concilié l’affection générale. Ils s’apprètoient même à venger sa mort , lorsque Caracalla accourut dans leur camp, accusa son frere des
(1) V. N. V., VII, a3o. (2) Herod. , IV, i.
plus noirs complots , et dit qu’il avoit été forcé de le prévenir par c„ap. vu. une juste punition. Il promit aux soldats des sommes immenses ; ef sa famiite» alors ceux-ci le reconnurent seul empereur, et déclarèrent Géta i i.xuviii. ennemi de l’empire. Le sénat, intimidé par la présence des militaires, fit la même déclaration; loin de lui décerner les honneurs de l’apothéose, comme l’ont assuré quelques auteurs1 2, sans autre fondement qu’un jeu de mots de Spartien’, historien peu exact. La haine de Caracalla ne fut pas assouvie par la mort de Géta ; il fit mourir non seulement ses amis , mais encore ceux qui avoient écrit ou prononcé son nom; de sorte que les poètes n’osoient plus donner aux esclaves , dans leurs comédies , leur nom ordinaire de Géta3. Il fit foudre ses monnoies, détruire ses statues , effacer son nom sur les monuments publics ,comme on le voit sur plusieurs marbres, et entre autres sur lare de Sévere à Rome.
L’histoire ne donne aucune femme à Géta ; elle se tait aussi sur son portrait, si ce n’est que Spartien dit qu il etoit «naturel lement beau. »
Malgré l’acharnement avec lequel Caracalla fit détruire les N’6et7. portraits de Géta, nous possédons un grand nombre de ses médailles , qui lui ont fait attribuer par A isconti3 un buste du musée royal, n° 77. On en voit ici la face et le profil sous les n G et 7*
La rareté des bustes de ce prince ne fait pas le seul mérite de celui-ci; le travail est très beau, et la conservation parfaite: il est plus grand que nature; et le marbre dont il est fait ressemble à l’ivoire ; c’est celui que nos sculpteurs appellent marbre de Paros ; sa ressemblance avec l’ivoire rappelle le coroliticos de Pline . Ce
(1) Eekhel, D. N. V., VII, i34-
(2) In Get. , II.
(3) Dio, LXXVII, 12.
(4) Monum. Gab. , tav. IV.
(5) Lib. XXXVI, 8.
chap. vji. précieux buste fut trouvé, en 1792, dans les ruines de Gabies pt sa famiiie. avec ceux de Severe, de Caracalla, etc.
n XLvm. On a long-temps attribué à Géta une cornaline de la collection des Farnese, conservée à Naples (à Capo-di-monte) ; mais elle représente Iladnen, et ou la trouve dessinee dans cet ouvrage avec les autres portraits de cet empereur.
K' s. La ressemblance du buste de Gabies est justifiée par la médaille de bronze gravée ici sous le n" 5. Le portrait de Géta est bien dessiné; on lit autour de sa tête nue, SEPTIMIYS GETA CAESar. Revers : Jupiter Sérapis debout avec le modius ( mesure poui les grains), sur sa tete, dans un temple a deux colonnes; légende, IOYI SOSPITATORI (à Jupiter Sauveur) S. G.
SUCCESSEURS DE CARACAULA. i73