ET SON ÉPOUSE TRANQUILLISE
Si Gordien Pie avoit eu pour mere , comme Alexandre Sévere, Marnée, c’est-à-dire une femme qui entourât son fils des plus sages conseillers , sa mémoire serait sans tache ; mais il n’eut pas ce bonheur. Sa mere, préposée à son éducation, ne plaça autour de lui que des hommes vils, qui vendirent les dignités en son nom, et qui se réunirent pour le tromper3.
Petit-fils de Gordien l’Africain pere (soit par une fille, soit par Gordien le second Africain) , Gordien étoit élevé dans l’obscurité, lorsque le peuple romain demanda avec emportement qu’il fût créé César, conjointement avec les Augustes Pupien et
(1) Winckel., Monum. ined t?'att. prel (a) Ann. 1787. Maggio. p I0Ii (3) Gapitol., Gord., XXII..
B albin , l’an 238 (991 de Rome). Reconnoissant des dangers aux- cw.x. quels s’étoient exposés les deux Gordiens pour délivrer l’empire d.A®"3;;rsSe. de la tyrannie de Maximin, le peuple voulut voir sur le premier Tra'
de°Té du trône le descendant de ses défenseurs. Celui-ci n’étoit P1 uv âgé que de onze, de treize, ou au plus de seize ans; car on trouvoit ces différentes époques dans les écrivains contemporains, selon Capitolin 1 ; de même que l’on bésitoit sur sa filiation : tant étoit grande la négligence avec laquelle on avoit écrit l’histoire, après Dion !
La même année qui vit Gordien déclaré César lui vit placer sur le front le diadème, après le meurtre de Pupien et de Balbin.
Les prétoriens, qui avoient assassiné ces deux respectables empereurs, parcequ’ils avoient été choisis par le sénat et non par la milice, cherchèrent le moyen de se soustraire à la vengeance du peuple, et en même temps d’exercer le droit qu’ils s’étoient arrogé de donner un maître aux Romains. La présence du jeune César, revêtu des ornements de sa dignité, et porté par un homme d’une très haute stature, avoit déjà apaisé une sédition.
Ce fut encore la présence de Gordien, revêtu de la pourpre impériale par les prétoriens , qui les réconcilia avec les habitants de la capitale. Le sénat et toutes les provinces applaudirent à cette élection, dans l’espoir de goûter le repos qui les avoit fuis depuis la mort d’Alexandre. Cette attente ne fut remplie qu’à l’égard des ennemis extérieurs, qui suspendirent leurs attaques contre l’empire.
Le mariage de Gordien avec Tranquilline, célébré l’an 241 (gg4 de Rome), apporta un grand changement dans le gouvernement de l’empire. Le pere de cette impératrice, appelé Timi-
(1) Gord. , XXII..
Chap. } Successe d'Alexandre vi-re jusqu’à jan Dece.
PI. LIV
ICONOGRAPHIE ROMAINE. Part. IL
sithée (adorateur des dieux), ou Timésiclès, selon Zosime1, plutôt que Misithée (qui hait les dieux), comme on lit , contre T" toute vraisemblance, dans Capitolin’, étoitun homme renommé pour sa science , son éloquence , et la sagesse de ses conseils dans la paix comme dans la guerre. Gordien le nomma préfet des prétoriens, 1 appela son pere, exigeant aussi qu’il l’appelât son fils ^ et il suivit avec docilité toutes ses leçons. Les favoris furent éloignés de la cour, d’habiles généraux placés à la tête des armées , et la discipline militaire fut rétablie.
Assuré du dévouement des soldats, Gordien ouvrit le temple de Janus 1 an 242 ; et c’est la dernière fois que les historiens font mention de cette cérémonie, célehre dans les premiers siècles de Rome. Il quitta la capitale pour combattre les Perses. Leur 101, Sapor, fils d Artaxerxès (Ardchin), fondateur de la dynastie des Sassanides, avoit rassemblé une armée formidable, s’étoit emparé de la Mésopotamie, d’une grande partie de la Syrie, menaçoit meme Antioche, et répandoit la terreur non seulement dans tout l’Orient, mais encore dans l’Italie. Gordien, en traversant la Thrace , combattit et vainquit les Sarmates et les Gotlis ; mais les Alains lui firent subir un échec dans les champs de Philippes en Macédoine, ou près de Philippopolis dans la Thrace3. Arrivé en Asie, il attaqua les Perses, les vainquit, et les obligea d’abandonner la Syrie, la Mésopotamie, et leurs autres conquêtes. Le sénat, instruit de ses succès, ordonna par un décret solennel que Gordien jouiroit des honneurs du triomphe, monté sur un char traîné par quatre éléphants (Capitolin 4 donne à entendre que cet attelage étoit réservé aux triomphateurs des Perses) ; et que Timésiclès jouiroit aussi des honneurs
( 1 ) Llb- L (3) Capitol. , Gord. , XXXIV.
(2) Gord., XXIII. (4) Ibid., XXVII.
SUCCESSEURS D’ALEXANDRE SEVERE. aa3 du triomphe , mais seulement monté sur un char attelé de quatre chevaux.
Ce sage conseiller de Gordien put à peine connoitre les témoignages de la reconnoissance du sénat, car il mourut l’an ^43; soit d’une maladie, soit, comme on le crut généralement, par la perfidie d’un Arahe, appelé Philippe, qui succéda depuis à Gordien. Cet homme, qui s’étoit avancé dans la carrière militaire par sa valeur, fut nommé, par l’empereur, préfet du prétoire , à la place de Timésiclès. Parvenu à la première dignité de l’empire, Philippe éleva ses vues jusqu’au trône. 11 employa le crédit dont il jouissoit personnellement dans la milice, et celui que lui donnoit sa dignité, à dominer et à éteindre l’amour des soldats pour Gordien. Il représentoit qu’il étoit honteux pour eux d’être commandés par un chef à peine entré dans l’adolescence. En même temps il les conduisit à travers des pays déserts et stériles, et il empêcha tous les convois de parvenir à leur destination. Les soldats irrités se révoltèrent contre Gordien, et élurent Philippe empereur.
Tous les historiens , Capitolin excepté, disent seulement que Philippe, devenu empereur, fit mourir Gordien l’an (997 de Rome) , et qu’il écrivit au sénat qu’une maladie avoit conduit ce prince au tombeau. Quoique l’on trouve dans l’histoire des faits vrais qui ne sont pas vraisemblables, et sur-tout à l’époque des temps de trouble que je décris; quoique plusieurs écrivains modernes aient cru devoir rejeter comme une fable le récit de Capitolin; cependant Montesquieu1, qui connoissoit si bien le cœur humain, l’a adopté. Selon Capitolin3, Gordien auroit imploré la protection des soldats „ auroit reproché à Philippe son
(i) Grandeur des Romains, c. X'Vi. (2) Gord. , XXX.
Chat. X.
Successeurs d’Alexandre S vere jusqu’à Tr jan Dece.
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ICONOGRAPHIE ROMAINE. Part. IL
Cnàp. x. ingratitude; et, voyant l’immobilité des auditeurs, il auroit Successeurs (jeman(Jé d’abord à être son collègue, puis à porter seulement ver. jusqu à Tra- le titre de César. Il se borna ensuite à demander d’être préfet du
jan Dece.
pi riv prétoire, et enfin il parla pour qu’on lui conservât la vie; ce qui lui auroit été refusé par les chefs de l’armée, dévoués à Philippe.
Telle fut la fin déplorable du troisième empereur du nom de Gordien, qui périt âgé d’environ vingt ans, après un régné de moins de six ans.
On ignore s’il laissa des enfants de son épouse Tranquilline ; mais l’on est certain qu’il n’y eut point un quatrième Gordien empereur, malgré tous les efforts que fit en 1695 le savant abbé Dubos1 pour faire prévaloir cette opinion, opinion qui fut victorieusement combattue par Galland2 3, le célébré traducteur des Mille et une Nuits.
Le sénat ajouta, ou parut ajouter foi au récit de Philippe. Il accorda à Gordien Pie les honneurs de l’apothéose. Philippe, cherchant à diminuer l’horreur de son forfait, permit que les soldats lui élevassent sur les frontières de la Perse un tombeau que l’on apercevoit de fort loin, et qui subsistait, encore sous le régné de Julien; comme l’atteste Ammien Marcellin’, témoin oculaire.
k 4 « 5 Capitolin 4 fait de ce prince un portrait avantageux ; il dit qu’il étoit beau, d’une figure et d’un abord très agréables. Ses médailles, qui sont en aussi grand nombre que celles des deux premiers Gordiens, sont rares. Elles confirment ce témoignage. On en voit ici sous le n“ 4? planche LIV, une de bronze sur laquelle paroit sa tète nue, sans barbe , avec la légende Marcnv ANTonzW
(1) Histoire des quatre Gordiens , 1695, (2) Lettre touchant les quatre Gordiens ,
in- ; 2. 1696.
(3) Am. / lib. XXIII, 5. (4) Gord., XXXI.
SUCCESSEURS D’AUEXANDRE SEVERE. 225
GORDIANVS CAESar. Revers, les instruments des sacrifices, ch»p. x. avec la légende PIETAS AVGG uslorum, et l’exergue S. C. Siir s,,cces«ui< le médaillon de bronze du n” 5 est gravé le buste de Gordien III, Yere jusqu'à t™- •
, . , ^ , jan Dece.
couronné de laurier, armé d’une lance et d’un bouclier, avec la P) LIV légende IMPerafor GORDIANVS PIVS FEUIX AVG ustus. Revers, un amphithéâtre dans lequel combattent un taureau et un éléphant , avec la légende MVNIFI CEN TI A GORDIANI AV G usti.
U paroît que les numismatistes ont donné à. Gordien III le surnom de Pie , PmSj parcequ’on le trouve constamment sur ses ~~ médailles latines depuis, l’an 23q; tandis qu’on ne le voit point sur les médailles latines des deux Gordiens.
Lorsqu’en 179:2 le prince Marc-Antoine Rorghese fit faire des n° un. fouilles dans l’antique territoire de Gabies , on découvrit le précieux buste de Gordien, qui est conservé aujourd’hui dans le musée royal, sous le n° 2, et qui est dessiné ici sous le n° 1.
Visconti le reconnut d’après les médailles nombreuses de cet empereur, et le décrivit dans ses Monumenti Gabini'. Sous le n° 2 est dessiné le profil. En voyant ce buste, dont les bras et la main gauche antiques sont conservés ( les bustes qui ont des bras antiques sont extrêmement rares), on pourrait le prendre pour un fragment de statue; mais le marbre ( de Luna, aujourd’hui Carrare) est fouillé par-derriere, comme les autres bustes que l’on cherchoit ainsi à rendre moins lourds. Gordien tient de la main gauche le parazonium (épée de commandement); et il tenoit probablement de la droite, qui n’a pu être retrouvée, un globe ou une Victoire. Sa tête. est nue; il est revêtu d’une cuirasse travaillée sous la forme d’écailles, et du paludamentum
(i) Tav. XIV, p. 46-
ICONOGRAPHIE ROMAINE. Part. IL
chai. x. (ehlamyde pourpre des généraux). La beauté du travail égale la
Successeurs raret^ fju monument. On en voit le profil au n° 2.
(1 Alexandre Se- L
vere jusqu'à Tra- Le n° 3 présente un'b eau camée sur lequel est gravé Gordien III.
jan Dece. r °
P,, uv. H fait partie de la collection d’un amateur anglois.
Tranquillise ( S abinia Tranquillisa) eut pour père le vertueux, le sage Timésiclès, qui rendit de si grands services à l’empire; comme nous l’avons vu dans la vie de Gordien TT I , empereur, quelle épousa l’an 241 ‘ (994 de Rome). C’est là tout ce que nous apprend l’histoire* sur cette impératrice, dont le nom se lit dansEutrope2 seul ; mais dont la tête est jointe à celle de son mari sur leurs médailles grecques. On ignore si elle le rendit père.
;s 6. Sa tête, coiffée du diadème, est gravée sur la médaille de bronze
du n' 6, avec la légende SA1ÏINIA TRANQYILLINA A VG usta. Revers, une femme debout, tenant un caducée et une corne d’abondance , avec la légende FELICITAS TEMPORVM , et S. C. dans le champ.
§. 6. PHILIPPE Ier, ou PERE,